Effets-frontières en Méditerranée : contrôles et violences

De
Publié par

En un quart de siècle, le renforcement du contrôle de la frontière sud de l'Union européenne a fait de l'espace méditerranéen une fosse commune, ou une zone de confinement, pour ceux qui tentent de migrer en Europe sans avoir les moyens de le faire de façon régulière. En mettant l'accent sur l'idée d'effets-frontières, ce numéro s'intéresse aux effets in situ de la « frontiérisation » européenne en Méditerranée. Il propose de revenir sur la généalogie de la violence à/par la frontière et analyse les effets anthropologiques du renforcement frontalier.
Publié le : mardi 15 mars 2016
Lecture(s) : 0
EAN13 : 9782140004742
Nombre de pages : 162
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

c&c
2015
99/100
n un quart de siècle, le renforcement du contrôle de la frontière sud de l’Union
européenne, bordure de l’espace de libre circulation pour les Européens, a fait deEl’espace méditerranéen une fosse commune, ou une zone de confinement, pour
ceux qui tentent de migrer en Europe sans avoir les moyens de le faire de façon
régulière. En mettant l’accent sur l’idée d’effets-frontières, ce numéro s’intéresse aux effets in
situ de la « frontiérisation » européenne en Méditerranée. Il propose de revenir sur la
généalogie de la violence à/par la frontière. Il analyse les effets anthropologiques du
renforcement frontalier – sur les migrants, sur les habitants des lieux frontières, sur les sites
frontières, sur les représentations de l’altérité et de l'identité aussi. Les textes présentés
dans ce numéro sont issus du programme de recherche « Médimurs : Effets du
renforcement de la frontière européenne en Méditerranée », mené entre 2011 et 2015 et soutenu
par le Conseil régional d’Aquitaine et le Centre Émile Durkheim (Sciences Po
Bordeaux). Ils sont complétés par une documentation et une base iconographique sur le
carnet de recherche en ligne [http://enigmur.hypotheses.org].
HOMMAGE
SALUT À TOI, JEAN-PIERRE MASSE (1967-2015)
Le comité de rédaction
DOSSIER
BLESSURES DE FRONTIÈRE EN MÉDITERRANÉE (INTRODUCTION) EffEts -frontièrEs
Évelyne RITAINE
LESBOS, L’ÎLE AUX GRILLAGES. En MéditErranéE :MIGRATIONS ET ENFERMEMENT À LA FRONTIÈRE GRÉCO-TURQUE
Laurence PILLANT, Louise TASSIN
PASSER LE PORT ? LA GESTION DES PASSAGERS CLANDESTINS AU PIRÉE contrôlEs
Paloma MAQUET
RÉCURRENCE DE LA CRISE FRONTALIÈRE : L’EXCEPTION PERMANENTE EN ESPAGNE Et violEncEsLorenzo GABRIELLI
Évelyne RITAINELA FRONTIÈRE LAMPEDUSA. MISES EN INTRIGUE DU SÉCURITAIRE ET DE L’HUMANITAIRE
Paolo CUTTITTA Laurence PILLANT
QUAND LES MORTS DE LAMPEDUSA ENTRENT EN POLITIQUE : DAMNATIO MEMORIÆ Louise TASSIN
Évelyne RITAINE
Paloma MAQUET
Lorenzo GABRIELLI CHRONIQUE BIBLIOGRAPHIQUE
Paolo CUTTITTADU POUVOIR D’EXPOSER À LA MORT À/PAR LA FRONTIÈRE
Évelyne RITAINE
18,50 €
cultures & conflits cultures & conflits
issn : 1157-966 X
n° 99/100 sociologie Politique de l’international
isBn : 978-2-343-08728-3automne/hiver 2015
EffEts -frontièrEs En MéditErranéE : contrôlEs Et violEncEsPremieres_pages_99-100_c&c 15/02/2016 11:26 Page1
Cultures & Conflits
n° 99/100 - automne/hiver 2015
EFFETS-FRONTIÈRES EN MÉDITERRANÉE :
CONTRÔLES ET VIOLENCESPremieres_pages_99-100_c&c 15/02/2016 11:26 Page2
Les textes récents de la revue sont accessibles sur :
www.cairn.info/revue-cultures-et-conflits.htm
Actualité de la revue, colloques, séminaires, résumés des articles
(français/anglais) et tous les anciens articles publiés sur :
www.conflits.org
Résumés en anglais également disponibles sur :
www.ciaonet.org
Indexé dans Cambridge Sociological Abstracts, International Political
Science Abstracts, PAIS, Political Sciences Abstracts, Linguistics &
Language Behavior Abstracts.Premieres_pages_99-100_c&c 15/02/2016 11:26 Page3
Cultures & Conflits
n° 99/100 - automne/hiver 2015
EFFETS-FRONTIÈRES EN MÉDITERRANÉE :
CONTRÔLES ET VIOLENCES
Ce numéro a bénéficié des soutiens du Centre
National du Livre, du Centre National de la
Recherche Scientifique, du Ministère de la Défense
et de TELECOM École de management.Premieres_pages_99-100_c&c 17/02/2016 09:48 Page4
Cultures & Conflits
n° 99/100 - automne/hiver 2015
Directeur de publication : Daniel Hermant
Rédacteurs en chef : Didier Bigo (Sciences Po Paris & King’s College London), Laurent Bonelli
(Université Paris Ouest Nanterre)
Numéro sous la responsabilité scientifique de : Évelyne Ritaine (Sciences Po Bordeaux)
Secrétariat de rédaction : Antonia Garcia Castro, Amandine Scherrer, Karel Yon
Ont participé à ce numéro : Colombe Camus, Romane Camus Cherruau, Konstantinos (Costa)
Delimitsos, Elwis Potier
Comité de rédaction : Rita Abrahamsen (Université d’Ottawa), David Ambrosetti (Centre
français des études éthiopiennes – CFEE), Anthony Amicelle (Université de Montréal), Tugba Basaran
(Kent University, Bruxelles), Marc Bernardot (Université du Havre), Yves Buchet de Neuilly
(Université de Lille), Pierre-Antoine Chardel (Université Paris Descartes), Antonin Cohen
(Université Rennes 1), Karine Côté-Boucher (Université de Montréal), Anne-Marie d’Aoust
(Université du Québec à Montréal), Mathilde Darley (CESDIP), Stephan Davishofer (Université
de Genève), Marielle Debos (Université Paris Ouest Nanterre), Barbara Delcourt (Université Libre
de Bruxelles), Mathias Delori (Université de Bordeaux), Yves Dezalay (EHESS), Gülçin
Erdi Lelandais (Université de Tours), Gilles Favarel-Garrigues (CERI, Sciences Po Paris), Michel
Galy, Didier Georgakakis (Université Paris 1), David Grondin (Université d’Ottawa), Elspeth
Guild (Queen Mary University of London), Virginie Guiraudon (CEE, Sciences Po Paris),
Emmanuel-Pierre Guittet (Université de Manchester), Abdellali Hajjat (Université Paris Ouest
Nanterre), Jean-Paul Hanon (École de Coëtquidan), Daniel Hermant, Jef Huysmans (Queen
Mary University of London), Julien Jeandesboz (Université Libre de Bruxelles), Bernard Lacroix
(Université Paris Ouest Nanterre), Frédéric Lebaron (Université Versailles Saint Quentin),
Thomas Lindemann (Université Versailles Saint Quentin), Chowra Makarémi (EHESS),
Antoine Mégie (Université de Rouen), Valsamis Mitsilegas (Queen Mary University of London),
Jacqueline Montain-Domenach (Université Paris Ouest Nanterre), Angelina Peralva (EHESS),
Gabriel Périès (Télécom École de Management), Pierre Piazza (Université de Cergy-Pontoise),
Nora El Qadim (Université Paris 8), Francesco Ragazzi (Université de Leiden), Grégory Salle
(Université de Lille), Amandine Scherrer (CCLS), Samuel Tanner (Université de Montréal), Jérôme
Tournadre (Université Paris Ouest Nanterre), Nader Vahabi (EHESS), Jérôme Valluy (Université
Paris 1), Chloé Vlassopoulou (Université d’Amiens), Christophe Wasinski (Université Libre de
Bruxelles), R.B.J. Walker (Université de Victoria), Michael Williams (Université d’Ottawa)
Equipe éditoriale : Monique Beerli, Jawad Bouadjadja, Colombe Camus, Romane Camus
Cherruau, Konstantinos (Costa) Delimitsos, Rémi Guittet, Magali de Lambert, Médéric
MartinMazé, Elwis Potier, Johanna Probst
Les biographies complètes de chacun des membres de la revue sont disponibles sur notre site
internet : www.conflits.org
Webmaster : Karel Yon
Manuscrits à envoyer à : Cultures & Conflits - bureau F515, UFR DSP, Université de
ParisOuest-Nanterre, 92001 Nanterre cedex - redaction@conflits.org
Les opinions exprimées dans les articles publiés n’engagent que la responsabilité de leurs
auteurs.
Conception de la couverture : Karel Yon
Illustration de couverture : Massimo Sestini, Cimitero di barche, Lampedusa, 2014 (avec nos
remerciements)
© Cultures & Conflits / L’Harmattan, février 2016
ISBN : 978-2-343-08728-3Premieres_pages_99-100_c&c 18/02/2016 13:00 Page5
SOMMAIRE / EFFETS-FRONTIÈRES EN MÉDITERRANÉE :
CONTRÔLES ET VIOLENCES
Hommage /
p. 7 Le comité de rédaction
Salut à toi, Jean-Pierre Masse (1967-2015)
Dossier /
p. 11 Évelyne RITAINE
Blessures de frontière en Méditerranée (introduction)
p. 25 Laurence PILLANT, Louise TASSIN
Lesbos, l’île aux grillages.
Migrations et enfermement à la frontière gréco-turque
p. 57 Paloma MAQUET
Passer le port ? La gestion des passagers clandestins au Pirée
p. 75 Lorenzo GABRIELLI
Récurrence de la crise frontalière :
l’exception permanente en Espagne
p. 99 Paolo CUTTITTA
La frontière Lampedusa.
Mises en intrigue du sécuritaire et de l’humanitaire
p. 117 Évelyne RITAINE
Quand les morts de Lampedusa entrent en politique :
damnatio memoriæ
Chronique bibliographique /
p. 145 Évelyne RITAINE
Du pouvoir d’exposer à la mort à/par la frontière
Résumés / Abstracts /Premieres_pages_99-100_c&c 15/02/2016 11:26 Page600_Masse_99-100_c&c 15/02/2016 10:43 Page7
Salut à toi, Jean-Pierre Masse (1967-2015)
Photographie de Pierre-Emmanuel Weck
ean-Pierre Masse s’est éteint à Paris le 16 décembre 2015, des suites d’unJcancer contre lequel il luttait avec courage depuis de longs mois. Il avait 48
ans. La rédaction de Cultures & Conflits, dont il fut un proche collaborateur,
souhaite lui rendre hommage, en retraçant quelques grandes lignes de son
parcours dans le monde de la recherche.
Jean-Pierre a soutenu en 1996 une thèse de sociologie politique à l’EHESS
sous la direction de Gérard Noiriel, intitulée L’exception indochinoise : le
dispositif d’accueil des réfugiés politiques en France 1973-1991, qui retraçait
l’institutionnalisation progressive des politiques d’asile, pensées initialement dans00_Masse_99-100_c&c 15/02/2016 10:43 Page8
le cadre de la décolonisation de l’Indochine, puis étendues à d’autres
popula1tions .
Il a ensuite prolongé ses recherches en réalisant des missions sur des
terrains qui lui étaient particulièrement chers (le Cambodge et la Thaïlande),
dans le cadre du CAHIER (Collectif d’analyse humanitaire-équipe
rochelaise), et travaillé sur les militants de France-Terre d’Asile et de la CIMADE
au sein du GERMM (Groupe d’étude et de recherche sur le militantisme
moral).
Parce qu’il ne séparait pas l’intérêt intellectuel pour les mobilisations, les
résistances et l’émancipation des modalités concrètes pour les mettre en
œuvre, y compris dans le monde académique, Jean-Pierre fut l’un des
fondateurs – et membre du bureau – de l’Association nationale des candidats aux
métiers de la science politique (ancmsp), qui visait – et vise toujours – à lutter
contre la précarité et le mandarinat, particulièrement présents dans cette
discipline.
Sa rencontre avec la revue Cultures & Conflits date de la fin des années
1990 et il a été formellement membre de l’équipe éditoriale de 2001 à 2005. On
lui doit notamment deux textes reliant l’action collective et la coercition. Le
premier dresse un récit ethnographique des mobilisations contre le G8 qui se
sont déroulées à Gênes, en Italie, en juillet 2001. Sous la forme d’un journal de
terrain, l’article fait clairement ressortir les dynamiques d’escalade qui ont
conduit à un déferlement rare de violence policière contre des manifestants et
des organisations qui avaient pour l’essentiel fait le choix de la protestation
pacifique. Il entend ainsi constituer un matériau pour l’histoire, avant que des
2reconstructions rétrospectives n’occultent le déroulement des évènements .
Partant de ce constat, Jean-Pierre a poursuivi sa réflexion dans un second
article proposant une étude plus approfondie de la criminalisation du mouvement
anti-globalisation en Europe après 2001, tant par l’adoption de nouveaux
textes législatifs que par le déploiement de pratiques policières inédites ou par
la disqualification publique du discours altermondialiste, à laquelle certains
3médias avaient largement contribué . Il a apporté sur ce terrain un éclairage
supplémentaire aux pratiques illibérales des régimes libéraux étudiées par
d’autres chercheurs de la revue.
1 . Cette thèse a notamment donné lieu à la publication de « Genèse et institutionnalisation du
dispositif d’accueil des réfugiés politiques en France », Les Cahiers de la sécurité intérieure,
e45, 3 trimestre 2001, pp. 45-68.
2 . « Petites impressions génoises. Chroniques quotidiennes d’une mobilisation
anti-mondialisation » (avec Nathalie Bayon), Cultures & Conflits, 46, 2002, pp. 127-143. Il a continué ce
travail dans l’ouvrage publié par le collectif Samizdat.net, Gênes, 19, 20, 21 juillet 2001.
Multitudes en marches contre l’Empire, Paris, Éditions Reflex, juin 2002.
3 . « L’altermondialisme au prisme de l’exceptionnalisme : les effets du 11 septembre 2001 sur le
mouvement social européen » (avec Nathalie Bayon), Cultures & Conflits [En ligne, octobre
2004, URL : http://conflits.revues.org/1069].
8 Cultures & Conflits n°99/100 - automne/hiver 2015Salut à toi, Jean-Pierre Masse (1967-2015) 9
00_Masse_99-100_c&c 15/02/2016 10:43 Page9
Outre ses contributions intellectuelles et ses remarques souvent
mordantes lors des comités de rédaction, Jean-Pierre a amplement contribué à la
diffusion des contenus de la revue. Précurseur et infatigable militant de
l’Internet libre – parmi bien d’autres causes – il est celui qui a bâti
l’architecture stable du premier site Internet de Cultures & Conflits, rendant disponible
l’ensemble des textes publiés depuis son origine. Toujours préoccupé par la
démocratisation du savoir, il a veillé à éviter toute surcharge graphique (les
vitesses de connexion, notamment dans les pays du Sud demeurant lentes) et a
milité avec succès pour l’accès gratuit aux textes, dès lors qu’ils ne font pas
l’objet d’une utilisation commerciale. C’est notamment lui qui a convaincu le
comité de placer la revue sous le régime juridique de Creative Commons, sous
lequel elle est toujours.
Par la suite, Jean-Pierre a poursuivi sa coopération avec les chercheurs de
Cultures & Conflits, en devenant, de 2004 à 2009, le webmestre du projet The
Changing Landscape of European Security (CHALLENGE), un FP6 de la
Commission Européenne. C’est à cette occasion qu’il a commencé à travailler
au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI) qui accueille le
programme. Dans ce cadre, il crée un site Internet, veille à l’autonomie de son
hébergement, gère et archive les contenus transmis par les 23 universités
participantes, fournit une assistance technique à l’ensemble des partenaires et
prend en charge la veille documentaire sur les questions de liberté et de
sécurité en Europe.
En 2010, Jean-Pierre est recruté comme webmestre par le CERI, où il
occupe trois fonctions principales, qui ne sont pas sans lien avec ses centres
d’intérêt militants. Il promeut d’abord sans relâche l’usage des logiciels libres
et des outils ouverts, manquant d’ailleurs de s’étrangler le jour où il apprend
que Sciences Po adopte Google comme environnement numérique. Il crée
ensuite les sites des projets de recherche portés par le centre et prend
particulièrement soin de former les usagers. Soucieux comme toujours des enjeux
d’archivage et fervent défenseur de l’open access, Jean-Pierre s’engage enfin
dans les questions d’humanités numériques, en s’intégrant dans les réseaux
concernés par les enjeux de la diffusion, du partage et de la valorisation du
savoir en sciences humaines et sociales. Cette spécialisation se traduit
notamment par une participation active au réseau MEDICI– proposé par le CNRS
pour les métiers de l’édition scientifique publique – dès sa création en 2010. Il
est élu au comité de pilotage lors de la convention annuelle de 2014, mais sa
maladie l’empêchera rapidement de rester actif dans cette instance.
Au travail, Jean-Pierre ne séparait pas le fond de la forme. Pour le dire
autrement, il ne distinguait pas le contenu de ses missions des relations
humaines dans lesquelles elles s’inscrivaient. Son dévouement au collectif était
exceptionnel. Au CERI, il a multiplié les initiatives pour souder le personnel.00_Masse_99-100_c&c 15/02/2016 10:43 Page10
En tant que représentant élu au conseil d’unité du centre, il accordait une
grande importance à l’écoute de ses collègues et à la coordination de leurs
revendications. Son initiative la plus emblématique a consisté à fonder le
Groupe d’expression directe des salariés (GEDS) afin de favoriser la prise de
parole de chacun sur l’organisation du travail, les difficultés éprouvées dans
l’exercice de l’activité professionnelle, la promotion de formes de convivialité
et le questionnement de l’autorité hiérarchique.
D’ordinaire dissociés, son engagement antifasciste de longue date (au sein
de Solidarité Résistance Antifa et de La Horde) et sa vie professionnelle se
sont percutés avec force le 5 juin 2013, lorsque Clément Méric, militant
libertaire et étudiant à Sciences Po, fut tué lors d’une altercation avec des skinheads
d’extrême-droite. Le soir même, Jean-Pierre se rendit à l’hôpital et aida les
proches de la victime à communiquer et à s’organiser. Il participa quelques
jours plus tard à un hommage organisé dans un amphithéâtre de Sciences Po.
Face à une salle comble et attentive, Jean-Pierre présenta une cartographie de
l’extrême-droite contemporaine et rendit compte des initiatives existantes
pour la combattre.
Les avis de ceux qui ont travaillé avec Jean-Pierre sont convergents. Ils
mettent en relief un ensemble de qualités humaines, au-delà de sa rigueur
professionnelle. Jean-Pierre était tout sauf un donneur de leçons et c’est peut-être
pourquoi ses collègues ont eu la chance d’en recevoir en le côtoyant au
quotidien. Une leçon d’intégrité, d’abord, chaque fois que Jean-Pierre argumentait
un point de vue, prenait le temps de convaincre, rappelait les décisions prises
antérieurement et anticipait les avantages et inconvénients des diverses
options. Une leçon d’humanité aussi par le souci constant des autres, un
intérêt attentif pour leurs joies et leurs peines, une empathie jamais feinte. Une
leçon de solidarité enfin, guidée par le souci de combattre l’isolement sur le
lieu de travail, de tisser des liens entre ses collègues et ses amis par des
initiatives sportives aussi bien que festives. Le souci de l’autre, chez Jean-Pierre,
était la condition sine qua non à partir de laquelle pouvaient se construire des
solidarités, y compris dans le cadre professionnel.
C’est donc un fidèle compagnon de route, un précieux collaborateur, une
source d’inspiration et un ami que la revue vient de perdre.
10 Cultures & Conflits n°99/100 - automne/hiver 201501_Introduction_99-100_c&c 14/02/2016 16:39 Page11
1Blessures de frontière en Méditerranée
Introduction
Évelyne RITAINE
Évelyne Ritaine est Directrice de recherche FNSP, Centre Émile Durkheim,
Sciences Po Bordeaux. Sur les frontières et les migrations, elle a notamment dirigé
l’ouvrage : L’Europe du sud face à l’immigration. Politique de l’Étranger, Paris,
PUF, 2005, et publié : « La barrière et le checkpoint : mise en politique de
l’asymétrie », Cultures & Conflits, 73, 2009, pp. 13-33 ; « Dramaturgie de l’intrusion
migratoire : teatro all’italiana », in D.-C. Martin (ed.), L’identité en jeux. Pouvoirs,
identifications, mobilisations, Paris, Karthala, 2010, pp. 201-221 ; La fabrique
politique d’une frontière européenne en Méditerranée. Le “jeu du mistigri” entre les
États et l’Union, Paris, Les Etudes du CERI, 186, 2012. Elle anime un carnet de
recherche en ligne consacré aux frontières blindées : http://enigmur.hypotheses.org/
« C’est le long de la côte que passaient la route de la soie
et celle de l’ambre, que s’entrecroisaient les chemins du
sel et des épices, de l’huile et des parfums, les voies des
outils et des armes, des arts et du savoir, des prophéties et
de la foi. L’Europe naquit en Méditerranée »
Predrag Matvejevitch, Bréviaire méditerranéen, Paris,
Fayard, 1992, p. 17.
« Nous sommes les innombrables, redoublés à chaque
case d’échiquier,
Nous pavons de squelettes votre mer pour marcher
dessus. »
Erri De Luca, Aller simple, Paris, Gallimard, 2012, p. 61.
a Méditerranée, si longtemps exaltée et chantée comme un espaceLmythique, est devenue la route migratoire la plus mortelle du monde (voir
2le tableau chiffré en fin de texte) . En un quart de siècle, le renforcement du
1 . Titre inspiré d’un chapitre de Gaudé L., Eldorado, Arles, Actes Sud, 2006.
2 . Selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), cité dans « La
traversée de la Méditerranée, “route la plus mortelle du monde” », Le Monde, 10 décembre 2014.01_Introduction_99-100_c&c 14/02/2016 16:39 Page12
contrôle de la frontière sud de l’Union européenne (UE), bordure de l’espace
de libre circulation pour les Européens, a fait de l’espace méditerranéen une
fosse commune, ou une zone de confinement, pour ceux qui tentent de migrer
en Europe, sans avoir les moyens de le faire de façon régulière. Des deux côtés
3de la Méditerranée, les règles européennes créent un espace d’exception et de
mort : s’y exerce une « violence structurelle », s’y commettent des « crimes de
4paix ». Il en était ainsi bien avant que la « crise des réfugiés » le révèle au
grand jour, en 2015. Que des centaines de milliers de personnes soient
aujourd’hui contraintes de risquer leur vie en mer pour fuir la guerre et
demander l’asile en Europe, alors même qu’elles ont droit à la protection
internationale, dévoile le caractère exceptionnel et iatrogène du contrôle de la
frontière européenne en Méditerranée. Cette violence a une longue
généalogie, que les auteurs rassemblés ici se sont proposés d’étudier. Elle a aussi des
effets anthropologiques – sur les migrants, sur les habitants des lieux
frontières, sur les sites frontières, sur les représentations de l’altérité et de l’identité
aussi – que les textes de ce dossier ont cherché à approfondir.
En mettant l’accent sur l’idée d’effets-frontières, ce numéro s’intéresse aux
effets in situ de la « frontiérisation » (bordering) européenne en Méditerranée.
Les recherches développées ici sont les héritières des border studies qui ont
retravaillé la notion de frontière territorialisée pour en donner une
interpréta5tion axée sur la fluidité et sur l’instabilité . En ce sens, la frontière n’est pas
toujours où on le croit, elle n’est pas toujours au même endroit, elle n’est pas
naturelle mais labellisée comme telle, elle est sans cesse travaillée et remodelée
par de multiples acteurs : la frontière est processus. Ces recherches s’inscrivent
aussi dans la continuité des études sur les politiques de sécurité qui ont
montré que la frontière contemporaine est ubiquitaire, embarquée dans le statut de
chacun, faite de technologies de contrôle dématérialisées et s’exerçant à
dis6tance, non plus linéaire mais pixellisée . Les travaux présentés ici adhèrent à
toutes ces avancées théoriques. Ils se sont confrontés, cependant, au fait que,
3 . Nous employons ce terme de façon descriptive pour désigner des espaces où les droits sont
totalement ou partiellement suspendus, voir les commentaires de Bigo D.,
« Exception et ban : à propos de “l’état d’exception” », Erytheis, 2, 2007
[http://www.academia.edu/3102816].
4 . Successivement : Weber L., Pickering S., Globalization and Borders: Death at the Global
Frontier, New-York-Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2011 ; Albahari M., Crimes of Peace:
Mediterranean Migrations at the World’s Deadliest Border, Philadelphie, University of
Pennsylvania Press, 2015. Ces deux ouvrages sont présentés dans notre chronique
bibliographique.
5 . Rajaram P. K., Grundy-Warr C. (eds.), Borderscapes: Hidden Geographies and Politics at
Territory’s Edge, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2007.
6 . Voir notamment, Bigo D., Guild E. (eds.), Controlling Frontiers: Free Movement into and
within Europe, Londres, Ashgate, 2005 ; Bonditti P., « Biométrie et maîtrise des flux : vers
une géo-technopolis du vivant en mobilité », Cultures & Conflits, 58, 2005, pp. 131-154 ;
Cuttitta P., « Le monde-frontière. Le contrôle de l’immigration dans l’espace globalisé »,
Cultures & Conflits, 68, 2007, pp. 61-84 ; Bigo D., « Gérer les transhumances. La surveillance
à distance dans le champ transnational de la sécurité », dans Granjon M.-C. (ed.), Penser avec
Michel Foucault. Théorie critique et pratiques politiques, Paris, Karthala, coll. « CERI », 2005,
pp. 129-160.
12 Cultures & Conflits n°99/100 - automne/hiver 2015Blessures de frontière en Méditerranée (introduction) - E. RITAINE 13
01_Introduction_99-100_c&c 14/02/2016 16:39 Page13
pour les seuls migrants irréguliers, la ligne frontière se réincarne dans toute sa
dureté. La capacité à agir des migrants est ici un facteur structurant du devenir
de l’espace méditerranéen, car ceux-ci tentent le passage coûte que coûte : quel
que soit le prix demandé par les passeurs, quelles que soient les violences à
subir, quel que soit le risque pour leur vie. Eux vivent la ligne frontière comme
un obstacle dangereux, et souvent mortel, qu’ils doivent absolument franchir.
Pour reprendre les termes de Zygmunt Bauman, ils sont les indésirables
absolus, ceux qui ne parviennent même pas à approcher les guichets du contrôle,
où pourraient être délivrées les autorisations d’entrer sur un territoire
étran7ger souverain. Dans un monde de flux, ils sont les « confinés ». Lorsqu’ils
fuient irrégulièrement, c’est au risque de rester bloqués dans des camps et des
centres de rétention, véritables impasses spatiales et temporelles au sein de la
frontière ; ils courent aussi le risque de perdre la vie en tentant les passages les
plus périlleux, par le désert et par la mer. Aussi leur obstination, les tactiques
adaptatives des passeurs et les tentatives des gouvernements de cantonner les
migrants dans des lieux spécifiques ont-elles remodelé un paysage
méditerranéen de la migration, mosaïque changeante de lieux et d’effets-frontières.
Envisagé dans une perspective anthropologique, l’espace méditerranéen,
espace social d’échanges intenses, a subi un changement profond en devenant
une zone hyper-contrôlée, troublée par les conséquences des contrôles, une
zone de tension et de deuil. Pour étudier ces effets de violence, les auteurs de
8ce dossier ont travaillé dans une démarche « d’ethnographie non locale »:
celle-ci, pour répondre aux défis de l’analyse de la globalisation, met l’accent
sur les connections entre personnes géographiquement séparées, sur la
circulation plutôt que sur la localisation, sur la capacité à agir des acteurs sociaux,
sur les effets localisés de dispositifs déterritorialisés. Cette démarche permet
de considérer les migrants à toutes les échelles de leurs échanges ; elle permet
aussi de chercher à comprendre dans quelles arènes politiques se met en place
9le traitement de leur présence . Elle est en cohérence, pour l’étude des
modalités de « frontiérisation », avec la notion de borderscape qui permet de tenir
ensemble et de faire varier les différentes échelles et qualités du fait frontière.
Celui-ci est conçu comme « un champ fluide fait d’une multitude de
négocia10tions, revendications et contre-revendications politiques ». La frontière est
7 . Bauman Z., La société assiégée, Rodez, Le Rouergue/Chambon, 2005 ; Bauman Z., Vies
perdues. La modernité et ses exclus, Paris, Payot, 2006.
8 . Marcus G., “Ethnography in/of the World System: The Emergence of Multisited
Ethnography”, Annual Review of Anthropology, 24, 1995, pp. 95-117 ; voir aussi Gupta A.,
Ferguson J. (eds.), Anthropological Locations: Boundaries and Grounds of a Field Science,
Berkeley, University of California Press, 1997 ; « L’(ethnographie) non-locale décrit des
raisonnements et des pratiques qui sont présents sur de multiples lieux mais qui ne sont pas d’un
lieu en particulier. (…) Étudier la formation d’un dispositif nécessite de déplacer le focus
ethnographique des objets et des structures vers les processus qui créent les conditions de
certaines objectivations et de certaines configurations institutionnelles ou réticulaires », Feldman
G., The Migration Apparatus, Security, Labor, and Policymaking in the European Union,
Stanford, Stanford University Press, 2012, p.192.
9 . Feldman G., op. cit.
10. Rajaram P. K., Grundy-Warr C., op. cit. ; dans l’ensemble du texte toutes les traductions sont01_Introduction_99-100_c&c 14/02/2016 16:39 Page14
alors considérée à la fois en de multiples lieux et en de multiples processus
déterritorialisés, tous de nature fluide et changeante : il s’agit d’étudier les
pro11cessus qui la construisent et la reconstruisent sans cesse .
Pour mettre en perspective cette généalogie de la frontière européenne en
Méditerranée, rappelons que l’ouverture d’un espace de libre circulation pour
les Européens s’est accompagnée d’une politique de contrôle de la frontière
extérieure de l’UE : celle-ci est bâtie sur le paradigme de la gestion du
« risque », établi dès avant les accords de Schengen par les échanges entre
12corps professionnels de la sécurité . Ce paradigme, ainsi que la résistance des
États-membres à la communautarisation de la politique migratoire, ont
empêché, au travers de multiples crises, tergiversations et négociations incomplètes,
l’émergence d’une véritable politique commune de l’immigration et de l’asile.
13Cette absence est au principe même des drames de la migration irrégulière :
en effet, l’autonomie de la décision migratoire, la capacité à agir des migrants,
s’imposent sur cette frontière comme sur toutes les autres. Dès que les États
14européens du Sud, après leur adhésion aux accords de Schengen , ont mis en
application l’obligation de visa pour les ressortissants de nombreux pays
étrangers, les tentatives de passage irrégulier sont apparues, et avec elles les
premiers morts. Les premières disparitions sont enregistrées dans le détroit de
Gibraltar au début des années 1990, dans le canal d’Otrante et dans le canal de
Sicile à partir de 1993, autour des îles égéennes et dans la zone d’Evros au
milieu des années 1990. Le renforcement continuel des contrôles et la
permade l’auteure.
11. Brambilla C., “Exploring the Critical Potential of the Borderscapes Concept”, Geopolitics,
20/1, 2015, pp. 14-34. La notion de borderscape est inspirée des -scapes (ethnoscape,
technoscape, finanscape, mediascapes, ideoscapes) élaborés pour rendre compte, dans l’échange
globalisé, de la multiplicité des significations, selon les contextes et selon les acteurs, et de la
multidimensionalité des faits par Appadurai A., Modernity At Large: Cultural Dimensions of
Globalization, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1996.
12. Voir entre autres : Huysmans J., “Migrants as a security problem: dangers of ‘securitizing’
societal issues” , dans Miles R., Thranhardt D. (eds.), Migration and European Integration,
the Dynamics of Inclusion and Exclusion, Londres, Pinter, 1995, pp. 53-72 ; Bigo D., Police en
réseaux : l’expérience européenne, Paris, Presses de SciencesPo, 1996 ; Bigo D.,
« L’immigration au carrefour des sécurités », Revue Européenne des Migrations
Internationales, 14/1, 1998, pp. 25-46 ; l’ensemble du numéro de cette revue consacré à
« Sécurité et immigration », Cultures & Conflits, 31-32, 1998.
13. Quelques précisions terminologiques s’imposent ici. Migrant (migration) : nous appliquons
la terminologie retenue par l’ensemble de la communauté scientifique et par les
recommandations de l’Organisation des Nations Unies (ONU), qui définissent le migrant comme « une
personne qui change de pays pour sa résidence habituelle ». En ce sens, les migrants sont des
personnes qui se déplacent pour des raisons différentes et variées, parmi lesquelles la crainte
de la persécution et la fuite devant la violence, cf. Carling J., “Refugees are Also Migrants.
And All Migrants Matter”, Border Criminologies, septembre 2015,
http://bordercriminologies.law.ox.ac.uk/refugees-are-also-migrants/. Migrant irrégulier
(migration irrégulière) : on s’en tient ici, suivant en cela la plupart des experts de la question
migratoire, au terme le moins stigmatisant et le plus général : migration « irrégulière » plutôt
que « clandestine » ou « illégale ».
14. Cf. Cultures & Conflits, « La mise à l’écart des étrangers. La logique du visa Schengen », 49,
2003. La mise en application des accords de Schengen est effective en 1995 pour l’Espagne et
le Portugal, en 1997 pour l’Italie et la Grèce, en 2007 pour Malte.
14 Cultures & Conflits n°99/100 - automne/hiver 2015Blessures de frontière en Méditerranée (introduction) - E. RITAINE 15
01_Introduction_99-100_c&c 14/02/2016 16:39 Page15
nence de la volonté de migrer chez les populations extérieures se conjuguent,
en effet, pour faire de la Méditerranée un espace de violences. Avant la mise en
application des accords de Schengen, les États méridionaux laissaient plus ou
moins les ressortissants des pays voisins aller et venir, au gré des besoins des
activités saisonnières et de l’économie souterraine, ou parce qu’il ne s’agissait
15que de migrations de transit, en route vers d’autres pays européens . Très
vite, il est apparu que, malgré les difficultés à obtenir un visa, les populations
concernées ne renonçaient pas au passage. L’accentuation des inégalités
économiques à l’échelle globale, l’arc des conflits enserrant la Méditerranée – du
Maghreb au Proche Orient et à l’Afrique sub-saharienne – ont ensuite
ampli16fié les mouvements migratoires vers l’Europe , et donc les pertes humaines.
Les espaces aisément franchissables sont ainsi devenus de plus en plus
difficiles à contrôler ; leur blindage progressif a entrainé la découverte de nouvelles
routes clandestines, de plus en plus dangereuses pour les migrants, dans un
processus de dérivation permanente : il y a ainsi, sur les frontières du monde
développé, une forme d’escalade permanente entretenue par le renforcement
17sécuritaire .
L’espace frontalier méditerranéen, majoritairement maritime, est un
espace fragmenté, constitué d’eaux territoriales et d’eaux internationales, d’îles
et de détroits, de ports et de navires, d’aéroports très fréquentés, d’enclaves
terrestres, et de côtes étrangères toutes proches. Tout ceci est encore
compliqué par un contexte de relations historiques et sociales très denses entre les
deux rives de la Méditerranée. En cela, l’espace méditerranéen est bien plus
complexe que l’autre frontière maritime hyper-contrôlée, celle de l’Australie.
Il s’agit, cependant, de deux frontières maritimes qui ont en commun la
dangerosité de leur traversée : à ce titre, s’y posent les mêmes dilemmes éthiques
18sur la souveraineté qui « expose à la mort » ; s’y posent aussi, à propos du
contrôle extraterritorial de la migration, des questions de droit de la mer et de
19droit international comparables . Il y a donc, pour la recherche, un grand
20intérêt à la comparaison entre ces deux espaces maritimes faisant frontière .
Dans ce contexte méditerranéen dangereux, les migrants n’ont jamais
cessé de tenter tous les passages. Les routes migratoires les plus fréquentées se
déplacent ainsi, au gré des crises géopolitiques et du renforcement des
15. Pour une perspective historique sur ce point, voir Ritaine E. (ed.), L’Europe du Sud face à
l’immigration. Politique de l’Étranger, Paris, PUF, 2005.
16. Cf. Lutterbeck D., “Policing Migration in the Mediterranean”, Mediterranean Politics, 11/1,
2006, pp. 59-82 ; sur les écarts de revenus comme mise en tension des frontières, cf. Milanovic
B., Worlds Apart. Measuring International and Global Inequality, Princeton, Oxford,
Princeton University Press, 2005.
17. “A self-perpetuating escalation”, selon Andreas P., Border Games. Policing the U.S.-Mexico
Divide, Ithaca, Londres, Cornell University Press, 2000, p. 93.
18. Mbembe A., « Nécropolitique », Raisons politiques, 2006/1, 21, pp. 29-60, p. 30.
19. À ce propos voir : Ryan B., Mitsilegas V. (eds.), Extraterritorial Immigration Control. Legal
Challenges, Leiden, Boston, Martinus Nijhoff Publishers, 2010.
20. Voir la chronique bibliographique.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.