Enracinements

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Marc, le narrateur de « nostalgie », raconte à son fils Jean comment, de 1946 pour Raphaël à 1952 pour Marc, les frères et sœurs de « nostalgie » arrivent en France, les uns après les autres. Etudes, premières amours, couples se constituant, premiers enfants qui naissent, dans les difficultés de l’après-guerre et les problèmes qu’ont à résoudre les étrangers.Dans un style parfois cocasse, l’auteur conte l’histoire de cette fratrie, de 1946 à 1958, avec les premières déceptions aussi, les premières interrogations sur le militantisme au parti communiste, dans lequel ils sont impliqués au départ tous les six.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
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EAN13 : 9782748106923
Nombre de pages : 193
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Enracinements
Raphaël Marco
Enracinements
ROMAN
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748106938 (pour le fichier numérique) ISBN: 274810692X (pour le livre imprimé)
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1999 : MARC:LETTRE ÀJEAN
J’ai trouvé intéressante la demande que tu m’as faite, et la gageure qu’elle représente. Ecrire notre arrivée et nos installations en France à l’intention de mon arrière petitfils qui doit naître bientôt, j’en saisis d’autant mieux l’intérêt que m’a manqué l’en racinement dans l’histoire familiale, qui est dans ma tête nébuleuse pour la génération de mes grands parents, et inexistante au delà. Je ne peux, pour l’heure, qu’imaginer les difficultés que ce travail pourrait révéler. Ainsi, quelle est la part du moi que je pourrais qualifier d’actuelle, même si sa cohérence est sujette à caution, par rapport à celle du « il », ce gamin que j’étais en Egypte, et qui n’a pas pris conscience sur le coup du déchirement que constituerait son exil ? S’il y a eu de nombreuses ruptures au cours de ma vie, aucune sans doute ne m’a autant marqué dans l’intimité de mon être que celle là. J’ai du mal à me reconnaître dans cet enfant qui, dans ma mémoire, était calme, enjoué, ou dans ce préadolescent muré dans sa vie intérieure. Si j’ai tenté d’en rendre les demiteintes dans ce que je t’ai déjà communiqué, et que j’ai appelé « nostalgie », c’est que cette part de ma vie fait bande à part et, en dernière analyse, ne concernait que moi. Au moins pour l’essentiel. Mais comment aborder la suite sans tenir compte des riches interrelations que nous vivions dans ma
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fratrie ? Tu me demandes maintenant de poursuivre ce travail de mémoire, de raconter notre vie d’après, notre vie en France. Cette demande, je l’ai retournée dans tous les sens, explorant mes souvenirs pour retrouver les élé ments pouvant indiquer qu’une dynamique logique aurait pu se trouver dans ma soixantaine d’années d’existence, et m’irritant de ne pas toujours pouvoir en suivre le fil. Non, la vie n’est pas un long fleuve tranquille, la logique de la mienne, en tout cas, ferait figure de cours d’eau capricieux, disparaissant par fois pour réapparaître ailleurs en de curieuses résur gences, paressant dans de lents méandres, et aban donnant des bras morts. Indépendamment du fait que fouiller mon passé laisse en plan l’insoluble question des falsifications qu’opère le travail de la mémoire, ce travail de type archéologique réactive d’anciennes blessures, que je croyais, pour certaines, cicatrisées, mais qui se sont réouvertes, douloureuses dans leur émergence. S’y ajoute le fait que mon histoire singulière est intimement mêlée aux singulières histoires de mes proches, les unes apportant aux autres d’indispen sables éclairages à la bonne compréhension de ce que j’ai pu vivre, et ces histoires, c’est seulement telles que je les ai comprises que je peux éventuel lement en rendre compte. Mais je ne les ai com prises que par les bribes qui m’en sont parvenues, ou par les interprétations, sujettes à caution, que j’ai pu en faire. Je n’aborderai même pas la ques tion, que j’ai bien sûr le devoir de me poser, qui est de savoir en quelle mesure j’ai le droit de « dévoi ler » des événements qui ne m’appartiennent qu’en partie. Constamment imbriquée dans la vie d’autres personnes, dans quelle mesure ma vie m’appartient elle ? Quelles blessures, autres que les miennes, ris queraije d’ouvrir, ou de rouvrir ?
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Et puis, mon arrivée en France s’inscrit dans un mouvement plus général qui concerne l’ensemble de notre famille. Notre départ d’Egypte n’est qu’un élé ment de cette péripétie marginale de l’histoire qui a fait que plusieurs centaines de milliers de juifs ont dû quitter, ou parfois fuir, leurs pays de nais sance qu’étaient les pays arabes. Mon arrivée en France commencetelle en 1952, quand j’ai mis le pied à Marseille ? En 1952, dernier enfant de la couvée, j’étais le dernier aussi à quitter le nid fami lial. Ne commencetelle pas plutôt en amont, cette arrivée, comme j’ai pris le parti de le choisir, quand ton oncle Raphaël, revenant en Egypte pour les va cances, après une année de vie d’étudiant et de mili tant à Paris, a, entre autres choses, donné au gamin que j’étais alors l’idée que je partagerais inélucta blement cet avenir ? Ce sont ces questions qui m’ont convaincu de m’éloigner plus encore du terrain de l’autobiogra phie, dominant dans « nostalgie », et à travailler davantage mes souvenirs dans l’esprit d’un ro man. Mais qu’estce qui est roman dans un roman, qu’estce qui est autobiographique dans l’autobio graphie ? Parleton jamais d’autre chose que de soimême ? Dans « nostalgie » déjà, j’avais délibé rément quitté le terrain de la vraie autobiographie, pour autant que ce terrain existe. Je prends le parti de quitter de plus en plus la vérité de nos vies, m’at tachant plus à rendre les tonalités générales d’une douzaine d’années, et un moment de nos évolutions, que la vérité anecdotique de ce que nous aurons, les uns et les autres, vécu. Pourquoi douze ans, te demanderastu peutêtre. En 1958, encore englués dans notre militantisme communiste, le retour de De Gaulle nous semblait devoir être la fin d’un monde, nous étions persuadés que la France deviendrait fasciste…
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