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Epistémologie du risque

De
126 pages
La mondialisation de l'économie et la globalisation des marchés ont généré une intensité concurrentielle et une complexité des systèmes qui ont multiplié les turbulences et les risques. Il est nécessaire de comprendre les mutations épistémologiques en cours pour répondre à la question de la représentation du risque, la nature de sa relation avec les acteurs en présence et l'environnement dans lequel il s'insère. Ces rapports pourront constituer une contribution à l'approfondissement de la performance face au risque.
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Épistémologie du risque
Collection Défense, Stratégie & Relations Internationales
(D.S.R.I)
(Dirigée par François Manga-Akoa)

Depuis la chute du Mur de Berlin le 09 novembre 1989 qui a
entraîné celle du Bloc socialiste est-européen dirigé et dominé par
l’Union soviétique, puis celle de l’URSS le 08 décembre 1991,
signant ainsi la fin de l’affrontement entre les pays du pacte de
Varsovie et ceux de l’OTAN, la guerre a pris plusieurs formes
inédites jusqu’alors. Le terrorisme international, les guerres
asymétriques, la guerre économique se sont exacerbés grâce au
développement exponentiel des nouvelles technologies de
l’information et de la communication. Par ailleurs, la privatisation
de l’usage de la force, jusqu’alors réservé à l’Etat, a rendu possible
l’externalisation de plusieurs services de l’Etat. En effet, plus que
jamais, se vérifie l’adage de Héraclite qui affirme que la guerre est
la mère de toute chose. Tel un veilleur qui attend l’aurore, la
collection D.S.R.I scrute l’horizon de ce nouveau siècle, décrypte
et prospecte l’actualité internationale en ses aspects politiques,
diplomatiques, stratégiques et militaires.

Déjà parus

Sidi Mohamed SIDATY, Mémento des relations diplomatiques,
2010.
Alain DE NEVE, L'Agence européenne de défense et la
coopération dans le domaine capacitaire, 2010.
Jérôme BELINGA, Glossaire raisonné anglais-français du jargon
diplomatique, 2010.
Abakar TOLLIMI, La résolution des conflits frontaliers en
Afrique, 2010.
Léon KOUNGOU, Le régime de non-prolifération nucléaire. État
des lieux, état du discours, 2010.
Léon KOUNGOU, Défense et sécurité nationale en mouvement,
2010.
Jean-François MOREL, Alastair CAMERON, L’Europe de la
Défense, 2009.
Seddik Larkèche







Épistémologie du risque


























































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54193-1
EAN : 9782296541931

CHAPITRE 1 : PROLEGOMENES ET CONCEPTS
ASSOCIES A LA NOTION DE RISQUE

Avoir l’ambition de mieux comprendre un phénomène
aussi vaste que le risque ne peut se faire sans un bref
détour historique permettant de mettre en exergue la
naissance des connaissances sur ce facteur mais aussi et
surtout ses différentes évolutions.

A : LA GENESE DES CONNAISSANCES SUR LE
RISQUE

L’histoire du risque est étroitement liée à l’évolution du
monde. La première grande époque date des sociétés
anciennes, grecques ou égyptiennes qui ont toujours
intégré le risque d’un évènement en le sacralisant, en
plaçant l’explication et l’origine des phénomènes
humains dans une dimension divine (P. BERNSTEIN,
2001). A cette époque, les instruments de mesure du risque
étaient inconnus, parce qu'ils n'étaient pas nécessaires. Le
fonctionnement des sociétés était régi par la nature ou
plutôt par le temps de la nature (R. NEBOIT-GUILOT,
1991). En d’autres termes, la variable temps était le seul
indicateur des sociétés et lorsque les évènements étaient
contraires aux attentes, on justifiait cet écart par une
croyance divine. Dans ce cadre, les catastrophes étaient
perçues comme des punitions souvent très justifiées de la
colère divine. Cette dimension était essentielle dans la
condition humaine car elle précisait l’absence de défense
de l’homme face à son destin. La seconde période
significative se situe entre 500 et 1000 ans avant Jésus-
Christ et est liée à la civilisation chinoise qui, très tôt, pour
enclencher des stratégies de guerre, va mettre en place des
dispositifs techniques permettant d’envisager des
scénarios non escomptés.
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L’art de la guerre résidera fortement en la capacité des
acteurs à réagir à ces éventualités non prévues et, dans une
certaine mesure, à composer avec le risque (SUN TZU,
2001). Ensuite, la notion de destin écrit par les principales
religions monothéistes va permettre d’occulter
fondamentalement le risque ou plutôt lui conférer une
portée faible face à la dimension divine. La troisième
grande période a trait à la civilisation arabo-musulmane
ème ème(dans la période du VII au X siècle) qui tout en
accordant une place centrale à la dimension divine, met au
centre de ses productions philosophiques (IBN
KHALDÛN, 1978) le destin «el mektoub» et ouvre par là
même les portes de l’inconnu en intégrant des notions
comme le hasard, qui sont le prélude aux notions de risque
et d’incertitude. Ensuite, une quatrième étape située au
lendemain du Moyen Age se matérialise : le
développement des conquêtes et des échanges
commerciaux, fondé sur un certain déterminisme
religieux. Il pousse les hommes à tenter de mieux maîtriser
les actions projetées en intégrant les risques de scénarios
catastrophes. Selon P. Bernstein (2001), cette période date
principalement de la Renaissance où les échanges
internationaux se développent d’une manière considérable
(nouvelles routes maritimes) et où la finance s’exprime
pleinement. Le grand tournant de cette époque est lié à la
personne de B. Pascal (J. ATTALI, 2000) qui, en 1654,
analyse les jeux de hasard en intégrant une base
mathématique permettant d’identifier des probabilités et
donc des risques de survenance. La théorie des
probabilités était née. Ce nouvel apport va
considérablement influer sur les sociétés, en particulier sur
le système des assurances maritimes, qui vont donner aux
aventuriers les moyens d’aller au bout de leurs défis.

8

Le deuxième grand apport de ce nouveau corps de
connaissances c’est qu’il va permettre à cette époque de
faciliter le développement de la finance grâce aux
emprunts garantis par les calculs anticipateurs
(probabilités) renforçant les moyens alloués aux acteurs
aventuriers dans leurs démarches à la conquête du monde.
eLes retombées seront encore plus larges durant le XVIII
siècle. Les connaissances (sur la base des premiers
apports) vont progresser considérablement. Les
fondements de la mesure du risque révélant les notions
d’échantillons, de distributions normales ou de
significations statistiques vont être posés. Les applications
seront multiples et toucheront de nombreux domaines telle
la sphère juridique, la physique ou la mécanique. Dans
cette direction, un certain nombre d’auteurs vont
contribuer à un renforcement de cette théorie des
probabilités. En effet, en 1713, la loi des grands nombres
du mathématicien suisse Jacob Bernoulli est publiée à titre
posthume. Elle montre comment les probabilités et la
signification statistique peuvent être obtenues à partir
d'une information limitée. En 1733, le mathématicien
français A. de Moivre définit la distribution normale,
schéma dans lequel une série de variables se répartissent
d'elles-mêmes de part et d'autre d'une moyenne et d'où il
dérive aussi le concept d'écart type. Ensuite, le célèbre
savant suisse, D. Bernoulli (1738) fils de J. Bernoulli va
renforcer cette théorie de la probabilité en intégrant les
notions d’utilité, et surtout de diversification. L’intérêt de
ces nouvelles connaissances est de permettre de retenir,
grâce à la mesure, l’attrait de tel ou tel résultat, révélant
ainsi l’importance de la prise de décision : les effets des
diverses réalisations possibles peuvent souvent être plus
grands que la probabilité de l'occurrence de chacun d'eux.

9

Ce principe d’utilité nous éclaire sur les décisions
relatives au risque qui sont faites non seulement sur
des calculs de probabilités mais aussi de la valeur des
conséquences pour celui qui prend le risque. Cette
théorie de la probabilité est également renforcée par
ed’autres auteurs tel l’Anglais F. Galton au XIX siècle,
grâce à sa régression à la valeur moyenne. Il précise le fait
qu’à long terme, tous les sujets tendent vers une valeur
moyenne et qu’avec le temps, les extrêmes tendent à
revenir à la moyenne. Ces connaissances vont permettre
de faire progresser de nouvelles disciplines comme la
météorologie, la finance ou l’économie. Face à ces
différentes périodes, nous pouvons signaler également une
grande révolution sur la connaissance du risque. Elle
semble avoir été révélée lorsque la science a pris le
devant en plaçant au centre de ses fondements
l’homme et pas Dieu. Pour certains courants
philosophiques, la création de Dieu comme croyance a
permis d’expliciter cette grande inconnue. L’homme ne
pouvant influer sur son devenir, une puissance surnaturelle
allait le remplacer, lui permettant de se rassurer sur son
actualité (NIETZSCHE, 1969). « Devant Dieu ! Mais ce
Dieu est mort ! Hommes supérieurs, ce Dieu était votre
pire danger. C’est depuis qu’il gît au sépulcre que vous
êtes ressuscités. C’est maintenant enfin que va luire le
grand Midi, que l’Homme supérieur va être le maître. »
(NIETZSCHE, 1969). L’avènement des sciences va
allouer à l’homme, la capacité d’influer sur son devenir.
Nous aborderons ces dernières connaissances dans la
partie consacrée à la place du risque dans les théories de
l’investissement. Après un bref historique sur l’évolution
des connaissances sur le risque, il paraît désormais utile de
nous centrer sur les contours de cette notion.



10

B : LE CONCEPT DE RISQUE

S'interroger sur le concept de risque, c'est d'abord se poser
la question de l'homme face à cette notion, à la fois en
termes de genèse, de fondement et d'évolution à travers le
temps. Afin de bien cerner les différents aspects de ce
concept, il semble utile de ne pas le cloisonner mais au
contraire le relier à d'autres concepts voisins qui sont
souvent source de confusion aux yeux du grand public et
parfois de spécialistes. Pour appréhender une définition
approfondie du facteur risque, il est nécessaire dans un
premier temps de considérer cette notion comme un
concept polysémique commun à plusieurs disciplines
(philosophique, économique, culturel, technique,
anthropologique, sociologique et juridique). Dans ce
registre, le concept de risque doit être cerné comme une
notion complexe car multiple, qui recoupe des références
dans un nombre élevé de disciplines. Cette notion est mal
connue des sciences sociales parce qu’on l’a trop souvent
cantonnée à une seule discipline, en l’occurrence la
finance, oubliant son caractère composite lui permettant
d'être intégrée dans une vision interdisciplinaire facilitant
la compréhension de ses différents contours. Pour faire
face à ce cloisonnement passé, nous distinguons deux
grandes familles de risques : les risques naturels et les
risques liés à l’activité humaine. Ces deux types de
risques ne sont pas, comme on pourrait le croire fortement
distincts, la complexité des systèmes nous révèle
l’interdépendance des phénomènes observés. Nous
pouvons dès à présent affirmer que dans toute action
humaine, il existe un ou plutôt, plusieurs risques, qui
pourront s'exprimer ou non, en fonction d'une multitude de
critères. Nous traiterons ces différents aspects dans la
partie consacrée aux sources du risque.
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Nous avons volontairement inséré cette notion dans un
groupe de concepts permettant d'en cerner les liens et les
distinctions, mettant ainsi en exergue la profondeur et la
complexité de ce concept. La profondeur tout d'abord,
parce que ce facteur risque est omniprésent dans toutes les
sphères de la société, y compris dans les sciences sociales,
et tout particulièrement les sciences de gestion où il
occupe une place de plus en plus importante. Complexité
de ce concept ensuite car si on veut l'appréhender, il est
nécessaire d'intégrer ses multiples facettes et son
positionnement différent à travers le temps, l’espace et les
acteurs présents. Nous attacherons une attention
particulière à cette notion au sens général en y accolant
des concepts voisins. Cette correspondance aidera à
souligner les distinctions facilitant la mise en exergue de
ses différentes caractéristiques. Plus précisément, nous
tenterons de révéler l’ambiguïté du risque, en l'occurrence
une certaine maîtrise mais aussi une imprévisibilité
permanente, deux adjectifs antinomiques mais qui
semblent se compléter pour définir ce concept. Nous
ferons également appel à une forme d'analyse
transversale, partant du niveau de la société et allant
jusqu'à se focaliser en certains points sur l'individu. Plus
précisément, nous tenterons de traduire quelques formes
des associations du couple risque/individu mettant ainsi en
exergue la teneur du triptyque : risque créé/risque
vécu/risque perçu. A propos de cette première définition,
le risque peut être appréhendé comme la probabilité non
négligeable de survenue d'un évènement dommageable
pour des biens et/ou des personnes, et plus largement
comme la probabilité de survenue d'un événement
dommageable pour la société.


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