États, ONG et production des normes sécuritaires dans les pays du Sud

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La production des normes sécuritaires est un effet de la globalisation qu'elle produit et renforce à la fois. D'où son apparence de nécessité absolue, indiscutable et indiscutée. Les États et les ONG produisent des normes sécuritaires pour la plupart formulées par des instances du Nord en direction de pays du Nord et du Sud, ces derniers apparaissant désormais comme des symboles d'insécurité. Cet ouvrage se penche sur la production de normes sécuritaires considérées à travers les outils de la science politique et de la sociologie.
Publié le : dimanche 1 janvier 2006
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EAN13 : 9782296423824
Nombre de pages : 313
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États, ONG et production des normes sécuritaires dans les pays du Sud

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B.PéquignotetD.Rolland
Série « Globalisation et sciences sociales» dirigée par Bernard Hours
La série «Globalisation et sciences sociales» a pour objectif d'aborder les phénomènes désignés sous le nom de globalisation en postulant de leur spécificité et de leur nouveauté relatives. Elle s'adresse aux auteurs, dans toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, susceptibles d'éclairer ces mutations ou évolutions à travers des enquêtes et des objets originaux alimentant les avancées théoriques à réaliser et les reconfigurations disciplinaires consécutives.

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattanl @wanadoo.ft @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9769-5 EAN : 9782747597692

Sous la direction de

Niagalé Bagayoko-Penone et Bernard Hours

,

Etats, ONG et production des normes sécuritaires dans les pays du Sud

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
VBannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa Fac. Sciences. Soc, Pol. et Adm. BP243, KIN XI Université de Kinshasa- RDC

75005 Paris

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ltalia
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BURKINA

REMERCIEMENTS
Nous remercions les institutions qui ont contribué à la publication de cet ouvrage: Ministère des Affaires étrangères (Direction générale de la coopération internationale et du développement - DGCID) ; Institut de recherche pour le développement (Direction de l'information et de la communication -DIC) ; École doctorale de l'Institut d'études politiques de Paris.

LES AUTEURS
Laëtitia ATLANI DUAULT, anthropologue, Université Lumière Lyon II. maître de conférences,

Bertrand BADIE, politologue, professeur des universités l'Institut d'études politiques de Paris.
Niagalé BAGAYOKO-PENONE, politologue, chargée l'Institut d'études politiques de Paris de cours à

Bernard CASTELLI, économiste, chargé de recherche IRD. Fanny CHABROL, politologue, Sorbonne. Philippe doctorante à l'Université Paris 1

COPINSCHI, politologue, chargé d'études politiques de Paris

de

cours

l'Institut

Fred EBOKO, politologue, chargé de recherche à l'IRD. lean-Paul GONZALEZ, médecin, directeur de recherche à l'IRD. Bernard HOURS, anthropologue, directeur de recherche à l'IRD.

lean HUCHON, docteur en géographie, chercheur associé à l'Institut français de recherche en Afrique (IFRA) de Nairobi et au laboratoire ADES (CNRS-UMR 5185) de Bordeaux.

Sébastien LoISEL, politologue, doctorant à l'Institut d'études politiques de Paris. Sami MAKKI, historien CIRPES/EHESS. et sociologue, chercheur au

Marc-Antoine PÉROUSE DE MONTCLOS, politiologue, recherche à l'IRD. Elisabeth

chargé de

PEYROUX, anthropologue et géographe, laboratoire Gecko-Géotropiques de l'université de Paris X Nanterre. directrice de recherche à l'IRD.

Monique SELIM, anthropologue,

Peter VALE,politologue, professeur à la Rhodes University (South Africa).

SOMMAIRE
Niagalé BAGAYOKO-PENONE Avant-propos

Il

I. GÉNÉALOGIE DES NORMES SÉCURITAIRES
Bertrand BADIE

Sécurité et nouvelles relations internationales Bernard HOURS La production de l'utopie sécuritaire globale: de l'interdépendance à l'insécurité Peter VALE Some Critical Reflections on the Idea of "Human Security" II. LES TENTATIVES RÉGULATION SÉCURITAIRE MULTILATÉRALES DE

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Laëtitia ATLANIDUAULT Comment se créent les normes. De la prévention des conflits aux révolutions en ex-URSS 75 Sébastien LOISEL Normes sécuritaires et coopération au développement: La dimension politique du partenariat ACP-UE entre captation de souveraineté et principe d'appropriation 85
Bernard CASTELLI

Normes et contrôle de la criminalité financière: la fraude bancaire en Équateur 117 Marc- Antoine PÉROUSE DEMONTCLOS États, ONG et prévention des conflits dans les pays du Sud: quelques éléments de réflexion 135 III. LES ACTEURS NON-ÉTATIQUES, VECTEURS DE NOUVELLES NORMES SÉCURITAIRES: LE RÔLE DES ONG ET DES COMPAGNIES MULTINATIONALES Philippe COPINSCHI Compagnies pétrolières, ONG et production de normes sécuritaires dans les pays pétroliers du golfe de Guinée 151

Sami MAKKI Métamorphoses de la puissance américaine, militarisation, privatisation de l'aide et transformation des appareils sécuritaires du Sud 167 IV. LES APPROCHES SECTORIELLES DE LA SÉCURITÉ: LA SÉCURITÉ SANITAIRE
Fred EBOKO et Fanny CHABROL

Réappropriation du paradigme de la sécurité face au sida en Afrique: diffusions, confusions, inversions 193 Jean-Paul GONZALEZ, Philippe
VIDAL

BARBAZAN, Florent 217 du triangle 237

DEMORAES et Pierre

Maladies émergentes et sécurité sanitaire Monique SELIM Fragmentations et parenté/ origine/biologie sécurisations

v. LA RÉAPPROPRIATION DES SÉCURITAIRESPARLESACTEURSLOCAUX
Jean HUCHON

NORMES

Combinaison des normes et pluralité des manifestations sécuritaires au Nord-Kenya: enjeux nationaux et réponses locales 251 Niagalé BAGAYOKO-PENONE La formation des militaires africains au maintien de la paix: un instrument de bonne gouvernance ? 269 Elisabeth PEYROUX Citizens versus State in South Africa: the Production Contested Norms of Security in Johannesburg Bernard HOURS Postface of 293
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L'élargissement considérable de la notion de sécurité et son éloignement des seuls paramètres classiques de nature militaire ou diplomatique conduisent à repenser le mode de production des normes en matière sécuritaire et les acteurs qui y participent. Les normes de sécurité sont aujourd'hui pour la plupart produites dans les pays du Nord, tandis que l'insécurité est souvent présentée comme l'un des attributs des pays du Sud desquels est censé émaner un nombre croissant de menaces émergentes. Les dits failed states sont désormais considérés comme une menace qu'il convient de juguler, soit en raison des risques sanitaires ou migratoires qu'ils feraient peser sur les sociétés occidentales, soit parce qu'ils sont accusés d'être le terreau de guerres civiles transrégionales ou soupçonnés d'offrir des bases aux réseaux terroristes. À travers l'étude des normes sécuritaires, cet ouvrage propose ainsi d'analyser les modes de transformation qui affectent les données mêmes de la sécurité dans les pays du Sud. La définition de la norme ici retenue s'inscrit dans une perspective constructiv iste et renvoie au mode de comportement approprié pour un acteur ayant une identité donnée. C'est donc à la structure cognitive des relations entre les pays du Nord et les pays du Sud à laquelle il s'agit de s'intéresser et non pas à une structure objective de rapports de force matériels, comme le font traditionnellement les études de sécurité. Les normes considérées constituent une structure idéelle et sont intersubjectivement partagées par les acteurs des relations internationales contemporaines: non seulement, ces normes affectent le comportement des acteurs mais elles contribuent également à façonner leurs identités et leurs intérêts, qui se construisent à travers leurs interactions sociales.

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L'homme, sujet des droits de l'homme, aurait droit à la sécurité, à travers ses différentes déclinaisons et interprétations. Nécessité de survie collective ou droit, la sécurité se présente de plus en plus comme un projet de civilisation ou comme une part capitale de celui-ci. L'approche retenue correspond donc à celle proposée par Martha Finnemore, qui cherche à expliquer les intérêts et les comportements à partir d'une « structure internationale non pas de puissance, mais de signification et de valeur sociale 1 ». La multiplication des normes à caractère sécuritaire résulte d'une double influence. D'une part, la mondialisation qui rend les sécurités de plus en plus interdépendantes d'un pays à l'autre: dans ce contexte, les normes sécuritaires ont acquis une exceptionnelle visibilité. D'autre part, l'association de la sécurité aux thèmes voisins des biens communs, qui va jusqu'à confondre les domaines concernés avec la satisfaction des besoins humains fondamentaux, tels que rappelés dans le rapport du PNUD de 1994. Alimentaire, sanitaire, environnementale, politique, économique, culturelle, individuelle, l'exigence de sécurité se décline tous azimuts, et d'aucuns affirment que l'absence de développement durable constitue un facteur général d'insécurité planétaire. L'avènement du concept de «sécurité humaine », qui correspond à l'élargissement du concept de sécurité décrit par un certain nombre de théoriciens des relations

internationales - au premier rang desquels Barry Buzan 2 et Ole Waever 3 -, consacrede manièrecroissantecette évolution,perceptibleà
travers trois processus majeurs: - les concepts promus par les organisations multilatérales, telles l'ONU, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale mais aussi l'Union européenne, ainsi que par un grand nombre d'ONG et par certains États, reposent tout d'abord sur le postulat d'un lien inextricable entre sécurité et développement, lien opéré par l'entremise de la notion de «bonne gouvernance ». La sécurité - à l'instar des normes qui contribuent à sa diffusion - est ainsi le plus souvent assimilée à l'instauration de la démocratie et du libre marché. Les normes sécuritaires sont donc avant tout politiques: un bon gouvernement est aujourd'hui supposé produire de la sécurité. C'est ainsi que sécurité et «bonne gouvernance» deviennent des termes largement synonymes, dans la mesure où chacun d'entre eux repose sur les mêmes normes et structure en conséquence un même champ social dans lequel les pratiques de bonne gouvernance sont supposées capables à la fois de résoudre les conflits et de garantir le développement des pays en crise. C'est dire que la quête de la sécurité peut supposer l'ingérence, dès lors qu'existeraient un droit et

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un devoir de sécurité qui s'imposeraient aux citoyens du monde, membres de la communauté humaine globalisée. On assiste ainsi actuellement à une subordination du principe de souveraineté à celui de la bonne gouvernance, outil désormais revendiqué de sécurisation, tandis que la contribution au développement est présentée comme le prix à payer pour assurer l'impératif de sécurité; - les politiques d'aide au développement deviennent ensuite de plus en plus des instruments de gestion des conflits et de promotion de normes sécuritaires. Pour être durable, le développement se doit désormais d'inclure des politiques de gestion et de résolution des conflits: les problématiques sécuritaires sont aujourd 'hui omniprésentes dans les politiques de développement car la sécurité est explicitement identifiée comme l'un de leurs objectifs majeurs. L'aide internationale est de plus en plus conditionnée - y compris de manière explicite par l'énonciation de critères sécuritaires parmi les règles de conditionnalité - par le rétablissement de la sécurité, identifiée non seulement à l'instauration de régimes démocratiques et d'une économie de marché, mais aussi à la mise en place de réformes sociales allant dans le sens de la privatisation de certains services publics, les États étant de plus en plus incités à se limiter à assumer leurs seules fonctions régaliennes. Outre leurs dimensions politiques, économiques et institutionnelles, les normes sécuritaires sont en effet aussi sociales. Il s'agit toujours de bonnes pratiques et de bons comportements, appliqués non plus aux seules entités politiques mais à des sociétés et à des relations intersociétales. Les acteurs traditionnels du développement (Commission européenne, Banque mondiale avec l'importance accordée aux processus de DDR, mais aussi USAID, DAD ou Agence canadienne de développement) investissent le champ des affaires de sécurité traditionnelles, particulièrement en matière de politiques post-conflit. Dans un contexte de dévaluation du crédit apporté à l'efficacité des politiques de développement, les organes traditionnellement en charge de ces politiques voient dans l'investissement dans le champ sécuritaire un moyen de justifier leur survie institutionnelle. Les ONG participent également de ce processus. Nombre d'entre elles considèrent que la gestion des conflits n'est pas un préalable au développement, mais plutôt que le développement doit s'insérer dans une démarche de résolution de conflits. Elles mettent de plus en plus l'accent sur le caractère sécurisant de l'assistance qu'elles procurent; - réciproquement, les politiques de sécurité traditionnelles se voient enfin sans cesse davantage vouées à promouvoir le développement des pays au sein desquels eUes sont mises en œuvre, ainsi qu'en témoigne la

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doctrine actuelle du maintien de la paix qui promeut la notion de gestion de l'ensemble du «spectre des crises », allant de la prévention à la reconstruction post-conflit, identifiée comme une étape centrale dans les processus de transition vers la démocratie et l'économie de marché. Le concept de développement est alors conçu dans une perspective large, intégrant à la fois les politiques d'urgence, axées sur l'action humanitaire, et les politiques de long terme, destinées à introduire des réformes structurelles d'ordre politique aussi bien qu'économique. Assistances civiles et coopération avec les forces armées, intégration économique et élargissement des alliances militaires tendent de manière croissante à se confondre. Cette tendance récente pourrait porter en germe des risques de militarisation de l'action humanitaire et des politiques du développement, qui sont désormais utilisés comme des instruments à vocation politicostratégique. Ce processus, qui vise à l'instauration d'une approche multifonctionnelle de la gestion des crises, peut être détecté aussi bien en amont (soit au sein des appareils décisionnels des États occidentaux et des organisations multilatérales) qu'en aval, soit au sein des États du Sud où les acteurs de la gestion des conflits (forces armées, ONG) voient leurs fonctions de plus en plus imbriquées. Cette militarisation de l'intervention en faveur des pays du Sud met notamment fin au principe - d'ailleurs sans doute illusoire - d'un espace humanitaire neutre, impartial et indépendant, ainsi qu'en témoigne la gestion des crises en Afghanistan et en Irak. La guerre globale déclarée contre le terrorisme accentue en effet cette tendance. L'inscription des processus sécuritaires, économiques aussi bien que militaires, dans des dynamiques régionales constitue une autre caractéristique de l'exportation des normes sécuritaires : les crises locales sont de plus en plus pensées dans une configuration élargie. Cette dynamique de régionalisation peut être inscrite dans un cadre institutionnalisé, comme en témoigne le soutien apporté par l'Union européenne aux organisations régionales (Union africaine) et sousrégionales (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest: CEDEAO), mais aussi dans un espace géographique défini de manière exogène, comme en témoigne le projet américain de «Grand MoyenOrient ». Ces processus régionaux sont étroitement liés à une dynamique globale par la diversité des acteurs internationaux mobilisés pour préparer la transition. Il est en outre possible de déceler dans certains cas, derrière les entreprises de nation-building et les stratégies de sortie de crise, des processus de nature impérialiste, se matérialisant par la mise en place de véritables protectorats implicites (Irak mais aussi Sierra Leone ou Liberia, Balkans avec le pacte de stabilité pour l'Europe du Sud, Afghanistan), qui

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deviennent une étape nécessaire de la démocratisation des pays déchirés par des guerres civiles ou présentant des signes d'effondrement. La constitution de systèmes civilo-militaires interdépendants et de stratégies intégrées ne saurait pourtant être sans conséquence sur la légitimité des forces armées locales et internationales dans leurs relations à l'État et à la société civile - notamment parce que les échecs militaires peuvent mettre en péril les programmes civils d'assistance aux populations ou encore la gestion civile des processus de reconstruction. La diversification des acteurs producteurs de normes mérite également d'être mise en relief car les normes produites s'en trouvent modifiées et sont sources de nouvelles configurations sociales et politiques. En effet, les organisations multilatérales et les ONG participent activement à la mise en œuvre de processus d'exportation normative. Les organisations multilatérales ont acquis depuis la fin de la guerre froide un important pouvoir normatif. Les coordinations multilatérales structurent un champ politique et technique où se formulent de multiples normes à vocation générales et sectorielles, progressivement mises en œuvre par les instances civiles ou militaires, gouvernementales ou non gouvernementales. Le rôle des ONG apparaît ambivalent. Elles font à la fois figure de relais et de vecteur des normes sécuritaires, promues par les États occidentaux et par les instances multilatérales, et d'alliés des partenaires du Sud qu'elles aident à définir leurs positions et à renforcer leurs résistances aux acteurs occidentaux. Outre les ONG, deux autres types d'acteurs non-étatiques interviennent dans l'exportation des normes sécuritaires : - tout d'abord, les compagnies de sécurité privées. La mise en place d'une forme globalisante de « paix libérale », qui met l'accent sur le lien entre sécurité et développement, s'accompagne d'une logique de privatisation et de commercialisation des divers secteurs de l'aide au développement tout comme des politiques sécuritaires. Les logiques de privatisation constituent notamment un élément central de l'intégration civiIo-militaire dans l'architecture américaine de sécurité nationale, les organisations de sécurité privées se présentant comme des opérateurs de plus en plus présents dans la conduite des opérations de paix, voire comme des agents humanitaires potentiels. Les États- Unis ne sont cependant pas les seuls à solliciter le concours de ces entreprises de sécurité privées, les gouvernements suédois, britanniques, canadien et suisse recourant également aux services de ces sociétés, tout comme certaines ONG et certaines organisations multilatérales, au premier rang desquelles l'ONU. La privatisation constitue indéniablement l'une des principales normes sécuritaires véhiculées;

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- ensuite les entreprises multinationales, dont le rôle apparaît central autant qu'ambigu dans la diffusion des normes sécuritaires sur un mode transnational. Tout d'abord, parce que la formulation des normes sécuritaires globales est perçue comme liée à des contraintes économiques. Ensuite, parce que certaines grandes entreprises sont concernées par le concept de sécurité élargie dans la mesure où elles affirment mettre en œuvre des stratégies économiques alliant prévention des conflits et développement durable et se présentent en conséquence comme des agents de sécurité internationale ou locale. Enfin, parce qu'un certain nombre de compagnies multinationales se font les vecteurs des standards de sécurité en vigueur dans leurs pays d'origine. L'apparition de ces nouveaux acteurs dans la production de normes de sécurité internationales ne doit pas laisser penser que les États ont perdu toute prérogative en la matière. Ils apparaissent à l'inverse toujours très engagés dans l' édiction de normes de sécurité. Leurs fonctions en matière de sécurité vont ainsi désormais au-delà de la simple assurance de l'ordre public et de la sécurité extérieure et ont trait à la protection des activités économiques, des biens communs (environnement, santé) et des droits de la personne. La capacité de l'État à mettre en œuvre des normes sécuritaires fonde sa crédibilité aussi bien sur la scène internationale que sur la scène intérieure. Le point commun entre ces différents acteurs est de proclamer la vocation universelle des normes sécuritaires diffusées. Les promoteurs de ces normes considèrent en effet le plus souvent qu'elles ne sont en rien issues de modèles de société spécifiques mais qu'elles reflètent les éléments essentiels pour une transition réussie de la tyrannie et du sousdéveloppement vers une société libre et prospère. Les normes ne sont pas censées refléter des traditions et une culture unique, mais être intrinsèquement communes à toutes les sociétés. Les sociétés civiles des pays du Sud apparaissent notamment comme des partenaires privilégiés aussi bien pour les États que pour les ONG et les organisations multilatérales. Ces sociétés civiles prennent une forme idéalisée et apparaissent comme les principaux vecteurs de changement démocratique, conformément aux principes mis évidence par Alexis de Tocqueville. Trouver des « partenaires locaux », à travers les ONG des pays du Sud (ou grassroot organizations) et « renforcer les capacités» (empowering) de la société civile locale sont les objectifs poursuivis par nombre de programmes à vocation sécuritaire. Les organisations de la

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société civile sont perçues comme des instruments de pression auprès des États qui ne répondraient pas aux attentes politiques occidentales ou qui freineraient le développement du secteur privé. Elles apparaissent comme les entités indispensables à l'obtention du label de bonne gouvernance. On assiste ainsi fréquemment au transfert de l'expérience de la société civile qui a émergé dans un cadre culturel spécifique pour en faire un cadre général conceptuel à valeur universelle dans d'autres sociétés où ces greffes prennent plus ou moins, selon les contextes. Est souvent postulée l'idée selon laquelle l'appropriation des normes est déjà opérée, les acteurs occidentaux étant seulement censés en favoriser la mise en application. Pourtant, les fondements théoriques et conceptuels de nombreux programmes sont directement inspirés par le modèle anglosaxon de développement politique et économique. En outre, la référence aux normes internationales apparaît parfois en réalité comme un moyen de travestir les préoccupations économiques et politiques spécifiques des acteurs qui en font la promotion. Cette proclamation du caractère universel des normes promues ne doit pas non plus laisser croire qu'il est possible d'opposer deux ensemble géopolitiques cohérents et homogènes, dont le premier, le « Nord », serait investi de la mission de révéler au second, le « Sud », le bien-fondé d'un certain nombre de pratiques et de principes, censés être garants de sécurité. En réalité, tout en faisant la promotion de normes communes, au premier rang desquelles la démocratie et le libre marché, les différents acteurs s'inscrivent fréquemment dans des logiques divergentes, voire opposées. Les normes sécuritaires sont ainsi instrumentalisées au nom d'intérêts et de stratégies extrêmement hétérogènes au « Nord» comme au « Sud ». Enfin, l'exportation de normes réputées universelles ne suppose en rien leur opérationnalité. L'exportation de la sécurité peut se révéler à l'inverse être un facteur de déstabilisation. Se pose ainsi la question de savoir si les normes sécuritaires internationales sont génératrices d'ordre ou à l'inverse d'entropie. Il convient de remarquer que l'Afrique subsaharienne occupe une place prépondérante dans les processus d'exportation normative mis en évidence dans l'ouvrage. Ce continent symbolise l'insécurité et le mal développement, mais illustre aussi les détournements, réappropriations et fictions diverses qui guettent toute imposi tion de normes sécuritaires non négociées.

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Sans prétendre aborder de manière exhaustive un thème d'une telle ampleur et d'une telle actualité, cet ouvrage livre plusieurs cadres généraux de lecture de la production sécuritaire aujourd'hui, avant de présenter des acteurs spécifiques dans des champs particuliers, qui illustrent tout à la fois la cohérence globale des normes sécuritaires et la spécificité relative de leur mise en œuvre soumise aux aléas locaux. A été retenue une approche pluridisciplinaire réunissant les contributions de politologues, d'anthropologues, d'économistes et de géographes, qui mettent ainsi l'accent sur les dynamiques contradictoires à l' œuvre. Est tout d'abord étudiée la production des normes dans les pays du Sud en tant que telle, qui pose de nombreuses questions scientifiques et méthodologiques, au premier rang desquelles celle de leur généalogie. Bertrand Badie met l'accent sur l'inversement du paradigme de la sécurité internationale: selon la conception hobbésienne des relations internationales, longtemps prédominante, la sécurité nationale impliquait une souveraineté absolue des États, ce qui supposait en conséquence que la sécurité nationale s'alimentait de l'insécurité internationale. La souveraineté était à la fois garante et productrice de légitimité et l'État apparaissait comme le dépositaire incontesté de la sécurité, essentiellement assimilée à un bien public national: la garantie de la sécurité publique et internationale apparaissait comme le premier devoir de l'État. Dans un contexte d'interdépendance propre à la mondialisation, les normes sécuritaires globales ont aujourd'hui pour principale caractéristique de remettre en cause la norme internationale de souveraineté des États. Désormais, la production de normes sécuritaires est indissociable de la fonction d'ingérence. On s'aperçoit ainsi que l'ingérence ne se décline pas seulement sur le mode militaire ou militarohumanitaire, mais également sur le mode normatif, embrassant tous les domaines du social. D'où la nécessité d'adopter une approche davantage sociologique de la norme qui désormais répond avant tout à un besoin de régulation sociale. Par ailleurs, l'insécurité internationale - ou plus exactement la production d'insécurité - tend à devenir une composante essentielle du jeu social transnational en même temps qu'une puissante dynamique de contestation de l'ordre étatique, sous l'influence des acteurs qui se sentent exclus des processus d'intégration de la mondialisation. C'est ainsi que les États sont désormais confrontés à d'autres acteurs qu'eux-mêmes: les sociétés et les groupes sociaux deviennent les premiers acteurs de la violence internationale. La sécurité internationale n'est plus alors réductible aux équilibres de puissance mais

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exige la formulation de normes de portée transnationale, que les instances multilatérales sont en charge d'édicter. Ces institutions multilatérales deviennent en conséquence les cibles privilégiées des multiples contestations émanant d'une opinion publique mondiale en voie d'émergence, qui se fait le vecteur d'une violence avant tout sociétale et décentralisée. On se rapproche ainsi de l'état de nature qui caractérise les contextes antérieurs à la conclusion du contrat social hobbésien. Bernard Hours explique quant à lui pourquoi les normes sécuritaires sont globales tout en se déclinant sur un mode sectoriel: on assiste en effet à une accumulation de normes de sécurité dans tous les domaines où elles sont techniquement fondées ou incluant les secteurs concernés par des risques spécifiques. Ces approches sectorielles et techniques occultent les rapports de force politiques. Les normes sécuritaires globales tendent à développer une approche qui considère que l'attentat à la vie constitue la principale atteinte à la sécurité, négligeant parallèlement la sécurité d'ordre économique et social, jusqu'ici privilégiée par les politiques traditionnelles de développement. Ce mouvement est explicitement lié aux présupposés libéraux qui sous-tendent les dynamiques actuelles de la mondialisation: c'est ainsi que des secteurs relevant traditionnellement de l'édiction de normes locales font l'objet de normes globales, justifiées par l'installation d'une interdépendance généralisée entre les sociétés. L'identification et la gestion de risques collectifs occupent désormais le cœur de l'agenda international. La mise en œuvre d'un tel projet de sécurité global est étroitement liée à l'émergence de la notion de gouvernance ainsi qu'à l'inflation à partir des années 1980 d'une série de droits reconnus aux individus en tant que tels. C'est ainsi que la gouvernance et la sécurité reposent sur les mêmes normes, produites et mises en œuvre par trois types d'acteurs. Tout d'abord, les États du Nord, qui se trouvent aujourd'hui confrontés à l'impératif de diminuer leurs interventions en matière de sécurité économique et sociale tout en étant appelés à prévenir les risques de nature globale, susceptibles de menacer la sécurité physique et le bien-être des individus. C'est cependant essentiellement en amont, par l'identification des risques globaux que les États jouent un rôle majeur dans la production des normes sécuritaires, particulièrement des normes techniques, tandis qu'ils délèguent largement la responsabilité de la gestion de ces risques à d'autres acteurs multilatéraux, associatifs ou privés. Les organisations multilatérales, grâce à leur position de médiation productrice de consensus, font en effet pour leur part émerger, au-delà des arbitrages techniques des États, un pouvoir normatif à prétention universelle et doté d'une autorité supérieure à celle des États. L'invocation du concept de gouvernance par les

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instances multilatérales leur permet de sécuriser le monde en fonction des contraintes imposées par la globalisation de l'économie de marché, dont les normes produites visent à assurer la sécurisation. Ce pouvoir normatif des organisations multilatérales nécessite des relais de mise en œuvre. Telle est le plus souvent la fonction assumée par les ONG occidentales, présentées comme les médiatrices de sociétés civiles locales du Sud supposées en voie d'émergence. Néanmoins, les nouvelles formes d'ingérence que supposent les normes sécuritaires actuelles ne sont pas sans être productrices de tensions génératrices d'insécurité. Par ailleurs, ainsi que le souligne le texte de Peter Vale, il apparaît que la théorie de la « sécurisation », développée par l'école de Copenhague et qui accorde une importance particulière aux processus par lesquels un enjeu se transforme en enjeu de sécurité ainsi qu'aux acteurs et aux rationalités qui président à un tel mouvement, est particulièrement pertinente pour saisir les processus qui président à l' édiction de normes sécuritaires 4.Alors que les objets « politisés» demeurent soumis au débat public, les « objets sécurisés », c'est-à-dire considérés comme portant en germe une menace existentielle, justifie un traitement en dehors des procédures politiques conventionnelles 5. C'est le plus souvent par le discours, c'est-à-dire par la qualification de phénomènes comme étant de nature sécuritaire, que certains processus deviennent des enjeux de sécurité et non parce qu'ils constituent des menaces objectives. Ces processus de sécurisation se font le plus souvent avec l'assentiment des citoyens sous la pression des schémas domestiques de sécurisation. Peter Vale propose ainsi de s'intéresser aux processus discursifs et aux idées qui président à la sécurisation d'un certain nombre de domaines, en s'intéressant au Speech Act mis en évidence par l'école de Copenhague et par les théoriciens de l'école critique des études de sécurité. Par cette démarche sémantique, il analyse le recours au terme de « terreur» pour qualifier certains phénomènes conflictuels, recours qu'il situe dans une perspective historique. L'expression de « sécurité humaine» est analysée selon la même perspective. Cette approche permet d'aborder selon une perspective critique le concept même de sécurité et son application à différents secteurs. Parallèlement à l'affirmation des études stratégiques, est apparu un autre champ de savoir, celui des études de développement, notamment dans le cadre des théories de la « modernisation». Ces deux champs de savoirs ont tous deux cherché, par le biais d'un langage spécifique, à mettre en place des modes de surveillance et de contrôle, destinés à assurer le progrès par la médiation de l'État. L'instrumentalisation des peurs joue un rôle central dans les deux

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processus. L'incapacité des théoriciens et des experts en études stratégiques à prévoir la fin de la guerre froide a contribué à la dissociation des études de sécurité et des études stratégiques. L'apparition de l'idée d'élargissement du concept de sécurité a introduit un changement d'ordre épistémologique et ontologique dans la compréhension du monde de la sécurité et de la stratégie. C'est dans ce contexte théorique qu'est apparue la notion de sécurité humaine. L'instabilité de la définition conceptuelle de cette notion démontre que de nouvelles idées ont présidé à son émergence. Une telle instabilité idéelle explique en partie les difficultés de mise en œuvre opérationnelle du concept. La réaction aux événements du Il septembre, qui contribue à réduire à une matrice bidimensionnelle la complexité du monde actuel opposant les partisans de l'Amérique aux partisans de l'insécurité pourrait compromettre les perspectives d'approfondissement aussi bien théorique que pratique du concept de sécurité humaine. Le deuxième chapitre de l'ouvrage aborde le rôle des organisations multilatérales dans l'édiction des normes sécuritaires. Laetitia AtlaniDuault s'intéresse au rôle des institutions onusiennes dans la production des normes. Les pays en proie au sous-développement étant fréquemment le théâtre de conflits violents, il convient de l'avis des institutions multilatérales d'intégrer des stratégies de prévention des conflits et de reconstruction dans les politiques d'aide au développement. Ces actions de prévention et de gestion post-conflit vont bien au-delà du traditionnel maintien de la paix, en ce qu'elles entendent s'attaquer aux racines profondes des conflits, identifiées aux inégalités économiques et sociales, à la pauvreté et à la mauvaise gouvernance. Les ONG locales apparaissent comme les principaux agents de mise en œuvre de ces programmes de prévention/résolution des conflits. L'auteure, tout en livrant un exposé des méthodes anthropologiques d'investigation, analyse la politique de prévention des conflits développée dans les pays d'Asie centrale. Sébastien Loisel démontre quant à lui comment la coopération au développement peut servir de vecteur pour exporter des normes politiques fondées sur le postulat de l'existence d'intérêts sécuritaires communs à l'Union européenne et aux pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). L'établissement d'un lien entre sécurité et développement a permis à l'UE de justifier le recours à l'aide pour diffuser ses propres normes. L'introduction de la conditionnalité politique est le fruit d'une décision purement européenne et marque le début du déclin de la norme de respect de la souveraineté, supplantée par celle de respect des Droits de l'Homme et de la démocratie. La promotion d'un environnement politique stable et

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démocratique fait ainsi partie intégrante du dialogue introduit par les accords de Cotonou tout comme la prévention des conflits et la gestion des flux migratoires. En mentionnant la prévention des conflits destinée à lutter contre l'effondrement des États, l'accord de Cotonou devient un véritable instrument de gestion des crises, en autorisant un droit de regard sur les affaires internes des États partenaires. La plupart des dispositions reflètent en réalité les principales préoccupations sécuritaires européennes. En revanche, les « intérêts communs» invoqués ignorent souvent les revendications d'ordre économique - formulées par les pays ACP (réforme de la politique agricole commune, défense des intérêts spécifiques au sein de l'Organisation mondiale du commerce). En considérant que « la sécurité est la condition première du développement », la stratégie européenne de sécurité postule quant à elle une interdépendance sécuritaire entre l'UE et l'Afrique et légitime en conséquence le recours à l'aide au développement pour stabiliser les pays récipiendaires et ainsi contribuer au renforcement de la sécurité de l'UE. On assiste ainsi à un processus de sécurisation de l'aide au développement. L'efficacité des normes politiques dépend cependant de leur appropriation par la partie africaine, qui fait souvent de la résistance aux normes exportées une tactique de négociation. On ne saurait cependant parler d'une stratégie cohérente et unifiée de résistance, les postures adoptées oscillant entre la composition (politique), la crispation (identitaire) et la revendication (économique). Par ailleurs, le recentrement de la relation UE-ACP sur les questions de sécurité a pour conséquence d'étendre le partenariat aux acteurs de la société civile, au secteur privé et aux organisations régionales. L'introduction de ces nouveaux acteurs dans le processus a souvent pour objectif de contourner les logiques de résistance et d'adaptation mises en œuvre par les partenaires africains. Bernard Castelli met pour sa part l'accent sur les processus de contournement des normes sécuritaires en étudiant la façon dont certains agents se jouent des normes préventives et répressives adoptées en matière de répression de la délinquance financière. Les règles multilatérales, notamment formulées dans le cadre du GAR (Groupe d'action financière internationale) se révèlent insuffisantes pour assurer la loyauté et l'équité des comportements individuels. Est ainsi mise en exergue l'impuissance de la normalisation actuelle à réduire l'influence de stratégies délictueuses des agents financiers de l'économie légale. Marc-Antoine Pérouse de Montclos s'intéresse enfin au rôle des ONG chargées de mettre en œuvre les programmes de reconstruction financés

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par les bailleurs de fonds institutionnels. Il démontre comment la montée en puissance des ONG a accompagné l'échec des politiques de développement: l'essor de ces acteurs s'est révélé être un puissant vecteur de privatisation des économies des pays du Sud, en ce sens qu'ils se sont substitués aux services publics défaillants des États. Cette action des ONG internationales, parée des vertus de l' empowerment en vogue dans le système normatif international, s'est pourtant opérée en ignorant ou en minimisant l'apport des initiatives locales de réconciliation. Le troisième chapitre porte sur le rôle ambivalent des acteurs nonétatiques. Alors que l'État est traditionnellement apparu comme l'acteur majeur des politiques mises en œuvre dans les pays du Sud, il se voit aujourd'hui tantôt concurrencé, tantôt accompagné par des acteurs nonétatiques, y compris dans le domaine, par excellence régalien, des politiques de défense. À travers l'étude des pays pétroliers du golfe de Guinée, Philippe Copinschi aborde la question de la sécurisation de l'approvisionnement du marché énergétique mondial, dont les compagnies pétrolières apparaissent les principaux agents. La découverte d'importantes ressources pétrolières dans cette région répond au souci des pays occidentaux de diversifier leurs sources d'apprivoisement. Ce «boom pétrolier », ainsi que les investissements privés qu'il engendre, sont également présentés comme une nouvelle source de revenus pour les États africains, dans un contexte où l'efficacité de l'aide au développement tend à être remise en cause. Ces perspectives pourraient cependant être compromises par la déliquescence des structures étatiques des pays africains ainsi que par la faillite de leur développement économique, que la constitution d'une rente pétrolière, caractérisée par la captation des revenus pétroliers par des classes dirigeantes corrompues, fondant leur légitimité sur une politique de redistribution clientéliste, est loin d'avoir favorisé. À l'inverse, la rente pétrolière se fait au détriment de toutes formes de ressources productives, particulièrement agricoles et industrielles. Le rôle croissant au sein de ces États des acteurs nonétatiques transnationaux (ONG et compagnies pétrolières) et des institutions multilatérales (Banque mondiale et FMI) se traduit par une redéfinition des normes de comportement: en effet, face à l'incurie de leurs classes dirigeantes, les populations locales tentent de traiter directement - y compris en recourant à des moyens de pression violents - avec les compagnies pétrolières, qui incarnent de manière croissante la représentation de l'autorité publique sur le terrain. Les ONG, le plus souvent occidentales, apparaissent alors comme les médiatrices des

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revendications des populations locales, revendications non seulement économiques mais aussi environnementales. Afin de faire face à cette insécurité croissante et de légitimer leur présence (y compris auprès de l'opinion publique internationale), les compagnies pétrolières mettent en place des programmes de développement local, destinés à faire profiter directement les populations de leur activité, se substituant ainsi aux États pour assurer un service public minimal. Par ailleurs, les compagnies pétrolières contribuent à véhiculer de nouvelles normes de comportements, autour de thèmes portés sur l'agenda international par les ONG locales qui relaient les revendications des ONG du Nord, particulièrement en matière de droits de I'Homme et de protection de l'environnement. Ces normes de comportements ont des incidences indéniables sur les relations entretenues par les compagnies pétrolières avec les gouvernements locaux. Les États se voient ainsi contraints de consacrer les recettes pétrolières aux investissements prioritaires pour le développement (éducation, santé, environnement. ..), ce qui les prive de leur droit souverain à décider de l'allocation des ressources nationales. Sami Makki s'intéresse au phénomène d'émergence d'une culture civilo-militaire commune à l'ensemble des agents gouvernementaux et non-gouvernementaux participant à la définition et à la mise en œuvre de la politique étrangère et de sécurité américaine. Il met en évidence les nouveaux instruments de gestion de crise apparus aux États-Unis dans le courant des années 1990 mais devenus depuis les attentats du Il septembre 2001 le cœur de la stratégie de lutte contre le terrorisme international. L'appareil militaire américain tend notamment à reprendre l'initiative de l'action humanitaire en intégrant de manière croissante celle-ci dans les stratégies qu'il développe tandis que les agences civiles américaines inscrivent de plus en plus clairement leur action dans le cadre de la lutte antiterroriste. Sur les théâtres d'opération irakien et afghan, l'administration américaine, sous l'impulsion du Pentagone, a institutionnalisé une stratégie visant à mener des actions de stabilisation grâce à la projection d'une puissance civilo-militaire intégrée, capable de transformer « l'État failli» et de le réintégrer au sein de la communauté internationale. Ces nouveaux modes de reconstruction et de gestion postconflit apparaissent comme des éléments de la stratégie de transition du
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Grand Moyen-Orient» vers l'économie de marché. C'est ainsi que se

développent des logiques de privatisation de la sécurité dont les pratiques commerciales entrent en concurrence avec la logique d'action revendiquée par un grand nombre d'ONG, bien que certaines d'entre elles commencent à recourir aux services des compagnies de sécurité privées.

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Le recours aux sociétés de sécurité privées facilite, notamment par un meilleur contrôle de l'environnement civil, le retour sur investissement dans la période post-conflit. Cette dynamique de privatisation contribue à marginaliser la dimension politique des processus de paix et de reconstruction des États. On assiste également à une tentative d'exportation du modèle américain de la paix libérale dans les pays où sont menées des opérations américaines. L'objectif est d'aider les nations en phase de transition à évoluer vers des systèmes démocratiques et des économies de marché, par la participation au commerce mondial et la constitution de marchés favorables aux exportations américaines. Les objectifs stratégiques de l' instrumentalisation des acteurs civils par une intégration au sein de l'architecture de sécurité nationale américaine sont l'extension et la sécurisation des frontières de la globalisation. Comme le démontre le plan américain de libre-échange pour le «Grand MoyenOrient », le conflit armé, sous contrôle américain, est la matrice d'une transformation accélérée des pays du Sud vers l'économie libérale, vers la démocratie de marché où une majeure partie des services publics de la société en transition sera privatisée et ouverte aux investissements occidentaux. La phase de nation-building, sous contrôle des forces armées, est une période charnière et transitoire vers l'intégration au marché global. Se pose cependant la question de l'impact réel de l'hégémonie ainsi mise en place par les États-Unis. Les processus d'appropriation locale (local ownership), particulièrement par la société civile autochtone, ne se produisent pas, notamment en Irak. Le quatrième chapitre porte sur les processus sectoriels de sécurisation. Le concept de sécurité humaine a eu pour corollaire l'apparition et l'inflation de normes sectorielles de sécurité: santé, environnement, alimentation, droits de l'Homme, cette dernière catégorie englobant toutes les autres. Cette déclinaison sectorielle des normes sécuritaires est le plus souvent opérée conformément à une approche technique, développée par des experts compétents dans différents domaines. La sécurité alimentaire - non traitée dans cet ouvrage - pose par exemple la question de la compatibilité entre d'une part des normes alimentaires définies dans les pays développés et entérinées par de nombreuses organisations multilatérales et d'autre part, la possibilité pour les pays du Sud de fonder leur développement sur une agriculture viable. Sont mises en relief dans cet ouvrage les tentatives de régulation politique des risques sanitaires et des pandémies (SIDA, SRAS). Fred Eboko et Fanny Chabrol démontrent comment la pandémie du sida n'est plus envisagée par les instances internationales comme un

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problème de santé publique mais comme un enjeu de sécurité. L'argumentaire classique de la sécurité sanitaire opère une translation, qui n'est pas sans induire des confusions, avec l'argumentaire de la sécurité internationale et de la sécurité de l'État, certaines épidémies étant aujourd'hui présentées comme menaçant la survie aussi bien des États où elles sévissent le plus sévèrement que celle des États soucieux de s'en prémunir. Plus que le risque de contagion, c'est la profonde déstabilisation des États touchés (chute de l'épargne et de l'investissement, augmentation des coûts de formation et de remplacement des travailleurs malades ou décédés, augmentation consécutive de l'autoritarisme, mercenarisation des orphelins) qui est perçue comme un risque majeur. Un rapport de corrélation est établi entre l'épidémie, le système politique et la situation pacifique ou conflictuelle d'un État. Les dynamiques locales de lutte contre le sida en Afrique proposent ainsi une synthèse entre le paradigme de la sécurité militaire et celui de la sécurité sanitaire. Ce lien établi entre sida et sécurité apparaît largement comme une spécificité africaine, les déséquilibres sociaux et politiques actuels étant censés être aggravés par la maladie. L'expansion du sida en Afrique subsaharienne produit de nouveaux repères dans les relations internationales, s'illustrant dans une « gouvernance mondiale de la santé publique », dont les trajectoires peuvent être mises en évidences à travers la problématique de l'accès aux médicaments antirétroviraux et aux trithérapies. Le rôle joué par les ONG et les instances multilatérales dans la mobilisation internationale en faveur des États touchés par la pandémie permet de mettre en relief les mécanismes de cette nouvelle gouvernance. Par ailleurs, les États africains développent des politiques différenciées, en fonction de cultures politiques spécifiques qui se construisent face au sida. Le thème de la survie de l'État et de sa population face au sida est en effet aujourd'hui très présent dans les discours de certains dirigeants politiques. La qualification du sida comme menace nationale contribue à une dépolitisation des questions relatives à la maladie: l'invocation de l'urgence nationale, particulièrement dans un contexte où la société civile est peu associée à la gestion publique de la maladie, justifie le recours à des modes de gouvernance qui s'éloignent des procédures politiques habituelles, et cela avec le consentement de la population. Ce positionnement rhétorique, étudié à travers les exemples du Botswana et du Cameroun, ne peut cependant être interprété comme une simple transposition locale du discours international, qui aurait pour objectif d'accéder aux dispositifs d'aide ou aux licences permettant l'importation ou la fabrication de médicaments génériques. La déclaration

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d'urgence nationale de la lutte contre le sida semble plutôt répondre à un processus endogène d'appropriation des enjeux liés à l'épidémie de VIH/Sida. Jean- Paul Gonzalez s'intéresse aux normes sécuritaires en matière de santé édictées autant par les États que par les organismes internationaux, notamment l'OMS (organisation mondiale de la Santé), qui ont pour ambition d'augmenter l'espérance de vie tout en garantissant une vie saine, de réduire les disparités vis-à-vis des accès aux soins et de favoriser la prévention. Les particularités de la mise en place d'un processus de sécurité sanitaire dans le contexte des maladies émergentes, relève davantage des caractéristiques de l'émergence d'une maladie donnée que des valeurs intrinsèques de la maladie ou de son épidémiologie. De même, des stratégies de sécurité sanitaire sont développées en fonction de situations passées. L'émergence de maladies nouvelles, la réémergence de maladies connues ou leur extension vers des territoires jusque-là indemnes, nécessitent donc de nouvelles approches et des outils adaptés à ces situations d'exception, difficiles à anticiper. Afin de pallier les carences du dispositif sanitaire multilatéral, l'auteur met l'accent sur la nécessité d'une décentralisation globale de l'expertise aux niveaux régionaux, sur l'exigence d'une épidémiologie d'intervention transfrontalière, et sur l'opportunité de mettre en place des systèmes d'intervention sanitaire, accessibles sans contraintes aux responsables nationaux et locaux. Monique Selim démontre pour sa part comment les manipulations biologiques et génétiques produisent des pans d'insécurité identitaire et de nouveaux rôles sociaux. Sous l'effet de la prévalence des normes véhiculées par la mondialisation du capitalisme marchand, on assiste aussi bien dans les sociétés occidentales que dans les sociétés du Sud à un processus inédit de sécurisation de l'alliance de la parenté et de la filiation. Se produisent ainsi des tentatives de restructuration sécuritaire en termes psychiques et axiologiques. L'auteure s'attache tout d'abord à mettre en évidence les logiques contradictoires dans lesquelles est pris le fait biologique, logiques qui contribuent à la fois à une refondation des liens personnels mais aussi des rapports sociaux. Elle se penche ensui te sur la traduction des amphibologies auxquelles procèdent à la fois l'anthropologie, la sociologie et la psychanalyse. Elle s'interroge enfin sur les normes que véhicule la globalisation en la matière: alors que s'affirme de manière croissante l'action des ONG en matière de sécurité du genre et de promotion de l'égalité hommes/femmes en direction des sociétés du Sud, il apparaît parallèlement que l'angoisse de voir

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disparaître la différentiation sexuelle conduit à en rechercher des traces dans des pans inexplorés de la vie en société. Enfin, le dernier chapitre porte sur la réappropriation des normes par les acteurs locaux. Parce que les normes sécuritaires introduites sont censées être valables en tous temps et en tous lieux, on assiste en réalité à un formatage de la lecture des formes d'insécurité, souvent au détriment d'une lecture politique des environnements locaux. Pour autant, les acteurs locaux ne rejettent ou n'ignorent pas systématiquement les normes introduites: on assiste au contraire à des phénomènes de réinterprétation originaux, les acteurs du Sud, loin d'être des récipiendaires passifs, ayant souvent tendance à exploiter à leur profit la constitution de réseaux informels (public/privé, civil/militaire) qui sont favorables à la disparition des processus bureaucratiques de contrôle politique. Ces phénomènes de réappropriation locale du discours sécuritaire global concernent aussi bien les États que les groupes et les individus. Se pose en réalité la question de l'importance de la« simulation» des États du Sud. Outre ces phénomènes de réappropriation, on assiste par ailleurs à l'apparition de normes locales informelles, qui concurrencent de facto les normes promues par les acteurs internationaux. Jean Huchon pose la question de l'affrontement sur le terrain des différentes normes sécuritaires promues par les acteurs globaux. Les normes sécuritaires globales déterminant les interventions des différents acteurs locaux, souvent les États et les ONG, diffèrent en effet fréquemment et donnent lieu à des conflits dans leur application sur le terrain, conflits qui illustrent la concurrence des différentes institutions. Au Nord Kenya, l'auteur démontre ainsi que les raids de bétail, pratique héritée d'une tradition socio-économique propre aux sociétés pastorales soucieuses de développer une organisation sociale en réponse à la pression militaire, sont traités par l'État, qui défend la norme de la souveraineté territoriale issue de la décolonisation, comme des conflits territoriaux sous-tendus par des pratiques prédatrices. Pour les ONG, il convient d'interpréter ces raids comme renvoyant au problème sécuritaire profond de la sécurité alimentaire et économique. Ces différentes conceptions influent sur les modes de gestion des conflits: pour l'État kenyan, seuls les raids menaçant la sécurité des centres économiques et logistiques du sud de la région appellent à la répression comme mode de résolution des conflits. Les ONG tendent à l'inverse à promouvoir une approche de la résolution des conflits inspirée de celle mise en avant par les bailleurs de fonds internationaux, qui entendent promouvoir le

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développement économique comme instrument de sécurisation de l'espace. Face à l'affrontement de ces normes différentes (État territorial, organisations de développement, marché), on assiste donc à la complexification des modes de résolution des conflits locaux. En réalité, les différentes visions de l'insécurité sont surtout révélatrices du domaine de compétences des acteurs institutionnels concernés. Ce phénomène pose ainsi la question de la volonté de résistance des États, enclins à mettre en avant certaines normes de sécurité traditionnelles au premier rang desquelles la souveraineté, face à l'intervention d'institutions internationales productrices de normes sécuritaires renouvelées, qui apparaissent également en désaccord avec les normes traditionnelles des populations pastorales, de plus en plus perçues comme obsolètes dans le contexte socio-économique actuel. Parallèlement aux normes officielles promues par ces acteurs institutionnels apparaissent également des normes informelles, davantage conformes aux réalités sociales que défendent ces mêmes acteurs, particulièrement leurs conceptions des espaces nationaux nécessitant des politiques de sécurisation, espaces dont les configurations sont souvent manipulées pour répondre à des préoccupations nationales politico-électorales et foncières. La référence à l'appartenance ethnique, et sa traduction territoriale, devient ainsi officieusement la norme prédominante car elle est identifiée par les acteurs locaux comme un instrument de conquête de l'espace politique national. Les ONG quant à elles définissent souvent leurs espaces et leur temporalité d'intervention en fonction des crédits que peuvent leur accorder les organisations multilatérales, ce qui contribue à transformer l'aide supposée d'urgence en assistance alimentaire personnalisée et permanente, bien que les ONG cherchent le plus souvent à faire coïncider leurs actions avec les pratiques pastorales traditionnelles. Niagalé Bagayoko- Penone étudie la formation des armées africaines au maintien de la paix, qui depuis une dizaine d'années, constitue l'axe majeur des politiques de sécurité mises en œuvre en Afrique aussi bien par les États occidentaux que par les organisations multilatérales et les organisations non-gouvernementales. Le propre de ces formations est d'introduire dans les parcours d'instruction militaire, au-delà des seules techniques nécessaires à la conduite des opérations sur le terrain, des compétences non-militaires, sous-tendues par des prescriptions d'ordre éthique et politique. En dernière analyse, il apparaît que les normes introduites par les formations au maintien de la paix ont pour ambition d'influer sur la production des élites militaires africaines. L' auteure pose la question des moyens de vérification empirique dont dispose le politologue pour mesurer sur le terrain l'impact de ces normes. Le recours

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à la notion de «culture tactique» apparaît comme un instrument d'analyse utile car il permet d'étudier les mécanismes de socialisation actuellement à l' œuvre au sein des armées ouest-africaines, en saisissant la nature des normes nouvelles introduites dans les cursus de formation militaire et transmises à la fois par les acteurs traditionnels que sont les coopérants militaires mais aussi par les acteurs nouveaux que sont les DNG, désormais étroitement associées aux programmes d'instruction. À la culture tactique jusqu'ici diffusée au sein des armées africaines culture qui peut être qualifiée de «polarisée », vient se superposer la culture tactique du maintien de la paix dont le propre est d'être
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consensuelle». La réception de cette culture tactique du maintien de la

paix par les militaires africains est l'objet d'interprétations spécifiques tout en suggérant des voies originales de promotion professionnelle, au sein même des armées, voire plus largement au sein des appareils étatiques. En effet, la culture tactique du maintien de la paix, parce qu'elle est conçue comme «une ressource» socioprofessionnelle, apparaît de nature à influer sur les parcours des militaires. En outre, tout comme les changements en matière de normes internationales ont affecté la conception stratégique des opérations de maintien de la paix, il est possible de postuler que ces mêmes normes non seulement influent sur les comportements adoptés par les militaires africains sur le terrain, mais aussi sur leurs conceptions du politique et sur leurs représentations de l'État. Enfin, Elizabeth Peyroux traite du phénomène des enclosures dans les quartiers résidentiels de Johannesburg et plus particulièrement du phénomène de fermeture de rues ou de contrôle des voies d'accès des quartiers par les résidents. Ce processus s'inscrit dans la problématique des "enclaves résidentielles" ou "des communautés fermées" (gated communities). La fermeture a posteriori de quartiers correspond à une privatisation de facto de l'espace public. En Afrique du Sud, on assiste ainsi à un phénomène d'usurpation de la fonction de police par les citadins qui défient la capacité de l'État à assurer l'ordre, à sanctionner et à assurer la non-discrimination. Dans le contexte sud-africain, la norme n'est pas seulement établie par rapport à la sécurité mais aussi par rapport à des standards sociaux. Elle est surtout davantage produite par les acteurs locaux que par les acteurs internationaux. Se produit en conséquence une nouvelle typographie de l'espace social. Cet article permet ainsi d'envisager les processus spécifiques de production de normes sécuritaires dans un pays du Sud, qui interviennent en grande partie en dehors du cadre normatif international.

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NOTES ET RÉFÉRENCES

BIBLIOGRAPHIQUES

1. RNNEMORE Martha, National Interests in International Society, Ithaca, Cornell University Press, 1996. RNNEMORE Martha et SIKKING Kathryn, "Taking Stock. The Constructivist Research Program in International Relations and Comparative Politics", Annual review of Political Science, 2001. 2. BUZAN Barry, People, States and Fears. An Agenda for International Studies in the PostCold War Era, Boulder, Lynne Rienner, 1991. Cet ouvrage a été initialement publié en 1983. Voir également BUZAN Barry, "Rethinking Security after the Cold War", Cooperation and Conflict, volume 32, n° 1, London, Thousand Oaks, 1997. 3. W AEVER Ole, "Securization and Desecurization, in Lipschutz Ronnie D., On Security, New York, Columbia University Press, 1995. 4. Fred EBOKO et Fanny CHABROL, dans leur article consacré au sida, développent une perspective similaire. 5. Il convient de souligner que les auteurs de l'école de Copenhague considèrent que les processus de sécurisation impliquent le plus souvent un renforcement des prérogatives de l'État. Or, les normes sécuritaires actuellement mises en avant font souvent la promotion de la dérégulation et du recours aux acteurs non-étatiques. C'est donc essentiellement par l'importance qu'elle accorde aux «discours de sécurisation» que l'école de Copenhague apparaît utile pour saisir les phénomènes dont il est question dans cet ouvrage.

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