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Etats-Unis : imposture messianique ?

De
142 pages
Cet ouvrage s'attache à analyser l'influence du religieux sur la politique américaine. Il focalise l'attention sur un principe commun que l'on qualifiera de messianisme, compte tenu de l'environnement religieux dans lequel naquit et vit encore la nation américaine. Il s'agit d'esquisser l'évolution de ce concept, une constante dans les préoccupations spirituelles, intellectuelles et sociales du peuple américain, depuis sa période coloniale jusqu'à nos jours. Cette conviction d'œuvrer selon les desseins d'une autorité divine a imprégné l'idéologie nationale et influencé sa politique étrangère.
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ETATS-UNIS:

IMPOSTURE MESSIANIQUE?

Nicole Guétin

ETATS-UNIS: IMPOSTURE MESSIANIQUE?

Genèse et sources

Deuxième édition revue et augmentée

L'Harmattan

(Q L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharrnattan.com diffusion.harrnattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06819-3 EAN : 9782296068193

SOMMAIRE

Introduction PREMIERE PARTIE: NOUVEAU MONDE LA VISION IDEALISTE DU

Chapitre 1 : L'héritage puritain Chapitre 2: Emergence d'une conscience collective
DEUXIEME PARTIE: DE CONQUETE LA POLITIQUE AMERICAINE

Chapitre 3 : Expansionnisme et destin américains Chapitre 4 : La nation américaine, une nation théocentrée Chapitre 5 : L'exceptionnalisme américain TROISIEME PARTIE: DES ETATS-UNIS Chapitre Chapitre Chapitre Chapitre LA POLITIQUE ETRANGERE

6 : La doctrine de Monroe 7 : Le racisme et le débat ethnocentrique 8 : La religion civile et le messianisme américains 9 : L'Evangélisme et le Millénarisme

Conclusion

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AVANT-PROPOS

Au cours de ces derniers mois, de nombreuses polémiques s'articulant autour de l'attrait ou de la répulsion exercés par les Etats-Unis n'ont cessé d'alimenter la chronique. Le véritable problème soulevé par ce débat ne s'élucide pas seulement à travers les réponses fournies aux questions: faut-il être «pro» ou « anti» américain? Doit-on aimer ou détester l'Amérique? Considérer ce pays comme un ennemi ou un ami? Car alors la pente naturelle de nos prédispositions favorables ou défavorables nous conduit infailliblement à des verdicts réducteurs, basés soit sur une admiration sans borne, soit sur un dénigrement immodéré. Mieux vaut tenter d'analyser avec une certaine objectivité les facteurs politiques, économiques et culturels qui ont contribué à façonner l'image d'une nation dont on nous dit, à juste titre, tant de bien et de mal à la fois. Car si l'Amérique est si souvent disséquée afin d'en étudier l'anatomie, on s'intéresse peu aux causes profondes de son «climat d'être ». C'est pourquoi il s'agit dans cet essai d'étudier les motifs idéologiques qui ont imprégné la conscience collective d'un peuple en quête d'une nouvelle identité. En effet, dans leur désir de rompre avec la Vieille Europe, les premiers colons américains ont voulu se forger d'autres valeurs. Anglo-Saxons de souche pour la plupart, ces Européens ont apporté avec eux leur rancœur et leurs idéaux et ont fabriqué un monde à la mesure de leurs espérances. L'image métaphorique de l'Amérique, du XVIIe siècle à nos jours, n'apparaît aujourd'hui ni comme un Melting-Pot ni comme un Salad Bowl, le pays n'ayant pas su absorber tous les particularismes culturels, et ne pouvant privilégier les différentes ethnies dans leurs droits et leurs coutumes. Les Etats-Unis ne forment pas une mosaïque culturelle comparable à un assemblage de céramiques froides et rigides. L'Amérique

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se compose d'un agrégat de consciences individuelles et nationales dont les voix se font entendre, ici et là, pour tenter d'en clarifier les mythes fondateurs. Ces mythes, inscrits sur le palimpseste de l'histoire américaine, constituent la source d'un décalage entre l'Europe et God's Country. D'où l'étonnement des observateurs étrangers qui, faute de repères historiques, se heurtent à un mode de pensée idiosyncrasique. La méconnaissance de « l'expérience américaine» n'est pas la seule cause des dissensions qui agitent l'opinion publique, mais elle contribue à alimenter un enthousiasme ou une méfiance démesurés vis-à-vis d'un pays qui apparaît souvent comme victime de ses propres illusions La prise de conscience d'un tel dilemme explique sans doute la position récente des intellectuels français qui ont dévoilé les qualités et les failles de l'Amérique placée sous le regard constant des nations et des continents. Mais quelques décennies auparavant, les écrivains américains de l'entre-deux-guerres avaient fait entendre leurs voix, plus convaincantes dans la mesure où, ayant grandi sur le sol américain, ils avaient été nourris par la culture identitaire de leur mère patrie. Leurs œuvres, largement autobiographiques, témoignent d'un « mal-être» dont l'origine s'inscrit dans un puritanisme de tradition calviniste et dont les effets se font sentir encore aujourd'hui dans la psyché américaine, entravant le développement d'une coopération harmonieuse entre les Etats-Unis et l'Europe.

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INTRODUCTION

Pour un observateur étranger, l'interférence du religieux dans le discours politique aux Etats-Unis est un sujet d'étonnement intarissable. Dans les déclarations officielles, nous sommes habitués, non seulement en France mais au sein des organisations internationales telles que l'O.N.U, à une complète abstention de terminologie religieuse. L'histoire nous enseigne que les théocraties tendent à un absolutisme sclérosant et dangereux et la Vieille Europe, chargée de siècles, a retenu les leçons du passé. Mais qu'en est-il de la nation américaine dont l'unité territoriale s'est véritablement achevée au terme de la Guerre de Sécession (1865), la victoire du Nord sur le Sud ayant favorisé l'émergence d'une civilisation sur le mode de celle de la Nouvelle Angleterre, puritaine, égalitaire et démocratique. L'origine du peuple américain est liée à un contexte historique bien particulier qu'il est bon de rappeler pour comprendre l'évolution de sa mentalité. Malgré la menace d'un empire français d'Amérique (Canada et Louisiane) encerclant les treize colonies et une forte présence hispanique sur la côte Est et dans le Sud, les premières communautés anglo-saxonnes ont constitué la trame du tissu social américain, même si de nombreuses vagues d'immigration provenant de différents peuples et ethnies en modifièrent la texture. Après une longue tentative d'assimilation des immigrants de toutes nationalités au sein d'une même culture, l'Amérique tend de nos jours à sauvegarder les traditions et coutumes de chaque communauté pour devenir une nation multiculturelle. En passant métaphoriquement du Melting Pot au Salad Bowl au cours de sa trajectoire historique, il semble que la société américaine soit toujours en quête d'une identité nationale. Le multiculturalisme l'emportant, à 1'heure actuelle, sur les tentatives de fusion entre

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les anciens et les nouveaux immigrants, on peut se demander ce qu'est devenue la vision idéaliste des pères fondateurs. Rappelons que les premiers colons avaient rêvé d'un pays où tous les citoyens s'engageraient, avec un sentiment profond d'unité, dans la lutte pour la liberté et la création d'un Nouveau Monde, véritable Terre Promise. La liberté de conscience que réclamaient les premiers immigrants s'est inscrite dans des contradictions au cours d'une période de troubles religieux et les puritains du Massachusetts, d'origine calviniste pour la plupart, étaient convaincus que cette terra incognita était un lieu d'exil réservé par quelque projet divin depuis l'origine des temps, semblable au jardin édénique promis à Moïse. C'est dans cet esprit qu'en 1620 les «Pères Pèlerins» du Mayflower signèrent un Pacte d'Union, destiné à renforcer l'unité de la communauté. Véritable code réglant la conduite de leur vie future en commun, ce pacte s'inspire d'un sentiment religieux. En 1630, à bord de l'Arabella, John Winthrop, qui devait devenir le premier gouverneur de la Nouvelle Angleterre (1634), déclarait à ses compagnons de voyage: «Nous serons comme une ville au sommet d'un mont, les yeux de tous les peuples seront fixés sur nous. Si nous sommes déloyaux envers notre Dieu dans la tâche que nous avons entreprise et qu'ainsi Dieu soit amené à nous retirer l'aide qu'Il nous accorde présentement, alors nous serons la fable et la risée du monde entier. »1 Quelques décennies plus tard, la réflexion du pasteur Cotton Mather (1663 -1728) s'inspire des mêmes sources: « J'écris les Merveilles de la Religion Chrétienne qui a fui les dépravations de l'Europe jusqu'aux rives de l'Amérique et... avec laquelle Sa Divine Providence a irradié un désert indien ».2 Le temporel et le spirituel n'ayant jamais eu de frontières définies, I'histoire politico-religieuse américaine a été marquée par un événement de portée majeure, peu connu en Europe, mais qui constitue une notion-clé de l'idéologie américaine: l'apparition, au milieu du dix-neuvième siècle, de
I John Winthrop, A Modell of Christian Charity (1630), Boston, collections de la Société Historique du Massachusetts, 1838, 3ème série, p 333-48. 2 Cotton Mather, Magnalia Christi Americana, cité dans Histoire des Américains de Daniel Boorstin, Paris, Laffont, 1991, P 9.

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la formule Manifest Destiny. Cette expression fut évoquée par John Louis O'Sullivan, directeur de la Democratic Review lorsque, pour légitimer l'annexion du Texas en 1845 qui s'était auto-proclamé Lone Star Republic, il avança l'idée d'un dessein providentiel dans la conquête de nouveaux territoires américains. Un de ses précédents articles, « The Great Nation of Futurity» publié en 1839, 3 contenait en germe l'idée de « Destinée manifeste» qui, amplifiée par le ton prophétique de son auteur, annonçait « l'ère de la grandeur américaine », le destin de« la nation des nations» qui devait « manifester à toute I'humanité l'excellence des principes divins» afin « d'établir sur la terre le temple le plus prestigieux» pour révérer «l'Eternel, le Sacré et la Vérité ». Notons ici la résonance biblique d'un « syndrome de Salomon» auquel se rattachent les Mormons, l'esprit de fraternité résultant de cette attitude religieuse devant promouvoir « la paix et la bonne volonté» parmi les hommes. 4 En voici un extrait : « La naissance de notre nation marqua le début d'une histoire nouvelle, la formation et la croissance d'un système politique sans entraves, qui nous sépare du passé et nous lie à l'avenir; s'agissant des progrès des droits naturels de I'homme dans la vie morale, nationale et politique, nous pouvons croire avec confiance que notre pays est destiné à être la grande nation de l'avenir (...) Nous sommes celle du progrès humain, et qui peut, qui pourrait fixer les limites de notre marche en avant? Aucun pouvoir terrestre n'en est capable, car la Providence est avec nous (. ..) L'Amérique a été choisie pour cette mission sacrée envers les nations du monde, privées de la lumière vivifiante de la vérité, et son noble exemple frappera d'un coup mortel la tyrannie des rois, des hiérarchies et des oligarchies, portant les heureuses
3 John O'Sullivan, The United States Magazine and Democratic Review, Vol. VI, novembre 1839, p 426-429. 4 John O'Sullivan, The United State Magazine and Democratic Review, VI, 426-439, cité par Robert W; Johannsen dans Manifest Destiny and Empire> edited by Sam W. Haynes and Christopher Morris, Arlington, Texas, 1997, plI.

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nouvelles de la paix et du bon vouloir là où des millions de gens endurent aujourd'hui une existence à peine plus enviable que celle des bêtes. Qui donc pourrait douter que notre pays est destiné à devenir la grande nation de

l'avenir? » 5
Quelques années plus tard, ce fut également dans les colonnes de la Democratie Review au cours de l'été 1845 que le journaliste O'Sullivan développa son idée et employa pour la première fois l'expression Manifest Destiny. Le texte déclarait qu'il était «de notre destinée manifeste de recouvrir la totalité du continent alloué par la Providence pour permettre le libre progrès de nos millions d'habitants et de leur descendance ». Cette expression était en quelque sorte « noyée» dans un article justifiant l'annexion du Texas qui titrait simplement Annexion et qui parut à un moment politiquement critique. En effet les Britanniques et les Français s'opposaient à l'annexion du Texas et c'est dans ce contexte que O'Sullivan réagit, condamnant l'ingérence des Etats européens dans les affaires américaines. Il leur reprocha de venir contrarier leurs objectifs et d'entraver l'accomplissement de la « Destinée manifeste» : [nous, Américains, avons] le droit, aux termes de notre destinée manifeste, de nous répandre et de nous assurer la possession de tout le continent que la Providence nous a donné pour le progrès de la grande expérience de liberté et de développement du gouvernement fédératif qui nous a été confié. C'est un droit semblable à celui de l'arbre, à l'air et à la terre nécessaires à la pleine expansion de son principe et de sa destinée, qui est de croître.6

5 lohn O'Sullivan, TheUnited State Magazine and Democratic Review, cité par Ziauddin Sardar et Merryl Davies, dans Pourquoi le monde déteste-t-il l'Amérique?, traduit de l'Anglais par Marie-France de Paloméra et lean-Paul Mourlon, Paris, Fayard, 2002, p 237- 238.
6

Ibid. P 237.

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