Ethnies et guerre froide

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Où naissent, dans quelle sphère culturelle et avec quelles motivations, ces racismes spécifiques "anti-Noirs", européens d'abord et puis, à partir de la deuxième moitié du siècle dernier, africains aussi, qui marquent le destin contemporain des populations des Grands Lacs ? Le dernier génocide du XXe siècle, celui des Tutsi au Rwanda, a des racines qui plongent en partie dans l'histoire de la traite des esclaves, mais beaucoup plus profondément dans l'histoire coloniale.
Publié le : mercredi 1 juin 2016
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EAN13 : 9782140010477
Nombre de pages : 290
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Carlo CARBONE
ETHNIES ET GUERRE FROIDE
Pour une histoire de la région desgrands lacs d’Afrique
Collection La Régîon des Grands Lacs Afrîcaîns Passé et Présent
PréfacedeNicolaoMerker Postface de Bogumil Jewsiewicki
ETHNIES ET GUERRE FROIDEPOUR UNE HISTOIRE DE LA REGIONDESGRANDSLACS D'AFRIQUE
La Région des Grands Lacs Africains – Passé et Présent Collection fondée par Bogumil Jewsiewicki (Univ. Laval, Québec – Canada) Cette collection universitaire vise à analyser l'évolution contemporaine de certains pays d'Afrique centrale, notamment la République Démocratique du Congo (R.D. Congo), le Burundi, le Rwanda… tant au niveau des États et des systèmes politico-économiques qu'au niveau des populations et des individus, tant dans leur région géopolitique qu'au sein du Continent africain tout entier et dans le monde globalisé. Co-direction C. Carbone (Univ. della Calabria; D. Dibwe dia Mwembu Italie) (Univ. de Lubumbashi;R.-D. Congo) R. Giordano - coordonnateur (Univ. della Calabria – Italie) ;A. Maindo (Univ. de KisanganiR.-D. Congo).Comité scientifique présidé par Jan Vansina (Univ. of Wisconsin-MadisonUSA) :J. Bisanswa (Univ. Laval, QuébecCanada) ; F. De Boeck (Katholieke Univ. LeuvenBelgique) ; D. De Lame (MRAC – Tervuren – Belgique) ; N. Hunt (Univ. of Michigan; B.  USA) Lututala (CODESRIA, DakarE. Mudimbe-Boyi (Stanford Univ.Sénegal) ; California, USA) ; I. Ndaywel è Nziem (Univ. de Kinshasa R.-D. Congo) ; N. Obotela Rachidi (Univ. de Kinshasa;R.-D. Congo) Sabakinu Kivilu (Univ. de Kinshasa; J. Shaje (InstitutR.-D. Congo) des Musées Nationaux, R.-D. Congo) ; G. De Villers (MRAC – Tervuren – Belgique).
CARLOCARBONEETHNIES ET GUERRE FROIDEPOUR UNE HISTOIRE DE LA REGIONDESGRANDSLACS D'AFRIQUEpréfaceDENICOLAOMERKERpostfaceDEBOGUMILJEWSIEWICKITraduit de l'italien par Mathilde Lenoir
© L’HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08911-9 EAN : 9782343089119
À Lucy, à Sebastian, à Benjamin C., pour qu’ilscontinuent de regarder autour d’eux
UNE NOTE DE LAUTEUR ET UN REMERCIEMENT
Ce livre a d’abord pris forme en tant que matériel didactique pour le cours d’‘Histoire etInstitutions de l’Afrique’au sein du Master en Sciences Historiques de l’Université de la Calabre, mais il s’est peu à peu transformé. Son but initial était de permettre aux étudiants d’élargir leurs horizons en matière d’historiographie, étant donné qu’ils ne possèdent, malgré leur di-plôme de licence en sciences humaines, qu’un nombre plutôt restreint d’instruments qui puissent leur permettre de naviguer hors des eauxhisto-riographiquementfamilières de ce qu’on appelle la civilisation méditerra-néenne et des civilisations apparentées. Mais ce n’est pas uniquement de limites géographiquesqu’il est question : il s’agit également de dépasser la fragmentation des secteurs théorétiques, ou du moins de tenter de la dépas-ser. Comment, sinon, rendre intelligible le lien historique entre la culture des centreset la sujétion despériphéries? Comment rendre visible le chemine-ment qui a permis à ces cultures d’alimenter leur prépotence à travers des siècles de violence esclavagiste, puis coloniale, causant des déséquilibres sociaux, politiques et économiques dont les effets, aujourd’hui encore, sont loin d’être estompés? Le secteur géographique qui fait l’objet de notre étude m’a semblé représenter un tableau historique particulièrement adapté pour tenter d’apporter des réponses à ces questions.
Mon travail s’est donc élargi ici et là, au fur et à mesure que se révélait utile, voire indispensable, l’approfondissement de tel ou tel événement lié aux thèmes généraux étudiés. J’ai alors poussé l’analyse bien au-delà de ce que proposent le plus souvent lesintroductionsde cours universitaires, ou les recueils destinés à des non-spécialistes.
Pour certains sujets, le point de vue adopté ne pouvait dans mon cas être qu’un point de vue italien. J’ai cependant fait le choix de le conserver, compte tenu de l’utilité que présente, y compris pour un lecteur non italien (pour lequel les citations italiennes ont été traduites en français), cet exemple concret de la généralisation d’une vision euro-centrée qui a régi les rapports entre leNordet l’Afrique subsaharienne à l’époque moderne et contempo-raine.
Les remerciements pourraient être au nombre de tous ceux - et ils sont beaucoup - avec qui j'ai discuté, dans la région et sur la région, des questions dont ce livre s'occupe. Mais en réalité ils peuvent être réduits à un seulement qui les recouvre et les symbolise tous. Mon grand merci, donc, à Nicolao Merker, qui nous est venu à manquer le 14 janvier passé, pas nécessairement pour la Préface qui suit, mais pour tout ce que j’ai appris, presque sans m’en
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rendre compte, tout simplement en bavardant avec lui d’arguments africains en tant qu’arguments mondiaux.
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PRÉFACELe travail de l’historien consiste à vérifier la façon dont se sont déroulés des faits et des événements, et à les décrire selon un ordre qui en facilite la compréhension sans pour autant les falsifier. Chacun des faitsc’est-à-dire, desobjetsqui doivent être le point de départ de l’historien a cependant des caractéristiques propres. S’il n’en était pas ainsi, disait Aristote, il n’y aurait pas de différence entre une trière, un mur et un homme.
La première étape consiste donc à appréhender ces particularités. Cepen-dant nous ne pouvons saisir le sens de chacune de ces particularités que si nous percevons la corrélation de chaque fait avec d’autres faits. Cette double perspective s’appelle la contextualisation. Cela équivaut à insérer chaque objet-tesselle dans son propre espace-temps bien déterminé, à l’intérieur de la mosaïque faite de tous les autres objets-tesselles.
L’avant et l’après, l’ici et l’à-côté, le dessus et le dessous, l’où et le quand sont les coordonnées qui permettent à chacun de construire quotidiennement l’espace physique et mental au sein duquel il se meut, son propre horizon en somme. La première et la plus générale des règles de comportement (dans la vie comme dans la recherche) est d’identifier pour chaque chose, qu’ellesoit matérielle ou conceptuelle, le contexte et l’horizon dans lequel elle se trouve. Si, pour observer un objet matériel ou mental, je me suis entre-temps procuré des instruments (matériels ou mentaux) plus fonctionnels, alors je pourrai observer cet objet avec plus de précision, et mon horizon s’en trouvera plus affiné.
Pour l’historien, identifier les ‘contextesdes faits et des événements est essentiel, c’est son fil d’Ariane pour ne pas se perdre sur ses propres traces. Mais attention : la perspective mentale de la contextualisation opère elle aussi en fonction de la qualité et de la quantité permises par les instruments (abondante ou restreinte, nette ou floue, utile ou inutile, et de leur fonction-nalité d’application. Le résultat dépend toujours autant de nos instruments mentaux que de notre capacité à les utiliser.
Chaque historien (ou génération d’historiens) discerne en tant qu’instruments utiles pour son temps présent, les côtés et aspects des expé-riences du passé qui s’avèrentadéquats aux problèmes du présent. Et chaque génération de chercheurs transmet à la génération suivante l’usage qu’elle a fait de ces instruments. Un historien se rapporte à des schémas historiogra-
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