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Etienne Thisekedi, la trajectoire vers la présidence

De
280 pages
Tshisekedi s'est déjà forgé une place dans l'histoire du continent africain. Son esprit, ses enseignements, son modèle de lutte sans relâche continueront à planer aux quatre coins de l'Afrique, dans tous les cas de figure. Il est pour beaucoup le "Moïse" qui va délivrer le Congo de ses errances, de ses relents dictatoriaux et de ses turpitudes.
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Mwamba TSHIBANGUÉtienne Tshisekedi,
Alexis KABAMBIla trajectoire vers la présidence
Le combat héroïque d’Étienne Tshisekedi pour instaurer la démocratie au Congo est
un haut fait sociologique et une marque d’honneur pour la politique tout court. Qu’il
accède ou non à la magistrature suprême, il a toujours vécu en « chef » vénéré par
les siens, timoré ou louangé par ses adversaires politiques. Même ceux qui le tiennent Étienne Tshisekedi,
à distance ont toujours porté une grande estime à sa personne. La mission de son
combat politique assume une dimension qui va au-delà de la cosmologie pour revêtir la trajectoire vers la présidencele caractère messianique. Il est pour beaucoup le « Moïse » qui va délivrer le Congo de
ses errances, de ses relents dictatoriaux et de ses turpitudes. Il serait appelé à ouvrir
symboliquement la voie du changement profond dans les institutions républicaines en
jouant la carte de précurseur du renouveau démocratique. Le temps de son passage
au pouvoir importe peu car, son action marquera à jamais les consciences et sera
gravée dans la mémoire historique du pays.
Dans tous les cas de fgure, Tshisekedi s’est déjà forgé une place dans l’histoire du
continent africain. Son esprit, ses enseignements, son modèle de lutte sans relâche
continueront à planer aux quatre coins de l’Afrique. Car, après les fgures emblématiques
des pères des indépendances africaines, il fallait compter sur d’autres fgures de proue
pour poursuivre et consolider l’œuvre de refondation des nations africaines ébranlées
sous le joug de la colonisation. À côté de la luminescence de Nelson Mandela, voilà
un autre grand homme dont le destin a voulu qu’il ne parvienne pas à matérialiser ses
idées politiques en ayant pleinement le levier du pouvoir entre ses mains.
Docteur ès sciences sociales de l’université pontifcale grégorienne de Rome,
Mwamba Tshibangu a été consultant socio-économique auprès de la FAO et
a exercé le journalisme en tant que pigiste avant de diriger pendant quatre ans le
mensuel La Renaissance. Il est l’auteur de Kabila, la vérité étouffée (L’Harmattan,
2005), de Congo-Kinshasa ou la dictature en série, (L’Harmattan, 2007) et de
Joseph Kabila, la congolité en question, (Muhoka, 2009).
Détenteur d’un diplôme de maîtrise en service social délivré par l’université de
Sherbrooke au Canada, Alexis Kabambi exerce comme travailleur social dans
le réseau de la santé et des services sociaux du Québec où il est aussi activement
impliqué dans le secteur communautaire.
Couverture : droits réservés.
ISBN : 978-2-343-01386-2
28,50 e
Mwamba TSHIBANGU
Étienne Tshisekedi, la trajectoire vers la présidence
Alexis KABAMBI








Étienne Tshisekedi,
la trajectoire vers la présidenceÉtudes africaines
Collection dirigée par Denis Pryen

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pénitentiaire camerounais. Entre héritage colonial et traditions
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Jean-Crépin Soter NYAMSI, L’Afrique et son développement.
Réalités complexes et nouveaux enjeux, dans un monde en
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Ernestine NGO MELHA, Education inclusive en Afrique
subsaharienne, 2013.
Yaya SY, Mouhamadou Lamine Darame. Entre jihad et
résistance anticoloniale, 2013. Mwamba TSHIBANGU
Alexis KABAMBI







Étienne Tshisekedi,
la trajectoire vers la présidence





















L’HARMATTAN








































© L’HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01386-2
EAN : 9782343013862 DÉDICACE



À tous les martyrs connus et inconnus, victimes de la répression
depuis l’accession de notre pays à l’indépendance.

Aux combattants engagés condamnés au martyr pour la défense de ce
beau pays qu’est la RDC qui suscite autant des convoitises, nous
consacrons cet ouvrage.

Aux uns et aux autres, que l’hommage posthume ou anticipé vous soit
rendu de la manière la plus vibrante et la plus solennelle. La nation
congolaise vous sera toujours reconnaissante pour le prix de votre
sacrifice. REMERCIEMENTS



Nous avons au terme de ce travail parcouru un long cheminement. Co-
écrire un livre fut une aventure passionnante car nous devions souvent
nous contacter, discuter, harmoniser nos points de vue. Nous l’avons
fait avec enthousiasme. Nous sentons avant toute chose le devoir de
remercier M. Albert Buyamba qui était au départ associé à ce projet
mais qui, pour d’autres empêchements, n’a pas pu embarquer avec
nous. En dépit de cela, il y a collaboré en nous donnant, sur demande,
des éclaircissements sur certains points en se fiant à son sens de
l’histoire et à sa connaissance profonde des dossiers sur le pays. Plus
que cela, nous avons eu la fortune d’avoir une plus grande
collaboration de la part de beaucoup de gens allant au-delà de nos
espérances.

Nous exprimons nos vives gratitudes à M. Léonard Mpoyi qui a
accepté volontiers de lire notre manuscrit. Suite à ses observations
pertinentes, nous avons intégré certaines parties et retouché d’autres
points qui ont complété le cadre du contour que nous voulions
aborder. Nous devons également remercier messieurs Norbert Katanga
Beya et Sina Seli Tshibwabwa qui non seulement ont lu le manuscrit
mais ils l’ont d’une certaine façon enrichi par des suggestions ou par
des contributions concrètes. C’était un réel plaisir de découvrir la
profondeur de leur critique. Madame Solange Pinot nous a une fois de
plus régalé de son expertise en s’occupant du toilettage du texte. Nous
lui sommes reconnaissants.

Dans notre quête des sources fiables, nous ne pouvions manquer
d’aborder certains cadres de l’UDPS. Ainsi, avions-nous soumis l’idée
de notre projet à M. Valentin Mubake qui s’est montré très intéressé.
Malgré ses nombreuses occupations, il a trouvé le temps de nous
fournir, chaque fois que nous en avions besoin, des informations de
première main qui ont permis de recadrer certains points traités dans
le corpus de cet essai. Toute notre reconnaissance va à sa personne
pour la disponibilité démontrée. Enfin, nos remerciements s’adressent
à toutes celles et tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, nous
ont apporté leur concours qui nous a permis de cheminer dans notre
travail, de le perfectionner un tant soit peu. AVANT-PROPOS



La République Démocratique du Congo a organisé ses dernières
élections politiques au mois de novembre 2011. Le vœu de tout le
monde était de voir, à travers le bon déroulement de celles-ci, la
consolidation de la pratique démocratique qui est encore en gestation.
L’opinion se souviendra que les élections tenues en l’an 2006 avaient
porté l’Alliance de la Majorité Présidentielle au pouvoir, ce qui permit
à Joseph Kabila de briguer son premier mandat post-transition. Ces
élections furent entachées de beaucoup d’irrégularités. Nous aurons
l’occasion d’y revenir subséquemment dans le développement de
certains points de ce travail. S’il y a une entorse majeure qui vaille la
peine de signaler pour l’organisation desdites joutes électorales, ce fut
la non-participation d’une des grandes formations politiques du pays,
en l’occurrence l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, en
sigle l’UDPS. Le refus de ce parti de participer aux élections fut
ressenti lourdement par ses membres qui furent littéralement divisés
entre ceux qui voulaient aller aux élections à tout prix et ceux qui,
alléguant plusieurs raisons, formèrent le camp du refus. Parmi les
ténors de cette dernière position, la voix du Président National de ce
parti, M. Étienne Tshisekedi, fut prédominante. Sa décision était
tranchée. Rien ne pouvait y changer quelque chose. Une fois de plus,
pour les adeptes des formules ou des slogans politiques, l’UDPS
tomba dans la politique de la chaise vide. La conséquence de cet acte
politique entraîna ce parti à abandonner les élections au grand dam de
ses combattants et à la grande joie de ses adversaires. Pour ces
derniers, l’absence d’un poids lourd du calibre d’Étienne Tshisekedi
dans la compétition électorale était quasiment un signal précurseur
d’une victoire annoncée avant l’heure. Les péripéties furent
nombreuses et l’appel au boycott lancé par l’UDPS n’obtint point de
succès face à l’électorat divisé par une longue transition politique. Il
fallait en finir avec cet état des choses au cours duquel les élections
politiques ne furent jamais organisées. Parallèlement, il faudra relever
la persistance de l’instabilité des institutions qui souffraient d’une
crise d’absence de légitimation populaire. C’est dans ce climat
politique auréolé de doute et d’espoir pour un renouveau
démocratique que les élections se tinrent en dépit de tout et Joseph
Kabila en sortit, à l’issue du duel avec Jean Pierre Bemba, le vainqueur désigné. Cette page ainsi tournée, la législation de la
troisième république entra en cours pour un mandat de 5 ans. La
politique étant par essence dynamique et les élections, par définition,
cycliques, il fallait se tourner vers les nouvelles échéances. Ainsi,
nous en sommes arrivés à l’étape des élections de 2011 avec tous ses
lots de problèmes qu’elles vont susciter.

C’est au regard des enjeux électoraux que nous avons décidé de porter
dans ce livre une attention particulière à l’un des grands acteurs de la
scène politique congolaise. Il est sur la sellette depuis pratiquement
l’indépendance de ce pays jusqu’à ce jour. C’est un acteur paradoxal,
énigmatique, dont le moindre geste est scruté et suivi par de nombreux
observateurs. C’est un acteur dont l’influence, toujours grandissante, a
marqué, comme nous l’observerons dans le corpus de ce travail, le
déroulement et l’issue de l’élection présidentielle de 2011. Il a lui-
même défini son engagement par une phrase clé prononcée à la fin de
son séjour médical en Europe, plus précisément en Belgique : « cette
1fois-ci, j’irai jusqu’au bout » et d’ajouter plus loin, « c’est le dernier
combat de ma vie ». Partant de ce mot d’ordre qui a été lâché, nous
nous sommes engagés à notre tour de retracer la trajectoire qu’a suivie
l’homme de Limete pour briguer la présidence de la République. C’est
une longue trajectoire, pleine d’écueils et d’épisodes éclatants. Tout
compte fait, la vie politique de M. Étienne Tshisekedi est largement
connue. Plusieurs écrits existent sur sa personne.

Dans cet essai, nous cherchons principalement à cerner quelques
points qui ont émaillé le long parcours de cet homme exceptionnel.
Celui-ci est, comme il arrive au personnage de son acabit, souvent
incompris par son peuple. Il est adulé par les uns et contesté par les
autres. En dépit de cela, son charisme et sa présence dominent
toujours la scène politique depuis qu’il mène sa longue lutte politique
dans l’opposition. Cet essai se propose donc de donner le profil
politique de l’homme de Limete, sa longue marche entravée vers
l’exercice plénier du pouvoir, c’est-à-dire, la présidence de la
République. Ce livre est divisé en quatre parties. Dans la première
partie, nous apportons un éclairage sur l’homme politique et sur la

1 François Soudan. Étienne Tshisekedi : “Cette fois, j’irai jusqu’au bout !” Jeune
Afrique. Édition du 05/10/2010. Publié sur le Web in :
http ://www.jeuneafrique.com/Videos/128/etienne-tshisekedi-cette-fois-j-irai-
jusqu-au-bout.html
10 nature de son long combat qu’il a livré dans l’opposition. Dans la
deuxième partie, nous entrons au cœur des préparatifs des élections en
analysant les structures de soutien qui ont été mises en place pour
soutenir sa campagne ainsi que les gesticulations qui ont eu lieu pour
la constitution des coalitions politiques. La troisième partie retrace le
caractère mouvementé des élections tout en se focalisant sur les
diverses péripéties qui ont émergé durant la période électorale. Dans
la quatrième et dernière partie, nous y abordons le contentieux
électoral avec l’épineux problème de l’imperium pouvant permettre au
président élu d’avoir l’effectivité du pouvoir. Cette dernière partie
démontre à quel point il y a encore un grand goulot d’étranglement sur
la trajectoire d’Étienne Tshisekedi vers la présidence.

Méthodologie et intérêt du travail

Notre travail se base sur la reconstitution des faits saillants ayant
marqué la vie d’Étienne Tshisekedi. De ce fait, nous avons eu recours
aux documents historiques, aux livres et aux nombreux articles de
journaux publiés sur sa personne. Nous avons recouru dans une large
mesure à nos souvenirs personnels pour étoffer certains épisodes dont
nous avions été témoins ou qui nous ont été rapportés par des
personnes les ayant vécus directement. Dans tous les cas, nous avons
cherché d’innover en apportant, à côté des faits et autres éléments déjà
connus du grand public ou élaborés par d’autres chercheurs, des
éléments nouveaux en traçant une trajectoire qui embrasse, en le
condensant, tout le long parcours de l’illustre personnage. L’approche
longitudinale apparaît de toute évidence pleine d’intérêt tant pour les
informations qui ont pu être récoltées sur Étienne Tshisekedi lui-
même que sur la politique adoptée par son parti politique.

À travers toutes les informations égrenées, on entrevoit indirectement
le reflet de la politique menée par d’autres protagonistes contre
lesquels Étienne s’est battu en voulant apporter un changement radical
ou une autre façon de concevoir la politique. Pour lui et son parti, le
peuple congolais est au centre de leurs préoccupations d’où le fameux
slogan, « le peuple d’abord ». L’empreinte particulière et singulière de
son action politique représente un immense champ d’intérêt pour le
peuple congolais. Celle-ci regorge des éléments d’informations
susceptibles de comprendre certains faits ou décisions importants qui
ont conditionné la vie politique de la République Démocratique du
11 Congo. Pour les personnes étrangères à la situation du Congo, cet
étayage de l’action politique de Tshisekedi est un grand tableau qui
s’ouvre devant elles. Il offre à loisir divers clés d’interprétation
permettant de comprendre l’évolution de la situation socio-
économique et politique de ce vaste pays aux dimensions
continentales. Enfin, ce livre est un cadeau à toutes les personnes qui
se reconnaissent à travers la lutte pénible et longue incarnée par
Étienne Tshisekedi qui a porté haut l’idéal d’un autre Congo, d’un
Congo nouveau où régnera la justice et la paix et où le fruit du labeur
commun sera partagé équitablement entre tous les fils et toutes les
filles de ce pays pour lequel beaucoup de martyrs, connus et inconnus,
ont sacrifié leur vie.
12











PREMIÈRE PARTIE
L’HOMME POLITIQUE
ET SON COMBAT


CHAPITRE 1
Les signes précurseurs de la
contestation du pouvoir au Zaïre



1.1 – L’essence dictatoriale du régime Mobutu

Pour comprendre et clarifier le contexte dans lequel est née la
contestation au régime de Mobutu, il sied de rappeler que ce dernier
n’avait pas pris le pouvoir démocratiquement. C’est à l’issue d’un
coup d’État militaire qu’il orchestra le 24 novembre 1965, qu’il fut
porté au pouvoir par le haut commandement de l’armée nationale
congolaise. En fait, convoqué à Kinshasa lors du premier anniversaire
de la reconquête de Stanleyville, le haut commandement militaire
prenant comme prétexte le désordre qui régnait selon leur jugement à
travers le pays et la difficulté des politiciens à régler les différents
problèmes que rencontrent le pays et sa population, s’empare du
pouvoir et désigne Mobutu président de la République. Ce dernier
sans tarder amende la constitution de 1964 en s’accordant les pleins
pouvoirs, il interdit également les partis politiques pour une période de
cinq ans. C’est dans ce climat autoritaire qui annonce toutes ses
couleurs que Mobutu instaure sans autres accommodations un régime
de terreur. Dans la suite des choses, il réprime impitoyablement toute
manifestation de contestation de son pouvoir. C’est aussi dans cet
esprit qu’il fait traduire devant la Cour militaire d’exception quatre
politiciens qui sont condamnés à la peine capitale pour tentative de
renverser les militaires au pouvoir, le 02 juin 1966. La sentence est
executée et l’on procède à leur pendaison publique, il s’agit
d’Alexandre Mahamba, Jérôme Anany, Emmanuel Bamba et Evariste
Kimba.

« Avec ces pendaisons, Mobutu a voulu donner un exemple. On ne
plaisante pas avec mon pouvoir. Il a voulu semer la terreur et
2consolider son pouvoir. »


2
D. Van Reybrouck, Congo une histoire, Actes Sud Littérature, 2012, p. 366. La deuxième répression violente du régime militaire est perpétrée le 4
juin 1969, en réponse à la manifestation des étudiants de l’université
Lovanium descendus dans les rues de Kinshasa pour exprimer leur
mécontentement, les militaires interviennent pour les disperser
brutalement et avec violence, les étudiants qui résistent sont abattus,
leurs dépouilles entassées dans des fosses communes de surcroît le
pouvoir interdit aux membres de leurs familles de tenir les deuils.
Mobutu et son régime militaire choisissent alors la dictature comme
mode de gouverner le pays, pour semer davantage la terreur dans la
population ils inventent des complots, organisent des procès tronqués
qui sont des occasions d’anéantir les potentiels ou supposés opposants
politiques. La dictature s’installe ainsi solidement et se donne comme
objectif de semer la terreur et d’étouffer dans l’oeuf toute contestation
politique.

Dans la foulée, il y a eu d’autres signes de contestation au régime
Mobutu, plus ou moins manifestes et ayant eu plus ou moins de
retentissement au niveau national. Nous citerons l’exemple frappant
ayant touché une haute sommité de l’Église catholique à ce moment-
là, le cardinal Joseph A. Malula. Il était connu que le courant ne
passait pas très bien entre lui et Mobutu. Pour avoir contesté la
politique de recours à l’authenticité qui institua la suppression des
prénoms chrétiens et la nationalisation (zaïrianisation) des écoles
catholiques, le cardinal fut contraint en 1972 à l’exil à Rome.
Toujours dans le registre de l’Église catholique, il y a lieu de signaler
parmi tant d’autres manifestations, le cas des trente-deux grands sémi-
naristes de Mbuji-Mayi qui adressèrent une lettre à l’assemblée
plénière des Évêques du Zaïre pour contester l’implantation de la
JMPR dans les séminaires. .... Ils avaient avancé plusieurs raisons
pour justifier leur refus en affirmant par exemple que le pouvoir
temporel et le pouvoir spirituel étaient deux domaines distincts et que
le régime Mobutu s’était hasardé à manipuler l’Église à son gré. Pour
se montrer encore plus convaincants, c’est sans hésitation qu’ils ont
soutenu que :

« Nous ne pouvons engager à la légère l’avenir de notre Église par
3des actes qui s’avèrent inconsidérés. » Ce cas de refus d’endosser le

3
Cf. Texte intégral dans l’Église au service de la Nation Zaïroise. Actes de la XIe
Assemblée Plénière de l’épiscopat du Zaïre, pp. 185-188.
16 système tyrannique est loin d’être isolé. La crise entre le régime de
Mobutu et l’Église a connu plusieurs moments chauds d’autant plus
que les prélats ne voulaient pas garder un profil bas face à la dérive
dictatoriale. Dans cette optique, l’Episcopat publia un rapport
dénonçant la direction prise par Mobutu et les nouvelles institutions
du pays. Cet acte ne pouvait qu’enflammer la situation par ailleurs
précaire entre l’Église catholique et les institutions du pays. Pour
revenir au conflit entre Mobutu et le cardinal Malula, Mgr
Monsengwo jette un éclairage sur ce point en affirmant que Mobutu
s’en prenait en réalité non à un seul individu mais à toute l’Église
catholique :

« Une autre preuve que le fameux conflit ne concernait pas
uniquement le Cardinal Malula, c’est qu’en novembre 1972 l’État
zaïrois s’est attaqué avec virulence à un rapport de 200 pages du
Comité permanent de l’épiscopat. Ce rapport, qu’on a appelé à
l’époque Deux cents pages de cogitations sataniques, faisait l’analyse
critique des tendances et des intentions du régime. En février de
l’année suivante, c’est-à-dire en 1973, ce ne sera plus le Cardinal
Malula mais toute la Conférence Episcopale qui sera suspendue par
l’État zaïrois. L’État interdira toute réunion de la Conférence
Épiscopale à partir de l’assemblée plénière, du Comité permanent,
des commissions épiscopales jusqu’aux travaux du secrétariat géné-
ral. C’est grâce à l’habileté des secrétaires généraux de l’époque,
qu’on est arrivé à permettre quand même la poursuite des travaux de
la Conférence Épiscopale. Mais les réunions demeuraient interdites.
Le paroxysme du conflit sera atteint lorsque, par des mesures
absolument aberrantes, le gouvernement décrétera l’interdiction des
croix, des effigies ou des images religieuses dans les édifices et les
places publiques. La réaction de la hiérarchie de l’Église catholique
ne se fit pas attendre dans les documents notre foi en Jésus-Christ et
Déclaration de la Conférence épiscopale face à la situation présente,
publiés en janvier 1975, les évêques du Zaïre prirent une position
4tranchée sur la situation ».


4
Le Cardinal Malula, avait-il été empoisonné par Mobutu ? Mgr Monsengwo
répond… Kinshasa, 6 mars 2004. Publié sur le Web in :
http ://www.digitalcongo.net/article/18054.
17 Dans l’armée, il y a eu en 1975 ce qui fut appelé pompeusement
« Coup d’État monté et manqué » au mois de juin 1975. Un groupe de
Généraux et d’Officiers des FAZ furent d’abord condamnés à la peine
capitale puis relégués dans leurs villages. Des cas comme ceci sont
légions et démontrent à quel point le régime réprimait dans le sang,
s’il le faut, toute tentative d’opposition. Jusque-là, aucun de ces
événéments n’avait l’allure d’éclabousser le régime, de le faire tomber
au point de craindre un changement de pouvoir à l’horizon. Il y a eu
bien d’autres tentatives beaucoup plus périlleuses et avec des
conséquences notables sur la population.

1.2 – La guerre de 80 jours

Les premiers signes de la contestation du pouvoir de Mobutu avec
passage à l’acte commencent en 1975, cette année-là, on assista à la
naissance dans les rangs des ex-gendarmes katangais basés en Angola
d’un mouvement politico-militaire dénommé Front de libération
nationale du Congo (FLNC), ce groupuscule tenta de conquérir le
pouvoir militairement au Zaïre.

Le FLNC était placé sous le commandement de Nathanaël Mbumba,
d’origine lunda et ancien commissaire de police à Kolwezi. Le gou-
verneur du Katanga, Manzikala, l’avait démis de ses fonctions puis
emprisonné ; à sa sortie de prison, il quitta le Zaïre et s’installa en
5Angola où il réunifia les Tigres , les ex-gendarmes katangais. Après
cette réunification, en 1977, les Tigres envahirent sous ses ordres la
province du Shaba et entreprirent la guerre qu’on appela la guerre de
80 jours.

... Soutenus par les Cubains et les éléments de l’armée angolaise, les
Tigres pénétrèrent au Katanga par deux axes : celui de la voie ferrée
Lobito-Lubumbashi dans la direction est et celui vers Kaniama, au
nord, à partir de Kapanga. Kasaji fut occupée le 12 mars (1977) et
Mutshatsha, le 25. L’intervention des troupes marocaines, appuyées
par une logistique française, parvint à les repousser. Kapanga fut
6évacuée le 28 mai.

5 Les Tigres étaient d’anciens militaires et policiers ayant combattu pendant la
sécession katangaise sous les ordres de Moïse Kapenda Tshombe.
6
I. Ndaywel è Nzièm, Nouvelle histoire du Congo des origines à la République
démocratique, Le Cri-Afrique Éditions, Bruxelles, 2009, pp. 559-560.
18
Mobutu, après avoir fait face à cette guerre et l’avoir gagnée avec
l’aide des pays amis, tenta par la suite de rassurer l’opposition en
prononçant le discours du 25 novembre 1977 devant les congressistes
du Mouvement populaire de la révolution (MPR). À l’époque, on
appela ce discours « Discours sur le mal zaïrois ». Dans cette
autocritique de son pouvoir, Mobutu déclarait :

Pour tout dire, tout se vend et tout s’achète dans notre pays. Et dans
ce trafic, la détention d’une quelconque parcelle de pouvoir public
constitue une véritable monnaie d’échange en contrepartie de
l’acquisition illicite de l’argent ou d’une valeur matérielle et morale,
ou encore, de l’évasion de toutes sortes d’organisations. Pire, même
l’usage par un particulier de son droit le plus légitime est soumis à un
impôt invisible, dont la contre-valeur est ouvertement encaissée par
des individus. Ainsi, le droit d’être reçu en audience, l’inscription à
l’école de ses enfants, l’obtention de leurs bulletins de fin d’année,
l’accès aux soins médicaux, une place dans l’avion, une licence
d’importation, l’obtention d’un diplôme – et j’en passe – sont tous
assujettis à cet impôt invisible et pourtant connu de tout le monde. En
conséquence, notre société risque de perdre son caractère politique
pour devenir un vaste marché commercial, soumis aux lois les plus
basses du trafic et de l’exploitation […].
Face à tous ces maux, il faut reconnaître que, trop souvent, l’État et
le parti n’ont toujours pas réussi à décourager les mauvais, ni à
encourager les bons. Pourquoi ? Simplement parce que, d’une part,
l’État est considéré par plusieurs cadres comme un instrument
d’enrichissement individuel et que, d’autre part, le peuple, en partie
découragé et en partie complice, a cessé d’exercer son droit de
contrôle sur ses gouvernants lorsqu’à travers des liens particuliers de
famille ou d’amitié, il encourage les vols de deniers et des biens
publics, ses propres biens. Et malheureusement, dans leur course
effrénée vers la gabegie, le détournement ou l’incompétence, trop de
cadres se cachent volontiers derrière le Président-Fondateur pour se
créer, pour ainsi dire, une immunité juridique ou politique abusive.
C’est ainsi que les critiques justifiées d’une fraction du peuple à
l’égard des responsables publics sont facilement présentées par ces
derniers comme des attaques subversives contre le régime ou, encore,
contre la personne du Président-Fondateur.
19 Tous ces trafiquants, ces commerçants se trouvant dans presque
tous les organes de l’État, ont fini par former une caste
d’intouchables, véritables exploiteurs de leur peuple. La confiance
que leur donne le Président-Fondateur, loin de constituer un stimulant
vers un dévouement total à l’égard de leur peuple, devient, entre leurs
mains, un atout de plus pour organiser une vaste conspiration du
silence autour de moi et un instrument supplémentaire de chantage
7contre le peuple.

On peut imaginer que Mobutu, lorsqu’il prononçait ce genre de
discours, appliquait la stratégie selon laquelle la meilleure défense
c’est l’attaque. Nimy note à ce sujet : « qu’au Zaïre, l’inadéquation
chronique entre le verbe et l’action aura été le talon d’Achille du
régime de la Deuxième République. Que Mobutu, lui, par cynisme
politique, ait trouvé dans ses discours de dénonciation de son propre
système (à travers les maux de sa société, les défaillances de ses
cadres, ...) une méthode de ruse, une fuite en avant, une stratégie de
8survie politique comme l’ont relevé certains critiques ».

Il convient cependant de mentionner qu’après son sévère réquisitoire,
le président Mobutu faisait semblant de donner la parole au peuple et à
ses représentants ; c’est ainsi qu’on assista, vers la fin de l’année
1978, aux premières interpellations au Conseil législatif (parlement).
Les interpellations débutèrent le 15 novembre et se terminèrent le 28
décembre 1978. Elles touchèrent divers sujets comme l’insécurité à
Kinshasa, la crise du carburant, le statut des agents de l’État, l’octroi
des passeports diplomatiques, la politique de crédits extérieurs.
Plusieurs autres interpellations étaient adressées aux membres du
gouvernement, en particulier aux ministres de l’Économie nationale,
des Transports, des Mines, du Commerce, mais aussi au président-
9directeur général de la SOZACOM .


7
Discours du 25 novembre 1977 prononcé par le Président-Fondateur du
Mouvement populaire de la Révolution (MPR) devant les participants au
deuxième congrès ordinaire du parti (22 au 27 novembre 1977), discours
reproduit par l’Agence zaïroise de presse (AZAP).
8
J. P. Nimy Mayidika Ngimbi, Je ne renie rien, je raconte... L’histoire d’un
parcours sur un parcours d’histoires, L’Harmattan, Paris, 2006, pp. 285-286.
9
Société zaïroise de commercialisation des mines.
20 C’est dans ce climat de contestation et d’interpellation au Conseil
législatif qu’éclata la guerre du Shaba dont l’objectif était de renverser
le pouvoir de Mobutu.

1.3 – La guerre de 6 jours

Le 11 mai 1978, les troupes du FLNC composées d’environ quatre
mille soldats katangais bien armés, en provenance d’Angola et
etransportés par la 2 division cubaine, traversent la Zambie,
s’emparent de la ville de Kolwezi le 14 mai 1978 et prennent en otage
environ trois mille européens. Selon les estimations, 90 à 280 otages
sont tués ; sous prétexte de ces massacres, Mobutu appelle à l’aide la
France, la Belgique et les États-Unis. Les otages étaient retenus à
2Kolwezi, ville d’environ 40 km , dont la population, en 1978, est
estimée à environ 100 000 habitants. La ville est dotée d’un
aérodrome situé à 6 km du centre-ville. Elle dispose également d’une
bonne infrastructure routière et ferroviaire.

Pour venir au secours de son allié Mobutu, Valéry Giscard d’Estaing,
président de la République française, autorise l’envoi de ses soldats à
eKolwezi ; cela se fera sous forme d’une opération aéroportée du 2
REP de la Légion étrangère. Le 19 mai 1978, la Légion saute sur
Kolwezi à 250 mètres d’altitude au-dessus de l’hippodrome. Lors de
cette opération, un légionnaire est tué et six autres sont blessés. De son
côté, la Belgique envoie le 20 mai ses parachutistes à Kolwezi. Au
total, il y a eu 1 180 para commandos belges pour sauver la province
du Katanga. Après ce sauvetage du régime par les alliés, les pertes en
vie humaine se présentent comme suit : 250 soldats du FLNC sont
tués et, du côté des alliés, on dénombre la perte de 5 légionnaires et
d’un parachutiste belge. Du côté de la population civile, on déplore la
mort de 700 Congolais et de 170 Européens.

À ce sujet, lors de son témoignage à la Conférence nationale
souveraine tenue à Kinshasa en 1991, Nathanaël Mbumba déclarait :

« Pendant que nous préparions cette deuxième campagne, les Améri-
cains menaient des démarches au niveau diplomatique pour amener le
président angolais à bloquer notre action. Ainsi, au moment où je
m’apprêtais à rejoindre Kolwezi, je serai rappelé à Luanda. À mon
21 arrivée, on m’assignera en résidence surveillée. Je devais également
10donner l’ordre de repli à toutes nos troupes. Je serai enfin expulsé ».

1.4 – Les interpellations au Conseil Législatif

Le président Mobutu avait perdu le contrôle sur les interpellations au
conseil législatif, il utilisa alors tous les moyens en sa possession pour
museler et contrôler les parlementaires. Il l’annonça dans son discours
prononcé le 04 février 1980 devant le Conseil législatif convoqué en
session extraordinaire en ces termes :

« D’aucuns voudraient utiliser le parlement non pour servir, mais
pour se servir, c’est-à-dire vider des rancœurs personnelles et
procéder à certains règlements de compte […]
Il faut craindre que cet organe du MPR ne soit petit à petit rongé
par le virus de la subversion. Nous ne sommes pas dans un régime
parlementaire et, encore moins, dans un régime d’assemblée […]
C’est à moi que sont destinées toutes les conclusions des travaux
parlementaires.
Il est donc inadmissible que les commissaires d’État, qui sont
responsables devant le seul président de la République, fassent l’objet
d’interpellations, par exemple, sans que le chef de l’exécutif n’en soit
préalablement avisé. Je n’accepte pas le fait accompli.
Aussi il n’en sera plus question désormais. Je tiens à savoir qui doit
être interpellé, quand et pourquoi. C’est une simple question d’ordre
et de discipline, pour éviter que nous tombions dans une sorte
11d’anarchisme parlementaire ».

Par la suite, Mobutu passera à l’acte pour contrôler le conseil
législatif, d’abord en créant en 1980, le comité central du MPR une
sorte de parlement parallèle dont les membres étaient nommés par lui,
ensuite, il éloigna du Conseil législatif les élus plus critiques en leur
confiant des responsabilités politiques dans divers secteurs comme
commissaires d’État, ambassadeurs ou cadres supérieurs dans des
entreprises publiques, ce fut le cas du commissaire du peuple
Beltchika nommé par Mobutu ambassadeur en République de Guinée.

10
I. Ndaywel è Nziem, op. cit., p. 560.
11
Ibidem, p. 581.
22 Malgré le fait qu’il tenta de diviser pour régner, le régime de Mobutu
continua à affronter la contestation politique sur d’autres terrains.

1.5 – Massacre de Katekelayi et Luamuela

Les gendarmes et les militaires s’étaient rendus le 20 juillet 1979 dans
ces deux localités du Kasaï pour contrôler et traquer les creuseurs
artisanaux des diamants qui n’avaient comme source de revenus que le
trafic dans la région où le taux de chômage était le plus élevé de la
République.

L’affrontement entre les trafiquants et les agents de l’ordre causa,
officiellement, la mort de trois personnes. En réalité, les survivants
avancèrent le chiffre de deux cents morts, les uns abattus par les
militaires, les autres morts par noyade en tentant de s’enfuir par la
rivière.

À la suite de ces massacres, cinq commissaires du peuple de la région
du Kasaï-Oriental envoyèrent une lettre de protestation au président
du Conseil législatif dans laquelle ils ne cachèrent pas leur amertume
en stigmatisant en passant la politique de deux poids deux mesures.
L’extrait ci-dessous ne pouvait être plus explicite :

« … combien de fois n’a-t-on pas entendu parler de fraudes ? Fraude
de café dont on connaît la liste et les adresses des opérateurs, voire
même les fortunes qui en ont résulté. Ces citoyens n’ont été ni
inquiétés, ni déferrés devant la justice, ni à fortiori tués. Fraude de
l’ivoire, fraude de l’or, fraude de peaux de crocodile, léopard et
d’autres bêtes ; fraude de malachite, voire fraude de cuivre, de cobalt,
de bois, de mercure et, dernièrement, fraude de salaires à grande
échelle ! Aucune répression, aucune tuerie !
Des citoyens qui ont enlevé des millions de zaïres des comptes de
l’État au vu et au su de tous, sont tranquillement préservés même du
simple regard du public ; ils vivent dans des villas d’État, à ses frais !
Pas d’inquiétude, pas de tuerie ! Donc, pas de péché ! Mais péché et
culpabilité au Kasaï-Oriental. Quelle est cette forme de justice
12nationale ? »


12
I. Ndaywel è Nziem, op.cit. p. 581.
23 Les cinq parlementaires signataires de cette lettre sont : Makanda
Mpinga, Milambo Katambwe, Ngalula Mpandanjila, Tshibuyi
Ngendja, Tshisekedi wa Mulumba. Ce geste téméraire de Tshisekedi
et de ses compagnons de fortune marque d’un signe indélébile le
début d’une longue contestation de la politique politicienne menée à
coup de discours dénués de sens et de réalisme par Mobutu. La nature
incisive de leur réflexion amènera Tshisekedi et d’autres
parlementaires à pousser plus loin, dans une autre circonstance, leur
revendication. L’opposition était en gestation et la démarcation de la
politique appliquée par Mobutu devenait évidente et inéluctable.
24 CHAPITRE 2
L’ENVOL DE L’OPPOSITION PAR ÉTIENNE
TSHISEKEDI ET SES COMPAGNONS



2.1 – Lettre ouverte adressée au Président
Mobutu par un groupe de parlementaires

L’opposition au régime de Mobutu était déjà en gestation. Il ne
manquait plus que le courage politique pour pouvoir l’assumer de
manière explicite. Les massacres de Katekelayi en furent les
détonateurs du moins pour un groupe restreint comme nous l’avons
vu. Cependant, c’est au début du mois d’octobre 1980 qu’un groupe
informel des parlementaires envisage une action plus radicale pour
dénoncer les égarements et les injustices du régime Mobutu à l’égard
de la population. Cette action se concrétise sous forme de rédaction
d’une lettre ouverte destinée au président de la République. Elle est
rédigée par Ngalula Mpandanjila avec l’aide du professeur Dikonda
wa Lumanyisha. Elle est corrigée, revue et enrichie au moment de la
rédaction par Tshisekedi et Makanda.

La lettre ouverte est en fait une analyse lucide de l’état du délabrement
du pays dans quatre domaines : politique, économique, social et celui
de la défense nationale (Forces armées zaïroises).

Les commissaires du peuple signataires de la lettre s’adressent
directement à Mobutu et écrivent :

« Nous savons combien vous êtes allergique à la franchise et à la
vérité. Mais ayant librement accepté la responsabilité de diriger notre
pays, vous deviez – cela va de soi – vous attendre un jour à ce genre
de réaction. Voilà quinze ans que nous vous obéissons.
Que n’avons-nous pas fait durant ce temps, pour vous être utile et
agréable ? Chanter, danser, animer, bref, nous sommes passés par
toutes sortes d’humiliations, toutes les formes d’avilissements que
même la colonisation étrangère ne nous avait jamais fait subir. Tout cela pour que rien ne manque dans votre combat pour la
réalisation, ne fût-ce qu’à moitié, du modèle de société que vous nous
aviez proposé. Y êtes-vous parvenu ? Hélas ! Non !
Après ces quinze ans de pouvoir que vous avez exercé sans partage,
nous nous trouvons en présence de deux camps absolument distincts.
D’un côté, quelques privilégiés scandaleusement riches. De l’autre, la
masse du peuple croupissant dans la misère noire, et ne comptant plus
que sur la charité internationale pour survivre tant bien que mal. Et
quand cette charité arrive au Zaïre, les mêmes riches s’arrangent
pour la détourner au détriment des masses misérables !
Oui, cette désinvolture a été tellement loin qu’on ne s’est pas gêné
de détourner les rations destinées à nos propres troupes qui
combattaient au Shaba. Vous l’aviez publiquement reconnu dans un
meeting au stade du 20 mai.
Tout cela étant, nous voulons d’abord réaffirmer notre opposition à
la violence, et notre foi dans la possibilité de trouver, par le dialogue,
dans le respect mutuel, des solutions pacifiques et susceptibles de
sauvegarder l’unité nationale, la paix nationale, l’intégrité de notre
territoire et, surtout, des solutions qui privilégient et stimulent le
sentiment de fraternité sans lequel il est impossible de bâtir cette
grande nation au cœur de l’Afrique.
Tout au long de cette lettre, nous avons essayé de démontrer com-
bien vous avez, sans motif apparent et sans même nous en avoir préa-
lablement informés, abandonné les engagements contenus dans votre
profession de foi formulée lors du coup d’État du 24 novembre 1965.
De cette démonstration, il est apparu que les maux socio-écono-
miques qui, à juste raison, vous avaient incité à faire le coup d’État,
n’ont pas été combattus, bien au contraire, la situation s’est dégradée
encore plus gravement au point d’être considérée aujourd’hui comme
désespérée. Et cela, en dépit de la paix retrouvée, en dépit de
l’absence de tiraillements politiques, et malgré les moyens internes et
13externes autrement plus importants dont vous avez eu à disposer ».

Les treize poursuivent et concluent en proposant dix pistes de
solutions pour une réforme politique profonde au Zaïre […]

Mais d’ores et déjà, nous avons la certitude que si le pouvoir les laisse
s’exprimer librement, l’immense majorité de nos compatriotes

13
Lettre ouverte au Président-Fondateur, Kinshasa, inédite, 1980.
26 réclameront, par leurs délégués, une réforme politique profonde
mettant en œuvre les principes suivants :

(1) La raison d’être de l’État zaïrois, c’est l’épanouissement et le
bonheur, non pas d’une poignée d’hommes, mais de tous les
Zaïrois.
(2) Tout Zaïrois doit être réellement protégé dans sa personne et
dans ses besoins contre l’arbitraire du pouvoir.
(3) La constitution et les lois du Zaïre doivent s’imposer effecti-
vement à chacun, quels que soient sa fonction et son rang social.
(4) L’organisation politique de notre pays doit reposer sur un
consensus réel (et non seulement déclaré) de notre peuple et
répondre aux aspirations profondes de nos masses. Cela n’est
possible que s’il s’instaure au Zaïre une démocratie effective.
(5) La démocratie ne deviendra effective au Zaïre que si la
représentation de notre peuple dans les organes politiques de
l’État s’opère par des personnes librement élues par le peuple.
(6) Il faut que cessent la centralisation à outrance et la concentration
des pouvoirs entre les mains d’une seule personne.
(7) Les rs doivent être répartis, avec des rôles précis, entre les
différents organes politiques de l’État, dans le cadre que fixera la
constitution.
(8) De la base au plus haut sommet, le contrôle de tous les organes
de l’État doit être organisé de manière à devenir effectif et
efficace.
(9) L’Exécutif en son entier doit être soumis à un contrôle réel du
Conseil Législatif, organe du peuple (notons, à ce propos, que
tout homme de bonne foi doit reconnaître que le Conseil
législatif s’est trouvé soutenu à fond par l’opinion publique
lorsque cet organe s’est appliqué à exercer sur les membres de
l’Exécutif son pouvoir normal et constitutionnel de contrôle).
(10) La démonstration réelle du régime et la sauvegarde effective des
droits de l’Homme postulent la libération dans le domaine des
« mass-media ». La presse, la radio et la télévision zaïroises
doivent être au service de tous les Zaïrois. Pour qu’elles cessent
d’être au service d’une oligarchie, il faut un pluralisme dans les
« mass-media ». D’autre part, le mensonge ne peut être combattu
27