Europeens!

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Européens ! Paroles de jeunes est le fruit d'échanges nombreux menés dans le cadre de nos activités politiques et associatives avec des jeunes en France et en Belgique. A l'heure où la crise institutionnelle européenne se double d'une crise financière mondiale, il nous semble plus que jamais nécessaire de faire le point sur les racines, les réussites et les difficultés de l'Union. Après un exposé succinct des fondements et des possibles de l'Europe, un jeu de questions-réponses permettra aux lecteurs, sans restrictions sur les sujets, ni prétention à l'exhaustivité, de mieux comprendre les enjeux actuels et à venir de l'Union.
Publié le : vendredi 10 juin 2011
Lecture(s) : 285
EAN13 : 9782304026108
Nombre de pages : 197
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2 Titre
Européens !

3Titre
Yves-Vincent Galvez et Bruno
Buresi
Européens !
Paroles de jeunes
Essai d'actualité
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02610-8 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304026108 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02611-5 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304026115 (livre numérique)

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A nos familles, qui nous ont soutenus.

Aux jeunes militants, à leurs pertinentes questions
qui nous ont donné l’idée de ce livre.

« L’Europe ne vient pas du ciel, elle est constituée
d’États. C’est aux États d’agir s’ils veulent que
l’Union européenne fonctionne différemment. »
Nicolas SARKOZY (Témoignage, 2006). 8 INTRODUCTION

INTRODUCTION
L’Europe ne coule pas de source. La persis-
tance de mouvements anti-européens structurés
et tenaces l’atteste. Elle est une construction
politique patiente et pragmatique qui s’est bâtie
contre le passé d’États européens hégémoni-
ques ou dans leur continuité : la Rome des Cé-
sars, l’Empire de Charlemagne, l’Espagne de
Charles Quint, la Turquie de Soliman, la France
des Bonaparte, l’Autriche de François-Joseph et
l’Allemagne impériale.

Elle est d’abord un continent, densément
peuplé mais à la population vieillissante. Elle a
la chance d’être située presque entièrement dans
la zone tempérée mais également de présenter
une géographie d’une rare diversité : au plus
important potentiel côtier de tous les continents
répond un relief très accidenté, qui commence à
la Sierra de Gredos pour s’achever en Russie.
Le voyageur courageux qui l’aura parcourue au-
ra alors franchi les Pyrénées, les Dolomites et
les Carpates. Il aura entendu parler une ving-
9 Européens !
taine de langues. Il aura vu prier, dans des villes
monstres et des campagnes dépeuplées, les fidè-
les de cinq religions monothéistes différentes.
S’il est curieux, notre voyageur aura lu les
grands écrits de cette vaste région : il se sera
penché sur l’Iliade, le Satiricon, la Bible et
l’Encyclopédie. Dans Shakespeare, Cervantès,
Goethe ou Proust, il aura appris les travers et
les grandeurs des sociétés qu’il aura côtoyées. Il
aura entendu Mozart, Beethoven, Bach mais
aussi Berlioz, Verdi ou De Falla. Les nombreux
et riches musées qu’il aura visités lui auront
montré Phidias et Michel-Ange aussi bien que
Vélasquez et Renoir.
S’il est attentif, ce voyageur aura également
constaté à quel point cet immense territoire,
malgré les réels avantages de son agriculture, est
dépendant de l’extérieur, pour l’uranium, les
phosphates, le caoutchouc ou le gaz. Et quel
combat quotidien il doit mener pour maintenir
le niveau de vie élevé auquel se sont habitués
ces habitants de l’Ouest.

Longtemps surpeuplée et en avance techno-
logique sur son temps, l’Europe est par nature
pionnière. Elle a conquis de gré ou de force la
majeure partie des autres continents, soit par le
biais d’action militaire (Maghreb, Afrique Noire,
Indochine) soit par celui de migrations de po-
pulations parties chercher en d’autres lieux les
10 Introduction
moyens de leur subsistance ou de leur dévelop-
pement (Amérique du Nord, Australie, Nou-
velle-Zélande). En apportant l’essor, elle a éga-
lement semé, dans le drame, des germes de di-
visions, d’amertume et parfois de haine.

Depuis près de dix années maintenant, nous
participons, en France, dans le cadre universi-
taire, associatif ou politique, à des échanges, des
conférences et des tables rondes sur l’Europe.
Nous avons pu constater combien cette théma-
tique, quoi qu’on en dise, est génératrice de pas-
sions.
Bien sûr, celles-ci sont différentes selon les
générations. Car ce sont bien trois générations
qui projettent leurs attentes sur l’Europe.
Celle des anciens combattants d’abord, qui
ayant connu la douleur des guerres demandent
à ce que l’Europe garantisse à tous la paix.
Celle des hommes et femmes, nés après la
guerre, qui attendent de l’Europe qu’elle pose
les fondements d’un monde dans lequel les
peuples et les cultures seront réconciliés.
Celle enfin des jeunes, qui vivent l’Europe
comme un élément naturel faisant partie de leur
vie à part entière et qui veulent en bâtir
l’histoire durant le prochain siècle.

Arrêtons-nous plus particulièrement sur les
jeunes.
11 Européens !
C’est, en effet, chez eux, que nous trouvons
le plus grand enthousiasme à l’égard de
l’Europe. Ils attendent de celle-ci l’humanité, la
solidarité, l’ouverture, la générosité et surtout
une plus grande proximité. Trop souvent en ef-
fet, les problématiques européennes leur parais-
sent abstraites, déconnectées de leurs réalités ou
trop complexes pour être comprises et par là
même débattues. L’analyse du vote des jeunes
de moins de 35 ans lors du référendum sur le
projet de constitution européenne constitue à
ce titre un exemple frappant. En effet, ce vote a
été majoritairement négatif. Pourtant il serait
faux de croire que ce « NON » des jeunes tra-
duit une aversion pour l’Europe. Aujourd’hui,
tous sont conscients que leur avenir passe iné-
luctablement par elle.

A la lumière de notre vécu, il nous semble
que l’attente principale des jeunes vis-à-vis de
l’Europe porte sur les domaines de l’éducation,
du social, de l’environnement et de l’emploi.
Sur toutes ces thématiques, ils souhaitent des
avancées concrètes de la part des dirigeants de
l’Union européenne. Ils veulent également pou-
voir identifier des interlocuteurs avec qui dialo-
guer sur tous ces sujets.
Toutefois, les jeunes n’ont pas que des atten-
tes, ils ont aussi des convictions et des idées.
12 Introduction
A ce titre ils plébiscitent l’Europe des échan-
ges incarnée par le programme Erasmus,
l’Europe de la culture incarnée par la dernière
saison culturelle européenne, l’Europe des
droits de l’homme incarnée par la Cour euro-
péenne des droits de l’homme, l’Europe de
l’environnement incarnée par l’adoption du
« paquet énergie-climat », l’Europe démocrati-
que incarnée par l’entrée dans l’Union de pays
précédemment marqués par des régimes durs
ou encore l’Europe de l’enseignement et de la
recherche, incarnée par la reconnaissance na-
tionale et européenne des diplômes grâce aux
crédits ECTS ou au master.

Dans notre famille politique, au cours des
années 80 et 90, les divisions rencontrées jus-
qu‘au consensus relatif de Maastricht sont en-
core vives dans les esprits. Pour répondre aux
questions posées, pour faire la part des choses
entre les phantasmes et la réalité, entre
l’actualité et les enjeux, pour sensibiliser les jeu-
nes au prochain scrutin européen dans notre
circonscription Ouest, pour rendre aussi hom-
mage à leur enthousiasme, nous avons décidé
d’écrire ce livre à quatre mains. Avec un esprit
parfois iconoclaste que nous revendiquons. Si
on ne peut l’être à vingt ans…

13
PREMIÈRE PARTIE : HISTOIRE DE L’EUROPE,
AVENIR DE L’UNION
15
CHAPITRE 1 : AUX SOURCES DE
LA COMMUNAUTÉ
Le nom « Europe » est d’abord celui d’une
jeune fille, pas bruxelloise pour un sou, qui eut
le privilège unique d’être remarquée par Zeus, le
Dieu des Dieux de la mythologie grecque. Ce-
lui-ci n’en était pas à son coup d’essai dans le
domaine du rapt séducteur de jeune fille en
fleur. Cavaleur en diable, il se métamorphosa en
taureau pour s’en aller enlever sa belle sur une
plage grecque au nez et à la barbe de ses com-
pagnes de bain. Le roi de Crète, Minos, adver-
saire futur de l’infidèle Thésée, naîtra de cette
union.

Les livres débordent de chronologie très
complète dans laquelle l’Histoire de l’Europe
est décortiquée au jour près. Le rappel de ces
jalons est important. Il montre la régularité et la
constance avec laquelle le vaste ensemble euro-
péen s’est structuré. Montrant d’où vient
l’Europe, il peut lui indiquer, non pas le che-
min, mais une idée du chemin de son futur.

17 Européens !
Nous souhaitons, pour débuter cet ouvrage,
présenter plus que des dates mais de grands
mouvements du passé de l’Europe. Ce choix est
assumé. Son but est de parler simplement de
choses complexes et de tenter d’éclairer, dans la
forêt des sigles et la jungle des traités, le lecteur
compréhensif. Quitte, bien sûr, à ce que celui-ci
complète de sa main notre chronologie.
Voici donc ce mémento.

L’Europe des Anciens : de l’agora au forum

L’Europe est née au Sud. Elle commence par
le littoral.
C’est en effet autour de la mer Méditerranée
que se construit l’ébauche de l’idée européenne,
tout d’abord sous l’influence hellénique. Les
Mycéniens, puis les Doriens jettent les bases de
petits États indépendants qui vont progressi-
vement inventer les Jeux Olympiques et le théâ-
etre. Au VIII siècle av. J. -C. , Homère définit
dans l’Iliade et l’Odyssée un héroïsme qui donnera
naissance, plusieurs siècles plus tard, aux preux
des chansons de geste médiévale.
La colonie de Massalia (Marseille) est fondée
en 600 av. J. -C. et le Pirée devient bientôt, à
l’ombre des temples polythéistes, le premier
port de Méditerranée.
Contre l’expansionnisme perse, les Athéniens
remportent les décisives victoires de Marathon
18 Aux sources de la communauté
et de Salamine. Le cinquième siècle av. J. -C.
marque alors l’apogée de la civilisation grecque
classique à Athènes et de l’influence hellénique
sur le monde méditerranéen, tant du point de
vue politique que militaire ou artistique. De
443 à 431 av. J. -C. , le pouvoir du stratège Péri-
clès, centré sur l’agora marchande des artisans
et des esclaves, s’étend sur la cité d’Athènes.
Celle-ci crée, par l’Ecclésia, une démocratie mi-
sogyne du savoir, du travail et de la responsabi-
lité partagée.
Le monde grec s’étend alors, sur le littoral,
des Colonnes d’Hercule (Gibraltar) au Pont
Euxin (Mer Noire). Il est bientôt mûr pour
tomber dans l’escarcelle macédonienne du Roi
Philippe. Une fois cette conquête aboutie, le fils
de Philippe, Alexandre, Romain d’avant Rome
formé par Aristote, marche vers l’Orient où il
va bientôt se tailler un empire, de la Turquie à
l’Iran.
L’hégémonie grecque s’achève progressive-
ment dans cette apothéose. Sa voisine romaine
a commencé depuis longtemps un travail pro-
gressif de conquête. Le forum va se bâtir sur les
ruines de l’agora. Après le Pirée, voici le tour
d’Ostie.

En se muant de cultivateurs en citoyens-
soldats, les premiers Romains vont faire de
Rome le nouveau centre du monde connu. Sa
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