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Faut-il ouvrir les frontières ?

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100 pages
Alors que la mobilité est reconnue comme un facteur essentiel de développement humain, les deux tiers des habitants de la planète ne peuvent circuler librement. Quant aux pays traditionnels d’immigration, ils ont fermé leurs portes, si ce n'est bâti des murs ou installé des camps de rétention.
Les effets pervers de la fermeture des frontières sont pourtant légion. Aux victimes, aux sans-papiers et aux sans-droits, s’ajoutent les camps de réfugiés, l’économie maffieuse du passage, les déficits économiques et démographiques liés à l’absence de mobilité, sans parler des coûts exorbitants des politiques de fermeture et d’expulsion.
Face à ces paradoxes, ne vaudrait-il pas mieux inverser la logique ? Considérer que la liberté de circulation des personnes est un droit universel, tout en laissant aux États la possibilité de restreindre l’entrée sur leur territoire ?
Un droit de migrer commence à s’énoncer et à faire l’objet de dialogues multilatéraux. Souvent menés en marge des États, ils révèlent les inégalités criantes du régime des frontières en fonction de la provenance et de la destination des migrants.
Un plaidoyer pour un droit à la mobilité et pour l’avènement d’une diplomatie internationale des migrations.
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Catalogage Électre-Bibliographie (avec le concours de la Bibliothèque de Sciences Po)

Faut-il ouvrir les frontières ? / Catherine Wihtol de Wenden. – 2e édition entièrement nouvelle. – Paris : Presses de Sciences Po, 2013. – (La Bibliothèque du citoyen).

ISBN papier 978-2-7246-1480-0

ISBN pdf web 978-2-7246-1481-7

ISBN epub 978-2-7246-1482-4

ISBN xml 978-2-7246-1483-1

 

 

 

RAMEAU :

Émigration et immigration : Politique publique : 1990-....

Émigration et immigration : Droit : 1990-....

Circulation internationale des personnes : 1990-....

 

 

 

DEWEY :

325 : Migration internationale

304.8 : Mouvement des populationsLa loi de 1957 sur la proriété intellectuelle interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit (seule la photocopie à usage privé du copiste est autorisée).

Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle ou totale, du présent ouvrage est interdite sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3, rue Hautefeuille, 75006 Paris).

 

 

 

© PRESSES DE LA FONDATION NATIONALE DES SCIENCES POLITIQUES, 2013

Faut-il ouvrir les frontières 

Catherine Wihtol de Wenden

Introduction

Dès la fin du xxsiècle, au fil d’épisodes dramatiques tels que l’arrivée massive d’immigrés albanais à Brindisi, de pateras chargées d’immigrés africains et maghrébins débarquant à Gibraltar, d’Africains dérivant en pirogues et en zodiacs au large de Lampedusa et de migrants chinois retrouvés morts dans un camion à Douvres − pour s’en tenir à l’Europe − une idée neuve a germé : celle que l’on faisait fausse route en prônant la fermeture des frontières comme objectif premier des politiques migratoires. Se révélait par la même occasion l’hypocrisie des politiques consistant à admettre des immigrés par l’« entrée de service » et non pas par la « porte principale » 1. Puisque la fermeture totale des frontières paraissait aussi utopique qu’une ouverture totale, pourquoi ne pas s’intéresser aux bénéfices de la mobilité issue d’une ouverture plus grande ?

Quel est le constat aujourd’hui ? Alors que la plupart des études menées par les chercheurs et les experts internationaux soulignent les avantages économique, démographique et culturel d’une mobilité accrue et d’une plus grande ouverture des frontières, le renforcement du contrôle des frontières face à l’intensification des flux migratoires ne fait que criminaliser le passage des frontières. La fermeture, tout en rendant plus précaire la condition des migrants en situation irrégulière, se révèle en outre une source de prospérité toujours plus importante pour les intermédiaires (trafiquants et autres brokers du passage et de l’accès à l’emploi) à mesure que l’entrée et le séjour deviennent plus difficiles. Ce contexte est à l’origine d’un militantisme intense autour de la cause des sans-papiers devenus les victimes emblématiques du xxie siècle, donnant naissance à un plaidoyer d’une force égale à celui qui revendiquait jadis l’abolition de l’esclavage.

Le dogme de la fermeture, encore largement partagé, se heurte lui-même à une tension entre plusieurs logiques : celle des économies de marché, favorables à l’ouverture, celle des États souverains, tenants de la fermeture sous la pression des opinions publiques qui veulent « contrôler le contrôle », et celle de la cause des droits de l’homme, qui veut faire du migrant, tant sur la scène nationale qu’internationale, la figure de proue d’un monde plus fluide. Mais l’idée qu’il y a plus à perdre qu’à gagner en fermant les frontières s’est invitée dans un contexte mondialisé où tout circule sauf les hommes, au point de susciter un dialogue onusien entre les parties prenantes de la question migratoire.

Tous ces paradoxes ont marqué les trente dernières années. Ils sont au fondement de ce livre 2.

La double illusion de la fermeture des frontières et d’un monde sans frontières

La mondialisation des migrations sera l’un des facteurs déterminants de l’évolution des vies quotidiennes au xxie siècle. Aujourd’hui, la question de la liberté de circulation des personnes repose sur une contradiction fondamentale : alors que la mobilité est valorisée comme partie prenante de la modernité – un élément essentiel du développement humain selon le rapport du Programme des Nations unies sur le développement (PNUD) de 2009 – les deux tiers de la population de la planète n’ont pas le droit de circuler librement, puisqu’ils sont astreints à des visas. S’ils n’entrent pas dans les catégories prévues (travailleurs très qualifiés, étudiants, membres du regroupement familial, candidats à l’asile ou commerçants et entrepreneurs), leur seule chance d’entrer dans un pays est de le faire clandestinement, souvent au cours d’une longue et périlleuse odyssée. C’est ainsi que l’on meurt en Méditerranée ou le long de la frontière américano-mexicaine, aux portes d’un monde développé qui se considère comme le siège de la démocratie et des droits de l’homme ; ou encore que des migrants se retrouvent piégés dans les pays du Sud comme le Maroc, la Turquie ou le Mexique, devenus des pays d’arrivée et de transit pour les sans-papiers.

Et pourtant, le long de ces grandes lignes de fracture du monde, les migrants contribuent, par leur mobilité, à atténuer les inégalités les plus criantes du développement humain 3.

Mondialisés, les flux migratoires se sont aussi régionalisés. Ils dessinent des systèmes migratoires 4 où l’offre rencontre la demande et où s’opèrent des complémentarités : l’Europe avec la rive sud de la Méditerranée, les États-Unis avec le Mexique, l’Amérique du Sud avec les pays andins et centraméricains, le monde russe (principalement Moscou et Saint-Pétersbourg) avec le Sud-Caucase et l’Asie centrale, l’Asie du Sud-Est avec des pays de cette même région, les pays du Golfe avec d’autre pays du monde arabe et avec l’Asie. Quelques institutions régionales, comme l’Union européenne, l’Union nordique, la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO,) le Trans-Tasman Travel Arrangements (TTTA) entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), ont établi la liberté de circulation pour faciliter le commerce et la fourniture de main-d’œuvre. L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA, ou NAFTA en anglais) entre le Canada, les États-Unis et le Mexique limite la liberté de circulation à celle des marchandises, le volet migratoire n’ayant jamais été mis en place à cause de la pression frontalière entre le Mexique et les États-Unis. Ces espaces régionaux, et bien d’autres (on en comptabilise 25 au total), fonctionnent mal pour la plupart.

Pourtant, comme l’a montré l’ouverture des frontières entre l’Europe de l’Ouest et l’Europe centrale et orientale depuis 1991, plus les frontières sont ouvertes, plus les personnes circulent et plus elles adoptent la mobilité comme mode de vie. À l’inverse, plus les frontières sont fermées, plus les personnes se sédentarisent, comme on le constate avec les sans-papiers. Les personnes ayant adopté un mode de vie mobile – phénomène parfois désigné sous le terme de « migrations pendulaires » – font des allers-retours entre la région de départ et celle d’accueil, comme hier les migrants algériens qui effectuaient une sorte de noria 5 entre la France et l’Algérie. C’est la double présence, ici et là-bas, dans un lien transnational permanent que n’entravent plus les contrôles aux frontières. En Europe toutefois, l’ouverture récente à l’Est s’est accompagnée d’un renforcement de la frontière au Sud : aujourd’hui, presque tous les instruments européens de contrôle des frontières (Schengen, Frontex, accords bilatéraux de réadmission, Eurodac, SIVE) 6 sont concentrés sur le Sud. Et pourtant, il existe de longue date un espace euro-méditerranéen de migration, établi par les liens historiques, linguistiques et géographiques entre les deux rives de la Méditerranée : la majorité des immigrants aujourd’hui installés en Europe sont originaires du Maghreb, de Turquie et du Proche-Orient.

À chaque fois qu’un chef d’État français se rend au Maghreb, il fait face à la revendication des jeunes (les moins de 25 ans y forment 50 % de la population), qui réclament « des visas ! » leur permettant de découvrir de nouveaux horizons, de voyager, de bâtir un projet de vie. La plupart d’entre eux ne souhaitent pas quitter leur pays définitivement ni durablement, mais seulement circuler, être mobiles, comme d’autres jeunes du monde entier. Aujourd’hui, la première inégalité du monde tient simplement au fait d’être né dans un pays plutôt qu’un autre, et la possibilité de migrer fait toujours partie des nouveaux droits à conquérir. Au Sud, comme hier au Nord, l’urbanisation et les progrès de l’éducation engendrent inéluctablement une aspiration au droit fondamental de se déplacer. Face à l’échec des politiques de contrôle, de retour, de répression, de dissuasion et d’enfermement dans des camps ou derrière des murs, seule une autorégulation des mouvements migratoires par la création d’espaces de libre circulation permettra de maîtriser les flux. La mobilité comme mode de vie, de préférence à un destin de sans-papiers vivotant dans un no man’s land sans possibilité d’avenir, aurait de nombreux avantages. Elle favoriserait, par exemple, le développement de petites et moyennes entreprises transnationales, ainsi que celui du commerce et du tourisme.

Depuis 2003, une gouvernance multilatérale des migrations tente de se mettre en place pour accompagner la mobilité et en faire un bien public mondial, profitable à la fois aux migrants, aux pays d’accueil et aux pays de départ. Un premier « Dialogue de haut niveau », entamé en 2006 par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, est à l’origine de la création du Forum mondial migration et développement (FMMD), qui se réunit désormais chaque année sous l’égide des Nations unies. Un deuxième « Dialogue de haut niveau » s’est tenu en octobre 2013. Il a énoncé les principes acquis au fil des ans par le forum depuis 2007 : faire des migrations un instrument de développement, sécuriser les parcours migratoires et les transferts de fonds, assurer l’égalité entre les hommes et les femmes dans la migration, renforcer la lutte contre les trafics d’êtres humains et contre les discriminations, garantir un travail décent, poursuivre la signature par les États de la convention de 1990 des Nations unies sur les droits de tous les travailleurs migrants et de leurs familles.

Peut-on y voir une étape vers la reconnaissance d’un droit de migrer, le prélude à un monde sans frontière ?


1 Aristide Zolberg, « Un reflet du monde : les migrations internationales en perspective historique », dans Bertrand Badie, Catherine Wihtol de Wenden (dir.), Le Défi migratoire. Questions de relations internationales, Paris, Presses de Sciences Po, 1994.

2 Nouvelle édition d’un ouvrage paru sous le même titre en 1999 et traduit en plusieurs langues : Faut-il ouvrir les frontières ?, Paris, Presses de Sciences Po.

3 Celui-ci a été défini, selon le prix Nobel d’économie Amartya Sen, par trois critères essentiels : l’espérance de la vie à la naissance, le niveau d’éducation et le niveau de vie.

4 La notion de système migratoire, qui s’entend comme l’ensemble des complémentarités, des réseaux et des modes de rencontre d’une offre et d’une demande de migration à l’échelon d’une région du monde, a été notamment mise en évidence par Douglas Massey, dans Douglas Massey, Joachim Arango, Edward Taylor, Worlds in Motion. Understanding International Migration at the End of theMillennium, Oxford, Oxford University Press, 2005.

5 Selon le terme d’Abdelmalek Sayad, La Double Absence, Paris, Seuil, 1999.

6 Frontex est un service de mise en commun des polices européennes au service du contrôle des frontières extérieures de l’Europe. Son siège est à Varsovie. Eurodac est un système informatisé de prise des empreintes digitales des demandeurs d’asile en Europe. SIVE est un système intégré de vigilance externe, notamment au large des côtes espagnoles. Cf. Annexe.

LA BIBLIOTHÈQUE DU CITOYEN

Du même auteur

Les Immigrés et la politique. Cent cinquante ans d’évolution, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1988.

La Citoyenneté européenne, Paris, Presses de Sciences Po, 1997.

Faut-il ouvrir les frontières ?, Paris, Presses de Sciences Po, 1999 [1re éd.].

La Globalisation humaine, Paris, PUF, 2009

Atlas mondial des migrations. Un équilibre mondial à inventer, Paris, Autrement, [3e éd.], 2012.

La Question migratoire au xxie siècle. Migrants, réfugiés et relations internationales, Paris, Pesses de Sciences Po, 2e éd., 2013.

Le Droit d’émigrer, Paris, CNRS Éditions, 2013.

Les Nouvelles Migrations. Lieux, hommes, politiques, Paris, Ellipses, 2013.

Pour accompagner les migrations en Méditerrannée, Paris, L’Harmattan, 2013.

Consultez toutes nos parutions sur www.pressesdesciencespo.fr

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