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Femmes, associations et politique à Casablanca

De
452 pages

Cet ouvrage traite des transformations sociopolitiques au Maroc à travers un prisme d’observation particulier : celui des trajectoires de trente femmes devenues dirigeantes d’association dans des quartiers populaires de la ville de Casablanca. Comment ont-elles réussi à s’imposer comme leaders dans un milieu associatif qui, il y a encore quelques années, était un terrain de jeu avant tout masculin ? Assistons-nous aujourd’hui à un renouvellement des élites associatives locales qui se traduirait par l’émergence, sur la sphère publique, de nouvelles catégories d’acteurs sociaux et politiques ? Dans quelle mesure ces transformations s’accompagnent-elles d’une reconfiguration, à plusieurs échelles, des rapports de pouvoir ? Au lieu de s’inscrire dans une réflexion sur l’éventualité d’une « transition politique » du pays, cette perspective met l’accent sur les multiples recompositions et réajustements observables à l’échelle locale, en montrant l’ambivalence des changements que traverse aujourd’hui le Maroc. Si les trajectoires étudiées indiquent un renouvellement des élites locales et une rupture avec la distribution traditionnelle des rôles entre hommes et femmes, elles passent aussi par une reproduction, voire un renforcement, des rapports de pouvoir qui prédominaient auparavant.


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Couverture

Femmes, associations et politique à Casablanca

Yasmine Berriane
  • Éditeur : Centre Jacques-Berque
  • Lieu d'édition : Rabat
  • Année d'édition : 2013
  • Date de mise en ligne : 8 mars 2013
  • Collection : Description du Maghreb
  • ISBN électronique : 9791092046045

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Référence électronique :

BERRIANE, Yasmine. Femmes, associations et politique à Casablanca. Nouvelle édition [en ligne]. Rabat : Centre Jacques-Berque, 2013 (généré le 04 mars 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/cjb/351>. ISBN : 9791092046045.

Édition imprimée :
  • Date de publication : 4 mars 2013
  • ISBN : 9791092046038
  • Nombre de pages : 452
 

© Centre Jacques-Berque, 2013

Conditions d’utilisation :
http://www.openedition.org/6540

Cet ouvrage traite des transformations sociopolitiques au Maroc à travers un prisme d’observation particulier : celui des trajectoires de trente femmes devenues dirigeantes d’association dans des quartiers populaires de la ville de Casablanca. Comment ont-elles réussi à s’imposer comme leaders dans un milieu associatif qui, il y a encore quelques années, était un terrain de jeu avant tout masculin ? Assistons-nous aujourd’hui à un renouvellement des élites associatives locales qui se traduirait par l’émergence, sur la sphère publique, de nouvelles catégories d’acteurs sociaux et politiques ? Dans quelle mesure ces transformations s’accompagnent-elles d’une reconfiguration, à plusieurs échelles, des rapports de pouvoir ?

Au lieu de s’inscrire dans une réflexion sur l’éventualité d’une « transition politique » du pays, cette perspective met l’accent sur les multiples recompositions et réajustements observables à l’échelle locale, en montrant l’ambivalence des changements que traverse aujourd’hui le Maroc. Si les trajectoires étudiées indiquent un renouvellement des élites locales et une rupture avec la distribution traditionnelle des rôles entre hommes et femmes, elles passent aussi par une reproduction, voire un renforcement, des rapports de pouvoir qui prédominaient auparavant.

Yasmine Berriane
L'auteure est docteure en science politique de l'Institut d'études politiques de Paris. Elle est actuellement chercheuse au Zentrum Moderner Orient (ZMO) de Berlin et associée au Centre marocain de sciences sociales (CM2S) de Casablanca. Ses intérêts scientifiques portant principalement sur les changements sociaux et politiques au Maghreb, elle mène actuellement des recherches sur la formation et le fonctionnement des espaces participatifs et sur la mobilisation des femmes autour des terres collectives.
Sommaire
  1. Tableaux, cartes et figures

  2. Note sur les transcriptions

  3. Remerciements

  4. Prologue

  5. Introduction

    1. Etudier le Maroc à l’ère du « changement » : pour une inversion de la perspective habituelle
    2. Questionnements et outils d’analyse privilégiés
    3. Quartiers, femmes et associations : les trois composantes de l’étude
    4. Méthodes d’enquête et organisation de l’ouvrage
  6. Première partie. Devenir dirigeante d'association : dispositions individuelles et nouvelles opportunités

    1. Chapitre 1. Il était une fois l’exode : histoires de familles, histoire d’une ville

      1. De l’exode à l’installation en ville : la genèse d’un cadre socio-spatial « intermédiaire »
      2. La famille : quel capital socio-économique ?
      3. Tradition, analphabétisme et « ouverture d’esprit » : le capital socio-culturel des parents
    2. Chapitre 2. Vide professionnel, vide affectif : l’association comme alternative ?

      1. L’instruction des enfants ou l’espoir d’une vie meilleure
      2. Une mobilité sociale escomptée mais inaboutie
      3. Le vide affectif : des situations familiales parfois lourdes à porter 
    3. Chapitre 3. La mise en contact avec le milieu associatif

      1. Socialisation primaire et liens de solidarité dans le quartier
      2. Les anciennes militantes politiques : l’association comme espace alternatif d’action
      3. Les dirigeantes formées au travail social : l’association de quartier comme mode d’autonomisation ?
      4. Les représentantes d’association novices : catapultées dans le milieu associatif ?
    4. Chapitre 4. Essor et valorisation des associations locales 

      1. Le développement du tissu associatif marocain depuis les années 70
      2. Les associations de développement local : des organisations de proximité en plein essor
      3. De nouvelles sources de financement et de partenariat
      4. La réforme du Code des associations : à cadre légal allégé, contrôle renforcé ?
    5. Chapitre 5. L’inclusion des femmes : les contours d’une nouvelle norme

      1. La promotion de la participation féminine par le « roi des femmes »
      2. Les représentations véhiculées par les politiques de promotion de la participation des femmes
      3. Les canaux de diffusion de la norme : médias, autorités locales et bailleurs de fonds
      4. Des modalités d’adaptation à la norme par le bas 
  7. Deuxième partie. Rester dirigeante d'association : obstacles, ressources et contournements

    1. Chapitre 6. Les normes de la « participation » comme sources de légitimation

      1. Proximité, intermédiation et expertise : des « filles du quartier » en action
      2. La professionnalisation : garantir la qualité, légitimer le salariat
      3. Associations vertueuses et partis corrompus : l’apolitisme comme vertu 
      4. Le roi comme référentiel de l’action associative 
    1. Chapitre 7. Association et famille : gérer la mixité, préserver la réputation

      1. Le poids des représentations : la stigmatisation des dirigeantes d’association
      2. Construire des passerelles entre famille et association 
      3. Les dirigeantes d’association comme gardiennes des mœurs
    2. Chapitre 8. Renégocier les rapports de genre au sein des associations mixtes

      1. Au service du « plafond de verre » : les stéréotypes de genre
      2. Les normes de la participation au service du leadership féminin ?
      3. Inversion des stéréotypes et renforcement des frontières de genre 
      4. Les prémices d’un mouvement féministe parti « du bas » ?
    3. Chapitre 9. Jouer la carte électorale : l’ambivalence des liens entre partis et associations

      1. Partis et associations : attirance et séduction réciproques 
      2. L’ombre et la lumière : l’engagement de deux dirigeantes en campagne
      3. Des dirigeantes « infidèles » : les modalités d’un désengagement électoral
  1. Conclusion

    1. Un renouvellement des ressources et des rétributions de l’engagement
    2. Une féminisation qui s’accompagne de la reproduction des inégalités
    3. L’affirmation publique de personnalités féminines
  2. Épilogue

  3. Index des enquêté(e)s : échantillon principal et témoin

  4. Abréviations 

  5. Bibliographie

Tableaux, cartes et figures

1Carte et figure
Carte 1 - Casablanca : entités socio-spatiales et localisation des dirigeantes associatives interviewées
Figure 1 - Evolution du nombre d’associations selon l’année de création (Préfecture de Aïn Sebae - Hay Mohammadi - Roches Noires)

2Tableaux
Tableau 1 - Niveau d’instruction de l’échantillon principal
Tableau 2 - Évolution des effectifs scolaires au Maroc (1956-1998)
Tableau 3 - Évolution du taux d’analphabétisme par sexe au Maroc
Tableau 4 - Niveau d’instruction des femmes de l’échantillon
Tableau 5 - Taux de chômage en milieu urbain, selon le diplôme
Tableau 6 - Évolution de l’effectif des associations créées
Tableau 7 - Taux d’analphabétisme de la population âgée de 10 ans et plus, selon le sexe

Note sur les transcriptions

1Les mots arabes sont transcrits selon les règles suivantes :

ء

ب

B

ت

T

ث

th

ج

J

ح

H

خ

Kh

د

D

ذ

Dh

ر

R

ز

Z

س

S

ش

Sh

ص

S

ض

D

ط

T

ظ

Dh

ع

c

غ

Gh

ف

F

ق

Q

ك

K

ل

L

م

M

ن

N

ه

H

و

W

ي

Y

2Les voyelles sont transcrites : a, i, u. Les voyelles longues sont marquées d’un accent circonflexe.
Le u se prononce ou.
Le hamza de début de mot n’est pas transcrit. Seule la voyelle qui lui est associée est transcrite. L’article défini est transcrit par « al », même quand la prononciation l’assimile à la lettre qui suit. Les transcriptions existantes ont été reprises pour les noms propres et les noms de lieux.

Remerciements

1Cet ouvrage est la version remaniée d’une thèse de doctorat soutenue à l’IEP de Paris en février 2011. Je tiens tout spécialement à remercier ma directrice de thèse, Mariette Sineau, qui m’a accompagnée dans cette entreprise aussi bien sur le plan scientifique qu’humain. Mes remerciements vont également à Mohamed Tozy qui a co-encadré ce travail, me réservant un accueil chaleureux à Casablanca, au sein du Centre Marocain de Sciences Sociales. Je suis également redevable à Mounia Bennani-Chraïbi, Margaret Maruani et Ulrike Freitag qui, par leurs commentaires durant la soutenance de ma thèse, m’ont aidée à transformer le manuscrit initial en livre. Cet ouvrage n’aurait pas vu le jour, enfin, sans le soutien de l’Agence universitaire de la francophonie puis du Middle East Research Competition, qui m’ont donné les moyens financiers pour écrire ma thèse, et sans les conditions de travail mises à ma disposition par le Zentrum Moderner Orient, qui m’ont permis de transformer cette thèse en livre.

2Ce travail n’aurait pas pu être réalisé sans la disponibilité et l’amabilité de toutes celles et ceux qui m’ont ouvert leur chez soi et leur association. Tous mes remerciements aux nombreux membres des associations dont je ne peux malheureusement citer les noms mais envers lesquels ma dette est immense. Je remercie également Elisabeth Picard, Mohamed Naciri, Béatrice Hibou, Abdelkader et Dominique Kaioua, Lahoucine et Naima Amzil pour leur écoute et leurs recommandations. Une pensée particulière à tous mes camarades de route, du Maroc et de France, qui ont rendu ce laborieux voyage moins solitaire. Pour leur aide et conseils je remercie, au Maroc, Fadma Ait Mous, Aicha Belhabib, Ahmed Bendella, Leila Bouasria, Mohamed Jeghllaly, Mohamed Khayari, Mohamed Wazif et Merieme Yafout. Pour les débats comparatistes et la relecture de certains chapitres ou passages de cet ouvrage je remercie, en France, Severine Arsene, Marie-Laure Geoffray, Soline Laplanche-Servigne, Amélie Le Renard, Elisabeth Marteu et Irene Bono. Je suis redevable, enfin, à Jean-Paul Quiviger qui a traqué les coquilles et les lourdeurs au fil des pages.

3Toute ma gratitude va enfin vers mes parents et ma sœur Johara pour leur précieux soutien et leur appui continu et vers William qui a su m’accompagner tout au long de cette aventure avec patience, encouragements et bonne humeur.

Prologue

1Le 19 juillet 2008, nous sommes au siège de la Préfecture de Ben Msik1, qui connaît une animation inhabituelle. A l’entrée de l’imposante bâtisse, des hommes et des femmes affluent. Certains donnent l’impression d’être très à l’aise, d’autres ont l’air plutôt perdus et intimidés par cet environnement qui ne leur est pas vraiment familier. Les hommes sont beaucoup plus nombreux que les femmes, qui ne passent pourtant pas inaperçues. Elles représentent au moins un tiers des personnes présentes, parmi lesquelles je reconnais plusieurs dirigeantes d’association que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer.

2Nawal est la première à me faire signe de loin. Je l’ai rencontrée pour la première fois en 2006, à l’occasion d’une formation organisée par un réseau d’associations de quartier. A 40 ans, cette licenciée en littérature arabe et dirigeante d’association se présente comme « agent de développement social ». Les cheveux châtain foncés et courts, elle est très légèrement maquillée et porte une chemise de couleurs vives et un pantalon blanc. A ses côtés se tient Fatema. Cette élue locale de gauche portant, pour l’occasion, un costume noir à rayures grises est présidente de l’association que dirige Nawal depuis quelques mois. Non loin de là se tient Hanane. Vêtue d’une très large djellaba d’un bleu ciel très vif et le visage recouvert d’un voile qui ne laisse apparaître que ses yeux, cette présidente d’une association féminine de quartier, veuve depuis plus d’un an, discute avec un groupe d’hommes qu’elle tient à me présenter dès qu’elle m’aperçoit. Parmi eux se trouvent un représentant de l’Entraide nationale2 et deux présidents d’association qui s’empressent de me donner leurs cartes de visite pour que je vienne rencontrer les femmes de leurs associations : « Nous en avons plusieurs ! » me disent-ils fièrement.

3En me dirigeant vers le hall d’entrée de la préfecture, je croise Roukia et Samira. La première, vêtue d’une djellaba beige et les cheveux recouverts d’un foulard blanc, est présidente d’une association féminine de quartier spécialisée dans la couture. La seconde, les cheveux courts cuivrés, porte une chemise à rayures et un pantalon noir. Elle est secrétaire générale d’une association socioculturelle mixte qui oriente ses activités vers les jeunes du quartier. Elle est également vice-présidente d’une association féminine de quartier.

4Arrivée à l’accueil, une hôtesse me tend une pochette plastifiée contenant des informations relatives à cette rencontre. On y apprend que le ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité compte présenter aux associations locales casablancaises son projet de « qualification » des associations. Il s’agit d’un programme en plusieurs étapes, élaboré pour apporter un appui organisationnel aux associations qui le désirent. Au terme de ce processus, ces dernières se verront attribuer par le ministère un « label de qualité ». La pochette contient également une Charte éthique que les associations intéressées sont tenues de signer, déclarant ainsi adhérer au « projet de société démocratique, moderne et solidaire » du pays.

5La salle de réception où va se dérouler cet événement est imposante. Des moulures de plâtre et des lustres en métal doré décorent le plafond. De lourds rideaux verts encadrent les fenêtres. Un portrait du roi a été placé près d’un pupitre en bois. La salle est comble, plus ou moins 300 personnes ayant pris place sur les chaises qui font face au pupitre. Je m’assieds non loin de Farida. Mère de famille de 51 ans et ancienne athlète, elle vient de créer (après vingt ans d’inactivité sportive) une association d’athlétisme dans son quartier. Ses cheveux sont ramassés en queue de cheval. En chemise fleurie et jean noir, elle est assise à côté d’Ali et Adnane, qui dirigent une association spécialisée dans la formation des femmes de leur quartier. Le premier est au chômage depuis de nombreuses années, le second possède un petit commerce.

6Une certaine agitation traverse la pièce lorsque Nezha Skalli, Madame la Ministre en personne, arrive pour inaugurer la rencontre. Nommée ministre un an plus tôt (au lendemain des élections législatives de 2007), cette dirigeante politique de gauche s’est surtout fait un nom comme militante féministe qui défend depuis les années 80 une plus large participation politique des femmes. Elle fait d’ailleurs partie des membres-fondateurs de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM), association féministe créée en 1985 et qui s’est notamment distinguée par ses actions en faveur d’une réforme de la Moudawana (le Code du statut personnel) qui contribuait à asseoir la mise sous tutelle des femmes dans le pays.

7Le discours inaugural dure une vingtaine de minutes, durant lesquelles la ministre insiste tout particulièrement sur l’apport significatif des associations au développement du pays :

« Nous considérons le tissu associatif comme un trésor dont dispose le Maroc. Un trésor dont nous pouvons être fiers. Il est plus important que le pétrole parce que le pétrole s’épuise alors que les forces associatives n’ont pas de limites. (…) La société civile est devenue un partenaire de poids dans le développement local, et pour cela il faut maintenant penser à garantir la qualité de son travail. »

8Elle est relayée par Rachida Tahri, ancienne présidente de l’ADFM devenue conseillère de la ministre après la nomination de cette dernière. Prenant la parole, elle annonce triomphalement que le roi vient de proclamer le 10 octobre Journée nationale de la femme marocaine. Le choix de cette date n’est pas fortuit car il coïncide avec le discours prononcé par le monarque cinq ans plus tôt pour annoncer la réforme de la Moudawana. Cette annonce suscite pourtant bien peu de réactions dans la salle. Un jeune homme assis près de moi murmure, sur un ton mi-moqueur mi-exaspéré : « Les femmes, encore ! »

Notes

1 Ben Msik est une des huit préfectures d’arrondissement de Casablanca. Elle est située à l’est de la ville. Chaque préfecture est dirigée par un gouverneur qui est un agent d’autorité nommé par le roi.

2 Fondée en 1957 par le roi Mohammed V sous forme d’établissement privé, l’Entraide nationale est devenue une institution publique en 1972, actuellement sous la tutelle du ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité. Sa mission consiste notamment à apporter une assistance multiforme aux populations nécessitant un soutien.

Introduction

1La scène décrite ci-dessus illustre assez bien le contexte dans lequel s’inscrit d’emblée mon travail de recherche. Parmi les changements les plus médiatisés aujourd’hui au Maroc, le « renouveau des associations3 » représente en effet un volet central que le discours officiel et les médias mettent en avant et dans lequel de nombreux chercheurs voient une tendance significative4. Le nombre d’associations a effectivement augmenté ces dernières années au Maroc. Estimées à près de 30 000 à la fin des années 90, celles-ci approcheraient aujourd’hui l’effectif de 40 000. Qui plus est, cette augmentation semble s’accompagner d’un renouvellement des rapports qui lient ces associations aux autorités publiques. La sollicitude avec laquelle sont accueillis désormais les acteurs associatifs par les autorités locales contraste largement avec les rapports tendus que l’Etat entretenait jusqu’aux années 90 avec les associations. La méfiance des autorités semble avoir fait place à une volonté de collaboration avec elles et d’assurer leur promotion.

2La hausse du nombre d’associations actives à l’échelle locale, au plus proche de la population, s’accompagne aussi d’un élargissement de leur champ d’action et de leur présence sur le terrain où une multitude d’acteurs, aux parcours différents, tendent à converger5. Si, à la fin des années 90, on pouvait souligner que « tous les cadres des associations, qu’elles soient locales ou nationales, se recrutent dans la classe moyenne, principalement parmi les membres de l’université, les avocats et les intellectuels6 », aujourd’hui, Farida, Hanane, Adnane et tant d’autres représentants d’association présents à la Préfecture de Ben Msik révèlent un tout autre profil et indiquent que la base sociale de ces organisations est en train de s’élargir de manière considérable. Parmi ces nouveaux acteurs, on observe désormais la présence très remarquée des femmes.

3Le rôle social et politique joué par les femmes au travers d’associations de défense des droits des femmes ou d’associations féministes qui œuvrent pour l’amélioration de la condition des femmes au Maroc a été mis en évidence dans de nombreux travaux7. Il en va pourtant autrement pour d’autres types d’associations, notamment celles dites « de quartier ». Ces dernières sont avant tout perçues comme une affaire d’hommes, et les femmes y sont nettement sous-représentées. Le même constat s’applique d’ailleurs aussi à la sphère politique instituée et dont les femmes ont longtemps été absentes. Jusqu’en 1997, aucune femme n’était représentée au sein du parlement, et au terme des élections municipales de 2003 la représentation féminine ne dépassait pas 0,54 %.

4On comprend alors que la scène décrite plus haut marque un net tournant dans le paysage à la fois associatif et politique marocain. Les interventions de Nezha Skalli et de sa conseillère illustrent l’émergence récente de femmes sur la scène politique du pays. Grâce à l’introduction, en 2001, d’une liste électorale nationale réservée de facto aux femmes8, 35 femmes (pour 325 sièges à pourvoir) intègrent le Parlement en 2002 et 34 en 2007. La nomination de Nezha Skalli, militante féministe de longue date, illustre par ailleurs l’investissement récent, par les femmes, de positions stratégiques au sein des ministères du pays9 et l’importance aujourd’hui accordée par l’Etat à la question des droits des femmes.

5Enfin, même si le nombre des femmes visibles ce jour-là à la Préfecture de Ben Msik reste bien inférieur à celui des hommes, leur présence en tant que dirigeantes venues représenter leur association (soit mixte, soit féminine) ne passe pas inaperçue. La diversité de leur profil ─ élues locales, chômeuses, mères au foyer ou institutrices ─ fait aussi partie de la nouvelle donne. La même observation vaut pour l’apparence extérieure de ces dirigeantes. Les cheveux soit découverts soit recouverts d’un voile, en pantalon ou en tenue plus traditionnelle (comme la djellaba), tous les modes vestimentaires sont représentés et se côtoient publiquement sans restrictions apparentes. Cette image vient contredire nombre de stéréotypes accolés aux femmes dans le monde arabe et musulman et qui tendent, notamment, à opposer le port du voile à l’engagement public des femmes. Il semble donc aujourd’hui plus que légitime de s’interroger sur le sens de ces changements.

Etudier le Maroc à l’ère du « changement » : pour une inversion de la perspective habituelle

6Si ces transformations attirent tout particulièrement l’attention aujourd’hui, c’est qu’elles se déroulent dans un contexte national où la question du changement est à l’ordre du jour. A l’ère de « toutes les transitions », conclut un rapport officiel publié en 2006, le Maroc ferait preuve d’une « démocratisation accélérée depuis la fin des années 90 », de « réformes décisives, transitions démographique, urbaine et sociétale, ouverture et dynamisation de l’économie, lancement de grands chantiers du développement humain10 ».

7Rappelons ici qu’après l’Indépendance du pays (1956), la lutte pour le pouvoir qui oppose le Palais aux partis politiques nés du Mouvement national se solde par la fragmentation de la vie politique et par le renforcement de la monarchie qui sort victorieuse de ce bras de fer11. Si la Constitution proclamée en 1962 affirme dans son premier article que le « Maroc est une monarchie constitutionnelle, démocratique et sociale », le roi ─ qui règne et gouverne ─ concentre la majeure partie des pouvoirs entre ses mains12. Il est guide des croyants, chef des forces armées et chef de l’exécutif. A ce titre, il nomme (et peut destituer) les ministres et le Premier ministre. Il peut proclamer l’état d’exception, signer et ratifier les traités, promulguer les lois votées par le parlement et dissoudre la Chambre des représentants. Ce système repose sur une conception particulière du pouvoir (« le pouvoir makhzenien ») qui voit dans le roi (auparavant le sultan) « l’unique pourvoyeur du système en symboles d’autorité et le principal artisan de la culture politique dominante13 ». Le makhzen est « l’ordre jugé nécessaire et consolidé par un recours illimité à la violence. Il exprime la nudité de l’exercice de l’autorité et de la raison politique, dénué de toute morale ou sentiment14 ».

8Durant le règne de Hassan II, qui débute en 1961, le Maroc traverse plusieurs décennies (jusqu’à la fin des années 80) d’agitation politique durant lesquelles la monarchie est tour à tour confrontée à l’opposition menée par des mouvements d’extrême-gauche, à des émeutes populaires et à des tentatives de coups d’Etat conduites par des membres de l’armée. Ces conflits se déploient dans un contexte politique verrouillé et marqué par la répression violente qui s’abat sur l’opposition. Les disparitions forcées, l’emprisonnement d’opposants politiques, les exactions sécuritaires ainsi que le contrôle serré de toutes les formations politiques et organisations associatives confèrent à cette période l’appellation des « années de plomb ».

9La décrispation du régime s’observe à partir de la deuxième moitié des années 80 et s’intensifie durant les années 90. La crise économique, les tensions internes et les pressions extérieures imposent une réadaptation du régime politique. Le Maroc amorce une ouverture tant sur le plan économique que politique. L’adhésion à l’OMC et la signature des accords de libre-échange avec l’Union européenne en 1995 « semblent indiquer une volonté inflexible d’adhérer à la nouvelle philosophie économique internationale, caractérisée à la fois par un libéralisme toujours plus poussé et par la nécessité d’appartenir à un bloc régional15 ». D’un point de vue politique, la libération de prisonniers politiques ou encore l’instauration en 1998 d’un gouvernement d’alternance politique ─ supposé partager le pouvoir entre le roi et les partis politiques de l’opposition ─ ouvrent une « brèche » qui favorise « l’affirmation de nouveaux acteurs, la reconversion d’anciens et l’avènement d’un nouveau modèle relationnel inédit » et encourage « l’émergence de toute une génération d’associations de droits humains, culturels, de droits des femmes16 ».

10En succédant à son père en 1999, Mohammed VI poursuit cette politique en y apportant des éléments nouveaux pour pousser encore plus loin la démocratisation du pays. Ses premiers discours font programme. Sur le plan politique, il insiste sur l’importance d’appliquer un nouveau « concept d’autorité » basé sur l’instauration d’un Etat de droit, la décentralisation du pouvoir, la gouvernance locale et la promotion de la participation de l’ensemble de la population au développement du pays. Sur le plan social, il insiste sur l’importance de la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme et accorde une attention toute particulière à l’application de l’égalité entre les sexes. Ces discours s’accompagnent de programmes et d’actions qui tranchent nettement avec le passé.

11En 2002, les premières élections sous le nouveau règne sont placées sous le sceau de la transparence. En 2004 est créée l’Instance Équité et Réconciliation (IER), commission nationale dont l’objectif est de faire la lumière sur les atteintes aux droits de l’Homme, des années 50 à la fin des années 90. Toujours en 2004, le roi promulgue la réforme du Code du statut personnel (Moudawana), quasiment inchangé depuis près de cinquante ans. Initialement qualifiée de « frein aux changements17 », cette loi contribuait, sous sa forme antérieure, à souligner la différenciation hiérarchisée entre les hommes et les femmes et reléguait les femmes au statut de mineures. Le nouveau texte (désormais appelé Code de la famille) apporte des modifications importantes, notamment en termes de partage des responsabilités entre hommes et femmes au sein de la famille, et abroge la mise sous tutelle des femmes. En 2005, enfin, le roi lance l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), pour lutter contre les différentes formes de pauvreté et d’exclusion sociale dans le pays. Des projets sont financés dans les zones les plus défavorisées du Maroc pour encourager leur développement grâce à l’implication des élus, des autorités publiques et des populations locales (représentées, le plus souvent, par des associations).

12Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte international marqué par la diffusion – surtout par l’intermédiaire d’organisations internationales telles que la Banque mondiale et le FMI ─ d’un ordre mondial marqué par les préceptes du développement néolibéral qui touchent les secteurs aussi bien économique et politique que social. Malgré des taux de pauvreté, de chômage et d’analphabétisme encore élevés, les changements mis en œuvre par le Maroc placent aujourd’hui le pays parmi les « bons élèves » de ces politiques de développement18.

13Au niveau économique, les politiques promues par les organisations internationales de développement se traduisent notamment par une dérégulation des marchés et une libéralisation des échanges. Sur le plan social, l’accent est mis, entre autres, sur le développement humain, la lutte contre la pauvreté, l’exclusion et la discrimination19. Du point de vue politique, on met en avant la démocratie comme modèle politique universel et comme condition sine qua non de tout développement réussi. On encourage ainsi, depuis les années 90, la décentralisation du processus de prise de décision et l’implication de la population (notamment ses franges les plus vulnérables) dans le processus de gouvernance. Cette politique repose aussi sur un intérêt accru pour les institutions et pratiques délibératives censées « renouveler les pratiques démocratiques dans les pays du Nord » et « démocratiser la relation entre Etat et société dans les pays du Sud20 ». Elle postule aussi la nécessité de politiques publiques plus efficaces qui permettent le développement en garantissant un meilleur accès des populations les plus vulnérables à des services sociaux et donc l’amélioration de leur inclusion économique et politique. Dans ce contexte, un intérêt particulier est accordé aux associations devenues les porte-drapeaux de ces politiques et les principaux destinataires des aides accordées par les organisations bilatérales et multilatérales21.

14Cet impératif participatif repose aussi sur l’importance accordée à la participation des femmes à la gestion et au développement des pays. Ainsi, les Objectifs du Millénaire pour le Développement stipulent que la promotion de l’égalité des sexes et le renforcement des femmes représentent non seulement une manière efficace de lutter contre la pauvreté, la faim et les maladies, mais contribue aussi à stimuler un développement durable. L’aide apportée par les organisations internationales de développement pose comme condition l’implication des femmes dans les projets de développement22. Dans les pays du monde arabo-musulman, cette tendance est renforcée par les politiques promues, notamment par les Etats-Unis, pour contrer les facteurs internes qui contribuent à entretenir le terrorisme, en soutenant l’instauration de démocraties et de réformes économiques23. Dans ce contexte, l’idée selon laquelle le développement et la démocratisation des États du monde arabe passent notamment par la promotion du droit des femmes est largement répandue24.

15La recherche portant sur les transformations politiques des pays du monde arabe est passée par plusieurs étapes25. Pendant les années 80, la transitologie classique montrait peu d’intérêt pour cette région, analysant avant tout les transformations en cours dans les régimes d’Europe de l’Est et d’Amérique du Sud26. Au début des années 90, l’intérêt pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord s’institua à la suite de l’ouverture politique et économique d’un certain nombre de régimes (en Egypte, en Algérie ou encore au Maroc). Il s’agissait d’étudier et de mettre en avant les facteurs agissant en faveur ou au détriment d’une transition démocratique dans ces régions27.

16Deux approches principales s’opposent alors. Cette libéralisation économique et politique ne s’accompagnant pas d’un déclin de l’autoritarisme ni d’un changement des régimes, nombre d’analystes qualifient les remaniements en cours de « façades ». Ces auteurs mettent en avant le fait qu’une libéralisation économique ne nécessite ni n’implique la démocratisation et qu’au contraire elle peut même déboucher sur une « délibéralisation » politique. Ils ajoutent que les élites traditionnelles ont su s’adapter aux nouveaux contextes et qu’elles continuent à contrôler le système comme avant28. D’autres auteurs estiment en revanche que les processus de libéralisation et de démocratisation, même s’ils ne se réduisent qu’à des stratégies de survie des régimes, ne peuvent se prévaloir d’une certaine crédibilité sans un minimum de concessions de la part des régimes en place. Ces concessions ont alors des répercussions sur différents secteurs de la population. L’opposition peut, par exemple, investir le champ libéré par le régime dans le but de l’affronter29.

17Plus récemment, la première approche semble gagner du terrain. De nombreux travaux traitant des efforts de libéralisation autoritaire observés tant au Maroc que dans d’autres pays du monde arabe soulignent les limites d’une telle ouverture, en insistant sur le fait qu’elle tend à consolider le régime et assure une continuité avec le passé. Mais au lieu d’analyser la question du changement politique à travers le prisme de la démocratisation, ces travaux s’intéressent plutôt aux conditions par lesquelles les régimes autoritaires se maintiennent à travers les changements mêmes qu’ils mettent en œuvre30. Dans ce contexte, la notion de régimes politiques « hybrides » gagne du terrain pour décrire des systèmes communément appelés « autoritaires » qui se situent aujourd’hui dans la « zone grise » comprise entre l’application de pratiques de type démocratique (notamment à travers des élections) et le renforcement du pouvoir central en place31.

18Si ces perspectives ont permis de montrer l’ambivalence des réformes politiques dans le monde arabe et de nuancer les catégorisations usuelles employées pour nommer les régimes politiques (autoritaires, démocratiques, totalitaires, etc.), elles tendent à ne s’intéresser qu’aux réajustements observables à une échelle macrosociale, mettant par là l’accent sur l’inertie qui se dégage de la résilience des régimes en place. En cela, ces approches nous informent finalement peu sur la mise en œuvre pratique de ces réformes et sur les processus de réception, de réappropriation et d’ajustement qu’elles induisent au niveau local. Autrement dit, elles ne nous disent rien des effets de ces politiques sur les éventuels changements qu’elles pourraient induire, cette fois-ci, à une échelle microsociale. Or, « les travaux centrés sur la mise en œuvre des politiques publiques ont depuis longtemps montré non seulement les distorsions multiples existant entre décision et mise en œuvre, mais aussi la forte autonomie des acteurs chargés de celle-ci32 ». Par ailleurs, de plus en plus de travaux donnent à voir de quelle façon la réappropriation par les acteurs sociaux des réformes initiées en amont par l’Etat peut contribuer à l’apparition de nouvelles formes de mobilisation33, à la négociation et à la redéfinition des normes sociales34 ou encore à l’émergence de nouvelles élites35.

19Ainsi, en se situant par rapport aux études qui ont essayé, au cours de ces dernières années, de comprendre les transformations sociopolitiques au Maroc et dans d’autres pays du monde arabe, le présent travail est une tentative de compréhension de ces changements à travers un autre prisme d’observation. Au lieu de m’inscrire dans une réflexion sur l’éventualité d’une démocratisation ou d’une transition politique du pays, je me propose d’inverser la perspective et d’analyser, à partir du « bas », les multiples recompositions et réajustements aux réformes observables à l’échelle locale. Il s’agit de passer, pour reprendre la formulation de Lamia Zaki, « d’un examen opéré au niveau global à une étude plus circonstanciée et localisée » qui devrait permettre de montrer que cette « démocratisation cosmétique », ou encore top-down, a aussi produit « des effets de réalité non négligeables36 ». 

20Tout en m’inscrivant dans la définition proposée par Jean-Louis Briquet et Frédéric Sawicki pour une « analyse localisée du politique », il ne s’agit pour moi ni de concevoir le local comme « un lieu clos à l’intérieur duquel se limitent les relations de pouvoir37 », ni comme « le produit d’un rapport de dépendance à un « centre » qui lui imposerait ses normes » mais plutôt comme « un lieu d’actualisation et de réalisation de logiques qui peuvent relever de principes multiples (…), un lieu de naissance de productions sociales qui portent toujours en elles, et dès le départ, la combinaison des deux principes, local et national38 ».

21L’approche par « le bas » proposée me permettra d’éviter deux écueils. C’est d’abord une manière de s’éloigner des discours publics produits par l’Etat et qui tendent à insister sur les effets de changement sans pour autant que ces derniers soient toujours fondés. C’est ensuite une façon d’aller au-delà du constat d’inertie pour mettre en évidence les multiples recompositions, reconfigurations mais aussi reproductions de pouvoir à l’œuvre au niveau local. Pour appréhender ces micro-recompositions, je prendrai en considération « la complexité des contraintes individuelles, organisationnelles et institutionnelles qui donnent lieu à une perpétuelle (re)négociation des normes et des pratiques, voire à une potentielle hybridation d’éléments anciens et nouveaux39 ». Pour ce faire, j’opterai pour une définition du changement qui permet de penser l’ambivalence des phénomènes observés. Ainsi, au lieu de distinguer « un monde où ça change » et « un monde immobile », j’aborderai ci-après le changement, comme le « rapport entre cette infinité de petits déplacements et les formes publiques où s’affirme la rupture des rapports de domination40 ».

22Pour ce faire, le champ de l’analyse a été volontairement réduit à une étude de cas portant sur des femmes qui ont réussi, ces dix dernières années, à s’imposer comme dirigeantes d’association dans des quartiers périphériques de la ville de Casablanca. En reconstituant leurs carrières, je poursuis un double objectif. Il s’agit d’abord de mettre en évidence comment ces femmes ont réussi à s’imposer comme leaders dans un milieu associatif qui, il y a peu de temps encore, était exclusivement dirigé par des hommes. A travers cette analyse diachronique des modalités d’accès de femmes à la sphère publique, il s’agit ensuite d’étudier dans quelle mesure la féminisation des associations locales s’accompagne de mutations plus profondes qui touchent tant le milieu associatif local que la sphère politique et sociale. J’ai identifié pour cela trois grandes séries de questions auxquelles il s’agira de répondre.

Questionnements et outils d’analyse privilégiés

23A travers l’exemple de ces dirigeantes d’un « genre nouveau », l’objectif est, dans un premier temps, de voir dans quelle mesure on assiste à un renouvellement des élites associatives locales qui se traduirait par l’émergence de nouvelles catégories d’acteurs sociaux et politiques. Je rappelle ici que les élites locales ont connu de profondes mutations depuis l’accession du pays à l’Indépendance. Mohamed Tozy propose de résumer ces changements en trois temps41 : le « temps des notables ruraux42 », alliés de la monarchie, est suivi à partir de la deuxième moitié des années 70 du « temps des fonctionnaires », qui investissent les conseils communaux, avant de faire place à partir des années 90 au « temps d’une relative fragmentation de l’élite », qui compte désormais aussi bien des technocrates et des entrepreneurs43 que des militants associatifs. Durant cette période, « les couches moyennes qui voient une dégradation de leurs conditions de vie se mobilisent de plus en plus à partir de leur quartier44 ». C’est à travers leur engagement au sein d’associations de quartier que ces mêmes acteurs investissent, par la suite, les élections locales.