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Femmes politiques : mythes et symboles

De
296 pages
Comment expliquer l’exclusion des femmes du champ politique en France et en Grande-Bretagne ? Cet essai tente d’apporter une réponse à travers l’analyse des représentations dominantes des femmes dans ces deux sociétés ; les contraintes auxquelles les femmes doivent faire face sont symboliques autant que matérielles. On montre également comment les femmes politiques sont catégorisées selon les mythes traditionnels de la féminité, dans une analyse de l’expérience de Margaret Thatcher et d’Edith Cresson, deux femmes qui ont détenu le pouvoir comme Premier Ministre.
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FEMMES POLITIQUES: MYTHES ET SYMBOLES

@L'Harmattan.1997 ISBN: 2-7384-5182-9

Jane Freedman

FEMMES POLITIQUES: MYTHES ET SYMBOLES

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Hannattan INC 55, rue Saint Jacques

Montréal(Qc) - Canada H2Y

Ce livre n'aurait pas été écrit sans l'aide et le soutien de plusieurs personnes. Je voudrais remercier en particulier le Professeur Sonia Dayan-Herzbrun qui a dirigé mes recherches avec tant d'enthousiasme. Ses critiques constructives m'ont énormément aidée. Ma reconnaissance va également aux membres du séminaire "Esthétique et Politique". Nos discussions m'ont beaucoup inspirée et m'ont donné de nombreuses pistes de réflexion. Je remercie tous les membres de mon jury de thèse, en particulier Jacques Commaille qui m'a encouragée à publier cette thèse, et Mariette Sineau qui m'a aidée à trouver un éditeur. Et bien sûr je remercie Pierre Muller qui a accepté de publier ma thèse et m'a aidée à en faire un véritable livre. Je voudrais aussi remercier toutes les femmes politiques qui ont accepté de me rencontrer. Sans elles cette étude n'aurait pas été possible. L'aide des bibliothécaires de la bibliothèque Marguerite Durand et des documentalistes du ministère des Droits des femmes a aussi été indispensable à mes recherches. Enfin, je n'aurais pas pu terminer ce travail sans le soutien et l'encouragement de ma famille et de mes amis. Je ne peux pas les nommer tous ici mais merci en particulier à Céline, à Monica, à Suzanne et à Lise. Je remercie particulièrement mon compagnon Stuart, mon père et mes deux soeurs Eleanor et Caroline. Ce livre leur est dédié, ainsi qu'à ma mère, qui nous manque énormément.

INTRODUCTION

"Il est paradoxal à plus d'un titre de s'interroger sur la mixité dans le politique pour y évaluer la place qu'y occupent lesfemmes aux côtés des hommes. Au niveau des concepts, on a l'air ainsi d'admettre d'entrée de jeu qu'hommes et femmes, loin d'être unis dans une commune citoyenneté, constituent des essences séparées aux rencontres conjoncturelles et hasardeuses. Mais pour ce qui est des faits, on sait bien que le politique reste, dans l'ensemble des sociétés, le domaine réservé des hommes, et que c'est la non-mixité qui doit susciter remarques et ,,1
réflexions.

La citation ci-dessus, tirée d'un article de S. DayanHerzbrun sur la mixité (ou plutôt la non-mixité) en politique, illustre la problématique centrale de notre étude, autrement dit: pourquoi la non-mixité existe-t-elle toujours si fortement dans le domaine politique et comment l'expliquer sans tomber dans un essentialisme en ce qui concerne la construction des deux genres? Nous voulons insister sur le caractère social et donc inessentiel des différences entre les hommes et les femmes, mais en même temps nous soulignons qu'il y a dans la réalité sociale et dans les représentations de cette réalité des différences importantes qui agissent pour exclure les femmes du domaine politique. Si nous avons choisi d'étudier les représentations journalistiques des femmes politiques, c'est que nous constatons que le domaine politique est une sphère où les rapports masculins/féminins restent problématiques. D'abord, il y a un décalage apparent entre le domaine
1 Dayan-Herzbrun, So: "La mixité dans le politique", dans Baudoux, Co; Zaidman, Egalité entre les sexes: Mixité et démocratie (paris, L'Harmattan 1992), po287o Co:

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politique et d'autres domaines sociaux et plus particulièrement d'autres domaines professionnels - en ce qui concerne les rapports hommes/femmes. Tandis que les femmes, dans les cinquante dernières années, ont réussi à pénétrer dans beaucoup de sphères professionnelles, le droit, la médecine par exemple, celles qui réussissent une carrière politique restent toujours très minoritaires. De plus nous affirmons que la citoyenneté politique n'est pas construite de la même façon pour les hommes et pour les femmes. Les femmes ont le droit de vote et d'éligibilité depuis 1928 en Grande-Bretagne et depuis 1944 en France, et elles sont donc entrées dans la vie publique. Mais elles restent d'une certaine manière écartées du pouvoir politique. Nous allons constater, en effet, que la construction de deux genres - le masculin et le féminin - se fait dans nos sociétés de telle façon qu'une dissymétrie est créée entre les hommes et les femmes dans leurs rapports au pouvoir. Il existe des contradictions entre les représentations de la féminité et celles du pouvoir. Ainsi, la sphère du pouvoir politique est perçue comme un domaine masculin où les femmes n'ont pas de place. Dans un entretien mené pour cette étude, Yvette Roudy, députée socialiste et ex-ministre des Droits des femmes, fait ce commentaire à propos du monde politique: "C'est certainement un monde très masculin où il y a très peu de femmes et où, naturellement, c'est le mode de vie, la culture masculine qui impose ses lois. Dans le style de travail, dans la manière d'organiser les choses, dans la prise de décision, et dans la nature même des décisions qui sont ,,2 prises. Cependant, nous ne voulons pas affirmer ici que cette domination masculine de la sphère politique est un fait essentiel, constant et immuable. Au contraire, la position sociale des femmes a connu d'énormes
2 Entretien du 13.01.1993.

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transfonnations dans les dernières années et elle est encore en train de changer. Et si la sphère politique reste une sphère dont les femmes sont pour la plupart exclues, cela ne veut pas dire qu'elle n'a pas été touchée par ces changements. Or nous pouvons noter ici que s'il y a eu beaucoup de changements dans la position sociale des femmes, cela n'implique pas une pareille transfonnation dans les représentations des femmes et de la féminité. Il faut, en effet, se demander si les représentations ont changé suffisamment pour comprendre les nouveaux rapports sociaux qui existent entre les hommes et les femmes. Si cette étude peut être intéressante c'est, en effet, parce que la position sociale des femmes et les rapports de genre se trouvent en ce moment dans une période de transition. Et ces changements rapides et profonds révèlent des contradictions entre la réalité vécue des femmes et les représentations de cette réalité. De plus, en même temps que sont révélées des contradictions entre la réalité et les représentations, on peut aussi observer des contradictions à l'intérieur des représentations et à l'intérieur de la vie des femmes elles-mêmes. D'un côté de nouvelles possibilités s'ouvrent aux femmes, et elles bénéficient de plus d'égalité face aux hommes, mais de l'autre, même si les rapports entre les hommes et les femmes sont beaucoup plus égaux, la construction sociale de la masculinité et de la féminité se fait toujours d'une manière qui sépare nettement les deux genres et qui prescrit aux hommes et aux femmes des nonnes de comportement assez strictes. Ainsi, les femmes doivent faire face aux contraintes de la féminité. Elles apprennent dès leur plus petite enfance la nécessité de paraître "féminines", de se faire belles, de séduire les hommes. Et ces nonnes de la féminité sont si fortement apprises et intériorisées que même les femmes qui réussissent de bonnes carrières et qui atteignent ainsi un

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niveau élevé d'égalité dans le domaine professionel ressentent cet impératif de "rester femme", de plaire aux hommes. Le rapport de séduction entre les hommes et les femmes est en effet paradigmatique des contraintes imposées aux femmes par la construction sociale de la féminité. En séduisant, les femmes se réduisent à l'inférieur, à un niveau de faiblesse par rapport aux hommes. Les femmes qui séduisent assument une position d'infériorisation et de soumission. Nous allons discuter de ce rapport de séduction et des normes de la beauté qui sont toujours imposées aux femmes. Egalement, nous affirmons qu'il existe toujours des règles de comportement qui diffèrent selon le sexe et qui limitent les chances des femmes dans le domaine politique. Ainsi, les contraintes auxquelles les femmes doivent faire face sont symboliques autant que matérielles. Nous avons donc choisi d'étudier la domination symbolique des femmes, c'est-à-dire la domination qui passe par la construction des représentations, des images, des stéréotypes. On pourrait se poser la question de l'utilité d'une telle analyse: est-ce que tenir un discours sur les discours masculins (dans le cas de cette étude, le discours journalistique) sur les femmes sert à quelque chose? Est-ce que nous pouvons comprendre les femmes à travers l'analyse des discours masculins sur elles? Nous affirmons que oui: nous pouvons comprendre beaucoup sur la façon dont les femmes ont été exclues du pouvoir politique en analysant le discours dominant qui les construit comme "autres" et comme moins habiles à gérer des affaires politiques. En étudiant les représentations, il ne faut pas trop s'éloigner du réel. Ce problème est soulevé par J. Rancière dans une critique de l'Histoire des femmes en Occident de

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G. Duby et M. Perroë: "Au reproche anticipé d'un déséquilibre entre le réel et la représentation, le texte répond par avance que le poids donné aux représentations est justifié par le fait que "la femme n'existe jamais sans son image". Or, il me semble que cette présentation de l'objection esquive le coeur du problème. Car le "réel" manqué dans ce rapport de la. femme et de son image, ce n'est pas celui des travaux et des jours, ni même celui des classes sociales. C'est, beaucoup plus paradoxalement, le réel qui est le lieu de l'événement: celui des points de clivage et des cas singuliers où une identité est mise en question, des scènes d'énonciation où des sujets se constituent entre une identité rejetée et une autre identité affirmée. C'est le réel même de la production de ce "nous, les femmes" par lequel quelques-unes, à partir de l'écart singulier qui leur fait prendre la parole, dessinent une communauté encore infigurable, ouverte/offerte au risque d'autres singularités qui y inscriront leur parole, leur acte, leur écart producteur de communauté.,,4 Or, il nous semble. qu'en étudiant les femmes politiques, nous nous situons justement à ce point de clivage entre l'identité rejetée et l'identité affirmée. Les femmes. qui entrent en politique choisissent une voie qui rompt avec les rôles attribués traditionnellement aux femmes. Elles entrent dans un domaine perçu comme masculin et ainsi rejettent une division établie entre les sexes. Mais en même temps il existe une forte pression sur ces femmes pour qu'elles restent "féminines", soignent leur apparence, jouent sur la féminité et utilisent les méthodes de séduction traditionnelles pour convaincre les
3 Duby, G. et Perrot, M.: Histoire desfemmes en Occident, en cinq volumes, (Paris, Plon 1993). 4 Rancière, J.: "L'histoire "des" femmes: entre subjectivation et représentation", Annales ESC,juiIlet-août 1993, No.4, p.1014.

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hommes. Elles ne veulent pas rejeter tout ce qui est "féminin" et adopter toutes les caractéristiques ~~masculines". Elles prennent la parole, rejettent une certaine identité, mais en même temps elles restent dans les rapports de genre établis et acceptés dans nos sociétés. Etudier les représentations de ces femmes, et le rapport entre ces représentations et leur vécu réel, c'est essayer de comprendre les transformations dans les rapports entre les sexes, d'apercevoir comment pourrait se construire une nouvelle identité féminine. Nous étudions donc les représentations et en particulier les représentations des femmes politiques, parce que la sphère politique nous semble un domaine où la lutte symbolique entre les sexes est particulièrement intense. Mais il faut toujours se rappeler que les femmes ne sont pas le seul groupe exclu du domaine du pouvoir politique. Il est clair que l'exclusion des femmes est très visible. Ainsi cette exclusion donne une indication de la faiblesse de nos systèmes démocratiques comme le constate E. Varikas quand elle commente: "La minorisation politique d'une catégorie majoritaire de citoyens constitue le signe le plus visible et le plus. certain des limites de la démocratie réelle."s L'exclusion des femmes de la politique est donc un signe de malaise démocratique, mais cette exclusion a-telle quelque chose de spécifique? Est-ce que les femmes peuvent être considérées comme un groupe à part exclu du pouvoir politique de façon différente des hommes pauvres par exemple? Cette question a été soulevée par Habermas dans sa préface à l'édition de 1990 de L'Espace Public, où il répond à ses critiques féministes qui l'ont accusé d'ignorer le caractère patriarcal de la sphère publique ellemême. Il se demande si les femmes ont été exclues de la
5 Varikas, E.: "Une représentation en tant que femme? Réflexions critiques sur la demande de la parité des sexes", Nouvelles Questions Féministes Vol. 16, No.2, mai 1995, p.82.

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sphère bourgeoise publique de la même façon que les ouvriers, les paysans, donc "les hommes dépendants". La participation active et égale à la formation de l'opinion et de la volonté publique était refusée aux hommes et aux femmes: Mais Habermas conclut: "L'exclusion des femmes a été un élément constitutif de la sphère publique politique, au sens où celle-ci n'était pas seulement dominée par les hommes de façon contingente mais déterminée, dans sa structure et son rapport à la sphère privée, selon un critère sexuel. De façon différente de l'exclusion des hommes défavorisés, celle des femmes joue un rôle constitutif dans la formation des structures de la sphère publique.,,6 L'exclusion des femmes de la sphère politique est donc un problème qui touche au coeur de la constitution de nos sociétés. Cependant, l'affirmation que l'exclusion des femmes est une question centrale n'implique pas que nous pouvons les considérer comme une classe à part. Il faut se rappeler qu'elles sont constituées comme un groupe par la construction sociale des deux genres et que la catégorie "femme" est ainsi une catégorie mutable et non-homogène. Nous aurions tort d'essayer d'analyser l'exclusion des femmes sans considérer aussi l'exclusion d'autres groupes sociaux. La domination ne peut pas être hiérarchisée d'une telle façon, donc il faut étudier la domination fondée sur le sexe dans le contexte de toute une série de dominations basées sur la race, la classe sociale, etc.. Il nous semble clair que les représentations des femmes politiques sont un facteur de leur exclusion du champ politique en Grande-Bretagne et en France. En étudiant les représentations journalistiques des femmes politiques, nous pouvons donc espérer mieux comprendre les mécanismes de l'exclusion. Ainsi, l'analyse de ce travail
6 Habermas, 1.: L'Espace public (Paris, Payot 1993), p. VIII.

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porte sur les représentations des femmes politiques dans les journaux britanniques et français depuis 1981. L'année 1981 a été choisie parce que c'était le début de la période de gouvernement socialiste en France et donc une année dont nous pouvons attendre des changements profonds dans le champ politique français. En Grande-Bretagne, 1979 était une année comparable, avec l'arrivée de Mme Thatcher au poste de Premier ministre, et en conséquence quelques parties de l'analyse sur la Grande-Bretagne datent de 1979. Cette étude est basée sur deux sources principales: d'une part, un dépouillement de la presse quotidienne britannique et française sur la période qui s'étend depuis 1981, et d'autre part des entretiens menés avec une quarantaine de femmes politiques en Grande-Bretagne et en France. Le dépouillement de la presse couvre toute la période de cette étude; cependant nous allons privilégier quelques périodes clés qui avaient une signification majeure pour les femmes politiques (la nomination d'Edith Cresson comme Premier ministre ou la démission de Margaret Thatcher par exemple). Il faut noter qu'il est bien entendu impossible de faire une analyse complète de tout ce qui a été écrit sur les femmes politiques dans la presse pendant les quinze dernières années. Donc, ce travail n'a pas pour ambition d'être exhaustif, ni d'avoir atteint l'exactitude scientifique. Cependant, nous pouvons prétendre avoir réussi à dégager quelques éléments significatifs quant à la représentation journalistique des femmes politiques. La deuxième partie de ce travail consiste en des entretiens avec les femmes politiques. Ces entretiens aident à faire le lien entre l'objectif et le subjectif, entre la, "réalité" sociale et l'image de cette réalité. Ainsi notre étude ne néglige pas l'opinion des femmes dont nous observons les représentations.

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Les entretiens avec les femmes politiques ont pris une forme semi-directive. En d'autres termes, il y avait de grands thèmes proposés pour la discussion, mais d'une manière aussi neutre que possible et, en dehors de la proposition de ces thèmes, les entretiens ont été conduits d'une façon non-directive. Ce travail est divisé en cinq parties. Dans une première partie nous allons discuter des représentations, de l'idéologie et de la domination symbolique afin de replacer notre analyse des représentations journalistiques des femmes politiques dans un plus grand cadre théorique. Ce premier chapitre inclut aussi une analyse générale des rapports entre les femmes politiques et la presse. Quels sont les problèmes qui se posent pour les femmes politiques à travers leur relation au champ journalistique? Nous essayerons de dégager des interviews des femmes politiques leurs opinions sur la presse et de juger si ces opinions ont une validité générale. Ensuite, nous allons passer à des analyses plus spécifiques. Dans une deuxième partie, nous étudierons les représentations journalistiques du corps des femmes. Les représentations corporelles sont considérées en premier lieu car la domination symbolique passe en priorité par le corps. En effet les images liées au corps des femmes sont des images qui renvoient à leur sexualité, à leur possibilité de maternité, et qui sont donc fondamentales car elles soulignent les différences entre hommes et femmes. Dans le troisième chapitre, nous allons analyser comment ces différences entre les genres sont perçues dans un cadre social. En d'autres termes comment les rôles "féminins" sont-ils représentés? Nous mettrons en évidence les stéréotypes sur les caractères dits "féminins" et discuterons des effets de ces stéréotypes sur la position des femmes en politique. Cette discussion mènera à une

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analyse des approches "masculines" et "féminines" du pOUVOIr. La quatrième partie va mettre en relief l'expérience spécifique des femmes dans l'espace public. Nous allons traiter de l'expérience de deux femmes Premières 7 ministres - Margaret Thatcher et Edith Cresson - ce qui mettra en lumière les problèmes des femmes qui occupent des positions de pouvoir, et en même temps servira pour démontrer quelques différences entre la culture politique en Grande-Bretagne et en France. Enfin, dans un cinquième chapitre, nous reprendrons une analyse des différences de culture politique en Grande-Bretagne et en France en discutant des mythes de la féminité. Nous allons poser des questions sur la continuation de ces mythes, puis nous traiterons de la spécificité nationale des images des femmes politiques en dégageant les principales différences culturelles entre la Grande-Bretagne et la France en ce qui concerne la représentation des femmes. Enfin nous nous interrogerons sur la possibilité de l'émergence de nouvelles représentations avec la création d'un nouvel espace politique en Europe.

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Nous avons choisi de féminiser les termes politiques députée ou sénatrice pour des raisons idéologiques.

comme

Prèmiere

ministre,

CHAPITRE 1 LA DOMINATION SYMBOLIQUE Si des théories féministes ont tenté d'expliquer l'exclusion des femmes du champ politique par référence à la structuration matérielle de ce champ (l'organisation des partis politiques, le système de scrutin) et aux contraintes matérielles auxquelles les femmes doivent faire face dans leur vie quotidienne dans notre société (les problèmes de la famille par exemple), nous allons tenter ici de pousser notre analyse plus loin en cherchant la base même de cette exclusion dans la construction symbolique du champ politique. Nous ne nions pas la centralité des facteurs organisationnels et structurels d'exclusion, mais nous constatons que ces structures et organisations qui excluent les femmes du champ politique sont déjà fondées dans la domination symbolique exercée par les hommes dans ce domaine. Cette domination symbolique est fondamentale dans l'exclusion des femmes du champ politique et, en même temps qu'elle est fondatrice des structures d'exclusion, elle est soutenue et renforcée par ces mêmes structures, dans un processus dialectique. La domination symbolique est exercée à travers la production d'images et de représentations. Ainsi, pour étudier la domination symbolique, il est nécessaire d'analyser ces images et représentations (dans le cas de notre étude, cette analyse se fera à travers un examen des images et représentations journaIlstiques). Il existe déjà une série d'études féministes sur l'image des femmes dans nos sociétés et notamment sur l'image des femmes dans les médias, la littérature, le cinéma. Néanmoins, nous pouvons nous demander dans quelle mesure ces ouvrages peuvent avoir des conséquences tangibles sur la situation politique, économique et sociale des femmes.

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Le point de départ de notre réflexion sera le point de vue selon lequel "la culture" (qui inclut les représentations, les significations, les images) a une incidence dans la création et la structuration des relations sociales, et spécifiquement des relations entre les sexes. La culture est une représentation symbolique, en d'autres termes transformée, de la réalité vécue. Elle donne au fait, à l'objet qu'elle modifie, une signification enrichie, métaphorique, qui lui ôte sa neutralité de fait ou d'objet, l'entourant, par une véritable superposition de strates culturelles, d'une sorte de mystère. La notion de "culture" employée dans cette étude dépend du concept de production. Nous pouvons définir la culture comme la production, dans un contexte historique et social, des significations. Il faut donc analyser les pratiques culturelles en relation avec leurs conditions d'existence matérielles et leurs significations idéales. En d'autres termes nous devons faire le lien entre modes de production et modes de signification. Ce rapport entre production et signification est vital si nous voulons aboutir à une analyse compréhensive qui combine le point du vue de l'objectivisme avec celui du subjectivisme. Nous citons ici Pierre Bourdieu qui caractérise son travail en deux mots "constructivist structuralism" ou "structuralist constructivism.,,8 II explique que son approche a pour intentiorl de dépasser l'opposition entre l'objectivisme et le subjectivisme: "D'un côté, les structures objectives que construit le sociologue dans le moment objectiviste, en écartant les représentations subjectives des agents, sont le fondement des représentations subjectives et elles constituent les contraintes structurales qui pèsent sur les interactions, mais d'un autre côté, ces représentations doivent aussi être retenues si l'on veut rendre compte notamment des luttes
8 Bourdieu, P.: Choses dites (Paris, Minuit 1987) p.l47.

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quotidiennes, individuelles ou collectives, qui visent à transformer ou à conserver des structures.,,9 En effet les deux moments, objectiviste et subjectiviste, sont en relation dialectique et il faut les prendre en compte tous les deux si nous voulons comprendre l'opération d'un champ social. Nous devons prendre pour objet la "réalité sociale" dont parlent les objectivistes, et les perceptions et représentations de cette réalité. Dans le cadre de cette étude, il s'agit donc d'analyser d'un côté la vie "réelle" des femmes politiques et de l'autre côté les représentations journalistiques de la vie "réelle" de ces femmes, ainsi que leurs propres perceptions d'elles-mêmes. Nous pouvons constater que le monde politique est structuré non seulement par l'organisation des institutions mais aussi par les schèmes de perception et d'appréciation qui expriment l'état des relations de pouvoir symbolique. Ce pouvoir symbolique est un objet constant de lutte et, comme Bourdieu le remarque, les rapports de force symboliques tendent à reproduire et à renforcer les rapports de force qui constituent la structure de l'espace social: "La légitimation de l'ordre social n'est pas le produit, comme le croient certains, d'une action délibérément orientée de propagande ou d'imposition symbolique, elle résulte du fait que les agents appliquent aux structures objectives du monde social des structures de perception et d'appréciation qui sont issues de ces structures objectives et tendent de ce fait à apercevoir le monde comme évident."lo Ainsi les relations objectives de pouvoir tendent à se reproduire dans des relations de pouvoir symbolique Pour Bourdieu, la forme par excellence du pouvoir symbolique est le pouvoir de faire des groupes. Il affirme que: "Le pouvoir d'imposer une vision des divisions c'est9 op. cit. p.150. JOop. cit. p.160.

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à-dire le pouvoir de rendre visibles, explicites, les divisions sociales implicites, est le pouvoir politique par excellence: c'est le pouvoir de faire des groupes, de manipuler la structure objective de la société."ll Bourdieu ne parle pas ici des rapports entre hommes et femmes, mais nous pouvons très bien appliquer ce qu'il dit à ces rapports de sexe. En effet la division entre hommes et femmes semble être un lieu éminent de lutte symbolique. Il s'agit ici d'une lutte pour la création de deux catégories de sexe, une lutte de division et de différenciation. Il n'est pas simplement question de différences implicites entre les sexes qui seraient rendues visibles et explicites, mais d'une construction de ces différences d'une façon qui détermine la place subalterne qu'occupent les femmes dans la société. La lutte symbolique pour la définition des rapports entre les sexes peut être vue comme un facteur déterminant dans l'exclusion des femmes de la politique. La lutte pour le pouvoir politique se traduit par une lutte pour le capital symbolique, et dans cette lutte les femmes sont handicapées dès le départ par leur appartenance à un groupe social marqué par son sexe et défini comme moins capable dans le domaine politique. Les relations entre les sexes sont donc un lieu central de lutte symbolique et la division produite par celleci au coeur de notre société constitue un système complexe de différenciation. En effet, les deux catégories d'homme et de femme, qui ne sont que des constructions sociales, sont perçues comme des catégories éternelles et universelles, des catégories "naturelles" établies par les différences biologiques entre hommes et femmes. L'existence de ces différences se pose comme la base naturelle d'une division sociale entre les deux sexes. Cependant il faut insister sur le fait que ces différences biologiques ne sont pas la cause de la division, mais un produit de la construction sociale.
Il

Op. cit. p.164.

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Le sexe culturel n'est pas l'effet ni le reflet du sexe biologique, il est le fruit d'un travail constant de différenciation qui se réalise dans la société. Pour soutenir cette affirmation, nous soulignons le fait que la biologie ne devient le justificatif de la division sociale des sexes qu'au dix-neuvième siècle. Dans son livre, La Fabrique du Sexe, Thomas Laqueur explique qu'autour de 1800 des auteurs de toutes sortes résolurent de fonder les différences qu'ils jugeaient capitales entre sexe masculin et sexe féminin sur des distinctions biologiques. Ainsi, à cette époque: "Une anatomie et une physiologie de l'incommensurabilité remplacèrent une métaphysique de la hiérarchie dans la représentation de la femme par rapport à l'homme.,,12Parce que cette résolution de fonder la division sociale entre les sexes sur les différences biologiques est datée historiquement et parce qu'elle est aussi située culturellement (ce discours qui ancre la division entre homme et femme dans la biologie étant spécifique à nos sociétés occidentales et "modernes"), nous pouvons conclure que cette division n'est en effet qu'un phénomène social, un phénomène produit dans certaines conditions et sous certaines formes. Ici nous insistons sur le rejet de toutes les théories qui ont recours à la biologie comme explication du phénomène social du genre. Pour nous le masculin et le féminin sont des catégories socialement construites, des catégories qui n'ont aucune base naturelle ou universelle. S. Dayan-Herzbrun explique: "Par hommes et femmes, je ne désigne pas des catégories universelles, mais des types de conduites, par lesquelles se manifeste dans notre société (dont la configuration actuelle apparaît à peu près à la fin du XVTIlème siècle, avec ce que l'on peut appeler la
Il Laqueur, T.: Lafabrique du sexe (Paris, Gallimard 1992), p.l9.

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modernité) l'appartenance à l'un des deux sexes, toutes les variantes autour de ces types étant possibles.,,13 Nous soulignons donc la nécessité d'aborder l'étude des représentations des femmes d'une façon sociologique. En d'autres termes, il faut comprendre les catégories de femme et d'homme comme les produits d'une société, comme des catégories qui n'existent pas hors d'une structure collective. Et nous devons aussi noter la flexibilité de ces catégories. Comme elles sont des constructions sociales, elles sont en état de flux continu. La lutte symbolique pour défInir le masculin et le féminin entraîne des modifIcations constantes dans le contenu de ces catégories, et les frontières entre les deux restent ainsi floues. Si notre étude est intéressante, c'est en effet parce que ces dernières années ont vu de grands changements dans la position sociale des femmes et que nous pouvons par conséquent nous adresser aux changements dans les représentations symboliques du féminin. Nous constatons donc que le système de genre est un phénomène social. De plus nous affirmons que les conditions de production de ce système ne sont qu'économiques. En d'autres termes ce n'est pas seulement le mode de production basé sur l'unité de la famille qui conditionne la construction du féminin. La lutte est aussi symbolique, et la culture (comprise comme l'ensemble des représentations, discours, images et symbolisations d'une société) peut agir en interaction avec les conditions économiques pour produire ce système. Si nous affirmons ainsi que la culture est un lieu de production des catégories de sexe et un lieu de lutte entre les sexes, nous pouvons aussi affirmer que l'analyse culturelle des représentations peut transformer les relations entre les sexes.

13 Dayan-Herzbrun, s.: "Production du sentiment amoureux et travail Cahiers Internationaux de Sociologie Vol. LXXII, 1982, p.l21.

des femmes",

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Le système des relations entre les sexes aujourd'hui utilise des images, des représentations, des méthodes et des processus pour construire les catégories de femme et du féminin dans une relation nécessaire avec celles d'homme et du masculin. Les deux côtés de cette catégorisation ne se trouvent pas également valorisés. La lutte symbolique étant dominée par le masculin, il existe une série de présuppositions sur la représentation d'un sexe qui part d'une perspective définie comme "universelle" par l'autre sexe. Ces conceptions masculines soumettent les perspectives, les intérêts et les expériences féminines aux critères masculins de valeur et de validité. Le système de rapports de sexe ou de genre est en fait toujours dans un processus de transformation et de mutation, mais nous pouvons néanmoins affirmer que les femmes se trouvent souvent dans la position des dominées à l'intérieur du système de significations et de représentations. Dans Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir constate cette inégalité dans la construction sociale des deux sexes: "Sans doute, il existe des images stylisées de l'homme en tant qu'il est saisi dans ses rapports avec la femme: le père, le séducteur, le mari, le jaloux, le bon fils, le mauvais fils; mais ce sont aussi les hommes qui les ont fixées, et elles n'atteignent pas à la dignité du mythe; elles ne sont guère que des clichés. Tandis que la femme est exclusivement définie dans son rapport avec l'homme. L'asymétrie des deux catégories. mâle et femelle se manifeste dans la constitution unilatérale des mythes sexuels. On dit parfois "le sexe" pour désigner la femme; c'est elle qui est la chair, ses délices et ses dangers: que pour la femme ce soit l'homme qui est sexué et charnel est une vérité qui n'a jamais été proclamée parce qu'il n'y a

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personne pour la proclamer.,,14 Bien sûr les choses ont changé depuis que Simone de Beauvoir a écrit ces mots et nous pouvons remarquer que les rapports de sexe sont dans une période de transition. Cependant nous constatons qu'il existe toujours une asymétrie dans les deux catégories "mâle" et "femelle" même si leur composition est en train de changer. Les rapports entre les sexes semblent être "naturels" et donc les différences et les divisions sexuelles qui existent dans notre société ne sont pas remises en question. Le "féminin" et le "masculin" sont deux catégories dont le contenu peut changer avec le temps mais elles sont tO\,1jours perçues comme opposées, et certaines caractéristiques sont rangées "naturellement" d'un côté ou de l'autre côté de cette division. Comme explique Véronique Nahoum-Grappe: "A l'intérieur d'une même culture, une organisation des identités imaginaires se fait avec naturel, de façon implicite mais consciente: on ne parle pas de ce qu'il y a de plus important puisqu'il va de soi. Ces images indexées de "féminité" ou de "virilité" sont trop familières, et on peut même dire que c'est leur trop grande familiarité qui permet leur efficacité sociale: une "vraie femme", un "homme, un vrai" sont encore immédiatement reconnaissables, indépendamment des efforts historiques récents de la pensée féministe. Un auteur comme E. Goffman avait bien su traquer ce type "d'irréalité" sociale15 que constitue la représentation du féminin: un rituel identificateur plutôt qu'une définition du contenu. Le genre "efféminé" vient alors caricaturer certains aspects de la ritualisation sociale de la "féminité" dans les pos~es, les habits, les manières de parler, de goûter, de rire, les choix esthétiques et intellectuels, la psychologie et la morale. De même que le garçon de café
14 De Beauvoir, s.: Le deuxième sexe (Paris, Gallimard 1949), p.241. 15 Goffman, E.: "La ritualisation de la féminité", Actes de la recherche sociales No.l4, avril 1977. en sciences

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s'attend à ce que la femme choisisse le thé et non la bière, de même d'une façon générale il y a une attente sociale sur les manières d'être au féminin. Ainsi, les minauderies ("hou!"), fanfreluches, boucles trop agitées, rires en cascades sans cause, les bibelots en trop, les trépignements d'impatience, les fanatismes millimétriques ('je hais le fromage!"), sont du côté féminin, alors que murmurer "non ce n'est qu'une égratignure", en cas de grave blessure, démontre une mâle contenance, comme nous pouvons le constater dans les figures héroïques des héros de western. " 16 Cette division entre le masculin et le féminin, une division qui semble "naturelle", est en effet la base de la domination symbolique des hommes sur les femmes. Celle-ci est caractérisée par le fait que le dominant parvient à imposer des visions du monde qui lui sont favorables, et ainsi les hommes imposent des visions de la masculinité et de la féminité qui agissent pour exclure les femmes des lieux de pouvoir. Or cette domination se produit de façon subtile en tant que les principes de division sont intériorisés par les dominés et ils entraînent des structures de soumission non-conscientes. Nous pouvons appeler ce phénomène "le consentement non consenti" et nous constatons comme Bourdieu que "toute domination symbolique suppose de la part de ceux qui la subissent une forme de complicité qui n'est ni soumission passive à une contrainte extérieure, ni adhésion libre à des valeurs.,,17 Nous pouvons donc constater qu'il existe une complicité de la part des femmes dans leur exclusion du pouvoir politique et que cette complicité est, en quelque mesure, un résultat de la façon dont les divisions entre le masculin et le
16 Nahoum-Grappe, v.: "Les jeux de rôle de la mondanité", Esprit 1993, p.68. 17 Bourdieu, P.: Ce que parler veut dire (Paris, Fayard 1982), p.36. 196, novembre

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féminin sont rendues "naturelles", et ne sont que rarement remises en question. Et même quand ces divisions sont prises en compte par les femmes, il existe un jeu de pouvoir et de contre-pouvoir qui fait qu'elles acceptent parfois les représentations dominantes pour essayer de réussir dans le jeu. Il peut paraître plus avantageux à une femme d'accepter une partie de rôles et de comportèments prescrits comme "féminin" et de jouer sur sa féminité comme outil dans les rapports de sexe. Le fait d'être une femme n'a pas que des désavantages et il y aura des bénéfices à tirer d'un comportement qui se confonne aux nonnes de féminité définies dans une situation sociale. Ainsi, les rapports entre hommes et femmes ne peuvent pas être compris comme un simple rapport de force où les hommes dominent les femmes qui sont elles sans ressources. Le jeu est plus complexe que cela et nous devons nous en rappeler en analysant les représentations des femmes qui se construisent à l'intérieur de ce jeu. Les femmes et les hommes aussi acceptent les rôles qui leur sont prescrits par la société dans laquelle ils vivent sans se demander si leur comportement "masculin" ou "féminin" découle inévitablement de leur constitution biologique. Il est largement accepté comme "naturel" que, par exemple, les femmes pleurent plus facilement que les hommes, et comme pleur signifie faiblesse, cela range le féminin du côté du faible. R. Chartier fait le commentaire suivant sur les divisions de rôles entre les sexes: "Définir la soumission imposée aux femmes comme une violence symbolique aide à comprendre comment le rapport de domination, qui est un rapport historiquement, culturellement et linguistiquement construit, est toujours affinné comme une différence de nature, radicale, irréductible, universelle. L'essentiel n'est donc pas tant d'opposer tenne à tenne une définition historique et une définition biologique de l'opposition masculin/féminin, mais plutôt d'identifier, pour chaque configuration

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historique, les mécanismes qui énoncent et représentent comme "naturelle", donc biologique, la division sociale, donc historique, des rôles et des fonctions.,,18Il s'agit donc ici d'essayer de comprendre le système de représentations et significations qui excluent les femmes du champ politique, et qui rendent cette exclusion "naturelle".
Les stéréotypes

Un constituant central des représentations dominantes est la création des stéréotypes. Ces derniers peuvent être compris comme le paradigme du pouvoir symbolique car ils définissent les groupes sociaux en termes de caractéristiques générales. On les forme en choisissant quelques qualités et attributs, en les mettant dans un certain ordre et en explicitant leurs rapports aux rôles sociaux spécifiques. Donc, les stéréotypes sont à la fois des simplifications de la réalité en ce qu'ils opèrent à un niveau d'abstraction élevé et en même temps des concepts qui demandent une connaissance des structures sociales complexes pour être compris. La force d'un stéréotype résulte de son apparente "simplicité" et du fait qu'il est immédiatement reconnaissable. Or, derrière cette simplicité et immédiateté il y a des références implicites à un consensus présumé à propos des rapports sociaux complexes. Si, comme nous l'avons constaté, l'effi,cacité de l'idéologie n'est jamais stable, les idéologies dominantes étant toujours vulnérables, une site de conflit permanent, alors les stéréotypes peuvent être compris comme une site de lutte principale. Une compréhension des stéréotypes révèle, en effet, les fissures et les contradictions existant à
18 Chartier, juiIlet-août R.: "Différences entre les sexes et domination 1993, No, 4, p.l 008, symbolique" Annales ESe,