Forces et fragilités de la Chine

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Trois décennies ont suffi à la Chine pour se hisser au troisième rang de l'économie mondiale. Mais le pays est en plein paradoxe : devenu hypercapitaliste, l'Etat demeure résolument marxiste. La course à l'enrichissement individuel bouleverse les valeurs traditionnelles de tout un peuple. L'accès au statut de superpuissance mondiale est encore lointain, pourtant un nouveau géant voit le jour, débouchant sur un partage des pouvoirs et des responsabilités auquel le monde doit s'habituer et s'adapter.
Publié le : dimanche 1 février 2009
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EAN13 : 9782336274751
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Forces et fragilités de la Chine

L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

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75005

Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07580- I EAN: 9782296075801

Kham Vorapheth

Forces et fragilités

de la Chine

Les incertitudes du grand Dragon

L'Harmattan

Ouvrages du même auteur
Chine, le Monde des affaires, l'Harmattan, 1997. Asie du Sud-Est: Art du commerce et Cultures. Les enjeux pour gagner à l'international, l'Harmattan, 1998. Commerce et Colonisation en Indochine (1860-1945), Les maisons de commerce françaises, un siècle d'aventure humaine, les Indes savantes, 2004. Patrons, réussissez votre Chine! 1'Harmattan, 2006 La redéfinition de la stratégie politique et économique du Laos (19752006), les Indes savantes, 2006.

Introduction
Le présent ouvrage n'a nullement la prétention de faire le bilan statistique de ces trente dernières années de politique d'ouverture et de ses conséquences sur la vie économique chinoise, et encore moins de décrire l'impact que la crise actuelle pourrait avoir en Chine en appelant éventuellement à changer le modèle de développement de ce pays. Ce n'est pas sa vocation. Il se limite à donner un éclairage sur la façon dont trente années de réformes ont bouleversé ce grand pays, ses habitants, son mode de vie, ses valeurs et ses rapports avec l'Occident: en quoi le Chinois est-il fier de son pays et quelle confiance a-t-il dans la Chine de demain? Qu'est ce le bonheur pour un Chinois? Quel est l'espoir pour les jeunes de demain? Quand le régime politique évoluera-t-il et en quoi le parti communiste chinois (PCC) devra répondre à la volonté de changement exprimée par la population et selon quelles modalités? Une forte croissance pratiquée depuis une dizaine d'années n'est plus soutenable, mais quelle sera la croissance chinoise envisageable à l'horizon 2035? La Chine détrônera-t-elle les Etats-Unis comme première puissance économique et quand? Nous tenterons également de répondre à une question qu'on entendait souvent mais qu'on n'osait pas se poser: faut-il craindre la Chine? Le monde des entreprises devient certes plus structuré mais ses dimensions «invisibles» demeurent fortement présentes et son fonctionnement déroute les étrangers, il est donc légitime de s'interroger sur l'existence d'un mode d'emploi pour naviguer et pour comprendre les entreprises chinoises. Par ailleurs, les défis à surmonter sont nombreux pour la Chine, allant de la sécurité alimentaire à la maîtrise des contraintes et risques environnementaux, en passant par l'enjeu énergétique et le choc des matières premières. Comment la Chine pourra-t-elle gérer ces dossiers et avec quel degré de priorité? Enfin, quelle sera l'équipe de dirigeants de la cinquième génération pour la Chine en 2012 ? Quelle est la géostratégie diplomatique et le soft power chinois? De nouvelles ambitions aéronautiques, spatiales et navales chinoises permettraient-elles à la Chine de devenir une superpuissance mondiale? Quels scénarios de développement pourra-t-on tenter d'esquisser pour la Chine de demain?

Ce sont donc ces questions que nous tâcherons d'étudier dans l'ouvrage qui suit et auxquelles nous tenterons d'apporter les réponses qui nous sembleront les plus appropriées en l'état actuel de l'orientation économique et politique du parti communiste chinois. La Chine vient de célébrer le trentième anniversaire de la politique d'ouverture, initiée en 1978 par Deng Xiaoping, qui a permis au pays de sortir du Moyen Age vers l'ère moderne. En trente ans de réformes et de profondes transformations, avec une croissance annuelle moyenne supérieure à 9%, les dirigeants politiques ont réussi à redonner à l'empire du Milieu la place qui était la sienne jusqu'au XIXe siècle, celle d'une grande puissance mondiale. Ceci grâce à des réformes pragmatiques et graduelles qu'ont voulues les dirigeants chinois. Le pays génère aujourd'hui 7% du PIB mondial, au lieu de 1,8% il y a trente ans, et assure désormais un dixième des exportations dans le monde. A l'aune du XXle siècle, devenant la troisième puissance économique du monde, la Chine est un acteur à part entière de toutes des décisions diplomatiques, économiques et financières. Le centre de gravité de l'économie mondiale est en train de glisser vers et autour de la Chine. L'irruption pour la première fois d'un géant non occidental sur le devant de la scène internationale dérange l'ordre mondial. Pour la première fois également depuis 1978, l'année 2009 ne commence pas sans que le gouvernement chinois ait quelques raisons de s'inquiéter de la situation économique et sociale du pays. L'actuel ralentissement de l'économie, provoqué par la crise financière venue des Etats-Unis perturbe la « fête» et l'exceptionnelle croissance du pays. En 2009, la Chine subira sans doute l'effet de la récession occidentale, mais sa croissance restant plus élevée, son poids dans l'économie mondiale prendra très probablement encore plus d'importance. Les autorités chinoises continueront ont montré qu'elles avaient les moyens de stimuler leur économie et qu'elles disposent d'un solide système financier pour soutenir la relance. Le grand bond en avant du XXle siècle constitue l'évolution la plus spectaculaire des transformations économiques et sociales de ces trente dernières années; le peuple chinois a appris à vivre avec les bienfaits mais aussi les contraintes de la mondialisation. Cette évolution a été suivie par les grandes ruptures que connaissent la société chinoise et l'ascension des classes moyennes et des nouveaux riches dans un pays qui 8

s'engage de plus en plus vers le capitalisme d'Etat, ce qui facilite l'intégration de la Chine au premier rang des puissances. C'est avec l'Occident que le dialogue devient plus constructif grâce à une approche plus ouverte et plus pragmatique. La Chine après avoir entretenu des relations incomprises et inégales durant les deux siècles précédents avec l'étranger, cherche désormais à redéfinir une stratégie de coopération et de dialogue «gagnant-gagnant» avec ses partenaires américains et européens, en même temps qu'elle veut s'affranchir de toute dépendance technologique vis-à-vis de l'Occident. La Chine aborde l'entrée dans le XXIe siècle en s'inscrivant dans un schéma du monde multipolaire où l'empire du Milieu prétend figurer aux côtés des acteurs clés et tout en étant capable de défier l'hégémonie américaine. Dans tous les cas de figure, la démocratie au sens qu'entendent les Occidentaux n'est pas une priorité du parti communiste chinois pour les prochaines années, la Chine construisant méthodiquement les instruments de sa puissance avec les caractéristiques qui sont les siennes. Certes, l'empire du Milieu ne partage pas les mêmes valeurs démocratiques que l'Occident, mais nul ne peut nier que depuis qu'il s'est ouvert à l'économie de marché, il s'est engagé sur la voie du progrès en matière de droits, même si beaucoup reste à faire. Ce livre trouvera sa raison d'être si, à sa lecture, nous aurons progressé dans la compréhension de la Chine d'aujourd'hui, afin de mieux appréhender son évolution de demain et d'intégrer cet immense pays au monde avec ses propres valeurs et toute sa richesse culturelle et humaine.

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Chapitre 1 Le grand bond en avant du XXIe siècle

Cinq dates marquantes pour le nouveau siècle
2001 Le 11 décembre 2001, la Chine fête son entrée dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à l'issue d'intenninab1es négociations avec les représentants de l'OMC, les Etats-Unis, l'Europe et les principaux pays membres de cette organisation. C'est un acte politique voulu par le gouvernement chinois. Selon Shi Guangsheng, chef de la délégation chinoise et ministre du Commerce extérieur et de la coopération économique: «Devenir membre de l'OMC, ce n'est pas une adhésion de fonne, mais cela revient à un grand choix stratégique dans la promotion du processus de la réforme et de l'ouverture et une exigence interne des modernisations en Chine.» 1 Cet événement est salué comme une victoire sur le plan politique et économique par les dirigeants chinois, une reconnaissance des efforts déployés par la Chine pour s'insérer dans le commerce international. L'annonce de l'adhésion à l'OMC ne faisait pas l'unanimité parmi la classe politique et encore moins dans les grandes et moyennes entreprises d'Etat, tout au moins pour celles qui n'étaient pas suffisamment préparées; quant à la population, l'enthousiasme était loin d'être partagé par tout le monde. En effet, l'OMC devait soumettre la Chine aux règles du commerce mondial. Et endiguer l'invasion des produits «made in China» à prix cassés.

1 Interview accordé au journaliste Gong Wei le 13/11/2001 à la veille de la clôture de la 4e conférence ministérielle de l'OMC à Doha.

Les Chinois savaient que l'entrée de leur pays dans la grande organisation internationale était une nécessité qui les obligeait à suivre la tendance de l'évolution économique mondiale et participer à la globalisation de l'économie dans les domaines plus vastes. On ne peut pas éviter la mondialisation, répétait Zhou Rongji, alors premier ministre, et artisan de l'adhésion de la Chine à l'OMC. Cela impliquait que la Chine ouvre l'ensemble de son économie, engendrant une concurrence entre les biens et services importés ou fabriqués en Chine par des entreprises à capitaux étrangers et les entreprises publiques, obligeant celles-ci à constamment rationaliser leur choix stratégique et à se restructurer pour être compétitives. Pour le gouvernement, il s'agissait de relever un double défi: encourager la réforme tout en essayant de minimiser le coût social de celle-ci. Il a fallu le courage et la détermination de Zhu Rongji pour mettre en place un programme ambitieux de restructuration dès 1997 ; ce programme de trois ans devait porter sur les réformes des entreprises publiques, du secteur financier et de l'organisation de l'Etat. L'accession de la Chine à l'OMC selon ses dirigeants, devait profiter à tous les pays. Les pays développés ou en développement retireraient des bénéfices en termes de croissance de leurs échanges avec la Chine.2 Les pays membres de l'organisation gagneraient davantage à intégrer la nouvelle puissance économique chinoise dans un système mondial fondé sur l'économie de marché et les principes démocratiques. Quant à la Chine, elle gagnerait en retour en ouvrant son économie et son marché; la productivité et la qualité de ses produits seraient améliorées grâce à l'augmentation des échanges et les flux d'investissements étrangers. Mais en contrepartie de ces avantages, la Chine devrait payer un coût d'ajustement colossal en matière de restructuration de ses entreprises, sans oublier tous les problèmes liés aux emplois et à la protection sociale. Le gouvernement de Zhou Rongji, tout comme le reste du monde, se trouvaient donc confrontés à un pari politique et économique risqué. Si l'on fait le premier bilan de ces sept dernières années, le monde constate que la Chine a tenu quasiment tous ses engagements, elle mène avec succès la restructuration de ses entreprises, réussit dans la réduction et la cession des droits de douanes, la suppression des barrières commerciales des droits non douaniers, le perfectionnement des textes de lois des affaires, la transparence des règlements de litiges avec les
2 Business Beijing, n° 126, janvier 2007. 12

entreprises étrangères, la gouvernance au niveau des départements et des entreprises étatiques, enfin l'ouverture du secteur bancaire, des marchés financiers et des services. Aujourd'hui, la presse chinoise mais aussi internationale reconnaît le bilan positif de la Chine. En quelques années, la Chine est passée du sixième au troisième rang de l'économie mondiale et du neuvième au deuxième rang des exportateurs. Les Chinois ont ouvert aux investisseurs étrangers le commerce de gros et de détail, l'import-export, les télécommunications et l'assurance. Pascal Lamy, le directeur général de l'OMC, a déclaré lui-même: «La Chine ajoué le jeu en se conformant à ses obligations de manière remarquable.» Cependant, la presse américaine est plus critique; parmi les problèmes récurrents, elle cite le plus souvent les entorses à la propriété intellectuelle, le piratage et la sous évaluation du yuan, ce qui favorise par conséquence les exportations chinoises, sans oublier bien entendu la question du manquement aux droits de I'homme. 2002 Qui est Hu? C'était la question que tous les journalistes et observateurs étrangers se posaient lors du XVIe congrès du parti communiste chinois (PCC) qui se tenait à l'automne 2002 pour élire son Secrétaire général du Comité central, Hu Jintao. La désignation de Hu Jintao par ses pairs au poste de Secrétaire général du PCC d'abord, et son élection quelques mois après comme président de la République, était un événement important, car Hu Jintao était le quatrième et le plus jeune président de la République populaire de Chine. Deux ans plus tard, il remplace Jiang Zemin à la puissante Commission centrale militaire. Le renouvellement de l'équipe dirigeante en 2002 s'est fait selon les règles les plus « normales possibles ». Il n'y a pas eu de lutte fratricide, la relève de la nouvelle génération de dirigeants confirme que la Chine est devenue presque un «Etat normal» ; elle démontre la nouvelle capacité du régime à assurer une passation de pouvoir sans à coup apparent. En politique, et particulièrement en Chine, l'essentiel n'est plus de manœuvrer en coulisses pour éliminer ses concurrents. Désormais, la compétence dans la gestion des affaires d'Etat et la connaissance des grands dossiers nationaux ou internationaux font partie des qualités indispensables pour un dirigeant politique. Le XVIe congrès du PCC s'est 13

révélé être la première vraie transition en douceur constatée depuis la création de la République populaire en 1949. Aujourd'hui, le communisme chinois a simplement changé de forme, il est devenu « élitiste ». Certains membres du Bureau politique est composée encore d'enfants ou de familles d'anciennes nomenklaturas chinoises, cette élite bien éduquée et dont la majorité a été formée dans les meilleures universités chinoises. Quelques uns ont même fait une partie de leurs études en Europe de l'Est; ils sont les représentants de ce qu'on appelle en Chine les dirigeants de la quatrième génération. L'arrivée au pouvoir de Hu Jintao n'est pas considérée comme une rupture avec la politique de Jiang Zemin, mais il place seulement l'accent sur le développement intérieur et privilégie davantage les aspects agricoles ou sociaux, comme la crise du système de santé, l'instauration de retraites ou encore l'environnement. 2003 C'est l'année que le public retiendra comme le début de l'aventure spatiale chinoise. En effet, le 15 octobre 2003, à partir du centre de lancement des satellites de Jiuquan, dans la province du Gansu, au nordouest du pays, la Chine a envoyé son premier taikonaute, Yang Liwei, dans l'espace à bord du vaisseau spatial baptisé Shenzhou V. L'événement suscite comme il se doit de beaux élans de bravoure nationaliste dans les médias. A l'étranger également, la presse a célébré cet exploit comme un succès de la science et de la technologie chinoises. Ce premier succès est suivi d'un autre vol habité en orbite terrestre, le Shenzhou VI, lancé en octobre 2005 avec deux taikonautes; d'autres projets du programme spatial chinois sont également mis en route. Après le premier vol de Gagarine, l'alunissage d'Armstrong, le lancement de la première navette spatiale et l'installation de plusieurs stations spatiales, sans compter les nombreuses missions de vols habités effectuées par les Etats-Unis et l'ex-Union soviétique, la Chine entre désormais dans le club très fermé des pays ayant réalisé des vols habités sur orbite autour de la terre. Su Shuangning, commandant général et concepteur en chef du programme spatial habité n'a pas manqué de souligner avec fierté que les composantes électroniques et les matériels utilisés, aussi bien à bord du vaisseau spatial que dans la conception des vêtements portés par les 14

astronautes, ont été fabriqués à partir de matériaux conçus et développés par la Chine. Le 11 janvier 2007, les Chinois ont appris en se levant que leur pays avait réussi à détruire un de ses anciens satellites en orbite au moyen d'un missile lancé depuis son territoire. Cette information, révélée par la Maison-Blanche mais confirmée seulement quelques jours plus tard par les autorités chinoises, n'a cessé d'inquiéter de nombreux pays. Elle montre une fois de plus la maîtrise technologique des Chinois sur le plan spatial et militaire. En octobre 2007, la Chine a lancé son premier satellite d'exploration lunaire, baptisé Chang'e, du nom d'une déesse de la mythologie chinoise, inaugurant ainsi son ambitieux programme visant à envoyer un astronaute sur la Lune aux alentours de 2020. Plus récemment, le premier Chinois, Zhai Zhigang, a marché dans l'espace le 27 septembre 2008, lors de la troisième mission spatiale habitée avec trois taïkonautes, à bord de la fusée Shenzhou VII. Zhai a effectué une manœuvre de 15 minutes hors du vaisseau. A l'avenir, la Chine a l'ambition de participer à la Station spatiale internationale. Enfin, elle affirme vouloir construire une station spatiale de 20 tonnes à partir de 2009. Elle complète donc ses attributs de grande puissance scientifique et spatiale, et veut continuer sa conquête de l'espace. De toute évidence, la poursuite du programme spatial chinois inquiète les Américains qui craignent une nouvelle guerre des étoiles. 2008 L'année 2008, qui est pourtant de «bon augure », n'a pas été avare de signes cosmologiques (catastrophes naturelles, phénomènes cosmiques, etc.) : en effet, une vague de froid a gâché les festivals du Nouvel an en février, un accident ferroviaire a eu lieu dans la province du Shandong, la contestation mondiale s'est faite entendre sur le passage de la flamme olympique, une épidémie intestinale a touché les enfants, des émeutes ont éclaté au Tibet en mars, et enfin en mai, un séisme de magnitude 8 sur l'échelle de Richter a ébranlé la province du Sichuan, l'une des plus peuplées de Chine, en endeuillant le pays avec plus de 71 000 morts et 20000 disparus. Mais l'année 2008 est celle de l'événement sportif considéré comme le plus important et médiatisé du monde, et pour le gouvernement, il s'agit là un tournant décisif pour le pays. La Chine aspire à devenir une grande puissance sportive mondiale dont l'objectif 15

avoué est « la ruée vers l'or olympique3 », l'empire est plus que jamais au milieu. L'incertitude, pourtant, régnait encore à la veille de la cérémonie d'ouverture. Répression au Tibet pour l'anniversaire du soulèvement de 1959, attentats meurtriers au Xinjiang, boycottage et campagne d'intimidation à l'égard de tous ceux qui avaient menacé de gâcher la fête au Jeux de Beijing au nom de la défense des libertés d'expression du citoyen. Plusieurs personnalités du monde religieux, politique, artistique et intellectuel, ont réclamé dès le mois d'avril le boycott des J04. Pour l'accomplissement et le succès des Jeux, selon un rapport du programme des Nations Unies pour l'environnement, la municipalité de Beijing a fait un effort impressionnant sur le plan environnemental pour accueillir la XXIXe olympiade. Parmi les problèmes les plus hardis à résoudre: la réduction de la pollution atmosphérique, la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, la sensibilisation du public et la nécessitée d'accroître l'utilisation des transports en commun. Des progrès importants ont été réalisés en vue de 'verdir' les Jeux olympiques, en particulier avec les déplacements des usines polluantes hors de la capitale. Avec le rendez-vous des Jeux olympiques d'été à Beijing, la Chine a été présentée dans le monde entier, elle a été observée par plus de 4 milliards de téléspectateurs. «Un monde, un rêve », tel était le slogan de ces JO. Cet événement a été à la fois sportif et politique pour les Chinois. Près de 10 500 athlètes répartis sur 28 disciplines et quelque 30 000 représentants des médias accrédités étaient présents aux Jeux dans la capitale chinoise. Plus de 70 000 volontaires ont participé au succès de l'organisation de cet événement. 100 000 militaires et policiers ont veillé sur la sécurité dans la capitale. Environ 500 000 visiteurs étrangers sont venus pour les Jeux olympiques les plus chers de l'Histoire. Plus de 30 milliards d'euros ont été dépensés, soit trois fois plus qu'à Athènes en 20045. C'est le prix du grand bond en avant dans la modernité. La Chine a voulu faire de ces JO l'éclatante vitrine de sa renaissance. En un week-end, Beijing est devenue «le nouveau centre diplomatique du monde », clament les journaux chinois. Quelle nation au monde pouvait prétendre réunir en une soirée plus de 80 chefs d'Etat et de
3 Newsweek, 31 décembre 2007. 4 Le Monde, 11/03/08. 5 Le Figaro, 4/08/2008. 16

gouvernement pour assister à l'ouverture d'un tel événement? Une concentration sans précédent dans l'histoire des Jeux. C'est deux fois plus qu'à Athènes. Toutes les grandes puissances, moyennes et émergentes étaient là. Le président américain George W. Bush, le premier ministre japonais Yasuo Fukuda, le premier ministre russe Vladimir Poutine, et l'Union européenne, était représentée par son président en exercice, Nicolas Sarkozy. Les autres puissances n'ont pas été en reste: étaient présents également le Brésilien Lula, le Sud-Africain Thabo Mbéki, l'indienne Sonia Gandhi, le président israélien Shimon Peres, l'Algérien Abdelaziz Boutefica, etc.6 Dans les travées, quelques têtes célèbres ne sont pas passées inaperçues: Bill Gates, l'ancien président George Bush et l'ancien diplomate américain Henry Kissinger. Ensuite, il y a eu l'impressionnant spectacle d'ouverture ordonné par le réalisateur Zhang Yimou. La grandiose mise en scène est accompagnée des prouesses techniques et des tirs de feux d'artifice. La Chine a voulu prouver à sa manière sa puissance, en offrant au monde une cérémonie d'ouverture qui met en scène son histoire d'hier, plusieurs fois millénaire de l'empire du Milieu, celle qui a toujours tant fasciné l'Occident, d'hier comme d'aujourd'hui. Il a été beaucoup question du sage Confucius et curieusement pas une allusion sur la création de la République populaire de Chine ni de Mao. On est passé directement de la grande tradition à la modernité, symbolisée par les hautes technologies et les taikonautes. Les Chinois voulaient à travers cette cérémonie d'ouverture transmettre le message pour le XXIe siècle: « La Chine a besoin du monde, le monde a besoin de la Chine ». Selon le quotidien China Daily, ce « spectacle traduit la volonté de la Chine d'être une puissance d'un genre différent ». Enfin, comme pour la cérémonie d'ouverture, l'impressionnante cérémonie de clôture des Jeux a été monumentale, une apothéose. L'organisation a été sans faille et, sur le plan sportif, la Chine est championne olympique, elle est arrivée en tête de la compétition avec 51 médailles d'or. L'Etat chinois a réussi une «démonstration de force tout en somptuosité », comme écrivait la presse étrangère. Le président du Comité International Olympique (CIO), Jacques Rogge, dans son discours de clôture se félicitait: «La Chine a appris davantage sur le reste du monde et le monde a appris davantage sur la Chine. » Assurément, au
6 Le Monde, 12/08/2008.

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lendemain de l'ouverture des JO, la Chine a célébré la reconnaissance mondiale tant attendue. Des enquêtes d'opinion après les JO ont montré que les Chinois sont fiers de ses olympiades. Le pouvoir politique a démontré à la population qu'il a été l'architecte de la résurrection de la fierté nationale chinoise et que sa légitimité est désormais incontestable. De l'avis de la CIO, athlètes, journalistes, et des différents organisateurs et professionnels, les JO de Beijing furent « exceptionnels ». 2010 La Chine organisera cette année là, l'Exposition Universelle de 2010 à Shanghai. "L'Olympiade économique", donnera un nouvel élan au développement de la Chine après les JO de Beijing. Cette Exposition revêt une double dimension à l'échelle chinoise: d'abord sur le plan diplomatique, elle s'inscrira dans le processus d'insertion croissante de la Chine dans le concert des nations, deux ans après l'organisation des Jeux Olympiques de Pékin; ensuite sur le plan politique, elle est conçue comme une contribution de la Chine à la formalisation d'un modèle de développement durable en milieu urbain. Son impact au niveau national pourrait être comparable à celui qu'avait eu pour Paris et la France l'Exposition universelle de 1900. Shanghai espère battre le record de l'Exposition universelle d'Osaka qui avait accueilli 64 millions de visiteurs en 1970. Appelée autrefois la Perle d'Orient, Shanghai envisage également d'attirer 200 entités exposantes (pays participants, organisations internationales) ce qui serait également un record. L'investissement prévu pour la seule préparation de l'exposition est de l'ordre de 2,5 milliards d'euros, mais le budget global sera largement supérieur, car au-delà de la construction du site, un effort important dans le développement des infrastructures (nouvelles lignes de métro, nouvelles autoroutes, nouveaux tunnels, prolongements de la ligne Maglev, extensions des aéroports,...) est en cours. Le site de l'Exposition couvre 5,3 km2 sur les deux rives du Huangpu, à cheval sur les parties Est (Pudong) et Ouest (Puxi) de Shanghai. Environ 200 pays, régions, organisations internationales et sociétés chinoises et étrangères devraient participer à l'Exposition. Ainsi, China Eastern Airlines, China Mobile, China Telecom, Bank of Communications, SAIC- General Motors, Siemens, GE, Baosteel, VW, etc., ont déjà confirmé leur participation. La France, l'Allemagne, l'Italie,
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les Etats-Unis, le Japon, ont réaffinné leur intention d'être présents. Avec 100 millions de visiteurs attendus par les organisateurs, Shanghai 2010 a pour objectif de devenir la plus grande exposition universelle de tous les temps. A la même année, les 16e Jeux asiatiques de 2010 auront lieu à Guangzhou. Ce sera l'événement sportif le plus important de la région. La Chine va accueillir plus de 80 nations. Les grands chantiers sont en cours de construction: stades, logements pour les sportifs er leurs délégations, infrastructures sportives et hôtelières les plus modernes sont prévues. La Chine s'engage à faire de ces Jeux asiatiques les plus «verts» possibles. Les travaux d'envergures pour rénover la ville et les transports urbains commencent déjà à rivaliser avec ceux de Beijing et de Shanghai. La ville de Guangzhou sera l'attraction la plus prisée de la Chine du Sud pour un million de visiteurs attendus durant cet événement.

La mondialisation presque heureuse
On est tous convaincu que la mondialisation de la Chine est en marche: une personne sur 15 à Beijing travaille aujourd'hui pour une entreprise sino-étrangère ou entreprise dont 100% du capital appartient à des étrangers; trois sur 10 dans la région de Guangzhou et deux sur 10 à Shanghae. La mondialisation a été le déclic du décollage de la Chine, elle a été suivie de l'allocation des terres aux familles paysannes, de l'ouverture au commerce privé. A présent, les entreprises chinoises investissent aussi en Asie, en Afrique, en Europe, en Amérique du Nord et du Sud et emploient partout des employés locaux. Dans l'Europe des 27, les entreprises chinoises emploient directement environ 55 000 personnes, et peut être même davantage d'ici quelques années8. La Chine et ses entreprises sont présentes dans diverses régions du monde aujourd'hui. Demain, nous ne serons pas surpris d'avoir un enfant ou un ami qui travaillera pour une entreprise chinoise en Chine ou dans le monde.
7 D'après les estimations des Bureaux régionaux de la State Administration for Industry and Commerce. 8 En France, les entreprises chinoises emploient environ 7 000 personnes, selon AFII. 19

Imaginons l'arrivée à Beijing d'un touriste occidental dont le dernier voyage en Chine remonterait à 1985, son étonnement serait total. Les «fast food» à enseigne américaine, les pizzas, les cybercafés, les grands centres commerciaux, inexistants avant, sont partout aujourd'hui et restent ouverts tard dans la nuit. Les vêtements «bleu de chauffe» ont été remplacés par des robes colorées ou des jeans pour les filles et des costumes de bonne coupe pour les jeunes. Dans les quartiers pour touristes ou les centres d'affaires, les Occidentaux se mélangent allègrement avec les Chinois et ne font l'objet d'aucune discrimination. A la douane, les étrangers ne sont plus soumis systématiquement aux fouilles de leurs bagages et les formalités d'immigration sont d'une rapidité et d'une simplicité à vous faire apprécier la Chine. Quant aux Chinois, ils sont plus de 20 millions à se rendre à l'étranger chaque année pour leur plaisir; les visas touristiques pour l'Europe et les EtatsUnis leur sont plus facilement accordés maintenant. Et pour certaines destinations asiatiques, ils obtiennent leurs visas en arrivant à l'aéroport du pays visité. Les jeunes chinois issus des familles riches partent de plus en plus tôt en Angleterre, Australie, Nouvelle Zélande, pour apprendre l'anglais dans des «Summer schools », taillées sur mesure pour eux. Les Chinois sont désormais partout dans le monde pour leur travail et leurs loisirs; les ambassades chinoises à l'étranger sont submergées par des demandes de renseignement de toute sorte de leurs ressortissants: perte de passeports, victimes d'arnaque ou de ravisseurs, vols, demandes de mariage, rachat d'entreprises locales, Chinois en situation irrégulière. Chaque fois que se produisent une catastrophe naturelle, attentat, guerre civile, accident, quelque part dans le monde, le ministère des Affaires étrangères chinois se demande si parmi les victimes se trouvent des ressortissants Chinois. En effet, la Chine est en train, sans bruit, de devenir un acteur important de la mondialisation économique par sa présence aussi bien dans les régions les plus prospères que dans les endroits les plus démunis de la planète. La mondialisation c'est aussi la reconnaissance par les organisations internationales de la capacité de la Chine à échanger dans les domaines de l'art, de la culture, du sport et des sciences. Sans oublier les nombreux forums d'échanges et d'expositions qui sont organisés chaque année dans le pays. L'empire du Milieu devient un pays incontournable pour l'organisation de grands événements (Formule 1 à Shanghai, tournois 20

international de Tennis à Beijing, élection de Miss monde à Sana.. .). Le Forum économique de Boai qui a lieu tous les ans sur l'île de Hainan pour faire contrepoids à celui de Davos en Suisse, attire de plus en plus de dirigeants politiques et chefs d'entreprises des pays de l'Asie, des EtatsUnis, de l'Europe, de l'Afrique et de l'Amérique. Depuis que les dirigeants Chinois ont compris les bienfaits de l'économie de marché, le pays poursuit à marche forcée son insertion dans le capitalisme mondial. L'ouverture au monde est sans nul doute un accélérateur et un moteur de croissance. La part de la Chine dans les échanges mondiaux, aujourd'hui de 7%, ne cesse de croître. Le volume des exportations a plus que triplé en dix ans et on sait que la maind'œuvre venant des campagnes est très compétitive. La mondialisation a certes apporté du travail à quelques 200 millions de travailleurs migrants chinois, mais leurs conditions de travail sont dures et les salaires souvent très bas. Dans les entreprises chinoises ou les coentreprises sino-étrangères, les salaires dans les industries destinées à l'exportation n'ont que très peu augmenté depuis l'intégration de la Chine à l'économie mondiale. Plus une région devient prospère, comme la province du Guangdong ou la province du Zhejiang plus elle aura tendance à ne pas respecter les lois du travail dans l'espoir de préserver son attrait aux yeux des investisseurs étrangers9. Les gouvernements locaux ne font pas toujours ce qu'il faut pour améliorer le sort de cette population « flottante », certains ont même contribué à la dégradation de sa condition de travail. A 21 ans, Yue Lian travaille dans une entreprise chinoise qui fabrique des iPhone et des iPod dans la région de Shenzhen depuis deux ans déjà. Elle vient du Hunan, une province pauvre. «J'ai la chance de travailler ici, je gagne 120 euroslO par mois pour 48 heurs par semaine, j'ai une journée de repos obligatoire par semaine. Nous dormons dans un dortoir de 8 personnes; l'entreprise nous offre le repas du midi mais on est obligé de payer notre repas du soir. » Autour de l'usine, ils sont des milliers à errer le soir, manger quelque chose, appeler leurs parents dans l'une des nombreuses cabines téléphoniques. Le salaire minimum dans la région est de 100 euros par mois, mais Yue Lian arrive à près de 130 euros avec les heures supplémentaires. Dans la ville voisine
9 Anita Chan, «Les effets de la mondialisation sur les conditions de travail», Problèmes économiques, no 2819, 30.7.2003, Paris. La Documentation française. 10 Nous prendrons comme taux de change moyen dans cet ouvrage, 1 euro = 9,6 yuan.. 21

de Guangzhou, Foshan est une ville prospère, de nombreuses entreprises chinoises et coentreprises sino-étrangères y sont installées. Wang Da a 20 ans, il vient de la province du Sichuan. Son cousin lui a téléphoné pour qu'il le rejoigne dans une coentreprise qui fabrique des chaussures de sport destinées à l'exportation. «Je suis ici pour deux ans. Je voulais quitter mon village pour voir d'autres villes, ici je peux trouver un travail et gagner de l'argent, même si les conditions de travail sont très dures. Nous travaillons six jours par semaine et dix heures par jour. Nous sommes logés et nourris par l'entreprise et je gagne 130 euros. » Collées aux usines où travaillent Wang Da et ses camarades, une dizaine de bâtisses fleuries et rénovées. Des dortoirs, dont l'entrée est gardée, se superposent sur six étages. Les bâtisses pour femmes sont séparées des hommes. Les ouvriers s'entassent par huit dans une chambre de 8 m2, aux lits dénués de confort. Les sanitaires et les douches sont collectifs. Un lieu de vie où chaque ouvrier paie environ 6,5 euros par mois. Wang Da espère pouvoir envoyer 400 euros cette année à sa famille. Wang Da tout comme Yue Lian, lorsqu'ils vont consulter un médecin, payent 10 yuans de consultation, en revanche, ils sont obligés de débourser pour tout achat de médicaments supérieur à 5 euros; ils n'ont que le minimum de protection sociale et pas de droits de chômage ni de licenciement. Tous estiment qu'ils sont «chanceux d'être là ». C'est le cas aussi des centaines de milliers d'ouvriers travaillant dans la construction et les travaux publics, souvent surexploités, mal payés quand ils sont payés, logés dans des baraques provisoires sans la moindre hygiène. Les lois sur le travail existent, mais elles ne sont malheureusement pas ou peu appliquées. Tous ces paysans-ouvriers, appelés aussi mingong, faute de trouver mieux, sont assez contents de leur sort dans ces usines: «On pourrait être payé davantage» pensent-ils, mais ils ne feront pas part de leur doléance à l'unique syndicat de l'entreprisell qui ne représente que 3% des ouvriers. Aujourd'hui, le nombre croissant des internautes en Chine joue un rôle important dans la diffusion des connaissances et de l'information du monde en temps réel, et ainsi le monde du travail est plus au fait de ses droits. Il en résulte que les ouvriers d'origine rurale venus travailler dans les usines, sont reconnus désormais comme une nouvelle classe sociale, ils aspirent surtout à bénéficier des mêmes droits que les autres citadins.
Il

L'ACFTU (All China Federation of Trade Union) 22

L'épisode de la « pénurie de migrants» constatée en 2005 dans la province du Guangdong, conjuguée à la mondialisation de l'économie, ont permis à ces migrants de conquérir, dans certaines régions, le droit de négocier leurs salaires et de gagner en dignité au niveau de leur statut social, même si ces derniers n'ont pas pu profiter pleinement des résultats de la mondialisation de la Chine. La croissance économique chinoise est si rapide qu'il lui est impossible de ne pas tirer vers le haut d'autres pays, et sa contribution au développement du commerce international est une réalité. Quant aux éloges suscités dans le monde par les performances de la Chine, ils ne peuvent manquer comme on a pu le noter dans la presse étrangère d'éveiller quelquefois suspicion et animosité. Ainsi, les produits chinois ont souvent été critiqués dernièrement pour leur qualité et pour leur non conformité aux normes de sécurité, en particulier en ce qui concerne des jouets, empoisonnant les enfants américains, parce que contenant trop de plomb dans la peinture qui les recouvrait. La Chine s'efforce aujourd'hui de répondre aux exigences des organisations internationales, c'est-à-dire: garantir la protection de l'environnement, respecter des droits de la propriété intellectuelle, donner plus de considération donnée aux problèmes de sécurité alimentaire. La mondialisation a créé par ailleurs de l'espoir et de la frustration tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays; à l'intérieur il faudrait qu'elle porte plus d'attention à l'aspect du développement humain: autrement dit réduire la poursuite à tout prix du développement, reconsidérer les conditions de vie pitoyables des paysans; et à l'extérieur, elle devrait assurer la crédibilité de la Chine comme nation responsable, car les enjeux sont énormes pour elle. Pour simplifier, on pourra dire que la mondialisation est plutôt positive pour la Chine. En effet, la hausse continue des performances économiques et de la richesse du pays, est en grande partie réalisée grâce à l'essor de la mondialisation; la mauvaise nouvelle, c'est que la mondialisation a renforcé les inégalités dans le pays, sans compter la disparité profonde entre les provinces côtières et celles de l'intérieur. Enfin, la question fondamentale que les dirigeants doivent se poser est comment gérer les contradictions auxquelles la mondialisation expose la Chine. Ce pays a besoin notamment de paix sociale pour poursuivre sa croissance, car il est acquis que la pérennité de son régime en dépend.

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De « l'usine manufacturière du monde» à « l'usine du monde des crédits carbone»
Malgré les protestations américaines et européennes toujours plus nombreuses et plus vives concernant les exportations chinoises, rien n'arrête les produits «made in China ». Les importateurs disent que les produits fabriqués en Chine sont devenus si omniprésents qu'il serait difficile de priver les consommateurs des importations à bas prix. Certains de ces produits occupent une position monopolistique, comme les fers à repasser, les ventilateurs, les bicyclettes, les fours à micro-ondes, etc. On se souvient de l'histoire du couple d'enseignants américains en Californie, raconté avec humour et candeur par un journaliste et auteur de «Une année sans 'made in China' 12». Révoltés par la déferlante des produits chinois tant dénoncés par la presse en 2006, un couple et leurs deux enfants décidèrent de boycotter pendant un an les produits « made in China ». Au bout de huit mois, ils ont dû finalement renoncer à leur « combat », car ils n'avaient pas d'autre choix que d'acheter les articles «made in China ». «Nous ne trouvons rien comme produits de substitution. Les produits américains sont trop chers et inabordables pour notre budget, les autres produits en provenance du Mexique ou ailleurs sont aussi chers et en plus on ne trouve pas tout ce qu'on veut. » Ils racontèrent encore que: «Renoncer aux produits chinois, veut dire que nous ne pourrions jamais acheter de téléphone portable, pistolet à eau, ou voire même un jour de télévision. » Le journaliste a expliqué que les jouets, les toasteurs, les micro-ondes et les petits appareils électroniques qu'on trouve dans tous les supermarchés américains proviennent essentiellement de Chine, tout comme de nombreux autres articles de consommation. La constatation est délirante, et partout en Europe, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique, en Australie, les «made in China» représentent 60 à 70% de tous les produits vendus dans les supermarchés ou grands magasins, ils envahissent toutes les dimensions de la vie quotidienne de centaines de millions personnes à travers le monde. Non seulement les grands groupes et distributeurs du monde viennent faire leur sourcing en Chine, mais on y trouve également aujourd'hui de petites
12Sara Bongiomi, A year without 'Made in China', 24 John Wiley & Sons, 2007.

et moyennes entreprises. «Nous devrions pouvoir vivre aisément sans acheter de produits chinois. Mais cela ne serait pas possible pour tout le monde, en particulier pour les familles à bas et à moyen revenus », a expliqué un économiste américain. La Chine est indiscutablement « l'usine manufacturière du monde» pour les acheteurs de la planète. Il suffit pour cela de noter que le premier distributeur mondial Wal-Mart achète chaque année pour plus de 13 milliards de dollars de produits chinois pour ses supermarchés aux Etats-Unis. Il est d'autant plus intéressant de savoir que plus de 10 000 sociétés américaines sont implantées en Chine avec des investissements cumulés supérieurs à 120 milliards de dollars et qu'elles réexportent leurs produits fabriqués « made in China» vers les Etats-Unis. Ce n'est pas un hasard si des centaines de milliers de visiteurs étrangers viennent faire leurs achats deux fois par an à la foire internationale de Guangzhou, la plus ancienne foire et le plus célèbre lieu de rencontre entre les étrangers et les entrepreneurs chinois. Aujourd'hui, bien d'autres endroits similaires existent, où les acheteurs viennent choisir et passer leurs commandes annuelles, comme la ville de Yi Wu, à moins de 150 km de Shanghai, le plus grand marché des «petits articles» du monde. Cette ville chinoise de la province de Zhejiang est devenue la plus grande base de transaction pour les acheteurs de cadeaux de Noël, entre autres. La Chine est devenue un vaste supermarché qui fonctionne 7 jours sur 7 pour le monde. On y vient pour acheter de tout, tout ce que le monde occidental ne fabrique plus de manière compétitive. Les usines de la région de la province de Guangdong tout comme celles de Jiangsu, Zhejiang, Xiamen et leurs centaines de milliers d'ouvriers fabriquent ce que consomme le reste du monde, des boutons de vêtements aux outillages pour jardin, des stylos aux lecteurs MP3. Ce qui est extraordinaire à observer, c'est qu'en Chine, des villes entières se sont lancées dans la monoproduction de produits manufacturés pour l'exportation. Ainsi, Nanhai, près de Foshan, dans la province de Guangdong, s'est spécialisée dans les lingeries féminines; à Dadong, dans la province de Zhejiang, on y produit un tiers des chaussettes de la planète; à Hangji, dans la province de Jiangsu, trois milliards de brosse à dents sortent par an de ses quatre usines. Ou encore, à Qiaotou, moins connue, dans la province du Zhejiang, on produit 80% des boutons et fermetures à glissière du monde, autour de Shanghai, on fabrique et 25

assemble des pièces électroniques à très forte valeur ajoutée. A l'origine du développement de ces entreprises, il y a toujours quelques frères et sœurs qui ont l'esprit entrepreneur. Environ 70% de ces entreprises sont des PME familiales. Chaque année, ces villes attirent des hordes d'acheteurs. Nous avons demandé à un Canadien qui s'est arrêté à un stand de luminaires pourquoi il est venu faire ses achats à Yi Wu: «La Chine est le seul pays où les produits sont extrêmement bon marchés, la qualité est en amélioration d'année en année et il n'y a pas de limite sur la quantité commandée, les usines chinoises ont la capacité de produire et de tenir leurs engagements. » Ce jeune couple allemand cherche à diversifier sa source de fournisseurs. Ce commerçant égyptien, grand distributeur de petits produits électroniques, envisage de commander une quantité importante de lecteurs DVD portables et de jeux vidéo. Cet acheteur français est en quête de nouveautés pour les centrales d'achat d'outillages mécaniques. Ce patron d'une société italienne est impatient de faire affaire en Chine parce que les meubles qu'il a l'habitude d'acheter en Corée du Sud et aux Philippines sont devenus trop chers. Ce couple de Los Angeles qui fournit les drogueries de sa ville, passe des commandes aux fabricants chinois. Ou encore ce patron indien de Bombay, grand importateur de vêtements pour homme et de lingerie féminine, négocie des rabais pour sa prochaine commande. En bref: des foules de grossistes, d'intermédiaires à l'esprit calculateur tentés par une fortune facile et rapide. Si les étrangers ne fabriquent pas eux même en Chine et n'achètent pas directement, ils y sous traitent beaucoup. De nombreuses entreprises d'habillements, de meubles, de lunetteries, de produits électroniques, de prothèses dentaires, etc., font fabriquer leurs produits dans ce pays ou par les OEM13S0USleur propre marque. Déjà, la première réunion annuelle sino-américaine pour le développement de la sous-traitance internationale à Beijing en 2003, a tiré la conclusion que la Chine deviendrait entre 2007-2010 l'un des trois grands centres de sous-traitance internationale. Aujourd'hui, selon de nombreux chefs d'entreprises, cette tendance va se poursuivre, parce que la Chine possède toutes les conditions requises pour l'essor de ce marché: le faible coût de la main-d'œuvre, des équipements
13 Orignal Equipement Manufacturer. Ainsi, Lacoste, Pierre Cardin, Zara, Montagut, H&M ou Philips, Sony, etc., font fabriquer les produits de leurs marques par les entreprises chinoises.

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modernes, de nombreux diplômés d'enseignement supérieur bien formés aussi bien en technique qu'en langue étrangère, un système de télécommunication et de réseau internet avancé, ainsi que des centres de recherche en nombre croissant. Désormais, les Chinois fournissent en quantité impressionnante des produits pour le monde entier. Ils se sont imposés sur le marché américain des célèbres téléviseurs couleur, des réfrigérateurs, des petits produits électroménagers. Les produits fabriqués en Chine inondent aussi bien les boutiques de bonne réputation, les grands magasins spécialisés, les hypermarchés aux Etats-Unis, en Europe, en Asie, que les bazars au Moyen-Orient. En Afrique, ils sont vendus jusqu'aux endroits les plus difficilement accessibles des villages. Au Moyen-Orient et en Afrique, les voitures et les bus chinois sont déjà en circulation sur les routes. Et plus récemment, on commence à voir sur les routes européennes, les 4X4 chinois Landwind, les voitures de tourisme de marques Brilliance, BYD, certes encore en nombre limité. On citera pèle mêle que, 60% des montres vendues dans le monde, 55% des appareils-photo, 40% des fours à microondes, 25% des lave-linge, 20% des réfrigérateurs, 70% de montures de lunettes, 80% des duvets, 80% des parapluies, 75% des jouets sont fabriqués en Chine. Ce qui fait aujourd'hui la force et la puissance économique de la Chine, c'est qu'elle a réussi à attirer les multinationales à investir et à fabriquer les produits «made in China ». D'ailleurs avezvous déjà essayé de remplir la hotte du père Noël sans acheter de jouets fabriqués eu Chine ou faire des courses dans un grand magasin ou supermarché sans tomber sur un article «made in China» ? Vous auriez bien du mal, même si les fermetures des PME chinoises se sont multipliées au milieu de 2008 du fait du ralentissement économique dans le monde, car l'aggravation de la récession en Occident frappe désormais durement l'activité de milliers de fabricants de jouets, textiles, vêtements, chaussures et petites électroniques. La récession en Occident dès septembre 2008 commence aussi à toucher des entreprises de plus grande taille en Chine, comme le fabricant de jouets Smart Union14. Les commandes en provenance de l'Occident ont connu une baisse importante dès septembre; déjà les premiers signaux de la crise se sont fait sentir leurs effets en octobre pendant la foire de Guangzhou qui affichait une baisse de 15% de carnets de
14 China Daily, 21/1012008. 27

commande par rapport à l'année dernière. Un coup dur pour la province du Guangdong qui contribue à 30% des exportations chinoisesl5. L'usine du monde commence donc à licencier! Néanmoins, les fabricants chinois sont quand même conscients de leur avantage compétitif et restent exigeants vis-à-vis des acheteurs étrangers. Ainsi, ils leur imposent des quantités minimales. Pas moins de 30000 jeans pour cet importateur espagnol, 20000 unités de casseroles et de « woks» pour cet acheteur français d'une grande enseigne française, aux moins trois containeurs de chaussures de tennis et de basket pout ce distributeur marocain. Suivant le nombre d'intermédiaires et le volume commandé, un produit acheté à la sortie d'une usine chinoise sera vendu généralement entre trois fois et dix fois plus élevé dans les rayonnages européens ou américains. Les consommateurs recherchent avant tout aujourd'hui les produits à bas prix qui répondent à une fonction, et qui satisfont leurs besoins spécifiques. Et les produits chinois répondent aujourd'hui parfaitement à ces critères. On se souvient aussi que les critiques envers la Chine ont été virulentes en 2007, quelques unes sont justifiées, notamment les inquiétudes concernant la sûreté des produits. Divers rapports sur la nourriture pour animaux jugée dangereuse, les jouets toxiques au plomb, de faux de médicaments, des dentifrices contenant des produits chimiques mortels, des champignons garnis de pesticides interdits et d'autres produits encore ont fait l'objet de rappels et d'interdictions. Par conséquent, la « confiance» pour les articles « made in China» a été sérieusement ébranlée à l'étrangerI6. Peut-on échapper aux défaillances du « made in China»? Nous retrouvons là les mêmes phénomènes et critiques qui ont été faits pendant les années 1960 pour les produits japonais, et pendant les années 1970 et 1980 pour les produits coréens et taïwanais: bas standing, basse qualité et bas prix. Assurément, pour tenter de redorer son image et sa crédibilité face à ces attaques, la Chine a entrepris, depuis, une série de contrôles sur la qualité de tous ces produits incriminés avant les exportations, et ce par des services d'hygiène et de sécurité indépendants de l'Etat et des entreprises. Beaucoup d'entreprises ont pris l'initiative de pratiquer
15 China Daily 18/11/2008. 16 Ken DeWoskin, The« Made in China» vol. 170, n07, septembre 2007.

Stigma Shock, Far Eastern Economic Review,

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l'autocontrôle et ont renforcé les inspections chez leurs sous traitants. Ainsi les fournisseurs sont de plus en plus soumis à des chartes environnementales et sociales. Pour les multinationales, le non-respect de ces chartes est désormais une clause de rupture du contrat avec leurs fournisseurs, c'est le cas de Wal-Mart, le premier distributeur mondial, qui affirme avoir imposé de nouvelles règles de jeu. Des cadeaux de Noël haut de gamme font maintenant leur apparition. Sur les sapins de Noël par exemple, les petites ampoules sont remplacées par des fibres optiques lumineuses. «La montée en gamme, le lancement de nouveaux produits, la qualité et la sûreté renforcée, une valeur ajoutée technologique plus significative et la création de marques chinoises en propre contribuent maintenant à améliorer l'image du 'made in China' dans le monde », comme le rappelle le président de la Fédération de l'industrie des jouets du Guangdong, Li Zhuomong. Ce que l'on constate aujourd'hui, malgré la fermeture des milliers d'usines de jouets et la récession, le père Noël s'est encore fourni en Chine en 2008, compétitivité oblige! Et comme écrivait un journal américain: Pas de « made in China », il n'y aurait pas de père Noël pour les enfants! Plus que jamais, les Chinois veulent se débarrasser de ces étiquettes qui collent à leurs produits: mauvaise qualité et bas prix, et s'orientent vers plus de valeur ajoutée. Ils veulent être considérés d'ici quelque temps dans le monde comme fabricants de produits de haut standing et de qualité supérieure, mais également avec des prix compétitifs. Il reste encore beaucoup d'efforts à surmonter, nul ne doute que les Chinois parviendront à accroître les contrôles de qualité, à monter en gamme des produits. Malheureusement le dernier scandale du lait frelaté illustre bien la difficulté pour la Chine de contrôler toute la chaîne de la fabrication et des normes de sécurité. Aussi, les entreprises chinoises misent-elles d'ores et déjà sur le contrôle de qualité, l'innovation et le développement technologique pour ne pas perdre leur avantage acquis sur les marchés internationaux et augmenter leurs marges. Quoiqu'il en soit, la Chine continuera à produire des marchandises à bas coût, d'abord pour ses propres marchés intérieurs et pour beaucoup de pays dont les habitants n'ont pas suffisamment de pouvoir d'achat pour se permettre d'acheter des produits haut de gamme, et ensuite parce que l'industrie chinoise trouve sa place et son avantage dans le processus de mondialisation, grâce à sa main-d'œuvre compétitive. Mais il est de 29

l'intention de la Chine et de ses entreprises nationales d'absorber et de siniser rapidement les technologies importées pour développer des produits nationaux à haute valeur ajoutée technique afin de concurrencer ceux fabriqués par les entreprises étrangères en Chine et de les exporter. Et ce n'est pas tout, depuis 2005 la Chine exporte également ses mannequins pour les défilés de mode dans les grandes maisons de coutures et de prêt-à-porter dans le monde! La Chine ne se contente plus d'être «l'usine manufacturière du monde », elle est en passe de devenir aussi «l'usine du monde des crédits carbone ». Grâce au protocole de Kyoto, elle engrange une manne financière en réduisant sa pollution17. De quoi s'agit-il? Le protocole de Kyoto prévoit en 2005 le programme de «mécanisme de développement propre» ou MDP; il consiste à aider les pays développés et en développement à réduire, à l'échelle mondiale, les émissions à effet de serre. C'est simple, lorsque les entreprises des pays riches signataires de l'accord ne parviennent pas à polluer moins dans leur propre pays, comme elles s'y sont engagées, elles ont alors la possibilité de s'associer à des projets de réduction d'émission dans des pays plus pauvres, non contraints par le protocolel8, et ces pays reçoivent en contrepartie des crédits qui les aident à atteindre leurs propres objectifs d'émission de gaz C02 et de gaz nocifs pour l'atmosphère comme le gaz réfrigérant. Les entreprises des pays riches gagnent alors, en échange de leurs financements et de leur aide logistique, des «crédits carbone» qu'elles peuvent inscrire à leur bilan de réduction d'émission ou revendre sur un marché international. Par ce mécanisme, certaines entreprises chinoises de production d'électricité qui s'engagent à abandonner la construction de centrales polluantes au charbon pour de l'électricité éolienne, peuvent espérer encaisser, chaque année plus de 300 000 à 400 000 euros, grâce à la vente de leurs 38 000 à 45 000 tonnes de dioxyde de carbone à 8 euros la tonne. Selon le quotidien China Business, la Banque mondiale et d'autres grands groupes européens ont déjà passé commande de crédits à plusieurs entreprises chinoises de production d' électricité19. Les Chinois
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18La Chine est signataire du protocole de Tokyo mais n'est pas contrainte à la réduction des émissions à effet de serre avant 2012, alors que les Etats-Unis n'ont pas ratifié le protocole. 19China Business Daily, 14/04/2008.
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Les Echos, 18-19avri12008.

profitent de cet étrange système qui les rémunère pour moins polluer la planète. Beaucoup s'insurgent déjà contre cette «malhonnêteté ». Selon les experts et les banques d'investissement spécialisées, la Chine est désormais l'usine du monde des crédits carbone, plus du tiers des «crédits carbone» générés à travers le monde d'ici 2012 devraient provenir de la Chine. En fait, c'est en Chine qu'on trouve le plus grand nombre d'initiatives, le bureau des Nations Unies supervisant le programme MDP, dénombre déjà plus de 1 200 projets, environ 20 milliards de dollars vont financer des projets de réduction d'émissions de gaz à effet de serre dans le pays, d'ici cinq ans. L'Asie accueille la majorité des projets de réduction d'émissions dans le monde, et la Chine se taille la part du lion. L'ensemble de ces projets proviennent des pays occidentaux, une aubaine qui ravit et réconforte l'empire du Milieu. Tous les secteurs de l'industrie espèrent profiter de cette manne, c'est une véritable nouvelle «ruée vers l'or », comme le pensent beaucoup d'experts et banquiers d'investissement gérant des fonds sur le marché du crédit carbone occidental. Ce marché n'en est qu'à son début et est appelé à une formidable explosion, car à chaque transaction, les banques cherchent à vendre leurs crédits de plus en plus chers. Par ailleurs, s'inscrivant dans le programme MDP, le HFC23, un gaz très nocif et un facteur très puissant d'effet de serre est devenu source de profits confortables et inespérés pour une douzaine d'entreprises chinoises. Les fabricants chinois de gaz réfrigérant HFC23 parmi les plus malins touchent des milliards de dollars lorsqu'ils s'engagent à détruire ce gaz émis au fil de leur production, utilisé dans les réfrigérateurs et dans certains climatiseurs. Concentrés en Chine, la plupart des grands producteurs de gaz réfrigérant ont vite compris qu'ils avaient beaucoup à gagner dans la destruction de ce gaz autrefois rejeté librement dans l'air que de vendre des produits réfrigérants. Les ONG et les experts reconnaissent l'aberration du système «polluer plus pour gagner plus », les nouveaux projets MDP liés au HFC23 sont momentanément gelés et les groupes touchant des crédits carbone grâce à la destruction de ce gaz se sont vus imposés des quotas sévères. D'autre part, le gouvernement chinois commence à taxer à hauteur de 65% les entreprises qui ont réalisé des ventes de crédits carbone HFC23 ; ces revenus seront utilisés pour d'autres projets de développement durable, ce qui atténuera les attaques

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des associations de protection de l'environnement contre ce qu'elles appellent le « scandale du siècle» ou 1'« escroquerie nationale ».

L'envolée de l'art contemporain et du cinéma chinois
Longtemps en Chine, l'art et le cinéma étaient devenus un relais de propagande. Pendant la période maoïste, tout devait être mobilisé pour que l'art devienne un instrument du pouvoir, avec ce leitmotiv pictural puissant: Mao, soleil rouge, guidant son peuple vers la liberté et un monde meilleur. Les artistes vivaient en vase clos et ils étaient privés d'échange avec leurs pairs chinois et étrangers, ils ne vendaient que rarement leurs œuvres aux particuliers, et recevaient les subsides ou les commandes de l'Etat. L'art et la vie culturelle étaient en ce temps là politiques. Aujourd'hui, l'art et le cinéma deviennent une expression qui traduit la réalité de la Chine en transformation. A quelques exceptions près, les artistes semblent s'être débarrassés de la tutelle de l'Etat et de la censure omniprésente du parti. Peintures ou sculptures, films; la production artistique est devenue commerciale. Ils envahissent la vie culturelle chinoise et déjà, certains artistes sont maintenant mondialement connus à l'étranger. Depuis qu'ils ont acquis une valeur commerciale et une reconnaissance internationale, les artistes, les metteurs en scènes et les acteurs chinois, ont fTanchiune étape cruciale. Ils sont devenus célèbres et riches. L'art actuel et le cinéma «made in China» sont devenus incontournables. Ils intéressent trop de monde sur la planète, à commencer par les Occidentaux attirés par cette création différente, voire exotique, mais aussi par des plus values rapides. Certains artistes habitent maintenant à l'étranger et continuent de travailler en Chine2o. Quelques uns d'entre eux reçoivent même la distinction du parti communiste ou sont désignés comme parlementaires. Tout comme les artistes et les acteurs, le pouvoir politique joue un jeu. La différence c'est qu'il contrôle les règles.
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Les Echos week end, 12-13 octobre 2007.
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