France Afrique

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Un essai politique qui souligne l'importance de la relation franco-africaine, pour la France, pour l'Afrique, et pour la paix dans le monde. Il montre comment la coopération privilégiée, engagée par le général de Gaulle en 1960, s'est dramatiquement affaiblie dans les vingt dernières années. C'est le résultat de diverses interventions extérieures et de notre propre abandon. Il dit qu'un renouveau est possible, et si, entraînant l'Europe, nous proposons aux Africains un projet nouveau de co-développement.
Publié le : jeudi 1 décembre 2005
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EAN13 : 9782336273198
Nombre de pages : 153
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France

Afrique

Échecs et renouveau

www.librairieharmattan.com harmattan1 @wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr (Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9595-1 EAN: 9782747595957

Louis DOMINICI

Francis DOMINICI

France Afrique , Echecs et renouveau

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan

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L'Harmattan

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L'Harmattan

Burkina Faso

Konyvesbolt Kossuth L u 14-16

Fac des Sc Sociales, Pol. et Adm, BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 1282260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

à notre Père Paul DOMINICI-LEANDRI
à notre Mère Jeanne DOMINICI -P ADOV ANI

PROLOGUE

Au lendemain des indépendances, la France, sous l'impulsion du Général de Gaulle, a engagé une coopération admirable avec les pays d'Afrique noire francophone et Madagascar. Mais son effort s'est relâché au fil du temps, alors que changeaient ses gouvernements et que son peuple, quelque peu désinformé, finissait par croire que l'Afrique, «mal partie », n'arriverait jamais à sortir du sous-développement, malgré ses potentialités agricoles, ses immenses ressources minières et ses réserves de pétrole et de gaz. Constatant, aujourd'hui, les conséquences néfastes du repli vers l'hexagone et les limites d'un projet européen mal orienté, les Français entendent à nouveau l'appel du Sud. Pour la France, l'Afrique est le chemin du Monde. De la Méditerranée aux Tropiques, l'heure est venue de s'y réengager. Puisse ce livre, modeste essai passionnément écrit, contribuer à ranimer les feux de l'espérance.

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CHAPITRE I AUJOURD'HUI La relation franco-atncaine va mal. Le drame ivoirien en témoigne depuis deux ans. La récente crise togolaise le souligne. En Côte d'Ivoire, la majorité des observateurs considère que le pays n'a pu se couper en deux que parce que la France n'est intervenue qu'à moitié, s'est arrêtée à mi-chemin et n'a pas choisi entre l'engagement et son contraire, de même qu'elle n'a pas choisi entre le Président Gbagbo et les «rebelles» des «Forces Nouvelles ». Certes, de tels choix aujourd'hui ne sont plus aussi simples qu'ils l'étaient du temps du Général de Gaulle. Le contexte a changé, en France, en Côte d'Ivoire, en Afrique et dans le monde. Mais à la question de savoir ce qu'il faut faire lorsqu'un peuple ami est en difficulté, il n'est pas archaïque de vouloir répondre autrement qu'à la manière de Ponce-Pilate. Bien au contraire, l'exigence de fraternité est plus actuelle que jamais. Elle est au cœur de la modernité. Au risque d'encourir les foudres de ceux qui, de toute façon, ne nous apprécient que passifs, nous aurions, peut-être, pu tenter d'agir en prévention de crise, avant que le Président Gbagbo ne se découvre trop d'ennemis parmi les représentants du Nord du pays et avant que ceux -ci cherchent et trouvent des appuis et des armes dans les pays voisins. Lorsque la crise a éclaté, nous avons envoyé une force d'interposition. Elle a mis fin aux combats. Mais les parties en présence, continuant à camper au Nord et au Il

Sud, nous avons, provisoirement mais pour une durée qui allait devenir excessive, matérialisé la division du pays. La conférence de Marcoussis a eu la particularité de mettre des hommes qui avaient choisi la rébellion année, sur le même pied, en France, que les représentants du gouvernement légitime et des partis politiques régulièrement constitués. L'accord qui en est sorti était bien difficile à appliquer, par le fait notamment qu'il confiait aux rebelles le ministère de la Défense et le ministère de l'Intérieur. Dans les mois qui ont suivi et au fur et à mesure que cet accord devenait, en fin de compte, inapplicable, la France s'est trouvée en butte aux critiques des deux parties. Et ce qui devait arriver arriva: un incident aussi meurtrier qu'inacceptable pour les forces françaises, une réaction aussi forte qu'immédiate de Paris à l'égard du pouvoir en place à Abidjan, une réaction patriotique tout aussi immédiate dans la capitale ivoirienne, des émeutes, des incendies, une chasse aux Français, des violences et des viols. Et l'année française forcée d'ouvrir le feu dans les rues d'Abidjan pour protéger nos ressortissants et évacuer la plupart d'entre eux sans espoir de retour. Si c'est un succès, qu'on le dise. Sinon il faut rapidement changer de pas. En vérité l'évolution est dramatique. Pour la France, qui perd, chaque jour, ses positions en Côte d'Ivoire, et se trouve enchaînée à un mandat d'interposition charitablement donné par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, avec le consentement ironique de Washington et de Londres. Pour la Côte d'Ivoire, coupée en deux, abandonnée aux débats onusiens. Pour Abidjan, place forte de la francophonie noire et de l'amitié franco-africaine, et qui, soudain, se 12

heurte à l'hostilité de Paris et en conçoit une incontrôlable frustration. C'est alors que les médiateurs africains viennent sur le devant de la scène. Consultations et rencontres se succèdent. Finalement, le président sud-africain Thabo Mbeki réunit à Pretoria les chefs des partis ivoiriens.

Faisant mine de rester dans la ligne de Marcoussis inutile de froisser qui que se soit - il simplifie les
recommandations en faisant converger l'attention sur l'élection présidentielle qu'il faut tenir à l'automne 2005. Il souligne que les milices au Sud et au Nord doivent être désarmées avant qu'elle ait lieu. Il laisse au Président

Gbagbo le soin d'annoncer que M. Alassan Ouattara leader politique des Forces Nouvelles du Nord jusqu'alors exclu des compétitions électorales par suite d'un débat sur sa vraie nationalité, pourra cette fois-ci être candidat. Enfin l'Organisation des Nations Unies organisera le contrôle des opérations électorales. Cette intervention du Président Sud-africain doit évidemment être saluée comme un fait aussi positif que géopolitiquement naturel. Mais il est regrettable qu'elle soit apparue comme marquant un dessaisissement politique de la France, paradoxalement appelée à assurer l'essentiel de l'effort militaire et à porter injustement une grande part de responsabilité dans l'évolution de la crise ivoirienne, sans se voir reconnaître pour autant une mission d'orientation politique. Nous sommes en difficulté au milieu du gué. La récente crise togolaise a parachevé le nouveau tableau de l'Afrique. Lorsque, à la mort du général Eyadema, l'Assemblée Nationale, modifiant, à la hâte, les règles constitutionnelles, a confié le pouvoir à son fils, Faure Ngnassingbe, en attendant les élections 13

toutes proches, l'opposition togolaise a crié au scandale, a fait appel à l'opinion internationale et demandé que l'élection présidentielle soit organisée par une autorité indépendante et en prenant le temps qu'il fallait (sousentendu, le temps qu'il fallait pour que l'opposition monte en puissance). Malgré la qualité des relations franco-togolaises, malgré le fait que notre préférence allait naturellement à cette succession pacifique, en attendant d'autres transitions, et alors que nous étions en situation de trouver des compensations pour le chef de l'opposition, M. Gilchrist Olympio, qui, d'ailleurs, vivait en France, notre gouvernement s'est tenu en retrait. Les chefs d'Etat des pays membres de la Communauté économique et douanière de l'Afrique de l'Ouest (C.E.D.E.A.O.) et l'Union Africaine se sont, ainsi, retrouvés, seuls, en position d'arbitre. La première visite que Faure Ngnassingbe a effectuée à l'étranger pour demander conseil et appui à l'organisation de l'élection, l'a donc conduit à Abuja, auprès de son puissant voisin nigérian, dont le chef de l'Etat, Olosegun Obasanjo, était président en exercice de l'Union Africaine. Ce dernier a, alors, réuni, toujours à Abuja, Faure Ngnassingbe et Gilchrist Olympio et a obtenu que les deux responsables s'engagent à constituer un gouvernement d'union au lendemain de l'élection. Quand l'élection a eu lieu, c'est la C.E.D.E.A.O. qui s'est chargée de la contrôler et ce sont ses observateurs qui l'ont déclarée valable. Après quoi, le Président nigérian, président de l'Union Africaine, a reconnu Faure Ngnassingbe en tant que chef de l'Etat togolais. Pour sa part, le Ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, a déclaré au lendemain de 14

l'élection, que celle-ci s'était déroulée de manière globalement satisfaisante. Devant les vives critiques soulevées par cette déclaration, dans l'opposition togolaise et dans une partie de la presse française, il a immédiatement précisé qu'il n'avait fait que reprendre le commentaire des observateurs de la C.E.D.E.A.O. et ne s'était pas prononcé sur la validité des élections et la situation au Togo. Il a ajouté qu'il n'y avait pas et qu'il n'y aurait « pas d'ingérence française dans les affaires du Togo ». Le Ministre cherchait, ainsi, à apaiser les critiques que la presse française lui adressait. Il voulait, aussi, manifestement éviter que l'opposition au Togo prenne prétexte de ses propos pour s'attaquer à la communauté française dans ce pays. Mais sa soudaine reculade allait apparaître comme un signe de crainte: la presse, de toute manière, n'allait pas lui en savoir gré, et la communauté française au Togo risquait, en fait, d'en souffrir davantage que de ses premières déclarations, tant il est vrai que rien n'expose plus au danger et à l'agression qu'une manifestation de faiblesse. Quoiqu'il en soit, l'affaire ivoirienne puis celle du Togo ont montré que la France est en train de perdre son statut de partenaire principal de l'Afrique francophone. La crise togolaise a témoigné, en outre, de l'absence de soutien européen aux vues de la France. La Commission, qui depuis longtemps avait, contre notre avis, décidé la suspension des aides communautaires au Togo du Général Eyadema, n'a rien dit qui puisse nous aider à faciliter un règlement simplifié de la soudaine crise togolaise. L'Allemagne, s'opposant à Paris, a ouvertement soutenu, contre Faure Ngnassingbe, pourtant 15

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