FRANCHE COMTÉ TERRE D'ACCUEIL

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La Franche-Comté a accueilli de nombreux réfugiés à cause de sa situation géographique frontalière. Elle s'est montrée d'une extrême générosité vis-à-vis des Asiatiques. À partir de 1975, l'ensemble de la population s'est mobilisée pour répondre aux appels de détresse des rescapés cambodgiens de Polpot et des " boat-people " vietnamiens. Un livre qui rappelera aux générations futures cet accueil.
Publié le : jeudi 1 juin 2000
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EAN13 : 9782296412583
Nombre de pages : 334
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Claude GILLES

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LA FRANCHE-COMTÉ TERRE D'ACCUEIL
CAMBODGIENS LAOTIENS

HMONG
VIETNAMIENS
ARRIVÉE DES RÉFUGIÉS (Documents et témoignages)
Préface de Joseph Pinard Agrégé d'histoire

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9186-3

Je tiens à remercier tous ceux et toutes celles qui m'ont facilité cette tâche de reconstituer et de garder la mémoire d'une petite période de I 'histoire. Merci aussi au Comité National d'Entraide et en particulier à la Hmission réfugiés" de Bangkok pour son aide, ainsi qu'aux pères des Missions Etrangères de Paris et à Mlf).F.

PREFACE

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Le Père Gilles a de qui tenir: il raconte comment grâce à sa mère, qui allait être plus tard une résistante courageuse, il avait découvert la misère des réfugiés espagnols en 1939. Sensibilisé très tôt aux mal.heurs nés des guerres, Claude Gilles, devenu prêtre, se passionne pour la cause des réfugiés de l'ex-Indochine. Déplorant "l'ignorance radicale de la culture asiatique", il évoque dans un premier livre "Arrivée des Indochinois: De l'enfer à la liberté" l'histoire complexe des peuples auxquels il s'attache: Cambodgiens, Vietnamiens, Laotiens. Puis il présente une étude exhaustive des camps de réfugiés. Il analyse les causes de départ de ceux qui fuient la terrible dictature des Khmers rouges et il donne longuement la parole aux victimes du régime du sinistre Pol Pot et de ses séides. Quand il parle des boat people qui, au péril de leur vie, quittent un Vietnam où sévit aussi l'oppression, il aborde une pénible page d'histoire plus connue du monde entier à cause de l'émotion soulevée par les malheurs de ces familles souffrant de la faim et de la soif, poursuivies en mer par des pirates. Les témoignages se succèdent, précis et accablants. Après avoir donné la parole aux victimes, le Père Gilles, avec discrétion, évoque son action dan~ les camps, ses efforts facé à une inertie qui aurait découragé des hommes n'ayant pas sa trempe, pour redonner de l'espoir à tous ces exilés. Pensons à ces familles qui ont vu les Khmers rouges tuer à coups de bâton de pauvres gens fuyant à travers les rizières et courant après les rats pour les manger "c'était des gros rats, comme on avait faim, on les trouvait bons..."
Ce deuxième volume est consacré à "L'accueil en Franche

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Comté". Et ce qui surprend agréablement après la description

accablante de tant de malheurs, c'est le foisonnement des initiatives grâce aux réseaux mis en place sous l'impulsion de l'opiniâtre avocat de la cause des victimes d'un communisme inhumain. Certes, il y a ceux de nos compatriotes que dérange l'arrivée de ces personnes déplacées et qui, lorsqu'une installation se prépare dans leur commune, réagissent en disant: "Je veux bien leur donner cent balles mais qu'ils nous fichent la paix ici." Mais il faut saluer toutes ceux et celles qui n'entendent pas se contenter de verser quelques larmes ou une aumône lorsque des reportages montrent à la télévision des situations dramatiques insupportables, surtout lorsqu'elles concernent des enfants. Et l'action des centres provisoires d'hébergement se trouve heureusement relayée par des parrainages courageux surmontant les difficultés dues aux barrières linguistiques et aux différences considérables de modes de vie. Les aides individuelles, là encore évoquées par des témoignages précis, sont encadrées par des structures associatives, au premier rang desquelles il faut citer bien sûr l'Association franc-comtoise pour l'accueil des réfugiés, l'AFCAR née en 1978 et qui s'efforce de fédérer les bonnes volontés. Heureusement, elles ne manquent pas. Le Père Gilles aborde ensuite un problème majeur: les réfugiés doivent-ils se fondre dans la société française ou préserver les racines de leur culture. C'est la question que posent les associations créées par les réfugiés. Fait significatif: elles ne regroupent pas l'ensemble des personnes concernées, mais elles ont une base nationale, voire limitée à une ethnie. C'est le cas pour les Hmong de nationalité laotienne, montagnards soucieux de préserver leur civilisation si originale et leurs croyances chamanistes. Les données précises recueillies par le Père Gilles peuvent servir à la réflexion sur un problème capital. Deux conceptions en effet s'opposent: celle du respect des origines, passant par le maintien de la langue et pouvant déboucher sur une société dite multiculturelle où races, langues, religions se juxtaposent au mieux dans l'indifférence, au pire dans l'affrontement; une autre conception prône l'intégration, l'école jouant à ce sujet un rôle 8

essentieL, dans le contexte original de laïcité à la française permettant aux personnes de se conformer dans la vie privée aux pratiques ancestrales, tout en se ralliant dans la vie publique aux valeurs fondamentales des droits de l'homme par définition universelles. A l'heure où les spiritualités orientales attirent nombre d'Européens et sont à la mode dans les médias, une autre question se pose, celle de la rencontre du bouddhisme et de l'héritage judéo-chrétien de l'Occident, cette référence qui a amené le plus grand nombre des participants Père Gilles en tête - à l'aventure difficile et passionnante de l'accueil des

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réfugiés.

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Quelle complémentarité entre deux traditions spirituelles fondamentales de l'histoire de l'humanité? Un jésuite belge, le Père Fallon, qui a vécu dans les quartiers les plus pauvres de Calcutta, évoquant devant l'écrivain Jean-Claude Guillebaud la "Contemplation déll1obilisée" qui est au coeur de la méditation bouddhiste, confie "nous avons appris des bouddhistes le détachement. IIs ont à apprendre de nous la charité"... Un enrichissement mutuel sera-t-il le fruit de la greffe asiatique provoquée par le communisme athée? Tel est l'un des enjeux majeurs d'une aventure passionnante. Alors que tant de souffrances ont engendré bien des sIlences, tandis que tôt ou tard resurgit le besoin de repères, l'exigence de ne pas abandonner les finesses et richesses de civilisations millénaires, l'ouvrage du Père Gilles a le grand mérite d'avoir recueilli des matériaux très riches que son labeur inlassable a patiemment collectés et qui représentent un inestimable jalon dans cette dramatique histoire conduisant des habitants de l'ex Indochine à venir dans l'ex puissance colonisatrice, au coeur de cette Franche-Comté d'où sont issus tant de missionnaires partis à la rencontre d'hommes dont les descendants vivent aujourd'hui chez nous. Joseph Pinard Agrégé d'histoire ancien Député du Doubs

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PREAMBULE

Depuis quelque temps, sur les conseils d'amis, je pensais mettre par écrit ce que j'ai vécu depuis ces dernières années passées au service des réfugiés. Grâce à mes archives pour retrouver les adresses, je me suis décidé à recueillir de nombreux témoignages sur cette époque etc'est ainsi qu'est né ce livre. Ce travail est avant tout destiné à la population qui a accueilli les réfugiés cambodgiens, laotiens et vietnamiens dès] 975 sur une période de vingt ans. L'arrivée massive, surtout dans les années 1979 à 1985, a provoqué un choc émotionnel, alimenté par les médias et les appels des autorités civiles et religieuses. Le contexte social des années 75 à 85 était différent de celui d'aujourd'hui. On terminait juste les "trente glorieuses" ; la misère et l'arrivée en masse de demandeurs d'asile du monde entier ne s'étaient pas encore fait sentir. Il faut reconnaître qu'au départ, il y avait un préjugé favorable. Les anciennes générations se souvenaient de la collecte des timbres pour les "petits Chinois" avant guerre. Il y avait eu l'Exposition coloniale aussi qui avait fait découvrir Angkor par une reconstitution remarquable. Parla suite il y a eu la guerre d'Indochine en ] 945.Les jeunes engagés volontaires' pour la libération de notre pays sont partis en grand nombre pour ces régions lointaines, sans savoir exactement où ils allaient, ni ce qu'ils auraient à faire. Tous ces anciens d'Indochine ont gardé la nostalgie de ces pays malgré les horreurs de la guerre qui les attendaient, parce qu'ils ont été mêlés à la population dans les différents postes de la brousse ou de la rizière. Comment aurions-nous pu rester insensibles aux récits des premiers arrivants, en 1976, surtout Cambodgiens rescapés du génocide de Pol Pot, et des Vietnamiens rescapés de la mer, les "boat people" ? Les initiatives de toutes sortes se sont

multipliées. Beaucoup de générosités, mêlées à une ignorance radicale de la culture asiatique. On peut dire qu'il s'agissait d'un accueil généreux et naïf. Mais peut-être à cause de cela, les résultats furent extraordinaires et personne n'a regretté cette période qui, pour beaucoup, a marqué profondément leur famille. II ne s'agit pas d'une oeuvre Iittéraire, mais d'un recuei I de documents, de témoignages des réfugiés et des Français qui vivent parmi nous. J'ai respecté la simplicité des récits, gardant ainsi leur authenticité. C'est une petite pierre contribuant à l'histoire de l'immigration locale pour des chercheurs futurs lorsqu'ils se pencheront sur le passé, je l'espère. A ce moment-là nous ne serons plus présents pour témoigner, et les archives auront disparu. Les enfants des réfugiés euxmêmes ne sauront plus pourquoi ils sont ici parmi nous, car leurs parents sont d'une discrétion extraordinaire sur leur passé tellement douloureux. Peu d'enfants savent aujourd'hui l'enfer vécu par leurs familles. Je me souviens de la réaction d'une jeune femme me disant à la lecture du récit fait par son père: «Papa ne nous a jamais parlé de ça. Je le découvre aujourd'hui ». Même au Cambodge les jeunes ne savent rien sur cette période. J'ai tenu dans un premier livre "Arrivée des Indochinois en France: de l'enfer à la liberté" à rappeler l'histoire, d'une manière succincte, de ces pays, car beaucoup de Français et par conséquent de Francs-Comtois ne la connaissent pas. Ils ne savent pas que ce sont d'ancIennes civilisations d'une richesse extraordinaire. Ils ne connaissent pas leur mentalité, leur culture. C'est "sur le tas" qu'ils ont tout appris, en se confrontant à la réalité de tous les jours. Lorsque je faisais des conférences dans les villages ou les divers comités d'accueil, pour expliquer la mentalité de ces populations si différentes de la nôtre, j'ai toujours commencé mon exposé par une petite expérience simple que je dois à un ami missionnaire: prendre deux pommes, deux couteaux et faire venir près de moi deux personnes, de préférence des dames, mais peu importe, l'une française et l'autre asiatique. Ces personnes devaient, devant l'auditoire, peler ces pommes. L'une le faisait 12

d'avant en arrière (la Française) l'autre l'inverse (l'Asiatique). Tout le monde comprenait que nous étions devant deux univers totalement différents. Et je continuais en disant' que "Descartes n'avait pas franchi le canal de Suez". Nos manières de penser, notre manière de vivre étaient totalement différentes. Vous découvrirez dans ce deuxième livre, à travers divers récits, les traits essentiels de la culture, de la mentalité, de l'âme asiatique. C'est vrai, nous avons commis parfois des erreurs, des impairs, mais le sourire cachant de temps en temps les larmes nous a désarmés et notre amour du prochain a fait le reste. Voici le témoignage d'une petite fille cambodgienne du camp de Sakeo en Thaïlande qui répondait à une question « Je pleure seulement
quand il pleut, pour qu'on ne voie pas que je pleure ».

Je souhaite que ce travail, qui a demandé plusieurs années de recherches et qui est certainement incomplet, n'ayant pu retrouver tous les protagonistes, apporte à tous, un regard neuf sur l'autre, l'étranger. On ne voit bien qu'avec son coeur.

Permettez moi de vous expliquer pourquoi j'ai été sensibilisé par ce problème des réfugiés. C'est à seize ans que j'ai découvert la misère des réfugiés espagnols au Kursaal de Besançon, grâce à ma mère qui était infirmière à la Croix-Rouge. Cela a été mon premier choc. Un an après, moi-même, étant réfugié en zone libre dans le centre de la France, j'ai entendu une maman réprimander son enfant en lui disant« Si tu n'es pas sage, je te donne à manger aux réfugiés !...» Ces réfugiés n'étaient pas des étrangers, mais les Alsaciens-Lorrains et ... moi-même depuis peu. Deuxième choc important pour un adolescent. A mon retour de la guerre en France, en Allemagne et en Indochine, je suis allé apporter un peu de réconfort à des D.P. (Deplaced persons) en Autriche. C'étaient des filleuls que maman parrainait. Survivants des camps de concentration, ils ne voulaient pas retourner dans leur pays. Ils étaient sous la protection de l'Organisation Internationale pour les Réfugiés (OIR) avant la création du UNHCR. Plus tard, c'est par mon 13

travail apostolique en paroisse et surtout grâce à la "pastorale des migrants" que j'ai rencontré les Hongrois, les Chiliens, les Asiatiques, les Sri Lankais, Zaïrois etc. C'est la réponse au « Pourquoi je me suis préoccupé des réfugiés? »

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CARTE DE l'INDOCHINE

CHINE

THAILANDE
BANGKOK .

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'Pôulo éondoré
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CHAPITRE 1

QUELQUES LIENS HISTORIQUES ENTRE LA FRANCHE-COMTE ET L'INDOCHINE

HENRI MOUHOT En ] 826 naissait à Montbéliard Henri MOUHOT, qui deviendra célèbre par sa description d'Angkor. C'était un passionné de sciences naturelles; à la lecture d'un ouvrage anglais sur le Siam, il ébauche le projet d'une expédition botanique dans cette région du monde. N'ayant pu trouver des "sponsors" en France, il s'adresse à la "Royal Geographical Society" de Londres qui lui accorde une mission précieuse mais gratuite. C'est auprès de sa famille qu'il trouvera les fonds nécessaires pour s'embarquer en avril 1858. Il effectuera quatre voyages. Au cours de son deuxième voyage, il ira au Cambodge et à Angkor en suivant le même itinéraire que le Père Bouillevaux, missionnaire français qui connaissait l'existence d'Angkor. Henri Mouhot s'efforcera de décrire ce qu'il a vu et senti, et en tirera des notes précieu~es ainsi que des dessins. Il mourra d'épuisement au cours de son quatrième voyage, le 10 novembre 1861, à six kilomètres de Louang Prabang, dans la forêt où se trouve sa tombe, sur laquelle la ville de Montbéliard a apposé une plaque en l'honneur de son fils. Il faut reconnaître que, pour la trouver, ce n'est pas facile car il n'y a pas de route accessible aux automobiles.

Ses notes seront lues, après sa mort, à la séance de la "Royal Geographical Society". Elles seront traduites en français,. c'est son frère qui le consacre "découvreur" d'Angkor. Ce sera le début de cet engouement pour Angkor qui se continue avec juste raison encore de nos jours. voir annexe: Document N° 17 LES MISSIONNAIRES Tombe d'Henri Mouhot FRANC-COMTOIS.

Les missionnaires ont eu un grand rôle dans la présence française en Asie du Sud Est, en particulier la Société des Missions Etrangères de Paris, les MEP, fondées en 1659 par Mgr Pallu et Lambert de la Motte. Il est intéressant de lire l'Instruction de 1659 remise par le Pape Alexandre VII aux premiers évêques missionnaires fondateurs: «Ne nlettez aucun zèle, n'avancez aucun argument pour convaincre ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leurs moeurs, à moins qu'elles ne soient évidemment contraires à la religion et à la morale. Quoi de plus absurde que de transporter chez les Chinois, la France, l'Espagne, l'Italie ou quelque autre pays d'Europe! N'introduisez pas chez eux nos pays, mais la foi, cette foi qui ne repousse ni ne blesse les rites ni les usages d'aucun peuple, pourvu qu'ils ne soient pas détestables, mais, bien au contraire, veut qu'on les garde et les protège. Il est pour ainsi dire inscrit dans la nature de tous les hommes d'estimer, d'aimer, de mettre au-dessus de tout au monde les traditions de leur pays et le pays lui-même. Ne mettez donc jamais en parallèle les usages de ces peuples avec ceux de l'Europe,. bien au contraire, empressez-vous de vous y habituer ». Le premier Franc-Comtois à être envoyé pour le Tonkin a été le père Thiébaut originaire de Besançon en 1765, bientôt suivi par le père Le Roy né à Vesoul en 1780. Ce seront les premiers d'une longue série de 95 missionnaires de la région à partir pour ces trois pays du Vietnam, du Cambodge et du Laos. Parmi eux, il y aura quatre martyrs dont nous reparlerons par la suite: Saint 18

François Isidore Gagelin mort en 1833, Saint Joseph Marchand mort en 1835, Saint Pierre François Néron mort en 1860 et Saint Théodore Cuenot mort en 1861. Autres congrégations Des missionnaires d'autres congrégations partiront en Indochine, en particulier des Oblats de Marie Immaculée au Laos. Parmi les Frères des Ecoles chrétiennes, le Frère Camille Mairot, originaire de Montferrand-Ie-Château, a vécu vingt-sept ans parmi les montagnards de Kontum au Vietnam, se souciant d'instruire et d'éduquer les enfants et les jeunes. La congrégation de la Providence de Porcieux : Marie Louise Camuset, née à Gesincourt (Haute-Saône) le 24-4-1879, au Cambodge en 1920. La vie était tellement dure dans ces régions que la moyenne de vie et de présence était de trois ans à cause des maladies diverses qui frappaient les missionnaires, surtout le paludisme. La découverte de la quinine fut très précieuse pour prolonger les vies. LES MILITAIRES Pendant la "guerre d'Indochine" de 1945 à 1954, des centaines de Francs-Comtois sont partis pour le Vietnam, mais avant eux plusieurs militaires étaient déjà présents dans ces .pays, envoyés par l'Etat français par exemple M. S... habitant Besançon, arrivé au Cambodge en 1941 ,et revenu en France en 1947. Après avoir passé six mois à Phnom Penh il est allé à Pursat puis à Kompong Chhnang et à Siem Reap. Il était chargé d'instruire et d'encadrer les troupes autochtones. Au départ, il faisait partie d'un contingent de 60 officiers volontaires pour le Cambodge afin de contenir l'armée japonaise qui était dans la région. Ils ont cohabité avec elle jusqu'au coup de force du 9 mars 1945. Il a été fait prisonnier et envoyé dans un camp au Laos à Paksane, puis à Saigon où il a été libéré par les ,Gurkhas (soldats indiens de l'armée anglaise) en septembre 1945. 19

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Parmi les premiers Francs-Comtoisà partir pour le Vietnam,

il y eut ceux appartenant à la 9 ème DIC, tous, des jeunes engagés pour la durée de la guerre contre l'Allemagne au moment de la libération, et ayant renouvelé un engagement pour lutter contre le Japon. Au lieu du Japon, ce fut l'Indochine. Aucun de ces jeunes n'était préparé au genre de combat qu'ils durent affronter dès leur arrivée. A cause de leur jeune âge - dixhuit - vingt ans, vivant le plus souvent dans des conditions précaires, un grand nombre mourut de maladies tropicales ou dans les combats de guérillas. Par la suite ils furent remplacés par une armée de volontaires. Il faut signaler le SILt Henri Bourlier dit "Tito", ancien responsable du maquis portant son nom, décédé à Haiphong. Plusieurs villages de la région gardent le souvenir de ces morts, par exemple: Bucey-Ies-Gy, Greucourt, La Vaivre de Seveux.

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CHAPITRE

2

L'ORGANISATION

DE L' ACCUEIL DES REFUGIES

Avant de parler de l'accueil des réfugiés sur le plan local en Franche-Comté, il est utile de connaître les rouages administratifs qui régissent les problèmes des réfugiés tant sur le plan international que sur le plan national. SUR LE PLAN INTERNATIONAL Le 14 février 1950, l'O.N.U. décide la création d'un organisme international pour clarifier les problèmes posés par l'existence de réfugiés de plus en plus nombreux. L'entrée en vigueur sera effective le 1er janvier 1951. Les Etats membres devaient trouver une solution aux problèmes des nombreux réfugiés qui se trouvaient enfermés dans des camps à la suite de la fin de la guerre. Il s'agissait des D.P. (Deplaced persons) qui étaient hébergés dans des camps en Autriche. Ces D.P. étaient des rescapés des camps de la mort nazis qui ne voulaient pas retourner dans leurs pays respectifs. Ils habitaient autrefois dans l'Europe de l'Est qui était passée sous le joug communiste. C'est le 28 juillet 1951 qu'a été signée la Convention de Genève qui a ainsi permis de trouver une solution pour ces réfugiés, surtout européens, car c'était là que le problème était le plus grave et le plus urgent. Cette Convention de Genève définit le terme de réfugié, et cette définition est encore valable de nos jours, même si elle a besoin d'être réaj ustée. Elle stipule que «... le terme de réfugié s'applique à toute personne... qui par suite d'événements survenus avant le

1er janvier 1951, craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de
la protection de ce pays ».

Par la suite le Protocole de New York, dit de Bellagio, du 31 janvier 1967 étend ces dispositions aux réfugiés du monde entier. C'est un organisme international émanant des Nations Unies, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (l'V.N.H.C.R. ou par abréviation le H.C.R.) qui est chargé de veiller à l'application des conventions précitées et à la protection internationale des réfugiés. Le H.C.R. a son siège à Genève et une délégation dans de nombreux pays dont la France. Suite à ces accords, une personne reconnue réfugiée par l'un des pays signataires de cette convention a un certain nombre de droits ou garanties: - Elle a droit à une identité (article 87 chap. V)
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un titre de voyage (article 28 chap. V) qui lui permettra de voyager à travers le monde (sauf son pays d'origine) et d'être sous la protection du pays d'accueil _ au non refoulement dans son pays d'origine (article 32 chap. V) Un autre service spécialisé des Nations Unies que l'on retrouvera dans tous les camps visités est L'U.N.I.C.E.F. (Fonds des nations unies pour l'enfance) créé le Il décembre l 946. Le C.I.C.R. (Comité International de la Croix-Rouge) basé à Genève est présent sur tous les lieux où il y a des besoins. C'est lui qui sera le coordinateur des ONG dans les camps.
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un travail

(article 17 chap. III)

SUR LE PLAN NATIONAL L'O.F.P.R.A. (Office Français Pour la Protection des Réfugiés et des Apatrides) est un établissement public autonome, créé par une loi du 25 juillet 1952 et destiné à assurer 22

la protection juridique et administrative des réfugiés et apatrides résidant en France. En cas de rejet par cet office, les réfugiés ont un mois pour adresser un recours au Tribunal de la Commission des Recours à Paris. (Juridiction indépendante). Pour les réfugiés du Sud-Est-Asiatique, laFrance, en souvenir de son passé colonial en Indochine, a, dès le 5 mai 1975 à l'occasion du Conseil des ministres, mis en place des structures pour faciliter l'accueil des personnes en provenance de ces trois pays: Cambodge, Laos, Vietnam. Il est utile de rappeler que Phnom Penh était tombée aux mains des Khmers rouges le 17 avril et Saigon aux mains du vietkong le 30 avriL Le 21 mai, le secrétariat d'Etat à l'Action sociale demandait à plusieurs associations de se concerter afin d'étudier «quels moyens elles pouvaient mettre en oeuvre pour faire face au problème de l'arrivée des réfugiés venant d'Indochine en liaison avec l'administration». Cela aboutit à un Protocole d'accord le 30 mai 1975 : - Il fut créé un Comité de liaison qui se réunira régulièrement et une répartition des tâches et des responsabilités fut décidée. 1 - L'accueil aux aéroports sera à la charge de la CroixRouge qui assurera le transport vers les centres de transit, ainsi que la prise en charge des mineurs isolés dans un foyer spécial à Issy-Ies-Moulinaux. 2 - France Terre d'Asile (F.T.D.A.) prendra en charge la responsabil ité des centres de transit installés en région parisienne: Crétei I - Poissy - Achères etc. et des centres d'hébergement situés en province. Les réfugiés seront répartis à travers toute la France par les centres de transit de la région parisienne entre "la solution collective" avec prise en charge par l'Etat dans les CPH - (Centres Provisoires d'Hébergement) - et les "solutions individuelles" avec prise en charge par les familles. 3 - Le Secours Catholique et le S.S.A.E. (Service Social d'Aide aux Emigrants) se verront confier l'assistance aux personnes "en solution individuelle", c'est-à-dire celles qui ne passeront pas par les C.P.H.

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4 - L'enseignement du français dans les C.P.H.sera confié à la C.I.M.A.D.E. (Comité oecuménique d'entraide). 5 - Le C.O.J.A.S.O.R (Centre Juif d'Aide Sociale et de Reconstruction) s'occupera pendant un temps du FJ.L.AJ.D. (Fonds pour l'Installation Locale Des Asilés d'Indochine). 6 - Une association à créer sera chargée de la sensibilisation de l'opinion pour la recherche de logements, d'emplois etc. Ce sera le C.N.E. Au cours d'une réunion le 24 juin 1975, la décision fut prise de créer un Comité National «en vue d'apporter une contribution aux efforts publics et privés déjà entrepris en
faveur des réfugiés de ces pays, non pour s

y substituer

ou agir

parallèlement, mais pour essayer de servir de centrale d'information, de trait d'union et de pôle d'initiative ». Le nouveau comité prit le nom de "Comité National d 'Entraide Franco-Vietnamien, Franco-Cambodgien, Franco-Laotien". Le Préfet Barbier, originaire de la HauteSaône, devint le premier secrétaire général et le 24 juillet 1975 se tenait le premier conseil d'administration sous la Présidence de M. Jean Sainteny, ancien commissaire' de la République pour le Tonkin et le Nord Annam. Le président Sainteny ne restera pas longtemps à la tête du C.N.E, car il mourra en 1978 et sera remplacé par l'ancien secrétaire d'Etat M. Jean Jacques Beucler, ancien prisonnier des Viet Minh pendant quatre ans. Il avait une entreprise en HauteSaône à Corbenay. En 1981, il sera remplacé par M. Jean Michel Belorgey, député de l'Allier, jusqu'à sa démission en 1986. C'est le préfet Barbier qui sera choisi par le conseil d'administration pour être le président jusqu'à sa mort en 1988. Le général Guy Simon, ancien officier d'Indochine, lui succédera jusqu'à la dissolution du Comité qui est alors remplacé par l'ANAl. (Association Nationale des Anciens et des Amis de l'Indochine et du Souvenir Indochinois). En octobre 1975, le CNE s'installe rue Cambronne à Paris. Je le signale, car bientôt les réfugiés ne connaîtront que cette adresse pour effectuer différentes démarches. Ce nom sera sur toutes les lèvres des réfugiés, prouvant ainsi l'efficacité du 24

Comité. Ils diront ceci: «on va à la rue Cambronne... on écrit à la rue Cambronne». Les moyens financiers du CNE seront fournis par des dons et des subventions en provenance du secrétariat à l'Action sociale, puis du ministère des Affaires sociales. Très vite, le CNE a recherché des relais dans les régions.
C'est ainsi qu'en 1977, on m'a proposé - grâce au Père Richard, originaire du Jura, qui travaillait au Comité National - d'être le

délégué officiel du CNE pour les départements du Doubs et du Territoire de Belfort avec agrément des préfets, et en pratique, (sans aval officiel), celui du Jura. Pour le département de la Haute-Saône, ce sera le Général Kopf. Le rôle des délégués régionaux sera d'être présents dans les instances mises en place par la suite par les préfectures en 1979 pour l'accueil des réfugiés, et surtout d'être le relais entre Paris et la base. Pour toute demande adressée à Paris pour un problème concernant les réfugiés en province, le CNE renverra au délégué de base dans le département concerné. Au début 1976, sur proposition du président Jean Sainteny, avec l'accord du Président de la République, le Comité fut autorisé à mettre en place à Bangkok une "mission réfugiés" chargée, sous l'autorité de l'Ambassade de France, d'établir les listes de demandeurs d'asile autorisés à venir en France, selon les critères définis à Paris, et de les soumettre à la mission consulaire pour la délivrance des visas d'entrée. Voici les critères proposés par le CNE et retenus par le ministère des Affaires Etrangères : - avoir une connaissance de la langue française; - avoir rendu des services à la France à titre civil ou militaire; - le regroupement familial en ligne directe (époux, parents, enfants) ; - danger pesant sur la vie des personnes et des cas humanitaires. En pratique le quatrième critère permettra d'être assez souple dans le choix des réfugiés. L' appl ication de ces critères a varié selon la politique définie à Paris. Mais on peut dire que la France s'est montrée généreuse et l'aspect humanitaire a 25

beaucoup joué. Le ministère de la Défense mit à la disposition duCNE deux officiers et deux sous-officiers féminins servant de secrétaires. Le ministère des Finances fournira un crédit de fonctionnement pour le départ de cette opération, qui durera jusqu'en 1992, fin de l'existence des camps en Thaïlande. Par la suite, l'effectif variera selon les problèmes du moment. Le financement, et l'orientation passeront sous l'autorité exclusive du ministère des Affaires étrangères. Ces données sont importantes à connaître pour mieux comprendre le rôle joué par toutes ces organisations internationales, nationales ou locales dans l'accueil des réfugiés, dans les récits des différents acteurs, (réfugiés dans les camps, comités, familles d'accueil ou délégués du CNE), continuellement on verra citer ces noms ou sigles par les intervenants.

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CHAPITRE 3

COMMENT

LES REFUGIES SONT ARRIVES EN FRANCHE-COMTE

L'arrivée des réfugiés du Sud-Est-Asiatique dans notre région s'est étalée sur presque vingt années, de 1974 - avec les étudiants cambodgiens et vietnamiens qui, faisant leurs études à l'Université demanderont en 1975 le statut de réfugié - à 1993 environ, avec une pointe très forte de 1979 à 1990. Ils sont arrivés par différentes manières: DIRECTEMENT En solution collective dans les Foyers de la région La plupart sont venus des Foyers de transit de la région parisienne, comme Créteil, Herblay et d'autres, au moment de grande affluence, où ils ont passé une quinzaine de jours à la sortie de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle pour des examens médicaux et établir les premières identités. Pour les mineurs c'était le foyer de la Croix-Rouge à Issy les Moulineaux. Ils seront dirigés sur les quatre principaux Centres Provisoires d'Hébergement de la région (des CPH) qui étaient par ordre d'ancienneté de création, ceux de Lure - Besançon (Forum) - Valdahon et Dole - (Celui de Villers-Ie-Lac pour quelques mois). Ce choix provient soit de leur demande pour se rapprocher d'une famille ou d'amis dans la région, soit tout simplement du fait qu'il y avait de la place dans les foyers.

En solution individuelle Pour rejoindre leur répondant depuis le foyer de transit à Paris. Ce sera soit une famille française, soit une famille apparentée ou amie. Dans ce dernier cas, beaucoup ont été accueillis par l'AFCAR dans son appartement de la rue des Flandres, en attendant de trouver un logement, car ils se retrouvaient entassés, à parfois quinze personnes, dans la famille d'accueil. Par des parrainages de mineurs

Dès 1975, des enfants mineurs ont été accueillis dans des familles émues par la situation décrite par les médias. L'adoption étant interdite, il ne s'agissait que d'un parrainage pour conduire l'enfant ou l'adolescent à sa majorité et son indépendance. INDIRECTEMENT Par p'acement France à partir des Foyers de diverses régions de

Les Foyers, cherchant une solution pour les familles dont ils avaient la charge pendant au maximum six mois, ont trouvé sur la région des répondants, soit pour du travail, soit par la possibilité de logement ou par le regroupement de familles. Ces Foyers étaient essentiellement ceux de l'Est de la France: Toul Autun - Mulhouse - Dijon ou même de plus loin: Port Leucate Bar-sur-Aube - Méribel etc.. Les Foyers étaient heureux de trouver une solution pour leurs pensionnaires. Regroupement des familles

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Des familles déjà installées dans d'autres régions sont venues rejoindre de la parenté au bout de quelques mois ou quelques années. Ces familles n'ont pas été connues immédiatement par les services sociaux d'accueil en Franche-Comté et elles se sont débrouillées seules. Cela concerne surtout les Hmong où la solidarité familiale a joué totalement. 28

La recherche de travail:

autre facteur d'arrivée

Plusieurs ayant trouvé du travail dans la région, sont arrivés,

seuls, en logeant chez un ami. Cela a été le cas, dans les années
1979-1980, à Villers-Ie-Lac, dans l'horlogerie. Il s'agissait surtout de jeunes célibataires qui venaient et repartaient sans installation durable au début. Ces jeunes ou ces familles n'ayant pas de racines dans une région déterminée à leur arrivée en France, c'était, en premier, le travail qui était le facteur d'arrivée, puis le logement: Besançon construisait beaucoup à l'époque. C'est le cas maintenant de Saint-Claude dans le Jura ainsi qu'à Oyonnax (dans l'Ain mais à la limite de la région) où des familles entières se sont installées depuis ces dernières années. Les illégaux Ce sont ceux qui sont entrés illégalement en France: ils ont été laissés sur le trottoir, près d'une cabine téléphonique, au milieu de Paris, par des passeurs. En général ces gens venaient des camps de Thaïlande et dûment enregistrés par le H.C.R., mais ils trouvaient le délai d'attente trop long, pour venir en France; avec aussi une incertitude de l'avenir. Leurs parents avaient payé le voyage. Ils sont venus rejoindre la famille ou des amis et ils ont été régularisés par l'OFPRA par la suite, en pouvant prouver leur origine et leur passage dans les camps officiels, surtout en Thaïlande. On peut dire, en résumé, qu'il y a eu, au départ, une volonté très ferme des associations et des municipalités d'accueillir ces réfugiés. D'autre part, on peut constater que c'est le hasard pour beaucoup, puis les regroupements de famille et enfin le logement et le travail qui ont provoqué leur arrivée. Je dois signaler aussi qu'étant délégué du CNE pour le département, j'avais des contacts étroits avec la "mission réfugiés" de l'ambassade de France à Bangkok et j'ai pu aider à trouver une solution pour quelques cas difficiles. (Détails dans le livre De l'Enfer à la Liberté). On doit ajouter que l'inverse, c'est-à-dire les départs de la région vers d'autres régions ou sur Paris proviennent des mêmes causes, les arrivées compensant les départs. 29

CHAPITRE

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LES CENTRES PROVISOIRES D'HEBERGEMENT DANS LA REGION (C.P.H.) Si les réfugiés sont arrivés dans notre région par les différentes manières évoquées plus haut, la plus grande partie est passée par les Centres Provisoires d'Hébergement (C.P.H.) sous la direction nationale de France T~rre d'Asile (F.T.D.A.), mais sous la responsabilité et la gestion financière, avec l'argent de l'Etat, d'associations locales. Ces foyers ont été au nombre de quatre importants, par ordre d'ancienneté de création: Lure créé en janvier 1975 Besançon en septembre 1981 Valdahon en Mars 1982 Dole en 1982 (pour les réfugiés) Un cinquième a fonctionné quelques mois seulement à Villers-Ie-Lac pour des réfugiés Thaï dam,. (Vietnamiens Laotiens) en 1977. Dans ce chapitre je donne une description des CPH de la région d'après les documents fournis parles gestionnaires avec des statistiques et le témoignage de protagonistes extérieurs au Foyer d'accueil. Pour éviter les répétitions sur l'organisation administrative, je n'y reviendrai pas à chaque étude particulière d'un Centre, mais je relèverai les caractères propres à chacun, provenant de l'Association gestionnaire du lieu d'implantation. Ce qui a été fait à Valdahon dans un temps limité ne pouvait pas être réalisé

dans une grande ville. La manière d~ gérer au Forum dépendant du CCAS d'une ville est aussi différent de celle d'une association. Lorsque je n'ai pas pu obtenir de documents officiels, ceux-ci ayant disparu, comme à Lure ou à Villers-IeLac, j'ai eu recours aux témoins directs de l'époque. Pour Dole aussi, c'est une vie différente, car le CPH est intégré dans un complexe plus large. Mais, d'une manière générale, tous les responsables des Centres ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour le bien des réfugiés.

LE C.P.H. de LURE (HAUTE - SAONE)
Ce foyer, le plus ancien de tous, a eu une vIe un peu tourmentée et a fonctionné en deux temps: Première période de 1975 à 1987 Pour cette période, faute d'avoir pu retrouver les archives du Centre, ni les responsables de l'époque, il manque beaucoup d'éléments, en particulier la statistique concernant le nombre total des réfugiés hébergés et la répartition par nationalité. La préfecture de Haute-Saône à Vesoul eUe-même n'a pu fournir ces renseignements. Laissons parler des témoins de sa création. Mme Simone Schneider se souvient des débuts: « Au titre de mon appartenance à l'AFCAAFI (ancien nom de l'ASTI de Lure), j'ai été présente dès la construction de l'actuel CPAI (Centre Provisoire d'Accueil et d'Insertion) et je peux vous apporter quelques éléments de la genèse de cette histoire. Au début des années soixante-dix, les entreprises de Lure employaient un grand nombre de travailleurs migrants qui étaient pour la plupart fort mal logés. Voulant faire disparaître les bidonvilles qui commençaient à s'installer, les chefs d'entreprises et la municipalité, sous l'impulsion de M. Duvant, alors Président Directeur Général de Bertrand Faure à MagnyVernois, formèrent une "Association pour le logement des 32

Travailleurs Migrants". (Statuts déposés le 21 janvier 1972) Sur un terrain de la ville, qui jouxte celui du Foyer des jeunes travailleurs, les H.L.M. construisirent un "Foyer du travailleur migrant" de quatre-vingt-dix-huit chambres prévues pour "célibataires" - en effet les familles des immigrés sont toutes restées au pays. Le F.T.M. ouvrit ses portes en décembre 1974 ; la gestion en a été confiée au Foyer des jeunes travailleurs. Malgré des prix très étudiés, le FTM n'attira que peu de travailleurs étrangers car ils faisaient, tous, des économies drastiques sur la nourriture et le logement afin de pouvoir envoyer le maximum d'argent aux familles dans le pays d'origine. Résultat, la situation financière devint de plus en plus difficile et quand, en décembre 1975, France Terre d'Asile propose d'y envoyer les premiers réfugiés du Sud-Est-Asiatique, l'offre est accueillie avec grand soulagement. Quelques chambres seront réservées aux travailleurs étrangers et les autres pourront accueillir les réfugiés. Une nouvelle convention est passée avec le F.J.T à qui la gestion a été remise en totalité. Les familles nombreuses pourront occuper plusieurs chambres dans le même secteur de la maison. Elles toucheront chaque jour les vivres nécessaires et pourront confectionner leurs repas dans les cuisines communes. Les premiers réfugiés arrivèrent en janvier 1976. Ils étaient répartis en trois familles laotiennes, ayant de nombreux enfants: famille Manivong et familles Tin et Tran je crois. Très vite d'autres Laotiens, des Vietnamiens et des Cambodgiens vinrent les rejoindre. Un travailleur social a été nommé pour s'occuper des nouveaux venus, en l'occurrence l'épouse du directeur du FJT. Les réfugiés fréquentèrent, en ville, les cours de français gratuits, mis à leur disposition par les bénévoles de l'AFCAAFI, des liens d'amitié se créèrent. Les réfugiés, mis en confiance, commencèrent à se plaindre d'un manque de compréhension de la part des dirigeants du foyer: ils ne touchaient pas régulièrement les indemnités journalières auxquelles ils avaient droit, ils ne pouvaient décider de leurs propres achats, ils étaient mal nourris et recevaient tantôt des repas préparés, tantôt des 33

vivres à cuisiner, en quantités insuffisantes, ils devaient supporter de longs délais quand ils avaient besoin d'un médecin, d'un dentiste, de médicaments ou de papiers pour les allocations familiales, les reconversions de permis de conduire etc. Devant ces problèmes l'AFCAAFI chercha à aplanir les difficultés et le 20 février 1976, Monsieur Courtois, maire de Lure créa un "Comité d'Accueil pour les réfugiés." Ce sera une instance morte qui ne se réunira qu'une fois. D'autres personnes s'émurent, mais l'accès au Foyer, des personnes de Lure, n'était pas encouragé, loin s'en faut. Il se créera alors sous l'impulsion de Madame Carmen Colle un "Comité d'aide aux réfugiés" qui tenta de suivre les familles individuellement, organisa des vacances pour les enfants, chercha des logements pour ceux qui quittaient le foyer ... A partir de ce moment-là, les réfugiés du Sud-Est-Asiatique seront rejoints par des réfugiés de toutes origines et deviendront progressivement minoritaires au foyer de Lure. » Mme S. Aymonin nous donne aussi son témoignage: « Les premiers arrivés, enfants, adolescents, adultes vinrent au cours d'alphabétisation que nous assurions, en équipes bénévoles, dans une salle où nous recevions aussi d'autres nationalités que les nationalités sud-asiatiques (Turcs, Arabes d'Afrique du Nord, etc...) ceci en dehors des heures de classe. Puis, à partir de septembre 1982, ce furent pour les enfants, scolarisés, des cours donnés dans les murs de J'école une heure et demie pour chacun des deux groupes, une matinée par semaIne. J'assurai ces cours durant une année scolaire, puis ce fut une jeune veuve d'un instituteur mort prématurément qui me remplaça, de septembre 1983 à décembre 1987. Nous n'avions qu'à nous louer de ces élèves attachants, dociles, studieux, réservés et pleins de bonne volonté, désireux d'apprendre et de comprendre la façon de vivre de leur pays d'accueil. » Mme An se souvient de la période où elle était formatrice pour apprendre le français aux réfugiés: « J'ai été embauchée de 1979 à 1981 au Centre Provisoire d'Hébergement de Lure pour m'occuper de la formation 34

linguistique des réfugiés nouvellement arrivés au Foyer. Il s'agissait à l'époque de réfugiés du Sud-Est-Asiatique. J'avais déjà travaillé deux ans comme éducatrice. Avant J'embauche on m'a demandé de présenter un projet éducatif par des moyens audio-visuels. Ce que j'ai fait. Il s'agissait d'une formation à la langue française par des moyens audiovisuels et j'étais rémunérée par la Chambre de Commerce de Lure, avec l'argent versé par la CIMADE qui recevait des crédits de l'Etat pour cette activité. Le stage de formation durait quatre mois à raison de six heures par jour. Les groupes étaient très hétéroclites. Il y avait des gens de tous les âges. Je peux dire que les réfugiés étaient très motivés, mais, hélas, comme je l'expliquais plus haut, les groupes étaient très divers, allant de l'intellectuel qui avait une belle profession dans son pays, au modeste paysan de la rizière qui était analphabète. Pour les plus de cinquante ans ce travail était épuisant. On travaillait surtout le matin et l'après-midi était plus détendue, on jouait aux cartes en parlant français. Il fallait les distraire. Il fallait aussi leur faire comprendre qu'il était très important pour les femmes de venir également apprendre le français, ce n'était pas réservé uniquement aux hommes et aux jeunes, c'est pourquoi nous avons organisé une garderie où chacune des mères de famille gardait les enfants du groupe. Toutes, chacune à tour de rôle. Il y a des anecdotes amusantes, par exemple: apprendre à se donner la Inain pour dire bonjour. Il faut savoir que dans leurs pays on ne se donne jamais la main, mais on joint les mains à hauteur de la tête pour dire bonjour. Cette expérience provoquait des fous rires. D'autre part, comme Lure est proche de la base aérienne de Luxeui I, lorsque les avions passaient à basse altitude avec un bruit assourdissant, les Vietnamiens se précipitaient sous les tables, ayant de mauvais souvenirs des bombardements pendant la guerre. Il fallait expliquer qu'ici il n'y avait pas la guerre et qu'il s'agissait d'exercices. Lorsque je donnais un devoir à faire par écrit, je me souviens que les récits de "boat people" étaient très douloureux à cause des viols subis par les femmes. Celles-ci, par peur des pirates, se 35

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