Francis Sanford à cœur ouvert

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Cette biographie est celle d'un homme simple et attachant, pétri de la vie des îles, soucieux du bien public, qui sut inventer une façon typiquement polynésienne de faire de la politique. Il eut la tâche difficile d'assurer la transition entre une Polynésie attachée à son passé, celle de Pouvana'a a Oopa, dont il s'inspira, et une Polynésie attirée par l'Occident, celle de Gaston Flosse, qu'il combattit durement. Sa vie est un maillon, parfois mal compris, de l'histoire polynésienne.


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EAN13 : 9782367340104
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FRANCIS SANFORD est mort le 21 décembre 1996. Il avait quitté la scène politique en 1985, laissant derrière lui une Polynésie qu’il avait contribué à rendre plus responsable en arrachant à Paris un statut d’autonomie évolutif, dans le contexte très passionné des essais nucléaires qu’il n’eut de cesse de combattre.

 

C’est ce double combat, l’un servant de levier à l’autre, que raconte ce livre enrichi des souvenirs mêmes de celui qu’on appelle le dernier Metua, et que l’auteur a rencontré longuement avant sa mort. On y découvrira un homme simple et attachant pétri par la vie des îles, soucieux du bien public, généreux et parfois naïf, qui avait su inventer une façon typiquement polynésienne de faire de la politique. Il eut la difficile tâche de faire la transition entre une Polynésie attachée à son passé, celle de Pouvana’a a Oopa, dont il s’inspira, et une Polynésie attirée par l’Occident, celle de Gaston Flosse, qu’il combattit durement. Sa vie est un maillon de l’histoire polynésienne, parfois mal compris. Ce livre contribuera certainement à rendre justice à celui qui reste le Père de l’autonomie.

 

YVES HAUPERT

 

 

FRANCIS SANFORD

À CŒUR OUVERT

 

 

LES MÉMOIRES DU DERNIER METUA

Père de l’autonomie polynésienne

 

 

Préface de Daniel Millaud

Sénateur de Polynésie française

Compagnon de route de Francis Sanford

 

 
 

On reste tous des Enfants.

Il n’y a pas de Vieux.

Il n’y a que des Vieux Souvenirs,

De Vieux Chagrins.

 

À ma mère,

à Gilbert et David.

 

À Harry et Lita,

pour les Jeunes de ce pays.

 

« Si je laissais parler mon cœur,

je dirais : Tahiti, c’est la France,

si je laisse parler ma conscience politique,

c’est à vous d’en décider autrement. »

 

François Mitterrand, Papeete 1975

 

Préface

de Daniel Millaud

sénateur de Polynésie française

 

D’origine alsacienne, d’un père ayant participé aux combats de Bir Hakeim, Yves Haupert, journaliste à Radio-France-Outre-Mer (RFO), a enregistré, sur la demande de l’intéressé, les mémoires de Francis Sanford. Après des études de droit et de sciences politiques à l’université de Strasbourg, où il suivit également des cours de théologie, l’auteur devait être volontaire de l’aide technique (VAT) en Guadeloupe où il fut enseignant. Voilà quinze ans qu’il vit en outre-mer dont il connaît bien les problèmes. C’est à Tahiti qu’il envisage de poser ses valises. Je crois qu’il est utile de préciser ces éléments qui ont permis à Yves Haupert, qui séjourne dans le territoire depuis 1993, de s’y adapter facilement et d’analyser objectivement la carrière - mais est-ce le mot qui convient ? - de celui qui lui a confié ses souvenirs, après que plusieurs autres aient tenté, en vain, de le faire avant lui.

En tout état de cause, il était nécessaire de rédiger la biographie de l’homme qui a su faire la transition entre les Établissements français de l’Océanie et le territoire de la Polynésie française et dont l’expérience aura été une synthèse, sans amertume ni fierté de déception et de succès. C’est là un exemple que l’on ne peut oublier.

J’ai, pour ma part, connu Francis il y a une trentaine d’années, à la suite d’un « montage » qui éclaire la nature des relations que nous avons eues, lui et moi. Un dimanche au cours d’une réunion de famille, mon oncle Jean Millaud, ancien président de l’Assemblée représentative, me reprocha de ne pas m’intéresser à la politique, alors que j’avais poursuivi des études supérieures, que j’avais une bonne situation - chirurgien-dentiste -, et demanda à mon père, Jules Millaud, ce qu’il en pensait. « Je suis d’accord », répondit-il, et il ajouta : « à une condition, Daniel, les Tahitiens d’abord ».

Quelque temps plus tard, comme par hasard, Tetua Pambrun me demandait d’être sur sa liste, pour des élections municipales en 1965. Nous fûmes battus, l’élection annulée, tous élus, sauf un, l’année suivante. Curieusement, en plus de Tetua Pambrun, figuraient sur la liste, parmi d’autres membres du Te E’a Api nouvellement créé, des parents, je veux citer Anna Lagarde et Yves Malardé…

Francis m’attendait après la proclamation des résultats, le panachage m’ayant propulsé à la deuxième place, il m’invitait à rejoindre son parti.

Au fur et à mesure qu’il m’exposait le projet auquel il désirait m’associer - l’autonomie interne du territoire -, je découvrais un homme convaincu, affectif, intuitif, dont le centre d’intérêt ne devait pas changer pendant les trente années de notre amitié. Il ne faut pas oublier que sa formation d’instituteur lui avait donné, très jeune l’« aura » d’un Polynésien familier de la langue française. D’autre part, il assuma rapidement des fonctions d’autorité, puisque chef de poste administratif des Gambier en 1939, à l’âge de vingt-sept ans.

Après la défaite de 1940, Francis entre en politique. Il convainc la population de se rallier au gaullisme et revient à Papeete avec de nombreux jeunes qui s’engagent avec lui dans le “Bataillon du Pacifique”.

Accusé à tort de mutinerie, il sera jeté en prison et traité comme un chien. Il bénéficiera au bout de plusieurs semaines d’un non-lieu. Il prend alors conscience du colonialisme arbitraire bafouant le droit, il ne l’oubliera jamais. Il est nommé ensuite à Bora Bora comme chef de poste représentant la France libre auprès des Américains qui ont fait de l’île une importante base aéronavale. Cette nouvelle expérience lui permettra de parfaire son anglais et surtout de faire bénéficier les habitants de nombreuses prestations, tout en demeurant, en permanence, à la disposition des autorités militaires.

La « Medal of Freedom » (Médaille de la Liberté) lui sera remise quelques années plus tard, seuls deux Français ont reçu cette haute distinction.

La guerre terminée, il retrouve son métier d’enseignant pour peu de temps. Mis à la disposition du gouverneur comme chef de mission, puis chef de cabinet civil et interprète, la carrière de Francis Sanford dans la fonction publique, dont il connaît maintenant les faces cachées, s’achève. Il quitte le gouverneur Grimald, soutient la grève des fonctionnaires locaux qui se battent pour obtenir l’alignement de leurs soldes sur celles des « Métros », « ce n’est que justice » dit-il.

La « galère » atomique commence. Elle scandalise cet homme de la paix, qui constate, parce qu’il connaît bien ce peuple, l’amorce d’un déséquilibre économique et social, le phénomène des migrations vers Tahiti des insulaires à la recherche d’un emploi, car le CEP recrute beaucoup pour « construire ».

Après plusieurs échecs électoraux, Francis crée le « Te E’a Api » dont les deux idées forces sont : un statut d’autonomie interne dans la République et l’arrêt des expériences nucléaires. Sur ce dernier point, peut-on passer sous silence combien la famille Sanford fut bouleversée par le décès de son fils Tinihau, mort d’une leucémie en 1968 ?

Le peuple enfin, reconnaît les projets du parti. Francis est élu à la mairie de Faaa, dont il est le premier maire en 1965. Deux ans plus tard, il devient député. Il fallait une réconciliation entre le parti de John Teariki, le « Here Aia », et le « Te E’a Api ». Les élections territoriales de 1967 permettent la naissance d’une majorité autonomiste à l’Assemblée territoriale.

Gracié par le président de la République, Pouvana’a a Oopa revient à Tahiti. Il faut souligner le parallélisme de ces deux grandes figures de l’histoire du Fenua (pays) depuis les Pomare. Engagé volontaire en 1914, Pouvana’a adhère au gaullisme en 1940. On lui reproche des manifestations contre les fonctionnaires « métros », ainsi que d’avoir appelé à voter « non » au référendum de 1958. Bien que député, et, alors que son indemnité parlementaire est supprimée avant que ne soit levée son immunité, il est arrêté, jugé, condamné pour avoir tenté de mettre le feu à Papeete, ainsi que le décrivaient, a-t-on dit, des affiches apposées à Uturoa vingt-quatre heures avant les faits qui lui étaient reprochés. On avait trouvé des armes à son domicile, et des journaux pornographiques. « Tu te rends compte, Daniel ! », me disait-il. Ne pouvant obtenir la révision de son procès, nous l’élirons brillamment sénateur de la Polynésie française en 1971. Et bien savez-vous que le 25 novembre de cette année là, à 14 heures, alors que Francis est à Paris, la gendarmerie perquisitionne à Rangiroa, car il est suspecté d’y avoir caché des armes… que l’on ne trouve pas ! Quant à Pierre Messmer auprès de qui proteste le député, il répond que « les initiatives regrettables qui ont été prises à l’échelon local n’ont été ni inspirées, ni connues de Paris. » Garde à vous ! Rompez !

Dès qu’il peut, Francis sillonne la Polynésie, met en place des « sections » dans les districts de chaque île accessible. Il faut se souvenir que ces districts étaient dirigés par des « chefs » placés sous l’autorité d’un administrateur d’État représentant le gouverneur. Compte tenu des larges pouvoirs de ce dernier, l’idée d’un statut d’autonomie interne provoquait une levée de boucliers chez les petits roitelets de l’administration qui n’hésitaient pas à menacer des fonctionnaires hostiles à l’orthodoxie coloniale traditionnelle. La généralisation du système communal est imaginée pour s’opposer à l’autonomie. Et pourtant, la politique que Francis développait était d’une grande simplicité. Il souhaitait que chacun ait sa terre, une maison, un emploi. Pour ce faire, il proposait le rachat, par le Territoire, des grands domaines privés, et assurait que le développement économique se ferait surtout par l’exploitation de la mer, des lagons, des énergies nouvelles ; d’où son combat pour que l’exploitation de la zone économique exclusive soit de compétence territoriale. Bien entendu, la mise en place de toutes les dispositions nécessaires devait dépendre des seules autorités locales élues, c’était l’autonomie interne. D’autre part, et parce qu’il avait été interprète, Francis souhaitait que la langue tahitienne puisse avoir un caractère officiel au même titre que le français.

Inévitablement la compétition entre les deux partis autonomistes provoquait des frictions d’autant que le député était souvent en France et ne pouvait donc « arrondir les angles » et arbitrer d’éventuelles réconciliations.

D’autres part, les adversaires, soutenus par la haute administration, prédisaient, affiches à l’appui, que l’autonomie interne conduisait à la mort… et que ses partisans étaient des anti-français notoires. La preuve, ils avaient un drapeau tahitien… qu’un gendarme devait un jour déchirer et piétiner au moment du départ du ministre Rey. La preuve, comment, Francis, cet ancien fonctionnaire, avait-il osé renvoyer ses décorations françaises.

Conséquence de la trahison de certains, et peut-être également, lassitude populaire, les élections territoriales de 1972 devaient être sanctionnées par la règle de l’alternance, les autonomistes perdant la majorité. En France, le député Sanford engage de nombreuses démarches, en particulier auprès des parlementaires centristes, pendant que, à Tahiti, le Front Uni occupe l’Assemblée territoriale. Quelques conseillers territoriaux, à sa demande, sont appelés à participer, à Paris, en 1976, début 1977, à des discussions sur un nouveau statut car Francis a convaincu le gouvernement et le président Giscard d’Estaing. Puis, dans une lettre datée du 5 mars 1977, le ministre de l’Intérieur en personne, Michel Poniatowski, annonce à Francis que l’Assemblée territoriale va être dissoute, et que la nouvelle Assemblée aura à donner son avis sur le projet de loi statutaire. Ce nouveau statut sera adopté à l’unanimité au Parlement où le président Poher devait jouer un rôle important. C’est une grande victoire pour Francis, pour la nouvelle majorité. Bien sûr, les adversaires relèvent que l’autonomie est, dans la loi, « administrative et de gestion », et non « interne ». Bien sûr, les adversaires ajoutent que nous n’avons pas obtenu de président de Gouvernement, mais un vice-président qui, ils ne le disent pas, a, en réalité, les attributions d’un président pour toutes les matières locales…

Et les années ont passé. Les adversaires de l’autonomie sont devenus autonomistes, sous le regard amusé de Francis… Entre lui et moi, il y eut, depuis le début, une communion de pensée totale, nous avons toujours travaillé en nous tenant au courant de nos démarches respectives. Francis restera un exemple. Il aura été un homme de cœur, toujours dévoué à sa famille dont il parlait avec émotion, toujours dévoué au Territoire dont il a suivi les problèmes jusqu’à son dernier jour.

Il fallait que paraissent ses mémoires, car je suis convaincu que ses idées sont toujours d’actualité quand elles s’accompagnent, et il l’exigeait, d’une grande honnêteté : « les critères économiques doivent céder le pas à des critères moraux et spirituels. »

Inspirons-nous de l’homme qu’il fut pour aborder les problèmes de la Polynésie du XXIe siècle.

 

Papeete, le 15 mai 1997

 

Daniel Millaud

 

Citations

à cœur ouvert

 

Un jour je demandais à Francis Sanford si quelques grands hommes ou grands penseurs l’avaient inspiré dans son action politique. Spontanément, il ouvrit un tiroir de son bureau et sortit une feuille dactylographiée portant quatre citations. Elles ont toutes les quatre un point commun : le cœur. « Je m’en suis beaucoup inspiré et elles ne m’ont jamais quitté », ajouta-t-il en me tendant la feuille :

« Ma politique est toute de cœur et non de l’esprit. » Pasteur

« On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. » Antoine de Saint-Exupery

« Vous valez ce que vaut votre cœur. » Pape Jean-Paul II

« Jeune est celui qui s’émerveille et il demande comme l’enfant insatiable : et après ? Il défie les événements et trouve la joie au jeu de la vie.

« Vous êtes aussi jeune que votre foi ; aussi vieux que votre doute ; aussi jeune que votre confiance en vous-même ; aussi jeune que votre esprit ; aussi vieux que votre abattement.

« Vous resterez jeune tant que vous serez réceptif. Réceptif à ce qui est beau, bon et grand ; réceptif aux messages de la Nature, de l’Homme et de l’Infini.

« Si un jour votre cœur allait être mordu par le pessimisme, puisse Dieu avoir pitié de votre âme de vieillard. » Général Mc Arthur

En retour, comme en écho, j’ai choisi quatre passages de Francis Sanford : trois sont extraits de nos entretiens, un de ses discours. Ils prolongent ces citations qu’il affectionnait tant, et pareils aux quatre points cardinaux, on y retrouve son grand cœur, son souci de justice, sa modestie et sa clairvoyance, qui me semblent être les traits dominants de sa personnalité. À leur tour, ils seront peut-être pour nous une source d’inspiration et de réflexion.

« Une bonne politique se fait avec le cœur, car le cœur incite au partage et au bien de tous ; lui seul donne un vrai sens à la politique. »

« L’autonomie interne, c’était un pari, c’était décoloniser sans cesser d’être français. »

« Je n’accepte pas quand on dit que je suis le père de l’autonomie interne. C’est la population qui l’a voulu… et notre combat est l’aboutissement d’une vieille revendication déjà exprimée par les anciens. »

- « Honnêteté, Pureté, Dévouement et Amour, sont les composantes nécessaires de toute communauté. Refuser aujourd’hui de mettre un terme à l’abus de nos droits et privilèges, à nos habitudes de fraude, à nos compromissions, à notre réflexe de défense catégorielle, rendrait vain demain tout changement de structures. » Discours d'investiture, Assemblée territoriale de Polynésie française, le 22 juillet 1977

Fidèle jusqu’au bout à ce qu’il dit, à ce qu’il fit, et à ce qu’il fut ; sans jamais se renier ni retourner sa veste, Francis Sanford se raconte à cœur ouvert.

 

Introduction

 

« Au plus haut de son pouvoir Francis Sanford ne donna jamais un ordre sans paraître demander un service. »

 

Henri Bouvier

 

Francis Sanford est mort le samedi 21 décembre 1996. Il avait quatre-vingt-quatre ans. Il est mort brutalement, sans souffrir au petit matin, vers 5 heures, à son domicile de Faa’a, des suites d’une maladie cardiaque que son grand âge et la faiblesse toute relative qui l’accompagne ne permettaient plus d’opérer. Considéré à juste titre comme le père de l’autonomie, chacun a salué en lui le dernier des Metua (le Père, par extension, le Père du peuple tahitien), la seconde figure emblématique de Polynésie avec Pouvanaa A Oopa1. Pourtant Francis Sanford avait quitté la vie politique douze ans plus tôt en 1985, ou plus exactement le devant de la scène politique, car il continuait à porter un regard attentif et critique sur le microcosme polynésien et les jeux politiciens. Il conseillait, et on venait le consulter, beaucoup se réclamaient de sa sympathie, ou de son héritage politique, mais lui ne se faisait guère d’illusions.

Une petite phrase, à elle seule, illustre à la fois la lucidité et l’amertume qu’il conservait dans son esprit et dans son cœur. C’était pendant la période électorale précédant les élections territoriales de mars 1996. Nous venions de terminer un de nos entretiens dans le Fare Pote’e (Fare-Pota’a : Petite maison, rectangulaire aux extrémités demi-rondes, faite en matériaux locaux légers, où l’on vient se détendre. Couramment une maison de jardin.) qui domine la ville et la passe de Papeete. Il me raccompagnait à la voiture, et semblait depuis quelques instants déjà plongé dans ses pensées, ses souvenirs, que nos entretiens faisaient remonter à la surface de sa mémoire. Soudain, il stoppe son pas lent mais assuré, me regarde et dit : « Tu sais, on m’a tellement attaqué et sali. Aujourd'hui, on me fait l’honneur d’être un sage, on dit même que je suis un Metua. Tu comprends quelque chose toi ? Avoue que les gens sont bizarres ! » Une autre fois, c’était aussi à la fin d’un entretien, nous allions discuter un instant sous le manguier, au pied duquel il élevait des poulets, une passion symbole de son attachement à la terre. Il me dit alors : « Tu vois, ces bêtes-là, aucune ne m’a trahi. »

Lors de mes précédents séjours aux Antilles-Guyane, l’autonomie polynésienne était souvent citée en exemple, nous aurons l’occasion d'y revenir, et l’on parlait parfois du statut Sanford. Sur place, les librairies ne proposaient à l’époque que des généralités sur la Polynésie et au mieux des choses très fragmentaires sur l’histoire de ce statut et des hommes qui l’arrachèrent à Paris. À mon arrivée à Tahiti, au début de l’année 1993, ma curiosité de journaliste se heurta quasiment au même vide. Hormis le sempiternel « Mazellier » - Tahiti, de l’atome à l’autonomie -, ou le controversé - Moruroa, mon amour - de Bengt et Marie-Thérèse Danielsson, il existe peu de choses accessibles au grand public sur l’histoire de ce statut, des circonstances et des hommes qui le firent naître, sinon des publications spécialisées, des travaux de recherches et des thèses universitaires (leurs auteurs me pardonneront) qui demeurent réservés à un public plus initié, et qui présentent souvent le défaut d’analyser et de décortiquer plus qu’ils n’écoutent et ne laissent parler les acteurs.

Si je ne connaissais pas Francis Sanford personnellement, ce que j’en appris me suffit à me donner l’envie d’en savoir plus, alors même que je ne l’avais jamais rencontré. La Polynésie étant un pays de tradition orale, trop de souvenirs précieux pour son histoire, disparaissent, me semble-t-il, faute de traces écrites. C’est ainsi que naquit l’idée de cette biographie sans autre prétention que de freiner l’oubli.

Pourtant, Francis Sanford, fidèle à son tempérament discret ne souhaitait pas être mis en avant. « À quoi cela sert-il, tout cela c’est du passé, c’est l’avenir qui est important. » m’avait-il répondu, lorsque pour la première fois, presque un an avant sa mort, et grâce à l’aimable soutien de son épouse Laiza, de sa fille Tiare, et de son mari Jean-Marius Raapoto, Francis Sanford acceptait de faire ressurgir son passé.

Et c’est ainsi que pendant de longues heures, pendant plusieurs mois de l’année 1996, au petit matin, nous évoquions ensemble les souvenirs de sa vie, sans savoir que nous procédions à l’inventaire qui précède la fermeture. Lui-même s’étonnait parfois de tout ce qu’il avait pu faire et rajoutait avec un sourire, « tu ne crois pas que j’ai mérité un peu de repos maintenant. »

Aujourd’hui, Francis Sanford repose au cimetière de l’Uranie, à quelques dizaines de mètres de sa maison, dans la paix de Dieu, et ce livre respecte l’esprit de nos entretiens. Je me suis essentiellement fixé pour tâche de reconstituer le « décor » dans lequel prennent place les souvenirs de Francis Sanford, et de les relier entre eux de façon cohérente. J’ai privilégié ses propres pensées, je les ai complétées, quand ce fut nécessaire, en évitant de les noyer aux milieux des souvenirs de ceux-là même qui l’ont bien connu, et qui auraient pu légitimement prétendre enrichir ou compléter ce livre. Les souvenirs de Francis Sanford s’en seraient retrouvés amoindris. Pour les mêmes raisons, j’ai évité autant que possible de publier les notes et les correspondances, fort nombreuses, qui étaient à ma disposition, hormis celles qui me semblaient essentielles, afin de ne pas m’écarter de l’objectif initial qui est de faire de ce livre un récit accessible au plus grand nombre.

Il ne s’agit donc pas d’une biographie exhaustive et critique, ni d’un récit historique ou d’une thèse, je laisse cela à d’autres, mais des souvenirs d’un homme qui joua un rôle charnière dans l’histoire de la Polynésie contemporaine. Mais il n’est point question ici de les soumettre au tribunal de l’histoire. Ces souvenirs sont assez précis pour éclairer le passé et pour mieux préparer l’avenir, ils se suffisent à eux-mêmes. Ils sont souvent une leçon de sagesse qui donne au mot Metua, son vrai sens. Francis Sanford était un homme attachant, et ces pages permettront à ceux qui l’ont connu de retrouver la lucidité et le bon sens d’un être plein de chaleur et d’humour, imprégné de la vie des îles et soucieux des petits, d’un être généreux qui ne manquait jamais d’offrir ses bananes et ses uru (fruit de l’arbre à pain) à ceux qui venaient le voir sur la colline de Faa’a. Les autres, ceux qui ne l’ont pas connu, y découvriront encore un homme qui sut rester simple, juste et aussi honnête que la politique peut le permettre, qui n’était l’héritier politique de personne, simplement mû par sa propre histoire et un sens de l’intérêt général souvent oublié en politique. Francis Sanford fut probablement le seul à incarner une vision proprement polynésienne de la politique.

Il semble utile de préciser ici que Francis Sanford n’est pas seulement un instant de l’histoire, il en est aussi un maillon. Poussé par les circonstances, il s’attachera à en modifier le cours, et la grandeur d’un homme politique se démontre précisément à sa capacité de comprendre les événements, pour mieux s’y fondre, afin d’en réorienter le sens, et surtout de les rendre irrémédiables. C’est ce que l’on appelle faire l’Histoire. Francis Sanford a écrit une page non négligeable de la Polynésie française. D’autres le précédèrent, d’autres le suivront. C’est en cela qu’il est un maillon. C’est cette étape ou plutôt ce qu’il en est resté dans la mémoire de Francis Sanford que nous nous efforcerons de raconter dans ce livre. Une chronologie placée à la fin de l’ouvrage vous permettra de mieux relier les événements entre eux.

Rien ne prédisposait vraiment Francis Sanford à entrer dans la politique, qu’il ne rejoindra que tardivement, à l’âge de cinquante-trois ans, quasiment à sa retraite après plusieurs tentatives qui furent autant d’échecs. Il a fait de la politique avec un esprit de Résistant avec pour seul objectif «de décoloniser la Polynésie sans cesser d’être français». C’est ainsi que naquit l’idée de l’autonomie interne, pour laquelle il se battra pendant de longues années. Il fallait à la fois convaincre Paris et vaincre les résistances locales. Pour l’essentiel, son combat puise sa force dans les injustices dont il fut lui-même victime, et l’on comprendra mieux plus loin comment l’autonomie interne devint le système imaginé par Francis Sanford pour protéger la population tahitienne contre les excès, non pas tant de la France, mais de quelques-uns de ses représentants peu éclairés. Homme de cœur, Francis Sanford, ne supportait pas l’arbitraire. Là, seule est la raison de son engagement et l’axe commun qu’il partageait avec Pouvana’a a Oopa. Son combat a été loyal, même si sa trop grande honnêteté et sa trop grande confiance dans les autres lui ont valu parfois de douloureuses trahisons, trop d’hésitation et d’indécision.

Lorsque les essais nucléaires français furent transférés d’Algérie en Polynésie Française, c’est ce même sentiment d’injustice, qui blessa son esprit profondément pacifiste. Cette décision prise de surcroît sans aucune consultation des élus locaux devait lui faire épouser la cause antinucléaire. Cette dernière a aiguisé sa détermination politique et son combat pour l’autonomie, au point de rendre parfois assez flou, au plus fort des crises, la frontière qui le séparait de la cause indépendantiste. Colère et impuissance probablement. S’il ne put en son temps empêcher les essais, Dieu aura finalement entendu ses prières, en lui permettant de connaître en janvier 1996, presqu’un an avant sa mort, le dernier tir, et avec lui la fin de l’ère du CEP2.

Francis Sanford quittera ce monde quelques mois plus tard. Il laissera derrière lui une autonomie interne, renforcée par son principal adversaire politique, et une Polynésie débarrassée des essais nucléaires, jugeant peut-être au fond de lui que le moment était venu de tirer sa révérence, tant ces deux événements marquaient la fin d’une époque : la sienne. Il laisse devant lui un pays en pleine mutation et une jeunesse impatiente : il ne cachait pas ses inquiétudes.

« Comment voyez-vous l’avenir ? lui demandai-je un jour. »

Il me répondit sans hésitation :

« Tu sais, je suis inquiet, car personne n’ose s’attaquer aux vrais problèmes. Personne n’a le courage d’abolir les privilèges de quelques-uns qui font tant de mal à la dignité des autres. C’est l’injustice qui fait que le pays va mal. Mets toi à la place de ces jeunes sans boulot. Ça révolte. »

Quel héritage laisse donc cet homme qui me confiait qu’une bonne politique se fait avec le cœur et qui ne supportait pas l’enrichissement des politiciens d’aujourd’hui ? Chez lui, il n’y avait ni affairisme, ni machiavélisme, seuls le sens et le goût du bien commun ont guidé son action. Si Francis Sanford ne faisait pas de politique pour lui-même, il lui aura tout de même tout sacrifié, y compris sa famille et ses enfants sans oublier plusieurs de ses terres pour financer une cause, à une époque où n’existait encore aucun financement des partis. Au gré des souvenirs évoqués avec lui, pointait parfois un regret ; celui d’avoir trop négligé sa famille et de lui avoir imposé trop de sacrifices. Pourtant, malgré l’argent qu’il donnait, et qu’il a continué de donner en cachette jusqu’à sa mort à ceux qui venaient lui quémander une aide à son domicile, son épouse Laiza ne lui retirera jamais son soutien. Pendant toutes ces années de vie politique, elle sera à ses côtés. Sachant son mari obstiné mais consciente aussi de la justesse de son engagement, elle s’était faite une raison, par Amour.

Pendant sa vie politique, Francis Sanford n’avait qu’un souhait ; réunir les forces vives du fenua (la terre, le pays) autour d’un projet fédérateur. L’autonomie interne devait être celui-ci. Il sera farouchement combattu par Gaston Flosse, qui s’en est fait aujourd’hui le champion. Francis Sanford en gardera une blessure mal cicatrisée. Et paradoxalement, c’est en se retirant de la vie politique qu’il devait à son grand étonnement parvenir à faire l’unanimité sur sa personne, pour devenir le dernier des Metua. Son bon sens et son intelligence naturelle lui avaient fait avoir raison trop tôt.

Francis Sanford a été inhumé le dimanche 22 décembre 1996 à 9 heures, et c’est finalement autour de sa dépouille exposée à la mairie de Faa’a, ville dont il fut le premier maire trente ans plus tôt, en 1965, que se réalisa l’alliance qu’il avait tant souhaitée en réunissant tout l’éventail de la classe politique locale.

La vie lui ayant appris à se méfier des circonstances, Francis Sanford avait pris les devants en demandant à ce qu’aucun discours politique ne soit prononcé à l’occasion de ses obsèques. On retrouve là, l’esprit de résistance qui a caractérisé son action politique.

En privant ainsi les uns et les autres de vanter ses mérites, il évitait qu’une nouvelle hypocrisie ne salisse sa mémoire, ou ne vienne la récupérer.

Il reprenait en même temps sa liberté qu’il n’avait jamais cessé de mettre au service des Polynésiens. Lors d’un de nos ultimes entretiens, je me hasardais à lui demander, comment une fois mort, il imaginait sa rencontre avec Dieu, ce que Dieu lui dirait. Il eut un silence surpris, éclata de rire, et me répondit : « Il me dira, retourne sur terre, car tu n’es pas assez saint pour rester à mes côtés. » Je renchérissais : « Pensez-vous qu’il vous félicitera pour votre action politique ? » Le visage devint grave, suivi d’un nouveau silence : « Je me demande si je ne me suis pas trompé moi-même… Mais je me dis que de toute façon tout cela serait arrivé un jour. »


1 - Pouvanaa a Oopa : Considéré comme le Père du nationalisme tahitien, il fut député, sénateur et président du conseil du gouvernement. Accusé d’avoir voulu incendier Papeete, il sera exilé en Métropole de 1958 à 1968. Gracié, il reviendra à Tahiti le 3 novembre 1968 quelques années avant sa mort, sans jamais avoir été réhabilité, car jusqu’à la fin, il a clamé son innocence. Il décédera à Papeete le 10 janvier 1977 à l’âge de quatre-vingt-deux ans (voir chapitre X).

2 - C.E.P. - Centre d’Expérimentation du Pacifique : C’est en 1962 que le conseil de défense décide de transférer en Polynésie, les expérimentations nucléaires françaises, qui jusque là se faisaient en Algérie et que menaçaient l’indépendance prochaine de ce pays (voir chapitre VI).

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Conception de la couverture : Christiane RESTELLI

 

Dépôt légal 1er trimestre 1998

I.S.B.N. 9782367340104

FRANCIS SANFORD

À CŒUR OUVERT

Haupert Yves

Cette biographie est celle d'un homme simple et attachant, pétri de la vie des îles, soucieux du bien public, qui sut inventer une façon typiquement polynésienne de faire de la politique.

LA BOMBE FRANÇAISE DANS LE PACIFIQUE

L'IMPLANTATION, 1957-1964

Regnault Jean-Marc

Alors que la fin des essais nucléaires dans le Pacifique a sonné, il est bon de se rappeler comment, il y a une trentaine d'années, la France décidait de transférer le Centre d'essais nucléaires du Sahara dans les atolls de Moruroa et de Fangataufa.

L'ARCHÉOLOGIE EN POLYNÉSIE FRANÇAISE

BILAN CRITIQUE

Éric Conte

Bilan critique du chemin parcouru en archéologie depuis la fin des années 1950 en Polynésie française, cet ouvrage examine les grands thèmes de la préhistoire polynésienne et se propose d'analyser les modèles élaborés pour rendre compte de l'évolution des sociétés, depuis leur implantation dans les îles jusqu'à leur rencontre avec l'Occident.

L'ÎLE DE VÉNUS

LES EUROPÉENS DÉCOUVRENT TAHITI

Salmond Anne

Dans son ouvrage iconoclaste, Anne Salmond confronte les différentes versions de l’histoire des premiers contacts entre Européens et Tahitiens. L’auteur montre à quel point les divers mythes — ceux véhiculés par les Européens et ceux propres aux Tahitiens — se recoupent et s’entremêlent. Le texte est illustré d'esquisses, de tableaux et de gravures inspirés par les voyages de découverte. Retraçant les aventures vécues par les navigateurs européens à Tahiti ainsi que la vie des insulaires lors des premières rencontres, L’Île de Vénus apporte un éclairage radicalement nouveau sur cette époque.

LA DOMINATION DES FEMMES À TAHITI

DES VIOLENCES ENVERS LES FEMMES AU DISCOURS DU MATRIARCAT

Cerf Patrick

En contrepoint des lieux communs de la fantasmagorie occidentale sur les « bons sauvages » et les « vahine aguicheuses», un nouveau mythe naquit à la fin du XXe siècle, évoquant la situation privilégiée des femmes présentées comme socialement dominantes. La popularité de cette proposition adoptée par l’opinion publique ne peut que laisser pantois ceux qui connaissent la réalité des violences familiales et conjugales subies par les enfants et les femmes de ces îles...

LA TERRE DANS L’ARCHIPEL DES AUSTRALES

ÉTUDE DU PLURALISME JURIDIQUE ET CULTUREL EN MATIERE FONCIERE

Bambridge Tamatoa

Ce livre est la première grande synthèse des questions foncières en Polynésie française, analysées sous l’angle de la catégorie des acteurs locaux. Il permet de comprendre en quoi les solutions juridiques institutionnelles à venir sont vouées à l’échec si les représentations, les discours et les pratiques des familles élargies ne sont pas pris en compte dans le Pacifique Sud.

LE VOYAGE DU CAPITAINE MARCHAND

LES MARQUISES ET LES ÎLES DE LA RÉVOLUTION

Gannier Odile et Picquoin Cécile

Le voyage du Solide, peu connu, est pourtant l'une des circumnavigations réussies de la fin du XVIIIe siècle. Rédigé par un capitaine de la marine marchande, le journal publié ici donne un point de vue un peu différent du discours officiel, mais en même temps très représentatif de son époque (préoccupations scientifiques et commerciales, idéologies, sciences et techniques, observations naturalistes et ethnographiques, échos des textes contemporains ?).

LIEUX-DITS D'UN MALENTENDU CULTUREL

ÉDITION REVUE ET AUGMENTÉE

Rigo Bernard

Depuis sa première publication en 1997, l’ouvrage est devenu un classique de la littérature océanienne. Il figure en bonne place dans les bibliographies universitaires. Son propos ouvrait pourtant alors une réflexion qui devait, d’une part, s’imposer aux préjugés et, d’autre part, proposer de nouveaux axes de recherche.

MARQUISE DE LA MER DU SUD

LES PREMIERS VOYAGES ESPAGNOLS EN OCÉANIE

Baert Annie

Dans cet ouvrage l’auteur reconstitue, en la narrant à la première personne, l’histoire véridique d’une femme du XVIe siècle, dona Isabel Barreto, l’épouse d’Alvaro de Mendana, le fameux « découvreur » espagnol des îles Marquises, auteur du premier contact connu entre des Polynésiens et des Européens.

NOURRITURES, ABONDANCE ET IDENTITÉ

UNE SOCIO-ANTHROPOLOGIE DE L'ALIMENTATION À TAHITI

Serra-Mallol Christophe

Au-delà de sa dimension biologique, l'alimentation revêt dans cette étude une dimension sociale et culturelle essentielle. Aspect symbolique central dans la société polynésienne pré-européenne, pivot de normes et interdits liés au statut social ou au genre, support d'un culte ancien de l'abondance, elle constitue un véritable « fait social total ».

POLITIQUE ET RELIGION À TAHITI

Saura Bruno

L'auteur démontre dans cet ouvrage que la vie politique est une chose récente en Polynésie et qu'elle repose sur une culture religieuse beaucoup plus ancienne. Y a-t-il intrusion des Églises dans la vie politique tahitienne ?

POLYNÉSIE/MÉLANÉSIE

L’INVENTION FRANÇAISE DES « RACES » ET DES RÉGIONS DE L'OCÉANIE (XVIE-XXE SIÈCLES)

Tcherkézoff Serge

Polynésie, Mélanésie... mais aussi Australie, Micronésie : on ignore souvent que le découpage actuel de l’Océanie résulte d’une théorie raciste des « couleurs de peau », élaborée en France au début du XIXe siècle et préparée par des siècles d’interrogations européennes sur la présence des « Nègres du Pacifique ».

JACQUES-ANTOINE MOERENHOUT, 1797-1879

Deckker Paul

Voyageur, humaniste, scientifique... Cette biographie extrêmement bien documentée est une tranche d'histoire à savourer comme un roman.

TAHITI - 1768. JEUNES FILLES EN PLEURS

LA FACE CACHÉE DES PREMIERS CONTACTS ET LA NAISSANCE DU MYTHE OCCIDENTAL

Tcherkézoff Serge

La « découverte » de Tahiti (1767-1769), les récits des voyageurs inventèrent une société où les jeunes femmes auraient eu pour règle de pratiquer « l’amour libre » et même de le faire « en public ». Le discours fut un point de vue masculin centré sur l’Europe, dissertant sur les variétés humaines et les couleurs de peau, mais aussi sur la supposée nature universelle des femmes.

TAHITI MA’OHI

CULTURE, IDENTITÉ, RELIGION ET NATIONALISME EN POLYNÉSIE FRANÇAISE

Saura Bruno

Depuis la fin des années 1970 se manifeste à Tahiti une défense des racines s’exprimant au moyen de l’appellation «ma’ohi » qui qualifie ce qui est autochtone, originaire des îles polynésiennes. Ces nouvelles préoccupations culturelles et identitaires ont, par exemple, entraîné la réapparition massive du tatouage dont la pratique avait disparu au XIXe siècle.

TAHU'A, TOHUNGA, KAHUNA

LE MONDE POLYNÉSIEN DES SOINS TRADITIONNELS

Grand Simone

Cet ouvrage très complet et écrit de manière fluide évoque tout d’abord les problématiques du sujet, l’identité de chercheuse polynésienne de l’auteure, ses enquêtes, ses grilles de lecture et l’aire géographique sur laquelle porte son travail...

VANIKORO

JOURNAL D’UN MÉDECIN LÉGISTE SUR « L’ÎLE DU MALHEUR » OU PÉRIT LAPÉROUSE

Beaumont Étienne

Après avoir précisé, en 1999, le lieu où les naufragés établirent à terre leur camp de survie, les archéologues terrestres et sous-marins de l'association Salomon décident, en novembre 2003, de retrouver les restes des 199 marins partis le 10 mars 1788 sous les ordres du plus grand de nos navigateurs d'exploration français.

TINITO

LA COMMUNAUTÉ CHINOISE DE TAHITI : INSTALLATION, STRUCTURATION, INTEGRATION

Saura Bruno

En quelques générations, la communauté chinoise de Tahiti a acquis une position incontournable dans le monde du commerce et joue aussi un rôle important dans les dynamiques culturelles, identitaires et politiques qui animent la Polynésie française contemporaine.

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