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Gazprom, l'idéalisme européen à l'épreuve du réalisme russe

De
160 pages
Le gaz est une ressource trop capitale pour être appréhendé par de simples critères macroéconomiques. La crise gazière de janvier 2009 montre la nécessité d'une politique continentale énergétique tenant compte des intérêts des pays producteurs, consommateurs et de transit. Voici des pistes de réflexion en vue d'assurer la sécurité de l'approvisionnement gazier en Europe. Les exportations russes, souvent considérées comme une menace, pourraient être une opportunité pour la consolidation géopolitique du Vieux continent.
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GAZPROM
L'idéalisme européen à l'épreuve du réalisme russe

(Q L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fi hannattan l@wanadoo.fi ISBN: 978-2-296-07369-2 EAN : 9782296073692

Pol-Henry DASSELEER
Institut royal supérieur de défense

GAZPROM
L'idéalisme européen à l'épreuve du réalisme russe

L'If'tmattan

Sommaire

Sommaire
L'a uteur lu trod uction Le rôle politique d'une société énergétique: Gazprom Gazpro m La Russie: une menace pour l'Europe?
Réponses européennes face aux déf"1S gaz du

7
Il 13 15 49 87
115

Perspectives futures Conclusion
Bib liogra phie Table des ma tières

131 145
147 153

L.Institut Royal Supérieur de Défense (IRSD)

Qui sommes-nous?
L'Institut Royal Supérieur de Défense entend s'adresser à un large public en effectuant des analyses de tendances internationales dans les domaines politique, militaire, technologique, socio-économique, idéologique et autres qui peuvent avoir un impact sur la naissance, le développement et les conséquences de conflits ayant une dimension militaire.

Notre projet
L'activité de l'IRSD s'appuie sur ses compétences dans sa fonction de centre de réflexion (think tank) et tend à être un centre d'excellence dans les domaines de la réflexion et de la recherche en matière de sécurité et de défense. Dans ce but, l'IRSD accomplit les missions dont il est chargé, à savoir: Mener la recherche et les études dans le domaine de la politique de sécurité et de défense au sens le plus large; . Proposer la stratégie relative à la recherche scientifique et technologique au CHOD (ChiefofDefence); Assurer la gestion de l'ensemble des programmes de recherche scientifique et technologique de la Défense au sens le plus large et assurer la gestion de la représentation de la Défense dans le domaine de la recherche scientifique au sein des organismes nationaux et internationaux; Organiser les Hautes Etudes de la Défense dans un cadre multisectoriel ; Organiser les actions coordonnées de relations publiques permettant d'assurer la visibilité de la Défense envers le monde scientifique, industriel, politique, économique et social, ainsi qu'envers le monde Sécurité & Défense au niveau international.

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Notre adresse
Site Internet: E-mail : Téléphone: Adresse: www.mil.be/rdc irsd.conferences@mil.be 0032/2.742.6995 Institut Royal Supérieur de la Défense (IRSD) Avenue de la Renaissance 30, 1000 Bruxelles

L'auteur

Pol-Henry Dasseleer Diplômé d'études approfondies en développement, environnement et sociétés de l'Université catholique de Louvain, Pol-Henry Dasseleer est attaché de recherches au Centre d'Etudes de Sécurité et de Défense (CSDS). Ses activités se concentrent sur les tendances globales et plus particulièrement sur les rapports énergétiques internationaux. Outre ses fonctions militaires actuelles, l'auteur a été responsable d'un marché financier au sein de la Bank of New York.

Les propos et arguments développés dans cet ouvrage n'engagent que l'auteur.

Introduction

Le point de départ de cette étude réside dans la primeur accordée au point de vue stratégique lorsque l'on en vient aux domaines énergétiques. Deux points fondamentaux nous permettent d'affirmer que les questions relatives aux hydrocarbures ont quitté le domaine économique pour se situer dans la sphère stratégique. Le sentiment de manque, matérialisé par une augmentation de la demande mondiale et d'une stagnation de l'offre, couplé à une compétition énergétique mondiale a rendu le débat plus politique. Deuxièmement et parallèlement à la rareté de ces biens, ces derniers sont considérés comme centraux en ce qui concerne le processus de développement des différents pôles régionaux. L'énergie joue un rôle central, de l'American Way of Lift à la croissance chinoise en passant par la vitalité russe retrouvée. Tant que ces deux éléments de rareté et d'importance constitueront des données structurant les approches au niveau international, l'énergie en général et le gaz en particulier resteront dans un domaine de priorité différent des autres biens de consommation. En d'autres termes, nous affirmons ici que l'énergie a quitté l'ensemble économique pour intégrer l'axe stratégique. De cette constatation résultent plusieurs implications dont celle de l'analyse semble la plus pertinente. Le gaz ne pouvant plus se concevoir comme un bien économique général, il se doit d'être étudié au travers de facteurs différents de ceux utilisés pour déterminer le marché des yaourts ou des cartes de téléphone prépayées. Les normes économiques actuelles telles que la libéralisation basée sur des acteurs économiques rationnels maximisant les profits individuels et collectifs ne peuvent être ici intégrées telles quelles à l'analyse dans la mesure où l'énergie à changé de niveau. Nous ne discuterons pas ici des arguments en faveur de politiques économiques visant à mettre en avant un marché européen du gaz libéralisé. Dans cette étude, nous faisons l'hypothèse que l'accès futur aux ressources énergétiques se fera sur base politique et géographique. Les cas empiriques ne manquent certainement pas: politique énergétique extérieure volontariste des Etats-Unis, implication chinoise en Afrique ainsi que la cohésion des Etats européens et de leurs champions énergétiques nationaux sont autant d'exemples de la primauté du géostratégique. L'Union Européenne fait exception à la règle, cette entité refusant généralement d'adopter un regard géopolitique en lui préférant une approche basée sur les normes et les valeurs.

Chapitre 1

Le rôle politique d'une société énergétique: Gazprom

Le contexte socioéconomique

russe postsoviétique

Avant de nous consacrer à l'étude de Gazprom en tant que tel nous ne pouvons faire l'économie d'une analyse du contexte politico-économique russe de ces vingt dernières années. Depuis 1991 et la fin officielle du système soviétique, les structures du pouvoir ont été fondamentalement modifiées. Cette période a été caractérisée par l'émergence d'une nouvelle caste fortement médiatisée tant sur le plan national que sur la scène internationale, à savoir les oligarques. Comme l'inconscient collectif a caricaturé à l'excès ces nouveaux acteurs, il est capital de relater le contexte qui a permis leur émergence. Ces oligarques ont été très actifs dans le secteur énergétique russe de ces dernières années et ce par leurs prises de participations qui en font des partenaires de poids face au secteur public. Les historiens doivent encore prendre le recul nécessaire pour analyser ce phénomène tout en le mettant en perspective dans le contexte général de son époque. Nous pouvons cependant affirmer que la fin de l'URSS tire ses racines du manque d'attrait du système soviétique par rapport à sa contrepartie occidentale. L'Europe de l'Ouest et son mode de vie attira de plus en plus les Soviétiques. De plus, le complexe militaroindustriel communiste a accaparé jusqu'à la moitié des ressources disponibles en prévision d'une guerre qui ne s'est jamais produite. La politique soviétique d'armement à outrance fut menée aux dépens de la production des biens de consommation civils 1. La pérestroika, instaurée sous Gorbatchev en 1985, avait pour objectif de moderniser l'économie dont le principal point faible était qu'elle ne devait pas répondre aux besoins primaires de la population mais se contenter de suivre le plan pluriannuel. Cette tentative de «modernisation autoritaire» se veut une entreprise de consolidation du régime tout en conservant les caractéristiques essentielles de l'économie administrée. Eu égard aux résultats économiques mitigés de cette politique, des critiques internes au parti se firent entendre pour intensifier le mouvement libéral. Voilà pour la version officielle. La réalité semble moins lisse. Devant la non-viabilité du système bureaucratique, une partie de la nomenklatura s'est tournée vers le marché

1 Jaques FONTANEL et Ivan SAMSON, Les liaisons dangereuses entre ['état et ['économie russes, Paris, L'Hannattan, 2003, p.19.

16 et le capitalisme, rejoignant ainsi certains intellectuels qui avaient déjà adhéré au libéralisme. Tout au long de l'histoire de l'Union soviétique, l'élite a été contrainte de nier jusqu'à son existence en tant que catégorie sociale. Les privilèges ne dépendaient que de la fonction exercée. Avec le rétablissement de la propriété privée des moyens de production, la nomenklatura pouvait asseoir sa domination sur des bases matérielles et idéologiques plus solides et afficher sans scrupules sa richesse et son pouvoir). Contrairement à ce que croit l'inconscient collectif occidental, la fin de l'ancien régime communiste ne se base pas sur un mouvement populaire important mais bien sur un changement de paradigme prôné par une élite. Une révolution par le haut en quelque sorte.
La thérapie de choc

L'Histoire étant toujours écrite par les vainqueurs, c'est du côté occidental que sont venues les solutions aux problèmes russes. La guerre froide a opposé le monde en deux camps que tout différenciait: des moyens de production au rapport de la population avec ses élites en passant par l'idéologie servant de ciment aux sociétés. Moscou ayant perdu la lutte, il a donc été normal de lui imposer le mode de vie occidental et ce coûte que coûte. La solution prônée au niveau socioéconomique par les instances macroéconomiques internationales et les libéraux russes a été la thérapie de choc. Dans la mesure où les dirigeants soviétiques ont besoin du soutien politique et financier des pays développés, ces derniers peuvent imposer leurs vues sur l'entrée imminente de la Russie dans le cercle des pays à économie de marché.

La thérapie de choc consiste à libéraliser d'un coup plus de 6000 entreprises publiques actives dans tous les domaines. L'énergie pour sa part est une exception dans un premier temps car elle reste la chasse gardée des autorités pour des raisons stratégiques évidentes. Cet entêtement à se débarrasser de sociétés aussi importantes reste un mystère tant son ampleur a été sans précédent3. Nous ne nous attacherons pas à décrire le processus de privatisation russe plus en détail si ce n'est pour dire que des pans entiers de l'économie russe changèrent de mains. François Benaroya parle d'une privatisation en trois temps. Tout d'abord, une privatisation spontanée de certaines entreprises de 1990 à 1991. Ensuite une privatisation de masse de 1992 à 1994, privilégiant délibérément les salariés et les dirigeants des entreprises concernées. Enfin, une privatisation de plusieurs grandes entreprises dont des sociétés énergétiques, qui a bénéficié à un cercle restreint d'hommes d'affaires proches du pouvoir, les

1 Michel ROCHE, Thérapie de choc et autoritarisme
2

en Russie, Paris, L'Harmattan,

2000, p.25-26.

MichelROCHE,op. cit., p.64.

3 François ROCHE, Les cuisines du Kremlin. Argent et pouvoir dans la Russie de Poutine, Paris, Editions du Seuil, 2004, p.57.