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Géopolitique de la culture

De
170 pages
Les évolutions rapides d'ordre politique et économique obligent les Etats et les organisations internationales à penser différemment leur action dans un monde globalisé. La diplomatie culturelle a-t-elle encore sa place ? Voici une série de contributions inédites issues de plusieurs colloques, conférences et séminaires organisés par l'Institut d'Etudes Politiques de Lyon, l'Université de Bologne et plusieurs universités américaines entre 2000 et 2006.
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Géopolitique de la culture espaces d'identité, projections, coopération

Collection Culture et diplomatie
dirigée par François Roche

Créée par Norbert Dodille autour de l'idée de mieux faire connaître la diplomatie culturelle française aussi bien dans ses stratégies que dans l'action concrète conduite sur le terrain, cette collection s'est progressivement ouverte à la dimension européenne, puis à l'analyse géopolitique des échanges culturels.
Comité Weber. éditorial: François Roche, Denis Rolland, Raymond

La collection bénéficie du soutien du Collège européen de coopération culturelle. Ouvrages parus: Londres-sur-Seine, une histoire de l'Institut français du Royaume-Uni (1910-1980), textes réunis par Virginie Dupray, René Lacombe et Olivier Poivre d'Arvor, 1996. L'Action artistique de la France dans le Monde: Histoire de l'Association française d'action artistique (AFAA) de 1922 à nos jours par Bernard Piniau avec la collaboration de Ramon Tio Bellido pour les Arts Plastiques, 1998. La crise des institutions nationales d'échanges culturels en Europe par François Roche, 1998.
Une passion roumaine, l'Institut français des Hautes Etudes à Bucarest (1924-1948) par André Godin, 1998. L'Alliance au cœur, histoire de la fédération des Alliances françaises aux États-Unis par Alain Dubosclard, 1998.

Le livre français aux États-Unis, 1900-1970 Dubosclard, préface de Jean-Yves Mollier, 2000.

par Alain

Sous la direction de François Roche

Géopolitique de la culture espaces d'identité, projections, coopération

J.-M. Delaunay, M. Frangi, B. Lamizet, C. Manigand, J.-C. Pochard, F. Roche, R. Weber

Cet ouvrage est publié avec le concours de l'Institut d'Études politiques de Lyon et du Collège européen de coopération culturelle

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04051-9 EAN : 9782296040519

Sommaire
1. L'espace d'identité: de nouvelles formes de la médiation culturelle pour un nouvel espace public par Bernard Lamizet 2. Diplomaties culturelles et décadences nationales: réflexions sur le XXèmesiècle
par Jean-Marc Delaunay 43

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3. La projection culturelle nationale: un éclairage franco-américain par François Roche
4. Aux sources de la coopération culturelle internationale: Genève et l'aventure du Comité national français de coopération intellectuelle par Christine Manigand

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5. Les Organisations multilatérales face aux nouveaux défis de la coopération culturelle par RaymondWeber 6. La France et les francophones des Etats-Unis, aspects juridiques et politiques par Marc Frangi 7. Politique internationale de la langue française face aux positions multilatérales sur les langues régionales par Jean-Charles Pochard Bibliographie générale

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BERNARD

LAMIZET

L'espace d'identité: de nouvelles formes de la médiation culturelle pour un nouvel espace public

Dans la recomposition des relations internationales et l'émergence d'un nouvel espace public à l'échelle du monde, la médiation culturelle change d'enjeu et de statut: alors qu'elle avait pour fonction majeure de constituer un mode symbolique de représentation des identités nationales d'appartenance et de sociabilité, le concept même d'identité changeant, aujourd'hui, de nature et de dimensions, la médiation culturelle devient une médiation esthétique et symbolique pour de nouvelles appartenances et de nouvelles identités. Deux facteurs majeurs sont de nature à refonder, aujourd'hui, le statut de la médiation culturelle dans un espace public désormais international: l'évolution du concept d'hégémonie culturelle, et, par ailleurs, l'évolution des modes de communication et de diffusion des représentations de l'identité.
Évolution du concept d'hégémonie culturelle

L'hégémonie culturelle a changé de statut et de signification. L'internationalisation des relations de communication et des échanges culturels, la constitution progressive d'un espace public international donnant lieu à l'existence d'un véritable marché international, d'une agora internationale, de la diffusion des pratiques culturelles, font évoluer le concept d'hégémonie. D'abord l'hégémonie culturelle s'inscrit aujourd'hui dans des relations nouvelles avec l'hégémonie politique. L'hégémonie d'un pays ou d'une culture, dans l'espace public international, n'est plus seulement politique, elle ne s'inscrit plus seulement dans les stratégies et les pratiques de l'exercice des pouvoirs institutionnels, mais elle s'inscrit aussi dans les formes et les pratiques de la diffusion culturelle. En devenant symbolique et culturelle, l'hégémonie change de signification et de langage: elle s'inscrit, désormais, dans les formes et dans les pratiques de

la représentation et de l'intelligibilité du monde. La médiation culturelle ne saurait avoir le même statut dans un moment où la communication et la culture s'inscrivent dans les formes de l'écriture ou de la musique vivante et dans un moment oÙ elles s'inscrivent dans les formes de l'audiovisuel diffusé ou de la musique enregistrée. C'est que la culture ne requiert plus, pour faire l'objet d'une diffusion, d'être reçue, pensée, interprétée, hic et nunc, par les sujets de la communication: c'est sa reproduction, son enregistrement, sa duplication, qui, désormais, font l'objet d'une diffusion et d'une appropriation par les sujets singuliers de la médiation culturelle. La culture s'inscrit désormais dans les médias qui, eux, mettent en œuvre les stratégies hégémoniques des acteurs dominants de la culture et de la communication. La médiatisation de la culture, c'est-à-dire sa diffusion par des médiations qui articulent une dimension technologique et une dimension financière à leur dimension esthétique et culturelle, entraîne une évolution triple des logiques et des formes de l'hégémonie culturelle. D'abord, les formes de la médiation culturelle s'industrialisent, et, par conséquent, subissent les contraintes de la normalisation industrielle et celles de la nécessaire reproductibilité technique dont parlait, déjà, W. Benjamin. Audelà des contraintes pointées par Benjamin, la normalisation des formes de la culture est allée s'accroissant, jusqu'à se conformer, désormais à des critères internationaux de compatibilité avec les supports médiatés de la diffusion. L'industrialisation de la médiation culturelle rend, aujourd'hui, nécessaire pour les formes de la culture, de se conformer aux exigences économiques et techniques de la diffusion. Pour être indéfiniment reproductibles et diffusables, les œuvres et les représentations de la médiation culturelle doivent se plier à des exigences techniques et formelles qui ne sont plus celles du langage et de l'intelligibilité, mais ceux de l'industrialisation et de la technologie. S'instaure, aujourd'hui, une nouvelle forme de censure et de légitimation de la culture, fondée, désormais, sur la reconnaissance financière et technologique d'un pouvoir de contrôle culturel dévolu aux acteurs industriels de la diffusion dans cet espace public internationalisé. Ensuite, la médiation culturelle répond, désormais, à des 10

impératifs économiques de diffusion. Dans un espace public ainsi repensé et restructuré, il ne s'agit pas de fonder l'acceptabilité des formes de la culture sur des critères institutionnels, politiques ou moraux, mais essentiellement sur des critères d' échangeabilité, de diffusabilité et de traductibilité. La multilatéralité du champ de la médiation culturelle entraîne la reconnaissance, comme critère de la légitimité des formes et des signifiants diffusés, d'un critère minimal, acceptable par tous: celui de la valeur économique d'échange. Comme le montre Marx à propos de l'économie politique - et le raisonnement est parfaitement applicable à la politique culturelle - le propre de l'universalisation d'un marché est d'entraîner la substitution de la valeur d'échange à la valeur d'usage, cette dernière ne pouvant, en aucun cas, et, en quelque sorte, par définition, faire l'objet d'une universalisation, puisqu'elle dépend des pratiques sociales et culturelles en vigueur dans les différents pays et dans les différents espaces économiques. C'est l'économie de diffusion, et, en particulier, l'inscription dans des critères universels de marché et d'échange, qui rend possible la circulation mondialisée des formes et des pratiques de la médiation culturelle. Or, l'économie de diffusion ne peut répondre qu'aux logiques d'un marché. Enfin, les attentes et les pratiques s'homogénéisent en matière de formes et de représentations. L'industrialisation, pour toucher un public de plus en plus étendu, et, par conséquent, de plus en plus hétérogène, doit répondre, désormais, à des critères d'acceptabilité aussi généralistes et universels que possible, et, par conséquent, s'inscrire dans une forme généralisée de neutralisation de la signification. L'extension de l'espace du marché, de ce que l'on peut continuer d'appeler l'agora des échanges culturels, entraîne une neutralisation des différences de pratique culturelle: pour rendre possible une diffusion aussi étendue que possible des formes de la culture, il convient que les normes auxquelles répondent les œuvres diffusées soient acceptables par tous, et, en particulier, par conséquent, fassent intervenir le moins possible de références singulières. Internationalisée, la culture se réfère, désormais, à des points de vue, à des critères, à des valeurs, aussi neutres que possible. Ainsi, par exemple, l'histoire des pays et des acteurs culturels, en ce qu'elle leur est propre, en ce qu'elle n'est pas substituable, ne Il

peut plus, dans ces conditions, avoir une place particulière dans les pratiques de la médiation culturelle et de la représentation. C'est la culture de divertissement, en ce qu'elle n'est pas autant inscrite dans des logiques identitaires, qui va se trouver, désormais, occuper la place privilégiée dans le champ des échanges culturels. À une culture identitaire, fondée sur les représentations symboliques des appartenances et des formes de sociabilité, va succéder, dans une telle agora internationalisée, une culture de services et de divertissements, fondée sur des pratiques médiatées généralisables, moins implicantes, et, par conséquent, moins significatives. C'est le sens de la généralisation, dans les médias, des séries policières et des feuilletons télévisés mettant en scène des activités quotidiennes banalisées et, par conséquent, aisément universalisables.
Évolution des modes de communication des représentations de l'identité

Les parcours et les processus de la communication et de l'information ont, eux aussi, profondément changé. La diffusion des médias s'internationalise: le satellite et le marché de la télévision câblée, en particulier, ont profondément remodelé les logiques et les stratégies des acteurs de la diffusion culturelle et, par conséquent, les logiques esthétiques de la conception des médias et de la représentation. L'internationalisation des médias et des formes de la culture s'accompagne, en quelque sorte, par définition, d'une rupture dans la conception et le statut de la médiation culturelle, qui cesse, désormais, de représenter des identités fortes, pour s'inscrire dans des pratiques de consommation, elles plus aisément intemationalisables, d'autant plus que le marché de la culture se trouve en continuité avec les activités de tourisme et de loisirs. L'offre de programmes en matière culturelle se trouve, dans ces conditions, orientée vers une offre de jeux, de découverte touristique et de films de loisirs, plutôt que vers une offre de représentations identitaires, moins facilement généralisables. Les identités d'usage s'universalisent, et, avec elles, les normes de la médiation culturelle, qui changent de signification. En s'inscrivant, désormais, dans les activités de loisirs, les
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pratiques culturelles ont changé de signification: elles renvoient moins, désormais, à la représentation d'idéaux d'appartenance ou d'objets de savoir, pour répondre davantage à des normes utilitaires et, par conséquent, inscrites plus facilement dans des logiques marchandes. Ce qui se joue, c'est, de cette manière, l'instauration d'une distance de plus en plus marquée entre culture et identité, la culture correspondant, dans ces nouvelles logiques, à un ensemble d'activités, plutôt qu'à un ensemble d'images, de textes et de représentations. L'usage des pratiques et des institutions de la médiation culturelle répond, dans ces conditions, à des normes qui répondent à des logiques de marché plutôt qu'à des normes sociales, anthropologiques ou institutionnelles. C'est le sens de l'inscription des représentations culturelles dans les mêmes logiques de diffusion et de représentation que les messages publicitaires ou l'offre d'informations de loisirs, en ce que ce type de messages sont universalisables, comme les marchés qu'ils structurent. L'homogénéisation de la diffusion des formes de communication, déjà engagée avec le développement des médias, en particulier avec celui de la télévision, prend désormais la forme de l'homogénéisation des messages culturels quelle que soit la langue dans laquelle ils s'expriment, quel que soit le pays où ils sont diffusés, quel que soit le média qui les édite et les présente au public. La communication des faits culturels s'homogénéise ainsi, dans la confusion entre médias et lieux de culture, et la disparition de la spécialisation des lieux et des pratiques de la médiation culturelle: la multilatéralité n'est pas seulement entre les pays, elle est aussi entre les pratiques. Si les pratiques de la médiation culturelle ont pu, longtemps, occuper des lieux particuliers, comme les musées, les théâtres, les salles de concert ou les bibliothèques, elles ont tendance, aujourd'hui, à prendre

place dans les lieux universels de l'espace public - ne serait-ce
que parce qu'elles s'inscrivent, en particulier, dans des lieux immatériels comme le sont les médias. L'homogénéisation des faits culturels et des pratiques de la communication médiatée renvoie, ainsi, au fait qu'il n'existe plus, à proprement parler, de lieux culturels, mais que tous les lieux, physiques ou médiatés, de la diffusion, servent de cadre à la représentation des activités culturelles. Dès lors que les lieux de la culture s'inscrivent dans 13

les lieux ordinaires de la communication, la médiation culturelle se confond, institutionnellement, avec les logiques et les pratiques de la diffusion et de la consommation des médias. Dans ces conditions, il devient impossible de tracer une séparation, une ligne de distinction, entre la médiation culturelle et le reste des médias, et, au-delà, ce sont tous les critères d'évaluation de la culture qui sont appelés à être reconfigurés, voire à disparaître, tant dans l'espace national de la médiation culturelle que dans son espace international et multilatéral. Les représentations culturelles s'inscrivent, désormais, dans le même espace que les médias d'information et la publicité. La culture appartient intégralement au champ des médias. En fait, c'est la fin de la distinction entre d'une part la culture et l'art, et, d'autre part, l'information et les loisirs, qui caractérise l'émergence du champ multilatéral de la communication. Tandis que la culture renvoie, dans son histoire, aux formes et aux logiques de la représentation de l'idéal politique et de l'idéal de soi, elle renvoie, désormais, dans les formes nouvelles de la communication multilatérale, aux logiques et aux exigences du marché et de la consommation. C'est le sens de la continuité qui peut exister entre les formes et les représentations de la culture et celles de la consommation et de la publicité, tant par les acteurs qui les interprètent, que par leurs thématiques qu'elles mettent en œuvre. Pour que la multilatéralité de la médiation culturelle puisse avoir une quelconque consistance, ses acteurs et ses décideurs l'inscrivent dans une économie de la culture, orientée et légitimée par les impératifs de la publicité et de la consommation. C'est, par exemple, le sens du développement des activités de mécénat des entreprises, qui sont rendues nécessaires par l'exigence de visibilité internationale des acteurs économiques et industriels et qui aboutissent à la reconnaissance d'une dimension publicitaire des faits culturels et des pratiques de la représentation artistique. L'enjeu de la culture dans le champ multilatéral est, dans ces conditions, la refondation du concept d'identité et la reconfiguration des logiques de représentation et de mise en scène dont il fait l'objet dans ce nouvel espace public, mais, avec cette reconfiguration, c'est la relation du public à l'art et à la culture qui s'inscrit dans de nouvelles formes d'intelligibilité.

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Repenser le concept d'identité dans le champ multilatéral

Le développement de la mondialisation des échanges culturels et la recomposition des identités amènent à repenser le concept politique d'identité dans cette nouvelle problématique des relations internationales - en particulier sur le plan de la culture. H convient de refonder le concept d'identité dans ce nouveau

contexte - le concept d'identité se définissant comme la relation
dialectique, assumée dans des pratiques symboliques et culturelles, entre la vérité (champ du désir et de la subjectivité) et le politique (champ des appartenances). Dans cette nouvelle logique, on peut définir le concept d'identité par trois critères. D'une part, l'identité dans le champ multilatéral renvoie à une nouvelle logique du sujet, distinct de ses appartenances et de ses modes de sociabilité. Ce qui caractérise l'identité, dans les logiques nationales de la culture et de la sociabilité, c'est l'articulation entre les représentations symboliques de la filiation et celles de l'appartenance territoriale (locales, régionales, nationales). L'identité consiste, pour le sujet, dans l'articulation symbolique de sa filiation et de ses différentes appartenances dans des pratiques esthétiques qui lui sont propres et dans lesquelles il engage son désir d'idéal. Dans la mesure oÙ les logiques d'appartenance du sujet acquièrent un autre statut du fait de la multilatéralisation des échanges de communication et d'information, c'est son appartenance même qui se trouve, ainsi, faire l'objet d'une reformulation et d'une reconfiguration. Tandis que le sujet de la communication et de la sociabilité structurait ses pratiques culturelles par l'articulation de son désir et de son appartenance singulière, il les structure, désormais, par l'articulation entre son désir et une forme d'appartenance en quelque sorte universellement normalisée. Les profils identitaires dont se soutiennent nos pratiques culturelles ne nous sont plus fondés sur des appartenances fortes et sur des engagements politiques ou idéologiques, mais sur des logiques d'activité et d'usage, sur des modes de sociabilité, fondamentalement distincts des appartenances et des engagements. C'est ce qui explique, d'ailleurs, le moindre engagement politique ou idéologique qui caractérise les productions culturelles contemporaines de forte diffusion. Même les

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productions culturelles critiques (on peut penser à un film comme Lost Highway, de Lynch) renvoient davantage à des critiques esthétiques de modes de vie et de pratiques sociales qu'à des critiques idéologiques ou à des engagements politiques forts comme pouvaient le faire des films comme ceux de Bui'iuel ou de Rossellini. Le sujet se pense, alors, indépendamment de ses appartenances - ce qui représente une évolution déjà perceptible dans la montée en puissance de phénomènes culturels comme celui de la science-fiction ou celui de la musique contemporaine, renvoyant à des formes esthétiques universalisables. L'identité, dans une telle problématique, est une médiation moins entre la singularité et l'appartenance qu'entre la singularité et des pratiques sociales normalisées et structurées par des codes et des systèmes de valeur fondés sur les médias et sur les pratiques de consommation. La dimension spéculaire de la médiation

culturelle - rendre possible l'identification à l'image symbolique de l'autre - se fonde, ainsi, sur une représentation de l'autre que
l'on peut qualifier d'économique, parce qu'elle se fonde sur ses usages de consommation, plutôt que sur une représentation idéologique ou politique, fondée sur des critères idéologiques ou institutionnels. L'identité est, ainsi, dans un champ multilatéral de communication et de représentation, fondée davantage sur des usages que sur des représentations: l'identité n'a pas la pérennité d'un système symbolique, ni la légitimité d'une appartenances politique, mais elle est orientée et fondée davantage sur des profils culturels définis par des acteurs économiques dans leurs logiques de production, d'échange et de diffusion. L'identité est portée par des activités de communication représentant nos semblables dans leurs pratiques sociales quotidiennes, plutôt que des idéaux de sociabilité et des pratiques historiques symboliquement fortes. C'est, dès lors, la séduction et la représentation des usages quotidiens, plutôt que l'adhésion et le discours politique ou culturel, qui sont au cœur des processus de socialisation et de construction des identités mis en œuvre par les médias et par les pratiques sociales de la signification et de la représentation. La multilatéralité de la médiation est, sans doute, à ce prix, qui s'inscrit, par ailleurs, dans le processus de la globalisation de la culture et des médias, qui comporte, par ailleurs, le risque de dilution des identités dans des pratiques 16

homogènes de communication. C'est que, d'autre part, le concept d'identité s'inscrit dans une logique que l'on peut définir comme l'information globalisée, l'identité se définissant, désormais, par l'information dont on dispose. La multilatéralité de la médiation culturelle se pense dans une logique plus large, que l'on peut définir comme la multilatéralité de l'information, caractérisée par deux facteurs essentiels: l'atténuation de la singularité et de la spécificité des formes et des langages de la représentation; la globalisation des processus de diffusion et des supports de la communication. La multilatéralité des faits culturels ne saurait se limiter à la multilatéralité de leurs appartenances: il s'agit aussi de la multilatéralité des codes et des systèmes symboliques dans lesquels ils s'inscrivent. Or, le propre de la communication médiatée est d'universaliser les systèmes de représentation, puisqu'ils sont censés s'inscrire tous dans les mêmes parcours, les mêmes processus, les mêmes canaux de diffusion et de mise en forme. La mu ltilatéral ité de l' information suppose l'inscription de représentations, de paroles et de discours hétérogènes dans des systèmes symboliques communs et dans des langages universalisables. Mais, pas plus que, dans le langage, il n'est possible de distinguer le fond et la forme, il n'est possible, dans les formes culturelles ainsi conçues, de garantir des spécificités singulières d'expression et de représentation à des formes de médiation censées être universelles. L'universalisation des formes entraîne, en quelque sorte mécaniquement, l'universalisation des thématiques et des systèmes de représentation, et, par conséquent, la neutralisation des spécificités esthétiques dans les activités culturelles. La généralisation de la télévision avait déjà engagé ce phénomène par l'instauration d'un continuum de diffusion entre fictions, documentaires, journaux d'informations, sports et activités de loisirs: une telle banalisation de la médiation culturelle franchit une étape supplémentaire avec l'universalisation des systèmes de diffusion. La globalisation des processus de diffusion s'inscrit dans une logique comparable: l'Universal par Vivendi, avant les nouvelles évolutions que l'on sait, montre bien la logique d'une telle évolution, qui, en universalisant les références culturelles atténue leur portée identitaire, et qui, par ailleurs, en diffusant
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