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Géopolitique du Liban

De
386 pages
Pays prospère grâce à son secteur tertiaire, îlot de développement au sein d'un monde arabe sous-développé, favorisé par une diaspora très dynamique à travers le monde, le Liban pourrait-il néanmoins disparaître ? Il y a quelque chose qui relève du miracle et nous fournit des raisons d'espérer, même si les turbulences syriennes posent désormais le problème de l'existence du Liban à une autre échelle.
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e• Géopolitiques du XXI siècle •
Collection dirigée par le Professeur Jacques Barrat
eLe Liban est un petit pays du Proche-Orient, qui en ce début du XXI
siècle, apparaît d’autant plus original que c’est un pays arabe, de culture
musulmane, mais où les Chrétiens, après avoir été largement majoritaires, Géopolitique
conservent encore une place qui approche les 40 % de la population totale.
C’est aussi un pays méditerranéen, géographiquement et culturellement, qui
a été très tôt occidentalisé du fait des échanges initiés dès l’Antiquité par les
Phéniciens. Fortement infuencé par la France, son protecteur depuis François
Ier, profondément francisé de 1919 à 1943 du fait du mandat donné à notre du Libanpays par la Société des Nations, il a été de surcroît « européanisé » depuis
la naissance du christianisme par la longue présence des Églises catholique
puis orthodoxe. Pour toutes ces raisons, le Liban possède aujourd’hui un
rayonnement culturel encore fort malgré les ravages d’une récente guerre
civile qui a duré près de dix-sept ans.
Pays prospère grâce à son secteur tertiaire, îlot de développement au
sein d’un monde arabe sous-développé, favorisé économiquement et
culturellement par une diaspora très dynamique à travers le monde, le Liban
pourrait-il néanmoins disparaître ?
Certains le disent en s’appuyant sur le fait qu’au niveau interne, il présente
un grand nombre d’éléments qui permettent de le classer au sein des États
très fragiles tels que défnis par le Quai d’Orsay. Symboles emblématiques de
cette faiblesse, l’échec patent du confessionnalisme et le caractère aberrant
d’une guerre civile de dix-sept ans qui a plongé le pays dans le chaos.
Toutefois, ce sont ces mêmes facteurs de la fragilité libanaise conjugués
à l’intérêt des autres pays du Proche-Orient de conserver malgré tout
cette mini enclave occidentalisée, qui expliquent paradoxalement qu’elle
a jusqu’alors été tolérée au sein d’un monde arabe aujourd’hui en pleine
crise et en pleine décomposition. Qui aurait pu penser que ce si fragile
État libanais survivrait à une si longue guerre civile, aux assassinats de
ses hommes politiques, de ses dirigeants, aux ingérences américaines, aux
pressions soviétiques, aux infltrations palestiniennes, aux raids israéliens,
aux réseaux mafeux et terroristes… Il y a là sans doute quelque chose
qui relève du miracle et qui nous fournit des raisons d’espérer, même si
les turbulences syriennes posent désormais le problème de l’existence du
Liban à une autre échelle.
Derek El Zein
Maxime Notteau
Camille Dravet
ÉDITIONS SPM ÉDITIONS SPM9 782917 23206433 €
ÉDITIONS SPM
Géopolitique du Libane• Géopolitiques du XXI siècle •
Collection dirigée par le Professeur Jacques BarratDans la même collection
Déjà parus
Géopolitique du Burkina Faso
Géopolitique de la Côte d’Ivoire
Géopolitique de l’Ouzbékistan
À paraître
Géopolitique de l’Albanie
Géopolitique de la Bulgarie
Géopolitique du Cameroun
Géopolitique du Mali
Géopolitique du Niger
Géopolitique du Sénégal
Géopolitique des grandes Aires culturelles
Géopolitique des ReligionsGéopolitique du Liban
Derek El Zein
Maxime Notteau
Camille Dravet
SPMCopyright : SPM, 2013
ISBN : 978-2-917232-06-4
SPM – 34, rue Jacques-Louvel-Tessier – 75010 Paris
Tél. : 01 44 52 54 80 – Télécopie : 01 44 52 54 82 – Courriel : lettrage@free.fr
DIFFUSION – DISTRIBUTION : L’Harmattan
5-7, rue de l’École-Polytechnique – 75005 Paris
Tél. : 01 40 46 79 20 – Télécopie : 01 43 25 82 03
site : www.harmattan.fr« Il y a neuf règles à suivre pour bien gouverner un État, à savoir :
Cultiver sa personne,
Honorer les gens de talent,
Aimer ses proches,
Respecter ses ministres,
Entourer l’ensemble des fonctionnaires de prévenance,
Prendre son peuple en affection,
Encourager l’enthousiasme de différents milieux d’artisans,
Traiter avec indulgence les gens venus d’un pays lointain,
Gagner le cœur des princes et des principautés. »
Confucius (551- 479 av. J.-C.)Le Directeur
de la Collection
Jacques Barrat a mené de front une double carrière d’univer-
sitaire et de diplomate. Géographe tropicaliste de formation, il est
docteur en géographie et docteur d’État ès Lettres. Professeur
émérite des Universités, il a enseigné la géopolitique à l’université
de Panthéon-Assas Paris II, à l’Institut français de Presse, au Collège
interarmées de Défense (ex-École supérieure de Guerre), au Centre
d’Études diplomatiques et stratégiques, et dans plusieurs organismes
spécialisés dans la géostratégie. Il a été également détaché au Quai
d’Orsay comme secrétaire général de l’Offce franco-québécois,
puis comme chef de la Mission de Coopération et d’Action cultu-
relle en Roumanie où il était également directeur de l’Institut fran-
çais de Bucarest. Membre de l’Académie des Sciences d’Outre-mer,
il a été le conseiller de Michel Jobert de 1972 à 1981, puis de Pierre
Messmer de 1986 à 2007. Il est l’auteur de nombreux ouvrages.
Kabul, capitale de l’Afghanistan (UNESCO, 1970) – Géographie des grandes
puissances (Nathan, 1981) – L’économie des pays africains (Centre interna-
tional de Formation bancaire, 1983) – Géographie économique des médias
(Litec, 1991) – Médias et développement (Litec, 1992) – Diversités des tiers-
mondes (Litec, 1992) – Géopolitique de la Francophonie (PUF, 1997) – Pour
mieux comprendre la télévision (Éditions Médiamétrie, 1999) – Géopolitique
de la Roumanie : regards croisés (Alvik, 2003) – Géopolitique de la Francophonie :
un nouveau souffe (La documentation française, Paris 2005) – La
Vènerie française, un patrimoine d’avenir (Bibliothèque des Introuvables,
Paris, 2007) – Géopolitique du Burkina Faso (SEM, 2008) – Géopolitique de
l’Ouzbékistan (SPM, 2010) – Géopolitique de la Côte d’Ivoire (SPM, 2011).
Il est l’éditorialiste de la revue Géostratégiques.Les auteurs
Derek El Zein, pour des raisons familiales, est parfaitement
quadrilingue (allemand, arabe, français et anglais). Après des études
de droit à l’université Panthéon-Assas Paris II, il a décidé d’embras-
ser la carrière d’avocat, dans le cadre du Barreau de Paris. Docteur
en sciences de l’information et de la communication (Panthéon-Assas
Paris II), il est en outre spécialiste de la géopolitique des médias au
Proche-Orient comme le montre la thèse qu’il a rédigée sous la direc-
tion du Professeur Jacques Barrat, et qui est consacrée au Paysage
médiatique libanais (2006). Spécialiste du Proche-Orient, il est maître
de conférence en sciences politiques à l’université Paris Descartes-
Sorbonne Paris Cité, où il est chargé notamment d’enseigner les rela-
tions internationales.
Maxime Notteau est né en France en 1987. Après une licence de
droit à l’université de Reims Champagnes-Ardennes, il a continué sa
formation avec un master en sciences de l’Information-Communica-
tion à l’Institut Français de Presse (IFP) Panthéon-Assas Paris II. À
l’issue d’un master II, où il a travaillé sur le traitement des attentats
du 11 Septembre par l’hebdomadaire Courrier International, il sort major
de sa promotion. Il est désormais doctorant dans la même discipline,
sous la direction du Professeur Jacques Barrat. Ses recherches portent
sur « les forces armées françaises en tant qu’outil du rayonnement
diplomatique ». Enseignant vacataire à l’IPAG Business School, il est
par ailleurs offcier de réserve de la Marine nationale.
Camille Dravet, après trois ans d’études en classes préparatoires
littéraires, a intégré l’ISMaPP (Institut Supérieur du Management
Public et Politique, Paris) où elle a obtenu, en 2011, un master en
stratégie et décision publique et politique. À la suite d’une expérience
professionnelle sur le projet du Grand Paris, elle s’est investie dans le
monde associatif et de la médiation scientifque, et a travaillé à Rio
de Janeiro (Brésil) à l’occasion de la Conférence des Nations unies sur
le développement durable, Rio+20. Elle s’oriente aujourd’hui vers la
sphère publique. Introduction
« Tel qu’il est, le Liban est, dans son ensemble,
l’une des régions montagneuses les plus remarquables
du globe. Il a un air de grandeur et de majesté qui
frappe tout d’abord le voyageur. »
Victor Guérin, 1821-1890Le Liban est un petit pays du Proche-Orient, qui en ce début du
eXXI siècle, apparaît d’autant plus original que c’est un pays arabe,
de culture musulmane, mais où les Chrétiens, après avoir été large-
ment majoritaires, conservent encore une place qui approche les 40 %
de la population totale. C’est aussi un pays méditerranéen, géogra-
phiquement et culturellement, qui a été très tôt occidentalisé du fait
des échanges initiés dès l’Antiquité par les Phéniciens. Fortement
erinfuencé par la France, son protecteur depuis François I , profondé-
ment francisé de 1919 à 1943 du fait du mandat donné à la France
par la Société des Nations, il a été de surcroît « européanisé » depuis
la naissance du christianisme par la longue présence des Églises
catholique puis orthodoxe. Pour toutes ces raisons, le Liban possède
aujourd’hui un rayonnement culturel encore fort malgré les ravages
d’une récente guerre civile qui a duré près de dix-sept ans.
Il est vrai que le Liban, qualifé par certains de Suisse économique,
1par d’autres de Suisse médiatique du Proche-Orient, a connu une
histoire particulièrement mouvementée. Elle a provoqué des modif-
cations de structures sociétales à la fois rapides et très lentes. En effet,
les nombreuses périodes de domination que le Liban a connues tout
au long de son histoire, montrent bien la capacité de ses habitants à
s’adapter à ces divers traumatismes.
Le Liban est indéniablement un pays d’Orient, même s’il est peut-
être le plus occidental des pays du Machrek. À l’inverse, les commu-
nautés libanaises à l’origine du confessionnalisme voulu et inventé par
la France, ont plus ou moins conforté dans ce pays une organisation
clanique qui s’est elle-même superposée à des structures tribales déjà
très anciennes. Jusqu’à aujourd’hui, tous les étages de la société liba-
naise demeurent marqués par cette structure sociétale.
Entre réalités économiques, contraintes régionales, atta-
chements claniques, arabité et amour de ce qui fut et reste encore la
culture française, le Liban appartient à une catégorie d’États parti-
culièrement originaux. Il est vrai que l’économie libanaise rajoute
encore aux originalités géographiques et sociologiques du pays.
Globalement, ce mini territoire est un îlot de développement au sein
d’un monde arabe sous-développé. Les chiffres liés à la production,
1. Cf. la thèse de Derek El Zein, Le paysage médiatique au Liban, Panthéon-Assas Paris II, 2006.
- 12 -tertiaire pour l’essentiel, sont là pour en témoigner. Ceux qui servent
de repères à l’analyse des standards de vie montrent également que
la population libanaise, une faible minorité mise à part, présente les
mêmes caractéristiques que celles qu’on connaît dans les pays déve-
loppés. Que dire enfn du rôle moteur, dynamisant et fructueux de la
diaspora libanaise qui a essaimé dans le monde entier que ce soit dans
les pays les plus riches comme sur le continent africain noir.
erLe 1 janvier 2010, le Liban faisait son entrée comme membre non
permanent au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. C’était
là un signal fort qui montrait, s’il en était besoin, que la diplomatie
libanaise telle, qu’elle s’est développée à l’échelle du monde a une
dynamique et une infuence beaucoup plus importantes que ce qu’on
serait en droit d’attendre de ce mini-État du Proche-Orient.
2Maintien de la francophonie , rayonnement international, souve-
raineté intellectuelle, liberté religieuse sont autant de problèmes
à résoudre vite, qu’ils soient structurels ou conjoncturels. Car si les
Libanais demeurent fortement attachés à la France et au véhicule
culturel qu’est la langue française, le manque plus que regrettable des
3 moyens fnanciers destinés à soutenir la politique de la Francophonie
au Liban risque d’obérer pour toujours la participation de ce pays à la
francophonie réelle. Quant à son rayonnement et à sa souveraineté,
l’instabilité et l’inconstance de la sous-région peuvent faire craindre le
pire. Pays fragile par excellence, le Liban pourrait à court ou moyen
terme, être le grand perdant des séismes qui secouent actuellement
le monde arabe. D’aucun pense que la relative « exception cultu-
relle » libanaise pourrait sauver le pays des cèdres en le protégeant du
grand tsunami qui balaie aujourd’hui les pays musulmans dans leur
ensemble. C’est ce que nous, Français, souhaiterions de tout cœur.
Pourrions-nous en effet accepter la disparition du Liban et, partant,
celle du rôle de la France dans ce qui fut un sanctuaire et un modèle
d’effcacité économique, de prospérité et de tolérance, voire même
(pour certaines périodes bénies) de démocratie au sein du monde
méditerranéen ? Mais ceci est sans doute une autre histoire…
2. « francophonie » avec un « f » minuscule désigne l’ensemble de ceux qui ont la langue française en
partage (formule inventée par l’académicien Maurice Druon).
3. « Francophonie » avec un « F » majuscule désigne les structures organisationnelles de l’OIF
(Organisation Internationale de la Francophonie).
- 12 - - 13 -I. Un petit État méditerranéen,
un refuge naturel
« Tout ce que je puis vous dire, c’est que l’air du
Liban est le plus suave, le plus pur, le plus vivifant
du monde, que ce pays inspire la santé, le repos,
la tranquillité d’esprit, une activité bienfaisante et
tempérée, que les populations en somme sont bonnes
et douces, que la sécurité est plus grande qu’en aucun
pays d’Europe. »
Ernest Renan, 1823-18921. Le Liban, le plus petit État du Proche-Orient compte
néanmoins plus de quatre millions d’habitants
Carte n° 1 :
Un pays du Levant
Source : carte réalisée par les auteurs à partir des données de l’administration libanaise.
2Pays du Proche-Orient (le Levant), le Liban s’étend sur 10 452 km ,
ece qui le place au 169 rang mondial.
En comparaison, le plus grand département de France métropoli-
4taine couvre une superfcie à peu près comparable .
Il est bordé par la mer Méditerranée sur 220 km du nord au sud.
Il s’étend d’ouest en est sur 80 km de largeur au Nord du pays et 48
km de largeur au Sud. Le Liban partage 454 km de frontières avec les
États limitrophes que sont la Syrie (375 km) et Israël (79 km).
4. La Gir onde
- 16 -Les terres représentent plus de 98,3 % du territoire, l’eau, à
peine 1,7 % (lac de Qaraoun).
5Avec plus de 4,1 millions d’habitants dont 87 % sont citadins, le
eLiban se place au 127 rang mondial par sa population.
La densité du pays est élevée puisqu’elle dépasse les 386 habitants
2au km .
Beyrouth, la capitale du pays, est située à 33° 53’ de latitude nord
et 35° 30’ de longitude est. Elle est placée sur l’étroite bande de terre
sise entre la côte méditerranéenne et le Sannine, qui avec 2628 m
d’altitude est l’un des plus hauts sommets de la chaîne du Mont-
Liban. C’est la plus grande ville du pays, avec près de 1,8 millions
d’habitants.
5. Ce chiffre est une estimation assez crédible. Rappelons que le dernier recensement date de 1932
sous le mandat français!
- 16 - - 17 -2. Un relief contrasté
Carte n° 2 :
Le relief libanais est dominé par la montagne
Source : carte réalisée par les auteurs à partir des données de l’administration libanaise.
- 18 -Le relief du Liban se présente comme une succession de plaines et de
chaînes montagneuses disposées parallèlement le long d’un axe nord-sud.
C’est pourquoi, il a longtemps été source de protection naturelle mais aussi
d’isolement de certaines populations du pays. Ce phénomène a été parti-
culièrement propice au développement de groupes religieux ou ethniques
homogènes (Maronites, Alaouites, Druzes, etc.).
De Tripoli au nord, à Sour (l’ancienne Tyr) au sud, une étroite
plaine côtière accueille les principales villes du pays coincées entre la
mer Méditerranée et le Mont-Liban.
Dans le prolongement des Monts-Alaouites (le Djebel Ansariyé
syrien), le massif du Mont-Liban s’abaisse lentement jusqu’aux
collines de Cisjordanie. Son point culminant se situe dans l’arrière-
pays tripolitain à 3088 m d’altitude : il s’agit du Qornet es-Saouda.
À l’est du Mont-Liban, la plaine de la Bekaa s’ouvre dans la conti-
nuité de la dépression du Ghab (ou Rhäb). La plaine, véritable grenier
agricole, se déploie vers le sud jusqu’au fossé du Jourdain. Le tout
participe du système de failles qui s’étend de la Turquie à la Rift
Valley kenyane, en passant par la mer Morte et la mer Rouge.
Avec une altitude moyenne de 900 m, la plaine alluviale de la Bekaa
couvre plus d’un tiers du territoire libanais. Enclavée entre les massifs
du Mont-Liban à l’ouest et de l’Anti-Liban à l’est, elle s’étend globa-
2lement sur une surface de près de 4000 km répartie sur une bande de
territoire de 8 à 14 km de largeur sur 120 km de longueur.
À l’extrémité orientale du pays, se dresse le massif de l’Anti-Liban.
Orienté selon l’axe nord-sud et parallèle au massif du Mont-Liban,
l’Anti-Liban est moins élevé. Au sud de cette chaîne faisant offce de
frontière avec la Syrie, Le mont Hermon atteint 2814 m d’altitude.
Entre l’écume et les cimes, le territoire libanais est avare en terres
fertiles et recèle peu de ressources naturelles à l’exception du calcaire,
du minerai de fer, du sel, du bois et de l’eau.
Néanmoins, il est notable que dans cette région du Proche-Orient
caractérisée globalement par son défcit en eau, la richesse du Liban
dans ce domaine est un atout absolument fondamental. C’est un pays
de sources et de feuves alimentés par ces deux réservoirs naturels que
sont les chaînes du Liban et de l’Anti-Liban.
- 18 - - 19 -Carte n° 3 :
Le réseau hydrographique libanais
Source : Carte réalisée par les auteurs à partir des données de l’administration libanaise.
En matière hydrologique, le Liban connaît de fait une situation
relativement originale par rapport aux autres pays du Proche-Orient.
C’est un des cinq pays de la région qui se situent nettement au dessus
3du seuil de pénurie de 1000 m /an/habitant, suivi en cela par la
Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie.
En 2000, les ressources disponibles en eau douce renouvelable per
3capita s’élevaient à hauteur de 1261 m /an/habitant. En prenant
- 20 -en compte le volume des eaux conventionnelles et non convention-
6 3nelles , en 2005 la disponibilité théorique en millions de m par an
7était évaluée à 4500 par habitant .
Il est vrai que le territoire libanais est parcouru par 2000 rivières, 40
feuves (dont 23 saisonniers). Il recèle aussi un nombre considérable de
sources, comme celles de Wadi Qadisha, Wadi Soukhar, Wadi Jhannam,
Wadi en-Nsour, qui vont grossir les rivières et creuser des vallées parfois
profondes de plus de 1000 m, comme la Qadisha (la vallée sainte).
Il semblerait que la quantité d’eau superfcielle et souterraine soit de
3l’ordre de 2,6 milliards de m . Et en 2005, les estimations donnaient
3le chiffre de 2 milliards de m effectivement exploitables, dont près
d’un milliard est mis en valeur par les différentes compagnies des eaux
libanaises.
À une cinquantaine de kilomètres des côtes méditerranéennes, la
ville de Baalbek (Heliopolis) marque la séparation entre le bassin de
l’Oronte au nord (Nahr al-Assi, ce nom faisant référence à son cours
du sud vers le nord), et le bassin du Litani au sud. Ces deux feuves
se démarquent nettement des autres à la fois par leur taille et leur
importance stratégique.
Long de 571 km, l’Oronte (Nahr al-Aassi en arabe, « feuve rebelle »)
remonte vers la Syrie et le lac de Homs avant de rejoindre le golfe
d’Alexandrette. La nappe captive du feuve se situe au Mont-Liban.
C’est la fonte des neiges de ce dernier qui le nourrit. Dans une région
menacée de désertifcation (nord de la Bekaa), le débit puissant (de 12
3à 15 m /s) de l’Oronte permet d’alimenter les nombreuses cultures de
son cours supérieur (arboriculture fruitière).
Prenant sa source près de Baalbek, le Litani coule du nord vers
le sud. Le Litani ou Nahr al-Lytany est le seul feuve d’importance
signifcative au Proche-Orient, qui ne traverse aucune frontière inter -
nationale. Long de 140 km, il avance vers le sud en alimentant le riche
bassin hydrographique de l’Hashbani. À proximité du mont Hermon,
6. Les eaux non conventionnelles sont issues du dessalement des eaux et du traitement des eaux usées.
Il n’existe pas actuellement de grandes usines de dessalement au Liban, nous parlons ici uniquement
du traitement des eaux usées.
7. KHAR OUF-GA UDIG (Rana), Le droit international de l’eau douce au Moyen-Orient entre souveraineté et
coopération, Editions Bruylant, Collection de droit international, 2012, p. 41.
- 20 - - 21 -il oblique vers la mer Méditerranée dans laquelle il se jette, non loin
de Sour (Tyr).
Quant au lac artifciel de Qaraoun, il a été créé en 1959 par le barrage
2des eaux du Litani. D’une superfcie de 11 km , long de 1,3 km, il permet
2de produire au moins 185 MW d’électricité et d’irriguer 310 km de
2terres agricoles au Liban Sud, et 80 km dans la plaine de la Bekaa.
La répartition des populations sur le territoire est telle que les zones
les plus soumises aux précipitations ne retiennent pas le plus grand
nombre d’habitants. De ce fait, même s’il existe des surplus hydrolo-
giques réels, des formes de pénurie locale en eau peuvent exister.
Toutefois, il est indéniable qu’au sein d’un Proche-Orient marqué
par son défcit en eau, le fait que le Liban ait le contrôle total de ses
riches ressources hydrauliques s’avère un facteur prééminent dans la
compréhension des interactions géopolitiques régionales.
Ce phénomène a été reconnu de longue date. Les Phéniciens
n’adoraient-ils pas Hadad, dieu de l’orage et protecteur des eaux,
ainsi qu’Atagartis et Astarté, divinités de la fécondité, dans la cité de
Baalbek (sise sur le versant occidental de l’Anti-Liban) ?
Ces cultes traduisaient déjà fort bien les rêves d’abondance liée à l’eau
chez les Phéniciens installés dans cette région semi-désertique. En effet,
l’aridité est malheureusement la caractéristique principale du Proche-
Orient. 90 % du territoire jordanien sont désertiques, 60 % des terres
syriennes également, dans la mesure où des pluviosités inférieures à 250
mm par an y interdisent toute agriculture non irriguée.
« Au Moyen-Orient, l’offre des ressources en eau est étroitement liée au niveau
de développement des pays respectifs. La capacité d’exploiter les ressources hydrau-
liques, et donc la disponibilité de l’eau, dépend ainsi directement des moyens tech-
niques dont disposent les pays. Afn d’assurer l’équilibre entre l’offre et la demande,
8une gestion hydraulique performante est indispensable » . Or, la gestion hydrau-
lique est problématique au Liban. Le réseau d’adduction affche des
pertes en ligne de 40 %, et les habitants de Beyrouth, en saison sèche,
9n’ont de l’eau à leurs robinets que trois heures par jour ! En 2000,
la construction de 18 barrages a été programmée, pour la rétention
8. Ibid, p. 40.
9. BUCCIANTI-BARAKAT (Liliane) et CHAMUSSY (Henri), Le Liban, géographie d’un pays paradoxal,
Belin, 2012, p. 92.
- 22 -3de 1,1 milliard de m . Mais à l’heure actuelle, on en compte qu’un
seul qui ait été réalisé, celui de Chabrouh.
Quatre établissements régionaux (Nord, Béqaa, Sud et Beyrouth
Mont-Liban) sont chargés de la gestion des eaux, ainsi que l’Offce
national du Litani, qui depuis 1954 réalise les projets sur ce feuve, et
le Conseil du Sud. Cependant, les moyens sont faibles et le fnance-
ment étatique insuffsant. On estime que 50 % des consommateurs ne
10payent pas leurs factures …
La conjoncture politique, économique, écologique, socioculturelle
n’a pas été et n’évolue pas en faveur de la situation hydraulique au
Liban. Ce dernier et ses voisins sont incapables d’équilibrer l’offre et
la demande, « faisant de la région un terrain propice à l’émergence de confits
11autour de l’eau » .
3. Des sols fragiles
En raison du caractère majoritairement montagneux du relief,
les sols du Liban s’avèrent discontinus, jeunes, fragiles et particuliè-
12rement sujets à l’érosion . Les terres sont ainsi vulnérables dans la
mesure où elles sont peu profondes et se trouvent en contact direct
avec les formations karstiques – à l’image des régions de Faqra (alti-
tude moyenne de 1 500 mètres environ sur le versant maritime du
Mont-Liban) et d’Ajaltoun, pour ne citer qu’elles. Par ailleurs, les
massifs rocheux, nombreux sur l’ensemble du territoire, sont révéla-
teurs de sols lithiques.
Depuis plus de cinquante ans, les spéléologues ont découvert et
exploré les différents systèmes karstiques en présence. Des centaines
de grottes ont ainsi pu être mises à jour, à l’image de la localisa-
tion récente, en 1996, du gouffre de Qattine Azar, près d’Antélias.
Les sols du Liban varient considérablement mais restent profon-
dément marqués par un dénominateur méditerranéen commun.
10. Ibid, p. 92.
11. KHAR OUF-GA UDIG (Rana), Le droit international de l’eau douce au Moyen-Orient entre souveraineté et
coopération, Editions Bruylant, Collection de droit international, 2012, p. 40.
12. Lebanon State of the Environment Report Ministry of Environment/LEDO.
- 22 - - 23 -Les deux sous-catégories les plus présentes sont les terras rossas (sols
rouges fersiallitiques) et les rendosols (ou rendzines), qui représen-
tent environ 70 % des surfaces libanaises totales. Publiés dès 1971,
les travaux de Maurice Lamouroux offrent une lecture précise des
grandes formations géologiques qui s’imposent par conséquent aux
activités humaines libanaises :
« Le comportement en surface des formations géologiques a permis d’établir un
schéma lithomorphologique facilitant la compréhension des processus de pédogenèse.
« Les roches dures carbonatées favorisent la formation d’un relief karstique plus
ou moins érodé et déchiqueté :
« - le « karst fermé » est un karst parfait, souvent ruiniforme, où les sols ne
subsistent qu’au fond de profondes fssures dans les dolines isolées ;
« - le « karst couvert » est un karst noyé sous un manteau plus ou moins épais de
sols rouges fersiallitiques.
« Les roches tendres carbonatées sont plus facilement altérées et présentent un
paysage aux molles ondulations. Les sols y sont souvent très calcaires et fortement
érodés. Les grès et les formations basaltiques sont également très érodés et contri-
13buent à alimenter les glacis, les cônes de piedmont et les plaines environnantes » .
Les roches qui constituent les deux massifs du Mont-Liban et de
l’Anti-Liban datent de l’ère secondaire. Des couches de calcaire juras-
sique lité, de grès lité, tout comme des strates argilo-sableuses, des sols
jaunâtres et des sols rouges en altitude y ont été révélés. Depuis les
années 1960, la richesse de ces sols a notamment permis la plantation
14et l’exploitation de vignobles de très grande qualité .
Plus largement parlant, les ressources naturelles du Liban sont
essentiellement constituées de calcaire, de minerai de fer, de sel et
d’eau. En 2005, on estimait que 20 % seulement des terres libanaises
étaient arables. De même, 10 % de la surface totale était alors consa-
crés aux cultures et pâturages permanents. Enfn, selon les mêmes
2sources, quelque 1 000 km du territoire national étaient irrigués. Ce
sont donc près de 70 % des terres qui ne sont pas utilisés à des fns
agricoles, ce qui est compréhensible eu égard au relief du pays.
13. LAMOUR OUX (Maurice), Étude de sols formés sur roches carbonatées – Pédogénèse fersiallitique au Liban,
Cahiers de l’ORSTOM, sér. Pédol., vol. IX, n° 3, 1971.
14. Le Guide des vins libanais .
- 24 -Carte n° 4 :
La géologie du territoire libanais
Source : carte réalisée par les auteurs à partir des données de l’administration libanaise.
- 24 - - 25 -4. Un climat lui aussi contrasté
Carte n° 5 :
Températures moyennes annuelles
Source : carte réalisée par les auteurs à partir des données de l’administration libanaise.
- 26 -Carte n° 6 :
Précipitations moyennes annuelles
Source : carte réalisée par les auteurs à partir des données de l’administration libanaise.
- 26 - - 27 -Ouverte sur le bassin levantin, la plaine côtière libanaise bénéfcie
d’un climat typiquement méditerranéen. Les pluies y sont abondantes
durant l’hiver (de novembre à avril). L’inter-saison y est douce, l’été
chaud et sec. Les températures oscillent entre 20° C à 32° C alors
qu’en automne, elles s’étagent de 15° C à 28° C du nord au sud.
La température moyenne enregistrée à Beyrouth est d’environ 21° C.
Les précipitations annuelles s’élèvent à près de 710 mm en moyenne
nationale, celles de Beyrouth, autour de 890 mm.
La chaîne du Mont-Liban connaît des températures rigoureuses
accompagnées d’importantes chutes de neige en hiver (plusieurs
mètres de décembre à avril). Il est intéressant de noter que parmi
plusieurs étymologies du mot Liban, on trouve « Loubnan », mot
qui en araméen signife « blanche », à l’image des neiges éternelles
qui recouvrent les sommets du massif. L’été, sur le Mont-Liban, est
relativement doux. Ce sont les températures automnales qui sont plus
fraîches.
À l’est du Mont-Liban, dans la plaine de la Bekaa, on observe un
climat continental plus sec qui devient steppique dans le nord. À
Zahleh (sud de Baalbek), on enregistre des températures de 38° C au
mois de septembre. Les hivers y sont froids, l’intersaison beaucoup
plus courte est douce.
Enfn, le plateau de l’Anti-Liban est caractérisé par son climat déser -
tique. Ce massif se révèle être une frontière naturelle entre la Syrie et
le Liban, mais qui est clairement perméable. Ce relief n’est pas non
plus une barrière contre le Khamsin, vent brûlant et sablonneux venu
du désert d’Égypte, qui souffe du sud-ouest vers le nord-est dans la
période du mois de mars et qui donne au ciel une teinte rose orangée.
Mais d’une manière générale, le relief libanais reste néanmoins un
obstacle important au déplacement des hommes, ainsi qu’aux précipi-
tations. Beyrouth reçoit en moyenne quatre fois plus de précipitations
que la ville de Damas située à seulement une centaine de kilomètres
plus à l’est (890 mm contre 190 mm pour la cité damascène).
De ce fait, selon les régions, les variations sensibles d’altitude et de
température offrent un éventail varié de cultures : agrumes sur les
côtes, arbres fruitiers et sylviculture sur les pentes du Mont-Liban,
cultures irriguées dans la plaine de la Bekaa.
- 28 -5. Une fore et une faune très diversifées
Carte n° 7 :
Les étages de végétation au Liban
Source : carte réalisée par les auteurs à partir des données de l’administration libanaise.
- 28 - - 29 -Au début des années 2010, 9119 espèces vivantes dont 4633 espèces
foristiques et 4486 espèces faunistiques avaient été très exactement
répertoriées. Or, la dernière décennie a vu l’État s’engager davantage
dans la préservation de l’environnement et ainsi pallier un manque
patent de fnancement et de programme de gestion.
La fore libanaise est typiquement méditerranéenne.
En montagne, on trouve des chênes verts, des sapins de Cilicie,
des genévriers (également dans la plaine de la Bekaa), des pins et
des cèdres. De nombreuses espèces végétales endémiques sont égale-
ment répertoriées dans les différentes réserves et zones protégées que
compte le Liban.
Le Liban compte près d’une dizaine de réserves naturelles connues
pour leur biodiversité. Certaines ont même bénéfcié d’un programme
de fnancement, fruit d’une collaboration entre l’État libanais et le
Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD). À
titre d’exemple, on peut citer la forêt d’Ehden, située au nord du
Liban. Ce site est remarquable de par sa faune où cohabitent de
nombreuses espèces d’animaux, au sein d’une végétation méditerra-
néenne épanouie – aigles royaux et impériaux, buses, milans rouges,
aigles de Bonelli, fauvettes sardes et hiboux de Scop.
Le Liban possède également plusieurs sites naturels considérables, à
l’image d’une forêt de cèdres située à 1 920 m d’altitude, qui a mira-
culeusement survécu à la déforestation de la montagne libanaise.
En 2010, elle présente les quelques derniers vestiges d’une forêt qui
15avait fait la ferté du Liban d’autrefois .
La faune est tout aussi diverse.
Du fait de l’importance de la façade maritime du Liban, la faune
du pays compte de nombreuses espèces marines. Beaucoup sont
cependant en danger à l’image de la tortue de mer. Elle se maintient
heureusement au large de Tripoli, de même que les phoques-moines
méditerranéens. La diversité se fait sensiblement plus riche sur la
plage de sable de Tyr grâce à la jonction des eaux douces de la source
de Ras al-Aïn et de celles de la mer Méditerranée. Les fond-marins
15. BETHEMONT (J acques), Géographie de la méditerranée, Armand Colin, 2001, p. 7.
- 30 -s’enrichissent sensiblement d’une faune marine plurielle (raie, mérou,
poulpe, requin).
Du point de vue de la faune aviaire, près de 250 espèces d’animaux
(soit 500 millions d’individus par an) migrent à travers le pays en
passant notamment par les marécages d’Ammick, qui comptent parmi
les derniers au Proche-Orient. Au printemps, on peut observer des
cigognes blanches, dont la population est d’environ 500 000 individus.
Dans les zones montagneuses évoluent nombre d’oiseaux de proie.
Là encore, la richesse de la réserve d’Horch Ehden est notable. Outre
ses 156 espèces différentes d’oiseaux (dont des aigles royaux et impé-
riaux, buses, milans rouges, hiboux de scop, etc.), on y retrouve des
chats sauvages, des hyènes mais également des loups (dont la présence
a été attestée en mai 2010).
6. Des risques naturels non négligeables
et un écosystème sous contrainte
De nombreux risques naturels pèsent sur le territoire libanais, tels
que les inondations, les feux de forêts, les glissements de terrains, les
tempêtes de sable ou encore les tremblements de terre.
Si les derniers tremblements de terre majeurs remontent à 1837
et au 16 mars 1956, le risque sismique est sensible au Liban : cinq
séismes ont secoué le Liban-Sud le 8 mars 2010 par exemple. On
attribue au chevauchement de « Tripoli-Beyrouth », la destruction
de la capitale en 531. La faille s’enfonce sous le littoral libanais, zone
où la population se concentre à 80 %. Mais cette faille n’est pas la
seule au Liban. En effet, la faille du Levant qui scinde en deux entités
les plaques d’Arabie et d’Afrique, se ramife en plusieurs branches.
Chacune d’elles ayant des vitesses de glissement différentes et, de ce
fait, un potentiel sismique différent. D’après le CNRS, ces vitesses
sont comprises entre 2 mm et 7 mm par an. Le risque sismique est
d’autant plus sensible que le tissus urbain des villes du littoral est le
plus souvent constitué de bâtiments qui ne répondent pas aux normes
antisismiques, que le code de la construction oublie trop souvent ! La
situation est similaire dans de nombreux villages de l’arrière-pays.
- 30 - - 31 -Concernant les feux de forêts, en 2008, 426 incendies avaient été
répertoriés, soit une surface de 1860,53 ha. Les risques d’inondation
sont également bien réels. La plaine de la Bekaa est en proie à de
nombreuses crues et ce à cause des fontes de printemps, notamment
au nord de Baalbek (région de El-Léboué). Les orages engendrent
également des pluies souvent torrentielles favorisant drastiquement
le phénomène d’érosion des sols. D’autant plus que les pluies sont
inégalement réparties dans le temps (une saison de 50 à 100 jours).
Face à ces risques naturels majeurs, l’administration libanaise, en
collaboration avec le PNUD et l’agence suisse pour le développe-
ment et la coopération, a lancé en 2009 une vaste analyse des risques
encourus par le Liban et de la capacité d’action des diverses insti-
tutions concernées par une éventuelle catastrophe. Bénéfciant d’un
budget de 800 000 US $, le plan visait à mettre en place une structure
de gestion effcace des catastrophes à l’horizon 2012.
Dans un entretien daté du 18 octobre 2012, Nathalie Zaarour,
16directrice du projet, répond à L’Orient le Jour et expliquait qu’ils
travaillent sur les cinq problématiques suivantes : l’institutionnalisa-
tion du cadre de la gestion des risques et des crises, l’établissement
d’une stratégie nationale pour la réduction des risques liés aux catas-
trophes naturelles, la formation des secteurs privé et public sur la
gestion des risques à travers des entraînements, la sensibilisation des
citoyens et enfn le rôle des femmes dans la gestion des risques et des
crises. De plus, elle affrmait qu’un projet, examiné par le Parlement,
visait à mettre en place une nouvelle institution qui serait en charge de
la gestion des risques. Basée sur les normes internationales, elle aurait
pour but de former une autorité nationale qui s’occuperait de toutes
les étapes d’un désastre. Enfn, une de leurs priorités semble être la
sensibilisation des populations grâce à l’organisation de Journées
internationales annuelles, d’un site Internet et d’un documentaire
diffusé dans les salles de cinéma libanais.
Le Liban n’est pas uniquement exposés aux risques naturels. La part
des risques anthropiques est non négligeable et met sous contrainte le
riche écosystème national.
16. « Le Liban essaie de se doter d’une institution de gestion des risques, affrme Nathalie Zaarour »,
L’Orient le Jour.com, 18 octobre 2012.
- 32 -La déforestation, l’urbanisation, la flière agrochimique, le dévelop -
pement du réseau routier, le dessèchement de zones marécageuses,
l’agriculture, l’exploitation des carrières, la pollution de l’air due au
trafc routier ou à l’incinération des déchets, la des côtes du
fait du ruissellement des eaux usées ou le rejet des déchets industriels
sont autant d’éléments pesant sur l’écosystème. Les confits armés
sont également dévastateurs.
Durant la guerre « des trente-trois jours » du 12 juillet
au 14 août 2006, les bombardements israéliens sur le Liban ont
provoqué la destruction de très nombreuses infrastructures telles que
usines, aéroports, relais de communications, centrales électriques. Le
bombardement de la centrale de Jiyeh à 30 km au sud de Beyrouth
et de ses réserves de foul, a alors provoqué une grave pollution aux
hydrocarbures du littoral libanais. Ce sont 70 km à 80 km de côtes
(eaux et plages) qui ont ainsi été souillées par des nappes de foul qui
se dirigèrent ensuite, sous l’effet des vents, vers le littoral syrien et turc.
Enfn, dernier exemple signifcatif, la menace qui pèse sur le cèdre
du Liban.
La coupe non maîtrisée, l’urbanisation, le surpâturage, le réchauf-
fement climatique ainsi que certains parasites naturels avaient, dès
le début du siècle, rendu la présence de l’emblématique « arbre des
dieux » de plus en plus sporadique. Aujourd’hui, seulement 8 % des
terres, soit 80 000 ha, sont recouvertes de forêts et la cédraie libanaise
n’en représente désormais qu’1 % (800 ha). Une donnée préoccu-
pante qui témoigne de la dégradation plus large du paysage.
Quelques initiatives des pouvoirs publics ont récemment tenté d’en-
rayer ce phénomène, comme des campagnes ponctuelles de reboi-
sement. Ainsi, la tendance pourrait désormais s’inverser eu égard à
la prise de conscience locale et nationale d’une nécessaire action en
faveur de l’environnement : prise de conscience traduite par la mise
en œuvre de mesures de protection concrètes, comme par exemple le
programme de reboisement entre 1 000 m et 1 400 m d’altitude. Les
nombreux traités internationaux, dont le Liban est partie prenante,
participent de la même dynamique de sauvegarde de la biodiversité.
- 32 - - 33 -II. La population du Liban :
une mosaïque ethnico-religieuse
« Mon pays.
Dans ma fenêtre il pourrait presque entièrement tenir
si l’Histoire ne le faisait déborder de partout,
L’Histoire, cette folle ! Et son grand corps désordonné de déesse…
Depuis cinq mille ans, et un peu plus,
elle est ici chez elle, dans ses villes, parmi ses peuples.
Les peuples ont passé, les villes, quelques-unes sont restées,
devenues presque imaginaires à force d’avoir été :
Tyr, aujourd’hui Sour, Sidon, aujourd’hui Saïda,
Beiryte, aujourd’hui Beyrouth – et Byblos, et Tripoli, et Baalbek.
Les peuples, eux, vinrent, vainquirent, s’installèrent,
partirent, disparurent.
Ils ont toujours nom dans la mémoire des hommes
et rang dans leurs légendes. »
Salah Stétié,
« Un pays sous un arbre », Liban Pluriel.1. Un morcellement confessionnel
17Avec un peu plus de 4 141 000 d’habitants , le Liban se place
eau 126 rang mondial. Il est l’État le moins peuplé du Proche-Orient
mais il connaît une des plus fortes densités démographiques de la
2région. Avec ces 390 habitants au km , il est néanmoins devancé par
2la Palestine qui compte 625 habitants au km (Gaza serait la zone la
2plus densément peuplée au monde avec 3 600 habitants au km !).
Le Liban est trop souvent présenté comme une mosaïque où les
communautés vivent dans une tolérance qui a perduré. Toutefois,
l’éclatement de cette société ne doit pas faire perdre de vue que 95 %
de la population sont de culture et de langue arabes. Néanmoins,
cette unité linguistique certaine ne peut pas faire oublier les diffé-
rences entre les groupes ethniques et religieux ainsi que les multiples
épisodes de confits intercommunautaires (1958, 2008) ou de guerre
civile (1975-1990).
Lors de l’indépendance acquise en 1943, Chrétiens et Musulmans
formèrent un « pacte national » (al misak al watani) qui réglait de
manière informelle la distribution des plus hautes fonctions étatiques
entre les représentants des différentes communautés. Par exemple,
le président de la République est un Chrétien maronite, le Premier
ministre est un Musulman sunnite, et le président de l’Assemblée
nationale, un Musulman chiite.
Ce pacte informel fut scrupuleusement respecté, à l’exception de
la tentative en 1988, d’Amine Gemayel, de placer le général Michel
Aoun, Chrétien maronite, à la tête du gouvernement provisoire, alors
que ce poste était normalement dévolu à un Musulman sunnite.
Par ailleurs, ce pacte instituait la reconnaissance par les Chrétiens
de l’arabité du pays tandis que les Musulmans étaient priés d’accepter
les frontières issues du mandat français et donc de ne plus tourner
leur regard vers une Syrie qui allait s’avérer par la suite notoirement
tutélaire. Faut-il rappeler que la Syrie n’a jamais reconnu en réalité
l’État libanais, qu’elle n’a jamais eu d’ambassadeur à Beyrouth avant
janvier 2009. La formule du président syrien Harfez el-Assad était à
ce niveau assez éloquente : « un peuple, deux États ».
17. Estima tions datées de juillet 2012, Factbook, CIA.
- 36 -Aujourd’hui, le Liban compte 4 % à 5 % d’Arméniens essentiel-
lement concentrés dans le quartier de Bourj Hammoud à Beyrouth
ainsi qu’à Anjar, ancien camp de réfugiés créé par les Français à l’est
de la Bekaa en 1938.
Le reste de la population : 1 %, est constitué de Kurdes qui avaient
fui les répressions de l’après-Première Guerre mondiale, de Turcs et
d’Européens (Français notamment). La communauté kurde au Liban
est assez discrète. En 1994, le Premier ministre libanais de l’époque,
Rafk Hariri, offrit à la majorité de ceux-ci (10 000 à 18 000 individus)
la possibilité d’être naturalisés, et ce au grand dam de la communauté
chrétienne qui craignait un déséquilibre encore plus favorable à la
part musulmane de la société.
Il faut noter aussi que nombre de Chrétiens ne se considèrent pas
comme ethniquement arabes mais préfèrent le terme de Cananéens
ou Phéniciens.
Les Libanais de l’étranger sont quant à eux diffciles à évaluer et il
règne un grand fou sur leur nombre réel. Le rôle moteur de la dias-
pora libanaise doit nécessairement être considéré pour appréhender
les positions diplomatiques des gouvernements libanais successifs.
L’émigration libanaise est le fruit d’une longue tradition, en particu-
e 18lier depuis la période ottomane, et plus encore à la fn du XIX siècle .
Il est fort probable que le Liban soit un des rares pays à connaître plus
de nationaux en « dehors » que sur son propre territoire. Cette dias-
pora est constituée de 3 à 4 millions de Libanais. Certaines estima-
tions vont jusqu’à l’estimer à 13 millions, dont 10 millions seraient sur
le continent américain. De manière générale, on constate une spécia-
lisation très marquée dans le commerce et les professions libérales et
récemment en politique.
Il est diffcile de déterminer la répartition confessionnelle et géogra -
phique de cette diaspora.
Alors qu’il s’agissait d’une émigration sélective au milieu du siècle
dernier – puisque presque exclusivement chrétienne – on constate
aujourd’hui un équilibre croissant dans la ventilation de ce phéno-
mène par catégories de confessions.
18. Le pr emier mouvement d’émigration s’oriente alors essentiellement vers l’Amérique latine.
- 36 - - 37 -