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Géopolitique, intégration régionale et mondialisation

De
320 pages
Plus personne ne conteste l'importance de l'intégration régionale pour le développement d'un pays ou d'une région. Ce livre nous introduit de plein pied dans l'urgence et la nécessité de créer de nouveaux liens de solidarité et de construire des ensembles plus viables dans lesquels chaque pays jouera un rôle spécifique pour l'économie mondiale et pour la sécurité de chaque région. Un livre lucide dans lequel l'Afrique centrale est appelée à sortir définitivement de sa léthargie.
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« Le plus long voyage commence par le premier pas ».
Un vieil adage chinois.

« La politique n’est pas une science, aucune autre organisation sociale n’a pu offrir davantage. Ni les prêtres, ni les rois, ni les notables, ni les tyrans, même entourés des conseillers les plus sages, n’ont jamais su rendre leur peuple durablement heureux ».
Jean-François Aubert, Exposé des institutions politiques de la Suisse à partir de quelques affaires controversées, 2e édition, 1983, Payot Lausanne, 1983, p. 275.

A mes enfants Alain Fimpa, Kimp et Benita-Sarah, pour leur amour, Aux peuples de l’Afrique centrale, A tous les lecteurs anonymes, je dédie cet ouvrage.

L’auteur remercie Mr André Krauer, écrivain suisse de Vevey, qui a relu le manuscrit. Il remercie également Mme et Mr Stallybas (Eliane et Andrew) qui ont facilité la saisie du texte.

Avertissement Le lecteur est libre de dialoguer avec l’auteur par courrier électronique : afriquenouvelle@bluewin.ch ou en lui écrivant à la case postale 112, 1800 Saint-Légier, Suisse ou encore en adressant un courrier à son éditeur.

Docteur en sciences économiques et sociales, mention science politique, Fweley Diangitukwa (RD Congo) a enseigné à l’Université de Genève. Il a été professeur associé à Schiller international University/American College of Switzerland, à Leysin (Suisse) et à l’école hôtelière de Glion. Ancien journaliste au Congo et en Suisse et ancien PDG de l’Office national du tourisme. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Qu’est-ce que le pouvoir ? Paris, L’Harmattan, 2004. Il a écrit des pièces de théâtre, des romans, des récits et des essais. Ses publications politiques portent sur la politique comparée, la sociologie politique, la théorie politique et l’étude des conflits.

Prolégomènes Plus personne ne conteste l’importance de l’intégration régionale pour le développement d’un pays ou d’une région. Mais ce concept est particulièrement déroutant pour beaucoup d’acteurs politiques habitués à détourner l’intérêt national en intérêt privé. Comme pour tous les pays du Nord qui ont déjà compris l’enjeu géopolitique d’appartenir à un grand ensemble et de consolider l’union régionale, l’Afrique et quelques pays d’Asie se trouvent à un tournant décisif de leur histoire immédiate. Ils innovent ou ils s’affaiblissent. La guerre froide qui suscitait un intérêt pour ces régions a disparu. L’Afrique et une partie de l’Asie sont désemparées, car le bouleversement des relations internationales les a presque écartées de la scène internationale, les obligeant à nouer des contacts à la sauvette. Voici un livre poignant qui nous introduit de plain-pied dans l’urgence et la nécessité pour les pays d’Afrique de créer de nouveaux liens de solidarité en construisant des ensembles dans lesquels chaque pays jouera un rôle spécifique pour l’économie et la sécurité de la région. Grâce à cet ouvrage lucide, l’Afrique est appelée à sortir définitivement de sa léthargie. C’est dire tout l’intérêt que représente cet ouvrage courageux. L’auteur délimite clairement le champ de la nouvelle intégration régionale qu’il nous propose, créant ainsi une problématique et une réflexion nouvelles, mais il propose également – où l’enjeu devient d’un très stimulant intérêt – une nouvelle perception de la gestion de l’espace public et de la gouvernance en Afrique centrale, ainsi qu’un regard approfondi de la mondialisation. Il n’y a pas de grand progrès social sans des hommes engagés ; le changement est toujours l’œuvre de quelques personnalités agissantes, d’une minorité créatrice appelée « élite ». Le choix des élites compétentes, et surtout éclairées, entraîne toujours une émulation chez les jeunes. Si le choix de l’élite gouvernante est fait de façon rigoureuse, en tenant compte des compétences et de l’itinéraire de chaque candidat, les citoyens qui ambitionnent des postes de commandement entrent forcément dans une compétition et cette compétition entre les élites élève le raisonnement et le débat politique.
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Elle améliore en définitive le fonctionnement des institutions politiques dans le pays. Il est vrai que, dans les périodes de stabilité sociale, surtout dans les sociétés démocratiques et ploutocratiques, la marche de la vie est à peu près régulière et le progrès technologique cumulatif. Mais dans les sociétés en constante mutation où chaque dirigeant cherche à s’approprier le bien public dont il est le gérant temporaire, le changement est dû à l’apparition d’un homme « nouveau », d’un illuminé ou d’un « génie », constant dans ses idées et dans ses aspirations – un héros révolutionnaire au plein sens de ce mot – qui innove dans la façon d’organiser la vie en société et qui vient ainsi couper l’herbe sous les pieds des despotes et de tous les petits malins qui abusent de la naïveté du peuple. Cet homme, c’est le héros national dont le peuple et la nation ont besoin et sur qui ils portent leur espoir ; ce fut le cas de tous les héros de l’histoire. Sans les Lumumba, N’Krumah, Sékou Touré, etc. l’Afrique aurait-elle obtenu son indépendance dans les années 60 même si cette indépendance fut nominale ? Sans Mandela, l’Afrique du Sud serait-elle sortie de l’apartheid ? Le progrès social est l’œuvre de femmes et d’hommes exceptionnels et exemplaires ; leur engagement n’est d’ailleurs qu’une expression de leur volonté de libération individuelle, à l’épreuve du temps, les plus déterminés finissent par être reconnus et les aventuriers sont oubliés. L’engagement est une étape essentielle dans la libération et le progrès social. Il est de notoriété publique que les génies, les illuminés, les innovateurs et les fous disent toujours ce que les hommes ne veulent pas entendre mais qui est le chemin à suivre pour le progrès de la société humaine. L’intégration régionale est comprise dans cet ouvrage plus comme un dépassement des méthodes rétrogrades de gestion des politiques publiques que comme une simple volonté de fonder une communauté humaine plus large. Ce n’est plus dans la construction nationale qu’il faut penser la démocratie, mais aussi dans la manière de rechercher la justice, dans le développement économique régional, dans la sécurité collective et, en définitive, dans la gouvernance régionale, continentale et mondiale. L’intégration régionale est le meilleur moyen qui permettra de réaliser les Objectifs du millénaire du développement, car « la stabilité politique et le renforcement de la démocratie, fondés sur la
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consolidation de la justice et des libertés individuelles, constituent des conditions essentielles au dynamisme de l’investissement et à l’accélération de la croissance. Les économies africaines demeurent également confrontées à des contraintes structurelles qui affectent leur compétitivité. Ces contraintes ne peuvent être levées qu’en conjuguant les efforts dans un cadre régional, en particulier s’agissant de la construction des infrastructures économiques. Il est de plus en plus évident que les pays africains ne pourront pas résoudre le problème lié à leur insertion dans l’économie mondiale avec des actions limitées au niveau national, dans un monde globalisé où le phénomène de masse et de taille critique constitue un facteur essentiel pour consolider les bases du développement. Il est de la responsabilité des Africains de faire de l’intégration régionale un vecteur d’accélération du développement »1. Partout au monde, la construction de l’État-nation2 est un échec. Ceux qui s’emparent du pouvoir s’y maintiennent contre vents et marées en utilisant tous les moyens violents à leur portée et en privatisant l’État qui est le bien commun par excellence. Le temps est venu de penser le pouvoir politique autrement, de penser à une nouvelle organisation de la société – en créant de nouveaux espaces économiques plus viables qui donneront naissance à une pensée géopolitique conséquente, rationnelle et cohérente, tout en développant aussi une nouvelle gouvernance. Dans ce livre, l’auteur donne une mouture « réaliste » née de son intuition et de son imagination. Le développement économique est compris ici comme « les transformations qui accompagnent l’augmentation du produit intérieur d’une nation et qui se traduisent par des changements qualitatifs : alphabétisation, allongement de l’espérance de vie, démocratisation des structures sociales, etc. »3. C’est « le produit d’un éthos de confiance, ‘ensemble de dispositions

Charles Konan Banny, in Jeune Afrique. L’intelligent, hors-série no 8, 2005, p. 58. Pour E. Renan, il faut entendre par État-nation l’ensemble cohérent constitué par des institutions politiques (gouvernement, parlement, justice, armée, police), un peuple (avec la même langue, la même culture, la même histoire) sur la base d’un territoire défini par des frontières politiques reconnues internationalement (la patrie). Lire, E. Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, Paris, Pocket, 1992. 3 Jean-Claude Drouin, Les vrais maîtres de l’économie. Pouvoirs et contre-pouvoirs, Petite encyclopédie Larousse, 2004, p. 27.
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mentales et de comportements libérant l’homme de l’obsession de la sécurité et de l’inertie’ »4. Au cours de l’histoire, des États se sont approchés ou se sont éloignés. Des nations se sont désintégrées, d’autres ont formé des confédérations, des fédérations ou ont inventé des nouvelles formes institutionnelles comme les pays de l’Europe occidentale qui ont créé l’Union européenne après une longue coopération mutuellement avantageuse ou les États-Unis qui ont initié les accords de libreéchange (ALE) nord-américain connus sous le sigle de ALENA. « Ces accords sont devenus un outil utilisé par les grands pays pour constituer des zones économiques régionales, les ALE sont désormais un symbole des liens étroits établis entre États, et ils font l’objet d’une véritable course, qui est en train de faire basculer la communauté internationale dans une ère nouvelle. »5 Actuellement, en Amérique, l’avancement du processus de coopération régionale est tel que des initiatives sont en cours en vue d’étendre l’Accord de libre-échange nord-américain en Amérique du Sud. Dans l’Union européenne, qui compte désormais vingt-cinq membres, l’élargissement et l’approfondissement sont à l’ordre du jour6. Comme toujours, l’Afrique centrale reste encore un espace presque vide en matière d’accords de libre-échange et d’intégration régionale. Un pays comme la RD Congo ne joue le rôle d’initiateur ou de pays moteur dans aucune intégration régionale. Cette situation anormale devra changer rapidement. Mais, il appartient à chaque nation et à chaque groupe régional de réfléchir à son destin et à définir son avenir. Voici la substance d’une réflexion très originale, une innovation institutionnelle et organisationnelle, en vue d’assurer une croissance économique et une paix durable. Cette innovation est à appliquer dans la région de l’Afrique centrale, car c’est l’unique chemin possible pour dépasser la privatisation et l’appropriation de l’État par les détenteurs du pouvoir politique et pour développer économiquement la région. Cette approche correspond à ce qui est défini ailleurs par le concept de bonne gouvernance. Cet ouvrage, qui n’a pas l’ambition de faire un inventaire de toutes les intégrations régionales existantes de

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Claude Manzagol, La mondialisation. Données, mécanismes et enjeux, Paris, Armand Colin, 2003, p. 30. 5 Les cahiers du Japon no 104, été 2005, p. 36. 6 Pour le cas de l’Asie, lire Les cahiers du Japon no 104, op. cit., p. 32.

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par le monde (car des livres de ce genre existent déjà sur le marché7), tente de présenter les logiques d’intégration régionale tout en proposant la création d’une nouvelle communauté économique en Afrique centrale. Il explique l’intérêt d’une telle structure pour les États, pour les populations locales et pour le dynamisme du continent qui a grandement besoin d’intellectuels qui innovent dans la façon de penser la politique et l’économie, les relations internationales, la géopolitique et la géostratégie. Si les pays africains ne s’organisent pas, s’ils n’innovent pas et s’ils ne révolutionnent pas rapidement leur manière de penser, que feront-ils devant les rouleaux compresseurs des grandes puissances du système triadique8, à savoir les États-Unis, l’Union européenne et le Japon dont les décisions sont lourdes de conséquence dans la gestion des affaires du monde ? A l’heure où le monde est entré dans une ère de mutations majeures, où les pays reconstruisent leurs relations extérieures en tenant compte de la perspective d’un ordre nouveau, les pays d’Afrique doivent appréhender la nature des évolutions de notre monde et s’adapter. Ces pays doivent s’ouvrir davantage en s’intégrant et en définissant clairement les priorités du futur en vue d’élaborer des politiques qui assureront un mieux-être des populations. En un mot, l’Afrique doit apprendre à anticiper, en cessant d’être continuellement dans l’expectative. Voici un livre programme attendu depuis longtemps, un livre qui fera date dans l’histoire de l’Afrique centrale et auquel on se référera pendant des années dans la mesure où il trace les lignes de force qui vont demain guider les chemins non seulement de l’intégration régionale en Afrique centrale mais encore du développement
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Lire B. Kermarec, L’UE et l’ASEAN. Mondialisation et Intégration régionale en Europe et en Asie, Série Krisis, L’Harmattan, 2003. 8 C’est le Japonais Kenichi Ohmae qui avait forgé le terme « triade » pour parler de l’économie des États-Unis, du Japon et de l’Union européenne. Il a proclamé l’avènement d’un monde sans frontière en écrivant : « Le pays d’origine n’importe pas. La localisation du siège social n’importe pas. Les produits dont vous êtes responsable et la compagnie que vous servez sont désormais apatrides ». Il a affirmé qu’avant l’identité nationale, l’affiliation locale, c’est désormais la mission globale de la firme qui compte. Lire son ouvrage, La Triade : émergence d’une stratégie mondiale de l’entreprise, trad. C. Pommier, préface de F. Dalle, Flammarion, 1985. Lire également son autre ouvrage sur le thème de l’intégration régionale intitulé De l’État-Nation aux États-régions : comprendre la logique planétaire pour conquérir les marchés régionaux, Dunod, 1996.

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économique dans cette partie du monde, car les ambitions de l’Union africaine et du NEPAD ne se réaliseront qu’en consolidant d’abord les régions. Voici enfin un livre à lire si l’on cherche à comprendre les logiques de l’intégration régionale et de la mondialisation.

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Introduction « Si l’Afrique compte 12 % de la population de la planète, elle ne représente que 2 % de la production mondiale. »9 L’intégration régionale est de plus en plus recherchée pour faire face aux opportunités et aux défis de la mondialisation. La création des blocs économiques régionaux rend la compétition plus dynamique et elle réduit la dépendance des nations qui prennent part aux échanges internationaux dans le cadre de leur appartenance régionale. Les exigences de la mondialisation incitent les États à accélérer l’intégration en la rendant utile et pratique, en libéralisant leurs économies et en facilitant les échanges, en créant des infrastructures tout en modernisant celles qui existent, en initiant la libre-circulation des personnes et des capitaux. Mais ces étapes deviennent faciles si les États luttent contre le chômage sur le plan national par la création des emplois afin d’éviter les afflux des travailleurs vers le pays de la région qui connaît un réel essor économique, comme c’est le cas de l’Afrique du Sud en Afrique australe. La stabilité politique est un préalable à l’intégration régionale et au développement économique. Il est facile de constater que les pays qui connaissent des conflits sont peu intégrés dans des communautés régionales et leurs économies sont faibles. C’est encore dans ces pays que la demande de l’immigration est grande. En revanche, les pays qui profitent largement de l’intégration parviennent à dynamiser leurs économies et à se développer. L’appartenance de certains pays à plusieurs communautés économiques ne facilite pas l’intégration, elle diminue même l’effet d’adhésion à cause de la dispersion des énergies et des ressources dont le pays ne dispose pas à flot. Pour une raison de rationalisation et d’efficacité, il est souhaitable de créer des communautés économiques cohérentes et rationnelles afin d’éviter les chevauchements inutiles. Au-delà des avantages que les pays, qui appartiennent à plusieurs intégrations régionales, espèrent obtenir, l’expérience montre que la
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Commission économique pour l’Afrique, État de l’intégration régionale en Afrique, Une étude de la CEA, Addis-Abeba, 2004, p. 19.

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dispersion des énergies et des ressources n’aide pas à consolider l’appartenance à une zone. Le chevauchement ressemble au comportement d’une femme ou d’un homme qui aime plusieurs partenaires mais qui, en réalité, n’aime vraiment personne à part sa propre personne et qui vit dans une solitude intérieure angoissante. L’intégration régionale est recherchée parce qu’elle crée des marchés plus vastes, parce qu’elle motive les hommes d’affaires et les populations et parce qu’elle rend la concurrence (source de développement) plus accrue entre les nations et les firmes. L’intégration régionale incite les industries à chercher des opportunités en créant des emplois. La recherche du bien-être collectif pousse les États à engager des réformes institutionnelles et à privilégier le profit en luttant contre la pauvreté. Par ailleurs, l’intégration régionale permet d’accroître la capacité de négociation et de renforcer la coopération entre les États membres qui, ensemble, luttent mieux contre les conflits. Dans de nombreuses situations, l’intégration régionale a été à l’origine d’un développement démocratique et de la prospérité nationale10. Les institutions des pays comme l’Espagne et le Portugal sont devenues démocratiques grâce à l’environnement des pays démocratiques européens mais surtout grâce à l’adhésion de ces pays à l’Union européenne. « L’intégration avec d’autres pays dotés d’instruments efficaces – procédures administratives, État de droit, respect des droits de propriété, efficacité du système judiciaire, transparence de la gouvernance – peut encourager certains pays à introduire des réformes. »11 L’adhésion de l’Espagne et du Portugal a permis une augmentation du niveau de vie des Espagnols et des Portugais, mais elle a également freiné l’immigration. La concurrence née de l’intégration régionale permet aux citoyens de se procurer des biens de meilleure qualité à des prix plus attractifs ou plus avantageux, car la suppression des monopoles, des oligopoles et des cartels sur le marché national entraîne une baisse des prix.

« Au sein du Mercosur une impulsion a pu être donnée à la démocratie parmi ses membres, et avec l’ALENA le Mexique a pu maintenir des réformes économiques », in Commission économique pour l’Afrique, État de l’intégration régionale en Afrique, op. cit., p. 15. 11 Commission économique pour l’Afrique, État de l’intégration régionale en Afrique, op. cit., p. 17.

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Grâce à l’intégration régionale, l’État, qui comptait exclusivement sur les recettes fiscales issues des recettes douanières, peut développer d’autres secteurs et miser sur les taxes internes payées par les entreprises qui s’installent dans le pays. Il faut certes trouver des solutions pour les pays qui dépendent énormément des recettes douanières (cas de la Zambie, 6 % et du Zimbabwe, 10 %)12. Dans de telles situations, des mesures compensatoires doivent être trouvées pour parer au manque à gagner occasionné par le politique de libreéchange. Au-delà de rares inconvénients, l’intégration régionale, grâce à l’esprit de compétition qu’elle instaure, permet un développement des entreprises et de l’économie nationale. Si la communauté instaure la paix, elle peut attirer des investissements directs étrangers (IDE) qui sont souvent à l’origine du transfert de technologies et de connaissances nouvelles. C’est bien le cas de « l’ALENA [qui] a considérablement augmenté les IDE au Mexique et le Mercosur […] en Argentine et au Brésil »13. Les retombées des IDE sont encore plus visibles lorsqu’un pays ou une région en développement noue des relations commerciales avec un pays ou un regroupement économique industrialisé. C’est en l’occurrence le cas entre le Mexique et les États-Unis. Il faut sortir les pays d’Afrique des économies centralisées où seul l’État joue le rôle principal dans le développement du pays. La transformation des économies centralisées permettra la dynamisation du secteur privé qui deviendra un moteur du développement national et régional. Il faut associer le secteur privé dans la démarche d’intégration, car ce secteur possède des capacités financières capables de construire des routes à péage, des gazoducs, des oléoducs, des écoles, des hôpitaux, des centres de recherche communautaires. Le secteur privé peut distribuer de l’eau, de l’électricité ; il peut développer des réseaux de télécommunications, etc. Il est à même d’apporter des ressources humaines là où l’État accuse des limites. Le secteur privé est souvent plus informé sur les réformes économiques à engager. Est-il nécessaire de répéter que le partenariat public/privé facilite le partage de connaissance et renforce l’intégration régionale ? L’intégration régionale est l’un des principaux moteurs du développement économique mais aussi politique dans la mesure où
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Ibid., p. 12. Ibid., p. 13.

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l’élargissement du marché augmente le nombre de consommateurs et de transactions, elle augmente les investissements et s’oppose aux conflits politiques qui paralysent les activités économiques ; elle tempère également la tyrannie des hommes politiques. A l’heure actuelle, il est plus facile de participer à la compétitivité mondiale qui devient de plus en plus forte (parfois cynique) en étant bien intégré dans une dynamique régionale plutôt qu’en étant seul ou en privilégiant l’économie nationale. Par la prévention collective et la lutte des conflits, l’intégration régionale est un outil efficace pour l’installation des institutions démocratiques en Afrique et ailleurs. Grâce à l’intégration régionale, « les pays membres peuvent renforcer leur pouvoir de négociation économique sur la scène internationale, ce qui est particulièrement avantageux pour les petits pays qui prennent part à des négociations commerciales. Cependant, les membres doivent négocier en tant que groupe, ce qui n’est pas toujours la démarche utilisée en raison d’intérêts nationaux divergents »14. Par l’intégration régionale, les pays assurent mieux la sécurité collective en luttant ensemble contre la piraterie, l’exploitation, le terrorisme, la pollution atmosphérique, etc. En plus, il est plus facile de promouvoir les biens communs comme le savoir, les routes et les chemins de fer interconnectés, l’énergie, la santé, etc., par le biais de l’intégration régionale. Les raisons ci-dessus plaident pour l’établissement d’une interdépendance des États qui peut être à l’origine d’une réduction rapide des risques de conflits internes car, grâce aux contacts réguliers entre décideurs politiques, entre hommes d’affaires, entre chercheurs universitaires, entre populations locales, la confiance mutuelle facilite la coopération. L’intégration régionale réduit les conflits et les guerres. Il devient de plus en plus difficile de penser à l’éclatement d’une guerre entre les pays de l’Union européenne ou entre les États-Unis et le Canada d’une part et entre les États-Unis et le Mexique d’autre part parce que la confiance et la coopération entre les pays membres permettent d’écarter une telle éventualité. Il en sera de même en Afrique et en particulier en Afrique centrale si une intégration régionale, rationnelle et cohérente, fonctionnant sur la base d’une démocratie consensuelle ou consociative, y voit le jour.
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Ibid., p. 15.

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« L’intégration régionale constitue un terrain de manœuvre adapté au développement des stratégies globales car elle permet, d’une part, de créer un territoire où circulent librement les biens, les hommes, les capitaux, les investissements, et d’autre part, de réunir des économies inégalement développées avec des différences de coûts salariaux »15. L’intégration régionale est une étape intermédiaire qui permet d’aller vers plus de libre-échange à l’échelle mondiale. Adhérer à un regroupement régional revient, pour l’État qui fait ce choix, à renoncer à certaines composantes de sa souveraineté au profit de l’entité régionale. Il accepte que les programmes et leur contrôle soient définis à un niveau supranational. En considérant le développement récent du monde, il est permis d’affirmer que celui de l’Afrique passera par l’intégration régionale sinon il tardera à se réaliser. Il est toutefois important de souligner que dans l’ensemble de cas, les pays regroupés dans des ensembles régionaux ont un développement très inégal. Dans chaque pôle régional, une économie nationale domine les autres économies. Entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fin du XXe siècle, le monde a vu émerger de nouvelles puissances économiques. La domination économique des pays occidentaux s’est affaiblie. La Grande-Bretagne n’est plus la seule maîtresse des enjeux en Asie et la France peine à conserver son rôle de grande puissance sur le continent africain. Ces deux pays sont concurrencés, dans leurs zones traditionnelles d’influence, par les États-Unis et par la Chine. Nous présentons trois concepts dans un seul volume, car, à notre avis, ils sont liés et imbriqués. L’espace géopolitique influence la formation de l’union régionale qui, à son tour, influence l’accélération (Union européenne) ou le rejet (Mercosur) de la mondialisation.

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Charles-Albert Michalet, Qu’est-ce que la mondialisation ?, La Découverte, 2002, pp. 64-65.

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« Au-delà de la rhétorique, ce sont les actes concrètement posés et traduits dans les faits qui seront les vrais moyens de convaincre qu’une nouvelle Afrique est en train d’émerger ».
Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’Union africaine, in Jeune Afrique. L’intelligent, hors-série no 8, 2005, p. 11.

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Chapitre 1 : Pourquoi la géopolitique ? 1.1. Introduction L’analyse géopolitique est la meilleure façon de comprendre notre monde en perpétuelle mutation, car, comme le reconnaît Aymeric Chauprade, « la géopolitique est à la fois un champ de la science et un outil de l’action politique. Une théorie géopolitique est aussi une arme géopolitique […] les travaux géopolitiques ne contribuent pas seulement à expliquer l’histoire, mais qu’ils la déterminent aussi par l’influence qu’ils peuvent exercer sur les gouvernements des États »16. La géopolitique a beaucoup influencé la vie internationale comme le montrent les aphorismes lancés par des auteurs comme F. Ratzel, K. Haushaufer, R. Kjellen, H. Mackinder, N. Spykman, A. Mahan qui ont expliqué les relations conflictuelles entre les nations terrestres et les îles. Dans certains pays, notamment anglo-saxons, les états-majors et les hommes politiques s’appuient encore aujourd’hui sur les théories de ces auteurs pour influencer le cours de l’histoire mondiale. La stratégie américaine d’endiguer l’expansion soviétique pour l’empêcher d’avoir accès aux mers chaudes est la plus parfaite illustration de l’influence de la géopolitique sur les relations internationales. Ces géopolitologues ont démontré que « la position géographique des États peut leur conférer d’importants avantages stratégiques. L’histoire de la Grande-Bretagne, de ses relations avec l’Europe et le monde, fut conditionnée par sa situation insulaire. Au cours du XIXe siècle, la suprématie de la Grande-Bretagne était totale et basée sur une puissance maritime sans égale. Elle s’imposait en Occident et dans le reste du monde en définissant l’ordre économique mondial. L’Allemagne fut la première puissance continentale à contester la puissance maritime britannique mais fut devancée par les États-Unis qui ont beaucoup profité d’un immense territoire, riche en

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Aymeric Chauprade, Géopolitique. Constantes et changements dans l’histoire, Paris, Ellipses, 2e édition, 2003, p. 93.

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ressources naturelles, protégé par les mers »17. Mais la position géopolitique d’un pays ne commande pas tout, elle n’est pas déterministe, il faut en plus le travail des hommes qui occupent cet espace et qui décident de l’avenir de cet espace. Si l’espace ne détermine pas le destin d’une nation, il lui donne tout de même des avantages ou des atouts indéniables. Si la politique est au-dessus de tout et si elle se prononce sur tout, couplée avec la géographie, le concept de géopolitique, forgé par le Suédois R. Kjellen18, peut parfois paraître comme un fourre-tout. D’où la difficulté de l’analyse et de la compréhension. En géopolitique, l’État est défini comme base, support et champ d’exercice de la puissance. Comme toute discipline, la géopolitique qui est toute récente a une origine et des outils d’analyse qui doivent être compris. Elle est une matière interdisciplinaire très dense et très fascinante, car elle se veut globale et complète. S’il y a des aspects de sciences sociales qui ne peuvent pas être expliqués et compris à l’intérieur de leurs disciples, s’il faut quelquefois faire appel à des disciplines connexes, le couple géographie et politique a la prétention de répondre aux questions qu’il se pose. Toutefois, il ne faut pas être tenté de vouloir tout expliquer par un seul facteur (religieux, pauvreté, économie, puissance militaire, etc.). Comme le reconnaît également Aymeric Chauprade, « la seule méthode que nous puissions appliquer en sciences humaines pour remédier à ceci, consiste à remettre en cause les fondements du raisonnement si les chemins de réflexion empruntés ont mené à une impasse de l’esprit »19. Mais qu’est-ce que la géopolitique ? Il n’existe pas une définition partagée par tous les auteurs. Le terme géopolitique est né aux XIXe siècle, il est parfois confondu avec la géographie politique. A partir
Pierre de Senarclens, La politique internationale, 3e édition, Armand Colin, 2000, p. 37. 18 Professeur d’histoire et de science politique des universités d’Uppsala et de Göteborg, parlementaire suédois et germanophile, Rudolf Kjellen a voulu être le continuateur de l’œuvre de Friedrich Ratzel. Rudolf Kjellen (1864-1922) qui est l’inventeur du concept de géopolitique, c’est-à-dire le véritable père de la géopolitique, sacralise la notion de l’espace comme son prédécesseur Friedrich Ratzel. 19 Aymeric Chauprade, Géopolitique. Constantes et changements dans l’histoire, op. cit., p. 216.
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d’interférences entre les diverses disciplines, la géopolitique permet de planifier une politique étrangère et une politique de sécurité. C’est une discipline essentielle et incontournable pour le destin de chaque nation dans la mesure où elle met en relation les questions politiques et stratégiques avec le territoire. L’Allemand Ratzel dans sa Politische Geographie (1897) développe la conception de l’État comme organisme lié au sol et esquisse le jeu des États comme compétition pour le territoire. Pour lui, la géographie allemande est la science qui donne à son pays la conscience de son rôle et de ses moyens dans le monde. Il voit l’État allemand comme un organisme qui a pour base le sol qu’il doit contrôler et étendre pour assurer l’espace vital de son peuple (Lebensraum). Dans son autre livre, L’État, comme forme de vie, paru en 1916, il définit ainsi la géopolitique : « la science de l’État comme organisme géographique tel qu’il se traduit dans l’espace ». L’espace constitue la source du rayonnement et de la puissance de l’État qui n’a de consistance que spatiale. L’État est ce lien indissoluble qui unit un territoire à la population qui y vit. La géopolitique est donc l’étude de l’État qui n’est autre qu’un organisme vivant et, à ce titre, acteur de son propre destin. L’Américain Colin S. Gray, témoin de la guerre froide, analyse la notion d’« ennemi » et les moyens de lutter contre cet ennemi, en instaurant une géopolitique de combat. Pour cet auteur, la géopolitique est aujourd’hui une science qui relie la géographie aux sciences politiques pour interpréter les conséquences sociales, économiques et stratégiques de la géographie sur le terrain du politique. Le Français Yves Lacoste, fondateur de la revue Hérodote (fondée en 1976) et père de la géopolitique française moderne, définit la géopolitique en ces termes : « Il ne s’agit pas d’une science, ni d’une recherche de lois, mais d’un savoir penser l’espace terrestre et les luttes qui s’y déroulèrent, pour essayer de mieux percer les mystères de ce qui est en train de se passer afin d’agir plus efficacement » (Yves Lacoste, Questions de géopolitique). Il souligne que les phénomènes géopolitiques sont essentiellement des rivalités de pouvoir quant à des territoires. Dans son Dictionnaire de Géopolitique, il avance que dans « les multiples cas où l’on parle de géopolitique aujourd’hui, il s’agit en fait des rivalités de pouvoir sur des territoires et sur des hommes qui s’y trouvent… ». Il souligne : « Il faut se défier, par principe, des explications trop simples, de celles
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qui se fondent sur l’évocation d’un seul facteur. Les situations géopolitiques sont éminemment complexes : leur analyse diffère selon les points de vue et les intérêts, qu’il s’agisse de ceux du pouvoir central ou de ceux des collectivités locales, à plus forte raison s’il s’agit d’États ou de formations sociales qui se trouvent dans des rapports plus ou moins antagonistes ». Mais la géopolitique est une méthode particulière qui repère, identifie et analyse les phénomènes conflictuels, les stratégies offensives ou défensives centrées sur la possession d’un territoire, sous le triple regard des influences du milieu géographique, pris au sens physique comme humain, des arguments politiques des protagonistes du conflit, et des tendances lourdes et continuités de l’histoire. La géopolitique qui est une matière interdisciplinaire au carrefour de plusieurs disciplines doit refuser tout monisme, elle doit toujours tenter de comprendre en s’appuyant sur les autres sciences humaines, elle doit exiger que l’observation soit faite sur une longue période de l’histoire afin de faciliter le travail de validation et de tirer des conclusions crédibles. Le temps long de l’histoire a une importance cruciale en géopolitique. Donc, la méthode géopolitique est l’analyse factorielle combinatoire. On tire des conclusions après avoir considéré le temps long de l’histoire et après avoir procédé par une combinaison des facteurs. Le refus de tout monisme permet d’échapper aux tentations monocausales et simplificatrices si courantes en recherches sociales. Il est toutefois entendu que cette analyse factorielle combinatoire doit être soutenue par un effort empirique et intellectuel de validation des hypothèses et par l’étude des situations historiques concrètes ou encore par l’étude des cas précis. Il faut parvenir à dégager les facteurs constants de la géopolitique et les facteurs de changement, il faut isoler les facteurs qui déterminent les équilibres intérieurs et extérieurs tout en soulignant leur possible interaction. 1.2. La géopolitique est un outil au service des décideurs politiques L’origine et la construction de l’État allemand sont très instructives pour toute personne qui réfléchit sur la consolidation d’un territoire longtemps divisé, régulièrement envahi par des troupes étrangères et soumis à la volonté des États voisins.

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La naissance de l’Allemagne comme État moderne est associée à la naissance de la géographie politique qui a donné, à son tour, naissance à la géopolitique. Issue de la géographie qui remonte à Hérodote (2.500 ans), elle – la géographie – n’était pas enseignée aux peuples d’Europe car les princes la jugeaient par trop stratégique pour être partagée avec les masses populaires qui, à l’époque, étaient soumises au pouvoir autoritaire et dictatorial des princes et des rois. Jusqu’au XVIIIe siècle, l’Allemagne n’existait pas dans la forme que l’on connaît aujourd’hui. Ce pays était composé de plusieurs petites principautés gouvernées par des princes despotes qui exploitaient chaque territoire pour leur propre compte. Napoléon traversait, avec ses troupes, les principautés allemandes pour aller conquérir la Russie lointaine. Pendant la traversée des principautés allemandes, les soldats français de Napoléon dormaient chez les habitants et ils étaient nourris par eux. C’est dire que la notion de souveraineté n’existait pas dans les territoires allemands. Au début du XIXe siècle, au lendemain du Congrès de Vienne en 1815, la Prusse, qui était la principauté la plus puissante et la mieux organisée et qui obtint des territoires situés très à l’Ouest et très loin de son cœur historique (Sarre, provinces rhénanes, Westphalie), chercha à réunir ces territoires séparés par de nombreuses autres principautés allemandes. La Prusse imposa donc l’unité politique d’une Allemagne jusque-là morcelée. Pour convaincre plus aisément les Allemands de la nécessité de l’unité politique de leur pays, la géopolitique fut l’outil ou l’instrument de cette unification. En 1820, l’enseignement obligatoire de la géographie fut généralisé. La Prusse enseigna partout la théorie d’une Allemagne « une » en se fondant sur le climat, la géologie, le relief, etc. L’objectif était de sensibiliser les futurs citoyens au fait que l’unité de l’Allemagne existait déjà dans la nature, dans le relief, dans la géographie. L’idée novatrice séduisit – au-delà même des frontières strictes de la Prusse – et, rapidement, les manuels prussiens furent utilisés dans les écoles des divers États allemands. La référence à l’argument linguistique n’était pas retenue, car à cette époque, il fallait tenir compte de l’existence de l’Autriche, grand État de langue allemande et rival de la Prusse bismarckienne. Il a fallu attendre la victoire de cette dernière face à l’Autriche de François-Joseph, lors de la bataille de Sadowa (1866), pour que les géographes prussiens justifient leur stratégie d’unification des territoires germaniques sur la base du facteur linguistique. C’est dans
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ce contexte de géographie « populaire », par opposition à la géographie des princes, que Friedrich Ratzel fonda sa géographie politique à partir de la géographie physique. Sa réflexion s’articula sur le devenir de l’Allemagne, la place qu’elle devait occuper, son identité et le rôle qu’elle devait jouer dans les affaires du monde. Friedrich Ratzel (1844-1904) fut un Allemand nationaliste, comme l’étaient alors la plupart de ses compatriotes et, plus largement, les Européens de cette époque. D’où son engagement au sein d’une multitude de structures politiques et patriotiques, notamment la Ligue pangermaniste fondée par Karl Peters et le parti-libéral dont il fut adhérent. Colonialiste, il le fut également. Pour lui, l’Allemagne se devait d’avoir un Empire, à l’image de ses deux grandes rivales, la France et l’Angleterre. « L’Allemagne doit être présente dans toutes les parties de l’univers connu et, notamment, à tous les emplacements stratégiques. » Dans cette logique, il écrit une Esquisse d’une nouvelle carte de l’Afrique avec quelques remarques générales sur les principes de géographie politique. Son livre fut publié en 1885, date du Congrès de Berlin qui vit le partage de l’Afrique entre puissances européennes. Dans sa Politische Geographie, il insista sur le sens du sol qui fut une notion clé chez lui. Le sol fut l’objet de toutes les compétitions et il justifiait toutes les confrontations. Donc, pour Ratzel, les frontières sont des délimitations temporaires, susceptibles d’être modifiées au fil des besoins des hommes. Sa Politische Geographie se voulait être un instrument pour les dirigeants prussiens, une théorie de la question du pouvoir d’État et de ses formes territoriales. L’État est comme tout organisme vivant : il naît, grandit, se développe, régresse et meurt. Pour Friedrich Ratzel, le Reich devait compenser en espace les inconvénients de sa situation géographique, l’Allemagne devait donc être élevée à la dignité d’un continent. Il posa les modalités de l’acquisition par l’Allemagne d’une stature géopolitique à la mesure des ambitions du pays. Sur les questions maritimes, Friedrich Ratzel fut un ardent défenseur de la création d’une flotte allemande pour mettre en échec les forces britanniques et pour renforcer la puissance internationale allemande : « l’Allemagne doit être forte aussi en mer, de façon à ce qu’elle remplisse sa mission dans le monde », ne cessa-til de dire aux siens.

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Les théories de Friedrich Ratzel20 inspirées du darwinisme et celles du général Haushofer (1869-1946) expriment une géophysique qui justifie le dynamisme conquérant. Friedrich Ratzel chercha à établir les lois de la géographie politique, pour lesquelles il fonda son raisonnement sur les configurations permanentes, statiques, c’est-àdire celles de la géographie physique. Il s’interrogea sur son pays, sa place, son identité et le rôle qu’il devait jouer dans le monde. Dans ses analyses, il ne tenait pas compte des mutations et des changements politiques. Son objectif était de définir les lois, qu’il voulait naturellement universelles, qui déterminaient le comportement des États. Il voyagea en Italie (1872) et en Amérique du Nord (1873). De ces voyages, il rentra en Allemagne avec le goût pour la géographie. Pour Friedrich Ratzel, l’Allemagne était à l’étroit dans un territoire étriqué. Il fallait élargir ce territoire dans l’espace européen. Ses idées s’inscrivaient dans le contexte fortement nationaliste de son époque, c’est pour cette raison qu’il défendait l’idée selon laquelle le Reich devait avoir une politique d’envergure mondiale, il devait notamment créer, à l’instar de la France et de la Grande-Bretagne, un empire colonial à la mesure des ambitions allemandes. Pour qu’une puissance soit mondiale, écrivit-il, il convient qu’elle soit présente dans tous les emplacements stratégiques. Il voyait dans l’espace territorial et dans sa position la source principale de la puissance. Hélas, l’Allemagne s’intéressa au monde avec retard, à un moment où ses voisins avaient déjà pris pied sur tous les continents, bâtissant de véritables empires. Mais l’élargissement de l’Allemagne et surtout son ouverture sur les mers du Nord étaient décisives dans le développement de l’Allemagne qui construisit très rapidement une flotte maritime et qui commença à conquérir le monde, à chercher des colonies, à consolider son commerce planétaire afin de rattraper son retard face à d’autres puissances comme la France et l’Angleterre qui la dominaient. Durant cette course, il y eut hélas des dérapages, comme l’occupation de la Lorraine et de l’Alsace, mais surtout le déclenchement de deux guerres mondiales. Le temps n’est-il pas venu pour que les pays africains se donnent les moyens d’une pensée géopolitique rationnelle et cohérente afin de
20 Sa thèse de doctorat publiée en 1876 était consacrée à l’émigration chinoise. Son œuvre maîtresse : Politische Geographie a été publiée en 1897. Cet ouvrage a exercé une grande influence sur les contemporains de l’auteur, ainsi qu’auprès de ses continuateurs universitaires.

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construire des États forts et des communautés économiques viables sans lesquels il sera difficile sinon impossible de défendre le continent et la dignité des Africains ? 1.2.1. La position géographique du pays influe sur la géopolitique nationale L’amiral américain Alfred Mahan (1840-1914) a été l’un de ceux qui ont théorisé sur la géographie des mers, il a été l’un des premiers à avoir mis en avant l’importance de la « maîtrise des mers » (Sea Power) dans la géopolitique contemporaine et le premier à conceptualiser la stratégie maritime. C’est grâce à lui, que les États parviennent à se hisser au plus haut dans la hiérarchie. Selon lui, la faiblesse de la politique navale française est avant tout liée aux caractéristiques de la position géographique de la France et à son attirance alternée pour la terre (puissance continentale) et pour la mer. La France, qui est un vieil État et une vielle nation unie par un idéal et une histoire partagée, n’est pas en quête de son espace. Ses frontières fluctuent certes en fonction des guerres et des desseins, mais elle est une, solidement implantée dans son sol et tournée vers le reste du continent. C’est probablement la raison pour laquelle l’enseignement de la géographie scolaire et universitaire n’y apparaît véritablement qu’à partir de 1871, en réaction à sa défaite face à la Prusse. En cette année 1871, devant la Prusse, la France voit son territoire amputé de ses provinces de l’Est. Metz et Strasbourg sont annexées. Dès lors, à l’instar de la Prusse, la France renforce l’unité nationale et mobilise la fibre patriotique des jeunes Français en leur signifiant clairement là où se trouvait la « ligne bleue des Vosges ». Ici encore l’enseignement de la géographie allait être un outil ou un instrument d’unification. Si la France ne réussit pas à s’imposer sur les mers, cela tient avant tout à l’absence d’un effort de long terme pour se constituer une véritable flotte et surtout d’une vraie stratégie. En revanche, l’Angleterre a eu une politique continue de se rendre maîtresse des mers. « Comme puissance maritime, l’Angleterre a eu cette supériorité sur la France et la Hollande. » Donc, première observation, la position géographique est un facteur clé qui détermine la stratégie à suivre : « La situation peut, ou porter à la concentration des forces, ou nécessiter leur dispersion. Ici encore, les îles britanniques ont un avantage sur la France. Cette dernière touche à la Méditerranée, aussi
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bien qu’à l’Atlantique. La position, bonne en un sens, est, en fin de compte, une cause de faiblesse militaire sur mer [...] De même la situation des États-Unis, entre les deux Océans, serait une cause de grande faiblesse ou une source d’énormes dépenses si un important commerce maritime s’effectuait sur les deux côtes. Une grande part de l’avantage de concentrer ses forces sur ses rives a été sacrifiée par l’Angleterre, quand elle a fondé son immense empire colonial ; mais le sacrifice était sage, car la perte a été moindre que le bénéfice […] Le développement de ses colonies entraîna l’accroissement de sa marine de guerre ; son commerce maritime et sa richesse s’accrurent encore plus vite. »21 Donc, seconde affirmation, la situation géographique d’un pays peut favoriser la concentration de ses forces. « Elle peut aussi lui donner les autres avantages stratégiques de la position centrale et une bonne base pour les opérations de guerre contre ses ennemis. »22 Sur cette observation, Mahan conclut que la grande force de l’Angleterre a été de savoir s’assurer le contrôle des voies de communication maritimes, grâce notamment à une habile politique de points d’appui (Gibraltar, canal de Suez, Aden, Ormuz, Singapour, Le Cap, Malouine ou Falkland) aux secteurs clés des grandes routes maritimes. Alfred Mahan a trouvé de nombreuses similitudes entre l’Angleterre et les États-Unis : association avec la puissance navale britannique, opposition aux prétentions allemandes sur les mers ; vigilance face à l’expansion prévisible du Japon dans le Pacifique ; enfin défense coordonnée des Européens et Américains contre les peuples d’Asie. Pour atteindre ses objectifs, la maîtrise des mers a été nécessaire. Comme l’Angleterre, les États-Unis tirent leur prospérité de la sécurité et de la liberté de commerce sur les Océans que leur assure leur insularité. La maîtrise des mers apparaît donc incontournable à la pérennité et surtout au renforcement de l’influence mondiale des États-Unis. La Russie ne l’a pas laissé indifférent. Elle apparaît pour l’amiral Alfred Mahan comme une menace potentielle, que viendra rejoindre la Chine, elle aussi considérée comme un danger. Il en conclut logiquement à la nécessité d’une alliance des flottes des puissances maritimes. Les thèses de Mahan ont trouvé un champ d’application opérationnel et de grande ampleur lors de la Seconde Guerre mondiale. Les victoires navales, grâce à la « maîtrise des mers » par les alliés sur tous les grands théâtres maritimes du
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Pascal Lorot, Histoire de la Géopolitique, Paris, Economica, 1995. Ibid.

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globe, étaient la condition des succès terrestres qui mirent fin à la lutte. C’est aussi de lui que la Grande-Bretagne et l’Allemagne s’inspirèrent dans leur élaboration de la politique des grandes puissances. En Allemagne, l’amiral Von Tirpitz vit, dans les thèses de Mahan, les justifications historiques et stratégiques à la nécessité de construire une flotte importante susceptible d’étendre aux Océans la puissance du Reich. 1.2.2. L’importance du socle marin Les pays qui se sont développés au cours de l’histoire ont presque tous eu un socle marin. Les îles et les pays littoraux, c’est-à-dire ayant une large ouverture sur la mer ou sur l’Océan, sont plus enclin à se développer que les pays intérieurs ou enclavés. L’histoire économique le démontre sans effort : la Phénicie, la Grèce, l’empire romain, le Portugal, l’Espagne, la Hollande, l’Angleterre, le Japon, les États-Unis ou encore l’Afrique du Sud pour citer un pays africain. L’Allemagne bismarckienne avait mené des guerres contre ses voisins pour obtenir un accès vers les mers qui lui ont permis une ouverture sur les mers nordiques et sur le monde, puis un développement de ses navires marchands a entraîné un développement national. L’Angleterre et les États-Unis sont devenus des puissances grâce à leur état insulaire et ceci permettant cela, ils sont devenus maîtres des eaux internationales. En revanche, la Russie (l’URSS) et la Chine n’ont jamais réussi à se hisser au rang de première puissance à cause du manque d’accès aux mers chaudes pour la Russie et par manque d’une géopolitique précoce tournée vers les mers du Sud pour la Chine. C’est justement pour leur refuser de devenir des puissances que l’Angleterre et ensuite les États-Unis ont toujours ceinturé ces pays – le heartland en s’appuyant sur le rimland –, par une politique d’endiguement (containment), conseillée par G. Kennan en 1947, continuellement repensée et renouvelée. Le heartland (le cœur du monde ou l’URSS) est le pivot du monde suivant la théorie géopolitique de Sir Halford Mackinder. Pour Mackinder, la domination du monde est promise au heartland. C’est autour de ce concept clé, selon ce penseur, que s’articulent toutes les rivalités et toutes les stratégies du monde. L’alliance de la Russie et de l’Allemagne était la hantise permanente de l’Angleterre, elle était d’autant plus vive à la fin du XIXe siècle que Guillaume II, affichant une Weltpolitik, proclama que l’avenir de son
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pays était sur l’eau. Depuis, l’Angleterre n’a cessé de naviguer et elle a été suivie dans cette aventure par les États-Unis. A la même époque, l’amiral Mahan, le théoricien du rimland, a théorisé la stratégie navale des États-Unis en fonction de leur rôle à venir sur la planète ; il a insisté notamment sur l’importance du Pacifique et il est devenu l’un des doctrinaires américains23. Le rimland est une région intermédiaire entre le heartland et les mers chaudes du Sud. Lorsque les nomades mongols qui parcouraient les prairies de la plaine centrale furent remplacés par le pouvoir organisé de l’État russe, le même schéma s’est perpétué. L’empire a cherché l’accès aux mers chaudes du Sud et il a trouvé les routes barrées au XIXe siècle par la force maritime britannique qui s’était étendue le long du littoral eurasiatique. La position impériale britannique reposait sur un encerclement maritime de la masse eurasiatique. Toute la pensée géopolitique tourne autour de la question de l’eau. Mackinder oppose l’eau à la terre et trouve la domination du monde dans le heartland, tandis que Mahan accorde une grande importance au rimland qui a permis aux Américains d’acheminer armes, troupes et vivres sur le théâtre d’opération en Europe, de vaincre le Japon et de gagner la guerre. A partir de Mahan, le pivot n’est plus, comme chez Mackinder, le heartland, mais bien le rimland qui est devenu la charnière, l’enjeu, la zone d’affrontement pour la domination du monde. Pour empêcher l’URSS de s’étendre, et dans le but de contrôler le rimland, les Américains ont soutenu la guerre en Corée du Sud, ils ont « donné » la bombe nucléaire à l’Inde et à l’Israël, ils ont financé les quatre dragons afin d’accélérer le développement économique d’aires bordières et afin que ces pays ne tombent pas dans l’idéologie communiste que le président Truman qualifia de peste dont il faut préserver le monde. Les États-Unis ont ainsi soutenu et armé tous les pays autour du rimland. Sachant que les forces terrestres sont vulnérables, les États ont toujours recherché la sécurité des eaux et c’est pour cette raison que les grandes puissances ont investi les Océans de leurs flottes aux dimensions gargantuesques, gigantesques et titanesques.

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Lire Claude Manzagol, La mondialisation. Données, mécanismes et enjeux, op. cit., p. 136.

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1.2.3. Application silencieuse de la théorie du rimland en Afrique D’après Nicolas Sykman, le théorème de Mackinder selon lequel : « Celui qui contrôle l’Europe de l’Est domine le heartland ; celui qui domine le heartland domine l’île du Monde ; et celui qui domine l’île du Monde domine le monde » est erroné. S’il devait y avoir un slogan pour la politique dans le Vieux Monde ce devrait être pour Spykman : « Celui qui domine le rimland domine l’Eurasie ; celui qui domine l’Eurasie tient le destin du monde entre ses mains ». Il renverse ainsi l’approche mackindérienne, car le heartland devient moins important que le rimland, l’« anneau des terres », expression que Spykman préfère à celle de « croissant intérieur ou marginal »24. Pour Spykman, « Mackinder a sous-estimé l’importance stratégique des péninsules de l’Eurasie, car c’est sur les rivages et les terres du rimland que s’est jouée la victoire du second conflit mondial. Spykman en conclut à l’importance du contrôle du rimland pour qui veut contrôler les destinées du monde. « La théorie de l’anneau maritime contenant la puissance continentale développée par Nicolas Spykman a eu une grande influence sur l’élaboration de la politique étrangère américaine. Elle a été en effet à l’origine de la stratégie de l’endiguement (containment) utilisée par les États-Unis lors de la guerre froide et la cohésion politique du rimland (États-Unis, Europe occidentale, Asie maritime) a permis de contenir les visées expansionnistes du heartland (bloc soviétique) »25. Une connaissance parfaite et approfondie de la théorie du rimland est indispensable pour comprendre qu’elle a été appliquée en Afrique avec méthode, c’est-à-dire de manière silencieuse, et c’est bien ce qui explique que l’Afrique est un continent encerclé, comme l’étaient et le sont encore l’ex-URSS et la Chine.

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Pascal Lorot, Histoire de la Géopolitique, op. cit., p. 41. Ibid., p. 41.

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Carte : Spykman et la théorie de l’anneau maritime26

1.2.4. L’Afrique est un continent encerclé et sous-surveillance Il existe des routes terrestres comme il existe des routes (ou voies) aériennes et maritimes et lorsque l’on suit de très près l’itinéraire des routes maritimes autour du continent africain, on s’aperçoit aisément que l’Afrique est un continent surveillé à partir des eaux. Tout îlot en dehors du continent est une possession étrangère, de la même façon tous les points stratégiques qui rapprochent l’Afrique des autres continents appartiennent aux puissances étrangères et ils sont parmi les endroits les plus surveillés du monde : Djibouti (France), Canal de Suez (Grande-Bretagne et États-Unis), détroit de Gibraltar (RoyaumeUni), Ceuta (Espagne). Toutes les îles autour de l’Afrique sont des propriétés étrangères27. Les eaux internationales autour de l’Afrique
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Pascal Lorot, Histoire de la Géopolitique, Economica, 1995, p. 42. Archipel de Madère : Portugal ; îles Sauvages : Portugal ; îles Canaries : Espagne ; île de l’Ascension : Royaume-Uni ; île Sainte-Hélène : Royaume-Uni ; île Inaccessible : Royaume-Uni ; île Tristan da Cuncha : Royaume-Uni ; île Nightingale : Royaume-Uni ; île du Prince-Edouard : Afrique du Sud mais en fait ÉtatsUnis/Royaume-Uni ; île Marion : Afrique du Sud mais en fait États-Unis/Royaume-

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sont occupées par la flotte des grandes puissances, car celui qui contrôle le rimland ou l’anneau maritime autour du continent africain contrôle fatalement l’Afrique. L’absence d’une flotte maritime africaine renforce l’exclusion de l’Afrique dans toutes les compétitions maritimes. A cause de l’histoire des pays africains et de sa totale dépendance en armements militaires, il suffisait d’encercler le continent pour contrôler facilement les pays et il est devenu ainsi facile d’observer tout ce qui y entre et tout ce qui en sort. Cette situation ressemble à celle d’une villa sous-surveillance. Les soldats qui sont constamment plantés à l’entrée de la villa connaissent parfaitement tous les secrets et ne peuvent jamais avoir peur de ses habitants. Les puissances qui se sont hissées au plus haut de la hiérarchie des États et qui ont des prétentions sur l’Afrique imposent leurs points de vues en contrôlant militairement et maritimement le pourtour de l’Afrique. En occupant les eaux internationales au large de l’Afrique, des pays comme le Royaume-Uni et la France ont élargi leur territoire national et ils manifestent quotidiennement leur puissance et leur capacité de dominer l’Afrique. Un pays comme la France risquera de ne plus être une puissance mondiale le jour où elle perdra l’Afrique si ce pays ne diversifie pas ses sources de puissance. Est-ce pour cette raison que la France s’accroche à l’Afrique comme un bébé qui refuse de quitter le sein de sa mère ? Devant l’impossibilité d’accéder au cœur du continent africain (heartland) à cause des conditions de vie difficiles, il a été jugé plus simple de l’encercler et de le surveiller extérieurement. Les théories géopolitiques expliquent mieux les raisons pour lesquelles la GrandeBretagne avait préféré occuper les points stratégiques autour de l’Afrique et ne s’était pas beaucoup immiscée à l’intérieur. Il est permis d’affirmer que les théories géopolitiques ont eu une prétention de prédiction sur le fonctionnement du monde dans la mesure où les grands décideurs et les grands penseurs s’y réfèrent encore aujourd’hui.

Uni ; île de la Réunion : France ; île Europa : France ; île Bassas da India : France ; île Jua de Nova : France ; île Tromelin : France ; île de Mayotte : France ; îles Glorieuses : France.

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