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Géopolitique méditerranéenne

243 pages
Depuis la crise du système bipolaire, la Méditerranée acquiert une importance stratégique majeure. Malgré ses crises, conflits et guerres persistantes, la Méditerranée se présente comme un espace du dialogue et de la communication forcés et difficiles depuis 2001, de la multiplication et de la recomposition des États-Nations ethniques traditionnels, de la promotion de la globalisation-mondialisation économique. Mais elle est quand même le lieu où s'entrecroisent les flux migratoires naturels et multi-ethniques des trois grands continents qui le marquent sur tous les plans malgré les ingérences des puissances extra-méditerranéennes.
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GÉOPOLITIQUE

MÉDITERRANÉENNE

www.librairieharmattan.com diffus ion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8659-6 EAN : 9782747586597

Sous la direction de

Dominique Bendo-Soupou

GÉOPOLITIQUE MÉDITERRANÉENNE

Conseil National des Recherches (Rome)
Projet Stratégique Le Système Méditerranée: racines historiques et culturelles, spécificités nationales

Unité Opérative nOl8 - Formation des Identités Nationales et Régionales, Intégration dans la Méditerranée du Sud Université de Salerne
Publication financée par l'Associazione
e della Formazione

per 10 Sviluppo della Cultura
(AISC)

Professionale

- Rome

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou12

AUTEURS

1- Roberto Aliboni, Institut d'Affaires Internationales, Rome 2- Dominique Bendo-Soupou, Université de Salerne 3- Gilles Bertrand, Université de l'Auvergne 4- Hamit Bozarslan, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris 5- Nathalie Clayer, Centre National de la Recherche Scientifique, Paris 6- Francesca Corrao, Université de Naples, « L'Orientale» 7- Oscar Garavello, Université de Milan 8- Mario Giro, Communauté de Saint Egide, Rome 9- Rahib Lebèche, Conseil National Économique et Social, Alger 10- David Petrie, Université de Vérone 11- Susan Petrilli, Université de Bari 12- Augusto Ponzio, Université de Bari 13- Catherine Samary, Université de Paris-Dauphine 14- Christian Schmidt, Université de Paris-Dauphine

TABLE DES MATIÈRES
Avant-propos DominiqueBendo-Soupou Introduction DominiqueBendo-Soupou PREMIÈRE PARTIE La centralité et les conflits de la Méditerranée
La question stratégique de la centralité de la Méditerranée après la crise du Système bipolaire Dominique Bendo-Soupou Conflicts in Southern Mediterranean and adjoining areas 1989-98 Roberto Aliboni La question kurde: autonomie en Irak, radicalisme en Turquie Hamit Bozarslan La question kurde: grilles de lectures, niveaux d'actions Hamit Bozarslan La conflictualité entre Chypriotes grecs et Chypriotes turcs? Une critique du concept de « conflit ethnique» Gilles Bertrand Quelques réflexions sur les identités albanaises depuis la fin des régimes communistes Nathalie Clayer Pan-AM Flight 103 : political vulgarities surrounding the Lockerbie disaster David Petrie Quelques réflexions prospectives sur le problème de l'eau dans le SudEst de la Méditerranée Christian Schmidt 7

9 17

19 59 65 73 81 99 107 119 131

DEUXIÈME PARTIE Les conflits, le dialogue et la globalisation dans la Méditerranée
Il dialogo tra gli intellettuali del Mediterraneo Francesca Corrao Il Mediterraneo e la Comunità di Sant 'Egidio Mario Giro Globalizzazione / mondializzazione e produzione Mediterraneo Augusto Ponzio

133 141
di guerra nel

155

Conflitti, spese militari ed economia nell 'era della globalizzazione: il caso del Mediterraneo meridionale ed orientale Oscar Garavello Éléments sur la globalisation conflictuelle dans la Méditerranée: le cas de l'économie algérienne Rahib Lebeche Comunicazione, globalizzazione e migrazioni nel Mediterraneo Susan Petrilli Les grandes puissances voulaient-elles la fragmentation balkanique? Catherine Samary Postface: A la recherche d'une identité méditerranéenne Dominique Bendo-Soupou

167

197 215 225 235

AVANT-PROPOS
Dominique Bendo-Soupou Le présent volume contient une sélection des travaux élaborés conformément à l'esprit de l'Unité Opérative n018, Formation des Identités Nationales et Régionales, Intégration dans la Méditerranée du Sud, appartenant au Projet Stratégique Le «Système» Méditerranée: racines historiques et culturelles, spécificités nationales du Conseil National des Recherches (CNR), dont la coordination a été assurée par Dominique BendoSoupou. Le choix de ces textes a deux buts spécifiques: souligner l'identité de l'UO n° 18 par rapport à celles de la cinquantaine d'unités opératives qui ont opté pour la recherche scientifique touchant particulièrement aux questions culturelles méditerranéennes; rassembler et faire réfléchir quelques spécialistes des deux rives sur les problèmes importants qui affectent la Méditerranée depuis la crise du bipolarisme planétaire. Pour atteindre ces buts et se démarquer de l'orientation des autres unités opératives, l'UO n018 a adopté en 1996 un thème de réflexion: La centralité de la Méditerranée après la crise du Système bipolaire, qui devait couvrir toutes ses recherches du CNRjusqu'en 1998. En 1999, ce thème dominant a été adopté pour les colloques et séminaires qui assurent la continuité des activités de l'Unité Opérative parrainée par le CNR. Cet ouvrage rassemble les travaux des deux premières manifestations. Mais il caractérise par ailleurs la situation réelle de la Méditerranée depuis 1989 et constitue un stimulant pour les enseignants et chercheurs qui enrichissent la réflexion sur les conflits qui se multiplient, la coopération et la globalisation qui s'affirment mal dans cette région possédant une périphérie stratégique dont les frontières sont imprécises. Les premières manifestations organisées sur ce thème singulier ont eu lieu à l'Université de Naples « l'Orientale» et à la Commune de Mercato San Severino en 2000, à l'Université de Salerne et à la Commune de Mercato San Severino en 2001. Elles ont mobilisé des collègues qui n'ont pas participé aux activités de l'Unité Opérative nOI8. Mais depuis 2000, ceux-ci, dont les travaux figurent dans cet ouvrage, font partie du groupe des spécialistes que nous sollicitons pour la réalisation de nos manifestations culturelles sur la Méditerranée. Cette publication est une occasion propice pour renouveler nos remerciements aux Ambassades de France et de la Libye en Italie, à la Commune de Mercato San Severino, au Conseil National des Recherches (CNR), au Département des Sciences Historiques et Sociales et au Département d'Etudes Internationales de l'Université de Salerne, à la Province de Salerne, à l'Université de Naples « l'Orientale », à l'Association

pour le Développement Culturel et la Formation Professionnelle (AISC) de Rome et à la Région de la Campanie, qui ont bien voulu financer ces manifestations culturelles entre 1999 et 2001. Nos remerciements sont adressés également aux collègues et amis qui ont contribué à la réalisation de ces manifestations et à la présentation des travaux dans cet ouvrage dont la publication est financée par la Région de la Campanie (Naples).

8

INTRODUCTION
Dominique Bendo-Soupou Université de Salerne Les travaux contenus dans ce volume caractérisent la continuation des activités de la recherche scientifique de l'UO n018 du Conseil National des Recherches (CNR) (1996-1999), des colloques et séminaires de l'Université de Naples « l'Orientale» (2000), de la Commune de Mercato S. Severino (2000 et 2001) et de l'Université de Salerne (2001). Ils ont été élaborés sous le principal thème: La centralité de la Méditerranée après la crise du Système bipolaire, qui a été adopté par l'Unité Opérative n018 du CNR dans le cadre de la recherche scientifique CNR. Ce thème est maintenu pour les colloques et séminaires qui ont lieu à l'Université de Salerne et à « l'Orientale» de Naples et qui se dérouleront dans les pays du Sud de la Méditerranée. En ce qui concerne l'élaboration de cet ouvrage, nous avons considéré les diverses spécialisations des collègues qui ont réfléchi sur les nouvelles problématiques de la géo-stratégie globale et sur les rapports des forces qui affectent la Méditerranée depuis l'écroulement du Mur de Berlin en 1989. Nous avons également tenu compte des difficultés éprouvées par certains participants du Sud dans l'UO n° 18 du CNR et dans les deux premières sessions des Colloques qui ont été marquées par une atmosphère politique particulière. En effet, les terribles conflits qui sévissent dans leurs pays situés dans cette région, ont contraint ces collègues à privilégier des thèmes relatifs à la culture, à la coopération, au partenariat, aux relations interméditerranéennes et aux potentialités communes aux deux rives. La lacune de la recherche initiale sur la question des conflits a donc contraint l'Unité Opérative à la programmation des colloques sur la question des rapports entre la centralité de la Méditerranée et les guerres qui la caractérisent depuis 1990. La plupart des travaux contenus dans ce volume regardent justement ces conflits qui font de cette région le centre de la guerre globale permanente et la plus grande poudrière de la planète après la crise du Système bipolaire. La période de l'organisation du Colloque de Naples (1999-2000), en particulier, a été marquée par la réticence de certaines autorités diplomatiques devant cette initiative qui visait la question des conflits provoqués sans hésitation dans la Méditerranée, mais dont on ne voudrait guère parler après qu'ils ont conduit à des guerres désastreuses et sans fin comme elles ont été perçues par Jean Baudrillard : en 1999, parlant de la Yougoslavie, ce dernier a soutenu à travers le journal La Repubblica que « Les Occidentaux ont provoqué une guerre qui ne finira pas ».(1)

Le projet de Colloque de Naples a par contre exercé une grande attraction sur les milieux politiques italiens: en effet, le Président de la Chambre des Députés (Luciano Violante) et le Président du Conseil (Massimo D'Alema), ont envoyé de longs messages de soutien contenant des exposés sur la situation méditerranéenne, tandis que le Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères (Umberto Ranieri), a honoré la manifestation de sa présence afin d'expliquer et justifier les raisons de la participation de l'Italie à la guerre de l'OTAN contre la Yougoslavie en 1999. Le Colloque de mars 2000 a donc confirmé le fait que les rapports des forces entre les deux rives de la Méditerranée conditionnent sérieusement la réflexion et les études scientifiques. L'attention portée à cette rencontre culturelle qui symbolisait l'avant-garde des études méditerranéennes en Italie dans les années 1990 et 2000, révèlent l'importance politico-stratégique attribuée par les intellectuels italiens à cette région, surtout au moment de la guerre en Yougoslavie. Le débat du Colloque, qui avait pour but de rassembler des participants du Nord et du Sud de la Méditerranée, a été particulièrement vif. Marqué, non seulement par les rapports des forces et le conflit Nord-Sud, mais également par les affres du conflit israélo-arabe, il a fait revivre certains préjugés anachroniques contre le monde islamique. Certains intervenants ont catégoriquement nié le fait que le Sud de la Méditerranée soit un pôle: ils ont fait fi de l'évidence que, - contrairement à celui du Nord -, le Sud se caractériserait par des affinités ethnico-culturelles et religieuses homogènes, qui expliqueraient largement sa position exprimée contre l'action belliqueuse anglo-américaine en Irak et au Moyen-Orient en 2003. Sur cette question relative à l'existence d'un pôle arabo-islamique - qui a re-émergé pendant la conclusion des travaux (de mars 2000) axés particulièrement sur les rapports des forces entre les deux rives -, Samir Amin a soutenu: « L'Union Européenne impérialiste n'est rien d'autre qu'une forme de coopération entre les Etats membres ». Cette forme de coopération non renforcée par l'existence d'une armée communautaire, existe aussi dans le Sud arabo-islamique où, en peu de temps, la Libye en particulier, a contribué activement à la création de l'Union Africaine qui couvre la plus grande partie de la Méditerranée du Sud. L'objectif visé par la Libye - qui est très marquée par les antogonismes du bipolarisme planétaire en crise - , est la création de grands ensembles dans le Sud, pour contrecarrer l'influence de l'UE et des Etats-Unis qui la menacent souvent. Ces grands ensembles du Sud se renforceront et deviendront indubitablement des pôles grâce aux rapports des forces NordSud, et notamment sous l'effet de différentes menaces permanentes occidentales et de la Guerre globale américaine qui affectent le Sud de la Méditerranée. Nonobstant ses problèmes - physiologiques et d'affirmation politique - analogues à ceux de l'UE, le grand ensemble qui réunit les pays 10

du Sud méditerranéen, est la Ligue des Etats Arabes. Celle-ci incarne l'image emblématique d'une nation arabe et constitue l'élément significatif de l'existence d'un pôle caractérisé par une culture et une religion qui couvrent toute la Méditerranée du Sud jusqu'au Golfe arabo-persique. La consolidation de ce pôle se réalise lentement par l'exclusion progressive des cultures et langues occidentales dans le monde arabo-islamique en faveur de la culture et de la langue arabes en particulier (2). Sur le plan de l'analyse des conflits, le débat du Colloque de 2000 a été une occasion propice exploitée par l'africaniste Alessandro Triulzi afin de vérifier l'analogie des conflits qui affectent les Etats-Nations des Balkans et de l'Afrique, en sollicitant l'opinion des spécialistes de la Méditerranée balkanique et des auditeurs. Le silence de ces derniers devrait être interprété comme un refus de se prononcer sur des conflits dont les causes sont substantiellement différentes? Se basant sur une étude de l'Ecole d'Uppsala et sur le fait qu'il aurait une autre conception de la Méditerranée, Roberto Aliboni a réfuté catégoriquement l'existence des conflits dans cette région, contredisant ainsi l'opinion dominante sur cette question qui était le principal objet du débat relatif à la Méditerranée gérée par les grandes puissances militaires occidentales depuis 1990. A cette thèse retentissante et surprenante, il a ajouté que les signes des futurs conflits sont décelables en Libye. Cette thèse défavorable à la Libye a été repoussée par Idriss Lamin Tayeb, Conseiller Culturel de l'Ambassade de ce pays où la conjoncture politique se caractériserait par une stabilité des institutions révolutionnaires renforcées par les rapports des forces issus de la guerre froide (3). Il est cependant important de signaler que le Colloque de Naples de mars 2000, n'a été qu'un premier pas vers l'étude stratégique des conflits qui affectent la coopération et le partenariat, le dialogue, les Etats et les nations, l'économie et les migrations entre les deux rives. Le séminaire de Mercato S. Severino (novembre 2000) et la lie Session du Colloque de Mercato S. Severino et de l'Université de Salerne (novembre 2001) sur La Centralité de la Méditerranée, ont confirmé la forte tendance des participants vers l'analyse des conflits qui ont été examinés en fonction de la globalisation de la Méditerranée. Cette globalisation est projetée et réalisée dans la Méditerranée en fonction des rapports des forces (entre l'Afrique, l'Asie et I'Europe), conditionnés par l'influence des Etats extra-méditerranéens. Ces dernières voudraient dominer la planète en utilisant actuellement cette région dont la centralité est déterminée par sa position géographique vis-à-vis des trois plus grands continents du monde. Dans ce volume, Dominique Bendo-Soupou intervient justement sur cet aspect particulier de la Méditerranée qui détermine largement l'élaboration et l'orientation de la stratégie globale et de celle des Etats-Unis, dont le principal objectif est le renforcement de leur leadership dans le monde Il

depuis 1990. Cette stratégie prévoit la prolifération des conflits dans cette région après la crise du Système bipolaire, qui a entraîné la réduction de l'importance stratégique des continents du Sud et de la Méditerranée en état de périphérisation progressive. A cause de sa centralité, de ses immenses ressources, de ses conflits stratégiques et de ses divisions, la Méditerranée échappera difficilement à cette périphérisation qui se perpétuerait en fonction de la construction du soi-disant Grand Moyen-Orient projeté par les Etats-Unis à travers sa guerre permanente, qui a débuté en Afghanistan et en Irak dans les premières années 2000. Contredisant sa thèse soutenue au Colloque de Naples de 2000 à travers son texte et son tableau riche de données qui confirment l'existence et la persistance de ces conflits depuis 1989, Roberto Aliboni nous donne une idée sur leur multiplicité dans cette zone. Ramit Bozarslan réfléchit sur un conflit spécifique caractérisant le peuple kurde qui aspire à son autodétermination vis-à-vis de l'Irak et de la Turquie en vue de réaliser son unité dans le cadre d'une entité étatique autonome. Il met particulièrement l'accent sur les deux caractéristiques de la stratégie des mouvements kurdes: la souplesse et l'autonomie en Irak; le radicalisme en Turquie. Gilles Bertrand aborde une question analogue concernant l'lIe de Chypre dont l'union dépendrait justement, non seulement du dépassement des considérations ethniques déterminées par les rivalités gréco-turques qui affectent ses deux communautés, mais aussi de l'intervention des Nations Unies et des tentatives de l'UE pour promouvoir son intégration en Europe. Il analyse la question de la conflictualité entre ces deux communautés à travers une critique sur le concept de conflit ethnique. Nathalie Clayer réfléchit sur la question ethnique qui se pose en Albanie, mais la place plutôt sur le plan identitaire. Les aspects intéressants de sa réflexion touchent les brusques recompositions politiques, économiques et sociales violentes qui seraient l'effet de la dislocation de la Yougoslavie et de la crise de l'Albanie après 1989. Ces diverses recompositions constitueraient un paramètre permettant de saisir deux phénomènes: la multiplicité des identités; l'articulation entre l'identité nationale et l'identité religieuse. La Méditerranée présente également un autre type de conflit hérité des rapports de forces dus aux antagonismes du Système bipolaire. Et dont nous trouvons les traces dans le travail de David Petrie qui se penche sur les péripéties d'un conflit opposant la Libye et les Etats-Unis à propos de l'attentat contre un avion de la Pan-AM au-dessus de Lockerbie. L'auteur souligne le caractère politique du procès utilisé par les Etats-Unis pour assujettir la Libye en lui faisant endosser des faits de terrorisme qui justifieraient la réparation du préjudice en faveur des familles des victimes. Christian Schmidt présente, par contre, une réflexion prospective sur le 12

problème de l'eau qui, dans l'avenir, deviendra l'un des principaux ressorts de la dynamique des conflits et des négociations dans cette région. Bien que, à travers la théorie des jeux, il ait pensé à l'élaboration de différents scénarios alternatifs en vue de faire valoir une analyse prospective, la question de l'eau ne constitue pas moins déjà aujourd'hui un élément déterminant de la continuité et de l'exacerbation des conflits dans cette région où les forces du dialogue ont été réduites par celles de la guerre permanente. Francesca Corrao se penche particulièrement sur le dialogue des intellectuels de la Méditerranée qui, à mon avis et malheureusement, n'ont aucune influence déterminante sur les Etats qui imposent ou subissent la guerre. Mario Giro analyse plutôt les rapports de la Méditerranée et de la Communauté de Saint Egide qui, non sans difficultés depuis la crise du Système bipolaire, tente de forcer le dialogue et de trouver des solutions pacifiques aux conflits dans cette région exposée aux fortes pressions de la globalisation / mondialisation à laquelle l'Occident et les Etats-Unis, en particulier, imposent un caractère politique. Cette nouvelle donne n'est pas moins un facteur de «production de la guerre », comme le fait remarquer Augusto Ponzio dans ce volume. En effet, à cause de sa centralité et de ses ressources stratégiques, la Méditerranée devient le premier foyer de ce que, actuellement, on appelle différemment la guerre permanente globale, la guerre sans frontières, la guerre contre le terrorisme, la guerre de trente ans... Ce nouveau type de guerre est plus clairement imposé par les Etats-Unis après la tragédie du Il septembre 2001. Il est le résultat d'une série de conflits qui sont à l'origine de l'augmentation des dépenses militaires et de la naissance d'une économie de guerre que Oscar Garavello voit dans la Méditerranée méridionale et orientale qui n'échappe pas au processus de globalisation régionale dont l'un des effets pervers est la prolifération des guerres depuis la crise du Système bipolaire. C'est dans le cadre de cette globalisation conflictuelle que Rahib Lebèche place la situation économique troublée de l'Algérie qui n'échappe pas non plus à la problématique soulevée par Oscar Garavello. Après la crise du Système bipolaire, les affres du conflit national qui a fait plus de 150 000 morts et l'application des Programmes d'Ajustement Structurel (PAS) imposés par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale en vue de forcer la privatisation des entreprises, ce pays tente de rétablir un certain contrôle public sur son économie déséquilibrée par l'application du libéralisme économique sauvage, dont la vogue n'est pas moins largement déterminée par le nouveau système de communication des idées floues de la globalisation. Susan Petrilli pose la question de la globalisation en se référant particulièrement aux aspects délicats de la communication et des migrations 13

dans cette région après la crise du Système bipolaire. Il s'agit de deux facteurs qui devraient favoriser l'affirmation de la globalisation - en tant que processus - dans la Méditerranée. Or, depuis la crise du Système bipolaire, la communication dans la Méditerranée est conditionnée par la stratégie de sujetion du Sud qui ne reçoit du Nord (colonisateur et impérialiste ?) que le message du conflit permanent auquel il doit faire face. Ce message global contient aussi des messages sous-jacents d'hostilité envers les flux migratoires provenant du Sud. Ces derniers sont lancés et communiqués à travers les déclarations politiques - dont les plus emblématiques sont celles des leaders de la Ligue du Nord italienne. Ils sont décelables aussi à travers les contrôles rigoureux, sévices et expulsions massives des ressortissants du Sud qui conçoivent la globalisation en fonction de leur intégration et de leurs mouvements dans la Méditerranée. Le message communiqué par le Sud même européen, est évidemment celui de l'acceptation du défi de la confrontation lancé par le Nord. Les conflits imposés à ces différents Suds méditerranéens depuis 1990 dans le cadre d'une stratégie de remodelage de la Méditerranée pour mieux contrôler ses matières stratégiques et ses populations indociles, ne sont pas de rares signes emblématiques des défis lancés par le Nord et les Etats-Unis à l'attention du grand Sud islamique. Ces défis sont-ils le signe patent du choc des civilisations que nous vivons réellement nonobstant les démentis et les tergiversations des gouvernements occidentaux qui soulignent particulièrement l'agressivité de l'islam militant et combattant contre l'Occident? Le conflit identifié sous l' étiquette du choc des civilisations, est assurément l'effet d'une communication difficile. Il se caractérise par l'incompréhension permanente entre le Nord et le Sud, après la crise du Système bipolaire qui a entraîné la fragmentation des Etats balkaniques ou la balkanisation des Balkans et l'instabilité du Sud musulman. Cette déstructuration / restructuration / modification de cette nouvelle Europe et du Sud islamique appartenant à la Méditerranée a quelque peu forcé les rythmes des migrations du Sud vers le Nord. Ces rythmes migratoires sont déterminés par la globalisation politico-culturelle qui se conforme aux principaux objectifs de l'Occident: la conquête et la redistribution de nouveaux espaces économiques dans la Méditerranée en particulier. Le titre même du travail de Catherine Samary fait penser à l'imposition de la globalisation. Peut-on en effet considérer que la fragmentation balkanique à laquelle elle fait allusion signifierait la balkanisation des Balkans? Ou la balkanisation de la Yougoslavie en particulier voulue de toute façon par les grandes puissances occidentales afin de détruire l'unique entité du pôle de l'Est, dont la configuration géographique stratégique déterminait relativement sa forte influence sur la Méditerranée en tant qu'espace de confrontation des deux pôles de puissances jusqu'en 1989? 14

Depuis 1990, cet espace méditerranéen est devenu le lieu de la confrontation entre le Nord et le Sud ou entre le Bien et le Mal dont parlent George Bush et Silvio Berlusconi en particulier. La balkanisation de la Yougoslavie est un processus contraire aux principes de la globalisation dont la réalisation requiert plutôt la construction de grands ensembles qui permettraient de forcer et maîtriser la stabilité politique sur la planète. Cette stabilité politique et des Etats est nécessaire pour faire fonctionner les mécanismes de l'économie globale qui serait le principal objectif visé par lesdites grandes puissances. Or, la balkanisation yougoslave a entraîné la déstabilisation, la désagrégation et l'appauvrissement de ce pays qui est devenu une région après la guerre de 1999. L'appauvrissement général de cette nouvelle région mal contrôlée et abandonnée par l'Occident, a engendré des conflits et problèmes identitaires sur lesquels Dominique Bendo-Soupou se prononce dans sa postface, mais en les plaçant au niveau de la région méditerranéenne.

NOTES ET BIBLIOGRAPHIE 1. Jean Baudrillard a prévu la guerre permanente dans la Méditerranée en se référant à celle de la Serbie en particulier, qui était sans doute l'entité la plus importante de la Fédération yougoslave. Mais dans ce processus de guerre permanente et sans frontières, la déstructuration de la Yougoslavie et de sa Serbie n'est qu'une étape de la déstabilisation et du remodelage de la Méditerranée. L'autre point important visé est l'Irak qui se trouve dans la périphérie méditerranéenne et dont la déstabilisation a commencé en 1990. Avec la guerre actuelle de l'Irak, l' Afghanistan n'apparaît plus comme un simple point de diversion utilisé par l'Occident et les Etats-Unis pour contenir aussi le Pakistan islamique et l'Internationale islamique dont l'Amérique soupçonne la présence dans tous les pays faisant partie du fameux Axe du Mal. 2. Cf. Bach-Hamba Mohammed, Le peuple algéro-tunisien et la France, Carthage, 1991, Fondation Nationale «Beit AI-Hikma », pp.141143; Burney Pierre, Les langues internationales, Paris, 1962, PUFCollection que-sais-je?, pp. 29-31 ; Calvet Louis-Jean, Les politiques linguistiques, Paris, 1996, PUF-Collection que sais-je?, pp. 111-120; Deniau Xavier, Lafrancophonie, Paris, 1992, PUF-Collection que sais-je ?, pp.41-42; Grandguillaume Gilbert, Arabisation et politique linguistique
au Maghreb, Paris, 1983, Maisonneuve & Larose

- Collection

Islam d'hier et

d'aujourd'hui, pp.214 ; Moatssime Ahmed, Arabisation et langue française au Maghreb, Paris, 1992, I.E.D.E.S.- Tiers Monde & PUF, pp. 174.

15

3. Après la crise du Système bipolaire et l'évanescence des antagonismes idéologiques Est-Ouest, la Libye évoluera lentement vers un régime politique multipartiste et démocratique conforme à ses traditions culturelles et politiques.

16

PREMIÈRE PARTIE

La centralité et les conflits de la Méditerranée

LA QUESTION STRATÉGIQUE DE LA CENTRALITÉ DE LA MÉDITERRANÉE APRÈS LA CRISE DU SYSTÈME BIPOLAIRE
Dominique Bendo-Soupou Université de Salerne

La question de la centralité de la Méditerranée préjuge l'importance géostratégique de cette région marquée par des rapports des forces et conflits qui se multiplient et se perpétuent même aprè~ l'écroulement du Système bipolaire. Ce système a engendré tant d'antagonismes qui alimentent encore aujourd'hui la confrontation entre le Nord dit Occident chrétien et le Sud islamique qui ont entretenu par ailleurs des alliances solides contre le pôle de l'Est jusqu'en novembre 1989. Ces antagonismes s'expliqueraient en fonction de nombreux facteurs suivants: la configuration géographique et la périphérisation de cette région; la formation et l'influence des pôles de décisions qui s'étendent du Nord de l'Atlantique et de la Méditerranée jusqu'au Pacifique; les conflits qui sévissent depuis 1990 à la suite de la crise du Système bipolaire, malgré les prédictions sur l'avènement d'une paix durable à partir de la même année; le processus d'intégration des pays de la Méditerranée du Nord dans l'Union Européenne et l'isolement d'un certain nombre d'Etats du Sud plongés dans des guerres interminables et des embargos décidés par les Etats-Unis avec l'aval des Nations Unies et des Etats européens même méditerranéens. Les Etats isolés appartiennent tous à ce que la culture occidentale considère comme le Sud de la Méditerranée. Il s'agit, entre autres, d'une part, de la Turquie dont le territoire est divisé entre l'Europe communautaire et l'Asie islamique à laquelle elle pourrait se rattacher si les négociations avec l'Union Européenne qui auront lieu à partir de 2005 échouaient; d'autre part, les nouveaux Etats des Balkans issus des guerres imposées et gérées par les Etats de l'OTAN qui ont décidé de déstabiliser, contrôler, façonner, assimiler et intégrer les satellites du pôle de l'Est dominé par l'URSS jusqu'en 1989 ; en outre, certains Etats islamiques et juif de la Méditerranée orientale dont l'intégrisme et l'incertitude politique due aux conflits de la Palestine et de l'Irak, ne facilitent pas leur intégration au Moyen-Orient et en Europe; enfin, ceux de l'Afrique (Algérie, Egypte, Libye, Maroc et Tunisie) et de sa périphérie arabo-méditerranéenne (Mauritanie, Soudan) qui, sans solution d'intégration régionale et conscients des menaces proférées par le Nord plus ou moins lié idéologiquement à l'Amérique, sont contraints de se tourner vers leur

19

continent en appuyant le dessein libyen de fondation d'une Union Africaine sur les cendres de l'Organisation de l'Vnité Africaine (O.V.A). Cette situation complexe est due largement aux rapports des forces entre l'Occident chrétien et les Etats islamiques arabes en particulier. Elle constitue un facteur qui détermine l'abandon et l'isolement de la Méditerranée. Avec sa mer stratégique, cette région devient progressivement un espace d'organisation des conflits - pour la conquête des espaces économiques et politiques en Algérie, dans les Balkans, à Chypre, en Israël, en Irak, en Palestine, au Maroc, au Sahara Occidental, en Turquie etc. - où s'affirment des identités meurtrières parce que les communautés ethniques et leurs territoires sont plus ou moins divisés par les Etats locaux, les puissances extra-méditerranéennes et / ou celles de l'OTAN. Cette région devient également un espace de détermination des frontières des deux hémisphères qui sont habituellement indiqués par les deux concepts géostratégiques traditionnels de Nord et Sud. Ces deux hémisphères se confrontent à travers cette région / carrefour qui lie les trois continents dont l'influence des cultures est désormais supplantée par celle des idéologies religieuses: le christianisme et l'islamisme qui soutiennent respectivement les thèses et/ou slogans de guerre juste ou de guerre sainte. Ces idéologies religieuses sont insidieusement utilisées par les Etats pour atteindre leurs objectifs qui sont souvent incompatibles avec les messages sacrés des religions stricto sensu. A l'instar des Etats qui s'emploient à défendre ou étendre leur influence dans la Méditerranée, celles-ci se disputent cette région située au centre du monde. Ces principales questions seront examinées dans les cinq parties suivantes:
I

II - La Méditerranée

- Les

facteurs

déterminant

la centralité

de la Méditerranée;

est-elle au centre du monde?

III - La nouvelle perception de la centralité de la Méditerranée; VI - Les pôles de décisions et la centralité de la Méditerranée;
V

- La

centralité et l'abandon

de la Méditerranée.

I - LES FACTEURS DÉTERMINANT LA CENTRALITÉ DE LA MÉDITERRANÉE La centralité de la Méditerranée est un fait réel et constitue un concept stratégique ouvert encore à la réflexion scientifique. Elle pourrait donc être analysée à travers une série de facteurs en interaction. Ces facteurs permettraient de reconnaître l'atmosphère caractérisant la bouillante Méditerranée, centre de la planète depuis l'Antiquité et surtout après la crise du Système bipolaire qui a éclaté en 1989 (1). Les principaux facteurs qui

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déterminent cette centralité méditerranéenne sont la configuration géographique, l'unité régionale incertaine, la dimension imprécise de cette région qui révèle sa spécificité en tant que frontière / carrefour de trois continents importants du monde; les agrégations et désagrégations nationales, territoriales et régionales qui s'y produisent même par des guerres atroces et inhumaines depuis 1990 ; l'intégration des peuples et des Etats dans de grands ensembles régionaux politiques: Ligue des Etats Arabes, OTAN, Union Africaine, Union Européenne, qui sont les protagonistes de la déstabilisation, de l'isolement et de la transformation de la Méditerranée en frontière / barrière Nord-Sud; le poids d'une coopération et d'un partenariat stratégiques (2) limités qui servent à tempérer les conflits entre le Nord et le Sud et à alimenter ceux du Sud; les ressources énergétiques stratégiques, qui sont la principale cause indéniable des conflits, de la guerre infinie et sans frontières actuels; les diversités culturelles, ethnico-raciales, religieuses, économiques, politiques qui suscitent l'indifférence, la haine et la violence institutionnalisées et systématiques; l'importance géo-stratégique et politique de cette zone particulièrement sous-estimée et bradée par les Arabes, les Européens, les Juifs et les Turcs (européens?) en faveur des Etats-Unis; les conflits endémiques qui n'attirent pas moins une grande attention du monde au centre duquel se trouve la Méditerranée, etc. Si on devait l'établir, la liste de ces facteurs qui sont en fait des questions et des problèmes compliqués, serait encore plus longue. Celle des griefs à l'égard desdits Méditerranéens arabes, européens, juifs, slaves, turcs et de ceux qui y imposent ou y subissent un protectorat colonial parrainé par les Etats-Unis et ses vassaux virtuels, ne serait pas moins longue. Ces facteurs au nombre apparemment illimité, permettent de constater la réalité évidente de la centralité méditerranéenne. On pourrait trouver des réponses sur les principales questions épineuses que nous considérons comme des facteurs qui déterminent et caractérisent la centralité de cette région. Nous formulons cependant ci-dessous les questions les plus importantes qu'il convient de poser. Cette centralité estelle génératrice de l'importance stratégique attribuée par les Etats à cette région? Expliquerait-elle également la complexité de sa situation globale incontrôlable dont la conséquence évidente est la carence d'une unité politique régionale et les difficultés de forger une identité méditerranéenne qui permettrait aux peuples de cette zone de dépasser les problèmes inextricables dus justement à leurs diversités? Ces diversités sont à l'origine de différents types de conflits et de la violence faisant désormais partie de la réalité quotidienne et de l'imaginaire de ces peuples. Mais elles constituent aussi une richesse mal appréciée par les Etats des deux rives à cause du

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poids de l'histoire des conflits qui se perpétuent de l'Antiquité à nos jours. Ces « peuples méditerranéens» endossent sereinement sinon orgueilleusement leur histoire parce qu'elle fait justement partie du patrimoine culturel et de leur imaginaire. En effet, dans cette histoire des conflits, les Etats et les peuples de chaque rive ne relèvent et ne veulent revendiquer que l'histoire de leur grandeur et/ou de leur rayonnement dans la Méditerranée. Il s'agit de 1'histoire de leurs victoires sur lesdits ennemis du passé et de tous les temps - qui sont situés sur l'autre rive appartenant pourtant à ce même univers, qui a imposé ses civilisations et/ou ses cultures. Actuellement, les manifestations de ces civilisations sont attestées par les antagonismes brillamment honorés par l'histoire des conflits qui affectent particulièrement la Méditerranée. Qu'elles soient arabes et islamiques ou occidentales et chrétiennes, toutes ces revendications de «l'histoire des conquêtes coloniales et impérialistes» sont orgueilleusement présentées sur le plan politique et culturel comme une nécessité pour l'apport de ladite civilisation, de la religion et la diffusion de la démocratie. Mais cet apport culturel s'opère toujours à travers la guerre, au nom et à cause du nationalisme ou du chauvinisme sacralisé par le discours religieux qui justifie les actions belliqueuses. C'est, par contre, au nom de « la supériorité de l'Occident sur l'Islam », que le Président du Conseil italien, M. Silvio Berlusconi, en voyage officiel à Berlin, après la tragédie du Il septembre 2001, a clairement soutenu la guerre permanente américaine contre le monde musulman appartenant à cette zone marquée par la «glorieuse» histoire romaine héritée par l'Italie (3). Depuis 2003, c'est dans le cadre de l'alliance avec l'Amérique unilatéraliste au Moyen-Orient et en Irak en particulier, que M. Silvio Berlusconi et son gouvernement ont placé leurs déclarations sur l'imposition manu militari de la démocratie occidentale au monde islamique, qui est l'objet de l'attention mondiale, « Mais qu'il faut contrôler pour mieux l'aider». Si l'attention que lui réserve notre monde en fonction de la culture dominante de ce siècle la porte au centre de la planète, la Méditerranée est aussi au centre parce qu'elle jouit d'une configuration géographique privilégiée. Elle constitue donc avant tout une unité naturelle qui lui attribue un poids stratégique non négligeable: à cet égard, il est possible de soutenir l'hypothèse qu'il n'y a qu'une seule Méditerranée dont la mer (plurielle ?) presque fermée semble facile à délimiter, même si ses péninsules et nombreuses îles lui imposent un aspect fragmenté souligné par 9
dénominations régionales (4). Son ouverture sur l'Atlantique,

- grand

Océan

du centre du Monde situé entre les trois continents importants (Afrique, Amérique, Europe) et baignant l'Asie Occidentale par les eaux

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méditerranéennes dont cet océan est la source -, confirme cette position privilégiée. Elle constitue une source d'alimentation de la Mer Noire qui fournit à la Russie un accès aux eaux internationales libres. Ces eaux sont justement celles de la Méditerranée à laquelle, après l'URSS, la Russie déclare son appartenance (5) ! Dans son Sud, le Canal de Suez ne perd pas son importance stratégique en tant que voie d'accès fondamentale vers l'Asie et l'Afrique Orientales, l'Europe et même vers l'Amérique et la Russie. Il permet donc à la Mer Méditerranée d'assurer un rôle essentiel de desserte du Sud de l'Europe et de transit au niveau de la planète pour le transport des matières premières stratégiques qui sont à l'origine des conflits affectant les trois continents même après le Système bipolaire. La simplicité des limites côtières de la Méditerranée a probablement favorisé la concentration de 25 pays et 8 entités internationales dans son bassin qui est aussi l'objet des contestations territoriales entre Etats des trois continents marqués par la logique stratégique du bipolarisme planétaire suranné (6). Ses frontières terrestres vers l'intérieur sont plus imprécises et sont soumises à la pression d'un processus de périphérisation progressive forcée par l'Occident et les EtatsUnis en particulier, qui voudraient remodeler cette région en utilisant sa mer et son territoire. Ces limites frontalières devraient être considérées en fonction des effets des conflits et des Etats qui se multiplient sur son vaste territoire depuis 1990: l'espace concerné par ses grandes mutations concerne les deux rives et s'étend de l'Atlantique au Golfe Persique au moins. La dimension de la Méditerranée devrait, par contre, être évaluée en fonction de la superficie couverte par la myriade de cultures plus ou moins homogènes, qui ont des affinités avec les religions dominantes des trois continents dont cette région constitue le nœud. En d'autres termes, il conviendrait de préciser que ces nouvelles frontières et dimension de cette Méditerranée effervescente dériveront également des réactions du monde islamique envers les projets de remodelage de cette région, dont la réalisation est opérée par les guerres actuelles qui vont sans doute se perpétuer. A la fois communautés / peuples, civilisations / cultures, mer et terre, frontière / barrière entre le Nord et le Sud, la Méditerranée - qui se situe entre: d'un côté, l'Afrique et l'Asie; de l'autre l'Europe -, reste un microcosme dont la complexité ne réduit nullement sa centralité par rapport au monde qui est largement représenté par les trois continents du centre. L'Afrique qui est scientifiquement considérée comme la Mère des continents et des peuples du monde; l'Asie et l'Europe où les Africains émigrent depuis toujours, en passant par la Méditerranée. Cette dernière est aussi le point d'émigration des Asiatiques vers l'Afrique et l'Europe et celui

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des Européens émigrant vers les deux autres continents. Elle demeure donc le centre des flux migratoires originels et naturels, mais aussi l'un des berceaux de la civilisation qui s'est répandue sur la planète, et dont les migrations constituent le véhicule naturel indéniable. En d'autres termes, il conviendrait de préciser que la centralité de cette région est attestée par les faits patents suivants: la Méditerranée fait physiquement partie de l'Afrique qui est le berceau de 1'humanité et de la civilisation (7) ; elle est le lieu de la confrontation perpétuelle de certaines civilisations à travers les différentes cultures, religions et races; elle est l'endroit permanent du passage, de la rencontre et du mélange des cultures, des ethnies / races officielles actuelles qui vont forger la race et la civilisation du futur (8). Ces race et civilisation du futur seront-elles le facteur déterminant de liquidation ou d'atténuation du conflit Nord-Sud considéré en Occident comme l'effet du Choc des civilisations théorisé par Samuel Huntington, stratège et prédicateur subtil de la guerre américaine sans frontières qui est expérimentée dans cette zone? Seront-elles le facteur dominant qui renforcera les convictions, sinon l'idée par nous prospectée que la Méditerranée est actuellement et demeurera le centre du monde? Notamment après l'écroulement du Système bipolaire en 1989 et l'ascension des Etats-Unis en qualité de Nouvel Empire dans un monde unipolarisé par la globalisation politique, culturelle et économique qui ne jouit pas de toutes les faveurs sur le terrain islamique de la Méditerranée? II

- LA MÉDITERRANÉE

EST-ELLE AU CENTRE DU MONDE?

La culture dominante diffusée par les Etats du Nord a imprimé deux Méditerranées dans notre imaginaire. La première existe depuis des millions d'années et constitue le carrefour des trois grands continents de la planète comme nous l'avons déjà souligné. Comme du reste les problèmes des migrations et conflits arabo-israéliens l'attestent, elle est le point de référence à partir duquel chaque homme de la planète pourrait chercher et établir ses origines en remontant vers l'Afrique qui est au centre des continents. A travers leurs études sur l'antériorité, l'évolution et l'expansion des civilisations africaines, les gènes, langues et populations, Cheikh Anta Diop, Martin BernaI, Luigi Luca Cavalli-Sforza et Théophile Obenga, considèrent que cette Afrique - dont l'éclatement est à l'origine de la naissance de la Méditerranée - est le point originel de l'émergence, de l'évolution de tous les continents et peuples qui se déploient dans notre monde. C'est donc le lieu où les Africains et Asiatiques en particulier, affluent après la crise du Système bipolaire qui est à l'origine de la dérive de leurs Etats; mais c'est aussi le point de passage des Européens

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