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Gnassingbé Eyadema (Volume III)

421 pages
Le volume III des discours et allocutions prononcés par le Président Gnassingbé Eyadema de 1981 à 1986 porte sur une période où la diplomatie togolaise fait feu de tout bois, se diversifiant vers l'Asie, surtout la Chine. Mais les grands fondamentaux n'ont pas bougé : c'est le cas du renforcement des relations traditionnelles avec l'Allemagne et surtout la France. A la veille de grands bouleversements consécutifs à la Perestroïka, le Togo n'échappe pas à ce vent d'Est qui bouscule la situation intérieure de nombreux pays africains.
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Assiongbor FOLIVI

Grandes Figures d’Afrique
Collection dirigée par André Julien Mbem
Les acteurs de la vie politique, intellectuelle, sociale ou culturelle africaine sont les axes majeurs de cette collection. Le genre biographique autour de personnalités marquantes de l’histoire contemporaine du continent africain reste à promouvoir. Et pourtant, depuis l’accession des pays africains à l’indépendance, en Afrique ou dans sa diaspora, des personnages d’une importante densité occupent la scène du monde et la quittent parfois sans que soit mis en récit, au besoin avec leurs concours, leurs parcours. La collection Grandes Figures d’Afrique privilégie l’archive, le témoignage direct, en veillant autant que possible à l’authenticité du matériau historique.

© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanado.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-10442-6 EAN : 9782296104426

Parus dans la même collection Bernard Dadié Itinéraire d’un écrivain africain dans la première moitié du XXème siècle Frédéric Lemaire Combattre pour le présent et l’avenir Charles Pascal Tolno Les hommes d’église et le pouvoir politique en Afrique noire Jean-Claude Djereke Afrique passion et résistance Jean Pierre Ndiaye Joseph Ki-Zerbo Itinéraire d’un intellectuel africain au XXe siècle Florian Pajot Le Pasteur et le Président (entretiens avec Omar Bongo Ondimba) Francis Michel Mbadinga Et L’Afrique brillera de mille feux Jean Ping Gnassingbe Eyadema Discours et Allocutions Volume I (1967-1974) Textes présentés paar Assiongbor Folivi Gnassingbe Eydema Discours et Allocutions Volume II (1975-1980) Textes présentés par Assiongbor Folivi

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A LA SOURCE DE L’HISTOIRE TOGOLAISE

L’intérêt de la publication de l’intégralité des discours officiels du Général Gnassingbé Eyadema, Président de la République togolaise entre 1967 et 2005, ne fait aucun doute. Un tel document constitue un matériau essentiel pour qui veut revisiter la pensée et l’œuvre du président Eyadema que « la Commission de Réhabilitation de l’Histoire » a décidé de faire entrer dans la mémoire collective comme le Père de la Nation togolaise. Que l’on soit un thuriféraire ou un contempteur, le répertoire de ses discours est un précieux outil pour mieux comprendre des pans entiers de l’histoire du Togo et, accessoirement, celle de l’évolution récente du continent africain. Il offre pour tout chercheur, l’opportunité d’étudier les dimensions insoupçonnées (politique, sociologique, littéraire, linguistique etc.) que recèle toute communication publique, a fortiori celle d’un dirigeant africain d’envergure. Ce caractère didactique impose le choix d’une édition des discours dans leur état brut, sans commentaires ni annotations, afin de laisser libre cours à toute réflexion, évaluation et appropriation dans la mesure où ces textes tombés dans le domaine public, sont accessibles à tous. Dans les six volumes de la présente édition, figurent quelques 435 discours qu’il a fallu pendant plusieurs mois extirper des archives, recenser et rassembler. Ce panorama historique commence le 13 janvier 1967 lorsque, en sa qualité de Chef d’Etat Major des Forces Armées togolaises (FAT), il s’adressa pour la première fois au peuple togolais, par les ondes de Radio Lomé. Dans un style dépouillé et bien trempé qui ne le quittera plus jamais, il donna les raisons de la prise du pouvoir par l’armée, et communiqua les premières mesures politiques des insurgés. Ce premier discours est fondateur puisqu’il projette déjà devant la scène nationale, la marque de celui qui, trois mois plus tard, le 14 avril 1967, deviendra le Chef de 7

l’Etat de fait, après la dissolution du Comité de Réconciliation Nationale mis en place en janvier. Trente sept ans plus tard, le 29 décembre 2004, comme pour faire ses adieux au monde, il délivra au corps diplomatique accrédité auprès de la République togolaise, son dernier discours officiel dans lequel il lança un ultime appel aux pays du Nord en vue d’une solidarité plus accrue envers les pays pauvres. Dernière parole publique d’un homme d’Etat qui a consacré une grande partie de sa vie pour conduire la destinée du Togo. La disparition du président Eyadema, le 05 février 2005, mit un terme à un parcours somme toute exceptionnel d’un fils de paysan devenu l’une des grandes figures de l’Afrique contemporaine. La publication des discours du président Eyadema est par ailleurs justifiée par le fait que l’ex-Chef d’Etat n’a pas écrit ses mémoires. Sans doute projetait-il de le faire avant que le sort en décidât autrement. Les historiens ou tout simplement le citoyen lambda n’aurait-il pas voulu qu’il révèle les aspects occultés de certains faits, ses sentiments personnels, ses motivations, ses déceptions, son rêve pour son pays ? Et à l’instar des dirigeants qui ont eu la chance de laisser leurs mémoires, eût-il rappelé ses souvenirs d’enfance, ses moments de joie et les peines qui ont jalonné son exercice du pouvoir ? Faute de mémoire ou de récit autobiographique, on peut dire aujourd’hui que ses interventions parlent pour lui et peuvent faire office d’écrits mémoriaux. Ses discours, qu’ils soient les fondements de sa philosophie politique ou de sa praxis, les fruits de ses réflexions, l’explication d’un acte posé ou sa vision sur les grandes questions universelles, ont par conséquent une importance indéniable pour le décryptage de l’histoire du Togo. C’est une contribution, si modeste soit-elle, à la lecture de l’histoire mouvementée du Togo loin des préjugés et des perceptions politiciennes. Soldat et autodidacte, le président EYADEMA était connu pour son verbe sobre, épuré, direct, bref sa sémantique sans fioritures. Un franc parler qui lui a fait frôler un incident diplomatique majeur lorsque, le 22 novembre 1972, lors de la visite officielle à Lomé du Président de la République française, M Georges POMPIDOU, il esquissa publiquement une réflexion sur un réajustement de la parité du CFA par rapport au franc français. Initiative hardie qu’aucun de ses pairs n’osa à l’époque. L’unité nationale, la recherche de la paix, la démocratie, l’intégration régionale et africaine, les problèmes de développement, le nouvel ordre économique, la coopération internationale, étaient ces thèmes de prédilection. On se rappelle que pendant des décennies le Togo était l’objet de toutes les sollicitations. 8

En dehors de ses médiations dont on redécouvre dans les pages suivantes le fil conducteur, d’autres interventions sont prononcées à l’occasion de la signature dans la capitale togolaise des quatre Conventions ACP et CEE appelées Conventions de Lomé, de la Conférence des Chefs d’Etat de France et d’Afrique, de la création de la CEDEAO dont la décision a été prise à Lomé au cours d’une réunion des ministres des affaires étrangères et du passage de l’Organisation de l’Union Africaine à l’Union Africaine. L’action du président Eyadema a un goût d’inachevé. Alité, il n’a pas prononcé, pour la première fois, son incontournable message à la nation, le 13 janvier 2005. Dans le climat difficile et complexe des années 2000, il n’a pas pu parachever la politique de liberalisation des institutions en dépit de l’amorce du dialogue intertogolais sous l’égide de Bruxelles et de la reprise partielle de la coopération avec l’Union Européenne rompue en 1993 pour cause de déficit démocratique. Devant l’homme d’Etat, ses discours, ses pensées et son œuvre, l’histoire sera le seul juge. Aujourd’hui, faute d’avoir une vision commune de l’histoire, des hommes politiques, des historiens ou des chercheurs togolais, chacun attaché à sa chapelle, livrent leur version des annales de la vie nationale. Ce qui pose l’équation si présente à nos esprits de l’objectivité de l’histoire par rapport à l’impartialité de l’historien. Et si, au moment où les nouvelles autorités togolaises engagent une procédure pour le triomphe de l’indissociable triptyque : vérité, justice et réconciliation, l’on tentait de s’entendre sur la même écriture des éléments fondateurs de la nation togolaise réconciliée avec elle-même et pour y parvenir, de mettre à disposition une documentation adéquate ! Comportant une chronologie qui permet de suivre pas à pas l’évolution du pays et les temps forts du règne du Président Eyadema de 1967 à 2005, cette édition de ses discours, s’inscrit dans cette perspective.

A. FOLIVI

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Togolaises, Togolais, Comme tous les ans, et conformément à la tradition, qui veut que de par le monde, les hommes, les familles, les peuples s’offrent mutuellement des vœux de bonheur et de prospérité, c’est d’abord un agréable devoir pour nous de formuler à l’endroit de tous nos compatriotes, vivant au Togo ou à l’étranger, nos vœux les plus sincères de santé, de paix et de bonheur pour l’Année 1981. Ce 14e anniversaire de notre Libération Nationale, que nous nous apprêtons à célébrer dans l’allégresse, m’offre également l’occasion de dresser le bilan des résultats que nous avons enregistrés au cours de l’année 1980, afin qu’ensemble, et sur la base de l’expérience vécue, nous déterminions les grands axes de nos actions futures. En effet, voilà 14 ans, qu’ensemble avec vous, et grâce à votre soutien constamment renouvelé, nous avons décidé de concevoir et de forger notre destin, tant au-dedans qu’au-dehors, que nous avons cherché et trouvé, toujours avec vous, le chemin du bonheur auquel aspirait le Peuple Togolais, ce chemin fait d’union, de Paix, de Solidarité et d’abnégation. Durant ces 14 années de vie commune, nous avons appris à nous connaître et à nous comprendre. Ensemble, nous avons scellé notre Unité Nationale, dans la Paix instaurée par notre Armée et consolidée par le Rassemblement du Peuple Togolais, qui constitue la clé de voûte de nos institutions. Mais le Rassemblement du Peuple Togolais serait un corps sans âme, s’il n’était animé par ses ailes. Aussi, il nous plaît de rendre ici un vibrant hommage à l’Union Nationale des Femmes du Togo, intuitive et conciliatrice, à la jeunesse du Rassemblement du Peuple Togolais, dynamique et coopérative, et à la Confédération Nationale des Travailleurs Togolais, pour sa participation responsable, sa discipline et son réalisme. Ce n’est certes pas ici le lieu de revenir sur le passé douloureux du Peuple togolais, dans les premières années de son accession à la souveraineté internationale, et dont les plaies se sont progressivement cicatrisées.

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Mais, qu’il nous suffise de rappeler que l’armée, en intervenant une seconde fois en 1967 dans la vie de notre pays, n’avait d’autre ambition que d’éviter la guerre civile à nos populations, le chaos et la désintégration à notre pays. La création de notre Grand Mouvement d’Union et de Réconciliation, le Rassemblement du Peuple Togolais, a permis de combler un vide politique et de réconcilier les forces vives de la Nation. Ainsi, le Rassemblement du Peuple Togolais s’affirme, jour après jour, comme une Ecole de Démocratie véritable, un forum qui permet au peuple de s’exprimer librement. S’il est une preuve de la maturité au peuple togolais, nous l’avons trouvée dans l’expression de nos suffrages, d’abord pour approuver la constitution de la 3e République, ensuite, pour élire notre humble Serviteur à la Magistrature Suprême, et vos Représentants à l’Assemblée Nationale. Nous adressant aux députés, lors de l’installation solennelle de l’Assemblée Nationale, il y a un an, nous exhortions les élus du Peuple, à éviter des interventions démagogiques, des joutes oratoires et des débats stériles ; nous invitions l’Assemblée à ne pas se transformer en forum privilégié des règlements de comptes entre parlementaires, à éviter de trahir la confiance du peuple, et à ne rechercher dans l’examen des textes de loi qui lui seront soumis que l’intérêt supérieur de la Nation. Déjà, l’ambiance constructive et militante dans laquelle se sont déroulés vos travaux, et les résultats des sessions ordinaires et extraordinaires de cette jeune institution, consacrées à l’adoption entre autres, de la loi des Finances pour l’exercice 1981, et du 4e Plan Quinquennal de Développement économique et social, sont venus conforter notre opinion sur le rôle important que doivent jouer les Représentants du Peuple, parce que associant toutes les couches de la Nation à toutes les actions du gouvernement. Il nous plaît ici ce rendre un hommage public au dynamisme et au réalisme du Président de l’Assemblée Nationale et à tous les députés, pour les résultats positifs enregistrés au cours de cette première année d’activités. Pour notre part, nous y voyons un instrument efficace pour aider le Gouvernement dans la promotion du Togo Nouveau. Ainsi avec le Rassemblement du Peuple Togolais, nous avons poursuivi durant l’année qui vient de s’achever, nos actions dans tous les domaines, qui ont pour finalité la promotion et le bien être du citoyen togolais, malgré une conjoncture extrêmement difficile. 12

S’agissant de notre politique de la Révolution Verte, les deux campagnes de sensibilisation et les mesures prises en faveur de nos frères et sœurs des campagnes pour accroître la production, devront mettre notre pays à l’abri de la pénurie des denrées alimentaires de première nécessité. De même l’interdiction de vendre les récoltes sur pied, associée à une campagne de construction massive de greniers traditionnels, en attendant la réalisation d’infrastructures modernes de stockage adaptées à notre environnement devra, non seulement protéger les masses paysannes contre les spéculateurs et commerçants indélicats, mais également éloigner du Peuple Togolais le spectre de la famine. Enfin les foires agricoles organisées sur toute l’étendue du territoire, et qui viennent de connaître leur apothéose à Lomé, permettront au monde rural de développer en son sein beaucoup d’émulation et d’améliorer, par des initiatives individuelles ou collectives, les méthodes culturales et les rendements. Pour notre pays, nous restons profondément convaincu que l’ensemble de ces actions devra assurer rapidement l’autosuffisance alimentaire que nous nous fixons comme premier objectif à atteindre par tous les Togolais, quels que soient leur âge et leur condition. Conscient des efforts exigés de nos masses laborieuses et surtout de nos frères des campagnes, et malgré une conjoncture économique extrêmement tendue, je décide encore une fois exonérer nos paysans du paiement de la taxe civique pour l’année 1981. Ce sacrifice que consent la collectivité nationale à leur endroit, doit être pour eux un stimulant à redoubler d’efforts, afin de mener à bien les programmes de production que nous nous sommes fixés. Dans le domaine de l’industrie, nous avons enregistré la mise à feu des fours de CIMAO qui sera d’ailleurs inauguré après demain, de même que le démarrage prochain du Complexe Textile de Lama-Kara, sans oublier les travaux d’extension de la Brasserie du Bénin et de la Cimenterie du Togo (CIM TOGO) qui se poursuivent harmonieusement. Enfin le secteur commercial et celui des services ont également contribué, comme nous l’avions souhaité, au progrès de notre économie malgré la valse des prix et une politique rigoureuse d’encadrement du crédit, imposé par la conjoncture internationale.

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A tous les opérateurs économiques : paysans, ouvriers, fonctionnaires, commerçants, industriels, entrepreneurs etc…nationaux ou étrangers, qui ont répondu positivement à notre appel de participer à l’œuvre difficile mais exaltante de construction de notre pays, nous voudrions exprimer notre satisfaction. Grâce à leur bonne volonté, à leur disponibilité et à leur esprit de collaboration, nous avons réussi à limiter les effets pervers du choc d’une récession mondiale. Togolaises, Togolais, Avec l’année 1981 va démarrer notre 4e Plan Quinquennal de Développement Economique et Social. Les objectifs inscrits dans ce 4e Plan, vont du renforcement des infrastructures de communications d’accueil, aux unités industrielles de transformation de nos ressources naturelles en passant par la consolidation des équipements sociaux. Evalué à la hauteur de 250 milliards pour la période quinquennal, ce nouvel instrument de promotion comparé aux 3 premiers Plans estimés respectivement à 28 milliards, 75 milliards et 250 milliards, nous convie à juste titre à la prudence, à la modération et au réalisme, compte tenu des difficultés économiques qu’enregistrent tous les pays, et des taux relativement faibles de progression des pays industrialisés ou nantis. C’est au prix d’un effort soutenu par l’ensemble de la Communauté que les objectifs de ce 4e Plan seront réalisés. Aucun pays ne peut enregistrer de progrès dans le désordre et l’anarchie. Si notre Patrie, le Togo a pu, pendant les 14 années écoulées, inscrire des réalisations concrètes à son actif, lesquelles font aujourd’hui l’orgueil et la fierté de nos villes et de nos villages, c’est grâce à la Paix et à la Stabilité, qui ont libéré les esprits et les énergies au profit du développement, c’est grâce à la farouche détermination du Peuple Togolais de lutter contre la faim, la misère, la malnutrition, la maladie et l’ignorance. Nous ne répéterons jamais assez que l’Union Nationale et la Solidarité retrouvées doivent être maintenues envers et contre tout. Plus que jamais, cette union et cette solidarité entre les fils de ce pays doivent constituer le socle sur lequel nous devons ensemble bâtir une Paix durable, garantie de notre Stabilité Politique.

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Togolaises, Togolais, Votre Pays, votre Parti d’Union Nationale et votre Gouvernement demeurent viscéralement attachés aux grands principes et idéaux qui protègent les valeurs humaines. Que ce soit à l’occasion des rencontres nationales, que ce soit dans les conférences internationales, le Togo l’a toujours clamé du haut des tribunes. Il reste fondamentalement fidèle au respect des règles de bon voisinage entre Pays. Cela veut dire que le Togo, pétri des idéaux du Rassemblement du Peuple Togolais, évite de s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays. Cela veut dire aussi et surtout que le Togo, pays de dialogue et de paix, entend qu’on lui « rende la monnaie de sa pièce ». Car notre pays qui a connu les méfaits, les rigueurs de l’insécurité et les affres de la division, goûte aujourd’hui aux fruits de la paix, et sait, pour l’avoir vécu, senti que tout développement, tout progrès, passe inexorablement par cette paix. Le Continent Africain a trop longtemps souffert des humiliations, de l’exploitation systématique et éhontée de ses ressources naturelles, au seul profit des puissances industrielles. Bien que l’Afrique regorge d’immenses potentialités, elle est demeurée pauvre. Des foyers de guerre et de tension allumés ça et là et savamment attisés, la consument mettant en cause sa stabilité, son développement économique et social, ajoutant au lot de problèmes que lui impose une conjoncture de morosité, sinon de régression. Le moment est venu de lui donner la Paix afin qu’elle se relève, afin qu’elle se développe pour se réhabiliter. Cette Paix, cette Stabilité que le Togo a réussi à instaurer à l’intérieur de ses frontières et qu’il est prêt à préserver par tous les moyens, notre Pays a le devoir de les souhaiter, sinon de les vouloir pour le Continent Africain. Car aucun sacrifice n’est trop grand lorsqu’il s’agit pour le Togo d’aider nos frères africains à retrouver la Paix et la Stabilité de leur pays par le dialogue. C’est dans cet esprit que notre Pays a apporté sa modeste contribution au sein du Comité Ad hoc de l’Organisation de l’Unité Africaine, à mettre fin au conflit opposant les différentes factions du Peuple Tchadien. Certes, les armes se sont tues au Tchad, mais la Paix restera encore précaire dans ce pays frère tant qu’il n’y aura pas une véritable réconciliation. Nous aurions voulu pour ce pays qui a trop souffert d’une longue guerre fratricide, une Paix durable et définitive, c’est-à-dire une réconciliation de tous les frères tchadiens sans distinction d’origine de race et de religion. 15

Car l’histoire nous enseigne que toute guerre se termine toujours par des négociations suivies de réconciliation. Enfin, face aux conséquences désastreuses des hausses intempestives des prix du pétrole brut qui oblige à une redistribution des cartes dans le monde, les Pays du Tiers Monde non producteurs de l’or noir assistent impuissants à la dégradation continue des cours des matières premières et partant à la détérioration du pouvoir d’achat de leurs populations. Plus que jamais les notions d’interdépendance et de solidarité entre les économies doivent prendre une signification particulière pour les pays nantis qui doivent comprendre à travers les profonds bouleversements récemment intervenus que la prospérité de leurs affaires dépend pour une part non négligeable de la survie des pays en voie de développement. C’est dans cet environnement international d’une rare complexité au plan politique économique et social que nous vous convions, Togolaises, Togolais, à une prise de conscience de plus en plus aiguë de vos responsabilités dans l’effort individuel et collectif à fournir, pour l’édification de notre chère Patrie, le Togo ; afin que l’Union, la Paix et la Solidarité soient les soubassements sûrs de nos efforts de développement. Vive la Libération Nationale ! Vive la République Togolaise !

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Monsieur le Président et Cher Frère, Messieurs les Ministres, Excellences Messieurs les Ambassadeurs, Chers Sœurs et Frères du Niger, Mesdames et Messieurs, Qu’il me soit permis, avant toute chose, d’exprimer la joie que nous éprouvons, ma délégation et moi-même, de nous retrouver sur cette terre hospitalière du Niger, et de découvrir la diversité des trésors d’un pays qui force l’admiration des observateurs avisés, par ses transformations spectaculaires. Je voudrais, Monsieur le Président, vous remercier très sincèrement, pour l’accueil chaleureux, fraternel et authentiquement africain, que vous avez réservé à ma délégation et à moi-même, depuis que nous avons foulé le sol de votre grand et beau pays. Que ce soit à Niamey, qui ne cesse de surprendre le voyageur ou l’homme d’affaires par ses immenses chantiers de construction d’immeubles et de routes, que ce soit à Zinder, carrefour des voies reliant le Sahara au Nigéria, et le fleuve Niger au lac Tchad, centre commercial réputé dont l’histoire remonte au 18e siècle, que ce soit à Dosso, célèbre par ses richesses touristiques, et surtout par ses cavaliers, nous avons trouvé auprès des populations un accueil empreint de prévenances et de spontanéité. Je ne puis rester insensible à ces manifestations d’amitié et de sympathie dont vos populations, votre gouvernement et vous-même, vous nous entourez depuis notre arrivée au Niger, et qui témoignent du sens africain de votre hospitalité. Je vous remercie également pour les parole très aimables que vous avez bien voulu prononcer à mon endroit, et à l’endroit du Peuple Togolais. Enfin, je voudrais vous prier de transmettre nos sentiments de gratitude au vaillant Peuple Nigérien, ainsi qu’à son dynamique gouvernement. Notre visite dans votre pays, en ce début d’année et au moment où l’Afrique traverse des moments difficiles, constitue le témoignage éloquent et vivant de la qualité des liens qui unissent les peuples nigérien et togolais. Monsieur le Président, 17

Votre visite au Togo en janvier 1979, vous a permis d’apprécier, en parcourant nos villes et nos campagnes, l’estime, l’admiration portées à votre peuple et à votre personne, depuis que vous avez pris en main le destin du peuple nigérien, dans cette nuit de Pâques de l’année 1974. C’est pour nous également l’occasion de vous féliciter pour les magnifiques résultats obtenus dans tous les domaines par le vaillant peuple nigérien, sous votre direction éclairée. C’est bien grâce à la détermination, à la discipline, à l’union et au sens aigu du devoir, que vous avez su insuffler au vaillant Peuple Nigérien, que ces succès qui font aujourd’hui la fierté du Niger, ont été enregistrés. Le Togo est fier de vous compter parmi ses amis. En effet, la similitude de nos options et de nos actions, l’interpénétration de nos populations, militent en faveur du renforcement de notre coopération, que nous nous plaisons à citer en exemple dans notre sous-région. La détermination de tous le peuple nigérien pour sortir son pays de son état de sous-développement, ajoute à votre sens des responsabilités, pour démontrer que l’Afrique est suffisamment riche, en ressources et en imagination, pour promouvoir son développement. Il y a quelques décennies de cela, et même après nos indépendances, quelques nostalgiques des temps révolus continuaient de présenter cette partie de l’Afrique comme des étendues arides, sans aucun espoir de développement, en dehors de la culture de l’arachide et du coton. D’un pays à dominance agricole, principalement axé sur l’élevage, et le plus souvent victime d’une sécheresse endémique, vous avez, en utilisant judicieusement le produit de ses ressources minières, réussi à l’orienter dans la voie de l’industrialisation. Ainsi le Niger se développe et progresse harmonieusement, les villes comme les campagnes. Toute votre action, Monsieur le Président, tend à satisfaire les aspirations légitimes des populations nigériennes. Au Togo, pour notre part, nous avons d’abord assaini la situation politique, consolidé l’Union et la Réconciliation de nos populations, en nous regroupant au sein du Rassemblement du Peuple Togolais, afin de nous atteler résolument à l’urgent problème de développement économique. 18

La concordance de nos points de vue, sur nos objectifs et nos idéaux, trouve sa manifestation dans le raffermissement de l’Unité Nationale dans la Consolidation de l’Indépendance, redonnant confiance à nos Peuples, dans un avenir de progrès et dans une meilleure redistribution des revenus à l’intérieur de nos pays. Cette politique suscite à l’extérieur confiance et respect. Je saisi cette occasion pour souligner l’appui que le peuple togolais a toujours trouvé auprès du Peuple nigérien, dans ses efforts pour promouvoir et consolider la paix dans notre sous région et au niveau du continent africain elle-même, facteur de promotion de notre développement collectif. Dans les instances internationales, nos délégations se sont régulièrement concertées sur des problèmes épineux, et ont lutté au coude à coude pour faire prévaloir les solutions en faveur des intérêts de l’Afrique. Dans la région, nos deux gouvernements ont toujours travaillé la main dans la main pour le renforcement des infrastructures de transports entre nos Etats, pour le développement économique harmonisé des Etats de la CEDEAO, pour une concertation permanente entre les Etats du Conseil de l’Entente. Monsieur le Président, Le Peuple togolais, son gouvernement et moi-même nous félicitons que les pays africains instruits par l’expérience, réalisent enfin que certains problèmes africains dépassent les possibilités d’un seul Etat et que les regroupements régionaux sont indispensables pour trouver des solutions valables à ces problèmes. Dans ce domaine, le Togo apprécie le rôle particulièrement important qu’a joué, et que continue de jouer la République du Niger, pour la consolidation de notre organisation régionale qu’est la CEDEAO. Monsieur le Président et Cher Frère, Messieurs les Ministres, Excellences Messieurs les Ambassadeurs, Je sais combien vous tenez à la sécurité dans la région et à la paix en Afrique. Le Peuple Togolais partage vos préoccupations et essaye d’apporter sa modeste contribution à la recherche de la paix partout où un conflit risque de compromettre le développement d’un peuple et l’équilibre dans la région. Ces préoccupations expliquent la politique extérieure de mon gouvernement.

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A ce sujet, il me plaît de souligner la constance et le poids de votre contribution, toujours positive, dans la recherche des solutions pacifiques et justes, aux multiples et difficiles problèmes de luttes intestines souvent provoquées et entretenues par les puissances extérieures. S’agissant plus spécialement du drame tchadien, le Peuple togolais, soutient les efforts que vous déployez, en vue d’un retour rapide à une paix durable et définitive dans ce pays frère, grâce à la négociation et à la réconciliation entre tous les frères tchadiens. C’est à ce prix et à ce prix seulement, que le Tchad retrouvera sa stabilité, pour consacrer son énergie au développement économique et au progrès de son peuple. Pour notre part, et toujours fidèle au principe de l’autodétermination des peuples, et de la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats, qui seul peut conduire les peuples sahraoui et namibien à choisir librement leur avenir, nous demeurons convaincu que l’Accord de Lagos intervenu en Mars 1979, et la Résolution du 14 janvier 1981, des chefs d’Etat de l’OUA réunis à Lomé, constituent des bases réalistes pour un règlement définitif du problème tchadien. Nous devons contribuer à l’application stricte de ces décisions, pour le bonheur du peuple tchadien et l’honneur de toute l’Afrique. Notre conviction dans l’opportunité et l’efficience de ces différentes décisions est d’autant plus forte que nous restons persuadé que le drame tchadien ne profite et ne profitera ni aux Tchadiens ni aux Africains. Monsieur le Président et Cher Frère, Notre appartenance à des institutions communes régionales, et les rencontres périodiques entre ceux qui ont la lourde charge de conduire leur peuples vers le bonheur, nous offrent suffisamment d’occasions pour travailler inlassablement à la consolidation de la paix et de la stabilité dans notre sous-région, et pour promouvoir à travers des projets communs, une coopération plus accrue entre nos Etats. C’est dans cette optique, que pour notre part, nous voudrions placer la présente visite, convaincu que les désordres économiques et politiques, les risques de déstabilisation, qui secouent le continent africain, doivent être conjurés par le dialogue, la concertation et la persuasion.

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Puissent le Niger et le Togo, fraternellement unis, œuvrer inlassablement pour promouvoir la réalisation des nobles objectifs de progrès, de prospérité et de paix, dans notre sous-région et en Afrique. Je vous invite à lever vos verres, à l’amitié et à la fraternité entre les peuples nigérien et togolais, au renforcement de la coopération entre le Niger et le Togo, à la Paix et à l’Unité Africaine.

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Monsieur le Président des Conseils des Gouverneurs de la Banque Africaine de Développement et du Fonds Africain de Développement, Messieurs les Ministres, Messieurs les Gouverneurs, Messieurs les Administrateurs, Messieurs les Ambassadeurs, Honorables Représentants des Institutions Financières Nationales et Internationales, Mesdames, Messieurs, Militantes et Militants de la Révolution Togolaise, Je voudrais tout d’abord vous dire combien le Togo est heureux d’abriter les Assemblées des Conseils des Gouverneurs de la Banque Africaine de Développement et du Fonds Africain de Développement. Aussi, au nom du Peuple Togolais, de son Parti d’Union et de Solidarité, le Rassemblement du Peuple Togolais, de son Gouvernement et en mon nom personnel, je voudrais vous exprimer ma profonde gratitude d’avoir choisi Lomé pour abriter vos présentes assises. En effet, on se rappelle que notre Capitale avait offert le même cadre modeste en 1975 et en 1979, pour la signature des Conventions Lomé I et Lomé II. Pour ma part, je vois dans ce choix, la continuité d’intérêts et de sentiments qui lient les Pays Africains. En effet, Lomé s’honore de devenir pendant quelques jours, la capitale des prestigieuses Institutions Africaines, que sont la Banque Africaine de Développement et le Fonds Africain de Développement. Aux Ministres des Finances, du Plan, du Commerce, de l’Industrie, aux dignes Représentants des Pays Amis et des Institutions Financières Nationales et Internationales, au Personnel de la Banque Africaine de Développement et du Fonds Africain de Développement, aux Représentants des Agences de Presse, bref à nos illustres hôtes que nous accueillons aujourd’hui à l’africaine en terre togolaise, je voudrais souhaiter une cordiale bienvenue et un agréable séjour en empruntant une formule anglaise, significative, qui s’adresse plus particulièrement à nos amis qui foulent la terre togolaise pour la première fois « You must feel at home » : « Vous devez vous sentir au Togo comme chez vous ». 22

La ferveur et la joie qui se lisent sur les visages des Militantes et Militants du Rassemblement du Peuple Togolais et les slogans qu’ils scandent pour magnifier les actions des Institutions dont vous avez la charge, et les idéaux de Paix, de Solidarité nécessaires à la construction d’une Afrique forte et prospère, ne sont rien d’autre que la traduction des profondes aspirations du Peuple togolais. Je crois que votre programme de travail vous laissera quelques moments de détente pour prendre contact avec nos réalités. Vous comprendrez qu’à quelques nuances près, les problèmes de développement, de lutte contre la faim, la misère, l’ignorance et la maladie, auxquels sont confrontées nos populations, sont les mêmes dans tous les pays en voie de développement, en même temps que vous prendrez la mesure de la farouche détermination de toutes les couches sociales d’arracher à la nature, quelques maigres ressources. Voilà plus de 20 ans que la plupart des Etats Africains ont accédé à la Souveraineté Internationale. Malheureusement ce Continent aux potentialités immenses, est loin d’être à l’abri des violences, des manœuvres de déstabilisation. Des foyers de guerre sont allumés ça et là, par des puissances souvent étrangères à l’Afrique, qui cherchent à élargir leur sphère d’influence, et à faire main basse sur nos ressources naturelles. Le climat de Paix et de Stabilité qui seul peut libérer les esprits, inspirer confiance et servir de soubassement à une action concertée de développement et de réelle promotion de nos populations, est sporadiquement mis à l’épreuve. C’est d’ailleurs pourquoi le Togo, instruit par l’expérience, ne ménage aucun effort pour soutenir toutes les initiatives tendant à préserver la Paix entre les Pays Africains. Seules la Paix et la Solidarité entre nos Peuples constituent la condition indispensable sans laquelle ne saurait se poursuivre avec succès le seul combat digne de l’Afrique, c’est-à-dire, la bataille contre le sous-développement. A cette préoccupation majeure de préserver à tout prix la Paix sur notre Continent, sont venus s’ajouter ces dernières années, les effets pervers d’une crise économique mondiale caractérisée essentiellement par : une détérioration des cours des matières premières face à une augmentation accélérée des produits manufacturés ; une facture pétrolière de plus en plus lourde ; une forte hausse des taux d’intérêt ; un service de la dette de plus en plus écrasant ; 23

une récession prononcée qui frappe de plein fouet les pays industrialisés et à plus forte raison, la plupart, sinon la totalité des pays Africains. Autant de problèmes que le Tiers-monde a hélas ! Sans grand succès, soulignés du haut des tribunes internationales, dans le cadre de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement et dans le cadre du Dialogue Nord Sud. C’est sur cette toile de fond et dans ce climat déprimant de morosité, pour ne pas dire de consternation, que s’ouvrent vos travaux. Par delà la tradition qui veut que le Chef d’Etat du pays hôte adresse à cette occasion, à vos Assemblées Annuelles, ses souhaits de bienvenue et de succès, permettez-moi de vous soumettre quelques réflexions que m’inspire la conjoncture économique internationale délicate que traversent les Pays du Tiers-monde et singulièrement le Continent Africain. L’on ne soulignera pas assez le paradoxe du développement africain. A l’examen, l’Afrique, pauvre et instable, malgré ses immenses richesses et peut-être à cause de celles-ci, offre l’image d’un malade sous perfusion, dont l’état inspire d’autant plus d’inquiétude qu’il est soigné par des médecins antagonistes. L’Afrique est restée gravement malade du sous-développement avec ses symptômes classiques, que sont la faim et la maladie auxquelles sont venues s’ajouter depuis ces dernières années, la sécheresse et la désertification. Mais l’Afrique demeure un grand et beau continent aux ressources immenses, avec des atouts qui, judicieusement exploités, doivent en faire le Continent de l’Avenir. Pour ce faire, les pays nantis doivent comprendre qu’on ne peut pas indéfiniment demander aux plus démunis de continuer à supporter des sacrifices, au risque d’assister à la disparition de ces derniers. Il est temps que les pays consommateurs de nos matières premières prennent conscience que l’existence et la prospérité de leurs économies dépendent de la survie des Pays Africains qui sont leurs partenaires. Pour tous les Etats Africains, engagés résolument dans la bataille contre le sous-développement, l’enjeu essentiel dans toutes les négociations pour promouvoir un Nouvel Ordre International au niveau de la CNUCED ou du Dialogue Nord-Sud, s’articule autour de la notion de prix rémunérateur pour les produits de base. Seule l’acceptation par toutes les parties débattre du problème des inégalités grandissantes entre les Nations, peut aider l’Humanité à choisir la prospérité pour tous et éviter d’opter pour l’insécurité généralisée. 24

C’est à ce prix et à ce prix seulement que nos Pays seront en mesure de dégager une épargne pour servir de support à toutes les interventions de la Banque Africaine de Développement et du Fonds Africain de Développement. Nous savons tous que les besoins de financement dans nos Etats dépassent largement les possibilités d’intervention de nos Institutions Communes. Certes, le Conseil des Gouverneurs avait décidé en mai 1978, d’ouvrir le capital de la Banque aux Pays non régionaux, permettant ainsi à la Banque Africaine de Développement de mobiliser des ressources suffisantes pour aider nos Gouvernements dans la réalisation de leur plan de développement. Nous aimerions ici rendre un hommage public aux Représentants des Pays qui ont accepté de participer à cette entreprise à nos côtés, confiants dans l’avenir de nos Etats, et féliciter par la même occasion tous ceux qui ont travaillé inlassablement à la réalisation de cet objectif. Tout en nous félicitant des progrès accomplis dans les négociations avec les pays participants, pour la troisième reconstitution des ressources du Fonds Africain de Développement, je voudrais au nom de l’Afrique, insister auprès de nos Partenaires, afin qu’ils fassent l’effort nécessaire pour accepter le niveau de reconstitution que nous proposons, et qui seul, peut aider le Fonds à réaliser les objectifs qu’il s’est assignés pour les années à venir. Ce bref rappel des paramètres d’une conjoncture internationale particulièrement délicate était nécessaire pour que les Premier Responsables de nos Institutions que vous êtes, mesurent l’ampleur et la complexité des tâches qui les attendent. Malgré les incertitudes qui affectent l’économie mondiale et les fluctuations qui perturbent le système monétaire et les marchés financiers internationaux, je reste profondément convaincu que les hautes responsabilités dont chacun de vous est investi dans son pays confèrent à vos Assises de Lomé une part de responsabilité dans la construction de l’avenir de l’Afrique, de ses institutions et de ses populations. Gouverneurs, Hauts Cadres de la Banque et du Fonds, vous aurez à cœur de concevoir et de mettre en œuvre tous les mécanismes, toutes les réformes de structures et de procédure qui sont susceptibles de sauvegarder l’identité et l’honneur de l’Afrique. Car l’œuvre entreprise en commun au sein de la Banque et du Fonds transcende avec bonheur toutes les querelles, parce que vous poursuivez tous l’idéal humain de la progression de notre Continent.

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Que tous ceux qui au niveau de la Banque et du Fonds (Administrateurs, Présidents, Vice-Présidents, Directeurs, Cadres, Agents d’exécution) s’emploient à créer et à entretenir la meilleure image que nous possédons de l’Union de l’Afrique à travers ces deux Institutions prestigieuses de coopération, soient vivement félicités et encouragés pour l’exemple de sérieux et d’efficacité dont il font preuve. Que les mêmes sentiments continuent de les habiter non seulement durant les Assises de Lomé auxquelles je me permets de soumettre le problème de l’autosuffisance alimentaire abordé par le Sommet Economique de l’OUA l’année dernière à Lagos, mais également dans la gestion des affaires de nos Institutions. C’est de la rigueur, de la discipline dans la conduite de ces deux instruments privilégiés de financement que dépendra le degré de confiance et de disponibilité de nos partenaires à apporter à l’Afrique des ressources dont elle a besoin pour se développer. Je reste pour ma part convaincu que la conscience que vous avez de vos responsabilités vis-à-vis du Continent Africain inspirera vos débats pour vous conduire à l’adoption de résolutions conformes à l’intérêt de l’Afrique. Je déclare ouvertes la 17e Assemblée Annuelle de la Banque Africaine de Développement, et la 8e Assemblée Annuelle du Fonds Africain de Développement.

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L’accueil chaleureux que le peuple sierra-léonais, son gouvernement et vousmême, Monsieur le Président, nous réservez aujourd’hui, porte une fois encore le témoignage de l’attachement de votre pays à la cause africaine. L’une des manifestations les plus tangibles de ce témoignage est, sans nul doute, le vent d’Union et de Solidarité qui souffle dans notre sous-région, depuis qu’ensemble, nous avons décidé de sceller notre destin commun à travers un instrument efficace de développement intégré. Nous voici aujourd’hui à Freetown, votre belle capitale où la verdure naturelle rivalise avec l’amabilité non moins naturelle de sa population, pour nous accueillir à l’africaine. Aussi, vous me permettez, Messieurs les Présidents, en votre nom à tous, d’exprimer à l’endroit de notre collègue et frère, le Président Siaka Stevens, nos très sincères remerciements. Lorsqu’il y a un an, nous nous séparions à Lomé, en nous donnant rendez-vous à Freetown, nous venions, par l’importance des décisions prises, d’écrire une page décisive de l’Histoire de notre entreprise communautaire. En effet, après la phase de conception et de mise en place des structures fonctionnelles des Institutions de la Communauté, notre dernier sommet devait donner un contenu concret aux cadres de coopération défini par le Traité de la CEDEAO. C’est ainsi que nous avons décidé, entre autres, de l’entrée en vigueur des dispositions de nos accords relatives à la libre circulation des personnes et des biens ; de la mise en œuvre d’un premier programme communautaire portant sur le secteur important des télécommunications ; de poursuivre les discussions entre nos Etats, en vue de consolider la Paix à l’intérieur de la Communauté et de prévenir les risques de déstabilisation, d’où qu’ils viennent.

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S’agissant du programme de Libéralisation et de Promotion des Echanges à l’intérieur de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, il me plaît de souligner ici l’importance qu’il y a à supprimer tous les obstacles qui peuvent entraver la circulation des personnes, seul support valable des échanges commerciaux entre nos Etats. Aussi, la définition de la notion de citoyenneté de la Communauté, la définition et la confection de la liste des produits de l’artisanat traditionnels, ainsi que celles des produits industriels prioritaires, l’application des règles d’origine requièrent de nos administrations nationales, de l’Immigration, des Douanes, du Commerce, de l’Industrie, une disponibilité constante pour la compréhension des problèmes spécifiques avec comme toile de fond, la volonté politique que nous avons clairement exprimée en acceptant de mettre ensemble nos ressources, notre imagination pour un développement collectif et intégré de notre sous-région. La libéralisation des échanges ne pouvant être dissociée d’un programme de coopération en matière de transports et de télécommunications, le secrétaire exécutif de la CEDEAO a reçu mandat pour mettre au point un projet de Convention de Transit routier Inter-Etats, et surtout pour rechercher des solutions aux principaux problèmes, avant de passer à la phase de réalisation du programme de télécommunications de la CEDEAO. Il me plaît de porter à votre connaissance qu’à ce jour, l’ensemble des problèmes en suspens ont été résolus et que les recherches entreprises pour réunir les fonds nécessaires à la mise en œuvre de la phase prioritaire de ce programme viennent d’aboutir. Enfin, nous savons tous que notre entreprise commune d’intégration économique ne saurait connaître un épanouissement certain que si le climat de Paix et de Solidarité est constamment entretenu. Si nous avons décidé de prévenir tout conflit entre nos Etats en signant le Traité de Non-agression, nous avons très tôt mesuré le risque que courrait notre Communauté, au moment où les entreprises de déstabilisation, les fauteurs de troubles, les adversaires de notre Union essaient, par tous les moyens, d’orienter une partie non négligeable de nos ressources à des fins autres que celles du développement. C’est bien pourquoi nous avons décidé de compléter le Traité de Non-agression liant nos Etats, par la signature d’un Pacte de Défense pour protéger l’ensemble de la Communauté contre les velléités des puissances étrangères, plus soucieuses de faire main basse sur nos ressources naturelles et d’élargir leur zone d’influence.

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L’expérience vécue par le Continent Africain ces dernières années et les menaces qui planent sur certains de nos Etats sont suffisamment éloquentes pour nous inciter à nous sentir plus que jamais solidaires dans l’organisation collective de la Défense de la Communauté. Pour parvenir à ces résultats encourageants, il a fallu tenir plus d’une réunion au niveau des Commissions Techniques ou des Comités Ad hoc. Aussi, vous me permettez d’adresser en votre nom à tous, nos plus vifs remerciements à nos ministres, experts, secrétaire exécutif, directeur général du Fonds et à leurs collaborateurs, pour la détermination et le courage dont ils ont fait preuve dans la recherche des solutions aux problèmes souvent complexes auxquels nos Etats sont confrontés. Messieurs les Présidents, Messieurs les chefs de gouvernement et chefs de délégation, Messieurs les Ministres, Monsieur le Secrétaire Général de l’OUA, Monsieur le Secrétaire Exécutif de la CEDEAO, Monsieur le Directeur Général du Fonds, Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, Nous apprécions avec satisfaction les progrès enregistrés par notre Communauté durant les 12 mois écoulés. Nous avons pris des décisions courageuses et nous nous préparons à prendre d’autres à Freetown, qui sont non moins importantes. Il importe que ces décisions sur la libéralisation et la promotion des échanges à l’intérieur de la Communauté soient correctement appliquées par nos administrations nationales sur le terrain. D’une part, l’irréversibilité de notre option pour construire notre Communauté, d’autre part, le cadre idéal de concertation et de coopération que constitue la CEDEAO, enfin, le fait qu’aujourd’hui, le monde extérieur cite la CEDEAO comme modèle d’instrument de développement intégré, nous confèrent de lourdes responsabilités dans la réalisation des premières actions concrètes que nous initions. C’est pourquoi nous devons de plus en plus prendre conscience du poids et de la force que représente cet outil.

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La conjoncture économique internationale dans laquelle évoluent aujourd’hui nos économies est un vaste sujet de préoccupations. En effet, depuis notre rencontre de Lomé, force nous est de constater que rien de substantiel n’a été fait pour remédier aux crises qui secouent le monde. Ce qui retient davantage notre attention, c’est la persistance de la hausse des prix des produits manufacturés, de l’inflation et du chômage, face à une dégradation continue des prix des produits de base, et partant, à un amenuisement des ressources de nos pays. Ainsi la loi du marché qui est imposée au commerce de nos matières premières joue plus que jamais contre les efforts de nos populations, créant pour nos gouvernements des situations de crises latentes. Aux calamités naturelles et aux conditions climatiques peu favorables qui ont entraîné pour un certain nombre de nos pays, une baisse jamais connue de leurs productions agricoles, il faut ajouter une baisse constante et inadmissible des prix de nos produits d’exportation, qui annonce à nos économies des perspectives de plus en plus sombres. Aujourd’hui, pour la plupart de nos pays c’est la structure même des économies qui est fondamentalement remise en cause par des balances commerciales et des paiements constamment déficitaires, par des budgets continuellement déséquilibrés et par une situation alimentaire déplorable pour nos populations. Devant un tel fléau, notre nécessaire solidarité doit s’affirmer afin de permettre aux uns et aux autres de surmonter ces difficultés qui ne peuvent plus être considérées comme conjoncturelles. C’est pourquoi, nous pensons que la CEDEAO doit désormais s’exprimer d’une seule voix lorsqu’il s’agit de défendre les prix de nos produits agricoles et de nos matières premières. Mieux, il nous faut procéder à la définition de programmes concertés de production, de conservation et pourquoi pas, de transformation de nos produits, afin de mettre nos économies à l’abri des fluctuations. De même, la politique d’autosuffisance alimentaire doit nous conduire à entrevoir la promotion rapide de programme de production et d’échange de biens alimentaires. C’est pourquoi il nous semble urgent d’inviter les responsables concernés, pour une concertation afin que chacun dans son secteur, traduise cette volonté dans les faits. A cet effet, et à notre demande, le secrétaire exécutif a fait entreprendre des études relatives aux programmes agricoles qu’il convient de faire examiner dans les meilleurs délais par les ministres de l’Agriculture. S’agissant de la crise de l’énergie, nous pouvons affirmer que les pays membres de la CEDEAO recèlent d’énormes potentialités énergétiques qu’il faut inventorier rapidement. 30

Enfin la mise en œuvre de cette première phase de libéralisation des échanges à l’intérieur de notre Communauté appellera très tôt l’étude de la disparité des systèmes monétaires qui risque de constituer un véritable frein à la promotion et à l’intégration de nos échanges. En réalité, la bonne exécution du programme prioritaire de la Communauté ainsi que l’évolution harmonieuse de celle-ci, exigent une coopération dynamique dans le domaine monétaire. Sur ce point, je suis heureux de vous annoncer qu’une étude du Fonds Monétaire International sur le problème de la convertibilité des monnaies vient d’être soumise à une réunion du Comité des Gouverneurs des Banques Centrales. Si les résultats des travaux de nos experts pouvaient rapidement déboucher sur une solution pratique de convertibilité entre nos monnaies, cela permettrait à nos opérateurs économiques d’évoluer sur un terrain moins mouvant, dans leurs transactions. Il est réconfortant de constater qu’à ce jour, malgré les difficultés que connaissent la plupart de nos Etats, sur un capital appelé du Fonds de 50 millions de dollars, plus de 37 millions (soit 75 %) sont effectivement libérés alors que les proportions sont encore meilleures pour la contribution au budget. Cependant, je voudrais une fois de plus lancer un appel pressant à tous ceux qui n’ont pas encore ratifié les textes de base de nos Institutions, et n’ont pas encore versé leurs contributions au budget ou au titre du capital du Fonds pour qu’ils honorent leurs engagements. C’est au prix d’une volonté politique constamment renouvelée d’aborder dans un esprit d’ouverture, de concertation, de solidarité dans la mise en œuvre de toutes les ressources matérielles et immatérielles de nos pays, que notre jeune Communauté remportera d’autres victoires et contribuera à sa manière à l’édification d’une Afrique forte et prospère. Vive la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ! Vive la Coopération Régionale pour que vive L’unité Africaine !

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***** Messieurs les Ministres, Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale, Messieurs les Officiers Supérieurs et Subalternes, Messieurs les Commissaires Régionaux, Messieurs les Chefs Traditionnels, Mesdames les Présidentes Régionales de l’Union Nationale des Femmes du Togo, Messieurs les Secrétaires Régionaux de la Confédération Nationale des Travailleurs du Togo, Messieurs les Délégués Régionaux de la Jeunesse du Rassemblement du Peuple Togolais, Mesdames, Messieurs, Militantes et Militants de la Révolution Togolaise, Encore une fois, nous voici réunis dans cette Maison du Rassemblement du Peuple Togolais, pour continuer le dialogue fécond de la Nouvelle Marche, que nous avons entamé depuis bientôt quinze ans. Comme j’ai eu souvent l’occasion de vous le dire, le sens de notre responsabilité nous fait obligation de ne pas jouer avec le destin du peuple. C’est pourquoi, lorsque les circonstances l’exigent, nous nous faisons le devoir de vous entretenir des problèmes brûlants, auxquels le pays est confronté et qui intéressent toute la Nation. Aujourd’hui, je voudrais ensemble avec vous, réfléchir sur une situation qui menace dangereusement l’avenir de la nation, si des mesures urgentes ne sont pas prises, pour y faire face immédiatement. Vous n’êtes pas sans savoir les problèmes économiques qui assaillent le monde actuel en général, et les pays en voie de développement en particulier. En effet, depuis bientôt 10 ans, la crise économique la plus grave que connaît le monde après la dernière guerre mondiale, semble s’installer définitivement. L’humanité tout entière est secouée par l’ampleur d’un désordre économique, qui bouleverse toutes les prévisions, même des pays industrialisés, et perturbe profondément la situation déjà précaire des nations et développement. 32

Les experts les plus optimistes ne nous prédisent pas des lendemains meilleurs, et quand même ils le feraient, ne nous indiquent pas l’année qui verra la fin de cette crise. Face à cette situation, nos jeunes pays qui sont les plus menacés, encaissent plus durement les divers chocs et convulsions en résultant. Ces coups sont encore plus sévères pour ceux qui, comme notre pays, ne sont pas producteurs de pétrole. L’injustice qui règne dans les échanges commerciaux, entre les pays industrialisés et ceux en développement, l’arbitraire qui préside à la fixation du cours des matières premières en provenance des pays nouvellement indépendants, et le déséquilibre, souvent en leur défaveur, des balances des paiements, appellent une sensibilisation permanente de nos populations aux problèmes du contrôle de notre production, et singulièrement la production agricole, qui est l’un de nos atouts. Cette conjoncture internationale extrêmement difficile, oblige chaque pays, chaque nation à s’organiser, à mobiliser ses ressources, à canaliser ses énergies, et à observer une discipline collective, afin de se protéger pour mieux juguler la hausse sans cesse croissante du taux de l’inflation dont les conséquences frappent encore plus durement les pays dont les économies reposent essentiellement sur la production agricole. Il y a quatre ans, nous avons, ensemble et ici même, lancé la campagne pour la Révolution Verte, dont l’objectif prioritaire était d’assurer à nos populations une production agricole suffisante pour leur alimentation. Cette campagne pour l’autosuffisance, n’a pas été un slogan vain. Elle a été un véritable pari, un engagement solennel, une profession de foi, qui a soulevé votre enthousiasme et suscité votre adhésion collective et totale. Vous vous souvenez, à l’époque, les prix des céréales qui sont la base essentielle de notre alimentation, avaient atteint des niveaux jamais connus et nous avons enregistré le prix du sac de maïs ou mil à 19.000 francs. Ayant écouté et entendu notre appel, vous vous êtes courageusement mis au travail, et les résultats ne se sont pas fait attendre, puisqu’un an après seulement, les prix reprenaient leur niveau normal, c’est-à-dire environ 5.000 francs pour le même sac de maïs ou mil. Fort de cette expérience, nous convenions de persévérer dans l’effort, afin de nous mettre définitivement à l’abri de l’imprévisible. 33

A l’ouverture de ce séminaire du 7 mars 1977, je vous disais ceci : « Si nous sommes impuissants face à l’inflation importée, nous devons tout faire pour lutter contre la flambée de prix de notre production intérieure ». Militantes et Militants, Cette politique de l’autosuffisance alimentaire ne serait qu’un leurre si les Togolais malgré les efforts constants et soutenus que nous déployons dans le domaine de l’agriculture, ne devaient pas manger à leur faim et surtout, ne point disposer des biens alimentaires produits par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Par la Révolution Verte, nous avons ensemble, décidé de produire plus pour dépendre moins de l’extérieur. Cela suppose que nos productions doivent d’abord répondre aux besoins de la consommation intérieure, avant que les surplus dégagés ne soit exportés. Pour répondre à cet objectif, le Parti et le Gouvernement ont mis en place de nombreuses structures chargés d’encadrer les paysans et d’organiser la production sur des bases nouvelles, plus modernes, et plus rentables. Ainsi TOGOGRAIN, TOGOFRUIT, l’ONAF, l’ODEF, la CNCA, la SRCC et les autres organismes ont été créés à cette fin. Pour encourager les paysans, d’importantes mesures ont été prises en leur faveur. Les prix pour l’ensemble des produits de rente, le coton, le café, le cacao ont été relevés. Chaque année, l’Etat consent des subventions de plus d’un milliard de francs, pour l’achat des engrais et pesticides, destinés aux agriculteurs. Depuis 1975, tous les paysans sont exemptés du paiement de la taxe civique. Nous avons organisé des concours, foires et expositions agricoles, en vue de sensibiliser et de mobiliser les populations rurales et urbaines à améliorer leur rendement agricole. Ces efforts sont soutenus par des dotations financières consenties aux sociétés agricoles en vue de leur permettre d’intensifier leurs activités et d’élargir leurs domaines d’intervention. La Caisse Nationale de Crédit Agricole a ouvert une agence dans chaque région et même dans certaines préfectures pour accorder aux paysans et aux fonctionnaires des moyens financiers nécessaires à la mise en valeur des exploitations familiales. Traditionnelles ainsi que des grandes surfaces.

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Avec le lot important de matériels de labour, de traction et de défrichement modernes, que l’Etat a acquis et mis à la disposition des paysans, tous les moyens sont réunis pour donner à notre Révolution Verte toutes les chances de succès. Aujourd’hui, nous pouvons dire que la politique de l’autosuffisance alimentaire a donné des résultats fort encourageants, qui nous permettraient d’atteindre déjà les objectifs que nous nous étions fixés, si des spéculateurs, véritables pêcheurs en eau trouble, ne sabotaient notre politique par ce commerce illicite, qui n’est profitable qu’à eux. C’est pourquoi, dans l’immédiat, face à ce réseau de spéculateurs, qui s’organisent pour asservir économiquement notre pays et priver nos populations laborieuses du fruit de leur effort, il est impérieux que nous prenions des mesures rigoureuses pour mieux contrôler le commerce de nos denrées alimentaires. Car vous le savez, ces spéculateurs dont les actes constituent de véritables sabotages économiques, profitent de l’abondance des récoltes pour acheter les produits vivriers aux cours les plus bas. S’ils ne transfèrent pas frauduleusement leurs marchandises vers d’autres pays, où ils les écoulent aux cours les plus élevés, réalisant parfois des bénéfices de l’ordre de 200 %, il les stockent pour provoquer une fausse pénurie dont l’effet est d’entraîner une hausse exorbitante du prix des produits sur le marché local. Ce qui, dans un cas comme dans l’autre, leur permet de réaliser des profits démesurés au détriment des populations laborieuses, et partant, de la Nation. Ces pratiques qui abusent du dénuement du paysan, vont jusqu’à l’achat sur pied, à un prix dérisoire, du mil, du maïs, du sorgho ou de l’igname. Tous ces procédés illicites, qui sapent les fondements essentiels de notre politique d’autosuffisance alimentaire, exigent de chaque militant, quel que soit le niveau auquel se situe sa responsabilité, un regain de vigilance afin qu’un terme soit mis à ce commerce malhonnête. Nous devons savoir que le Togo est apprécié de l’étranger, en raison du coût de la vie qui est des plus bas de la région. Nous ne pouvons pas, au risque de nous lancer dans un processus inflationniste dangereux, augmenter tous les ans, les salaires des travailleurs. Tous les citoyens doivent pouvoir, avec leur salaire honnêtement gagné, acquérir les biens alimentaires nécessaires à leur survie. Mes Chers compatriotes,

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Les efforts consentis par la collectivité nationale, pour le bonheur de tout un chacun sont énormes. Nous devons tout faire pour en tirer le maximum de profit. L’on dit souvent que gouverner c’est prévoir. Dans nos pays où le déficit alimentaire est lié, non seulement à l’insuffisance des moyens techniques, mais aussi aux aléas climatiques, nous devons constamment veiller à prévenir les temps durs, surtout la sécheresse qui s’annonce déjà à nos frontières, et dont les conséquences sont toujours catastrophiques pour nos productions agricoles. Pour prévenir ces moments difficiles et garantir aux paysans un prix raisonnable des produits alimentaires, le Parti et le Gouvernement ont créé TOGOGRAIN, L’Office National chargé de l’achat, du stockage et de la commercialisation des produits vivriers. La capacité de stockage dont dispose cet office est de 15.000 tonnes, mais, à cause des spéculations et du commerce illicite qui sévissent sur le marché de céréales, les silos de TOGOGRAIN sont vides. Si nous ne prenions garde, face à cette situation, il faut craindre que dans les mois à venir, nous ne soyons obligés, malgré les conditions climatiques très favorables que nous avons connues cette année et qui présagent des récoltes abondantes, de recourir à des devises pour importer du maïs, du mil, du sorgho, de l’igname, qui sont la base de l’alimentation de nos populations. C’est pourquoi je lance ici un appel pressant à tous, afin qu’ils fassent triompher l’intérêt collectif, face à l’ambition mercantile de quelques individus, et que le fruit de l’effort des masses paysannes soit préservé. Il est temps qu’une prise de conscience réelle se réalise au niveau de tous, et que chacun de nous comprenne et prenne sa responsabilité devant l’Histoire. Ainsi tous les responsables politiques et administratifs doivent conjuguer leurs efforts, pour empêcher que notre production quitte le territoire national en fraude, pendant que nos compatriotes ne trouvent pas le produit désiré à un prix compatible avec leur revenu. Les paysans producteurs eux aussi, doivent constituer les stocks nécessaires à leur alimentation et celle de leur famille, et éviter de céder facilement à la tentation du gain hâtif, qui est l’appât que leur tendent les spéculateurs. Messieurs les Ministres, Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale, Messieurs les Députés, 36

Messieurs les Officiers Supérieurs et Subalternes, Messieurs les Commissaires Régionaux, Messieurs les Chefs Traditionnels, Mesdames les Présidentes Régionales de l’Union Nationale des Femmes du Togo, Messieurs les Secrétaires Régionaux de la Confédération Nationale des Travailleurs du Togo, Messieurs les Délégués Régionaux de la Jeunesse du Rassemblement du Peuple Togolais, Mesdames, Messieurs, Militantes et Militants de la Révolution Togolaise, Voici l’essentiel de la réflexion collective, qui doit nous retenir en ces deux jours de travail. Le sentiment de solidarité qui doit nous animer face à l’intérêt supérieur de la Nation, commande que chacun de nous prenne sur lui de mener avec conscience cette compagne en faveur de tout le peuple. Cet objectif, lui aussi, n’est pas ambitieux si un peu de sentiment nationaliste animait tout un chacun de nous, afin que notre sens de solidarité et de fraternité triomphe des égoïsmes de certains d’entre nous. L’avenir du Togo en dépend. Vive la Révolution Verte pour que vive le Togo Nouveau !

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Nous voici une fois encore chez vous, entouré du même accueil fraternel qu’il y a 7 ans lorsque nous avions pour la première fois foulé le sol de votre grand et beau pays, la Chine. Qu’il me soit donc permis, M. le Premier Ministre, d’exprimer à vous-même, au grand peuple de Chine, à son prestigieux Parti et à son gouvernement, nos sentiments de profonde gratitude, pour l’accueil particulièrement amical et chaleureux qui nous a été réservé depuis notre arrivée ici. Je voudrais saisir cette occasion pour transmettre au peuple de Chine le salut amical et militant du peuple togolais, réconcilié et uni dans son parti d’avant-garde, le Rassemblement du Peuple Togolais. Notre présente visite nous donne l’occasion de faire, grâce aux multiples contacts et entretiens que nous aurons avec vous-même et vos collaborateurs ainsi que d’échanges de vue sur les questions d’intérêt commun, sans oublier celles qui touchent aux relations économiques internationales et à la paix. Nous voulons d’abord féliciter le peuple et le gouvernement chinois des multiples occasions qu’ils nous ont données de suivre les efforts déployés depuis quelques années pour le développement de la grande Chine dans tous les domaines. C’est pour nous également l’occasion de souligner les conclusions très importantes de la 6e session plénière du onzième Comité central tenue du 17 au 29 juin 1981 qui, accueillant le 60e anniversaire de la fondation du Parti Communiste Chinois, a élu le secrétaire général, Hu Yaobang, au poste du président du Comité central du Parti. Nous le félicitons chaleureusement et lui souhaitons beaucoup de succès à la direction du Parti.

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La visite au Togo de son Excellence, M. le Vice Premier Ministre et chef du Département des Liaisons Internationales du Comité central du Parti Communiste Chinois, le séjour au Togo du 8 au 14 janvier 1980 d’une délégation chinoise conduire par M. le chef adjoint du Département des Liaisons Internationales du Comité central du Parti communiste Chinois ont permis de fructueux échanges de points de vue sur les problèmes internationaux et le développement économique de nos deux pays. A travers les travaux du 11e congrès du Parti Communiste Chinois, et de la première session de la 5e Assemblée populaire nationale, nous avons pu mesurer le chemin parcouru par la République Populaire de Chine, pendant ses trente années d’existence. Nous sommes persuadés que l’objectif défini par les instances du Parti et du pays à savoir : réaliser, avant la fin du siècle, la modernisation de l’agriculture, de l’industrie, de la défense nationale et des sciences et techniques, sera atteint. Ces quatre modernisations représentent non seulement pour la Chine, mais également pour les pays du Tiers Monde, le plus grand impératif politique de l’heure. Les grandioses manifestations pour la célébration du 32e anniversaire de la République Populaire de Chine montrent que les cadres et la masse populaire soutiennent dans leur écrasante majorité la ligne politique et idéologique de votre Parti. Nous voulons saluer ici les grands efforts des dirigeants pour assurer au grand peuple chinois un avenir serein et paisible. Monsieur le Premier Ministre, l’esprit qui anime la coopération sino-togolaise est exemplaire. Il nous a permis de conduire dans les principaux secteurs où cette coopération s’est exercée, une action utile et efficace, hors de tout impérialisme. C’est là, nous en sommes persuadés, qu’une matérialisation éloquente de cette nécessaire solidarité qui doit marquer les bonnes relations entre les peuples chinois et togolais. Il me suffit de citer l’important projet hydro-agricole de Kpota, grâce auquel les eaux du Zio enfin maîtrisées serviront à irriguer des terres agricoles jusque là sous-exploitées.

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Ce barrage récemment achevé constitue non seulement l’un des plus éclatants fleurons de notre coopération, mais aussi un instrument particulièrement utile au service de notre Révolution Verte qui devra, au terme des cinq années d’efforts, permettre au peuple togolais de produire en quantité et en qualité des biens agricoles nécessaires à son alimentation. Le peuple togolais, son Parti et son gouvernement mettent en effet au premier rang de leurs objectifs de développement l’autosuffisance alimentaire, clé de toute indépendance. C’est pourquoi nous apprécions à sa juste valeur, la contribution que la Chine nous apporte dans la réorganisation et le réaménagement de nos rivières et de notre agriculture en général. Cette coopération qui s’est illustrée avantageusement dans le secteur agricole, est promue à de plus éclatants succès dans le domaine industriel où nous avons actuellement en chantier un complexe sucrier qu’appuie une importante plantation de canne. Ainsi, la coopération entre la Chine et le Togo se développe dans des secteurs essentiels de notre économie où elle insuffle le dynamisme nécessaire et engendre des effets d’entraînement vis-à-vis d’autre secteurs. Nous formons donc le vœu que cette coopération se développe toujours davantage et se renforce en même temps qu’elle devra être étendue à des domaines où elle n’était pas encore suffisamment illustrée. Nous pensons par exemple au secteur industriel où nos deux pays pourront coordonner davantage leurs efforts, au domaine politique où la Maison du Parti en construction à Kara constitue un témoignage supplémentaire du dynamisme de nos rapports. Monsieur le Premier Ministre, par-delà les relations strictement bilatérales, le Togo reste attentif à tout ce qui touche à l’évolution de l’économie internationale et à la paix. A travers sa prestigieuse victoire, la Chine a, d’une façon remarquable, fait la démonstration de son attachement à la paix. Le peuple togolais nourrit pour luimême et pour toutes les nations, une ardente volonté de paix et de progrès. Cette paix doit être réelle et concourir à l’émancipation effective de nos différentes nations. C’est pourquoi le Togo, face au désarroi qui saisit notre temps et menace l’équilibre international, a toujours préconisé le recours au dialogue fraternel et à la concertation permanente pour rechercher dans la paix des solutions justes aux douloureux conflits qui secouent notre monde en entraînent chaque jour des pertes de vies humaines. 40

S’agissant de la situation au Tchad, nous n’avons pas ménagé nos efforts au sein de l’Organisation de l’Unité Africaine, et à l’occasion de nombreuses missions de conciliation, pour amener les protagonistes à s’asseoir autour d’une table de négociation afin de rechercher des solutions durables à ces conflits. Nous poursuivrons ces efforts dans le cadre des accords de Lagos afin que la paix et la sécurité reviennent dans ce pays frère qui n’a que trop souffert d’une guerre fratricide, laquelle a ruiné l’économie du pays et profité en définitive à l’impérialisme et à ses copieux armuriers. Mais avant toute solution définitive, il faudrait que se manifeste avec fermeté la solidarité agissante des pays du Tiers Monde et des nations respectueuses, des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, afin que cessent les ingérences extérieures qui paralysent aujourd’hui les initiatives de paix et de réconciliation au Tchad. En ce qui concerne l’Afrique du Sud, le Togo ne saurait s’accommoder de la situation d’injustice et d’oppression qui prévaut actuellement dans cette région où un régime indigne de l’heure et de notre temps et contraire à toute morale, se maintient au prix d’une violence inouïe sur une population dont le tort serait la couleur de sa peau. Nous en appelons à tous les peuples de bonne volonté afin que des pressions soient exercées sur le gouvernement raciste de Pretoria afin qu’il emprunte la voie de la raison et de l’histoire pour apporter les réformes politiques et sociales décisives ouvrant des perspectives à une société multiraciale et fraternelle. L’Afrique du Sud devra tirer leçons de l’expérience du Zimbabwe qui offre aujourd’hui au monde un modèle des nations où coexistent dans la paix et l’équilibre retrouvés les sociétés qui, malgré leurs différences d’origines et de peau, ont compris qu’elles sont condamnées à vivre ensemble et à œuvrer pour un destin commun. En ce qui concerne le Sahara Occidental, la solution est à rechercher dans un dialogue franc et sincère entre les protagonistes suivant les résolutions de l’OUA et de l’ONU. Nous ne sous-estimons nullement la difficulté de ce dialogue, mais nous restons fermement convaincu qu’aucune solution durable ni acceptable ne saurait être dictée par les armes. S’agissant de la Namibie dont l’indépendance est inéluctable, le Togo comme le reste des pays africains, demande que cette indépendance se fasse dans la paix nécessaire à tout le peuple et dans le respect de l’intégrité de son territoire. 41

Cette volonté de paix, nous souhaitons vivement qu’elle s’étende à toutes les contrées, où la guerre sous toutes ses formes sème le désarroi, la misère et le désespoir dans les rangs des populations innocentes. Nous en appelons à l’appréciation de toutes les entreprises d’ingérence orchestrées de l’extérieur afin que soient rapidement réunies les conditions de paix durable dans l’intérêt des peuples de ce pays et de l’Afrique en général, car il n’est ni dans l’intérêt des pays directement concernés par ces conflits, ni de l’Afrique de voir ces guerres se prolonger indéfiniment, offrant aux uns et aux autres des prétextes de multiples ingérences dans les affaires des pays africains. Monsieur le Premier Ministre, Excellences Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, Si nous avons tenu à être particulièrement net, sur les guerres larvées qui déchirent le continent africain, qui constituent aujourd’hui les formes de déséquilibres fondamentaux qui ne pourraient que conduire à la rupture de la paix, si des solutions durables ne leur étaient trouvées. Plus près de vous, des peuples frères de cette région connaissent eux aussi les conséquences de l’ingérence étrangère dans la vie des jeunes nations. La plus intolérable semble à notre avis, la situation qui prévaut en Afghanistan où semble s’installer définitivement malgré la récrimination générale de l’opinion mondiale, le principe selon lequel la force prime le droit. Il est temps que la conscience humaine se révolte face à cette situation et que les nations redéfinissent sur des bases de justice et de droit, les relations nouvelles qui doivent les lier. Les problèmes du Moyen-Orient sont aussi révoltants pour la conscience humaine. Là aussi, la justice doit pouvoir triompher. L’Afrique, quant à elle, aspire profondément à la paix. Elle ne peut jouer aucun plein rôle aux côtés des autres continents qu’en assurant sa cohésion interne, son équilibre et son indépendance. Elle doit, dès lors, être soustraite à toutes les querelles et compétitions idéologiques engagées à l’échelle planétaire par les grandes puissances et dont elle ne peut que faire les frais. Aucune solution durable aux problèmes humains n’a jamais été dictée par les armes. C’est au contraire par le dialogue et la concertation que les solutions sont facilement trouvées aux problèmes qui annihilent tant d’efforts et de sacrifices. Monsieur le Premier Ministre, dans un monde en désarroi, profondément saisi par 42