Guerre du Liban, un Israélien accuse

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La guerre lancée par l'Etat d'Israël contre le Liban après la capture de deux soldats israéliens par le Hezbollah a crevé les écrans du monde entier en juillet-août 2006. Dans quelles conditions le pouvoir israélien a-t-il mené cette guerre dévastatrice ? Pourquoi et comment la grande majorité des Israéliens ont-ils apporté leur soutien à cette entreprise destructrice ? Pendant 33 jours de guerre, Uri Avnery, chroniqueur, combattant infatigable de la paix, a écrit deux articles par semaine, qui nous aident à mieux percevoir la réalité du pouvoir israélien et de la société israélienne.
Publié le : lundi 1 janvier 2007
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EAN13 : 9782336275123
Nombre de pages : 123
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Guerre du Liban, un Israélien accuse

Les Cahiers de Confluences Collection dirigée par Jean-Paul Chagnol1aud
Ils constituent le prolongement de la revue Confluences Méditerranée

Déjà parus dans cette collection:

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Méditerranée, l'impossible mur, de Bernard Ravenel (1995) Algérie, les islamistes à l'assaut du pouvoir, d'Amine Touati (1995) Israéliens-Palestiniens, la longue marche vers la paix, de Doris Bensimon (1995) Les cultures du Maghreb, sous la direction de Maria-Angels Roque (1996) Le partenariat euro-méditerranéen après la Conférence de Barcelone, de Bichara Khader ( 1997) Regarde, voici Tanger, de Boubkeur EI-Kouche (1997) Jérusalem, Ville ouverte, sous la direction de Régine DhoquoisCohen, Shlomo Elbaz et Georges Hintlian La République de Macédoine, nouvelle venue dans le concert européen, sous la direction de Christophe Chiclet et Bernard Lory (1998) L'Europe et la Méditerranée, stratégies politiques et culturelles (X/Xe et ..ITe siècles), sous la direction de Gilbert Meynier (1999) Le guêpier kosovar, sous la direction de Christophe Chiclet et Bernard Ravenel (2000) Méditerranée, défis et enjeux, de Paul Balta (2000) Palestiniens et Israéliens, le moment de vérité, sous la direction de Jean-Paul Chagnolaud, Régine Dhoquois-Cohen et Bernard Ravenel (2000) La Tunisie de Ben Ali: la société contre le régime, sous la direction d'Dlfa Lamloum et de Bernard Ravenel (2002) Chroniques d'un pacifiste israélien, d'Uri Avnery (2002) Les langues de la Méditerranée, sous la direction de Robert Bistolfi (2002) La Méditerranée des Juifs, exodes et enracinements, sous la direction de Paul Balta, Catherine Dana, Régine DhoquoisCohen (2003)

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Uri Avnery

Guerre du Liban, un israélien accuse
Préface de Sylviane de Wangen

Traduit de l'anglais par Roland Massuard et Sylviane de Wangen

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - ROC L'Harmattan Italfa Via Degti Artisti, 15 10124 Torino ITALIE L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

En couverture: Banlieue sud de Beyrouth, août 2006 @ Sylviane de Wangen
http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@\vanadoo.fr

@L'Harmattan,2006 ISBN: 2-296-02341-X EAN : 978-2-296-02341-3 9782296023413

Préface
Sylviane de Wangen
Depuis des années, Uri Avnery écrit chaque semaine sur la politique de son pays, sur le rapport de celui-ci aux Palestiniens et à la région. Il observe et analyse le comportement de la classe politique et militaire, qui n'en font en réalité qu'une. Il rappelle les différents épisodes de l'histoire de son pays, de la spoliation des Palestiniens et du "conflit" avec eux, histoire dont il est partie prenante depuis 68 ans, en tant que soldat, journaliste, homme politique, parlementaire, militant pour la paix. Son discours est lucide, sans concession; il exprime parfois la colère; mais il est sans haine. Il se bat pour le droit de tous; pour son pays, Israël, sa nation, la nation israélienne composée de tous ses citoyens; pour les Palestiniens dont les droits ont été bafoués par l'établissement de son Etat; pour la région dans laquelle s'inscrit son pays. Il en décrit la beauté, la culture et la violence qui la déchire depuis tant de décennies. Cette écriture de journaliste est un engagement, un travail militant, un travail pédagogique pour essayer de sortir ses compatriotes de l'enfermement mental dans lequel ils se trouvent. Il combat les mensonges assénés, ressassés, encore et encore jusqu'à être totalement intériorisés par la plus grande partie de la population comme le "il n'y a pas d'interlocuteur pour faire la paix" d'Ehoud Barak. Une chronique par semaine est donc écrite en hébreu et en anglais par l'auteur traduite par des volontaires en arabe mais aussi en allemand, en espagnol, en français pour une diffusion beaucoup plus large. Elle donne une grille de lecture d'une situation tellement simple et tellement complexe à la fois. En France, une sélection de cette chronique pendant deux années d'Intifada, de septembre 2000 à septembre 2002 couvrant la sinistre "opération Rempart", a été publiée en septembre 2002 aux Editions l'Harmattan. D'autres suivront probablement. Le présent ouvrage est consacré à la guerre du Liban de l'été 2006. Pendant cette période, ce n'est pas une mais deux

6 Les Cahiers de Confluences chroniques par semaine qu'Uri Avnery nous a livrées. Il scrute comment les civils qui viennent d'accéder au gouvernement après l'accident cérébral d'Ariel Sharon ont cru se tailler une réputation "militaire" en obéissant sans sourciller à un chef d'état major sans état d'âme et sans scrupules quand il s'agit de bombarder des populations civiles arabes, surtout musulmanes - "Moins de trois mois après sa formation, le gouvernement OlmertPeretz a réussi à plonger Israël dans une guerre sur deux fronts, dont les buts sont irréalistes et dont on ne peut prévoir les résultats", écritil dès le 15 juillet et, sept jours plus tard: "Aujourd 'hui, il n'est un secret pour personne que cette guerre est planifiée depuis longtemps. Les correspondants militaires rapportent fièrement cette semaine que l'armée s'entraîne pour cette guerre dans tous détails depuis plusieurs

années".
L'auteur essaie de comprendre le conditionnement de tout un peuple dans la même logique guerrière, le rôle des médias, les rôle des intellectuels, mais il parle aussi des courageux citoyens qui, chaque jour dès le premier jour de l'agression, se sont élevés contre elle. Il dénonce la dérive mortifère d'une société égarée par le manque de réaction de la communauté internationale. Le livre commence par un article écrit juste avant l'attaque du Liban du 12 juillet et consacré à l'agression sur la bande de Gaza, qui fut une sorte de répétition générale de celle du Liban et qui n'a pas cessé depuis. Les articles publiés vont jusqu'à un mois au-delà du cessez-le-feu pour relater comment a été vécue en Israël la période d'après cette guerre dont aucun des objectifs affichés n'a été atteint: le discours de dirigeants toujours sûrs d'eux, le revirement des médias et des intellectuels, le désarroi d'une grande partie de la population et des soldats. Trois mois après la fin des hostilités, commentant la situation libanaise après l'assassinat de Pierre Gemayel, Uri Avnery conclura un de ses articles redevenus hebdomadaires: "Il n'y a qu'une voie pour gagner une guerre au Liban - et c'est de l'éviter".

Introduction
Le cœur et la pierre
QUAND j'ai rendu visite à Jean-Paul Sartre en 1959 dans son appartement de la rue Bonaparte à Paris, et que je lui ai parlé de ma façon de voir les choses, sa réaction m'a frappé: "J'ai
gardé

le silence sur Israël pendant longtemps. Je ne peux pas soutenir

la politique des Israéliens, parce qu'ils ont tort. Mais je ne peux pas les critiquer non plus, parce que je ne veux pas me retrouver en compagnie des antisémites contre lesquels j'ai combattu pendant toute ma vie. Quand j'entends un Israélien le faire, cela ln' ôte un poids du cœur. Je peux m'y reconnaître." Il m'a immédiatement demandé d'écrire un article pour Les Temps modernes. Certains des lecteurs français de ce livre peuvent ressentir la même chose. Peut-être n'osent-ils pas critiquer Israël parce qu'ils craignent d'être traités d'antisémites, accusation lancée à la face de quiconque ose émettre la moindre critique à l'égard d'Israël. Ils peuvent être surpris du fait qu'en Israël même la critique existe. Bien sûr, les antisémites ne manquent pas, en France comme ailleurs. Mais on peut facilement les reconnaître par leur haine de tout ce qui est juif ou israélien, par une attitude qui va bien au-delà de la critique des actions et de la politique d'Israël, et qui en réalité a pour but la destruction d'Israël lui-même, non pas pour ce qu'il a fait ou est en train de faire, mais à cause de ce qu'il est. Franchement, ces antisémites-là ne m'inquiètent pas. Quelquefois ils m'apparaissent comme vraiment risibles. Je ne vais certainement pas taire mes critiques à cause d'eux. C'est peutêtre le principal privilège d'un Juif devenu Israélien: il peut rire des antisémites. Il peut leur dire: allez au diable!
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JE SUIS un patriote israélien. Adolescent, j'ai participé à la lutte contre le régime colonial britannique en Palestine. En tant que soldat de commando dans l'armée israélienne, j'ai participé

8 Les Cahiers de Confluences à l'établissement de notre Etat. L'Etat d'Israël est très loin de ce que nous avons voulu en 1948 quand nous avons (littéralement) versé notre sang pour lui. Donc notre opinion sur l'Etat peut aussi être éloignée de celle que nous avions à l'époque. Agissons sur Israël. Travaillons pour revenir à l'Etat que nous voulions qu'il soit. C'est ce que j'essaie de faire. Tous les articles contenus dans ce livre ont été écrits à l'origine en hébreu, pour des Israéliens. Il est vrai que, par le biais d'internet, ils ont pu toucher des dizaines de milliers de personnes à travers le monde, et je suis heureux d'être en contact avec tant de gens bien intentionnés qui s'intéressent à Israël, qui se préoccupent d'Israël et dont le cœur est avec ceux qui essaient de changer Israël. Mais je considère que mon devoir primordial est de m'adresser à l'opinion publique israélienne. C'est le principal terrain d'opérations dans la lutte pour Israël, dans la lutte pour la solution du conflit israélo-palestinien, en fait dans la lutte pour la paix dans toute la région. Israël n'est pas une île. Pour mettre fin au conflit historique qui empoisonne notre vie à tous - Israéliens, Palestiniens, Juifs et Arabes nous avons besoin de l'aide de toutes les personnes de bonne volonté, en France comme ailleurs. Mais en premier lieu nous devons changer l'attitude de notre propre peuple, les Israéliens. Par analogie (qui, comme toute analogie, est sujette à caution), quand j'ai eu cette conversation avec Sartre, la France était engagée dans une sale guerre contre les combattants algériens. Sartre, bien entendu, soutenait les Algériens, et moi aussi. Ceux-ci ont gagné grâce à leur courage et à leur résistance. Mais il faut dire que la principale bataille ne s'est pas menée dans la casbah; elle s'est menée dans l'opinion publique française. Quand les Français ont réalisé eux-mêmes qu'ils devaient se retirer d'Algérie, ce fut la fin de la guerre. Bien que le peuple palestinien doive gagner sa liberté par son propre courage et sa détermination, la fin du conflit ne viendra que lorsque l'opinion israélienne sera convaincue que l'avenir d'Israël, sa sécurité et son bien-être ne seront assurés qu'avec la paix. Notre tâche est de les en convaincre. Comme le lecteur le verra, je suis un incorrigible optimiste. Je pourrais dire que je suis un optimiste génétique, parce que

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mon père et mon grand-père étaient aussi d'incorrigibles optimistes. Mais l'expérience de mes 83 ans a renforcé cette disposition. Du jour où, enfant, j'ai fui l'Allemagne nazie, j'ai été témoin, à travers la Seconde guerre mondiale, la guerre de 1948 et toutes les crises qui ont suivi, jusqu'à la récente guerre au Liban, de nombreux événements terribles qui se sont terminés par la victoire de la vérité, de la liberté et de la démocratie. Mais le prix a souvent été très élevé. Bien que la situation semble sombre, comme souvent, je crois qu'au fond nous approchons inéluctablement d'une solution. Le droit international peut-il jouer un rôle significatif dans la solution? En Israël, l'ONU et le droit international sont généralement tenus en très basse estime. Ceci pour plusieurs raisons: premièrement, tout enfant israélien apprend à l'école que, alors que six millions de Juifs étaient tués, le monde n'avait absolument rien fait pour les sauver. Deuxièmement, pendant des décennies, une majorité automatique d'Etats, communistes et non alignés, ont régulièrement voté contre Israël, quel que soit le problème. Troisièmement, dans les jours fatidiques qui ont conduit à la guerre des Six-Jours de 1967, les forces de l'ONU stationnées sur notre frontière se sont vraiment conduites de façon scandaleuse, disparaissant juste quand on en avait le plus besoin. Les gouvernements israéliens successifs ont manifesté un intérêt de pure forme au droit international, mais n'en ont généralement tenu aucun compte. La même chose s'est produite à l'égard de "l'avis" de la Cour internationale de justice concernant la clôture de séparation. Comme les Etats-Unis boycottent cette cour, il est facile au gouvernement et à l'armée israéliens de faire la même chose. Presque tout ce qui est fait dans les territoires occupés, à commencer par les colonies, l'est, bien sûr, en violation flagrante du droit international. Je ne crois pas que ce soit une attitude appropriée. Le droit international est le résultat de l'expérience de l'humanité, accumulée au cours des siècles. Nous faisons partie de l'humanité. Mais il y a encore beaucoup à faire avant que la majorité des Israéliens soient convaincus que le respect du droit international est dans l'intérêt à long terme d'Israël.

10 Les Cahiers de Confluences Je crois qu'en l'état actuel du monde, un nouvel ordre mondial est indispensable. Au cours de ce siècle, l'humanité ira lentement et douloureusement vers une sorte de gouvernance mondiale, avec un droit international pourvu d'instruments efficaces de renforcement du droit. Malheureusement nous en sommes encore loin. Les mouvements israéliens pour la paix et les droits humains doivent prôner le respect du droit international et de la Cour internationale de justice. Il ne doit y avoir aucun compromis là-dessus.
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CE LIVRE ne présente pas mes positions d'une façon systématique. Tous les articles qu'il regroupe ont été écrits en réponse à des événements en cours, chacun d'entre eux étant un instantané d'une situation éphémère. Cependant, j'espère que, rassemblés, ils donneront une image claire de ce à quoi je crois. Néanmoins, je pense nécessaire de résumer mes convictions générales, pour ne laisser aucun doute au lecteur. Dans le pays que les Arabes appellent Filastin, que nous appelons Eretz Israel et que les étrangers appellent Palestine, vivent aujourd'hui deux nations, l'israélienne et la palestinienne. Toutes deux ont le même droit à la liberté, à l'indépendance et à la justice. Je ne crois pas qu'il y ait pour ces deux nations la possibilité pratique de vivre ensemble dans un seul Etat. Après un conflit qui a déjà duré 120 ans, cela est une utopie. Leur histoire, leurs traditions, leurs religions, leurs langues, leurs sociétés et leurs perspectives politiques sont vraiment trop différentes. A cela il faut ajouter l'héritage de nombreuses années d'occupation brutale. Ce qui signifie que la seule solution viable est celle que je prône depuis 1948 : la coexistence dans deux Etats, côte à côte, dans la paix et le respect mutuel. La frontière entre les deux Etats doit être la Ligne verte, celle qui existait avant la guerre de 1967. Des échanges mineurs de territoires par consentement mutuel peuvent être envisagés. Jérusalem doit être la capitale des deux Etats: Jérusalem Ouest la capitale d'Israël, Jérusalem Est la capitale de la Pales-

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tine. J'espère que cette ville unique, chère au cœur de l'humanité, restera unie physiquement et au niveau de la municipalité, sans être coupée en deux par des barbelés et des barricades. Les colons israéliens doivent être évacués de tous les territoires de l'Etat palestinien. On doit mettre fin à la tragédie des réfugiés palestiniens. Israël doit reconnaître le droit au retour comme un droit humain inaliénable et assumer la responsabilité morale qu'il a dans la création du problème. Un comité de Vérité et Réconciliation doit établir les faits historiques de façon objective. On doit parvenir à une solution par un accord basé sur des considérations justes, équitables et concrètes, et qui inclura le rapatriement dans le territoire de l'Etat de Palestine, le retour d'un nombre limité et accepté de réfugiés sur le territoire d'Israël, le versement d'indemnités et l'installation dans d'autres pays. Au fil du temps, Israéliens et Palestiniens pourraient se rapprocher les uns des autres, peut-être dans une fédération des deux Etats à laquelle pourrait se joindre la Jordanie et même le Liban, comme Yasser Arafat l'a proposé plus d'une fois. Israël et la Palestine devraient coopérer avec les autres Etats de la région pour l'établissement d'une communauté régionale, sur le modèle de l'Union européenne. Toute la région doit être libre de toute arme de destruction massive.
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EST-CE possible? Oui, c'est possible. En fin de compte, tout dépend de nous. Rien n'est prédéterminé. Si nous sommes assez résolus, assez courageux, et (eh oui!) assez optimistes, nous qui croyons à la paix, nous l'emporterons.
17 octobre 2006

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