Guerres civiles et coups d'Etat en Afrique de l'Ouest

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Depuis l'indépendance, la sous-région ouest-africaine a été le champ de plusieurs conflits armés dont : cinq guerres civiles, trente-huit coups d'Etat militaires réussis, ainsi que trois cas de rébellion ou mouvements séparatistes. Cette étude a pour objectif l'analyse des causes profondes de ces conflits pour faire des suggestions pertinentes pouvant contribuer à l'établissement et au maintien de la paix.
Publié le : vendredi 1 juin 2007
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EAN13 : 9782336263267
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Guerres Civiles et Coups d’État en Afrique de l’Ouest

© L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-02575-2 EAN : 9782296025752

Issaka K. SOUARE

Guerres Civiles et Coups d’État en Afrique de l’Ouest

Professeur au Centro Interdipartimentale Scienze per la Pace à l’Université de Pise, Italie

Préface de Joe L. Washington

L'Harmattan

Collection Défense, Stratégie et Relations Internationales (D.S.R.I) (Dirigée par Manga-Akoa François) Depuis la chute du Mur de Berlin le 09 novembre 1989 qui a entraîné celle du Bloc socialiste est-européen dirigé et dominé par l’Union soviétique, puis celle de l’URSS le 08 décembre 1991, signant ainsi la fin de l’affrontement entre les pays du pacte de Varsovie et ceux de l’OTAN, la guerre a pris plusieurs formes inédites jusqu’alors. Le terrorisme international, les guerres asymétriques, la guerre économique se sont exacerbés grâce au développement exponentiel des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Par ailleurs, la privatisation de l’usage de la force, jusqu’alors réservé à l’Etat, a rendu possible l’externalisation de plusieurs services de l’Etat. En effet, plus que jamais, se vérifie l’adage de Héraclite qui affirme que la guerre est la mère de toute chose. Tel un veilleur qui attend l’aurore, la collection D.S.R.I scrute l’horizon de ce nouveau siècle, décrypte et prospecte l’actualité internationale en ses aspects politiques, diplomatiques, stratégiques et militaires. Dernières parutions Jean de PIERREFEU, Grand Quartier Général, 2006.

À la mémoire de Cheick Oumar Diarra, Secrétaire Exécutif adjoint de la CEDEAO tué dans un accident d’avion au Nigeria en octobre 2005 Aux victimes de toutes les guerres civiles et coups d’État de l’ouest de l’Afrique À tous ceux et à toutes celles qui œuvrent infatigablement pour la paix et la stabilité en Afrique En hommage à vos âmes et en reconnaissance pour vos efforts À vous. . . je dédie cette modeste œuvre avec l’espoir que l’Afrique retrouvera un jour paix et stabilité et cessera d’être le continent le plus pauvre

SIGLES ET ABRÉVIATIONS

ACLs ACS AFL AFP AI ALENA AMA ANAD ANC APC ASENA BBC BCEAO BSP CADHP CCPDC CEA CEDEAO CFA CIA CICR CMRPN CNR

Conventions contre la corruption (Transparency International) Stratégies contre la corruption (Anti-Corruption Strategies, TI) Forces armées du Libéria (Armed Forces of Liberia) Agence France Presse Amnesty International Accord de libre-échange nord-américain Agence des musulmans d’Afrique Accord de non-agression et d’assistance en matière de défense (1977) Congrès national africain (parti politique – Afrique du Sud) All People’s Party (parti politique – Sierra Leone) Association des nations de l’Asie du Sud-Est British Broadcasting Corporation Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest Biodiversity Support Programme (Washington) Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (1981) Carnegie Commission for Preventing of Deadly Conflict (1994– 99) Commission économique des Nations unies pour l’Afrique Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (1975) Communauté Financière Africaine (anciennement Colonies française d’Afrique — monnaie) Service des renseignements américain [pour l’espionnage extérieur] Comité international de la croix rouge Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National (Junte militaire au Burkina Faso – 25 nov. 1980 au 7 nov. 1982) Conseil National de la Révolution (la junte militaire révolutionnaire de T. Sankara au Burkina Faso – août 1984 - oct. 1987) 7

CPI CPP DDR DLF DOP DPP DUDH ECOMOG EPI FMI FPI GATT HCDH HCR HRW IDE IDH INPFL INTERPOL IRA IRC LURD MFDC MJP MPA MPCI MPIGO NEPAD NOEM NPFL

Cour pénale internationale Congress of People’s Party (parti politique – Ghana sous Nkrumah) Désarmement, Démobilisation et Réintégration Development Loan Fund (fonds de coopération extérieure, ÉtatsUnis – 1958) Discours d’Orientation Politique (T. Sankara) [CEDEAO] Déclaration des Principes Politiques (1991) Déclaration universelle des droits de l’Homme (10 décembre 1948) Force d’interposition de la CEDEAO (1990) Économie Politique Internationale Fonds monétaire international Front Populaire Ivoirien (parti politique en Côte d’Ivoire) General Agreement on Tariffs and Trade Haut commissariat des Nations unies pour les droits de l’Homme Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés Human Rights Watch Investissement direct étranger Indice du développement humain (Pnud) Independent National Patriotic Front of Liberia (groupe d’opposition armé) Organisation internationale de police criminelle Irish Republican Army (Irelande du Nord – RU) International Rescue Committee Liberians United for Reconciliation and Democracy (groupe d’opposition armé) Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance Mouvement pour la Justice et la Paix (groupe d’opposition armé – Côte d’Ivoire) Mouvement Populaire de l’Azawad Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire (groupe d’opposition armé) Mouvement Populaire Ivoirien du Grand Ouest (groupe d’opposition armé) Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (oct. 2001) Nouvel ordre de l’économie mondiale National Patriotic Front of Liberia (groupe d’opposition armé) 8

NPRC NTGL OMC ONU OUA PAIGC PDCI PIB PIDESC PNUD POW PPTE PRC RDR RFI RI RSF RUF/SL SAI TI TPR TR UEMOA ULIMO UA UE UNAMIR UNAMSIL URSS USAID

National Provisional Ruling Council (junte militaire en Sierra Leone – 1992 – 96) Gouvernement national de transition au Libéria (août 2003-nov. 2005) Organisation mondiale du commerce Organisation des Nations unies Organisation de l’unité africaine (1963 – 2002) Partido Africano da Independência de Guiné e Cabo Verde Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (parti politique) Produit intérieur bruit Pacte International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (1975) Programme des Nations unies pour le développement Prisonnier de guerre Pays pauvres très endettés People’s Redemption Council (junte militaire au Libéria sous S. Doe) Rassemblement Des Républicains (parti politique – Côte d’Ivoire) Radio France Internationale Relations Internationales Reporters Sans Frontières Revolutionary United Front of Sierra Leone (groupe d’opposition armé) Institutions suprêmes d’audit (TI) Transparency International Tribunaux Populaires Révolutionnaires (Burkina Faso sous T. Sankara) Traité révisé (CEDEAO —1993) Union Économique et Monétaire Ouest Africaine United Liberation Movement of Liberia for Democracy (groupe d’opposition armé) Union Africaine Union européenne Mission des Nations unies au Rwanda Mission des Nations unies en Sierra Leone Union soviétique US Agency for International Development 9

PRÉFACE

E SUIS convaincu que cet ouvrage ne laissera aucun lecteur insensible. Qu’on soit incliné ou non à partager les arguments et les conclusions qui y sont développés, une chose est sûre: il amènera chacun à réfléchir ! Comme l’indique son titre, le principal souci de ce livre est d’examiner les causes racines des guerres civiles et coups d’État en Afrique de l’Ouest. En étudiant ce thème très intéressant, l’auteur nous fait relire, voire revivre l’histoire et la prise de conscience de beaucoup de populations et de leaders ouest-africains. Le livre attire notre attention sur le désespoir et le chaos dans la sous-région dus à la corruption, à la mauvaise gouvernance et à l’égoïsme de l’élite politique. À travers le livre, le lecteur pourra s’interroger si les guerres civiles et coups d’Etat sont le résultat rationnel et inévitable de ce type de situation intolérable. On se demande également si la situation précaire actuelle de l’Afrique de l’Ouest constitue encore l’un des héritages du colonialisme européen. Dans ce cas, oú serait la responsabilité des leaders africains ? En répondant à ces questions, l’auteur évite l’idée qui est véhiculée souvent dans le débat sur les parties responsables de l’état de malaise actuel de l’Afrique. Ici, la responsabilité est partagée entre deux camps : les anciennes puissances coloniales et l’élite africaine, qui est souvent corrompue, égoïste et sans scrupules. À bien d’égards, cet ouvrage représente avant tout un plaidoyer passionné visant à adopter une forme spéciale du panafricanisme. Ce type de panafricanisme doit indiquer l’avènement de leaders africains responsables vis-à-vis de leurs peuples et incarnant les espérances et les soucis de ces peuples; des leaders africains qui mettent en valeur les ressources humaines et matérielles abondantes sur le continent africain au bénéfice des seuls peuples du continent. En même temps, l’auteur défie les pays riches d’honorer leurs promesses à l’égard de l’Afrique, en répondant aux appels des Africains et respecter leur souveraineté. Pour ce faire, il demande aux
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pays riches de travailler avec les Africains dans un véritable partenariat, mais aussi de rester en dehors des affaires africaines chaque fois que le souhaitent ces derniers. Les chapitres qui suivent sont très bien recherchés et élaborés au sens académique. L’auteur se montre un véritable chercheur et fin connaisseur de l’Afrique de l’Ouest en particulier, et du continent africain en général. Je recommande ce livre aux historiens, aux politologues, aux étudiants et étudiantes de relations internationales et à tous ceux qui sont engagés dans les efforts de gestion et de règlement de conflits, ou études africaines. — Joe L. Washington Professeur au Centro Interdipartimentale Scienze per la Pace à l’Université de Pise Pise, Italie

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REMERCIEMENTS

E LIVRE est le résultat de plusieurs années de recherche et de travail nocturne. En dépit de cela, il n’aurait pas vu le jour or sorti sous sa forme actuelle sans l’apport, l’encouragement et les instructions de quelques personnes envers lesquelles je suis très reconnaissant. J’adresse tout particulièrement mes remerciements au Professeur Joe L. Washington, qui a non seulement lu la totalité de cet ouvrage (dans sa version anglaise) en y apportant des remarques pertinentes, mais a bien accepté de le préfacer. J’ai fait la connaissance de Joe au début de l’an 2003 lors d’un programme international de formation en gestion et règlement de conflit tenu à la Scuola Superiore Sant’Anna, à Pise, en Italie. Depuis lors, Joe a été pour moi un véritable mentor et une source d’inspiration et d’encouragement. Je ne puis le remercier suffisamment. Ma reconnaissance et mes sentiments de gratitude vont également à ceux et celles qui ont bien accordé une partie de leur temps à relire différentes parties du manuscrit de cet ouvrage et à y apporter des remarques et suggestions pertinentes, tant à la version anglaise qu’à cette version française. Pour cette dernière, qu’il me soit permis d’adresser un remerciement particulier à deux amis, Amadou Modibo Traoré (Cambridge/Londres) et Mountaga Fané Kantéka (Montréal), qui ont lu l’intégralité du manuscrit et y ont apporté de pertinentes suggestions, remarques et corrections linguistiques. J’exprime toute ma gratitude à mon épouse, Aicha, qui m’a soutenu, crée un environnement propice à l’élaboration de cet ouvrage et fait preuve de compréhension et de patience. Je remercie également les nombreux collègues, frères et professeurs qui m’ont encouragé et m’ont soutenu moralement au cours de cette entreprise. Je me dois de remercier particulièrement Kolawole Olaniyan, directeur de programme Afrique au Secrétariat international d’Amnesty International, Jideofor Adibe, directeur et rédacteur en chef de la revue bimestrielle londonienne, African Renaissance, Desmond Davies, l’ancien rédacteur en chef du célèbre hebdomadaire, West Africa, et actuellement d’Africa Week, Kenneth Omeja, du Dépt. des études de paix à l’université de Bradford (RU), et le Professeur Ali A. Mazrui, directeur de l’Institut des études culturelles mondiales à l’Université de New York à Bingampton. 13

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Je dois exprimer une sincère reconnaissance à Moussa Doumbouya, Nicole Ottogalli, Jonathan Derrick, Ramatoulaye Sy Sangaré, Aboubacar A. Cissé, Abdoulaye Souaré, Shuaib Swaray, Baba M. Touré, Arthur Egbuniwe, Maxime V. Cavena, Ibrahim Hassan Traoré, Richard Shaba, Soulaimane Rogers, George Ngwa, Aboubacar S. Kanté, Chemor Kromah, Aboubacar Camara, Sidiki Camara, Abdourahman Diallo et Mohamed Soumah pour l’aide inestimable dont ils m’ont témoigné soit par la relecture des parties du manuscrit ou par leur encouragement moral. Qu’ils en soient tous et toutes chaleureusement remerciés. De même, je me permet de souligner ma fortune d’avoir des nombreux collègues, diplomates, hauts fonctionnaires et hommes politiques qui m’ont ouvert leur cœur et/ou leurs archives, notamment au Secrétariat international d’Amnesty International à Londres, au ministère guinéen des Affaires étrangères à Conakry, au Fourah Bay College à Freetown, ainsi qu’à de nombreux endroits à Conakry, Freetown, Londres, Paris, Bruxelles et Montréal. Enfin, je ne puis achever cette page sans tenir à exprimer ma sincère gratitude aux fonctionnaires qui se sont montrés très coopérant au Secrétariat exécutif de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à Abuja, notamment au Secrétaire exécutif pour sa lecture du manuscrit et son beau commentaire, et aussi à M. Haruna A. Warkani qui m’a servi d’interface pour faciliter différents contacts avec l’institution. Les conseils, encouragements, suggestions et commentaires que m’ont apportés ces personnalités m’ont grandement aidé à améliorer la qualité de cet ouvrage. Bien entendu, toutes les opinions exprimées dans cet ouvrage m’appartiennent et j’en suis le seul responsable.

Montréal, août 2006

Issaka K. Souaré

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INTRODUCTION

Dès qu’il y a un conflit en Afrique, on lui cherche une origine tribale. Mais en réalité, ce sont les politiques qui manipulent nos ethnies. — Djibril Tamsir Niane, historien guinéen

Dans sa division régionale et géographique, l’Afrique de l’Ouest comprend seize État qui sont: le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Libéria, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo. Après le retrait de la Mauritanie en 2000, les quinze États restants sont rassemblés dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), basée à Abuja, au Nigeria, et créée en mai 1975. À l’exception de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (1974), et du Libéria (1847), tous ces pays regagnèrent leur indépendance aux alentours de 1960 après environ huit décennies de colonisation européenne. Le regain de leurs indépendances fut plus ou moins pacifique et d’une manière constitutionnelle. Seules les deux colonies portugaises, Cap-Vert et Guinée-Bissau, s’engagèrent dans une lutte de libération très épouvante, ayant duré onze années (janvier 1963 – avril 1974). À l’époque coloniale, les deux pays consistaient en un seul État sous le commandement unifié du Partido Africano da Independêcia da Guiné e Cabo Verde (PAIGC), avec à sa tête leur leader charismatique, Amilcar Cabral qui fut assassiné par des agents portugais dans son bureau d’exil à Conakry en janvier 1973. Les peuples unifiés des deux colonies durent arracher leur indépendance d’un régime colonial dictatorial à Lisbonne. Depuis l’indépendance toutefois, la sous-région ouest-africaine a été le champ de plusieurs conflits armés, dont: cinq guerres civiles, trente-huit coups d’État militaires réussis, ainsi que trois cas de rébellion ou de mouvements séparatistes. Ceux-ci s’ajoutent à un nombre incalculable de tentatives de coup d’État. Les guerres civiles, qui constituent le plus grave type de conflits violents, commencèrent tout d’abord par le sombrement du géant régional, le Nigeria, dans une coûteuse guerre civile de trente mois (juillet 1967 – janvier 1970). Cette guerre était due à la décision du gouvernement fédéral nigérian de faire retourner sous le giron fédéral la région sécessionniste de l’est du pays, rebaptisée « République du Biafra », alors sous le commandement du Col. Emeka Ojuwkwu. Deux décennies plus tard, émergèrent ce que Christopher Clapham1 a appelé des « insurrections des seigneurs de la guerre » (warlord insurgencies), à l’opposé des « luttes de libération »

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(liberation insurgencies), des « insurrections aux motifs séparatistes » (separatist insurgencies), et des « insurrections aux motifs de réforme » (reform insurgencies) —les trois autres types d’insurrections africaines qu’il identifie. En premier lieu, c’est la rébellion de Charles Taylor avec son National Patriotic Front of Liberia (Front patriotique national du Libéria – NPFL) qui amena au pays une guerre civile sanglante de six années (1990 – 1996). Elle a été suivie du Revolutionary United Front of Sierra Leone (Front révolutionnaire uni de Sierra Leone – RUF/SL) de Foday Sankoh de 1991 en 2001. Entre juin 1998 et mai 1999, la Guinée-Bissau vécut une courte mais coûteuse guerre civile entre les troupes loyalistes du Président Joâo Bernando (Nino) Vieira et les partisans de son ancien chef d’état-major, le Général Ansumane Mane. Et depuis le 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire, jadis un exemple de pays stable dans une sous-région troublée et dénommée petit Paris de l’Afrique de l’Ouest, grâce à ses impressionnantes infrastructures et ses hauts gratte-ciels, surtout dans le district du Plateau d’Abidjan, est plongée dans une guerre fratricide. En août 2006, le pays était encore divisé en deux parties: le sud, sous le contrôle des troupes loyalistes du Président Laurent Gbagbo, et le nord, sous le contrôle du groupe rebelle, le Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI) de Guillaume Soro, un ancien leader de l’Union nationale des étudiants de Côte d’Ivoire. Ce groupe est l’un des trois groupes rebelles que compte le pays depuis le début de la crise et qui sont dorénavant connus sous le nom des « Forces Nouvelles » (FN). La tentative de sécession de la région orientale du Nigeria sous le nom de Biafra qui avait déclenché la guerre civile est considérée par beaucoup comme une guerre civile, plutôt que d’une tentative de sécession. Cela est peut-être dû à l’ampleur du conflit armé qui suivit la tentative de sécession —un conflit dont les effets furent ressentis par la quasi-totalité du pays. Une décennie après la fin de la guerre civile nigériane, la région de Casamance au sud du Sénégal choisit de se rebeller contre le gouvernement central du Président Abdou Diouf à Dakar. Vers la fin de 1982, fut crée le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), dirigé par l’Abbé Agustine Diamacoune Senghor (aucun lien avec l’ancien président du pays, Léopold Senghor). Le MFDC annonça son intention de faire sécession de l’ensemble sénégalais. Le mouvement et ses partisans au sein du peuple casamançais protestaient notamment contre ce qu’ils voyaient comme une marginalisation de leur région par le pouvoir central de Dakar, exactement comme au temps des colons français. Alors que ce mouvement séparatiste était très actif au milieu des années quatrevingt-dix, la communauté touarègue, dirigée notamment par le Mouvement populaire de l’Azouad (MPA), se révolta au nord du Mali et du Niger. La communauté 16

Introduction

touarègue, autrement connue sous le nom de Kel Tamasheq, est composée principalement des pasteurs nomades dont le teint de peau est relativement plus clair que celui de leurs homologues africains plus au sud. Ils parlent principalement l’arabe, le berbère ou tamasheq ainsi que d’autres langues vulnaculaires, et professent majoritairement l’islam comme religion. En raison des frontières artificielles coloniales issues de la partition inéquitable de l’Afrique par les puissances coloniales européennes à la suite de leur Conférence de Berlin (1884 – 85), cette communauté d’environ un million d’habitants s’est trouvée répartie sur cinq États indépendants: l’Algérie, le Burkina Faso, la Libye, Le Mali et le Niger. Irrité par cette balkanisation de leur communauté, divisée entre cinq États indépendants dont les frontières sont jalousement gardées par les gouvernements africains post-coloniaux, et protestant contre des restrictions de mouvement et donc la bonne conduite de leurs relations inter-communautaires, un groupe de la communauté décida d’agir avec les armes. C’est ainsi qu’un combat armé fut organisé dont les premiers résultats furent les massacres de Tchin Tiberade, au nord du Niger, en 1990. Jusqu’à la résolution de ce conflit, la rébellion touarègue ainsi que la réponse parfois très musclée des forces gouvernementales, surtout au Mali sous le Général Moussa Traoré, ont coûté la vie à des milliers de personnes et contraint plusieurs milliers à prendre le chemin de l’exil. Ces guerres civiles, mouvements séparatistes et coups d’État militaires ont eu des répercussions non seulement sur les pays dans lesquels ils sont éclatés, mais aussi sur la sous-région en général. Du côté politique, il faut noter que ces conflits contribuent à l’effondrement et à la désintégration de l’État de droit et à l’établissement, même pour une courte durée, d’un climat d’anarchie et de chaos généralisé ainsi qu’une culture de violence, surtout parmi les jeunes. Ils peuvent mener également à la montée des forces extrémistes d’une obédience de nationalisme étroit, du régionalisme et d’ethno-centrisme. Il faut citer aussi les coûts humains et humanitaires dont les pertes en vies humaines sont les plus communs. Il est extrêmement difficile de trouver des chiffres crédibles et exacts pouvant permettre à mieux quantifier ces coûts. Dans ce cas donc, le chercheur ne peut que donner des estimations tout en essayant d’évider des exagérations indues. Trois millions de personnes pourraient être un bilan raisonnable de victimes de ces conflits armés. Cela représente plus que la population du Cap-Vert, de la GuinéeBissau et de la Gambie combinées! La guerre civile nigériane, à elle seule, a coûté la vie à plus d’un million de personnes. On estime également à 500 le nombre de soldats de l’ECOMOG tués au Libéria seulement. Le flux massif des réfugiés, fuyant les zones de conflit, est une autre caractéristique et conséquence de ces conflits armés. Par exemple, en 1993 seulement, quelques 704 051 Libériens ont fui leur pays pour se réfugier dans les 17

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pays voisins ou aux États-Unis. La Guinée en a accueilli 416 064 personnes, et 254 863 personnes traversèrent la frontière orientale du pays pour rejoindre la Côte d’Ivoire. La Sierra Leone, bien qu’en guerre à ce moment-là, donna asile à un nombre supplémentaire de 16 264 personnes. Les plus chanceux et les plus aisés qui avaient des moyens ont rejoint les États-Unis. C’est ainsi que plus de 2 000 réfugiés libériens inscrits au registre du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) se trouvaient aux États-Unis à la fin de l’année 1993. L’année suivante, le nombre de réfugiés libériens se trouvant au Ghana et connus de l’agence onusienne de Genève est passé de 15 000 personnes en 1993 à environ 15 924 et avait atteint 3 033 personnes aux États-Unis. À la fin de l’année 1994, plus de 80% de Libériens se trouvaient hors de leur résidence habituelle. Cependant, le Libéria était, de 1998 en 2002, le second pays au monde le plus affecté par le déplacement forcé de ses citoyens par rapport au nombre total de sa population. Seule la BosnieHerzégovine la surpassa à cet égard : 124 personnes sur 1 000 Libériens pendant cette période étaient hors de leurs résidences habituelles et étaient donc considérées soit comme des réfugiés (se trouvant hors du pays), soit comme des déplacés internes (Internally Displaced Persons – IDPs). On peut citer également le phénomène communément connu sous le nom de « fuite de cerveaux » (brain drain) comme une autre conséquence humanitaire de ces conflits armés dans la sous-région. Évidemment, avec les lieux de service fermés, les infrastructures détruites, y compris les institutions éducationnelles, avec une instabilité presque chronique à travers le pays, la plupart des jeunes, les plus qualifiés entre eux notamment, préféreront les eldorados étrangers pensant que leurs talents et qualifications pourraient y être valorisés. Si c’est une attitude légitime, voire inévitable dans de pareilles situations, il faut souligner que la fuite de ces personnes prive leurs pays d’origine d’importantes ressources humaines dont ils ont grand besoin, surtout en phase de reconstruction post-conflit. Des graves violations des droits humains commises pendant la guerre constituent également un autre effet pervers de ces conflits armés. Ces conflits ont, de surcroît, plusieurs conséquences économiques, sociales, psychologiques, culturelles et environnementales. Certains de ces effets se font sentir pendant des années, voire des décennies, après la fin officielle des hostilités. Les effets cités plus haut concernaient surtout les pays ayant expérimenté un conflit armé. Cependant, ces conflits ont aussi des conséquences ressenties au niveau de toute la sous-région, voire au-delà. À ce niveau, l’une des conséquences les plus regrettables est peut-être le déraillement de l’organisation sous-régionale, CEDEAO, de son projet d’intégration régionale qui a été le fondement principal de sa création en mai 1975. 18

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Néanmoins, la guerre civile nigériane effectivement prit fin le 12 janvier 1970 par la défaite de la région sécessionniste du Biafra et la réussite notoire du programme de réconciliation nationale de l’après-guerre. La phase « originelle » de la guerre civile libérienne, quant à elle, est finie en 1996 et les élections présidentielles furent organisées sous l’égide de la CEDEAO en collaboration avec l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et de l’Organisation des nations unies (ONU), à l’issue desquelles l’ancien chef rebelle, Charles Taylor, fut élu Président en 1997. En 1999 toutefois, une nouvelle faction rebelle connue sous le nom de Liberians United for Reconciliation and Democracy (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie – LURD), dirigée par l’ancien homme d’affaires, Sekou Damate Konneh, émergea contre le régime despotique de Taylor, à peine deux années après son arrivée au pouvoir. Mais cette seconde phase de la guerre civile libérienne prit fin par le départ forcé de Taylor du pouvoir le 11 août 2003 comme exigeait la rébellion. On a alors confié le pays à un National Transitional Government (Gouvernement national de transition – NTG) sous le chairmanship de Charles Gyude Bryant, un ancien homme d’affaires. Ce gouvernement de transition céda la place à un gouvernement élu à l’issue des élections multipartites d’octobre/novembre 2005, qui ont amené au pouvoir la première femme présidente jamais élue en Afrique. De même, le rideau semble être fermé sur la rébellion touarègue au Mali et au Niger depuis la deuxième moitié des années quatre-vingt-dix et ce, en dépit des confrontations sporadiques entre l’armée malienne et des insurgés touaregs en mai et juin 2006 au nord-est du pays. Cela a été beaucoup facilité par l’avènement des régimes démocratiques dans les deux pays, surtout au Mali sous Alpha Oumar Konaré, aujourd’hui Président de la Commission de l’Union africaine (UA). On peut en dire autant du conflit brutal sierra-léonais qui dura une longue décennie, à partir de 1991. Le conflit armé qui bouleversa la Guinée-Bissau en 1998 et 1999 peut-être également qualifié comme étant fini. A propos du conflit casamançais au sud du Sénégal, le gouvernement central de Dakar, représenté notamment par son Ministre de l’Intérieur, M. Ousmane Ngom, et le mouvement rebelle de MFDC, représenté entre autres par l’Abbé Augustin Diamacoune Senghor, son leader spirituel, signèrent un accord « historique » de cessez-le-feu, voire de fin d’affrontement militaire, le 30 décembre 2004. Cet accord, le premier du genre sous le Président Abdoulaye Wade, élu en 1999, a mis une fin (incontournable ?) au conflit armé. Quand j’achevais cet ouvrage, seule la guerre civile ivoirienne, qui éclata en septembre 2002, persistait encore dans la sous-région. Toutefois et malgré un semblant d’accalmie, certaines causes fondamentales de ces conflits restent encore à éradiquer. En effet, l’absence de violence armée ne signifie pas nécessairement une absence de menace ou de possibilité de reprise de violence. Le nombre de tentatives 19

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de coups d’État militaires qui ont eu lieu dans la sous-région pendant les trois dernières années (2003-2006) en témoigne. On peut citer notamment deux tentatives au Burkina Faso et au Ghana au début et à la fin de l’année 2004 respectivement. La tentative de coup d’État autrefois dénommée « complot Enco-5 » qui aurait visé le Président guinéen, Lansana Conté, à Conakry en janvier 2005 en est un autre exemple. Il faut signaler finalement le coup de force constitutionnel intervenu au Togo le 6 février 2005 à la suite de la mort subite du Président Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir depuis janvier 1967. Devant ces faits, on est donc, à mon avis, fondé à craindre une reprise de certains de ces conflits ou l’émergence d’autres conflits. La menace de coups d’État est surtout présente dans beaucoup des pays de la sous-région. C’est cet état d’insécurité dans la sous-région qui justifie ce livre. Il vise deux principaux objectifs. D’une part, il tentera de rechercher les causes profondes des guerres civiles et coups d’État militaires dans la sous-région ouest-africaine et d’en identifier les complexités. Une fois les causes examinées et établies, mon deuxième objectif sera de contribuer aux efforts visant à trouver des solutions possibles à ces conflits armés. Les solutions recommandées dans cet ouvrage couvrent les trois phases de conflit armé: l’avant-conflit, la période de conflit et l’après-conflit. Cela requiert des mesures de conflict prevention ou preventive diplomacy (prévention de conflit), de conflict settlement and resolution (règlement et résolution de conflit), de peacekeeping (maintien de la paix), de peace enforcement (l’établissement de la paix), ainsi que de post-conflict peace building (des mesures de reconstruction de l’après-guerre).

Principaux arguments et concepts
Vu l’état d’insécurité de la sous-région ouest-africaine, comme décrit plus haut, il est évident que la région est politiquement instable. D’autres régions du continent africain le sont également. Toutefois, l’Afrique de l’Ouest, ou encore le continent africain, n’est pas une jungle d’espèces éternellement antagonistes où l’entente ne peut jamais exister et où les Africains seraient toujours en état de guerre. Il est vrai que cinq guerres civiles et plusieurs coups d’État militaires ont été enregistrés dans la sous-région pendant le dernier demi-siècle. Nonobstant cela et malgré les répercussions ainsi que la brutalité qui ont accompagné certains de ces conflits, les États de la sous-région n’ont pas tous été directement affectés par ces expériences néfastes. De même, certains États de la sous-région qui ont dû faire face à des conflits s’en sont sortis ou s’en sortent graduellement, comme mentionné plus haut, bien qu’avec des réserves. 20

Introduction

Il faudrait noter encore que certains de ces conflits, comme la rébellion touarègue et le mouvement sécessionniste casamançais, ont été confinés à une région particulière du pays concerné. Dans cela même, la sous-région ouest-africaine ne serait pas si différente du Royaume-Uni avec l’Irlande du Nord, de la France avec la Corse (Corsica) et le Bretagne (Brittany), et de l’Espagne avec le pays Basque. C’est vrai qu’il y a beaucoup d’affrontements sanglants qui éclatent souvent en Afrique de l’Ouest, surtout au Nigeria. Mais là aussi, malgré leur nature parfois violente, ces affrontements ne sont pas des guerres civiles, de même que leurs semblants qui ont lieu en Occident ou ailleurs ne peuvent être décrits comme guerres civiles. Il est en effet important d’éviter des exagérations inopportunes de la situation politique de la région, voire de l’Afrique en général, comme ont tendance certains auteurs. On rencontre souvent de telles exagérations dans les travaux de certains auteurs occidentaux sur l’Afrique qui ne font pas la différence entre « guerres civiles » et « affrontements communautaires » en tant qu’ils ont lieu en Afrique. Ainsi, ils décrivent tout banal incident comme une « guerre civile, » présentant ainsi l’Afrique comme un foyer naturel de guerre, une place qui est toujours bouleversée par des confrontations sanglantes, un endroit où le mot « paix » ne peut avoir droit de citer. Faut-il croire que le concept de « guerre civile » est flou dans leurs esprits, ou simplement par ce qu’il s’agit de l’Afrique ? Cette étude s’efforcera donc à corriger cette erreur conceptuelle en clarifiant les concepts de « guerre civile » et du « conflit » mettant en évidence la différence entre les deux concepts. Dans ce but, je me permets d’établir une définition de la « guerre civile » après une profonde étude et discussion théorique du « concept. » Je la définis comme « un conflit armé et organisé qui se déroule à l’intérieur d’un État internationalement reconnu, et qui défie et menace la souveraineté de cet État avec une revendication politique ; cet État étant une partie principale au conflit et les insurgés ou rebelles étant entièrement ou en majorité des citoyens de cet État. » En fait, cette définition ne s’applique pas à beaucoup de ces affrontements intercommunautés. Ils ne sont donc pas des « guerres civiles. » C’est ce qui explique la limitation de cette étude aux guerres civiles énumérées plus haut et pas les clashes sporadiques qu’ont lieu de temps à autre —quoique violents et regrettables— dans certains pays de la sous-région. Un bon nombre d’auteurs tendent à voir les guerres civiles africaines dans le contexte de religion et/ou d’ethnicité. Cette tendance est particulièrement évidente dans les travaux de certains anthropologues qui se sont tournés récemment vers l’étude des guerres civiles africaines. Sur la guerre civile libérienne, par exemple, The Mask of Anarchy de Stephen Ellis en est une illustration. Ellis voit la guerre civile libérienne comme le résultat de manifestations de certaines croyances religieuses et traditionnelles basées sur des rumeurs. À partir de ces prémisses 21

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simplistes, Ellis exhorte le lecteur ainsi que tout analyste de la guerre civile libérienne à être « alertes du fait que les événements qui ont marqué la guerre civile peuvent être lus à deux niveaux ou de deux manières. En premier lieu, ils doivent être vus comme descriptions d’événements visibles. En second lieu, ils doivent être vus comme une preuve de forces arcanes en jeu. »2 Dans leur collectif, Religion and African Civil Wars, dont il est l’éditeur (directeur), Niels Kastfelt a des arguments similaires à l’égard de la guerre civile nigériane. Il y argue que la guerre civile nigériane « avait un caractère ethnique profond, car elle était un combat entre les Igbos et la Fédération nigériane, » comme si ce dernier était un groupe ethnique ou comme si la région sécessionniste de l’est était exclusivement un dominion Igbo. L’auteur va encore plus loin et argue que « le facteur religieux était un élément décisif dans l’identité sociale des parties au conflit, au moins pour les Igbos qui sont majoritairement des Catholiques romains. […] La guerre était conçue et présentée comme un combat entre la nation chrétienne du Biafra et les Musulmans du nord du Nigeria qui lançaient un jihad contre les Igbos. »3 Malgré le fait que l’expression « la guerre était conçue ou présentée » (the war was presented) suggère qu’il reconnaît que cela était plus ou moins une propagande de guerre, ce qu’était le cas, son recoure à ces arguments sans aucun commentaire et dans le contexte de ce livre laisse à penser qu’il y adhère. Certains croient également que la guerre civile ivoirienne est un combat entre les Musulmans du nord et les Chrétiens du sud. La présente étude dénonce ces arguments religieux et ethniques et soutient que ni religion ni ethnicité n’est une cause primaire des guerres civiles, et moins encore des coups d’État, en Afrique de l’Ouest. Concernant la guerre civile nigériane, ces thèses ethnico-religieuses peuvent être réfutées par le fait que la région sécessionniste de l’est n’était pas composée exclusivement d’Igbos. Il est vrai que les Igbos y constituaient la majorité et qu’ils étaient proportionnellement représentés dans les organes de décision du gouvernement sécessionniste du Biafra. Mais il y avait d’autres groupes ethniques. En fait, le major-général Philip Effiong, qui annonça la fin de la sécession et la reddition du Biafra au gouvernement fédéral du général Gowon après l’exfiltration du général Ojwukwu du pays le 11 janvier 1970, n’était pas Igbo. Bien que né sur le territoire biafrais, près d’Ikot Ekpene, il appartenait à une ethnie minoritaire, les Efiks. D’après beaucoup d’analystes de la guerre civile, le mécontentement de certains groupes minoritaires, bien qu’autochtones du Biafra (percevant une certaine discrimination contre eux de la part de l’administration sécessionniste dominée par les Igbos), est l’un des principaux facteurs de la chute du Biafra. 22

Introduction

En ce qui concerne les arguments religieux, il suffit de noter deux faits simples. Le premier est que les habitants de la région orientale au moment de la guerre civile n’étaient pas tous des Catholiques romains, bien que cela ait été la confession dominante de la région. Il y avait beaucoup d’Animistes et un bon nombre de Protestants anglicans. L’autre fait est que contrairement aux propagandes de guerre, qui parfois décrivaient les forces fédérales (gouvernementales) comme des Musulmans sauvages animées par un sentiment de haine envers de pauvres Chrétiens Igbos, la plupart des soldats fédéraux n’étaient pas musulman. Si les Haussa-Fulani du nord sont généralement musulmans, les Yorubas du sud sont majoritairement chrétiens. Pourtant, hormis la région orientale du pays, toutes les autres régions étaient du côté fédéral. Le général Yakubu Gowon, le président du gouvernement fédéral à l’époque, bien que du nord, est né d’un père qui s’était converti au protestantisme et devenu pasteur. Il est lui-même de cette religion. Ceux qui suggèrent une dimension religieuse ou ethnique dans la guerre civile ivoirienne voient le nord rebelle comme musulman et dioula et le sud loyaliste comme chrétien et bété/baoulé. Il est vrai que le Président Laurent Gbagbo et son épouse sont des fervents Catholiques. Il semblerait également qu’il y ait une certaine influence de l’église catholique, surtout de la part de Mgr. Bernard Agré, l’Archevêque d’Abidjan, sur le couple présidentiel ivoirien.4 Pourtant, le couple nie absolument que leur relation avec l’Archevêque ait une dimension politique quelconque. En outre, le professeur Mamadou Koulibaly, Président de l’Assemblée nationale ivoirienne, n’est pas seulement la troisième personnalité du Front patriotique ivoirien (FPI —au pouvoir) du Président Gbagbo et très proche du couple présidentiel, il est aussi l’un des gens perçus comme les faucons (hawks) du camp loyaliste. Pourtant, il est dioula et musulman qui fit d’ailleurs le pèlerinage musulman à la Mecque en 2002, quelques semaines après le début de la guerre civile. De même, le leader du principal groupe rebelle, MPCI, M. Guillaume Soro, n’est ni dioula (il est senoufo) ni musulman. Par ailleurs, au Mali comme au Niger, les mouvements sécessionnistes ou la guerre civile avaient lieu entre la communauté touarègue dans les deux pays et leurs gouvernements centraux à Bamako et à Niamey. Pourtant, la communauté touarègue ainsi que la majorité écrasante des populations de ces deux pays, donc de leurs gouvernements, sont musulmans. Où est donc la dimension religieuse ici? On peut dire la même chose de presque tous les principaux conflits armés ayant eu lieu dans la sous-région. Alors, si ni l’ethnicité ni le facteur religieux ne constitue une cause primaire des guerres civiles et coups d’État en Afrique de l’Ouest, quelles en sont donc les causes primaires? Comment expliquer les manifestations ethniques et religieuses —comme le pensent quelques auteurs— dans certains de ces conflits armés? Au fait, 23

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contrairement aux teneurs de la thèse ethnico-religieuse, la présente étude démontre que les guerres civiles et coups d’État dans la sous-région sont principalement dus à des facteurs politico-économiques. Dans un souci de clarté et afin de continuer l’un de mes principaux arguments, comme on verra plus tard, je divise ces facteurs en deux catégories : les facteurs « internes, » et naturellement les facteurs « externes». On citera parmi les facteurs « internes » : a) la mauvaise gouvernance et tout ce qui s’en dégage; b) la pauvreté relative, c’est-à-dire la situation où il y aurait beaucoup de ressources pouvant améliorer le sort des citoyens dans un pays donné mais dont bénéficie seulement un segment restreint de la société aux dépens des autres; c) l’analphabétisme; et d) l’avidité et ambitions personnelles de quelques individus. Quant aux facteurs « externes, » on en énumère trois: a) interventions étrangères; b) le commerce illicite des armes légères; et c) le comportement irresponsable de certains organes de presse étrangers. Religion et ethnicité pourraient être des symptômes ou conséquences de conflits armés, mais pas des causes primaires. Une fois ces causes identifiées, j’aborde le deuxième objectif de cette étude. Il s’agit de la recherche de solutions possibles aux facteurs causant et/ou animant ces conflits. C’est ici que mon deuxième argument se présente. Il s’agira d’essayer de répondre à la question suivante: qui doit jouer le rôle principal dans les efforts de résolution de ces conflits? Clairement, en ce qui concerne la sauvegarde et l’établissement de la paix et la sécurité internationales, cela revient au Conseil de sécurité des Nations unies. C’est à lui que la communauté internationale, y compris les États de l’Afrique de l’Ouest, a confié cette tâche aux termes de la Charte des Nations unies et en vertu de leur endossement de celle-là. L’impératif de réserver cette tâche au Conseil de sécurité s’impose davantage notamment quand il s’agit de l’établissement de la paix par la force (peace enforcement), qui peut consister en des sanctions économiques, des embargos ou même de l’usage de force militaire. Certes, les États d’Afrique de l’Ouest sont économiquement très pauvres et ont de très faibles capacités militaires. Les pays non africains qui sont riches et possèdent des moyens financiers et militaires plus importants que ceux des Africains sont plus en mesure que les États africains d’entreprendre cette tâche de maintien et d’établissement de la paix dans la sous-région. Il faut noter néanmoins que les Nations unies sont une organisation intergouvernementale. Cela implique que ses actions et ses engagements, la qualité de ces actions et engagements, leur niveau et la rapidité de leur mise en oeuvre, dépendent principalement de la volonté de ses États membres. En ce qui concerne les opérations qui demandent le financement ou le déploiement des forces militaires, c’est sans doute les pays riches et puissants, presque tous au nord, qui ont la plus grande influence. 24

Introduction

Toutefois, examinant l’histoire de l’ONU, ses engagements, tout comme la réaction et la réponse de la communauté internationale aux situations de conflits armés à travers le monde, on peut observer que ses réponses et réactions n’ont jamais répondu entièrement aux espérances lorsque ces conflits avaient eu lieu en Afrique, contrairement aux autres régions du monde. Prenons, par exemple, la réponse très tardive de l’ONU et du reste de la communauté internationale (non africaine) à l’égard des guerres civiles au Libéria, en Sierra Leone ainsi qu’en Guinée-Bissau. Cette remarque peut être constatée dans le cas du génocide au Rwanda en 1994 en contraste avec les forces robustes et très sophistiquées envoyées au Kuweit en 1991, en Bosnie en 1995, ou encore celles envoyées au Timor Leste quatre ans plus tard. Évidemment, on pourrait voir ici une tendance à la discrimination contre l’Afrique, ce qui est une manière de dire aux Africains de s’occuper de leurs propres problèmes. Cependant, mon argument ou ma réponse à cette question est que le rôle principal (leadership role) dans les efforts de résolution de ces conflits en Afrique de l’Ouest, ou même ailleurs en Afrique, doit être joué par les acteurs (étatiques et non étatiques) de la sous-région dans le cadre de la CEDEAO appuyée par l’Union africaine (UA). En plus des observations déjà faites, cet argument est basé sur un certain nombre de facteurs. Premièrement, ce rôle doit revenir aux acteurs et organisations régionales (locales) par ce qu’ils sont des insiders très liés au conflit en question et ont une connaissance profonde des conditions locales. En outre, ils ont souvent des expériences et traditions communes avec les parties au conflit, avec lesquelles ils peuvent même avoir des liens personnels qui, sans doute, facilitent leur tâche.5 Cela concerne l’aspect diplomatique. Il est aussi vrai si une campagne militaire s’avérait nécessaire. Car les acteurs locaux ont l’avantage incontestable de la connaissance du terrain. Par exemple, après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, l’administration Bush crut que leur pays avait été attaqué par des groupes terroristes basés, au moins partiellement, en Afghanistan et liés ou soutenus par le régime taliban à l’époque au pouvoir dans ce pays. La défaite des Talibans était donc dans l’intérêt national des États-Unis, la seule puissance mondiale. Dans une telle campagne militaire, les Américains, avec leur puissance militaire et expérience en matière d’intelligence (services secrets), semblaient être en mesure d’atteindre leurs objectifs, en commençant par la défaite des Talibans, instantanément et avec un minimum de pertes humaines et financières. Malgré tous ces atouts, les Américains ont dû avoir recours à des opposants locaux, notamment la soi-disant Northern Alliance (l’Alliance nordiste), avant même le début de leur campagne de bombardement. Et même avec ça, ils ont fait face à une avalanche de difficultés en raison notamment de leur méconnaissance du terrain et de la nature des populations locales. 25

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Le deuxième point sur lequel est basé cet argument est que ces conflits sont africains et que seuls les Africains en sont les victimes. Comme on a pu le voir au début de cette introduction, les conflits armés coûtent la vie à des milliers de personnes et causent un flux massif de réfugiés vers les pays voisins. Ces populations réfugiées, souvent des centaines de milliers, deviennent en quelque sorte un fardeau social et financier sur les pays d’accueil. Les camps de réfugiés pourraient devenir également des camps de recrutement des rebelles, car des combattants rebelles, ayant fui les zones de combat, peuvent facilement se mêler à la population réfugiée et se regrouper à partir de ces camps. Ce qui signifie que les pays voisins sont plus affectés et touchés par les conflits dans la sous-région que les acteurs lointains. Ce sont eux qui, par conséquent, peuvent s’engager réellement et sacrifier des ressources financières et humaines nécessaires afin de mettre une fin à la situation,6 ainsi qu’on a pu le voir dans l’action de la CEDEAO dans les conflits au Libéria, en Sierra Leone, en Guinée-Bissau et, dans une moindre mesure, en Côte d’Ivoire. L’exemple le plus illustrant de ce point en Afrique de l’Ouest est peut-être ce qui s’est passé au Libéria à la fin 2003. Il y avait des combats violents entre le mouvement rebelle de LURD et les forces loyalistes du gouvernement de Charles Taylor. À Monrovia, la capitale libérienne, des combats violents faisaient quotidiennement des dizaines de victimes et de blessés par balles, notamment parmi les femmes et les enfants. Il y avait un réel risque de famine ainsi que des maladies mortelles dans le pays. Les rebelles exigeaient comme condition sin qua non le départ inconditionnel de Charles Taylor du pouvoir avant qu’ils ne puissent observer un cessez-le-feu. En revanche, Taylor était intransigeant et déterminé à ne jamais céder d’autant qu’il avait été inculpé par le tribunal spécial des Nations unies en Sierra Leone pour son rôle présumé dans la guerre civile en Sierra Leone. Cependant, les Libériens firent appel aux États-Unis ainsi qu’au reste de la communauté internationale pour les aider à mettre terme à la violence. Ils rappelèrent aux Américains ce qu’ils croyaient être leur « histoire commune » (shared history) dans une tentative désespérée afin que Washington réagisse. La CEDEAO, à son tour, fit appel aux États-Unis et au reste de la communauté internationale pour obtenir au moins une assistance financière et qu’ils seraient en mesure de fournir des troupes militaires. Mais ni les Américains ni la communauté internationale n’a jugé expédient de prêter oreille à ces appels au secours. Par conséquent, les combats, et donc la tuerie des femmes et des enfants, ne prirent fin qu’après l’intervention de l’organisation sous-régionale, CEDEAO, grâce notamment aux bons offices du Président nigérian, Olusegun Obasanjo. Les pays non africains constituant, quoique abusivement parfois, la « communauté 26

Introduction

internationale, » ne sont pas à blâmer ici pour leur inaction. Simplement ce problème n’était pas le leurs et certains d’entre eux avaient déjà beaucoup de problème à régler chez eux. La troisième raison pour laquelle les ouest-Africains doivent prendre le devant et jouer eux-mêmes le rôle principal dans les efforts de résolution de conflits dans la sous-région est que ce n'est pas tous ceux qui s’intéressent à ces conflits, se disant concernés par le sort des pauvres africains, qui sont réellement sincères. Beaucoup d’entre eux tendent à avoir leurs propres agendas, ce qui n’est pas toujours compatibles avec les intérêts des Africains. Certes, certains essaient de profiter des situations de trouble. Chaque fois qu’il y a un débat sur ce sujet et que des pays occidentaux sont cités, la question que des Occidentaux posent souvent est comme la suivante : « Quel intérêt aurait-il l’Occident en voyant ces peuples souffrir ? », ou autre interrogations du genre. On trouve la réponse à cette question plus éloquemment dans l’analyse de l’historien burkinabé, Joseph Ki-Zerbo. Selon Ki-Zerbo, l’attitude de certains pays occidentaux aujourd’hui est «la même que celle des négriers du XVIe siècle qui voulaient la guerre entre les Africains, parce que la guerre leur fournissait les esclaves. Aujourd’hui, ce n’est pas aussi cru que cela, mais c’est la même chose. »7 N’est-on pas justifié aujourd’hui à comparer ces négriers du XVIe siècle aux marchands d’armes, sans scrupules, du XXIe siècle ? Il semblerait que certains médiateurs étrangers dans les conflits africains offrent leurs services, quand ils ne forcent pas leur chemin, afin de pouvoir diriger la situation et de modeler le processus à leur manière et pour leurs intérêts stratégiques. Certains s’engagent d’ailleurs dans la vente illicite d’armes à tous les groupes pendant que le processus de paix est prolongé à leur gré pour leur permettre de vendre les armes aux différentes factions. D’aucuns pourraient dire ici que vu les faibles capacités militaires et financières des États africains, compter sur seuls les Africains dans une telle entreprise coûteuse et délicate serait dangereux. Mais est-ce que les Africains doivent rester les bras croisés et voir leurs parents mourir, comme ce fut le cas au Rwanda, par ce qu’ils attendent une soi-disant communauté internationale qui viendrait à leur secours avec des millions de dollars ? Pour quelle raison morale devraient-ils agir ainsi? Ne seraitil pas mieux de combattre à mains nues ou avec une épée pour se défendre plutôt qu’attendre des promesses de livraison d’armes à feu qui ne peuvent pas être tenues ou bien qui arrivent trop tard ? L’assistance de la « communauté internationale » pourrait bien sûr être sollicitée, surtout celle de l’ONU, puisqu’elle en a la tâche en vertu de sa Charte. On ne doit toutefois pas compter excessivement sur l’ONU ou la « communauté internationale » si l’Afrique de l’Ouest, ou même l’Afrique en général, veut obtenir une résolution efficace et à temps de ces conflits. 27

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Le troisième argument avancé dans le livre est que pour obtenir une résolution efficace et concrète des conflits armés, les solutions possibles doivent être recherchées parmi les facteurs « internes » et non « externes ». Les pays étrangers qui sont déterminés à poursuivre leurs intérêts néo-coloniaux continueront à le faire. De même, les marchands d’armes ne cesseront pas leurs activités grâce à des simples conférences internationales ou des plaidoyers émotionnels des pauvres africains — quoi que ceux-ci soient importants. Ces dealers continueront leurs affaires à tout prix tant qu’il aurait des clients, même potentiels, dans la région, qui sollicitent leurs produits. Cependant, pour une prévention et résolution efficaces des conflits armés dans la sous-région, faut-il suggérer la consolidation des pratiques de bonne gouvernance, l’amélioration des niveaux économiques et éducationnels des pays africains. Par cela, les États ouest-africains auraient privé les marchands d’armes de leurs clients (réels ou potentiels), car personne n’aura des revendications contre leurs dirigeants pour lesquelles ils pourraient être tentés de prendre les armes. Également, comme le néo-colonialisme ne marche pas sans des complices locaux recrutés souvent, mais pas nécessairement, dans les milieux des opposants ou des gens ayant des griefs contre leurs gouvernements, une fin sera mise à de telles situations. Finalement, pour ce qui est de la justice rétroactive à la phase de l’après-conflit, je soutiens que les graves violations des droits humains commises pendant la guerre civile ou perpétrées par le défunt régime en cas de coup d’État, doivent faire objet d’une enquête, les suspects jugés et les coupables punis. Cela doit mettre un terme à l’impunité qui contribue à la création d’un cycle de violence dans le pays et conduit inévitablement à une reprise de violence et donc d’autres abus des droits humains…et à l’infini. L’émergence du groupe rebelle du LURD en 1999 contre le régime despotique de Charles Taylor au Libéria en est une preuve très saisissante. Toutefois, je suis de l’avis que la poursuite de la justice rétroactive ne doit pas compromettre la paix fragile déjà acquise ou le programme de réconciliation nationale qui a besoin d’être consolidé. S’il s’avère que tel serait le cas, selon toute vraisemblance, caution doit être prise quant à comment traiter ce problème si épineux. Comme insister sur l’application stricte de la justice rétroactive en poursuivant ces suspects de crimes de guerres est susceptible de conduire à une reprise de conflit, et donc à plus de violations des droits humains, il faudrait donc opter pour des mesures pouvant éviter ce scénario. C’est cela qui explique mon argument selon lequel les autorités nigérianes ne devaient pas livrer l’ancien chef rebelle-devenu-président du Libéria, Charles Taylor, au Tribunal spécial des Nations unies pour la Sierra Leone, car la mesure exceptionnelle que constituait son octroi d’asile au Nigeria, quoique regrettable, n’avait été prise que pour sauver la vie aux milliers des personnes innocentes qui 28

Introduction

allaient périr si une solution consensuelle et immédiate n’était pas trouvée pour sortir de l’impasse dans laquelle la situation était arrivée au pays. Compte tenu des actes répréhensibles de Taylor, en tant que chef rebelle et puis Président du Libéria, il serait difficile de nier qu’il soit un criminel de guerre. Cependant, ma position ne doit pas être considérée comme un plaidoyer pour un criminel. Bien au contraire. Elle vise purement et simplement à sauvegarder la paix et la sécurité dans le pays concerné et dans la sous-région. Fallait-il souligner qu’une telle mesure (amnistier un suspect de crimes de guerre) ne doit jamais être acceptée, à plus forte raison être offerte ou suggérée, que comme la dernière et la seule solution concrète, où il n’y aurait aucun moyen de sauvegarder, à la fois, la paix fragile déjà acquise et juger les suspects de crimes de guerre sans en compromettre une, notamment la première. Dans ces situations exceptionnelles et délicates, on pourrait renoncer à la poursuite des suspects mais faire comprendre aux suspects concernés ainsi qu’au grand public, dont certains seraient des victimes, que cette mesure est exceptionnelle et qu’elle n’est le résultat d’une sympathie quelconque pour les criminels ou justification de leurs crimes. Il faut signaler également que la mesure est regrettable et qu’elle ne serait jamais envisageable si les conditions étaient différentes.

L’approche pédagogique de l’ouvrage
En étudiant rétrospectivement un événement comme guerres civiles et coups d’État, il y a un nombre d’approches et méthodes utilisées par les chercheurs selon l’angle précis du sujet (événement) concerné qui les intéresse dans leurs études. Dans le cas particulier des guerres civiles et coups d’État en Afrique de l’Ouest, on peut citer parmi les approches jusque là utilisées par les chercheurs l’approche historique ou chronologique et l’approche descriptive. L’ouvrage d’Adekeye Adebajo, Liberia’s Civil War, est un exemple d’approche historique dans l’étude de la guerre civile libérienne. Dans Fighting for the Rain Forest, Paul Richards emprunte une approche descriptive dans l’analyse de la guerre civile en Sierra Leone. Richards base son étude notamment sur la description des événements et comment le Revolutionary United Front of Sierra Leone (Front révolutionnaire uni de Sierra Leone – RUF/SL) était organisé pour avancer ses arguments apologétiques pour le mouvement rebelle. Il faut noter toutefois qu’aucune de ces approches ne peut être appliquée isolement des autres approches, bien que l’approche choisie par l’auteur/chercheur concerné soit la plus remarquable et la plus reflétée dans ses arguments et son étude en général. Dans cet ouvrage, mon approche est thématique, empirique et analytique. Mon souci principal est d’expliquer « pourquoi » les guerres civiles ou une guerre civile 29

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