Guinéens, adoptons la bonne gouvernance!

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Une expérience de 1991 met en évidence la possibilité d'en finir avec la corruption dans l'administration guinéenne ; puis un diagnostique détaille les maux dont souffre cet organisme. Tout en se référant aux organismes bien portants, les nations bien gouvernées, on établit alors une ordonnance : des propositions concrètes sur la bonne gouvernance, avec exemples à l'appui. Comme remède ce livre prescrit donc aux guinéens un slogan à scander tous les jours, aux gouvernés puis aux gouvernants : "La bonne gouvernance !"
Publié le : samedi 1 mai 2010
Lecture(s) : 263
EAN13 : 9782296257238
Nombre de pages : 106
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PRÉFACE

Quandvous confrontezlesfacilitésdontjouitle genre
humain danslespaysdéveloppés auxdifficultésde
l’existence dumême genre humain danslesautrespays, il
arrivequevousne puissiez retenir voslarmes.En2006,
lorsd’unstageauxÉtats-Unis, j’ai profité d’unweek-end
pourfaireunsautauCanadavoisin.L’alleretleretour
étaientparavion, maisletrajetinterne (entreMontréal et
Ottawa) par train.C’estde monbureau, ici,auJapon, par
letruchementde l’internet,que j’aiacheté lebilletdetrain,
avecdiversesoptions.Pour une même journée
j’avaisplusieursheuresde départ ;je pouvaismêmeréserverlesiège
qui me plaisait.Etj’ai pufairetoutcela19 joursà
l’avance !Le jourindiquésurlebillet, le6mai,quand je
e
suis venuàlagare deMontréal, monté dansla4voiture
o
du train n33, mesuisassisau siège 55,qui m’attendait
effectivementcôté fenêtre,comme je levoulais, età
l’heure indiquée, 10h exactement– pas une minute de
moinsniune de plus– letrainadémarré, j’ai étésurpris
parmeslarmes.
Je merappelaisen effetlesdifficultés que nous, nous
avonsànousdéplacer.Je merappelaisnos routes,si
poussiéreusesensaisonsècheque lespassagersdeviennent
méconnaissableset siboueusesen hivernageque les
véhiculesnevous transportent qu’une partie du trajet– dans
lesbourbiersc’est vous qui les transportez.Je
merappelais surtout que pour vous rendreà certainsendroits, en
toutcasjusqu’àun passétrès récent,sivous
ratezlesoccasionsdumarché hebdomadairevous végétez
unesemaine durantaubord de laroute,sansnourriture
pourainsi dire niabri,sice n’est, pourmonDalabanatal,
lavérandad’une maison envoie deconstructionà côté.

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Mahmoud BenSaïd

C’est là que vous vousmettez aux aguetsjouretnuit,
dansle froid etlevent,signalant
chaquevéhiculequiapparaît, espérant qu’ils’arrêterapour que l’onvousdise
qu’ilva versles sous-préfecturesetnonversles autres
villes,c’est-à-direqu’ilva versKankalabé etnonLabé.En
désespoirdecause,sivousn’avezpas trop debagages,
vousprenezle «Tra»,in 11quiveutdire marcher 64 km
pourarriverchez vous,sivousêtesdeBodié.Autrement
vousêtes tenud’attendre le marchésuivant.
Etces véhiculesde marché,quesont-ilsd’ailleurs ?
Descamions qui,comme leurnom l’indique,transportent
marchands, marchandesetmarchandisesdetoutesles
sortes.Àl’aller, donc,unsacderizimportévous sertdesiège
pendant que desbidonsd’huile etde
pétrolevouslubrifientet vousdésinfectent.Au retour vousêtescoincé entre
descourges, despoulets, deschèvres:lespremières vous
massentlesfémurs, lesautres vousparfumentde
leursexcréments…Dieu,quelsbeaux voyages!
Or, étantdumême genre humainque lesJaponais, les
Américains, lesCanadiens, pourneciter qu’eux, nous
avonslesmêmespotentialités.Mieux,comparéeàdes
payscomme leJapon, la Guinée estbien plusnantie en
ressourcesnaturelles.S’il est vraique la colonisation et
bien d’autresfacteursontaffecté notrevie,àprésentnous
ne pouvonsblâmernulautre, hélas,que nous-mêmespour
notreretard.Àproposd’infrastructuresferroviaires, par
exemple, lescolonsnousontlaisséunchemin de
feropérationnel;maisil n’existe plus.Nousavonsmêmearraché
les railspourles revendre.
Depuisprèsde20ans, donc, jeréfléchis surle
développementde la Guinée.Etje mesuisconvaincu que
l’uniquevoie estlechangementde mentalitésetla bonne
gouvernance;d’oùce livre.En fait,àl’origine il était
conçu sousletitre «Commentdévelopperla Guinée?» et

Guinéens,adoptonsla bonne gouvernance !

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se voulait une œuvrescientifique, plusétendue.Mais vule
temps qu’il demande d’une partetl’urgence de nos
besoinsd’autre part, il m’aparuplusopportun de préparer
cette œuvreconcise,autourdes chosesprimordiales.
Les sept chapitres quicomposentle livre peuventêtre
divisésenquatre parties.Le premier chapitre, narration
continue d’unesérie
d’aventurespersonnellesentrecroisées,viseàencouragerle lecteur, en démontrantdèsle
départ que la bonne gouvernance est bien possiblechez
nous.Lesdeux chapitres quisuivent(2et 3) posentle
diagnostic, en décrivantnosproblèmesde gouvernance,à
la base et au sommet ;peudesolutions sontproposéesici.
Lequatrièmechapitresertd’intermédiaire entre
lesproblèmesetles solutions.Les chapitres5,6et 7fontdes
propositions concrètes surla bonne gouvernance,avec un
modèleàl’appui.Dansl’épilogue jerésume le livre en
m’adressantdirectementaufuturPrésidentde la
République démocratiquementélu.
Je doispréciser que le livreaétésciemmentabrégé
danslebutdeconveniràtous, de par sonvolume,soncoût,
saprécision;l’objectif estd’offrir un outilqui permet
d’allerdroitaubut.C’estainsiquebeaucoup dechoses
ontétésimplifiées.D’une part, en dehorsdescitations
textuellesoud’informations sensibles, les
références,surtoutpourle journal de laRtg(Radiotélévision guinéenne),
sontomises– le décryptage descitations venantdudit
journalaétéréalisé parmoi-même,àpartirdes vidéosdu
siteTélédiaspora.D’autre part, lesnoms sont rarement
accompagnésdetitres ;d’oùDadis,Henriette,Sam, etc.
Comme pour toutesmesautresœuvres, larécompense
duTout-Puissantestlaseulequi m’intéresse pource livre;
les revenusdeses ventes sontentièrementdestinésàdes
activitéscaritatives.Je précise également que mesœuvres
nesontaffiliéesà aucune entité politique ou régionale du

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Mahmoud BenSaïd

pays.Indépendantet bénévole, jesuis soumis à
l’objectivitéques’imposent àlafoisles chercheursetles
hommesde foi.Ainsi,toute faiblesse notée dansletexte
auraétécauséesoitpar une erreurhumaine,soit un
manque d’informations. (Jeremueciel et terre pour soigner
montravail, maisl’œuvre humaine n’estjamaisparfaite;
jevousprésente doncpar avance mesexcusespour toute
erreur quiauraéchappéàmonattention.)
Une bonne partie du texterelate mesexpériencesen
Guinée et àl’étranger. Ces récitspersonnelspeuvent,aux
yeuxdecertainslecteurs, paraître indiscretsouprétentieux.
Mais, enréalité, il n’en n’est rien:on nesauraitdédier une
œuvreàDieuet yfaire le fanfaron.Monseul objectif est
d’encourageretéclairermescompatriotes,àl’aide
d’exemples réels, dansle durcombatpourla bonne
gouvernance.Mesintentions sontpures ;c’estpourquoi,sans
hésiter, jerecoursà ces récitsdansle livre.
Jeremercie leTout-PuissantpourSonaide.Jereste
reconnaissantenvers tousceux qui
ontcontribuéàlapréparation de l’ouvrage, en premierlieuàTélédiasporaetà
touslesautres sitesd’informations surla Guinée etleurs
nombreuxcontributeurs.Deuxde noscompatriotes,MM.
Ibrahima Diallo «Ollaeid
»tRolandSagno,respectivementdomiciliésà Londresetà Conakry, onteul’amabilité
de lire lebrouillon dulivre etde faire
d’utilescommentairespour sonamélioration;c’estle lieude leurexprimer
maprofonde gratitude.Celle-cis’envaégalementà
l’endroitdeL’Harmattan et soncomité de lecture pour
leurs suggestions.
Matsue, le23mars 2010
MahmoudBenSaïd

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INTRODUCTION:
EST-IL POSSIBLE D’ABOLIR LA
CORRUPTION ENGUINÉE?

Nous savons que la bonne gouvernance,
lethèmecentral dece livre, est un ensemble de
mesuresinterconnectéeset agissantensemblevers un objectifcommun.Parmi
cesmesures, laluttecontre la corruption occupeune place
prépondérante.Ainsi, pourouvrirlesdébats surla bonne
gouvernance, examinonslaquestionci-dessus.Pourma
part, laréponse estàlafoisnégative etaffirmative.Non:
comme pour touslesautres travers sociaux, on ne peut,
nulle partdansle monde,supprimerla corruptionà100
pourcent.Oui: aveclaméthodologieappropriée, on peut
laréduireàsaplus simple expression, disons 0,01 pour
cent.Partantduprincipequ’il n’yapasdecorruptionsans
corrupteur, on peutdéduirequ’une façon decombattrece
fléauestdes’attaquerauxcorrupteurs.Or, j’ai lapreuve
justement qu’il estparfaitementpossible d’abolirl’acte du
corrupteur.Entémoigne lasérie d’aventures suivantes.
En 1991 – j’étaisenserviceauministère de
l’Industrie –j’ai effectuéune petite expérience pratique
surla corruption dansl’administration guinéenne.C’était
au tempsoù, pour toute démarche, parexemple pourfaire
signer unquelconque papier vousconcernant,
ilvousfallaitdonnerde l’argentauxpersonneschargéesdetraiterle
dossier, parfois toutle long de la chaîne.Soudain,sans
mêmeque je puisse m’en expliquerlaraison, l’idée me
vintdetraiter un de mesdossiers
sanspasserparlamé

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Mahmoud BenSaïd

thode habituelle:«Serait-cevraimentimpossible de faire
les choses comme elles se doivent ?» me dis-je.
Par uneremarquablecoïncidence ils’agissaitd’un
dossierd’une
importancesuprême.C’étaitautourdufinancementd’un programme d’étudespost-universitaires.
Jecherchais untel programme depuisplusde dixans,
avantmême lafin de mesétudes supérieures.N’étantpas
d’une famille nantie, je devaisnécessairement trouver une
bourse.En 1991 j’avaisdéjàtenté ma chanceavecdes
universitésdanslescinqcontinents,avecd’innombrables
organismesàtraversle monde etpourainsi
direavectouteslesambassadesà Conakry.J’avaiséchoué partout,
jusque-là!J’étaisenfinsurle pointdetrouverceque
j’avais tantcherché.En effet,suiteàdeslettres que j’avais
écritesàtrois universitésd’un même pays, l’une d’elles
m’avait réponduavecunebienveillance horsducommun.
Ilsétaiententièrementprêtsàm’accueillir.Ilsm’onten-
voyéun lotd’informations surlescourset, plusimportant
quetout, ilsm’ontdonnéunbonconseil pourle
financement.Leurministère de l’Éducation disposaitd’unbudget
à ceteffet ;maisaulieude lescontacterdirectement, je
devaispasserparleurambassade.L’ambassade m’avait
effectivement remisle formulaire de demande;je l’avais
rempli et réunitouslesdocuments requis,comme l’extrait
de mon livret universitaire etladescription de mon projet
d’études.J’avaismêmesigné lecontrat,qui disait, entre
autres,qu’une foisle financementofficiellementaccordé,
le donateur(leditministère de l’Éducation)seréservaitle
droitdechoisirl’université d’accueil –cequi était sans
importance pourmoi.Breftoutétaitprêt ;monrêve était
surle pointde devenir uneréalité.Ence moment,rien
danslavie ne m’importaitplus quece dossier.
En outre, lecircuitétaitparticulièrementcomplexe.Au
momentoùje m’apprêtaisàfaire le dépôtfinalà

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