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Haïti
Les grands chantiers
























Nicolas-L. Pauyo








Haïti
Les grands chantiers







Préface de Jacques Vialat















































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99621-2
EAN : 9782296996212
À la mémoire des plus de trois cent mille Haïtiens
qui ont péri dans le Séisme du 12 Janvier.
À tous ceux que ce cataclysme
a laissés orphelins ou sans abri.


À tous les chefs du peuple


Et à la communauté internationale qui a fait preuve
d’une solidarité et d’une promptitude hors pair
après le grand Séisme

À tous ceux qui, épargnés par le Séisme,
ont été terrassés par le choléra.
À ma fille Farah-Mae Pauyo Taylor
À Yolette Seïde Bernadel, ma sœur
À ma nièce Stéphanie Bernabé
À Margaret Donat, MD
Perle de notre diaspora
À Ruth et à Jonathan
À mon frère Frantz Papin
À mes neveux et nièces
Frantzie, Sanley Papin et Marie-Lunie Jean-Baptiste
À mes cousins et cousines
Hugo Pauyo, Roody Pauyo, Carline Poyau et Astreed Cinéus
À mes cousins d’Europe Eronne Pauyo
Eder et Félyne
******
À Pierre-Édouard Domond
Historien de la Diplomatie et Voyageur intellectuel
de haut vol
À l’Ingénieur Jean-Édouard Pauyo
Ancien Haut-fonctionnaire de l’État haïtien
À Son Excellence ADYJEANGARDY
Pour le long chemin fait ensemble dans le Journalisme mais aussi
dans les recherches exégétiques
À une grande amie d’Haïti, Blanca Gonzalez, MA, sociologue
À mon amie de New York, Dr Claire Casséus,
PH.D en Santé Publique
À mon ami de Paris, Éric Sauray, docteur en droit
À mon collègue de toujours
Docteur Jean Germain Gros, Professeur de sciences politiques
et d’administration publique à l’Université de Missouri-Saint-Louis
Au savant Professeur Marc Dufumier, Ingénieur agronome
et enseignant-chercheur français, le René Dumont de ce siècle 6RPPDL
Préface ..........................................................................................................11

INTRODUCTION
Haïti : une gouvernance pour la reconstruction ...........................................21

CHAPITRE I
Après le grand séisme, quelle éducation pour l'État nouveau ?....................43
CHAPITRE II
Santé pour tous..............................................................................................73
CHAPITRE III
Un pays tout vert pour un modèle nouveau de croissance............................91
CHAPITRE IV
Après le séisme, revoir : urbanisme et codes de construction en Haïti.......131
CHAPITRE V
Désastres naturels et développement d’Haïti..............................................149
CHAPITRE VI
Après le grand séisme, quel plan économique pour Haïti ?.......................165
CHAPITRE VII
La croissance démographique :
des voies nouvelles pour y faire face en Haïti ............................................177
CHAPITRE VIII
Faisons des projets et sauvegardons-les......................................................185
CHAPITRE IX
Commerce intérieur, commerce extérieur...................................................189
CHAPITRE X
Finances et impôts Pour un développement durable...................................201
CHAPITRE XI
Après le séisme : investissement pour le sauvetage d'Haïti.......................207
UHCHAPITRE XII
L'aide étrangère : la reconstruction.............................................................223
CHAPITRE XIII
Énergie : l'extrême urgence.........................................................................235
CHAPITRE XIV
Pour une industrie haïtienne productive :
des voies nouvelles pour y arriver ..............................................................245
CHAPITRE XV
Modèle nouveau de croissance :
promotion du tourisme au-delà des décombres ..........................................25 5
CHAPITRE XVI
Notre transport en commun : une approche nouvelle ................................269
CHAPITRE XVII
Le travail après le séisme - patronat, salariat et syndicat...........................275
CHAPITRE XVIII
Réhabiliter le paysan haïtien.......................................................................283
CHAPITRE XIX
Après le grand séisme - fin de la faim ........................................................293
CHAPITRE XX
Sécurité sociale pour tous : des voies nouvelles .........................................299

Bibliographie générale................................................................................311



10 Les désastres sont-ils une opportunité pour améliorer le processus de
développement ?
C’est au fond la grande question que nous pose cet ouvrage.
Mais Nicolas Pauyo ne se contente pas de la question. Il nous donne les
réponses.
Au travers d’un plan de reconstruction, c’est une méthode exhaustive que
nous propose l’auteur. Un développement pensé et réfléchi pour Haïti certes,
mais oh combien applicable dans nombre de pays en développement.
Il s’agirait presque d’un cas d’école, s’il ne reposait sur des milliers de
morts.
Ce à quoi Nicolas Pauyo invite les grandes puissances, les ONG, les agences
de l’ONU et même les pays voisins de Haïti dépasse fondamentalement les
limites d’un chantier de reconstruction, aussi immense fut-il, pour mettre en
place un ensemble de chantiers dont le but final n’est pas seulement le
déblaiement et la reconstruction d’infrastructures immobilières, certes
indispensables, mais surtout la réflexion globale sur un plan de déblaiement
du passé et de reconstruction d’un développement durable incluant
l’éducation et les Droits de l’homme et tenant compte d’une croissance
démographique extraordinaire.
Bien au delà de grands chantiers tels que nous les aurions spontanément
entendus après un tel tremblement de terre, ce livre est un chantier pour le
développement de l’humanité. En ce sens, il est séisme pour l’ensemble des
pays pauvres, car c’est à eux tous qu’il propose un modèle de déblaiement et
de développement.
Modèle qu’il suffit d’adapter à l’histoire, la géographie, aux spécificités du
pays considéré.
Le grand chantier, c’est ce livre. Avec tout ce qu’il comporte de recherche et
d’expertise approfondie, avec tous les éléments rationnels indispensables qui
3UpIDFHles accompagnent, avec cette minutie dans les propositions, avec ce plan de
développement exhaustif et complet.
Pour tout ceci, nous devons remercier Docteur Nicolas Pauyo.
Mais vous trouverez aussi dans ce livre, comme en filigrane, une foi en
l’homme immense.
Et pour toute cette espérance qui porte votre ouvrage, nous devons vous dire
merci, Docteur Nicolas Pauyo
Jacques Vialat,
Président de l’Ordre des experts internationaux, Genève
12


Une nation doit posséder de nombreuses qualités, mais elle
doit avant tout posséder la foi et la confiance en soi. Ce ne
sont pas les sceptiques qui bâtissent les sociétés ; ce sont les
réalistes. Seules les sociétés qui croient en elles-mêmes
peuvent faire face aux défis qui leur sont lancés.
– Président Richard NIXON




Le Palais National haïtien avant sa destruction le 12 janvier 2010

Malgré cette tragédie, je crois encore qu’Haïti peut réussir…
Alors que nous nettoyons les décombres, nous créerons des
lendemains meilleurs en reconstruisant Haïti en mieux : avec
des bâtiments plus solides, de meilleures écoles et un meilleur
système de santé ; avec davantage d'industries et moins de
déforestation ; avec davantage d'agriculture durable et
d'énergie propre.
– Ancien Président Bill Clinton,
Envoyé Spécial de l’ONU en Haïti
La chambre de l’écrivain : – où la pensée s'agite en des efforts
violents, où tout est accablé dès qu'elle s'apaise... Tout semble
mort après les crises de vie, et tout se repose, les meubles, les
étoffes... comme si le logis tout entier avait souffert de la
fatigue de l'écrivain, avait peiné avec lui, ayant part tous les
jours à sa lutte recommencée.
Guy de Maupassant


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4h 52 de l’après-midi sous les lueurs magiques crépusculaires au
moment où le soleil semblait ramasser ses derniers feux pour s’éloigner
du continent américain et de l’archipel caraïbe, tout commença à
basculer vers quelque chose d’indescriptible et d’inhabituel. Un monstre
souterrain, un faisceau de boas enchevêtrés, un intense yanvalou souleva
toute la maison et l’environnement terrestre avec une rage
époustouflante. Il n’y avait plus de temps. Il n’y avait plus d’espace. Il
n’y avait que l’espace-temps de l’épouvante. L’espace-temps de la
terreur. L’espace-temps de la démence. L’espace-temps de la déraison.
L’espace-temps de la folie anonyme. L’espace-temps de l’insupportable.
Et pourtant, cette danse macabrement nouée de dissonances, de
cavalcades bruyantes, de boulines chaotiques, de déglingues
désarçonnantes et de faux silences, n’avait duré que 45 secondes. Une
étrange éternité de chamboulements, de chambardements, de désastres,
de calamités, de catastrophes et de bouleversements dont les séquelles,
les meurtrissures, les blessures, les traumatismes et les cicatrices
demeurent inapaisables, inextinguibles, inoubliablement atroces. Un
calypso d’effondrement ! Un horrible cinéma d’apocalypse !
FRANKETIENNE,
le plus grand poète haïtien vivant.

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En frappant au cœur l’économie et l’administration haïtienne, le
séisme a touché de façon aiguë les capacités humaines et
institutionnelles des secteurs public et privé, ainsi que des
partenaires techniques et financiers internationaux.
—Plan d'action pour le relèvement
et le développement national d'Haïti

Plus de deux années se sont écoulées depuis le grand séisme et rien de
substantiel n’a été fait. Qui sait, une autre année, une autre encore et la
situation ne se sera pas substantiellement améliorée...
Il est certain que déjà les indicateurs environnementaux étaient au rouge,
mais quand même, l’hécatombe nous a pris par surprise. À part l’étude
scientifique et prophétique de Patrick Charles (quotidien Le Matin, 25
septembre 2008), aucune prédiction n’était faite ou n’était popularisée qui
eût inspiré quelque mouvement de prévention. Toutefois les effets logiques
et psychologiques de cette épouvantable surprise doivent commencer
aujourd’hui à s’estomper et Haïti doit se réveiller de sa léthargie, se mettre
debout et commencer à s’atteler à la tâche – pharaonique certes– qui l’attend.
Quoi qu’il en soit, la reconstruction rêvée ne doit pas être une simple
réfection des infrastructures physiques endommagées ou détruites. Elle doit
être la mise sur pied d’une Haïti belle et nouvelle.
Mais pourquoi un si long temps s’est-il écoulé sans que nous n’ayons fait
grand-chose ? À l’occasion des Six mois du Tremblement de terre, la presse
étrangère (CNN en tête) et quelques commentateurs haïtiens, pensaient que
la raison principale est que les généreuses promesses faites à l’occasion de la
Conférence des Nations Unies le 31 mars 2010 n’avaient pas encore été
honorées. En effet seulement moins de 10 pour cent de la première tranche
attendue était disponible en juillet 2010. Même l’ancien président Clinton a
fait de cet argument la clef de voûte des vicissitudes et des turpitudes du
moment. Vers la fin de l’année 2011, on a réalisé que seulement 43 pour
cent des dons promis pour la reconstruction (soit 1,97 milliard de dollars sur
les 4,59 milliards promis comme première tranche) ont été décaissés (Le
Nouvelliste, 20 septembre 2011).
Nous sommes parfaitement convaincus que sans les fonds astronomiques
prévus dans les différents plans esquissés au lendemain du cataclysme, rien
de vraiment sérieux ne peut se faire. Toutefois nous sommes en même temps
persuadés – et avec nous une tranche importante de l’opinion internationale
et de l’intelligentsia haïtienne– que quelque chose pourrait se faire en
attendant les grands chantiers promis. Car finalement d’autres fonds vont
être débloqués. Peut-être qu’Haïti ne va-t-elle pas engranger toute la récolte
promise, c’est-à-dire les 9,9 milliards promis en tout. Autrement dit, on ne
déboursera finalement qu’une moitié, ou un peu plus, ou même un peu
moins. Qui sait ? En attendant les travaux herculéens de (re)construction,
l’État haïtien pourrait travailler à tout le moins sur deux (2) fronts :
1. L’élaboration d’une gouvernance de la reconstruction,
2. L’enlèvement des décombres, l’absorption de ce qui peut encore
servir de ces décombres, et le positionnement des vrais débris en des
lieux stratégiques écologiquement viables.
À ce point de retard où nous sommes, les deux mouvements devraient être
concurrents mais la gouvernance devra avoir le dessus car il s’agit d’une
gouvernance portée non seulement sur le vaste nettoyage mais aussi sur tout
le processus de reconstruction.
Premièrement, que voulons-nous dire par gouvernance de la
reconstruction ? Elle fait partie du vaste plan d’action post séisme discuté à
la Conférence du 31 mars 2010 à l’ONU. Elle est une politique
minutieusement étudiée et à mettre en place en vue de savoir par où
commencer, comment mettre à profit nos ressources humaines et les
ressources économiques réduites dont on dispose pour le moment ; c’est
aussi comment imposer l’autorité de l’État dans les domaines sensibles que
sont les questions domaniales et cadastrales toutes les fois que des espaces
physiques doivent être déclarés d’utilité publique. En effet, la question
foncière crée après le séisme une situation complexe où se superposent des
intérêts contradictoires se disputant entre les propriétaires officiels et les
occupants informels.
On voit donc qu’il faut, suivant les termes mêmes du Plan d’action, « placer
le renforcement de l’État au centre des interventions ». La gouvernance de la
reconstruction porte – dès lors – sur une législation sûre à obtenir de l’État à
partir d’un consensus entre les différents pouvoirs et visant toutes les
22 échelles de la pyramide sociale. Ceci devrait permettre que le foncier soit
« acquis à l’amiable, avec éventuellement un dispositif de préemption
urbaine en appui » comme le souhaitent les rédacteurs du dossier CIAT de
l’État haïtien. C’est que l’État est régi par la loi bien que, dans les
circonstances concrètes du moment, beaucoup de termes, beaucoup
d’instances en Haïti, doivent être ponctuellement redéfinis, même le terme
« État » lui-même comme l’a écrit récemment le docteur Maryse
NoëlRoumain. La gouvernance de la reconstruction repose aussi sur une cohésion
interétatique parfaite pour éviter le désordre, la « gagotte » et le chaos.
Ce que l’on a présenté le 31 mars 2010 à l’ONU et sur la foi duquel les fonds
ont été promis, c’est le Plan d’action post séisme PDNA (Post Disaster
Needs Assessment) qui se décline en quinze chantiers réunis sous quatre
programmes, soit : Infrastructures, Gouvernance, Réduction de la
vulnérabilité des populations et Croissance économique. Suivant le Plan, la
valeur totale des besoins s’élève à 11,5 milliards de dollars et se répartit
comme suit : 52% pour les secteurs sociaux, 17 % pour les infrastructures,
logement compris, 15 % pour l’environnement et la gestion des risques et
des désastres, 6% pour le développement régional, 6% pour l’amélioration
de la gouvernance et le reste pour des secteurs divers y compris le secteur de
la production. Ce fameux Plan se veut l’option stratégique et le choix de la
refondation économique, sociale, territoriale et institutionnelle d’Haïti, basée
sur notre culture et notre créativité. « C’est, dans les termes mêmes du Plan,
le choix de la création de richesse et d’emplois, sans lesquels nous ne
pourrons protéger notre environnement ni améliorer le développement
social… c’est le choix du secteur privé national, régional et international,
comme agent premier de cette création de richesse et d’emplois ».
Ce Plan est certes méritoire. Toutefois il devrait s’articuler autour de ce que
le maire d’alors, Jean-Yves Jason, appelait le « choix des axes normatifs » de
cette reconstruction à partir d'un agenda citoyen. Jason voulait reconstruire
« à partir d'un schéma directeur, d'une planification stratégique, à partir de la
confrontation des idées, dans le cadre d'une démarche participative. » Il se
réfère à la Déclaration de Rotterdam qui adjuge aux autorités locales le rôle
de prendre la tête dans la reconstruction.
Il faut reconstruire non seulement à partir d’une bonne gouvernance
comme le suggère le Plan, mais aussi à partir d’une gouvernance de la
reconstruction elle-même. Cette gouvernance de la reconstruction tient
compte des marges de manœuvre de chacun, de chaque secteur de la société.
Comme l’explique le maire, après le problème immédiat de la prise en
charge des sinistrés, il existe la question de l'aménagement d'un espace
administratif pour les constructeurs. Puis, il faut une planification
urbanistique, une définition des espaces communautaires, des espaces
23 publics etc. Une telle définition tient compte nécessairement d’une
législation d’exception portant sur les déclarations d'utilité publique. Elle
touche donc au droit des propriétaires à l’indemnisation qui doit leur être
accordée. Est-elle dérisoire, est-elle équitable ? Y a-t-il des cas où l’État sera
victime de surenchère ? Va-t-on tenir compte des impôts locatifs qui
n’avaient pas été payés ?
Après le séisme il était question de déplacer Port-au-Prince. On avait pensé à
St-Marc dans le bas-Artibonite, à Marchand Dessalines et même à
Mirebalais et au Plateau central en général. Les mois ont passé et l’on a
abandonné l’idée de déplacement. Les techniciens ont plutôt démontré que
beaucoup de grandes villes sont bâties ou rebâties sur des failles et
subsistent, résistant à des séismes majeurs. L’essentiel, d’après ces
scientifiques, est de recourir aux codes parasismiques et de les respecter
scrupuleusement. Outre les codes antisismiques ont doit aussi penser aux
lois urbanistiques les plus rigoureuses et à l’ordonnancement de toutes
choses dans un système de zonage incluant un périmètre pilote et tous les
autres périmètres exclusifs à tel ou tel secteur de la vie.
Donc, apparemment, Port-au-Prince sera rebâtie à Port-au-Prince, mais elle
ne pourra pas être rebâtie sans les Port-au-Princiens et en premier lieu sans
une participation active de la Mairie de Port-au-Prince. Elle doit aussi,
comme l’a dit James Dobbins qui avait séjourné en Haïti comme envoyé
spécial sous l’administration Clinton, être « rebâtie de la tête aux pieds et des
pieds à la tête. » Pour M. Ronald Baudin, le ministre de l’Économie et des
finances en 2010, il s’agira d’abord de délimiter l’espace du centre-ville,
puis de réhabiliter les infrastructures publiques, drainages, feux de
signalisation, places publiques, etc.
Monsieur Jason s’est plaint du fait apparent que le gouvernement central
n’avait pas fait appel à lui dans les premiers temps alors que l'article 66 de la
Constitution stipule que les communes sont autonomes administrativement
et financièrement et que les maires sont les premiers à être consultés dans
toutes démarches qui concernent la commune. De plus, le décret de 2006
portant sur la décentralisation, explique les compétences des villes quand il y
a danger. Le maire Jason (avant son éviction) voulait à bon droit une vision
technique, politique peut-être, mais non politicienne de la reconstruction.
Nous adhérons volontiers à sa position. Toutefois le tout Premier citoyen de
la Ville devrait reconnaître aussi que les dimensions apocalyptiques du
désastre laissent très peu de marge de manœuvre à une mairie sans grand
budget même pour les affaires courantes en temps normal. Quand il s’agit
de milliards il faut laisser parler les milliardaires. Toutefois, même par
respect, la Mairie devrait être appelée dès les premiers jours à s’asseoir avec
les vrais bailleurs.
24 L’Université aussi a fourni sa plainte. En toute raison sans doute car dans un
pays civilisé, l’Université est la tête pensante. Elle ne devrait pas être
ignorée. « Si on ne nous a pas consultés et que la reconstruction nous
concerne tous, c’est à nous de nous mobiliser pour dire ce que nous ne
voulons pas » a martelé l’universitaire Michel Hector. C’est pourquoi
l’Université d’État d’Haïti (UEH) a jugé bon d’organiser son propre sommet
(le fameux Forum sur la Reconstruction Nationale – FORENA – 8-10 juin
2010) en vue d’arriver à une vision de la reconstruction. L’UEH a même mis
sur pied un Observatoire de la reconstruction en vue de suivre tout le
processus et d’intervenir avec un jet de lumière toutes les fois que cela aura
été nécessaire.
Comme on devrait s’y attendre, l’Université d’État d’Haïti n’a pas pu se
pénétrer de la réalité actuelle où la reconstruction est prioritairement remise
à des puissances étrangères. Dans un élan de patriotisme, le professeur
Michel Hector a lâché : « La refondation pose nécessairement la question de
la reconquête de la souveraineté du pays. » Ce sont à peu près les mêmes
mots qu’avait prononcés l’éminent professeur et homme d’État Leslie
Manigat dans sa conférence d’ouverture relative à la refondation d’Haïti. De
sorte qu’on n’a pas appris grand-chose dans ce premier Forum à part


quelques points techniques favorables à une reconstruction inclusive où
toutes les communautés ont leur place et leur mot à dire. Il faut en cela dire
non à la centralisation des projets et des décisions, et à l’exclusion du secteur
informel et des compétences locales. Par exemple le professeur canadien
25 Gonzalo Lizarralde qui était invité au Forum a prévenu les décideurs contre
le risque de détruire les communautés et les tissus sociaux en les déplaçant
vers des zones isolées. Le professeur soutient qu’il faut voir d’abord les
institutions et les infrastructures existantes pour les refaire ou les revigorer.
Il déclare : « Le problème n’est pas de fournir des maisons, mais de fournir
des infrastructures. »
Finalement une gouvernance de la reconstruction doit viser l’efficience,
l’efficacité et un temps record pour l’achèvement des travaux. C’est
peutêtre ce que l’éphémère Premier ministre haïtien Garry Conille exposait
dans son Énoncé de politique générale (oct.2011) quand il parlait du
« renforcement des diverses zones du pays et de la réingénierie de l’État
haïtien mise en œuvre à travers le grand Chantier de la refondation
institutionnelle, et un cadre légal relatif à l’aménagement du territoire et
au développement local… à la gestion du foncier et de la construction. »
Le Plan d’action post séisme s’était déjà référé à cette étape des travaux
comme étant « le second temps » qui s’ouvre sur une perspective temporelle
de dix ans, permettant de tenir compte de trois cycles de programmation des
Stratégies nationales de croissance et de réduction de la pauvreté.
Le livre biblique de Néhémie – bien qu’il s’agisse là de l’histoire ancienne –
fournit un modèle parfait pour la reconstruction d’Haïti. Comme ici, (et sans
aucune question de spiritualité ou de religion) il s’agissait de reconstruire la
ville (et premièrement la muraille) dévastée de Jérusalem. Comme dans le
cas d’Haïti, la reconstruction bénéficia de l’assistance étrangère (législations
ou lettres royales, fonds et équipements (Chap. 2 :8), forces de sécurité (2 :9)
1- celles d’Artaxerxés, le roi de Perse dont Néhémie était l’échanson ).
1 Néhémie, au lieu de créer un Bureau central ou une Commission intérimaire multinationale
qui se chargerait de tout le travail, recourut à la facile division du travail en assignant aux
leaders locaux la tâche de rebâtir dans leurs régions respectives. Bien sûr, il leur distribua les
équipements et le savoir-faire supplémentaires qu’il avait obtenus du Parc royal d’Artaxerxés.
Ainsi les leaders conduits par la famille Senaa (ou Hassenaa) ayant désigné leur propre
Commission locale, rebâtirent la Porte des poissons (chap 3 :3) ; les familles Jojada de
Paseach, de Melata etc., avec leur commission formée majoritairement de charpentiers,
rebâtirent les portes de la Vieille Ville (3 :6). Quant à « Hanun et les habitants de Zanoach
[ils] réparèrent la porte de la Vallée ; ils la bâtirent et en posèrent les battants, les verrous et
les barres. Ils firent de plus mille coudées de mur jusqu’à la porte du Fumier » (chap 3 :13).
Malkija, industriel et orfèvre, mit toute sa compagnie métallurgique à travailler à la porte de
l’Inspection et à la porte des Moutons dans leur localité (chap 3 : 31,32). En fait tous les 32
versets du chapitre 3 de Néhémie présentent l’énoncé d’une méthode pratique et rapide de
travail et d’un plan décentralisé réalisé par des leaders locaux et non exclusivement par des
étrangers. La méthode de Néhémie fut si efficace que le travail fut achevé seulement en 52
jours ! Ceci est tout simplement incroyable quand on sait que le périmètre total des
murailles était d’environ 250 000 coudées (environ 110 kms) et que deux cent cinquante
tours de garde étaient bâties au-dessus des murailles. (Encyclopédie théologique...
JacquesPaul Migne, Paris, 1855).
26

Aujourd’hui, bien sûr, la situation et la technologie sont différentes, et la
reconstruction d’Haïti, y compris la refondation de son État, sera une œuvre
pharaonique qui certainement exigera plus de temps. Il ne s’agit pas, en
effet, d’un endroit relativement dépeuplé où il ne faille que travailler. Non. Il
faut s’affronter à une population qui reste, se multiplie et ne veut pas être
déplacée ; il faut travailler au milieu d’un encombrement monstre. Toutefois,
la leçon qui peut être apprise de Néhémie, est celle de la facile division du
travail. La Commission intérimaire fonctionnant aujourd’hui (ou qui
fonctionnait hier encore) sous la baguette de l’ancien président Bill Clinton
devrait faire plus de place aux leaders locaux. Elle doit leur adjoindre des
techniciens spécialistes mais leur laisser faire leur travail suivant un plan
local qui convienne à leurs besoins, à leurs goûts spécifiques. Il faut ainsi
responsabiliser les populations respectives les laissant embellir leur propre
lakou (ou patelin). On ne peut pas encore enlever aux Haïtiens leur mentalité
de lakou. Et l’on verra avec quelle rapidité le travail de la reconstruction sera
achevé…
HQ +DwWL eWD GHODLUDQ HVFO HVpVYX
– À partir d’un dossier de l’État haïtien auquel a contribué la firme
Reichen et Robert & Associés, Bureau d'ingénierie.
– Dossier financé par la Banque mondiale.

Reconstruire fait appel à certains concepts tels que ceux portant sur les
typologies du bâti, les projets déclencheurs et les pôles de développement.
Ceci nous ramène aux objectifs à fixer par la reconstruction elle-même à
savoir la réduction des inégalités sociales, la rééquilibration du territoire par
la réduction du poids de Port-au-Prince et l’enrayement du processus de
dégradation de l’environnement, suivant les vues de l’État haïtien telles
qu’exprimées dans le fameux dossier « Objectifs et stratégies ». (Objectifs et
stratégies territoriales pour la reconstruction. - République d'Haïti – mité
interministériel d'aménagement du territoire, CIAT, 2010). Ce document a le
mérite de diviser le travail en quatre temps :
• Le temps de l’urgence vitale qui a commencé peu après le séisme,
• Le temps « transitionnel »,
• Le temps des projets structurants c’est-à-dire celui des grandes
infrastructures et devant durer environ 10 ans, et
• Le temps de la transformation sociale portant sur une « échelle
générationnelle » d’environ 20 ans.
27
WWH'?Ces temps forts doivent bénéficier d’une visibilité certaine dans les faits et
les résultats quantifiables au lieu d’être de simples balivernes d’académie. La
présence de la puissance publique doit être matérialisée sur le terrain et la
population doit travailler à côté de cette puissance sans être intimidée. C’est
pourquoi, parmi les travaux à forte intensité de main d’œuvre, on conçoit
tout d’abord le réseau routier en tant qu’il est l'élément structurant et le
catalyseur des développements urbains. Un bon réseau réduit les temps de
parcours tout en facilitant les échanges. En Haïti la route est aussi un lieu de
rencontre, le salon du peuple. Tout en songeant à la sécurité routière et à la
fluidité du trafic, il faudra aménager des espaces, des lieux d'échange dans le
voisinage des routes comme on doit le faire autour des marchés et des gares
routières.
Bâtir des villes en réseau, comme on le recommande pour cette
reconstruction post séisme, suppose qu’on ait en même temps ou tout d’abord un
bon réseau routier. Ces villes en réseau seraient des conurbations situées à
une distance d’environ 30 kilomètres d’une ville à une autre et placées à
environ une demi-heure des zones résidentielles suivant le modèle de la
randstat hollandaise. Ces villes en réseau serviraient à mutualiser les
équipements et les services et à prévenir les grandes concentrations urbaines.
Elles serviraient aussi à associer dans un même projet économique et sur un
même territoire l'agriculture et les industries de transformation. Car – tous
les urbanistes l’ont montré – il faut avoir une vision territoriale, régionale et
communale des routes. Nous ne voulons pas de routes qui ne mènent nulle
part et qui épuisent les fonds du Trésor. Beaucoup de routes que nous
avions avant le séisme ne servaient pas à l’avancement économique de leur
zone ; laissées pour compte, elles ont disparu. La route doit se concevoir en
tant que facteur de développement et l’on doit reconnaître qu’elle n’en est
pas le seul.
Ici les auteurs d’Objectifs et stratégies dénotent que les villes haïtiennes
tendent toutes à tourner le dos à la mer tandis que dans d’autres pays on
bâtit plutôt face à la mer. Au contraire sur nos plages on établit plutôt des
bidonvilles crasseux. Le projet de l’État équivaut à « une réflexion générale
sur la maîtrise de la façade littorale dans toutes les agglomérations de façon à
éradiquer définitivement l’occupation de ces sites par un habitat indigne ».
L’État veut reconquérir la bande littorale en commençant symboliquement
par Port-au-Prince, en recréant le Bicentenaire et en faisant de Cité Soleil un
lieu de promenade pacifique ! Les ingénieurs et architectes de renom qui ont
élaboré les dits Objectifs proposent donc de reconstruire la relation à la mer
dans le cadre d'un projet économique national. Ils promeuvent partout une
haute qualité architecturale et technique ainsi que la maîtrise parasismique.
28 Ensuite il faudra faire face à la question des bassins versants pour favoriser
le reboisement et la reforestation en plus de la mise en plan de pépinières et
de la production de plantules. En même temps il faudra se colleter à la
question de l’énergie de cuisson (la consommation de charbon de bois) en
tant qu’elle est une priorité absolue. Le plan auquel nous nous référons ici
envisage de mettre à la disposition de 700 000 familles des équipements de
cuisson alimentés au gaz propane en même temps qu’il sera fait interdiction
aux boulangeries, blanchisseries, distilleries etc. de se servir de bois comme
sources d’énergie. L’on demande aussi que les parcs nationaux : Parc de la
Hotte, Parc de la Selle, Parc de la Citadelle, soient sanctuarisés et laissés
libres pour leur régénération, étant gardés par une police environnementale
digne de ce nom. Objectifs et stratégies a aussi le mérite de vouloir répartir
les travaux pharaoniques de Reconstruction sur trois axes prioritaires : 1- le
traitement des zones sinistrées ; 2- la prise en compte des 600 000 habitants
qui ont trouvé refuge hors de la région capitale, et 3- l’accélération des
chantiers environnementaux.
Nous jugeons très pratique cette façon de procéder. Le travail est conçu
comme devant se faire sur le mode régional de pôles de développement. La
région Nord est très favorisée de même que le Centre et l’Artibonite, parce
que, d’après les études, cette région offre l’avantage unique ou plutôt le haut
potentiel d’une restructuration de l’économie par l’application d’un modèle
de développement original mettant ensemble l’agriculture, l’élevage et les
activités de transformation à partir de la structuration d’un réseau de villes
moyennes.
De même, l’idée de chantiers pilotes ou prototypes, est excellente. Elle sert
de modèle pour qu’on n’ait pas toujours et partout à innover et donc mettre
plus de temps que ne le permet l’urgence de la reconstruction ; elle offre
aussi une vitrine de l’ingénierie pratique, une pédagogie des risques et des
bonnes pratiques de construction. De cette façon – comme le conçoit le
document du CIAT – la reconstruction du damier de Port-au-Prince servirait
de modèle pour la restauration de nos villes historiques : Le Cap, Les Cayes,
Jacmel, Port-de-Paix, Jérémie etc. Dans les projets pilotes au sens strict,
l’État haïtien vise à « associer des programmes d’équipement et de service
sur des sites stratégiques » de trois hectares en moyenne ; on en fait des lieux
symboliques de la reconstruction, intégrant la pédagogie des risques. On
associe dans des projets pilotes les questions environnementales, sociales,
culturelles et urbaines. Et on en fait un des axes de la reconstruction. Comme
dans tous travaux d’urbanisme le projet pilote respecterait les espaces :
espaces publics, espaces verts, réseaux d'eau potable et d'assainissement,
éclairage public, électricité, réseaux de communication, etc. On voit donc ici
une approche holistique, pluridisciplinaire. Il faudrait dans ce sens faire
appel − dit l’expert Patrice-Manuel Lerebours − à des ingénieurs, des
29 architectes, des environnementalistes, des sociologues, des économistes, des
spécialistes en santé publique, des paysagistes, des juristes et même des
psychologues, etc. (Lerebours, Le Nouvelliste, 25 novembre 2008).
[À cela il faut ajouter les technologies nouvelles de la communication
et l’Internet qui pourraient dépendre chez nous d’un parc
technologique pour la sous-traitance électronique, la création de
logiciels, l’installation de fibre optique, la mise sur pied d’un système
de « signature électronique », de contrats électroniques, d’un droit
électronique, etc., toutes choses qui nous fassent avancer vite dans la
reconstruction et la refondation. Aujourd’hui il n’y a pas d’urbanisme
sans l’appoint technologique de la communication. En cela le
CONATEL, seule instance étatique portant sur la télécommunication
en Haïti, a du pain sur la planche ; mais la loi de 1977 (revue en 1982)
qui l’a créée est aujourd’hui largement obsolète en même temps que
ses programmes sont amplement caducs et surannés.]
Pour ce qui est des grands pôles, l’exemple fourni par le CIAT est celui des
7 chantiers suivants qui illustrent l’idée des projets déclencheurs :
1- Les lieux de rencontre et de sociabilité : points de services intégrés aux
quartiers informels,
2- Les lieux d’échange : structuration des grands marchés et des pôles
d’intermodalité dans les villes,
3- Les pôles de développement,
4- Les projets intégrés : le secteur du parc de Martissant, des mornes à la
mer,
5- L’urbanisme et l’habitat formel : reconstruction du « damier » de
Portau-Prince et d’autres damiers orthogonaux,
6- La question de la bande littorale : reconstruction de la frange maritime
de Port-au-Prince,
7- L’architecture symbolique : reconstruction du Champ de Mars.
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Maquette de la nouvelle Ville de Port-au-Prince après la Reconstruction
(présentée le 18 juillet 2011 à la BRH,
au cours de la « Semaine de la reconstruction »)

C’est dans ce sens que les chercheurs conçoivent la décentralisation et
l’aménagement du territoire selon 4 régions (Nord, Centre, Ouest et Sud), 10
départements, 42 arrondissements, 140 communes et 570 sections
communales. Quelle différence quand on compare ce concept avec celui de
la tradition adoptée par la constitution de 1987 !
Dans le champ de la reconstruction, les Haïtiens doivent faire preuve
d’intelligence pour tirer le meilleur parti pour Haïti dans cette lutte entre les
grands. Selon certains experts, il est de plus en plus sûr que notre sous-sol
dispose de certaines matières assez rares et même du pétrole ; en tout cas,
notre pays est placé dans une position stratégique par rapport au reste de la
Caraïbe et de l’Amérique Latine. Il nous faut donc avoir une conscience
informée de notre réalité pour bien négocier cette solidarité internationale
conduite par les grands de ce monde ; il nous faudrait tout au moins gérer
cette solidarité afin qu’elle en soit une pour le mieux-être d’Haïti.
QD\RVEO
Ce serait gaspiller l'aide internationale et toute la solidarité citoyenne
partout mobilisée à tous les niveaux, si l'on se contentait de refaire une
copie neuve sur papier vélin de la société d'avant le séisme.
-FONHDILAC

Le dernier point concerne le déblayage. Troisième trimestre 2011, « la
quantité de débris qui continuent d’obstruer les rues dans le pays peuvent
31
QIQp'LHremplir 8 000 piscines olympiques », suivant les estimations du Programme
des Nations Unies pour le Développement. Dans le cadre du déblaiement, ce
que fait aujourd’hui le Centre national d’équipement (CNE) est semblable au
mouvement de quelques fourmis pour enlever une tonne de grains. Quelques
petits camions par-ci, par-là – cela nous fera prendre une éternité pour
enlever les débris. On doit vite entamer le travail réel qui sera l’œuvre de
grosses machines, de gros mastodontes mécaniques dont un grand nombre
sont déjà en Haïti mais ne trouvent pas encore de contrat. Après tout on ne
peut rien reconstruire sans premièrement déconstruire, enlever les
décombres, nettoyer et tracer. On ne va nulle part sans un partenariat
harmonieux, une synergie obtenue entre les différents secteurs, ou ce que le
Fonhdilac appelle « la responsabilisation individuelle et collective, la mise
en réseau aux niveaux local, national, régional et mondial ».
Cette responsabilisation individuelle porte d’abord sur la salubrité des
lieux. Dans l’aire métropolitaine et ailleurs, les rues sont sales. Très sales,
malodorantes, pestilentielles, puantes, noires de poussière et de fumée
toxique… Personne ne les nettoie, ni la municipalité, ni les gens. On a
honte de dire que jusqu’à présent (mi-2012) les villes haïtiennes sont de
vastes poubelles…
Mais comme en toutes choses, on trouvera dans la reconstruction des
obstacles, de l’adversité criante et parfois même des dénigrements. Ainsi on
trouve des intellectuels, des juristes et surtout des activistes de béton qui sont
contre la Commission intérimaire pour la reconstruction (CIRH) ou
l’institution qui maintenant la remplace. On a déjà eu de nombreuses
marches à « manche longue » dans les rues et des articles cinglants dans les
journaux. Quelques-uns ont vu que nous nous trouvons avec la Commission
dans « un bateau ivre sans gouvernail et aux repères brouillés ». Zo Chérubin
du K-sil, par exemple écrira : « Mettant à profit le cadavre en décomposition
extrême de l’État haïtien, on a accouché d’un monstre multicéphale dont une
seule tête est véritablement animée, pour passer des commandes à des
membres hétéroclites, engourdis par des privilèges sociaux et des promesses
mirobolantes. » Zo, toujours acerbe dans une logique caustique, dit voir dans
la formule CIRH une « vente à l’encan » des restes du pays, une remise de la
dépouille de l’État au laboratoire du néocolonialisme international, « sur la
simple promesse non garantie de 10 milliards de dollars ».
Quant à nous, sans être du tout acerbe, nous concevons que les dix
milliards ne seront pas donnés à Haïti. Si nous en trouvons la moitié ou un
peu plus (ou un peu moins) nous devrions nous réjouir et faire appel à de
nouveaux fonds. Le CIAT (étudié plus haut) fait appel à un Fonds spécial
pour l’Aménagement du territoire auquel pourrait émarger une agence
permanente du foncier haïtien. Pour cela il appelle à la coopération du
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