Histoire et pouvoir en Europe médiane

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296324770
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HISTOIRE ET POUVOIR EN EUROPE MEDIANE

HISTOIRE

ET POUVOIR

EN EUROPE MEDIANE

Sous la direction d'Antoine Marès Centre d'étude de l'Europe médiane (INALCO)

L'Harmattan 5-7,rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Sommaire

Introduction: Antoine Marès (Inalco, Paris)
L'avant 1989

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Tomasz Schramm (Université de Poznan): L'historiographie polonaise 1976-1989 29 FrantiSek Svatek (Académie des Sciences, Prague): L'historiographie tchèque des années 80 45 Pavol Petruf (Académie des Sciences, Bratislava): L'historiographie slovaque des années 80 81 A. Zub (Université de Ia~i) : Horizon clos - L'historiographie roumaine des années 80 105 Gyula Benda ( Budapest): L'historiographie hongroise des années 80 .11 7 Peter Vodopivec (Université de Ljubljana) : L'historiographie en Slovénie dans les années 80 127 Vladislav Marjanovié (Institut de l'espace danubien, Vienne) : L'historiographie contemporaine serbe des années 80 : de la démystification idéologique à la mystification nationaliste..139 Ivan ncev (Université de Sofia) : La science historique bulgare au cours des années 70 et 80 171 L'après 1989

Tomasz Schramm (Université de Poznan): L'historiographie polonaise de 1989 à 1994 191 Marie-Elizabeth Ducreux (Centre de Recherches Historiques, EHESS/CNRS, Paris) : Les Tchèques et leur histoire 203 Pavol Petruf (Académie des Sciences, Bratislava): L'historiographie slovaque dans les années 1990-1992 ..211 Gyula Benda (Budapest) : L'historiographie hongroise après
1989 . .. .. .. .. .. . . .. . . . . . . . . .. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .229

7

Andrei Pippidi (Université de Bucarest): Une histoire en reconstruction. La culture historique roumaine de 1989 à 1992 .239 Peter Vodopivec (Université de Ljubljana) : L'historiographie croate après 1989 2 63 Drago Roksandié (Zagreb) : L'historiographie croate après
1989

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Vladislav Marjanovié (Institut de l'espace danubien, Vienne) : L'histoire politisée. L'historiographie serbe depuis 1989 283 Krzysztof Pomian (CNRS - EHESS, Paris): Logique de la mémoire, logique de l'histoire .309

8

Antoine Marès lnalco, Paris En guise d'introduction

L'HISTORIOGRAPHIE DE L'EUROPE MÉDIANE MIROIR DES IDENTITÉS NATIONALES

COMME

Le Centre d'Etude de l'Europe médianel, qui couvre cette Europe longtemps qualifiée «de l'Est»2 ou d'» Autre»3 - c'est-àdire l'espace compris entre le domaine germanique et italien d'un côté, russe de l'autre, soumis à la tutelle ou à la surveillance soviétique pendant plus de quarante ans -, s'est interrogé sur la «transition» consécutive à l'automne 1989 en partant d'un constat simple: face à un discours de rupture radical, parfois même révolutionnaire, nous remarquions la persistance des phénomènes de continuité. Comme historiens, le terrain de l'historiographie nous était familier. Nous y avions nos repères, résultat d'une longue fréquentation et d'une réflexion issue de la confrontation de nos travaux avec ceux de nos collègues de l'Europe médiane. Gênés par ces décalages patents entre discours et réalités, nous avons formulé une

1 À l'Institut national des Langues et Civilisations orientales (Paris), qui regroupe langues et civilisations "rares" des cinq"çontinents. 2 Le terme a été adopté en France dès 1945, entérinant aussitôt la division politique de l'Europe. 3 Avec notamment la revue L'Autre Europe (éditée par l'Âge d'Homme), qui s'est inspirée des thèses développées par le prix Nobel de littérature Czeslaw Milosz. Cf. sur cette question les actes du colloque tenu à Varsovie en 1990 "L'Europe centrale, réalité, mythe, enjeu, XVIIIe-XXe siècles", Cahiers de Varsovie 11 DJ.2,Centre de civilisation française, Editions de l'Université de Varsovie 1991. 9

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que discours de légitimation, au cœur des identités nationales7 : le double culte des langues et des histoires nationales structurait les mentalités des nouvelles élites - bourgeoises ou aristocratiques - dans un mouvement de reconquête des centres urbains où, souvent, les communautés juives et allemandes étaient jusque-là dominantes. L'histoire était mise en scène - par le théâtre, la littérature, les rites patriotiques - pour gagner les masses. Les solidarités n'étaient plus territoriales: elles devenaient sociales et/ ou nationales, après que la nation avait été définie linguistiquement. Chez les premiers «Eveilleurs» héritiers des Lumières, la science était au service du savoir et du progrès. À partir de l'Empire napoléonien, son utilité était déterminée par le bénéfice qu'en tirait la nation. L'Histoire, qui sortait des balbutiements de la chronique, devenait paradoxalement constructrice de mythes tout en se dotant d'instruments scientifiques. Plus tard, le discours historique sera - et restera - un substitut au manque d'identité. Ces mythes - par exemple celui des origines du Slave pacifique, pasteur et démocrate face au Germain conquérant et brutal, que l'on retrouve dans les vieilles chroniques slaves (mais chaque nation a élaboré les siens) - ont alim~nté en profondeur les peuples, au point de devenir clichés. En pénétrant les esprits, ces derniers - fortement intériorisés - se sont transformés à leur tour en une partie intégrante de la réalité. C'est au siècle dernier que se sont cristallisés les grands débats historiographiques et que se sont constitués ces «nœuds» polémiques qui sont jusqu'à présent indissociables des identités nationales: chez les Polonais, la grande école romantique, inspirée par la Grande Emigration de 1830 et incarnée par Joachim Lelewel, était contestée par les réalistes de Cracovie, les «5tanczycy» (avec Michal Bobrzynski), q~and il s'agissait de comprendre les raisons de la chute de l'Etat8. Pour les Tchèques, le débat central portait sur l'appréciation du mouvement hussite du XVe siècle et de la défaite de la Montagne Blanche en 1620, la dimension religieuse ayant connu
7 A noter à ce sujet l'apport de l'ouvrage collectif de Dennis Deletant et Harry Hanak, Historians as Nation-Builders. Central and South-East Europe, Macmillan Press/School of Slavonic and East European Studies, Londres 1988, 245 p. 8 Cf. Daniel Beauvais, art. cit. Il

un glissement vers le problème de l'État9. En Hongrie, la question de l'identité nationale et la place de la nation en Europe - centrées autour des drames de 1848, 1920, 1956occupent une place considérable1o. Pour cnacun, il y a un spécifique à déterminer et à affirmer à travers l'histoire. L'histoire nourrit ainsi un déterminisme - aux effets constamment ambivalents - du rôle de chaque nation. Et même si ce spécifique est largement partagé - rempart et défense de la chrétienté, messianisme auto-légitimant, peuple à la fois élu et expiateur11, le discours historique est focalisé sur le sens de l'existence propre de la nation. Une Histoire constamment manipulée

Si l'histoire est si importante, ni le pouvoir ni la société ne peuvent la laisser aux seules mains des artisans de l'atelier historique. L'historien est sans cesse soumis à la pression sociale de la nation, qui lui reconnaît un statut éminent, mais en l'obligeant à satisfaire ses aspirations et à pratiquer l'autocensure: il doit respecter consensuellement l'intérêt national. Et quand le porteur du discours historique enfreint cette règle, il est brutalement placé au ban de la société, tel le Tchèque Masaryk, qui, en 1886, avait remis en cause le tabou patrioti~ue des faux manuscrits de Zelemi Hora et de Dvur Kralové 2. Le pouvoir, conscient des enjeux, cherche lui aussi à mettre l'histoire de son côté: en flattant les historiens, en leur octroyant une place de choix, en les associant même à la décision, il tente de les amadouer. Historiens courtisans, intellectuels organiques, c'est la tentation. Parfois, les nations
9 En français, cf. l'ouvrage fondamental de Bernard Michel, La Mémoire de Prague (Librairie académique Perrin, 1986, 220 p.), qui concerne en fait Tchèques et Slovaques tout en abordant à titre comparatif le domaine polonais. 10 Cf. dans le numéro 67 de la revue Relatiolls il1tern~tïol1ales (automne 1991) l'article de Mikl6s Szab6 (p.250-257) sur la révolution de 1956. Il Thème que l'on trouve à la fois chez les Polonais (Mickiewicz, Towianski) et chez les Hongrois (dans les hymnes nationaux de Kolcsey et de Vôrôsmarty). Cf. "Hymnes nationaux de l'Europe médiane", Cahiers d'études des civilisations de ['Europe centrale et du Sud-Est, n° 9 (Inalco, 1993). 12 Ces manuscrits "découverts" en 1816 et 1818 appartenaient à cette vague de faux littéraires, dont le Dit d'Ossian dû à MacPherson était un exemple en Europe occidentale.

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utilisent au contraire les historiens pour briser les pouvoirs impériaux établis. Des noms peuvent illustrer toute cette gamme de cas différents: du Polonais Lelewel, du Tchèque Palacky, du Roumain Kogalniceanu ou du Serbe Novakovié aux Polonais Mazowiecki et Geremek ou au Hongrois Antall, en passant par Josef Pekar, Kamil Krofta, Nicolae Iorga, Gyula Szekfü et tant d'autres. L'histoire a une autre fonction capitale: elle sert à justifier l'occupation d'un territoire ou à la revendiquer. Roumains et Hongrois se renvoient depuis de nombreuses décennies des arguments historiques sur l'antériorité et la permanence de leur présence en Transylvanie pour y imposer l~ur souveraineté13. En vertu de l'ampleur de ces enjeux, les Etats ne peuvent se désintéresser de l'orientation du discours et de la recherche historiques. Le protochronisme peut aussi jouer le rôle d'un substitut d'histoire. Plus on remonte loin dans le temps, moins il existe de sources explicites, plus il est facile d'extrapoler de données lacunaires les théories les plus invérifiables. Il en est ainsi pour l'histoire de l'Europe centrale du VIle au début du Xe siècle, examinée dans une optique patriotique ou nationaliste, sans parler des périodes antérieures, comme par exemple les thèses allemandes sur la continuité de la présence germanique depuis les Marcomans et autres Quades installés, au début de notre ère, et chassés (ou engloutis) par la grande migration des peuples. Les polémiques entre historiens tchèques et allemands à ce sujet sont célèbres14. Ces éléments allaient prendre un relief encore plus grand avec les régimes communistes, dont l'installation préludait précisément à la «fin de l'histoire», puisque, selon les thèses marxistes-léninistes, son moteur, «la lutte des classes», disparaissait avec eux. L'idéologie prédisposait les nouveaux dirigeants à transformer et à contrôler le discours historique.
13 L'Académie des sciences hongroise a récemment publié un gros ouvrage pour étayer les positions de Budapest. Cf. aussi Jean Nouzille, Transylvanie. Terre de contacts et de conflits (Revue d'Europe centrale éd., Strasbourg 1994) et Catherine Durandin, Histoire de la nation rourllaine, Editions Complexe 1994, 167 pages. 14 A noter que certains Allemands, tel Wilhelm Wostry, refusèrent la thèse de la continuité défendue notamment par Bertold Bretholz contre Palacky, ou plus tard par Josef Pfitzner. Cf. Frantisek Kutnar, Prehledllé dejiny ceského a slovenského dljepisectvi, tome II, SPN Prague 1977 (p. 222-224, 441-446). 13

Mais il s'agissait également, en montrant que l'accession au pouvoir était l'aboutissement logique de l'Histoire, de légitimer une position dont les bases étaient souvent bien plus fragiles qu'il n'y paraissait, en particulier dans la conscience des nouveaux dirigeants. Les ateliers de l'Histoire l'étatisation du temps en régime communiste ou

L'historiographie des pays communistes était peu étudiée en Europe occidentale. En régime communiste même, en dehors d'indigestes bibliographies et d'études ponctuelles souvent commandées à l'occasion d'anniversaires officiels, le discours historiographique a rarement fait l'objet d'approches systématiques. C'est après 1989 que des travaux critiques importants analytiques ou synthétiques - ont commencé à voir le jourl5. Ils ont permis d'avoir une vision plus précise de la production. C'est entre 1945 et 1952 qu'ont été mises en place les nouvelles structures scientifiques inspirées par le modèle soviétique, à la suite d'une épuration des historiens anticommunistes ou, tout simplement, positivistes. On réduisit, selon le vocabulaire en vigueur à l'époque, «les koulaks de la science» au silence. Une séparation assez nette a été alors établie entre l'Université, dont la vocation pédagogique a été soulignée, et les Académies des Sciences, dont les Instituts d'Histoire étaient les lieux privilégiés de la recherche: c'est là que se retrouvaient les élites scientifiques idéologiquement agréées. Ce schéma général serait, bien sûr, à nuancer selon les pays. Ces structures ayant été mises en place, les représentants nationaux de l'ère stalinienne, les épigones jdanoviens, ont
15 Notamment le numéro de la revue Relations Î1ztenzat(onalescité plus haut et le numéro 4 (volume 97) d'octobre 1992 de l'Anlerican Historical Review consacré à "l'historiographie des pays de l'Europe de l'Est" (Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Yougoslavie et Bulgarie). Sur le domaine poIonais, cf. aussi Slavic Revie'lo (hiver 1985, n044). Sur les difficultés d'étudier le temps présent, voir les réflexions menées au sein de l'Institut d'Histoire du Temps présent (CNRS/Paris), et les actes du colloque Histoire et temps présents en Europe tenu à Verdun les 28 et 29 mai 1993 (Centre d'Histoire du Vingtième Siècle/FNSP et Centre mondial de la Paix), à paraître.

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lancé de vastes opérations de démantèlement idéologique: il s'agissait d'éliminer de la mémoire savante et populaire tous les personnages et les épisodes qui n'étaient pas intégrables dans la vision téléologique de l'histoire, inspirée par le marxisme-léninisme. Après avoir été disqualifiés comme n'appartenant pas à la ,gauche, les figures glorieuses du passé récent, fondateurs d'Etat (Pilsudski, Masaryk, Benes...) ou dynastes déchus (Michel de Roumanie, Pierre II...), furent bannies des places et des bâtiments publics. Leurs œuvres et leurs noms disparurent des manuels et des bib}iothèques. Plus généralement, tout élément de conflit entre les Etats satellites et l'URSS (mais aussi la Russie) fut aboli. L'on assista à une véritable «soviétisation» des histoires nationales16. Une fois vidées de leur substance, ces histoires furent en partie reconstruites sur d'autres bases. Les héros disparus furent remplacés par des héros fictifs et ceux qui subsistaient, faute de pouvoir être totalement écartés, furent réinterprétés. La classe ouvrière prit un relief considérable. Mais dans cette zone marquée longtemps par l'archaïsme économique, on fut contraint de lui substituer les révoltes paysannes, plus efficientes pour démontrer la vigueur de la lutte des classes passée. L'histoire fut aussi profondément laïcisée et le XIXe siècle projeté sur le passé, avec les intruments extrêmement simplistes du marxisme imposé par Staline et Jdanov ou par leurs émules locaux. Pendant quelques années, le discours historique fut totalement subverti par une idéologie caricaturale, dans un univers dominé par la répression et la peur, mais aussi par la conviction qu'avaient nombre d'intellectuels de contribuer à la construction d'un monde nouveau. Pour les historiens, comme pour les autres acteurs culturels, le tournant fut pris en 1956, à la suite des prémices de 1953, quand la lutte pour le pouvoir menée à Moscou s'accompagna de la déstalinisation17. Les
16 Pour la Pologne, Krystina Kersten (auteur de The Establishnlent of the Communist Rule in Poland 1943-1948, Boulder, Colorado 1991) préfère parler de "pérélisation", du polonais P .R.L (République populaire de Pologne), mettant ainsi l'accent sur l'in1portance du facteur intérieur et sur la spécificité du cas polonais. 17 Sur ces itinéraires, toute une enquête rétrospective reste à faire, qui passerait par des récits de vie ou des études biographiques. Pour le domaine tchèque, cf. Karel Bartosek dans Index on Censorship (février 1981, 15

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communautés historiques renouèrent avec le sentiment qu'il était nécessaire d'observer une déontologie. Ces intellectuels au service d.u pouvoir revinrent à une certaine indépendance et à leur mission critique, le facteur temps ayant aussi joué son rôle dans leur impatience et, finalement, leur révolte. Certains, ayant découvert les écrits du jeune Marx, les théories de Gramsci et de Lukacz, demeurèrent fidèles à un marxisme tempéré d'humanisme. D'autres, comme le philosophe Leszek Kolakowski, rejetèrent avec vigueur ce qu'ils considéraient comme ayant été une erreur. Pierre Kende explique ces différences par des degrés divers d'adhésion au régime sous l'ère stalinienne: plus celle-ci avait été forte, plus la tromperie avait été fortement ressentie, et plus la réaction avait été virulente et militante18. Par la suite, les différences se sont creusées et les variantes histortographiques se sont accusées dans l'espace et dans le temps. A travers l'espace, parce que les régimes de la zone n'ont pas" évolué de la même façon. En Pologne, avec la présence de l'Eglise, en Hongrie, après l'épreuve de 1956, le pouvoir a été amené à composer. Il lui aurait été impossible de subsister sans accorder quelques satisfactions aux intellectuels. L'autonomie des historiens de ces deux pays était nettement plus affirmée que celle de leurs collègues: plus libres de leurs mouvements, ils jouissaient de conditions de travail plus satisfaisantes, pouvaient voyager plus facilem~nt, avaient un accès plus libéral à la litt~rature occidentale... A cet égard, les jugements portés sur l'Ecole des Annales et son influence étaient d'assez bons indices de la liberté dont les historiens bénéficiaient. Les niveaux respectifs des historiographies se sont évidemment ressentis de ces conditions d'ouverture inégales. Dans le temps, les variations n'ont pas été moindres. Les moments forts du "1956" hongrois et polonais, du "1968" tchécoslovaque, du "1980" polonais à nouveau, ont été accompagnés d'espaces de liberté dont la planète historique a profité au premier chef. Les années 80, en général, ont vu sur ce

Londres), dans Dljiny a soucasnost, dans Plan1en, avril et août 1968, dans Doba, juin 1969. 18 Dans L'engagement des intellectuels à l'Est (sous la direction de Catherine Durandin, cnez L'Harmattan 1994, p. 81-95). 16

plan une certaine détente, même si des tabous importants demeuraient. Une étude attentive fait donc ressortir une grande diversité, tant entre les différents pays du bloc soviétique qu'en leur sein. Dans les années 70-80, par exemple, le climat intellectuel qui règne à Bratislava est sensiblement moins lourd qu'à Prague, ce qui explique en partie que la dissidence historique se soit essentiellement concentrée en Pay~ tchèques, comme le notent Frantisek Svatek et Pavol Petruf. A Iassi, les historiens pouvaient travailler, malgré toutes les contraintes dont ils étaient victimes (et qui pouvaient aller jusqu'à l'emprisonnement), avec une latitude plus grande qu'à Bucarest. Telle revue éditée par un musée de province pouvait publier à quelques centaines d'exemplaires des articles qu'il aurait été impensable de faire paraître dans des supports nationaux. De la même manière, dans les sciences auxiliaires de l'histoire, chez les médiévistes, parfois aussi chez les modernistes, il était possible de se préserver de l'arbitraire du pouvoir par un attachement aux règles du "métier". En revanche, les contemporanéistes étaient constamment sous le feu de la censure et des pressions: courage signifiait pour eux danger existentiel. On le vit en Tchécoslovaquie, avec le lourd tribut que les historiens payèrent à la normalisation à partir de 196919. Par ailleurs, avec l'accélération de l'information due au développement des techniques de diffusion et de reproduction (radio-électrique, par satellite, photocopies, cassettes audio et vidéo), une pression de plus en plus forte a pesé sur le pouvoir, confronté à une véritable "dissémination" de l'histoire et contraint de s'adapter en engageant un dialogue qui ne soit plus fondé sur la seule répression. Les historiographies dissidentes et étrangères ont ainsi joué un rôle important de déstabilisation - bien entendu très variable selon les pays - du pouvoir dominant. Et il ne faut pas sous-estimer non plus les aspirations croissantes des acteurs de l~histoire à une certaine honnêteté, à une certaine transparence20.

19 Cf. Acta persecutionis (San Francisco, 1975), textes réunis par Vilém Precan, actuel directeur de l'Institut d'histoire contemporaine de l'Académie des Sciences tchèque. 20 Cf. l'introduction de Miklos Molnar au numéro de Relations internationales. 17

À la veille de 1989; on pouvait répartir les pays de la zone en trois groupes : ~tats relativement ouverts (Hongrie, Pologne, Yougoslavie), Etats semi-fermés (Tchécoslovaquie, Bulgarie) et Etats presque totalement fermés (Roumanie, Albanie). Ces différents degrés se caractérisaient par le poids et l'ampleur des sujets tabous - relations conflictuelles avec l'Union soviétique, importance des «pages blanches» nationales - et l'état méthodologique des historiographies. Alexandru Zub montre bien pour la Roumanie comment autochtonisme, protochronisme et autarcie culturelle se sont combinés pour devenir une sorte de pathologie étatique. Une autre question fondamentale demeure. Derrière leur fonction de légitimation idéologique du régime communiste, les historiographies de l'Europe médiane soviétisée sont restées profondément imprégnées par les schémas nationaux, voire nationalistes, du XIXe siècle. De manière presque caricaturale, les autorités roumaines ont ainsi souligné la continuité de "Burebista à Ceaucescu"21 tandis qu'à Prague, une grande exposition sur le roi de Bohême et empereur du Saint-Empire Charles IV s'achevait sur l'aboutissement "husakien"22, présenté comme quasiment organique. Dans le même sens, la compétition entre les «meilleurs socialistes» pourrait apparaître comme un substitut à des oppositions plus anciennes. La rivalité entre la RDA - Marx et Engels étaient allemands tandis que Lénine n'était qu'un épigone, laissaient entendre certains dirigeants est-allemands: et la Tchécoslovaquie - qui devint en juillet 1960 le premier Etat socialiste après l'URSS - était symptomatique de rivalités plus anciennes. Ainsi est-on en présence d'un paradoxe puisque les partis communistes, par définition internationalistes, se sont coulés dans les histoires nationales23. Sous !e vernis marxiste, qu'est-il resté des antagonismes entre Etats que masquait la tutelle soviétique? Dans les mentalités populaires - et même au sein
21 Cf. Keith Hitchins dans American Historical Revie;, numéro cité, p.10641083, et surtout Catherine Durandin, Ceaucescu, vérités et mensonges d'un roi communiste, Albin Michel 1990. 22 Doba Karla IV. v di!jinach narodÛ CSSR, Prague 1978. Catalogue de l'exposition "L'époque de Charles IV dans l'histoire des peuples de la République socialiste tchécoslovaque". 23 Cf. Miklos Molnar, "Deux histoires pour un pays", Revue des Sciences morales et politiques, 1986 n02, p. 271-284. 18

des élites -, une multitude de signes prouve que les continuités l'emportaient sur les discontinuités. Une étude comparée des manuels d'histoire serait instructive à cet égard, le non-dit des conflits étant aussi révélateur que l'explicite. Une indication intéressante: le domaine historique dans lequel l' ensemble de ces pays a tenté de maintenir un niveau scientifique de qualité à peu près équivalente à celui des démocraties occidentales est celui des relations internationales du XXe si,ècle24, qui impliquaient le plus fortement les différends entre Etats nés de la Première Guerre mondiale.
* * *

Tout cela explique notre volonté de remonter en arrière pour comprendre le présent. La première partie du volume dresse le bilan historiographique des années 80, en confirmant la diversité des contenus derrière celle des approches. Parmi les historiens que nous avons sollicités, aucun n'appartenait aux sphères directes du pouvoir. Certains essayaient de faire leur métier, en s'efforçant de respecter une certaine déontologie, tout en sachant que leur effort serait encadré et que leur marge de manœuvre resterait très étroite. Ils appartenaient à ce que les Tchèques ont appelé la «zone grise», celle du nonengagement: ni adhésion au parti, ni entrée dans la dissidence. D'autres intervenants, militants, ont au contraire été persécutés par le régime, écartés de leurs emplois, voire emprisonnés. Les diagnostics qu'ils établissent dépendent à la fois des réalités de leurs pays et de leur propre expérience. Il est toujours difficile de parler avec recul de ce à quoi on a directement participé et les jeux de mémoire s'entrecroisent avec l'analyse scientifique. L'éthique le dispute ici au descriptif. Nous avons eu conscience de l'effort énorme de distanciation que nous demandions à des acteurs qui avaient été en même temps des victimes - intellectuelles ou physiques - de l'Histoire. Un point apparaît clairemenJ : l'historiographie communiste des années 80 était très hètérogène. Les repères chronologiques sont eux-mêmes divers: Tomasz Schramm situe le tournant de l'historiographie polonaise en 1976-1977. En
24 Citons entre autres dans ce domaine les historiens Robert Kvacek, Valerian Bystricky, Henryk Batowski, Maria Orn10s. 19

Tchécoslovaquie, la répression s'est affaiblie très progressivement dans les années 80, sans que l'on puisse établir une date précise de rupture dans cette évolution: 1983, 1985, 1988 ? En Hongrie, la communauté historique se libère de la gangue idéologique et nationale dans les années 60 pour déboucher sur un relatif libéralisme et un véritable samizdat vers 1977 -1978. Pour la Bulgarie, Ivan Iltchev suggère que "l'insularité" des historiens arrive à son terme à la fin des années 70. Le cas yougoslave était à part puisqu'il n'y avait pas à désoviétiser, mais à démarxiser : l'enjeu majeur, depuis le sursaut croate du début des années 70, portait sur la place de Tito dans les imaginaires nationaux et, à travers elle, sur les modalités d'une coexistence ou d'une séparation des composantes yougoslaves. Quant à l'enfermement de l'historiographie roumaine, il est illustré par la scansion entre «stalinisme» et «néo-stalinisme», que note Alexandru Zub. Nous ne pouvons pas plus parler d'une historiographie nationale monolithique: nous sommes confrontés à une grande complexité interne, avec la coexistence de nombreux courants, y compris au sein de l'historiographie marxiste.25 C'est donc dans la diversité que les historiens ont accueilli ou affronté les changements de 1989. Révolution ou évolution? Avec les événements du dernier trimestre de l'année 1989, les historiens vont se trouver rapidement confrontés à une nouveauté majeure: une libération du discours qui va n'avoir pour limites que des restes d'autocensure ou d'attachement à un consensus national. Cette nouveauté a pour conséquence la chute des tabous. Les pages blanches n'ont plus de raison d'être. On peut non seulement les évoquer, mais aussi les étudier grâce à une coopération internationale, y compris avec l'URSS-Russie, qui ouvre ses archives ou se joint à des commissions d'étude bilatérales:
.,.

25 Comme en témoigne, par exemple, l'évolution de cette historiographie sur une question aussi importante que la naissance de l'État tchécoslovaque (Karel Pomajzl, VZl1ik CSR, 1918, Prague 1965). 20

- en Pologne, le pacte germano-soviétique, le massacre de Katyn, l'insurrection de Varsovie, la question juive, celle des minorités, l'état de siège de 1981, sont désormais au cœur des débats; - en Tchécoslovaquie, la prise de pouvoir de Février 1948 et l'invasion d'Août 1968 focalisent l'attention; - en Hongrie, la sanglante répression de 1956 est le dernier tabou historique qui tombe. L'histoire est sollicitée en permanence dans ce passage vers des sociétés ouvertes qui se dégagent du communisme et du marxisme. Elle permet une légitimation des forces politiques qui apparaissent ou de celles qui renaissent. C'est sur elle ~ncore que tente de s'appuyer la reconstruction identitaire des Etats et des nations. Partout, la mémoire réprimée des cinquante dernières années ressurgit dans un déferlement de témoignages et d'études, dans une vague de révisionnismes et de réappréciations sur les hommes et les événements du XXe siècle. L'histoire apparemment unanimiste des décennies précédentes se transforme, comme le souligne Krzysztof Pomian, en une histoire conflictuelle qui a des incidences sur les individus. De nouveaux «nœuds» historiographiques apparaissent: la Deuxième Guerre mondiale, jusque-là largement occultée - ou plutôt traitée sur le mode quasi exclusif d'une survalorisation de la Résistance communiste -, concentre en elle des enjeux de mémoire qui sont autant d'enjeux de pouvoir26. Après des décennies de silence, de mensonge ou, au mieux, de demivérités, on assiste à une véritable catharsis collective. La question majeure est de savoir si ce retour du passé est en même temps un retour au passé, s'il s'agit d'une reconquête de son identité, de la recherche de modèles propres pour mieux se projeter dans l'avenir ou de la réactivation d'une tragique histoire d'affrontements. 27 Dans cette confrontation pluraliste, les anciens détenteurs exclusifs du discours historique - «fonctionnaires» ou épurateurs de l'histoire - ont été écartés par des départs à la retraite, par des décisions académiques, plus rarement par des
26 Cf. le dossier consacré dans La nouvelle Alternative aux "régimes postcommunistes et à la mémoire du temps présent" (n032, décembre 1993). 27 Cf. le dossier "Identités d'Europe centrale après le communisme", dans Vingtième Siècle, n° 36, octobre-décembre 1992. 21

sanctions, parfois législativement codifiées, comme la loi tchécoslovaque sur les "lustrations"28 en est un exemple. La recomposition de la planète historienne s'est faite aussi par le retour en fonction des exclus ou des exilés. Il s'est agi d'un remodelage plus ou moins profond selon les pays. Très rapidement s'y est superposé un problème de générations, avec toutes les tensions qui pouvaient en résulter et les solidarités qui se sont créées, sans profiter, en général, aux générations moyennes: celles-ci se sont senties souvent sacrifiées. Contrairement à ce qu'on aurait pu attendre d'une véritable révolution, avec l'épuration qui l'accompagne habituellement, il n'y a pas eu finalement de bouleversement en profondeur fondé sur des critères purement idéologiques, même si ceux-ci ont pu jouer, à la marge. Ce sont les contraintes matérielles de sociétés se réclamant d'un nouveau libéralisme économique qui ont provoqué les mutations l~s plus importantes. En se libérant et en se transformant, les Etats centre-européens ont perdu le confort - en grande partie factice - dont ils jouissaient et qui profitait - modestement, il est vrai - aux intellectuels. Les intellectuels ont changé à la fois de fonction et de cadre. Pour reprendre un propos de Dan Mihailescu en 1992, "comme les soldats russes, ils sont rentrés à la maison". Le choc de la concurrence a été rude: il a touché les individus et les institutions. La planète historienne s'est paupérisée au moment précis où les tâches qui l'attendent sont énormes: quelques centaines d'historiens-chercheurs, quelques milliers pour les pays les plus grands, ont à reconstruire l'enseignement, à écrire des manuels, à exploiter des kilomètres de rayonnage d'archives, à faire face à la demande sociale, à répondre aux sollicitations des médias etc. alors que leurs bases matérielles (salariales, professionnelles, éditoriales) s'amenuisent ou se dérobent. Dans de telles conditions, la tentation est grande - pour l'historien, et plus encore pour l'apprenti-historien -, de céder aux sirènes de la presse, de la Rolitique, voire des affaires.
28 Du latin "lustrare", "purifier par un sacrifice expiatoire", loi adoptée le 4 octobre 1991 et entrée en vigueur le 6 novembre, qui vise les anciens collaborateurs de la police et leur interdit des postes de responsabilité. Cette loi a suscité bien des remous et a alimenté aussi le différend slovacotchèque.

22

La profession a été parasitée par ces redéploiements, pratiques et idéologiques. La liberté ne permet plus .de se consacrer, comme on pouvait l'espérer, au seul atelier de l'histoire. Et, dans un système d'enseignement universitaire où le nombre d'historiens formés est limité par un numerus clausus, les forces à consacrer à la recherche sont limitées. Mais il est encore trop tôt pour évaluer de manière pertinente l' œuvre en cours. Dans un premier temps, il y a eu un énorme effort de rattrapage, de redécouverte de travaux existants mais méconnus, dans une véritable anarchie éditoriale: le marché du livre a été inondé par les travaux du «samizdat», par ceux de la diaspora, par les traductions des ouvrages marquants des historiens occidentaux. Les historiographies qui en éprouvaient le besoin ont pu bénéficier d'utiles confrontations méthodologiques avec leurs homologues de l'Ouest: séminaires, bourses, stages financés par des organismes" internationaux (Unesco, Communauté européenne), par les Etats ou par des Fondations, ont donné des résultats fructueux. Dans un deuxième temps, le monde historique s'est stabilisé et, après avoir fait face à l'essentiel et s'être adapté aux changements politiques de l'après-1989, il a repris plus sereinement son travail. Des règles ont été fixées. Des priorités ont été établies. Mais les difficultés ne manquent pas. Nous n'en citerons ici que deux: l'appréciation morale que l'on peut porter sur les communautés historiennes et la question de l'instrumentalisation de l'histoire dans l'Europe médiane. - Les historiens de la zone ont en partie perdu la confiance de leur public et de leurs concitoyens: ils ont besoin de se légitimer à nouveau. Ils se trouvent remis en cause comme l'ensemble des intellectuels qui, en Europe centrale, s'enracinent autant dans l'éthique que dans la politique. L'intellectuel est repensé dans les catégories d'une simple citoyenneté: désormais, l'appréciation porte plus sur le rapport avec un système totalitaire que sur la production d'un savoir29. Ce n'est pas un hasard si ce sont des historiens dissidents qui ont été portés en 1989 à la" tête du gouvernement, en Pologne et en Hongrie, les deux Etats où leur communauté professionnelle disposait de la marge de manœuvre la plus grande. En Croatie,
29 Cf. L'engagement MS intellectuels, op. cit. p. 9. 23

dans d'autres conditions et sur d'autres bases, c'est aussi un historien, Franjo Tudjman, qui a pris la tête du pays. Ailleurs, ils ont été regardés avec suspicion. - Il faut également souligner le caractère incantatoire du rejet du communisme, dans une sorte de consensus qui ressemble à un nouveau prêt-à-porter idéologique. Les mêmes institutions, parfois les mêmes hommes, exercent les mêmes responsabilités en employant un discours radicalement différent, ce qui en réduit considérablement la portée: la continuité semble souvent l'emporter sur la discontinuité, avec cette nuance de taille que l'»intérêt national» est mis désormais clairement en exergue, se substituant au rituel marxisteléniniste. Comme le rappelait Catherine Durandin lors des tables rondes du C.E.E.M., le risque est de croire, dans l'euphorie de la libération d'une idéologie routinière et marxisante, à un discours positiviste nationaliste qui serait la vérité absolue: «Il faut avoir conscience du basculement dans une autre idéologie qui n'a pas été encore élucidée». Ne risque-t-on pas, note Andrei Pippidi, de glisser d'un communisme confiant dans l'avenir à un nationalisme méprisant pour le présent, qui se nourrirait d'histoire? Un mythe qui, pour certains, en remplacerait un autre pour fuir une réalité détestable. La vague «révisionniste», qui vise à réhabiliter un certain nombre d'acteurs de la Deuxième Guerre mondiale (Mgr Tiso en Slovaquie, le maréchal Antonescu en Roumanie, l'amiral Horthy en Hongrie...), s'appuie sur les historiographies émigrées et sur la résurgence de courants et de partis ~ui manient la démagogie et le populisme, voire l'antisémitisme o. Mais ne s'agit-il pas là d'un phénomène "naturel" de balancier, un révisionnisme succédant à un autre pour déboucher sur une vision plus modérée? Peut-on faire l'économie de cette "réaction" ? La fin des monopoles et l'exercice de la liberté ne garantissent donc pas la qualité de la production actuelle, qui exprime souvent une volonté de contre-histoire, dont Andrei Pippidi rappelle le caractère pernicieux dal)s le cas roumain. Le discours historique n'est plus exclusivement réservé à l'historien: le publiciste lié au politique est omniprésent. Et dans le nouveau monde médiatique de l'Europe excommuniste, dont les usages sont encore mal codifiés,
30 Cf. la Nouvelle Alternative, n° 22, juin 1991, p. 3-34. 24

l'historien risque d'être écarté au profit de ceux qui instrumentalisent l'histoire. .

Le domaine slave du sud est exemplaire à cet égard. Vladislav Marjanovic nous montre comment, en s'émancipant de la tutelle de la Ligue des communistes, l'historiographie serbe est tombée dans le piège du nationalisme et comment la détitoïsation s'est transformée en une nouvelle sujétion, une vision mythique de l'histoire, qui n'a cessé de servir le politique. L'instrumentalisation est patente, tout comme chez les Croates: les références:historiques qui introduisent la Constitution - rappelées par Drago Roksandié - sont révélatrices. On retrouve d'ailleurs le même procédé dans la Constitution slovaque31 adoptée en septembre 1992. Dans les cas yougoslave et tchécoslovaque - dans des contextes fondam.entalement différents -, l'histoire a été appelée en renfort contr~ le maintien de liens fédéraux pour justifier la rupture de l'Etat commun. Ici, nous avons une histoire brûlante et polémique, ancillaire, instrument étatique plus qu'objet de connaissance profonde. Cet ouvrage offre un bilan contrasté au plus haut point. Certaines historiographies sont présentées comme ayant accumulé un énorme retard, soit à cause des contraintes idéologiques - le point de vU.e d'Alexandru Zub sur la Roumanie ou d'Ivan Ilrev sur la Bulgarie -, soit à cause d'une provincialisation trop poussée - le cas slovaque. Et pourtant, même dans le pire des cas, il est certain qu'il reste des acquis importants, que nombre de travaux conserveront une valeur durable dans cette masse en croissance exponentielle de la production historique des décennies 70 et 80. Il n'en demeure pas moins qu'il faut une grande expérience pour y déméler le bon grain de l'ivraie.
* * *

Les historiographies d'Europe médiane sont finalement des miroirs assez fidèles des sociétés qui' les produisent. Avec leurs héraults et leurs héros, avec leurs maladies, avec leur génie et leurs chefs-d' œuvre, avec leurs amnésies, leurs fièvres et leurs élans. À tel point qu'elles apparaissent, bien plus qu'en
31 Qui se réclame de l'héritage grand-morave et cyrillo-méthodien. 25

Europe occidentale, comme un thermomètre fidèle des poussées identitaires. Ce bilan historiographique, même incomplet et parcellaire, permet de mieux comprendre l'Europe médiane, à travers sa multiplicité, ses déchirements et ses antagonismes. Dans la région, la «trahison» des historiens - quand il y a eu «trahison» - n'a été qu'une partie d'une trahison plus générale des clercs. Mais ce n'est également que la traduction de la difficulté d'être quand on est sans cesse menacé ou que ce sentiment de danger est profondément enraciné. Clio a deux visages, comme Janus: instrument de compréhension de l'autre et, éventuellement, des «erreurs» passées, en vue d'un dialogue ou d'une entente, d'une part, réification des images d'affrontement pour perpétuer les antagonismes ou justifier une agressivité, d'autre part. Tragiques ateliers de l'Histoire dans le pire des cas. Marginalisation de l'Histoire transformée en divertissement et en objet de consommation culturelle dans le cas le plus anodin. Les historiographies de chaque pays oscillent entre ces deux pôles extrêmes et leurs acteurs doivent sans cesse éviter les pièges du présent. Nous espérons que les éléments que nous présentons permettront au lecteur de mieux comprendre les enjeux. Pour notre part, notre objectif n'est pas de juger. L'historiographie et les mises en scène de l'histoire se développent rapidement sous nos yeux. Leurs évolutions, n'en doutons pas, nous surprendront encore. Un des objectifs du Centre d'Etude de l'Europe médiane est de montrer leur importance et de poursuivre cette réflexion qui associera à nouveau acteurs et observateurs.

26

L'AVANT

1989

.. ~

Tomasz Schramm Université de Poznan

L'HISTORIOGRAPHIE

POLONAISE

1976

- 1989

Si le sujet de la présente table ronde porte sur l'historiographie des années 80, il me paraît judicieux de commencer cette étude - au moins pour certaines des historiographies concernées - dans la deuxième moitié des années 70. On peut se référer, par exemple, au nom de la Charte 77, largement connu de tous ceux qui suivaient la résistance, apparemment désespérée, d'une poignée de dissidents tchèques et slovaques. Pour la Pologne, il convient de mettre en relief l'année 1976. C'est l'année où le "socialisme libéral" d'Edward Gierek a montré de sérieux signes d'épuisement, qui se sont manifestés par des émeutes ouvrières, suivies de répressions, à Radom et à Ursus. Essayant de combiner les exigences du système - pâle copie du totalitarisme stalinien - avec ce libéralisme qui faisait du premier secrétaire polonais la vedette des médias occidentaux, le régime a fait preuve d'un certain laxisme. Si les récits de tels ou tels événements demeurent révoltants, vus sous l'angle général, les répressions en question furent relativement molles, ce qui permit l'organisation de certaines structures d'opposition, notamment le fameux KOR (Komitet Obrony Robotnik6w - Comité de Défense des Ouvriers) et des éditions clandestines dont la plus importante était Niezalezna Oficyna Wydawnicza - NOWA. Signalons toutefois qu'il existait déjà des initiatives isolées de ce genre. Le but de NOWA et d'autres 29

publications était de briser le monopole de l'État en matière d'édition et d'information. Quelle était la situation dans l'historiographie polonaise au moment où cette initiative a vu le jour? La période Gierek, caractérisée plus haut par le terme de "socialisme libéral", était grosso modo la quatrième étape de l'histoire de la Pologne populaire. Après la première, transitoire, qui couvre la fin des années 40, les deux suivantes peuvent être symbolisées par les noms de"Bierut (le stalinisme jusqu'en 1956) et Gomulka (de 1956 à 1970). Chaque changement élargit le champ de la liberté, certes relative, pour la recherche1. Ainsi, dans le milieu des années 70, l'historiographie polonaise vivait dans des conditions relativement bonnes. En ce qui concerne les institutions, la recherche était surtout concentrée dans deux secteurs. On la trouvait d'abord dans les universités et les établissements d'enseignement supérieur, notamment les écoles normales. Le niveau y était inégal mais les instituts de la plupart des universités (Varsovie, Cracovie, Poznan, Wroclaw, L6di, Lublin, Torun) étaient des foyers qui comptaient vraiment et où travaillaient des historiens de premier ordre. Il y avait ensuite l'Institut d'histoire de l'Académie polonaise des Sciences (IH PAN). Comme l'Académie elle-même, ce dernier avait été créé pendant la période stalinienne, en 1953. Son objectif était de centraliser et de superviser la recherche historique, bien sûr, dans l'esprit que l'on devine. En fait, son directeur, Tadeusz Manteuffel, a su, avec l'aide de ses assistants, préserver le caractère scientifique de l'Institut, qui est devenu un centre important et fécond d'études historiques et dont les membres étaient aussi compétents que ceux des instituts universitaires. Il faut souligner que ces deux directions n'étaient pas concurrentes ni en conflit (sauf de petites frictions inévitables). A elles deux, elles constituaient l'ensemble de la recherche historique polonaise et comptaient tous les noms de valeur. Il y avait bien sûr d'autres institutions, plus orientées sur le ¥21anidéologique, tels l'Institut historique militaire, l'Institut d'histoire du Parti, etc.,
1 On trouve une étude pénétrante des étapes successives traversées par l'historiographie de la Pologne populaire, avec une périodisation un peu différente de celle proposée ici, in Daniel Beauvois, "ttre historien en Pologne: les mythes, l'amnésie et la vérité", Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, T. XXXVllI, juillet-septembre 1991, p.353-386. 30

mais leur rôle et leur impact sur l'historiographie polonaise étaient secondaires. Il existait un certain dirigisme dans la recherche; il était toutefois limité. Une des principales tâches de l'IH PAN était de préparer la monumentale Histoire de la Pologne, conçue dans les années 50, réalisée très lentement, et critiquée. Les autorités stimulaient certaines recherches, en créant et en finançant de grands projets, souvent d'ordre pluridisciplinaire2. Leur direction était confiée à des professeurs "bien placés" qui n'en avaient pas moins une .position scientifique établie. Le caractère idéologique de certains projets était évident. Mais il y avait aussi des thèmes de travail irréalisables, tant sur le plan de la recherche que sur celui de la publication - nous en parlerons plus loin. Entre ces deux extrêmes, l'éventail des problèmes étudiés, aussi bien à l'IH PAN que dans les universités, était large. Des projets individuels fort variés ont pu s'y insérer et faire l'objet de publications dans les revues ou sous forme de livres. Avant de passer à une brève analyse, il convient d'ajouter quelques informations d'ordre général. Un certain libéralisme s'est exprimé dans l'historiographie polonaise, notamment dans le domaine de la synthèse de l'histoire de la Pologne. La synthèse proposée par l'IH PAN était de plus en plus contestée et ce fait donna naissance, presqu'en même temps, à trois groupes qui préparèrent des études plus succinctes et plus pratiques, plus modernes et libérées du fardeau des "masses laborieuses et de la lutte de classes". C'est ainsi que l'on vit
2 Dans le cadre du plan quinquennal 1986-1990, une liste de "sujets fondamentaux" a été établie (Centralne Problemy Badan Podstawowych); voici, à titre d'exemple, ceux qui avaient trait plus ou moins directement à I'his taire:

-

La culture

matérielle

et artistique

de la Pologne

dans

le contexte

de

l'histoire générale - La documentation de ladite culture - Histoire de la culture médiévale et mcx1eme en Pologne - Les méthodes de la recherche historique Les transformations de la société en Pologne 1944-1970 - Les grands problèmes du passage du capitalisme au socialisme; théorique du système socialiste en Pologne

-

la base la 31

Polonais et Allemands - traditions et destins
Le déterminisme du développement du système socialiste mondial, coopération et l'intégration des pays de la communauté socialiste.

apparaître successivement trois Histoires: l'Histoire poznanienne sous la direction de Jerzy Topolski (1976), l'Histoire cracovienne, écrite en quatre petits volumes par trois auteurs (Jerzy Wyrozumski, Jozef Gierowski, Jozef Buszko) (1978), l'Histoire varsovienne, dirigée par Janusz Tazbir, qui reprit l'idée de Tadeusz Manteuffel (1979). Inutile de dire que des entreprises de ce genre demandent du temps' et que ces initiatives remontent au début des années 70 ou même à la fin des années 60. De ces trois œuvres, la cracovienne était sans doute la plus proche, dans sa conception, d'un manuel factuel. Les deux autres proposaient une approche plus complexe; si celle de Topolski se référait expressément au marxisme et mettait en relief les problèmes de société, la varsovienne de Tazbir, préparée à l'IH PAN, avait un ca!actère bien plus modéré et cherchait à se concentrer sur l'Etat. Si elles ne furent pas exemptes de critiques, ces trois éditions restent néanmoins les témoins de l'esprit d'initiative de l'historiographie polonaise et ont certainement servi de sources à d'autres travaux. On peut sans doute en dire autant d'une autre initiative née dans les années 60, l'édition de l'histoire générale. On dit que la Pologne fut le seul pays du ''bloc'' soviétique à ne pas se contenter de la traduction de l'histoire générale soviétique. Six volumes ont été préparés par six auteurs, allant de l'Antiquité à 19183. On ne pouvait aller au delà de cette date sans risquer d'offenser les rigueurs scientifiques - d'où la dérobade. L'ensemble manque certes de cohérence, en ce qui concerne la forme, et la parution ne s'est pas faite dans un or?re chronologique. C'est ainsi que le volume consacré au Moyen Age est sorti le premier et ressemble plutôt à un résumé, alors que les derniers, consacrés à l'époque moderne et rédigés par Wojcik et surtout Rostworowski, constituent de véritables synthèses, ne le cédant en rien à leurs équivalents occidentaux. On peut voir une autre manifestation de cette "ouverture" dans la publication de la série "les Classiques de l'historio3 Jozef

Wolski Historia powszechna. Starozytnosé, Tadeusz ManteuffelHistoria powszechna. 5redniowiecze Zbigniew Wojcik - Historia

-

powszechna

- XVI-XVII

wiek, Emanuel

Rostworowski

powszechna. Wiek XVIII, Mieczyslaw ZYWCZY11Ski Historia powszechna 1789-1870. Janusz Pajewski - Historia powszechna 1871-1918, Éditeur: Panstwowe Wydawnictwo Naukowe, Warszawa. Tous les volumes ont eu plusieurs éditions.

-

- Historia

32

graphie", commencée en 1973 et consacrée à la réédition des œuvres des grands historiens polonais du XIxe et surtout de la première moitié du xxe siècle. Pour aIlalyser la production historiographique, on fera ici référence à quelques revues, en admettant qu'elles reflètent les mêmes tendances que les livres. Le titre le plus prestigieux est Kwartalnik Historyczny (Revue Historique Trimestrielle), fondé en 1887, actuellement publié par l'IH PAN. L'analyse de son contenu n'est pas très facile parce qu'il couvre, en général, toutes les périodes et tous les domaines de l'histoire. S'il y existe certaines tendances particulières, leur manifestation est peu distincte. En gros, la répartition est la suivante: environ un tiers pour les sujets portant sur l'histoire générale et detlX tiers pour l'histoire de la Pologne (l'établissement d'une catégorie "nlixte", concernant les deux sujets à la fois, ne change guère cette proportion). L'hi~toire moderne y est légèrement plus présente que le Moyen Age et l'histoire contemporaine, alors que l'Antiquité n'apparaît que rarement. L'IH PAN publie une autre revue, Dzieje Najn071JSZe (Histoire Contemporaine), dont je parlerai plus loin. Kwartalnik contient des articles portant sur l'historiographie, sur l'état des recherches, des comptes rendus sur la progression de l'édition du Dictionnaire biographique polonais, parfois sur des tend_ances ou des problèmes généraux de la recherche historique (par exemple les problèmes posés par l'histoire et la géographie, par la conscience sociale.. .) ou d'ordre méthodologique. Mais ce qui domine, c'est une histoire assez traditionnelle, événementielle, ce qui s'explique d'ailleurs par le nombre de pages - vingt à trente - de chaque article, se prêtant aisément à ce genre de présentation. Ils couvrent tous les grands domaines, économique, social, politique, culturel. On y trouve relativement peu de références aux tendances et approches nouvelles. Dans le cas de l'histoire sociale, par exemple, l'aspect économique ou sociologique prend le dess~s sur les mentalités, l'imaginaire, etc., ce qui toutefois ne les exclut pas. Mais il faut se souvenir que nous faisons ren10nter cette analyse à plus de quinze ans et si l'historiographie polonaise y apparaît traditionnelle, elle n'est nullement bornée ou pétrifiée. Les publications de type "mélanges" ou "anniversaires" sont peu fréquentes et n'ont aucun caractère de servitude. Le 3Se anniversaire de la Pologne populaire est quelque peu 33

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