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Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine

De
200 pages
Cet essai remonte aux origines historiques de la décolonisation. Il montre comment une certaine France préféra abandonner l'Afrique, plutôt que d'intégrer ses habitants dans la République. Par une posture originale dont les termes sont directs et sans fard, l'auteur relève les incohérences, les manipulations, les duperies, en confrontant les aspirations profondes des peuples aux calculs et esquives des hommes politiques de l'époque, noirs ou blancs. Voici des clefs pour mieux comprendre cette page capitale de notre histoire, dans sa complexité inavouée.
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Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01219-1 EAN : 9782296012196

Alexandre Gerbi

Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine
Imposture, refoulements et névroses

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

Këmyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

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IT ALlE

Etudes Mricaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus Nicolas METEGUE N'NAH, Histoire du Gabon, 2006. P.-C. BAKUNDA ISAHU CYICARO, Rwanda. L'enfer des règles implicites, 2006. J. TAGUM FOMBENO, L'action des syndicats professionnels en Afrique noire francophone, 2006. J. F. MAKOSSO KmA Y A, L'information stratégique agricole en Afrique, 2006. M. ELOUGA, V. NGA NDONGO et L. MEBENGA TAMBA (eds), Dynamiques urbaines en Afrique noire, 2006. Djibril DIOP, Décentralisation et gouvernance locale au Sénégal, 2006. Camille KUYU, Les Haïtiens au Congo, 2006. Adama GA YB, Chine - Afrique: le dragon et l'autruche, 2006. Ali CISSÉ, Mali, une démocratie à refonder, 2006. Jerry M'PERENG DJERI, Presse et histoire au CongoKinshasa, 2006. Fériel BELCADHI, L'image de la Côte d'Ivoire dans le quotidien Le Monde, 2006. Théo DOH-DJANHOUNDY, Autopsie de la crise ivoirienne. La nation au cœur du conflit, 2006. Georges Niamkey KODJO, Le royaume de Kong), 2006. France MANGHARDT, Les enfants pêcheurs au Ghana, travail traditionnel ou exploitation, 2006. Viviane GNAKALÉ, Laurent Gbagbo, pour l'avenir de la Côte d'Ivoire, 2006. Daniel Franck IDIATA, L'Afrique dans le système LMD, 2006. Enoch DJONDANG, Les droits de I 'homme: un pari difficile pour la renaissance du Tchad et de l'Afrique, 2006. Abderrahmane N'GAÏDE, La Mauritanie à l'épreuve du millénaire. Ma foi de « citoyen », 2006. Ernest DUHY, Le pouvoir est un service, le cas Laurent Gbagbo, 2006. Léonard ANDJEMBE, Les sociétés gabonaises traditionnelles, 2006.

pour Sa/ma et pour Coco

Au bon souvenir de Nicolas Gracias et Patrick Dioh, compagnons « fusionnistes »,. de Bôthe, érudit « pré-fusionniste» aux tuyaux ad hoc,. de Boubou, Mamadou, Pierre, Charles-Robert, Jacques, Elikia, Robert, Georges, Floris et Jean, grands diseurs de secrets. Remerciements à Melle Mélanie Mesager et M Mauricio Garay pour leurs précieuses relectures,. à mes frères, mes cousins et mes amis pour leurs encouragements,. à Mme Danielle Tartakowsky et M Guy Pervillé pour leurs utiles précisions,. à M François
Manga-Akoa et aux éditions L 'Harmattan pour leur clairvoyance
,.

à M Bernard Mouralis pour ses inestimables conseils.

8

Avant-propos
Et la question qui se pose maintenant

est de savoir si dans ce monde qui glisse,
qui se suicide sans s'en apercevoir, il se trouvera un noyau d'hommes (..) qui nous rendra à tous l'équivalent naturel et magique des dogmes auxquels nous ne croyons plus. Antonin Artaud 1

La France entre-t-elle dans une crise d'ampleur historique?

L'intégration d'une frange importante des Français d'origine maghrébine et africaine pose problème. Le remueménage soulevé par le voile islamique en fut le criant symptôme, après la tradition des voitures incendiées les jours de fête, la tendance à la guérilla urbaine anti-flic, antipompier, anti-France2, la liberté de la femme remise en cause, l'explosion progressive de l'antisémitisme et de l'homophobie... Puis vinrent les terribles émeutes de novembre 2005, qui marquèrent un pic jamais vu dans la violence et la destruction. Ces Français qui ont « mal à la France », au point de siffler son hymne et de ne pas se reconnaître dans son peuple et ses valeurs, sont pour beaucoup des descendants d'indigènes de l'ex-Empire. Comme la majorité des Français de souche sont des descendants de serfs, la majorité des Juifs des descendants de parias, la majorité des Antillais et autres ultramarins des descendants d'esclaves ou d'indigènes de l'ex-Empire.
9

Or quelle histoire de la colonisation et surtout de la décolonisation l'école et la télévision leur ont-elles racontée, à ces «jeunes» et moins jeunes qui ne se disent français qu'après leur religion et leur origine ethnique? La même qu'à tous les petits Français3 : «Après 1945, les peuples sous lejoug de la colonisation se sont révoltés, et ont exigé leur libération. ils ont parfois dû en passer par une résistance armée pour y contraindre la France impérialiste hostile et brutale. Affaiblie par la Seconde Guerre mondiale, son prestige et sa réputation d'invincibilité en grande partie ruinés aux yeux des colonisés, la France fut contrainte par le réveil des peuples, mais aussi sous la pression des non-alignés, de l'ONU, des Soviétiques anti-impérialistes et des Américains, anciens colonisés solidaires, de procéder à la décolonisation. A ce soulèvement qui gagnait comme un traînée de poudre les nations qu'elle opprimait, exploitait et niait, la France répondit par des guerres lourdes d'immenses désastres humains, pour les jeunes Français bien sûr, mais aussi particulièrement pour les «indigènes»: nationalistes indochinois, algériens, marocains, malgaches, tunisiens, togolais, camerounais, massacrés, torturés ou éliminés... Par sa hauteur de vue et son génie politique, le général de Gaulle parvint à résoudre la question coloniale, dont est morte la wme République, rendue impuissante par une perpétuelle crise parlementaire. Grâce à sa stature exceptionnelle, 1'homme du 18juin sut convaincre la France réactionnaire de renoncer à se débattre inutilement contre le vent de l'Histoire. il accorda à l'Algérie et à l'Afrique noire la liberté qu'elles revendiquaient, et dota enfin notre pays d'un régime politique stable.

10

Lorsqu'en juin 1958, le général de Gaulle lança à la foule d'Alger son fameux « Je vous ai compris! », il s'adressait en fait aux Algériens, dont il avait compris qu'ils n'accepteraient plus à l'avenir d'être occupés et méprisés par la France et les « Pieds-Noirs ». Car 1'« Empire» français était essentiellement peuplé au mieux de citoyens de seconde zone (des « sujets »), au pire d'« indigènes» corvéables à merci. Le colon français d'Algériefaisait« suer le burnous ».
Les « indigènes », ces hommes et ces femmes, au Maghreb mais aussi en Afrique subsaharienne ou en Indochine, la France coloniale les a toujours fondamentalement méprisés et assassinés quand ils se rebellaient contre l'ordre inique que l' « Empire» imposait. Ces hommes et ces femmes, la France les avait d'ailleurs parfois d'abord réduits en esclavage. Parce qu'elle se croyait de « race supérieure », elle les considérait comme des sous-hommes, voire con1me des animaux: depuis le fameux commerce triangulaire de « bois d'ébène» entre l'Afrique, l'Amérique et l'Europe du XVrme au X/xme siècle, jusqu'aux « zoos humains» de la IIrme République. Au xx!me siècle, les intellectuels africains, maghrébins et indochinois ont appris dans les universités françaises à retourner les armes logiques de la République contre la France scandaleuse et incohérente: Hô Chi Minh au Viêtnam, Bourguiba en Tunisie, le sultan futur roi Mohammed V au Maroc, Messali Hadj et Ferhat Abbas puis le FLN en Algérie, Sylvanus Olympio au Togo, Sékou Touré en Guinée...

Curiosité de I 'Histoire, en mal de justification et de légitimité, la colonisation s'était parée, en ses origines, de généreux principes républicains - souvent du reste empreints
de mépris paternaliste voire de racisme - généreux principes auxquels la France ne s'est jamais conformée dans les faits. Il

Bénéficiant de l'appui du reste du monde conscient du vrai sens de l'Histoire - refus de l'asservissement ou de l'assujettissement d'un peuple par un autre, en vertu du

« droit des peuples à disposer d'eux-mêmes»

-

les jeunes

élites « indigènes », à la tête de leur peuples insurgés, ont gagné l'indépendance contre la volonté de la France, qui tenait mordicus à son Empire, pour des raisons bien évidentes liées à son orgueil et à sa volonté de puissance. Mais la France a perdu, ce fut une inéluctable défaite. Une justice de I 'Histoire, qui n'en est pourtant pas coutumière4. »

Images d'EpinaI, certes, mais qui demeurent pour la majorité de l'opinion française actuelle, banlieues comprises, la version officielle de la décolonisation. Une histoire officielle, une «idéologie de la Vème République» qui, partielle et partiale, est lourde d'omissions et de conséquences pour la société française actuelle. Peut-être précisément parce que cette version des faits n'a longtemps souffert la moindre objection. * * * Bien entendu, pour qui s'est intéressé d'un peu plus près au sujet, une littérature abondante permet d'approfondir, de compléter et de nuancer ce tableau des causes. Ainsi peut être établie une autre histoire de la décolonisation, moins manichéenne et nettement plus complexe. Mais cette seconde histoire, complétée et nuancée, répond elle-même, toutefois, à une logique de « strates» : des raisons les plus dites, et donc les plus connues, aux raisons les moins connues, car les moins dites. Or ces raisons les plus dites ne sont peut-être pas les plus décisives; tandis que les raisons les moins dites, et donc les moins connues, ne sont pas forcément les moins importantes, 12

ni les moins décisives; la discrétion avec laquelle sont évoquées ces dernières raisons confine d'ailleurs à l' occultation. Si l'on admet avec Georges-Marc Benamou5 que la France est victime d'une «hémiplégie de la mémoire6 », il faut ajouter qu'à cette hémiplégie correspond un spectre progressif: depuis les causes les plus dites et les plus connues, donc, jusques aux causes les moins dites et les moins connues (voir page suivante le diagramme intitulé « spectre progressif de la mémoire française»). Dans la première partie du diagramme, dite «raisons les plus connues» (une petite croix «x» marque la limite en haut du diagramme), on trouve grosso modo les raisons de type « idéologie de gauche » (ou « idéologie du colonisé» 7), tandis que dans la seconde, les raisons de type « idéologie de droite » (ou « idéologie du colonisateur»). Cette répartition montre bien, et la chose est aisément compréhensible, que les motifs de la décolonisation ont été mis d'autant plus en avant qu'ils étaient «politiquement corrects ». Comme si la Vème République (et le reste du monde) avait voulu présenter le phénomène de la décolonisation comme un projet de gauche et venu des colonisés, tandis qu'elle fut en France accomplie, pour l'essentiel, par des hommes politiques et des parlements de droite et à l'instigation de la France. Sans surprise, donc, les raisons de type «idéologie de gauche» (ou « idéologie du colonisé ») ont tenu le haut du pavé à l'école, dans les discours politiques, dans les universités et à la télévision. Or, quoique bien plus discrètes, les motivations de type « idéologie de droite » (ou « idéologie du colonisateur ») ont été non moins décisives... C'est cette face cachée de la décolonisation que nous nous proposons d'explorer un peu. Entrés dans cette ombre, nous verrons surgir une autre France inattendue que nous ont tue les livres d'histoire, la classe politique unanime et les médias. 13

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Une France dont on s'apercevra peut-être qu'elle est beaucoup plus réelle que cette France transparente qu'on nous assène depuis bientôt cinquante ans. A l'heure où une certaine France cherche violemment et douloureusement son identité, tandis que les partis politiques et singulièrement la gauche semblent désespérément à court d'idée, ce petit livre n'a d'autre espoir que d'entrebâiller quelques portes, offrir quelques contradictions piquantes à des évidences un peu trop d'un seul bloc, et d'autres éclairages à la curiosité de ceux qui, sans être férus d'histoire, sont des citoyens en quête de tons différents, de visions République. différentes de la société française et de la Vème Une petite escapade hors des sentiers battus de l'histoire officielle, pour des perspectives nouvelles, de fructueuses rébellions, et un autre monde. Il y a de l' altermondialisme dans l' air8...

15

Ma tâche est d'éveiller mon peuple aux futurs flamboyants Léopold Sédar Senghor

Introduction

A la longue, de toute manière, ce qui est secret est connu par tout le monde. Ahmadou Kourouma

« La chute de l'Empire français », «La France a perdu son . 9 E mplre »... On lit, on entend régulièrement ces formules. Comme si les anciennes colonies françaises étaient devenues indépendantes contre la France, malgré la France. Il est pourtant possible de 'loir les choses de façon différente. Particulièrement en ce qui concerne l'Afrique noire, mais aussi, dans une large mesure, l'Algérielo, la France n'a pas perdu son empire: elle s'en est séparée volontairement. ]
Autrement dit, la France a voulu la décolonisation]

.

Pourquoi, durant la petite décennie 1954-1962, la France at-elle délibérément émancipé la quasi-totalité de son empire? Et pourquoi les Français ignorent-ils que la décolonisation fut essentiellement choisie par la France? C'est ce que ce petit livre va tenter d'expliquer, le plus simplement et le plus clairement possible.

19

* * * « A quoi bon ressasser ce passé révolu? », dira-t-on. Mais c'est que l'Histoire doit permettre de comprendre le présent, pour préparer l'avenir. En revenant sur les dessous méconnus de la décolonisation, l'espoir de ce livre est d'éclairer d'un nouveau jour la crise d'identité croissante qui s'empare de la société française. Car si pour la majorité des Français la décolonisation est un chapitre secondaire de l'Histoire de France, cette même décolonisation demeure, consciemment ou non, un chapitre essentiel de cette même Histoire pour de nombreux autres Français, les « Français issus de l'immigration ». Ces Français « issus de l'immigration» qui de nos jours inquiètent tant, et dont les difficultés à s'intégrer sont liées, au moins pour une part - l'amnésie n'est pas humaine -, à cette page importante de notre passé encore récent. En particulier à tous ses nondits.

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1.
La cause fondamentale

C'est au peuple français d'abord que nous faisons confiance, je veux dire à tous ces hommes de bonne volonté qui, fidèles aux plus héroïques traditions françaises, ont voué leur existence au culte exclusif de l 'homme et de sa grandeur. Alioune Diop12

Moins de vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en une petite décennie (1954-1962), l'Empire français a accédé à l'indépendance. Selon la thèse officielle13, les peuples colonisés auraient réclamé le départ de la France au nom du « Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes». Appuyés dans ce sens par les Etats-Unis et l'Union soviétique, les peuples colonisés auraient finalement obtenu gain de cause, soit par la guerre (Indochine, Algérie), soit par l'agitation et la négociation (Tunisie, Maroc, Afrique noire). Pourtant, une autre lecture de l'Histoire est possible. * * * Rares sont les leaders des indépendances d'Afrique subsaharienne qui voulaient rompre avec la France14. Car par 21

delà les nombreux crimes du colonialismel5, dès avant les années 1950, la France était souvent appréciée - on pourrait dire aimée - par les leaders et les populations colonisées, en Afrique noire mais aussi au Maghreb et en Indochine. Tout simplement parce que, si l'on pouvait adresser à la colonisation française de nombreux et incontestables reproches, on pouvait aussi lui faire de nombreux
compliments 16 .

* * * De ce point de vue, l'Afrique noire présentait un cas extrême. La plupart des leaders noirs africains étaient très attachés à la France. Nombre d'entre eux étaient des Français de cœur17,du reste comme bon nombre d'Africains.
« (...) Naguère, sans rire, nous (..) appelions (la France) "la métropole". Nous nous déclarions, avec quelque pointe de fierté, "citoyennes de l'Union française"» rappelait Lydie
Dooh- Bunya 18 .

Dans ce contexte idéologique, pour préserver l'unité de l'ensemble franco-africain, il eût fallu, pour commencer, appliquer une mesure simple: octroyer la citoyenneté française aux masses dites « indigènes» qui la réclamaient. Emile-Derlin Zinsou expliquait en 1985 : « (...) Les leaders politiques africains avaient en commun ceci: ils souhaitaient . , .{; tous ar d emment, Ia guerre termInee 19,une mutatIon projon el e du sort de l'Afrique (...). La profession de foi, la revendication fondamentale n'était pas l'indépendance: aucun de nous ne la revendiquait. Nous réclamions, par contre, l'égalité des droits puisque nous avions les mêmes devoirs jusques et y compris celui de donner notre sang pour la France. (...) La bataille pour l'égalité, pour les droits égaux pour tous, était l'essentiel du combat politique. Mais cette égalité inscrite dans la devise républicaine n'allait pas 22