Impasse en Ituri

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L'Ituri, l'un des quatre districts de la province orientale de la RDCongo, couve depuis des décennies un conflit présenté comme "interethnique". Depuis 1999, le conflit a fait des milliers de morts. Ce livre analyse les causes du conflit et revient sur la première mission militaire en Afrique des Grands Lacs dans le cadre de la force multinationale de l'Union européenne, "Opération ARTEMIS". Il jette un regard critique sur le processus post-conflit au travers du mécanisme de DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion) dirigé par le Programme des Nations-Unies pour le Développement.
Publié le : dimanche 1 février 2009
Lecture(s) : 66
EAN13 : 9782296213920
Nombre de pages : 93
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Impasse en Ituri :
Opération ARTEMIS, DDR et après?

@ L'Harmattan, 2009

Paris:

5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr Kinshasa: 1025 Avenue By Pass Kinshasa/Lemba, RDCongo ISBN: 978-2-296-07051-6 EAN : 9782296070516

PREFACE de Claude Roosens
Professeur à l'Université Catholique de Louvain
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L'instabilité de l'Afrique constitue l'un des traits marquants de la vie internationale contemporaine. Depuis 11ndépendance, les conflits, y ont été nombreux, dont plusieurs ont revêtu, en même temps qu'ils se développaient suivant leur propre dynamique, une coloration est-ouest. Cette référence n'étant pas toujours sans lien avec les conséquences générées par la colonisation, la décolonisation et les rivalités entretenues sur le continent par les puissances contemporaines, anciennes et nouvelles, dans la course qu'elles se livrent à la recherche des ressources qui leur font défaut et que l'Afrique détient.

Ce n'est pas le moindre des paradoxes que révèle l'Afrique.A côté des conflits, du désordre, des crises, elle offre, en effet, un panorama de richesses, sources d'une influence potentielle puissante qui, si elle en acquérait la maîtrise, lui permettrait non seulement de prendre en mains son propre développement mais lui fournirait aussi les moyens susceptibles de lui permettre de participer, sinon à armes égales, en tout cas dans des conditions forçant le respect des partenaires étrangers, à la compétition internationale. Plutôt que d'en être réduite à subir les pressions, les interventions extérieures, elle apparaîtrait, à travers ses composantes, comme un acteur à part entière.
Cette évolution n'est possible que si une volonté politique affirmée, appuyée par la communauté internationale, se fait jour au sein des Etats africains. Cette détermination, ce choix passent, en premier, par 5

une réduction des tensions et des conflits. Ce qui ne sera rendu effectif que par une bonne connaissance des situations locales qu'aucune crainte ne peut affecter ni qu'aucune œillère ne peut déformer. Voir la réalité dans toutes ses dimensions, sous tous ses aspects; ne pas se contenter de dénoncer les responsabilités extérieures mais reconnaître et assumer ses propres erreurs... pareilles conditions doivent être remplies pour espérer arriver à une ébauche de solution. L'ouvrage que Monsieur Jok Oga Ukelo, actuellement doctorant en sciences politiques à l'Université catholique de Louvain, consacré au conflit de l'Ituri répond à ces objectifs. Portant sur un des conflits qui marquent aujourd'hui encore l'évolution du Congo, il en fournit une analyse utile pour la compréhension tant des facteurs internes que des dimensions géopolitiques qui l'affectent. Ce genre de travaux constitue un appui utile pour tous ceux qui tentent d'apporter leur contribution à la construction du nouveau Congo.

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INTRODUCTION

L'Afrique noire et les conflits interethniques
L'Afrique noire est devenue l'expression des guerres

interminables, des guerres où les africains massacrent leurs frères africains, des guerres consécutifs aux conflits

interethniques

où les fils de ce continent

se livrent

à un

pillage éhonté des richesses naturelles et minières de leurs pays. Nous pouvons citer les cas des conflits interethniques qui ont opposé les Bakongo et les Bangala au Congo Brazzaville, les tutsis et les hutus au Rwanda. A la fois colle et solvant, les conflits, dans leurs diversités, se déroulent autour d'une série de moments de bricolage à travers lesquels les groupes se déchirent et se reconstruisent. La sauvagerie des violences, l'exacerbation des sentiments de peur et de haine ne sauraient ranger ces conflits dans la catégorie des manifestations irrationnelles et primitives livrées au seul aveuglement d'une part définitivement maudite de l'hommel, En fait, les conflits interethniques découlent d'une opposition d'intérêts entre deux ou plusieurs ethnies, née du fait de leur appartenance à des origines, langues, coutumes et vocations différentes réprimés et déformés par des modèles préconçus et des théories bâties de toutes pièces par nos systèmes sociopolitiques. Cet antagonisme est caractérisé par des affrontements, des violences, des guerres et des tueries entre ethnies, justifiées par des revendications de reconnaissance d'identité, des droits, de dignité, de participation... de ces dernières (ethnies) qui se croient soit dominées, soit dominantes ou encore des ethnies qui croient avoir plus des droits, des privilèges et des obligations par rapport à d'autres2. 7

La période qui a suivi la deuxième guerre mondiale a été marquée par la grande lutte idéologique entre le libéralisme occidental et le marxisme soviétique. Aucun de ces systèmes ne s'est spécialement intéressé aux problèmes relatifs à l'ethnicité ou à l'identité. Pour les capitalistes occidentaux, le nationalisme ou l'ethnicité est un élément irrationnel et dangereux tandis que pour les marxistes, c'est une diversion inopportune dans l'édification d'une société communiste3. Dans son effort de civilisation et de domination, le colonisateur a forgé toute une gamme de mythes qui ont fait l'objet de plusieurs publications dans les métropoles et qui ont été cultivés dans les colonies à travers l'enseignement à tel point que les intéressés eux-mêmes finiront par s'identifier jusqu'à nos jours4. Ces convictions idéologiques d'inégalités ont introduit les germes de l'injustice sociale et se projetant sur l'administration locale, elles ont fragilisé l'intégration des communautés. Dans toutes ces colonies, le principe de «diviser pour régner» a été appliqué à la fois pour s'assurer leurs représentants sur place mais aussi pour mieux les soumettré.

L'ethnicité
L'ethnicité est un phénomène universel. Ainsi en Russie, on parle de la question de nationalité, aux USA on parle de la question de priorité, en Belgique on parle de la question communautaire. En Afrique, l'ethnicité joue un rôle majeur dans la dialectique entre l'homme et la société. L'ethnicité est le sens actif de l'appartenance à une unité ethnique que l'on trouve particulièrement chez tous les africains; que ce groupe soit structure ou non, qu'il ait existé avant la période coloniale ou non6. On ne peut donc pas expliquer le phénomène politique ou de la bonne gouvernance sans se référer d'une manière ou d'une autre au phénomène ethnique. L'ethnicité est une identité, un sentiment qui joue sur l'affectivité de l'individu. En tant que sentiment, l'ethnicité est une idéologie c'est-à-dire: « un ensemble de croyances, idées et valeurs fondé sur le sens actif de l'appartenance à une

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unité ethnique que l'on trouve chez tous les Africains; que

ce groupe soit structuré ou non »7.
L'ethnicité est une arme et une straté8gie en politique. A titre d'exemple: Lors des élections ou des prises de position, on mobilise les frères de tribu avec une argumentation simple (Votez-moi ou soutenez-moi parce que je suis votre frère de tribu). Ce genre de paroles est affectif et touche directement le cœur. Relevons aussi que certaines ethnies, en dépit de leurs changements et des évènements traumatiques qui les affectent comme la conquête, la mise en esclavage, la dispersion, la conversion religieuse, maintiennent toujours un sens propre à leur continuité. De ce qui précède, nous pouvons observer que l'ethnicité a plus une dimension subjective qu'objective, car elle fait appel au sentiment et non à la raison. En effet, les conflits interethniques empoisonnent les relations entre les hommes à la suite de la haine, de la misère, de la souffrance, de la déstabilisation, des frustrations et des destructions qu'ils provoquent. Cette situation a plongé plusieurs ethnies, surtout en Afrique noire, dans une phobie Kafkaïenne où les massacres, les tueries et les guerres deviennent une fatalité et une tragédie caractérisées par une terreur que les chercheurs et les hommes de science, les institutions tant nationales qu'internationales observent sans un réel empressement à y mettre fin. Ces conflits et leurs conséquences constituent donc un défi fondamental pour l'Afrique. Négliger de rechercher des nouvelles réponses efficaces au problème omniprésent des conflits revient à condamner les peuples d'Afrique à vivre dans des conditions où la guerre devient une malédiction ~u'iI faut endurer et non un problème qu'il faut résoudre. Les conflits interethniques n'ont pas épargné la République Démocratique du Congo. L'Ituri, l'un de quatre districts qui constituent la Province Orientale et qui dans la nouvelle constitution publiée le 18 février 2006 est appelé à devenir une province autonome, couve depuis très longtemps un conflit interethnique opposant l'ethnie Hema (éleveur) et l'ethnie Lendu (agriculteur). En 1999, ce conflit avait pris une autre dimension avec l'occupation de la République Démocratique du Congo par
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