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INSÉCURITÉ : JUSQU'OÙ VA L'INTOX ?

De
112 pages
Tout au long de ces douze derniers mois, dopés par la campagne présidentielle, largement repris par la presse, les responsables politiques français se sont livrés à une surenchère, contribuant à faire augmenter l’angoisse des Français jusqu’au soir du premier tour où, tout à coup, à droite comme à gauche, le sentiment d’être allé un peu trop loin s’est imposé. Dans cet ouvrage il est question de l’ambiance qui règne aujourd’hui dans les banlieues, des méthodes utilisées par les acteurs de la sécurité, de la revendication des citoyens, des chiffres de la délinquance, de la réalité de l’insécurité…L’auteur s’exprime sans complaisance et invite ses concitoyens à réagir.
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Insécurité: jusqu'où va l'intox ?

Collection Questions Contemporaines dirigée par JP. Chagnollaud, A. Forest, P. Muller, B. Péquignot et D. Rolland
Dernières parutions

Robert BESSON, Quelle spiritualité aujourd'hui ?, 1999. Olivier DURAND, Le vote blanc, 1999. Patrick HUNOUT (éd), Immigration et identité en France et en Allemagne, 1999. André MONJARDET, Euthanasie et pouvoir médical, 1999. Serge MAHÉ, Propriété et mondialisation, 1999. Georges KOUCK, L'entreprise à l'école du non-lucratif, 1999. Bernard BARTHALA Y, Nous, citoyens des États d'Europe, 1999. Anne Marie GAILLARD et Jacques GAILLARD, Les enjeux des migrations scientifiques internationales, 1999. ARTIFICES, Art contemporain et pluralité: nouvelles perspectives, 1999. Pierre BERGER, L'informatique libère l'humain, 1999. Laurent GUIHERY, Economie du Fédéralisme: quelle constitution fédérale pour l'Europe? Claire MICHARD, Le sexe en linguistique, 2001. Maxime TANDONNET, L 'Europe face à l'immigration, 2001. Edward GRINBERG, Mobilité restreinte, mobilité étendue, 2001. Lydie GARREAU, L'amour conjugal sous le joug: quelques faits et discours moraux sur la vie intime des français, Sexes, morales et politiques, tome 1 2001. Lydie GARREAU, Une reconnaissance progressive du plaisir sexuel Sexes, morales et politiques, tome 2, 2001. Thierry BENOIT, Parle-moi de l'emploi... d'une nécessaire réflexion sur le chômage à des expériences pratiques pour l'emploi, 2001. Lauriane d'ESTE, La planète hypothéquée ou l'écologie nécessaire, 2001. Christian BÉGIN, Pour une politique des jeux, 2001. Jacques CAILLAUX, Pédagogie et démocratie, 2002. Ute BEHNING et Amparo SERRANO PASCULI (dir), L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'emploi, 2002. Bernard L. BALTHAZARD, Le citoyen, explorateur et intellectuel: le double je !, 2002.

Manan Atchekzal

Insécurité: jusqu'où va l'intox ?

L'Harmattan 5-7, nie de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harm~\ttan Hougde Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(QL'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3166-X

Je dédie ce livre à mes parents, à ma femme, Nathalie, à mes filles, Mathilde et Eloïse

Je remercie Muriel Pemin qui, grâce à ses questions, m'a aidé à formaliser mon propos

Quatre bonnes raisons d'écrire sur la sécurité!

J'ai décidé d'écrire ce livre au début de l'été 2001lorsque le débat sur la sécurité a atteint son paroxysme. Dans les mois qui ont suivi la publication des chiffres de l'insécurité rendus public exceptionnellement en milieu d'année, alors qu'ils font habituellement l'objet d'une communication unique en décembre, la classe politique s'est sentie poussée des ailes à un an des élections présidentielles et législatives de 2002. Exploitant le vide médiatique de la saison estivale, elle s'est livrée à un commentaire désordonné sur l'augmentation des chiffres de la délinquance, témoignant ainsi de son incapacité à prendre de la hauteur sur un sujet très exploité et finalement mal maîtrisé. Plutôt que de nourrir le débat avec des projets concrets comme réponse aux craintes des citoyens, les responsables politiques français ont agité des peurs sans se soucier des conséquences de leurs paroles. Quand on sait que la sécurité est le territoire de prédilection de l'extrême droite et qu'il en faut souvent peu pour que des esprits échaudés par les crises des banlieues ou les égarements de la jeunesse se satisfassent du discours sécuritaire des partis extrémistes, cette pratique m'est apparue comme dénuée de responsabilité. Les leaders politiques de droite et de gauche ont confirmé qu'ils manquaient non seulement d'idées mais aussi d'une certaine "jugeote" républicaine.

Je suis arrivé en France en 1984. J'ai grandi en Afghanistan dont je suis originaire et je n'ai jamais accepté la présence soviétique. Après avoir mené l'existence d'un garçon né dans une famille aisée et pétri d'idéaux, je suis devenu réfugié politique en France dans l'obligation de me familiariser aux règles de la société occidentale, règles que j'ignorais. Quel décalage entre ce que j'avais appris et ce que je découvrais! J'avais étudié la criminologie à l'université de Volgograd en URSS. Les métiers de la sécurité, déjà boudés par les Français, m'étaient prédestinés. Heureux de trouver un emploi, j'ai donc débuté mon travail d'agent de sécurité puis, peu à peu, j'ai franchi les échelons de ce milieu professionnel. Quelques années après, alors que j'avais peu d'espoirs de pouvoir rentrer dans mon pays, j'ai acquis la nationalité française, puis j'ai repris une société de sécurité qui compte aujourd'hui deux cent cinquante salariés et qui se porte bien. J'ai découvert la France à travers ses institutions, le milieu de l'entreprise et le sujet de la sécurité, non pas seulement à travers mes compétences professionnelles, mais bien au-delà comme sujet de débat récurrent porteur des échecs, des erreurs, des désillusions de la démocratie française. En tant que responsable d'une société de sécurité, j'aurais pu me réjouir de cette situation dont tout pragmatique aurait dit qu'elle avait du bon pour les affaires. Mais il n'a jamais été dans ma nature d'exploiter la misère et la délinquance, et les peurs qu'elle engendre me sont vite apparues comme une misère contemporaine française. Dans le cadre de mon métier, je me suis efforcé d'imaginer une sécurité dépourvue de formes sécuritaires mais s'appuyant davantage sur la restauration du dialogue et du civisme: la parole m'a toujours semblé plus efficace que la matraque. Après avoir testé ce concept à maintes reprises et dans maintes situations, je reste persuadé que les dispositifs de surveillance doivent se fondre dans l'environnement et que, dans bien des cas, l'intelligence des situations s'avère plus pertinente que le recours à la force physique. Je continue à dénoncer les politiques sécuritaires et 8

je ne suis pas mécontent d'être considéré comme atypique dans mon métier. A écouter le discours ambiant qu'il provienne de la classe politique ou des citoyens eux-mêmes, il m'a semblé que le sujet de la sécurité ressemblait souvent à un bon filon. Pour les uns, il permettait d'asseoir un fonds de commerce idéologique. Pour les autres, il était l'expression d'un désarroi social. J'ai donc voulu décortiquer les mécanismes qui amènent à l'installation du sentiment d'insécurité. Comment, dans une société qui n'a jamais eu autant les moyens d'instaurer la sécurité et qui n'a jamais été aussi protégée et sûre, peuvent se développer des peurs en décalage avec la réalité? Le risque zéro que revendiquent les sociétés de progrès est-il possible ou n'est-il qu'un leurre? La tolérance zéro qu'agitent les hommes politiques dès qu'ils arrivent au pouvoir est-elle pure démagogie ou a-t-elle un sens? Comment un groupe de jeunes peut-il gâcher la vie d'un quartier alors qu'il ne représente qu'une "infime" minorité?
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Pourquoi la majorité ne réagit-elle pas? Sur un sujet aussi
crucial pourquoi faudrait-il que les hommes politiques soient les seuls porteurs d'un projet? Les citoyens n'ont-ils pas les moyens d'instaurer leur propre sécurité sans organiser des milices et tout en respectant la loi? Qu'est-ce qui "cloche" entre la police et la justice? Et finalement, à quoi servent les chiffres? J'ai décidé de répondre à toutes les questions qui témoignent du paradoxe de notre société. Mon propos est volontairement simple -mais jamais simpliste-, souvent pédagogique et tente de restaurer chaque fois que possible des notions qui touchent au civisme et à la solidarité. Entre liberté d'esprit et liberté de ton, tel est le parti que j'ai choisi pour tordre le cou aux idées fausses qui nuisent au débat entre les citoyens, qu'ils soient investis ou non d'une responsabilité politique.

9

Le Il septembre, alors que j'avais commencé la rédaction de cet ouvrage depuis quelques semaines, les attentats survenus à New York puis les représailles américaines contre les fondamentalistes musulmans ont éclipsé le débat sur les incivilités pour inscrire dans notre actualité des questions touchant à l'ordre du monde et à la sécurité internationale. La peur des attentats et la peur d'une guerre biologique ont succédé à l'angoisse liée à la petite délinquance ou aux incivilités. Elles sont venues surenchérir le mal être général de la société occidentale. Devant nos télévisions qui diffusaient en continu l'effondrement des tween towers, nous avons assisté à la mondialisation du sentiment d'insécurité. Le jeu de l'été, qui avait consisté à commenter de façon désordonnée l'augmentation de la délinquance, a vite été rangé au placard. Ce silence soudain sur la petite délinquance et les mineurs en dérive a témoigné de la vanité et l'inconséquence des propos de l'été. Fallait-il donc une catastrophe mondiale pour arriver à prendre de la distance avec les phénomènes français de l'insécurité? Pour autant, ceux qui, il y a quelques mois, agitaient abusivement les peurs des Français, ont eu tôt fait de reprendre leur cheval de bataille -la démagogie- pour sous-entendre que les banlieues abritaient des réseaux terroristes et qu'en tout musulman sommeillait un fondamentaliste. On peut avoir été élevé dans une famille musulmane, haïr Ben Laden et être profondément laïc. Et si, de tous temps, les réseaux terroristes ont eu la tentation d'exploiter la misère de quelques-uns, il est évident qu'il ne peut s'agir que de cas isolés. Sur ces questions de sécurité internationale, j'ai déploré l'absence de bon sens, ce même bon sens dont j'avais regretté le manque dans les analyses de la classe politique sur la sécurité intérieure. En tant que citoyen français, d'origine afghane, profondément épris de justice et de liberté, j'ai à nouveau voulu apporter des réponses simples à des phénomènes complexes.

Chapitre 1 Sécurité: la faute à qui, le droit pour qui?

Quelle est votre propre définition de la sécurité? La sécurité est un droit fondamental inscrit dans la déclaration universelle des droits de l'homme. Chaque citoyen doit pouvoir vivre sans risquer d'être agressé, volé, spolié par un de ses proches, par un voisin, par un groupe de délinquants, par une organisation terroriste internationale, par un gang local spécialisé dans tel ou tel trafic, par un collègue de travail, par un fonctionnaire ou par un élu politique. Mais au-delà, elle est l'aspiration de toute une société qui espère en davantage de plénitude dans des domaines qui ne sont pas uniquement liés aux questions de délinquance et qui peuvent concernés l'emploi, la santé, la famille, l'éducation. Elle recoupe tous les grands thèmes de l'existence et signifie ainsi qualité et équilibre de vie. Considérez-vous toutes les situations contraires à la sécurité de la même manière? Non, mais je considère que la sécurité est négligée dans de multiples cas: qu'on soit injurié par un groupe de jeunes, qu'on retrouve sa voiture fracturée, qu'un groupe revende de la drogue en bas d'un immeuble, qu'on soit victime d'un attentat, qu'un fonctionnaire du fisc détourne une partie des impôts, qu'un homme politique s'approprie l'argent public,