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Instabilités européennes, Recomposition ou décomposition?

240 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 390
EAN13 : 9782296271357
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INSTABILITÉS EUROPÉENNES
Recomposition ou décomposition?

Publications du Centre de relations internationales et de sciences politiques d'Amiens (CRISPA).

Peuples et Etats du TIers-Monde face à l'ordre international. PUP, 1977 (207 p.) La question de l' Erythrée: droit international et politique des deux Grands. PUP, 1979 (157 p.) -Actualité de la question nationale. PUP, 1980 (300 p.) - Sur J'Europe à l'aube des années 80. PUP, 1980 (276 p.) -Droits de l' horrune. droits des peuples. PUP, 1982 (248 p.) - Multinationales et droits de l' homme, PUP, 1984 (220 p.) -La France au pluriel. L'Harmattan, 1984 (254 p.) - Le droit du peuple érythréen à l'autodétermination. CRISPA, 1984 (45 p.) -La corne de l'Afrique. L'Harmattan, 1986 (268 p.) - Guerre. éthique et pensée stratégique à l'ère thermonucléaire. L'Harmattan, 1988 (260 p.) -Les minorités et leurs droits depuis 1789. L'Harmattan, 1989 (288 p.) - Regards sur le changement en Union soviétique, PUP, 1990,203p.

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Centre de Relations Internationales et de Sciences Politiques d'Amiens Directeur: Dominique Rosenberg, Professeur
Campus

- rue

Solomon Mahlangu

80025 Amiens cedex 1 @ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1545-8

Sous la direction de RAPHAEL DRAI et CAO-HUY THUAN

. Instabilités européennes

recomposition

ou décomposition?

Pierre M. Gallois, Dario Battistella, Cao-Huy Thuan, Pierre Sicard, Agota Gueullette, Nguyen Huu Tru, Paul Tavernier, Raphaël Draï, Danièle Lochak, Julette Grange, Jean-François Vasseur

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

Dans la même collection, aux mêmes éditions : Raphaël Draï et Cao-Huy Thuan: Guerre, Ethique et pensée stratégique à l'ère thermonucléaire, 1988.

AVANT-PROPOS

Raphaël DRAI, CAO-HUY THUAN

On le sait, et on le dit, depuis la chute du mur de Berlin: l'Ennemi n'est plus, la menace militaire a disparu, la sécurité en Europe a changé de nature. L'Europe doit désonnais faire face, non plus à une menace précise, ou de nature bien détenninée, mais à de nombreux risques d'autant plus inquiétants qu'ils sont multifonnes, imprécis et imprévus. Panni ces risques, les suivants sont les plus souvent cités et leur ampleur dépasse la capacité individuelle des Etats de trouver des solutions adéquates: immigration, pollution de l'environnement, drogue, conflits régionaux, conflits ethniques, passion nationaliste, éclatement des ensembles nationaux, instabilité... Instabilité, voilà le nouvel ennemi bien désigné par le président George Bush au moment de la guerre du Golfe. Mais ce risque ne vient pas seulement du Tiers-Monde; il se produit au cœur même de l'Europe avec le changement d'équilibre en faveur de l'Allemagne, l'éclatement de l'empire soviétique, les incertitudes qui entourent l'avenir des régimes à l'est, la guerre civile dans la Fédération yougoslave. Face à ces événements, souvent tragiques, l'Europe occidentale a plus d'une fois montré son impuissance. Mais elle a aussi des atouts qui lui pennettent d'envisager l'avenir avec espoir et sérénité: sa prospérité économique, ses tradilions démocratiques, sa foi en l'homme, et sa culture qui est la même pour tout le continent et qui constitue l'élément fondamental de son unité. Tous ces problèmes ont fait l'objet du Colloque organisé en mai-juin 1991 à l'Université de Picardie, à l'initiative du Centre de Relations Internationales et de Sciences Politiques d'Amiens (C.R.I.S.P.A.) avec la participation du Général Pierre Gallois et de plusieurs autres Universités et Centres de Recherche. n nous semble indispensable d'en publier les actes pour bien montrer que l'instabilité de l'Europe est loin d'engendrer l'inhibition intellectuelle des spécialistes des Relations Internationales. 5

Cette brève introduction doit en effet faire sa place à une remarque essentielle: actuellement, toute recherche ayant l'Europe pour sujet est soumise à une condition résolutoire: que l'évolution de la situation politique européenne ne s'accélère pas davantage au point de rendre obsolètes les analyses qui prétendent en rendre compte. Les Actes, ici présentés, représentent donc aussi un défi: celui de ne pas courir derrière l'événement, mais de proposer un cadre stable de réflexions permettant aux chercheurs et aux gouvernants précisément d'en mieux comprendre les développements. A ce titre et plus que jamais, les rendez-vous de l'Histoire doivent s'accompagner de ceux de la recherche scientifique. Et lorsque l'Histoire devient torrentueuse, la Science Politique doit savoir être endurante.

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I. ASPECTS POLITIQUES ET STRATÉGIQUES

MOSCOU:

APRES LA RÉVOLUTION, Pierre M. GALLOIS

LE CONSULAT?

Ayant par trop puisé ses sources à l'étranger, Gorbatchev était déconsidéré à l'intérieur, estimaient les putschistes des 19/21 août 1991. Après les désordres, sa politique conduisait au chaos et «nous n'étions pas disposés à accepter une telle dépendance, politique, économique, militaire, vis-à-vis des Etats-Unis», déclarait le maréchal Iazov faisant également allusion aux sentiments de la hiérarchie militaire. Le désarroi du Haut Commandement soviétique? Le suicide du maréchal Akhromeev en témoigne. (Bien que les affaires des dignitaires moscovites demeurent mystérieuses, le suicide est plausible). En guise de testament, le maréchal1aissait le message d'un vieux soldat empli d'amertume: «Je ne puis assister à l'effondrement de tout ce pourquoi j' ai lutté toute ma vie». L'échec de l'étrange tentative de coup d'Etat a-t-il déçu davantage encore le maréchal? Avait-il donné des gages aux comploteurs? Ou la carence du pouvoir central, l'intervention de la rue, les pressions de l'étranger dissipaient-elles ses dernières illusions, persuadé qu'il ne vivrait pas les grandes années d'une Union soviétique régénérée? Lors de l'accession au pouvoir de Gorbatchev, Akhromeev et, semble-t-il, le Commandement soviétique dans son ensemble souscrivirent à la perestroïka. Ne serait-ce que pour conserver à l'Union soviétique le plus puissant des appareils militaires, à l'évidence une profonde réforme du système se révélait indispensable. D'ailleurs, un quart de siècle plus tôt, l'Armée ne s'était-elle pas trouvée dans l'obligation d'accepter d'importantes réductions de ses effectifs (1,2 million), Khrouchtchev ayant décidé de réaliser ainsi les économies qui lui permettraient de rivaliser avec les Etats-Unis dans la course aux fusées balistiques et de l'emporter finalement sur eux, pour la plus grande gloire de l'Union soviétique? La perestroïka, aux yeux des milit(!.ires, était également 9

justifiée par un sévère constat: l'avance technique américaine que la guerre du Golfe n'avait pas encore révélée dans toute son ampleur - les réalisations scientifiques japonaises appliquées par les Etats-Unis à leurs annements, la préparation dans les laboratoires d'outre-Atlantique «d'armes fondées sur des principes physiques différents», selon la formule consacrée (laser, accélérateur de particules, canons électroniques, ambitions spatiales, etc.), ne laissaient pas d'être inquiétantes. Il fallait que Moscou dégage les ressources nécessaires pour affronter la nouvelle compétition et pour y triompher. Si, selon Engels, «aucune autre activité n'est plus dépendante de l'économie que la préparation à la guerre», ainsi que, peu avant d'être limogé, l'avait rappelé le maréchal Ogarkov, le délabrement de l'économie soviétique ne pouvait qu'inciter le Haut Commandement à souscrire aux réformes. Celles-ci furent annoncées à Minsk, en 1985, lorsque le Secrétaire général du PCDS s'entretint longuement avec les chefs militaires du pays. Sans doute leur dépeignit-il, en usant des plus sombres couleurs, l'état de l'Union soviétique pour ensuite solliciter un concours intéressé, l'établissement militaire tout entier ne pouvant que bénéficier d'un assainissement de l'économie soviétique. La rédemption du socialisme s'imposait et, pour sa part, le maréchal Akhromeev y avait certainement souscrit - elle sauverait à la fois l'Union et l'Armée. Or, au moment du putsch, la première se disloquait et la seconde se désagrégeait. En ex-Union soviétique (et avant qu'elle ne devienne quasi totalement, sinon dans son intégralité, cette vague Communauté d'Etats Indépendants), en ex-Union soviétique donc, Réformateurs et Conservateurs s'accordaient sur l'extraordinaire violence du typhon politique et social qui balayait l'ensemble du pays et le maintenait dans la confusion. Plus que d'autres, les militaires de haut rang en souffrent. «Nous ne devons pas perdre le cap (dans la tourmente)>>,déclarait récemment le jeune maréchal Chaposhnikov, alors nouveau ministre de la Défense. Comment, pour prendre un nouveau départ, s'y retrouver? Apparemment plus d'ennemis à l'Ouest mais, situation humiliante, ceuxci devenus des prêteurs sollicités, et soucieux de prêter avec usure; un territoire national - l'Année, ciment de l'empire avec le Parti et le K.G.B., faisait des Républiques un amalgame national- qui s'effrite; des forces années qui disparaissent, d'autres qui surgissent, des commandements qui s'instaurent, un gouvernement vacillant succédant à quelque 70 ans d'intransigeante autorité, partout la débâcle économique et des revendications politiques et sociales; la rivalité du pouvoir fédéral et du pouvoir spécifiquement russe; le relâchement des mœurs mis en évidence par la glasnost et les pires imitations des vices de la société capitaliste; perdus le glacis protecteur d'Europe centrale et aussi le littoral de la Baltique, indépendante la riche Ukraine, déconsidérée l'Année, décapité son Haut Commandement(1), réduits les crédits militaires, abaissée la garde face aux milliards d'hommes de l'est et du sud de l'Asie et à l'avance scientifique et technique des Etats-Unis et du Japon, tous ces événements, toutes ces mutations, ces constats d'infériorité ramassés sur une courte période remettent en question, douloureusement, de longues et solides certitudes.

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n a fallu, également, endurer Tchernobyl et la réprobation mondiale provoquée par l'accident; se retirer d'Afghanistan, échec militaire comparable à celui des Etats-Unis au Vietnam; approuver les accords de désarmement et même, unilatéralement, ferrailler un coûteux matériel de guerre dont l'Armée soviétique était fière; démobiliser cadres et soldats, les renvoyer dans leurs foyers ou plutôt, le plus souvent, leur accorder seulement, dans leur propre pays, le statut de réfugiés, sans travail, sans logements, sans écoles pour les jeunes. Et aussi se tenir passifs devant la défaite de l'Irak, l'allié privilégié, accepter la présence des Etats-Unis dans une zone pétrolifère où Moscou, jadis, n'eût jamais admis qu'ils s'y installent; recevoir enfin une leçon de stratégie politique, militaire, logistique de la part de la grande puissance rivale hier encore, impressionnée par l'armement soviétique. Ce sont là bien des épreuves pour un peuple fataliste certes -le peuple russe s'entend - mais habitué à jouer un rôle déterminant sur la scène mondiale, profondément attaché à la mère-patrie et assuré de son rayonnement. Ces coups portés à un système politique qui semblait solide plongent ses réformateurs dans la plus totale incertitude. Comment, sur des fondements aussi branlants, édifier une nouvelle doctrine, c'est-à-dire définir les objectifs concourant à la sécurité du pays et à la préparation de ses armes puis, cette doctrine arrêtée, comment en déduire une stratégie militaire, c'est-à-dire conduire au succès d'éventuelles opérations de guerre? Que faire sinon s'en tenir aux concepts avancés par les prédécesseurs immédiats du ministre Chaposhnikov en affichant une doctrine et une stratégie militaire conformes, sinon aux desseins secrets de ce que fut le gorbatchévisme, du moins à ceux qu'il avait largement proclamés: l'action politique, la diplomatie doivent l'emporter sur le recours aux armes, la nouvelle Union ou, plutôt, le système politique en passe de succéder à l'U.R.s.S., ne prendra jamais l'initiative d'user de la force, ne sera pas le premier à utiliser les armes de destruction massive et mettra fm à la course aux armements - du moins avec les Etats-Unis - en renonçant à obtenir sur eux une illusoire supériorité numérique. C'était reprendre les déclarations du Comité politique du défunt Pacte de Varsovie (mai 1987): désormais, annonçait-il, la prévention de la guerre l'emporte sur le combat et la vaine recherche d'une victoire inéluctablement trop coûteuse, l'OTAN n'est plus une organisation militaire ennemie, le capitalisme n'agresse plus le socialisme soviétique, celui-ci n'est plus en quête d'une quelconque expansion territoriale et, pour lui, seilles prévalent la préparation et la conduite d'une stratégie militaire défensive. Au moment où le ministre de la Défense tentait de reprendre à son compte la «nouvelle pensée» telle qu'elle avait été formulée quatre ans auparavant, il ignorait quelles seraient, demain, la structurç et l'organisation politique et administrative de l'ex-Union soviétique, il ne savait pas l'étendue du pouvoir du Kremlin - fOt-il communautaire ou russe - et, par conséquent, l'espace territorial et politique où s'exercerait efficacement son autorité. Aussi s'agissaitil moins d'une doctrine et d'une stratégie militaire que de l'énumération de
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quelques principes directeurs de bon aloi, traduisant en termes pseudo-stratégiques une préoccupation d'ordre essentiellement politique: à l'époque Moscou, centre d'une fédération, voire d'une confédération, souhaitait faire entendre aux puissances industrielles - et au reste du monde - que l'ex-Union soviétique était un nouveau partenaire se réclamant des mêmes conceptions morales, sociales, économiques et qu'il était désireux, sinon de s'intégrer, du moins de s'associer peu à peu au système plus efficace de l'économie libre. Néanmoins, préoccupation de haute politique mise à part, le discours du ministre de la Défense demeurait assez révolutionnaire pour mériter une analyse. Déjà, en 1986, deux mois après que Gorbatchev eut proposé de réduire progressivement les annements nucléaires des deux superpuissances jusqu'à totale élimination, symboliquement fixée à la veille de l'an 2000, le maréchal Sokolov avait renoncé à promouvoir une doctrine jusque-là officielle et immuable en reconnaissant à la dissuasion nucléaire le mérite d'avoir contenu l'impérialisme dans ses plans agressifs, assuré qu'il était de provoquer une riposte aux effets dévastateurs. Chaposhnikov transformait la dissuasion en prévention de la guerre et passait sous silence l'éventuel recours au nucléaire. Prévenir l'usage offensif de la force pouvait passer pour un ajout nouveau à la stratégie déclarée de l'ex-Union soviétique. En revanche effacer le nucléaire - sans y renoncer totalement ainsi qu'on le verra plus avant - est un très ancien objectif du Haut Commandement soviétique et du pouvoir politique. En effet, face aux démocraties occidentales, l'Union soviétique a toujours eu intérêt à proscrire les armes de destruction massive. Dès leur avènement, Moscou s'efforça de les éliminer. Les Etats-Unis en possédèrent le monopole jusqu'en 1949/1950 et bien avant que l'U.R.S.S. ne le partage, les stratèges soviétiques comprirent que l'arme nouvelle révolutionnerait à la fois le rapport des forces politiques et «l'art de la guerre» tel qu'ils excellaient à le pratiquer, et cela au détriment de leur pays. Elle éliminerait les uns après les autres les avantages innés ou acquis qu'il était le seul, jusque-là, à détenir. La population d'abord. En nombre et en nature, elle fournissait en quantité de bons combattants. Selon la tradition russe, le pouvoir n'avait pas à économiser les masses; la puissance de l'Etat se fondait à la fois sur leur travail et leur sacrifice. Bref, l'u.R.S.S. était capable - et elle venait de le démontrer - d'aligner des combattants par millions, par dizaines de millions même, et d'en perdre un grand nombre, ce qui n'était le cas d'aucune des démocraties du vieux monde tout en étant, de surcroît, difficilement à la portée des EtatsUnis tout aussi traditionnellement avares du sang de leurs fils et en quête de techniques épargnant le travail humain, a fortiori les pertes au combat. Or, voici que, par les ravages qu'ils exercent sur de vastes étendues, les projectiles atomiques neutralisent le pouvoir des masses, interdisent les rassemblements d'hommes et de matériels, suppriment l'avantage du nombre, privent l'Union soviétique de l'atout que représentait un potentiel humain «consommable». L'abondance des moyens militaires de toute nature: divisions terrestres, concentrations aériennes sur les aérodromes, flottes de surface et installations 12

portuaires, n'est plus déterminante. Au contraire, elle constitue une charge par trop vulnérable à la détonation de quelques projectiles nucléaires seulement. Autre coup porté par l'atome militarisé à la prédominance stratégique de l'U.R.S.S.: dans le cycle nucléaire du moins, une puissailte industrie lourde se révèle également une coûteuse et inutile activité, pratiquement privée de débouchés nationaux. A partir du moment où devraient disparaître les gros bataillons, à quoi bon leur fabriquer en grande série des armements classiques dépourvus d'utilisation? L'industrie lourde d'armement qui devait participer au développement, selon le credo marxiste-léniniste, se trouve donc, elle aussi, condamnée par l'avènement des armes de destruction massive. Staline lui a sacrifié des milliards de roubles et surtout des millions de vies humaines. Elle se révéla capable de l'emporter sur la production du Ille Reich et contribua largement à sa défaite. Mais, avant que la grande guerre patriotique ne s'achève par la victoire des armées soviétiques, les trois premières explosions atomiques lui retiraient sa prédominance. Certes, ni les politiques, ni le Commandement soviétique, ni le complexe militaro-industriel n'acceptèrent une mutation aussi brutale. Mais elle n'en était pas moins réelle. Faute de l'avoir compris à temps, les Soviétiques gaspillèrent de précieuses ressources qui, aujourd'hui, leur font cruellement défaut. A l'U.R.S.S., l'espace, théâtre des manœuvres du stratège, n'était pas mesuré. Les grandes étendues permettaient aux belligérants d'échanger une portion de sol contre du temps: momentanément le plus faible, l'un d'eux épuisait l'autre en l'éloignant des sources de son ravitaillement, ou bien se repliait pour s'approcher des siennes et mieux contre-attaquer; plus récemment, lorsque la «guerre verticale» prit de l'ampleur, la dispersion en limita - au moins partiellement -les effets. Puis, brusquement, en moins de deux décennies, l'avion d'abord, l'engin balistique ensuite, contractèrent les distances, annulèrent l'espace qu'ils parcourent à des vitesses supersoniques. Non seulement l'ex-Union s'étendait sur le sixième des terres émergées, mais son territoire était, militairement tout au moins, dominé par un inaccessible donjon, le Heartland dè Fairgrieve et de Mackinder. Par terre, les armées les plus mobiles n'auraient pu l'investir et les glaces interdisaient aux flottes de l'approcher. «Si, à l'issue de cette guerre (celle de 1939-1945), l'Union soviétique l'emporte sur l'Allemagne, elle s'élèvera au rang de la plus grande des puissances terrestres. De plus, elle bénéficiera de la plus forte des positions défensives. Le Heartland est la plus grande des forteresses naturelles qui existent sur la Terre. Pour la première fois dans l'Histoire, la voici pourvue d'une garnison à lafois suffisante en nombre et en qualité...» écrivait Mackinder en 1943(2).Il est vrai que les armées hitlériennes n'avait pu atteindre le «donjon» soviétique et qu'elles souffrirent cruellement de l'allongement de leurs lignes intérieures de communication. Mais au cours du demi-siècle qui s'achève, le rythme de l'innovation scientifique et technique est si précipité qu'aucun prophète ne le demeure longtemps. Deux ans à peine après la publication des vues de Mackinder sur le conflit mondial, la combinaison du bombardier stratégique et de l'arme atomique les rendait caduques: stratégique13

ment parlant, plus de «zone pivot mondiale», plus de Heartland, plus d'inatteignable donjon. Partant de n'importe où, les annes nouvelles sont capables de porter la destruction n'importe où, l'avion en moins de 24 heures, l'engin balistique dans un délai inférieur à l'heure. Et voici annihilée la plus évidente giques de l'Empire d'abord, de l'Union ensuite: l'immensité de son espace terrestre. Au début des années soixante, Charles 1. Hitch, économiste, directeur financier au Pentagone(3), estimait que «(.,.) le nombre des centres urbains qui matérialisent l' essentiel de la puissance économique d'un grand pays militaibaines américaines rassemblent 60% de l'industrie des Etats-Unis (,.), la concentration industrielle (...) semble être du même ordre en U.R.S,S., bien que les agglomérations y soient en général plus ramassées sur elles-mêmes, constituant des objectifs plus faciles à détruire». En somme, cinquante projectiles et l'immense Union soviétique n'aurait plus été elle-même et pour longtemps. La prise de conscience de cette extrême vulnérabilité est à l'origine de l'énonne effort d'annement accompli par les Soviétiques dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les annes nouvelles, au pouvoir spectaculairement révélé par la reddition du Japon, les privèrent des avantages que la nature leur avait donnés comme de la sécurité recherchée par les coûteuses réalisations militaires consécutives à l'agression du lITe Reich. Aux tounnents créés par l'obsession d'une invasion terrestre venaient s'ajouter ceux suscités par la perspective d'une attaque aérienne. Et la dimension du territoire national n'était plus un antidote contre une pareille fonne de guerre. A ces trois décourageants constats: une forte démographie neutralisée, une industrie lourde d'un autre âge et un vaste territoire à l'espace aérien indéfendable, s'en ajoutait un autre: les annes nouvelles se jouent des conditions atmosphériques. Destitué, ce général Hiver qui, si longtemps, avait veillé sur les années russes, puis soviétiques, combattu à leurs côtés, contribué à la défaite des envahisseurs. On conçoit alors que, dès la fin des années quarante, Moscou se soit efforcé de proscrire le nucléaire militarisé, de le faire rejeter par les opinions publiques, d'organiser des manifestations de masse contre son éventuelle utilisation. C'est évidemment dans un monde totalement dénucléarisé que l'Union soviétique eût réuni toutes les conditions de la puissance, du moins lorsqu'interviendraient la force ou la menace d'y avoir recours(4). Les annes nouvelles passent pour avoir fait obstacle aux desseins inavoués de Staline, sinon de tous ses successeurs. Il est certain, en tout cas, qu'elles ont obligé l'U.R.S.S. à relever le défi américain et à se doter de la plus coûteuse - et de la plus inutile - des panoplies. Aussi, le maréchal Chaposhnikov s'inscrivait-il dans la tradition en escamotant l'atome d'une stratégie visant la prévention de la guerre, principale fonction des forces années. Cette attitude purement défensive était renforcée par l'engagement de ne jamais prendre l'initiative d'opérations de guerre. C'est là, en quelque sorte, 14

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et, durant des siècles, la plus rémunératrice - des caractéristiques straté-

re comme les Etats-Unis ou l' Union soviétique est faible

(oo.)

54 zones ur-

une déclaration de principe fonnulée par tous les gouvernements, malheureusement trop souvent contredite. A commencer par les agissements du Kremlin. Pas moins de quatre traités garantissaient l'intégrité du territoire finlandais qui, par les annes, fut néanmoins amputé des quelque 50 000 kilomètres carrés de la Carélie (1940). Les pays d'Europe centrale ont également appris à leurs dépens ce que valent les traités et les nombreux artifices qui pennettent de les violer. Troisième volet de la nouvelle stratégie militaire alors affichée par le Kremlin: il s'engageait à ne plus recourir, en premier, aux annes de destruction massive. Elles existent, l'Est et l'Ouest s'entendent pour en réduire consi~ dérablement les stocks, mais il en restera encore longtemps une redoutable quantité accrochée àux panoplies d'un nombre de plus en plus grand d'Etats. Aussi fallait-il les inclure dans l'équation stratégique de l'ex-Union soviétique et réaffinner une intention maintes fois annoncée dans le passé. Pour l'étatmajor de l'OTAN, celle-ci demeura longtemps sujette à caution paree qu'elle était illogique. En effet, si l'U.R.S.S., alors redoutée, avait exploité sa supériorité numérique en forces et en annes traditionnelles, elle l'eût emporté sur l'OTAN dont le Commandement aurait été placé devant une grave alternative: ou capituler ou, le premier, frapper avec l'atome. En prendre ainsi l'initiative aurait conduit les forces du Pacte de Varsovie au désastre puisque, fortement concentrées pour l'emporter sur celles de l'OTAN, elles se seraient révélées extrêmement vulnérables. Pour Moscou, rejeter l'initiative de l'attaque nucléaire, c'était, en fait, renoncer à l'épreuve de foree. Mais c'était également inviter l'Occident à prendre le même engagement, redonnant alors aux forces traditionnelles soviétiques les avantages de la supériorité du nombre et ne laissant aux pays de l'OTAN d'autre choix que le second tenne de l'alternative évoquée précédemment, c'est-à-dire la capitulation. Dans les deux cas, la proposition était habile: pas de guerre -la plus probable des intentions - ou, en cas de conflit, la défaite des forces occidentales. Ajoutons que, dans le feu de l'action et selon le sort des. armes, les engagements sont rarement respectés. En revanche, vis-à-vis des opinions publiques, le Kremlin avait tout à gagner à la fois en condamnant les armes de destruction massive et en affinnant qu'il n'en userait qu'après l'adversaire et en représailles. Enfin, quatrième disposition du plus réeent des discours stratégiques du Commandement russe, le maréchal Chaposhnikov annonçait que, désonnais, son pays abandonnerait le concept - jusqu'à maintenant tenu pour indiscutable - des avantages de la supériorité quantitative. C'est probablement aux annes de destruction massive que s'appliquait la déclaration du maréchal. Elle justifiait les mesures de désannement nucléaire avancées par Mikhai1 Gorbatchev en réponse à celles de George Bush. Bien évidemment chaque partie à la négociation avait déguisé ses arrière-pensées: la Maison-Blanche suggérait d'interdire les catégories d'armements qui font la force de l'U.R.S.S. tout en conservant celles qui témoignent de la supériorité américaine. De son côté, le Kremlin avait réclamé - à nouveau - une mutuelle et solennelle renonciation à l'agression nucléaire et l'arrêt de toutes les explosions atomiques expé15

rimentales. (Obligé de céder aux instances du président du Kazakhstan, le Kremlin venait de mettre un terme aux activités du Centre d'essais nucléaires de Semipalatinsk, si bien qu'il lui fallut décider, unilatéralement, un moratoire d'une année.) Avant que ne commencent les pourparlers, Washington fit savoir qu'il rejetait les deux propositions. En revanche, surenchérissant sur les clauses du traité relatif à la limitation des armements stratégiques, Moscou acceptait de porter de 4 900 à 3 900 le plafond des ogives nucléaires stratégiques encore autorisées. La concession facilitait la remise en ordre des forces stratégiques dispersées sur les territoires de l'ex-Union et visait à vider de leur redoutable contenu les silos creusés dans le sol des Républiques sécessionnistes, même ralliées au projet d'union éconoI1lique, tel le Kazakhstan où se trouvent les puissantes fusées SS-18 (zone stratégique de Dombarovski et de Imeni Gastello), l'Ukraine et ses soixante silos de SS-19 et ses 56 missiles mobiles SS-24, l'ex-Biélorussie sur le territoire de laquelle se déplaçaient 66 missiles mobiles SS-25; au total, près de 2 600 ogives nucléaires. Moscou accepta sans difficulté la proposition américaine relative à la suppression de tous les engins atomiques de théâtres d'opérations: mines, artillerie, lanceurs à courte et moyenne portées. Aussi bien aux Etats-Unis qu'en ex-Union soviétique l'on a admis que la technique et la politique s'accordent pour condamner cette catégorie d'armements que les deux pays ont intérêt à proscrire. La technique d'abord: les fusées frappant à grande distance, et que les deux puissances conservent à la fois pour se garder,l'une de l'autre et pour décourager toute agression dont elles seraient les victimes, sont devenues aussi précises que celles, à courte 'portée, destinées à être ferraillées. Non seulement l'intérêt militaire que présentaient ces engins s'est révélé limité, mais au lieu d'être tenu de s'en remettre - pour un éventuel emploi - aux Commandements subordonnés, avec les risques qu'implique une telle délégation, le pouvoir politique bénéficie de la concentration et du contrôle direct des fusées à longue portée, qu'elles soient utilisées stratégiquement ou sur un théâtre d'opérations terrestres. Politiquement, ensuite: en effet, ces armes atomiques à courte portée n'auraient joué un rôle qu'en cas d'affrontement, à terre ou sur mer, entre les forces des deux puissances au profit d'un ou de plusieurs pays tiers. Les positions géographiques respectives des Etats-Unis et de l'ex-Union soviétique excluent cette hypothèse, sinon à l'extérieur, en allant au secours d'alliés en péril, avec les risques «d'escalade» vers l'échange de coups stratégiques que se porteraient les deux puissances. Moscou et Washington se sont entendus pour condamner d'aussi dangereuses perspectives, le «feu» nucléaire étant réservé à la pratique d'une dissuasion mutuelle, toutes les autres formes de conflit -les territoires respectifs des deux pays n'étant pas directement menacés - devant être disputées à l'aide d'armes classiques. En ce qui concerne la sécurité des alliés européens des Etats-Unis, la stratégie américaine demeure ambiguë. Le comportement de l'ex-Union soviétique, du pouvoir central,

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l'attitude des Républiques ayant obtenu l'indépendance et l'ampleur des mesures de désarmement effectivement réalisées en décideront. Tel qu'il avait été négocié, annoncé, proclamé même, le plan de désarmement de l'U.R.S.S. était, apparemment, des plus substantiels. Les effectifs de l'ensemble des armées soviétiques devaient être ramenés de 4 à 3 millions, voire 2. On ne sait s'il faut les porter au crédit du chaos économique ou des élans pacifistes, toujours est-il que des projets plus audacieux encore étaient à l'étude. TIsportaient sur la réduction de 70% du nombre des personnels militaires existant sous les drapeaux lors de l'installation de Gorbatchev au Kremlin. Au cours des trois dernières années, quelque 20 divisions stationnées en Europe centrale, Mongolie et pays baltes ont été ramenées sur le territoire russe. 35 divisions blindées et motorisées auraient été dissoutes ou déployées à l'ouest de l'Oural. Leurs matériels, déplacés vers l'est, rééquiperaient les unités restantes, constitueraient une réserve ou seraient détruits. TIs'agirait de 16 000 chars d'assaut, dont 6 000 envoyés à la casse, Il 000 véhicules blindés d'infanterie, dont 12% ferraillés, 22 000 pièces d'artillerie, le tiers environ étant passé au pilon. Une industrie nouvelle - temporaire certes - se révélerait nécessaire pour démolir des milliers de tonnes de matériels de guerre. TIy a là une source d'emplois pour les quelque 400 usines d'armement et chantiers navals que Moscou a envisagé de reconvertir afin qu'ils produisent des biens de consommation. Les planificateurs moscovites auraient même proposé -l'état de l'économie nationale les y incitant - de réduire de 70% le potentiel de fabrication d'annements de l'ex-Union. (En réalité, à la mi-1991, 6 seulement de ces 400 usines auraient été effectivement reconverties.) Ces plans de désannement modifient la structure, l'organisation et le déploiement des unités et des matériels relevant des grands Commandements. Des pourcentages de réduction, variables pour chacun d'entre eux, avaient été annoncés: forces balistiques stratégiques: 35%; année de terre: 12%; défense aérienne et anti-balistique: 20%; aviation: 8%; marine: 10%. Bien que l'abandon du service militaire ait été envisagé, la conscription serait conservée, mais le maintien sous les drapeaux écourté(5). Deux traités, START pour les annes nucléaires stratégiques (signé le 31 juillet 1991 à Moscou) et l'accord sur la réduction des forces classiques en Europe signé à Paris le 19 novembre 1990(6)par les représentants de 22 pays, 16 appartenant au Pacte de Varsovie et les 6 membres de l'OTAN, permettent, en principe, la vérification (mutuelle) de l'exécution de leurs clauses. En réalité, s'ils le veulent, les signataires pourraient interpréter assez librement ces textes et n'en accepter la teneur que dans la mesure où ils y ont intérêt. Avant même que les traités soient ratifiés, aux Etats-Unis, des voix s'étaient élevées, accusant Moscou d'avoir trouvé des échappatoires tandis que l'état-major général de l'ex-Union soviétique protestait contre les concessions accordées par les diplomates moscovites sans avoir obtenu de suffisantes compensations. Aussi, un «conservateur» russe excusait-il ainsi les militaires: «(...) sauvant l'essentiel et s'efforçant de corriger les fautes des négociateurs, l'état-major général a organisé le rapide transfert, au-delà de l'Oural, de milliers de 17

chars d'assaut, de canons et d'autres matériels de guerre». En octobre 1990, déjà, un journaliste hongrois, Lazlo Labody, écrivait que «(...) 22 nations discutant de centaines de milliers d'équipements déployés sur plus de 6,5 millions d' hectares, apparaît être un exercice d'une complication inégalée dans l' histoire de la diplomatie». Il n'est pas surprenant qu'en dépit de longues négociations préalables, le texte fmal comporte des «faiblesses», pas davantage que celles-ci aient été aussitôt exploitées. C'est ainsi que, selon les militaires soviétiques, les matériels stationnés à l'est de l'Oural, hors de la zone ATIU (Atlantic To The Ural), et les forces armées destinées à la défense côtière n'auraient pas dû figurer dans la comptabilité comparative qui constitue le fondement du Traité. Quant aux vérifications, elles se révéleront difficiles et incomplètes. Il était bien spécifié que, durant les années qui suivront la ratification de l'Accord de Paris, l'inspection et le contrôle pourraient porter sur des centaines de sites répartis sur le territoire de la Russie. Mais les difficultés rencontrées par les missions des Nations-Unies cherchant à localiser et à inventorier les armements et les centres d'études, d'essais et de production irakiens, dans un pays désertique, dont la superficie n'est que le cinquantième de celle de l'ex-Union soviétique, légitiment quelques doutes sur l'application du Traité. En revanche, les impératifs économiques et l'évolution des techniques d'armement se conjuguent pour que soient éliminés les matériels coûteux et dépassés par le progrès, si bien que les pays de l'ex-Union soviétique auront tout intérêt à démontrer qu'ils respectent le texte qu'ils ont signé. En fait, c'est plutôt la lettre du Traité que ses intentions qui, déjà, peut guider leurs démarches. A son origine, le Haut Commandement soviétique n'a approuvé la perestroïka que dans la mesure où il espérait qu'elle transformerait progressivement l'économie de l'Empire, garantirait la régénération du socialisme, accroîtrait la puissance et assurerait la suprématie - dans tous les domaines stratégiques - de ses armées. Mais aucun des maréchaux ou des généraux investis d'importantes responsabilités n'imaginait que cette seconde révolution soviétique conduirait - du moins pour une longue période - à l'éclatement de l'Union, à l'abaissement du pouvoir central, à l'acceptation des volontés de Washington, à l'ingérence d'un Occident dont les techniques avancées et les crédits sont sollicités, et aussi aux sacrifices imposés à l'Armée. Hier institution prestigieuse, privilégiée, encensée, elle ne sait plus aujourd'hui quelle est sa mission, sinon la plus pénible: participer au maintien de l'ordre; elle est dévaluée, critiquée, parfois agressée par une population hostile. Ses abus et ses travers sont portés à la connaissance du public: privilèges excessifs des cadres, commandement inhumain, violence et brutalité dans ses opérations de police, que ce soit en Géorgie, dans les pays baltes ou en Azerbaïdjan. Tandis que le corps des officiers, et plus généralement les cadres des armées soviétiques souffrent profondément de cette brutale transformation de leur statut, le Commandement, maintenant civil et militaire, poursuit dans l'incertitude ses travaux d'adaptation et de réorganisation. La nouvelle planification militaire se préparait donc dans des conditions

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politiques et diplomatiques difficiles. Certes, les propositions de George Bush, l'OTAN abaissant la garde - et la réduction quasi générale des budgets militaires des pays membres de l'Alliance atlantique, aidaient l'état-major de Moscou à s'accommoder des limitations que lui imposait la situation de l'exUnion. Mais il était lui-même placé devant de telles contraintes et il lui fallait concilier un tel faisceau de contradictions que, d'après les nouveaux programmes d'armement alors annoncés, il semblerait qu'il ait préféré faire table rase du présent pour anticiper sur l'avenir et tenter de reconstruire sur les solides fondements d'une Union rénovée, rassemblée autour d'une Russie régénérée et puissante. Jusqu'au 8 décembre 1991, ces projets devaient appanu"tre chimériques à ceux-là mêmes qui les étudiaient tant les contraintes étaient nombreuses et pesantes: précarité des institutions, un pouvoir central contesté dont personne ne sait - à commencer par lui-même - quelles sont exactement les responsabilités et l'autorité; désunion de l'ex-Union, pertes d'importantes positions stratégiques, ambitions militaires des Républiques sécessionnistes regardant la force armée - sous ses diverses formes - comme l'indispensable attribut de leur jeune souveraineté, état général de l'opinion publique, mésestime de l'état militaire, écrasante prédominance de la République de Russie et inquiétudes que suscite une telle stature, plus particulièrement dans le domaine des armements, intrusion des puissances occidentales dans les questions stratégiques par le biais des différents accords de désarmement conclus au cours des cinq dernières années. Quant aux contradictions, elles ont pour principale origine. la dislocation de l'Empire. C'est ainsi, par exemple, que l'Ukraine souhaiterait que son territoire soit exempt d'armes nucléaires, mais elle voudrait qu'avec l'assistance de la Russie... et des Etats-Unis, elles soient détruites sur son sol plutôt que redéployées en Russie. Si le Kazakhstan proclame que les opérations de ré-installation de ses fusées en Russie seraient inutilement coûteuses, c'est parce que le potentiel de destruction déjà détenu par la Russie lui paraît exorbitant et aussi qu'il ne lui déplaisait pas de conserver une monnaie d'échange dans les futures négociations avec Moscou. Au contraire, Boris Eltsine offrait d'accueillir sur le territoire de son immense république la totalité des armements nucléaires encore dispersés, conformément à son intérêt - et aux vœux des puissances occidentales - alors que Mikhail Gorbatchev désirait, certes, mettre un terme aux appréhensions du monde de l'Ouest, mais aussi contrôler l'ensemble de l'appareil militaire de l'ex-Union, justifiant ainsi la nécessité d'un pouvoir fédéral fort, responsable de la sécurité et, le cas échéant, de la défense de l'ensemble des Républiques ex-soviétiques. Autre contradiction: d'une part, l'armement nucléaire constituerait le ciment d'une sorte de réunification par le biais militaire puisqu'il serait, pratiquement, détenu par une République, celle de Russie, seule capable de l'entretenir, de le moderniser et de le mettre en œuvre dans le cadre d'un plan de défense générale au profit de toutes les Républiques. Mais, il ne déplairait pas à certaines Républiques en quête de totale indépendance d'entrer dans le club des Etats nantis nucléairement, moins pour assurer leur sécurité que pour bé19

néficier du prestige correspondant. Ces arrière-pensées étaient discrètement envisagées, de crainte d'irriter la communauté internationale attachée au principe de la non-prolifération. Aussi, n'osant l'avouer, ce n'est cependant pas sans déplaisir qu'elles auraient conservé quelques armes de destruction massive qui leur permettraient, le cas échéant, de pratiquer une stratégie d'intimidation à l'égard des autres Républiques, à commencer par celle de la trop puissante Russie et, également, vis-à-vis de voisins situés à l'extérieur de l'exUnion, un jour peut-être devenus menaçants. (Et la crise du Golfe ne laisse pas d'être évoquée à l'appui d'une telle revendication.) Dans la mesure où il existait un pouvoir central, celui-ci devait tenir compte des volontés exprimées par les dirigeants des Républiques. Ouvrant la première session de la nouvelle législature, deux mois après la tentative de coup d'Etat, M. Gorbatchev constata que moins de la moitié seulement des représentants au Soviet suprême s'étaient dérangés bien qu'il s'agît de légiférer sur les futures institutions régentant une population de plus de 270 millions (en tenant compte de l'indépendance reconnue des pays baltes, mais en supposant que le projet de Confédération envisagé par le président moscovite se révélera assez peu contraignant pour qu'y souscrivent l'Ukraine (le 17 mars 1991, 83% des votants ukrainiens ont réclamé une Ukraine souveraine, membre de l'union des Etats soviétiques souverains), la Géorgie, l'Arménie, la Moldavie et l'Azerbaïdjan(7), toutes ces Républiques s'étaient déclarées indépendantes, les deux dernières choisissant d'esquiver la première session du Soviet suprême). Certes, réservant de négocier son adhésion, l'Ukraine avait annoncé qu'elle se joindrait aux huit premiers signataires de l'accord économique signé en octobre 1991 et il est vraisemblable que, les servitudes de l'indépendance se montrant peu supportables, d'autres Républiques reviendront sur leurs aspirations premières. <<Aucune nos Républiques ne peut vivre en autarcie et un de processus de réintégration sera nécessaire», déclarait en substance le nouveau Premier ministre, Vitold Fokin. C'est sur le retour dans le giron de la Confédération que se fondaient les militaires pour élaborer leurs plans. D'ailleurs, de nombreux dirigeants des Républiques indépendantes admettaient plus ou moins ouvertement que l'imposant appareil militaire existant devait dépendre d'un pouvoir central, ainsi que le prévoyait le projet de Constitution, M. Gorbatchev y demeurant Commandant en chef des forces armées de la Confédération(8).Mais, illustration du désarroi soviétique, l'Ukraine, on l'a vu, entendait mettre sur pied une armée nationale de 400 000 hommes et exercer son autorité sur la flotte de la mer Noire. Moins ambitieux et d'ailleurs privé des moyens de l'être, l'Azerbaïdjan s'était contenté de nationaliser les installations militaires existant sur son territoire afin de disposer des établissements nécessaires à sa future armée nationale(9). D'autres républiques voulaient s'engager dans la même voie, soit qu'elles recrutent et arment des contingents réguliers, soit qu'elles créent des milices relevant de leur seule autorité. Ou encore, autre fonnule, celle d'abord adoptée par l'Ukraine peu après sa déclaration de souveraineté (16 juillet 1990): les conscrits recrutés en Ukraine y effectueraient leur temps de service et ne serviraient, éventuellement, à l' exté20

rieur de leur pays qu'avec le consentement du gouvernement de Kiev. Pour un pouvoir central, dans l 'hypothèse où il existait encore, et pour le Haut Commandement militaire de l'ex-Union, il était difficile de s'accommoder de la perte du littoral balte et bien plus encore de l'Ukraine. La flotte de la Baltique perdrait les bases de Riga, Liepaya, Klaiped si les Etats baltes refusaient d'en laisser la disposition à leur puissant voisin(lO).Evanoui le rêve d'une mer Baltique «neutralisée», c'est-à-dire à la seule disposition des marines de l'ex-pacte de Varsovie et de la Suède, compromis l'accès à Kaliningrad, l'ex-K(jnigsberg, maintenant isolé du territoire moscovite par la Lituanie, la Pologne et par une Biélorussie se proclamant indépendante. Mais ce sont les ambitions actuellement affichées par l'Ukraine qui, plus que toutes les autres, compromettaient l'édifice militaire auquel songeait encore un pouvoir fédérateur aux attributions de plus en plus réduites. «Si le désordre s'installait en Ukraine, l'ensemble du tissu formant l'Union soviétique se désintégrerait», déclarait Gorbatchev en février 1989. Peu avant que le Parlement ukrainien annonce son intention de mettre sur pied une armée nationale, le président Gorbatchev et les dirigeants des huit Républiques décidées à former une nouvelle communauté économique soviétique avaient lancé un appel au gouvernement de Kiev: «Soyons clairs, nous ne pouvons imaginer une Union sans l'Ukraine, composante essentielle de l'Union soviétique, dont elle est la plus grande des Républiques. Dans tout ce dont notre nation peut être fière, l'Ukraine tient une place irremplaçable». Ignorant le pouvoir central, Boris Eltsine s'était déjà tourné vers l'Ukraine: l'U.R.S.S. n'est plus, il faut construire une autre union et il appartient aux deux plus importantes Républiques, la Russie et l'Ukraine, de s'y employer. Aussi, le 29 août, les deux Etats proposaient-ils «aux autres pays membres de l'ancienne Union, indépendamment de leur statut actuel, de préparer et de signer un accord visant à coordonner l'élaboration et l'exécution d'une politique de réformes économiques radicales». Rien de surprenant à ce que l'Ukraine soit courtisée. Avec ses quelque 600000 kilomètres carrés, ses 52 millions d'habitants (dont seulement 21 % de Russes), ses richesses naturelles, son important littoral maritime et sa situation géographique, ses frontières communes avec la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Pologne et la Roumanie, totalement émancipée ou en voie de l'être, l'Ukraine pourrait se constituer en Etat indépendant et rivaliser un jour avec les autres puissances moyennes de l'Europe du Centre et de l'Ouest. Jusqu'au milieu du XIIIe siècle, elle fut indépendante avant d'être ravagée par les Tartares, conquise par la grande Lituanie, puis la Pologne, «protégée» par les tsars, annexée par Catherine II, en voie de russification forcée par Moscou. Durant vingt mois, d'avril 1918 à décembre 1919, elle redevint libre pour, finalement, adhérer, le 30 décembre 1922, à l'Union soviétique en formation. Aujourd'hui, son produit national brut est le sixième de celui de l'ex-Union, sa production agricole le cinquième, sa métallurgie près de la moitié; enfin, elle forme le principal accès à la mer de la Russie et, à ce titre, se trouve en situation de réclamer la disposition de la flotte soviétique de la mer Noire (28 sous-marins, 46 bâtiments de guerre de fort et moyen tonnages, des croiseurs 21

(3) aux frégates (30» et des 150 avions de combat de l'aéronautique navale. Trois régiments d'avions de bombardement (125 appareils) sont stationnés sur son territoire et treize divisions de l'armée de terre y sont casernées (3 600 chars), appuyées par plus de 800 avions et 2000 pièces d'artillerie. C'est là un armement considérable, équipant l'ex-théâtre d'opérations du Sud-Ouest soviétique (allant de la frontière autrichienne au district du Caucase septentrional, Odessa, Jewpatoria, Sébastopol, Yalta, Shdanow, échappant au contrôle militaire alors encore exercé par le pouvoir central). Cependant celui-ci ne semblait pas avoir perdu tout espoir de ramener l'Ukraine dans une structure fédérale ou, au moins, confédérale: les Ukrainiens sont divisés politiquement (15 partis luttant pour s'y faire entendre) et quelque 11 millions de Russes pourraient récuser une indépendance qui les ramènerait au rang de minorité plus ou moins bien considérée. Enfin, la crise économique est sévère, la «croissance» négative et grande l'interdépendance dans les échanges avec les autres Républiques. Géopolitiquement, une Ukraine totalement indépendante ne laisserait pas d'affaiblir l'ensemble de l'appareil militaire traditionnel de ce qui reste d'Union soviétique, les frontières d'une Russie longtemps tenue pour menaçante par les pays de l'OTAN se trouveraient repoussées vers l'est, diminuant sinon le danger militaire (l'efficacité des fusées n'est pas réduite par le déplacement des frontières), du moins l'influence politique et économique exercée par l'importance du potentiel humain et les ressources de la République de Russie(ll). Néanmoins, bien que dans un ultime effort de rassemblement M. Gorbatchev ait déclaré que la création d'armées indépendantes, par la nationalisation et la «privatisation» du personnel, des matériels et des établissements militaires de l'ex-Union, était un acte anticonstitutionnel et dangereux (21 octobre 1991), le Parlement ukrainien, le lendemain, décida de consacrer près de 3% de son budget à préparer la mise sur pied d'une force de 400 000 hommes, mettant en œuvre des matériels terrestres, aériens, navals et une garde nationale de 30 000 hommes. Le ministre de la Défense ukrainien affirma devant le Parlement que «le cours de l'Histoire ne pouvait être altéré et que l'Ukraine aurait ses propres forces armées». Toutefois, le 25 octobre, la même majorité parlementaire admettait alors que le pouvoir central soviétique assure le contrôle de toutes les armes nucléaires déployées sur le territoire ukrainien, à condition, cependant, que Kiev ait un droit de regard, voire de veto, sur leur utilisation, ces armes étant «considérées comme un phénomène temporaire dans la mesure où elles se trouvent sur le sol ukrainien». Encore chef de l'Information des armées soviétiques, le général Valéry L. Manilov confirma en ces termes la position de son gouvernement et celle de l'Ukraine: «Les armes nucléaires doivent demeurer sous un seul commandement, relever d'un contrôle unifié (...) Toutes les questions relatives à ces armes sont une prérogative du pouvoir central et il se trouve que c'est également la position de l'Ukraine.)), Laquelle, selon un représentant du ministère des Affaires Etrangères «(.oo)aspire à devenir un Etat "dénucléarisé" (...) nous allons détruire ces forces nucléaires dans le cadre d'une négociation avec toutes les puis-

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sances atomiques», déclaration qui infinnait celle du général Manilov. Le retrait de l'Ukraine des annes nucléaires tactiques était alors en cours, si bien que Moscou apportait finalement sa solution au problème posé par le «séparatisme» ukrainien. On le voit, il ne s'agissait pas d'une implosion ainsi qu'on l'a souvent écrit, mais bien de l'explosion de l'Union soviétique, explosion assez forte, selon Boris Eltsine, pour en détruire le «centre». Et c'est sur une trame aussi mouvante, aussi incertaine, entre un système politique et social à l'agonie et un «changement»(12) dont personne ne sait ce qu'il finira par être que le nouveau Haut Commandement soviétique s'était efforcé, non seulement de sauver le gigantesque appareil militaire dont il croyait pouvoir encore disposer, mais d'en accroître l'efficacité. Sa tâche était d'autant plus ardue que les réfonnes de Gorbatchev avaient miné son autorité et qu'au sein même de l'Année, des éléments réfonnateurs s'opposaient au sommet de la hiérarchie. Les premiers se soucient de leurs conditions d'existence (il y a 300 000 militaires qui ne savent où vivre, écrivait en octobre 1990 Wladimir Lopatin, dirigeant du mouvement réfonnateur militaire) tandis que les seconds raisonnent toujours en tennes de politique de puissance, déplorent la perte des pays de l'Europe centrale, des Etats baltes, regrettent la disparition du Pacte de Varsovie et, naturellement, ne peuvent admettre l'éclatement de l'Union. Cependant, en dépit de l'extrême gravité de cette crise, à lire le maréchal Chaposhnikov, ministre de la Défense, force était de constater que le Haut Commandement soviétique faisait l'impasse à la seconde révolution soviétique comme si, à l'instar de la première, le retour à l'ordre et à la centralisation du pouvoir finirait par avoir raison des égarements actuels: «dans ce maelstrom nous ne devons pas perdre le cap». C'est alors que, dans le chaos et la discorde générale, Boris Eltsine eut un trait de génie - probablement médité de longue date -: au lieu d'entretenir aux côtés de Gorbatchev le rêve d'une Union Soviétique à peu près reconstituée, amputée seulement des Baltes et de quelques petites Républiques turbulentes du sud, il fallait faire appel à l'identité slave, seul ciment ethnique, culturel, historique, encore assez fort pour maintenir une certaine cohésion entre la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie (devenue la Belarus); constituer ainsi une Communauté d'Etats indépendants, dotée d'institutions initialement fort lâches afin de n'effrayer personne, délaissant Moscou centralisateur pour siéger à Minsk, et forte de la puissance démographique et économique de cet ensemble, en appeler aux républiques sécessionnistes rassurées par l'éviction d'un réel pouvoir central. C'est ce qui fut accompli dans une première étape, le 8 décembre. Deux semaines plus tard, seconde étape: en dépit des protestations de Gorbatchev, évitant une nouvelle fois Moscou et se rencontrant à Alma Ata, capitale du Kazakhstan, les présidents de onze des douze Républiques sécessionnistes (moins la Géorgie en révolution) mettaient fin à l'Union soviétique et créaient la Communauté des Etats Indépendants. Personne ne sait ce que deviendra cette C.E.!. Un Commonwealth? Un Commonwealth sans tête! Londres a été le siège des premières libertés (la Grande 23

Charte), l'Angleterre fut à l'origine d'une doctrine sociale et économique, ancêtre du libéralisme aujourd'hui triomphant (Thomas Mun, Adam Smith) alors que Moscou a toujours été la capitale de l'autoritarisme et de l'arbitraire pour se fourvoyer ensuite dans l'application d'une doctrine économique quasi-unanimement condamnée: «... nous vivons bien plus mal que dans les pays développés, bien que tout ici soit en abondance», a reconnu Gorbatchev dans son discours d'adieu. n demeure que cette fonnidable révolution s'est accomplie sans grave effusion de sang, du moins jusqu'à la fm de 1991. Elle a révélé une surprenante maturité en ce qui concerne les annements, leurs limites et leurs possibilités. Les Ukrainiens, suivis par deux autres républiques, ont accepté la destruction des annes nucléaires à courte portée (les lanceurs, la destination de la matière fissile demeurant encore imprécise); ils ont laissé le porte-avions Kuznetsov, muni d'engins de destruction massive, regagner Mounnansk, en Russie. Et ce serait un collège fonné par les présidents des Républiques sur les territoires desquelles stationneraient encore des annes atomiques qui, en cas de crise grave, déciderait d'y avoir recours. Manifestement, face à l'opinion publique mondiale, les Républiques indépendantes entendent, chacune, faire preuve de leur sens des responsabilités et acquérir ainsi la respectabilité que leur procure un sage comportement. Restent l'immense République de Russie (aujourd'hui, elle-même république fédérale) et l'énigmatique Boris Eltsine qui en est le maître. D'après ce qu'on sait - de source américaine - de la nouvelle planification militaire russe, elle obéirait aux directives suivantes: 1. Tirer parti des contraintes imposées par les Accords de désannement en condamnant au stockage (plus ou moins clandestin) les matériels anciens encore utilisables, les autres étant détruits, les unités maintenues ne mettant en œuvre que des équipements récents provenant de la dissolution des fonnations en excédent; 2. ModeI1Ùser l'ensemble des années russes par l'étude et la construction de matériels nouveaux, dotés de meilleures performances, mais fabriqués en séries relativement limitées (si on les compare aux productions d'annement antérieures ); 3. Privilégier les annes et les unités pennettant de «projeter la force à distance» -là où la dissuasion américaine n'a pas de point d'application - plus particulièrement les forces maritimes; 4. Augmenter la mobilité de l'ensemble de l'appareil militaire en exploitant au mieux l'allégement qu'impliqueraient les mesures de désannement en cours. Abaisser la garde - par réduction numérique des effectifs et de l' annement - tout en augmentant la puissance du dispositif militaire conservé, n'est pas une démarche aussi paradoxale, voire impossible, qu'il y paraît. En effet, jusqu'à l'avènement de la perestroïka, le pouvoir politique et l'état-major avaient tendance à développer la panoplie soviétique en ajoutant des annes nouvelles aux anciennes, sans que les premières se substituent aux secondes. On procédait par addition et non par remplacement. Qu'elles soient l'aboutis24