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Irak construction ou déconstruction ?

De
326 pages

Ce numéro consacré à l'Irak est organisé en deux parties. La première regroupe des articles traitant de la politique étrangère américaine et de l'invasion de l'Irak. La seconde a pour fil conducteur la question de la stabilité du pays, liée aux enjeux régionaux.

Publié par :
Ajouté le : 01 mai 2011
Lecture(s) : 89
EAN13 : 9782296460584
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Revue périodique paraissant trois fois par an
Numéro d'enregistrement 25020302




Directeur de publication
Wafik Raouf
wafik_raouf@hotmail.com

Coordinateur
Ata Ayati
ataayati@yahoo.fr

Lectures et corrections
Michel Guillon
Monique Jouffroy
Alexandre Lengagne


Comité de lecture
• Djamshid Assadi, Groupe E.S.C. DijonBourgogne • Fabrice
Balanche, Université de Lyon II • Lotfi Bennour, Université de
Technologie de BelfortMontbéliard •••• Jacques Fontaine, CNRS et
Université de FrancheComté • Gérald Gaillard, Université de Lille
• Philippe Haeringer, Université de Paris Ouest NanterreLa Défense
• Edmond Jouve, Université de Paris V • Salah Oueslati,
Université de Poitiers


XâÜbÜ|xÇà : 89, avenue du Roule
92200 Neuilly (France)
Tél : 01.47.22.90.12
Fax : 01.47.45.41.36
eurorient@free.fr
www.eurorient.net
Revue publiée avec le concours
du Centre national du livre















La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à
une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale
ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement
de l’auteur ou ses ayants droits, est illicite et constitue une contrefaçon
sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.



Carte de la couverture, MoyenOrient, Magazine trimestriel, n°9, janvier=
mars 2011, p. 63.







© L’Harmattan, 2011
5=7, rue de l’Ecole Polytechnique ; 75005 Paris
http:/www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattant@wanadoo.fr
harmattan@wandoo.fr
ISBN : 978=2=296=54636=3
EAN : 9782296546363



POURQUOI LA REVUE EURORIENT ?
Un pont entre deux mondes


En un temps où l’Orient et l’Occident semblent
revivre un épisode d’incompréhension réciproque, à la
fois culturelle, politique et économique, il est bon de jeter
des ponts. Une longue histoire d’interdépendance entre
ces deux berceaux de civilisation invite à ce
rapprochement.
Cette revue proposée par des intellectuels des deux
versants de la Méditerranée souhaite apporter sa
contribution, ne craignant pas d’élargir l’échange à l’ouest
jusqu’en Amérique, à l’est et au sud jusqu’au plus
profond de l’Asie et de l’Afrique. Les sujets publiés sont
souvent de l’ordre des sciences politiques, mais
concernent également les questions de société, le
monde urbain, les défis économiques et les
migrations.
En filigrane apparaissent des visions du monde et
de l’homme qui parfois convergent, parfois s’éloignent.
Mais l’échange des savoirs est la meilleure façon
d’additionner les expériences et d’en valoriser la diversité.
XâÜbÜ|xÇà n° 32 – 2011

IRAK
Construction ou déconstruction ?

Dossier dirigé par Ata Ayati et Lotfi Bennour


* DOSSIER

Ata Ayati et Lotfi Bennour
Présentation ==================================7= ================

Jean-Marie Ruiz
Les deux guerres d’Irak et la politique étrangère des États=Unis
Ruptures et continuités ============================ 1=1 ==============

Gildas Le Voguer
La « Global War on Terror ». Le nouveau paradigme de
la politique étrangère des États=Unis et son application en Irak =====2= 7= ===

Fouad Nohra
L’élaboration de la décision américaine d’envahir l’Irak
Facteurs, arguments et groupes d’influence ================5=3= ===========

Hédi Ben Abbes
La première guerre du Golfe. Du génocide et de l’impunité
Le cas irakien =================================================7==3== ================

Michel Carlier
La guerre d’agression contre l’Irak (mars 2003)
La vérité sur un mensonge ==========================9=9 =============

Mohamed Abdel Azim
L’Irak selon Bush ================ == == == == == == == == == == == == == == =1=4==3= = =============

David Rigoulet-Roze
Al=Qaïda en Irak. Le cas emblématique d’Abou Moussa
Al=Zarqaoui dans l’Irak pré et post=Saddam et le rlôe
problématique de l’Iran sur l’échiquier irakien == ============15= 7= ===========

Kamal Bayramzadeh
Le changement du système politique en Irak et ses effets
sur les rapports irako=iraniens ========== == == == == == == == == == ======19=9= =============

Emel Parlar Dal
D’une guerre d’Irak à une autre. Le changement de la position
turco=américaine sur le problème kurde (1991=2003=) =========2=1=5 =========

Merve Ozdemirkiran
La reconstruction irakienne. Un défi pour les pays voisins ?
Le cas de la Turquie =============================2=4 1= =============

Hichem Karoui
De l’occupation à la souveraineté. L’Irak entre deux ères ======== 2=61= ======

Ata Ayati
L’Irak des années 60 à travers les archives diplomatiques ========28=5= ====

* REVUE DES LIVRES ===========================3=0=5 == ==================

• Michel CARLIER, Irak. Le mensonge (Ata Ayati) • Mohamed ABDEL
AZIM, D’Oussama Ben Laden à Saddam Hussein. La politique de
George W. Bush au Moyen=Orient (A. Ayati) • Hichem KAROUI,
L’après=Saddam en Irak (A. Ayati) • Merve OZSEMIRKIRAN, La
politique de la Turquie vis=à=vis de l’Irak depuis2 003. Conflit ou
coopération ? (A. Ayati) • Zidane MERIBOUTE, Islamisme, Soufisme,
Évangélisme (Monique Jouffroy) • Stéphane A. DUDOIGNON, Voyage
eau pays des Baloutches (Iran, début du XXI siècle) (David Rigoulet=Roze )


* REVUE DES PÉRIODIQUES =======================3=15= =======================

• Cahier du GIPRI, n°8, 2010 (Ata Ayati) • Afrique du Nord, Moyen-
Orient. Entre recomposition et stagnation, La documentation
Française. 2010=2011 (A. Ayati)



Présentation


L'Irak : construction ou déconstruction ?

utrefois convoité par la Grande Bretagne pour sa position A stratégique sur la route de l’Inde et pour ses ressources
énergétiques, l'État irakien a été fondé en 1921 sous la bannière de la
Monarchie hachémite et composé selon un patchwork ethnique et
confessionnel fragile et instable. L’un et l’autre sont parvenus à se
projeter dans un cadre post=ottoman sans trouver, pour autant, un sens
partagé de la nouvelle entité. De surcroît, la stratégie géopolitique
régionale, les conspirations, l’ingérence des étrangers et les ambitions des
1dirigeants locaux ont créé une situation qui persiste aujourd’hui .
Le déclin de l'Empire britannique et l’achèvement du processus
de décolonisation ont entraîné une modification de la carte géopolitique
de la région et bien au=delà. La situation stratégique de l’Irak, son
potentiel économique, et son orientation politique sous le régime
baathiste, n’ont pas tardé à susciter la convoitise des superpuissances.
L’effondrement de l’Union soviétique et l’émergence d’un monde
unipolaire n’ont fait qu’accentuer cet intérêt.
La première guerre du Golfe opposant l’Irak à l’Iran (1980=
1988) a entraîné à son tour un changement profond dans l’équilibre
stratégique de la région, précipitant l’Irak dans une deuxième guerre du
Golfe (1991) contre les alliés d’hier. Cette guerre, suivie d'un embargo
d’une décennie, aura des conséquences économiques, sociales, culturelles
et politiques dramatiques, non seulement pour la population irakienne,
mais aussi pour l’ensemble de la région. Affaibli, et médiatiquement mis
au ban de la communauté internationale, l’Irak et son régime baathiste
sont devenus un enjeu majeur pour la redéfinition de la carte de la
région.
L’invasion de l’Irak en 2003 a inauguré une phase marquée par
l’instabilité et l’insécurité. La promesse de George W. Bush d’une
« nouvelle ère de paix et de démocratie pour le Moyen=Orient » a
inexorablement conduit à plus de morts et plus de destructions.
Si la guerre de 1991 a détruit une grande partie des
infrastructures civiles de l’Irak, le régime des sanctions, mis en place
entre 1991 et 2003, a empêché non seulement leur reconstruction, mais
également l’entretien des infrastructures restantes. La guerre et les

1 Voir Ata Ayati, « l’Irak tel qu’il naquit », EurOrient, n°11, 2002.


sanctions ont alors transformé l’un des pays les plus riches et les plus
prospères de la région en un pays exsangue, entrainant la mort d’environ
1,5 million de personnes, en majorité des enfants de moins de cinq ans.
Depuis le 19 mars 2003, les enlèvements, les meurtres, les extorsions, les
prises d’otages sont endémiques, et visent indistinctement les hommes et
les femmes, mais aussi les enfants et les personnes âgées. Après huit ans
de reconstruction et de mises en scène démocratiques, on estime à 4,5
millions le nombre de réfugiés irakiens, dont 2,8 millions de déplacés
internes (sur une population de 28 millions d’habitants). Les veuves et les
orphelins, souvent livrés à eux=mêmes, se comptent par milliers.
Aujourd’hui, de nombreux civils irakiens meurent encore chaque mois,
victimes d’attentats sectaires et de l’occupation, mais aussi de certaines
2 3maladies, en particulier du cancer . Selon Transparency International , l’Irak
occupe le deuxième rang des pays les plus corrompus au monde après la
Somalie. Le coût faramineux de l’invasion de 2003 a atteint les 3000
milliards de dollars, dépassant ainsi celui des douze années du conflit
4vietnamien et représentant deux fois le coût de la guerre de Corée.
Après les décennies de dictature et de guerres, quelles
perspectives se dessinent pour ce pays ? Qu’adviendra=t=il de l’intégrité
territoriale, longtemps préservée par la dictature et livrée à présent aux
querelles intestines sur fond de dissensions politiques et confessionnelles 8
? Quel rôle jouera un Irak exsangue et instable dans une région en

ébullition ? Quelle lecture peut=on faire de la poiltique irakienne des

États=Unis d’Amérique et de certains pays voisins ? Construction ou
déconstruction ?
La reconstruction de l’Irak est une question complexe. La revue
EurOrient a fait appel à des universitaires, des diplomates et des
chercheurs. Ils expriment leurs points de vue et apportent des éléments
de réponse aux questions ci=dessus. Les problèmes économiques et
sociaux ne sont pas les seuls obstacles à la démocratie. Celle=ci se heurte
aussi au fanatisme religieux et au nationalisme ethnique qui suscitent un
repli identitaire et communautaire. La stabilité sera longue à établir, mais
à quel prix le peuple irakien pourra=t=il se recontrsuire ? La démocratie
sera=t=elle une motivation suffisante pour faire itrae les antagonismes
ethniques ? Quant aux forces d’occupation, quel que soit le nom qu’on
leur donne, on ne voit pas pour le moment quand, comment et dans
quelles conditions elles pourront se retirer et laisser le destin du pays au

2 Voir Chris Busby, Malak Hamdan, Enstesar Ariabi, “Cancer, Infant Mortality and
Birth Sex=Ratio in Fallujah, Iraq 2005=2009”,I nternational Journal of Environmental
Research and Public Health, juillet 2010.
3 Organisation non gouvernementale internationale d’origine allemande, fondée en 1993,
ayant pour vocation la lutte contre la corruption des gouvernements et institutions
gouvernementales dans le monde.
4Voir Joseph E. Stiglitz and Linda J. Blimes, The Three Trillion Dollar War : The True Cost of
the Iraq Conflict, London, Penguin, 2009.


XâÜbbbbÜÜÜÜ||||xxxxÇà n° 30 – 2009

A. Ayati et L. Bennour : Présentation


peuple irakien. Aux États=Unis, l’ère des néoconsevrateurs est révolue, et
avec elle la volonté de redessiner le Moyen=Orient ,mais les soulèvements
récents dans les pays arabes illustrent parfaitement une nouvelle donne
des dynamiques internes et crispations externes.
Ce numéro est organisé en deux parties. La première regroupe
des articles traitant de la politique étrangère américaine et de l’invasion de
l’Irak. La seconde a pour fil conducteur la question de la stabilité du
pays, liée aux enjeux régionaux. S’il est loin d’aborder toutes les questions
qui auraient mérité d’être traités, ce numéro a toutefois – nous le
pensons – le mérite d’offrir une contribution originale

Ata Ayati et Lotfi Bennour

9




Les deux guerres d’Irak et la politique
étrangère des États-Unis
Ruptures et continuités


Jean-Marie Ruiz
Université de Savoie

Résumé
Cet article a une double orientation. Il vise d'une part à montrer que les deux guerres
d'Irak de 1991 et 2003 ont été conçues et menées à partir de fondements théoriques
diamétralement opposés: le réalisme politique pour la première, le néoconservatisme pour la
deuxième. Ce faisant, ces deux guerres apparaissent comme un cas d'école sur le rôle des idées
dans la formulation de la politique étrangère américaine. Il nuance d'autre part cette opposition
en montrant les continuités qui, pour être moins apparentes, n'en sont pas moins évidentes à
l'observateur contemporain avisé, et qui sont imputables à un contexte commun celui de la fin
de la guerre froide et des contraintes spécifiques qui pesaient alors sur la politique étrangère
américaine.

Abstract
The aim of this article is twofold: on the one hand its purpose is to show that the two Iraqi
wars of 1991 and 2003 originated in distinct and contrary theories realism and
neoconservatism. As a consequence, it presents the two wars as a conspicuous illustration of the
role of ideas in the definition of American foreign policy. On the other hand, the article
qualifies the basic ideological opposition underpinning these wars by pointing to underlying,
longterm continuities that are related to the end of the cold war and to the disappearance of the
specific constraints that used to weigh on American diplomacy and global strategy.



enées par les représentants d’une même famille et d’un M même parti, les deux guerres d’Irak de 1991 et de 2003
apparaissent pourtant comme fondamentalement différentes par leurs
motivations, leurs objectifs et leurs conséquences. La première fait
penser à la « splendide petite guerre » de 1898, la deuxième au bourbier
vietnamien ; celle de 1991 était limitée à des objectifs mesurés et
prudents hérités de la Guerre froide – contenir l’Irak sans le déstabiliser
pour ne pas rompre l’équilibre des puissances régional – alors que celle
de 2003 visait initialement à démocratiser l’Irak et le Moyen=Orient quitte
à jouer aux apprentis sorciers et à déstabiliser l’ordre régional établi ; la
deuxième est souvent décrite comme une « guerre de choix » tandis que
la première aurait été dictée par la seule nécessité d’agir face à un fait
1accompli inacceptable. Enfin, l’une et l’autre se sont déroulées dans un
contexte international tout à fait différent : celui de la fin de la Guerre
froide et des espoirs qu’elle avait suscités pour l’une, celui des attentats
de 2001 et du retour de la dimension tragique des relations
internationales pour l’autre.
Le contexte mis à part, ces oppositions ne sont pas sans rapport
avec le fait que ces deux guerres furent conçues selon des paradigmes qui
étaient eux mêmes opposés : le réalisme politique d’une part, qui
représentait le cadre conceptuel dominant et le prisme à travers lequel la 12
guerre fut conçue par Bush père, et le néo=conservatisme d’autre part,

l’école de pensée opposée au réalisme. Mais si ces fondements

idéologiques divergents apparaissent comme un véritable cas d’école sur
le rôle des idées dans la définition et l’application de la politique
étrangère et de défense des États=Unis, les deux guerres d’Irak
fournissent aussi l’illustration que deux politiques étrangères
apparemment opposées peuvent néanmoins présenter des points
communs imputables à des tendances profondes liées au contexte global
de l’après Guerre froide et à son impact sur les décideurs.

Deux guerres, deux paradigmes

Le poids de la théorie des relations internationales dans chacune
des deux interventions américaines en Irak est aujourd’hui bien établi.
Comme en témoigne l’équipe de politique étrangère du président Bush
père, l’école réaliste qui avait dominé durant la Guerre froide était encore
hégémonique au moment de l’effondrement de l’Union soviétique : tant
James Baker, le secrétaire d’État, que le conseiller de sécurité nationale
Brent Scowcroft partageaient la même vision des relations inter=étatiques
et en tiraient les mêmes conclusions en ce qui concerne la relation des

1 Voir par exemple Richard Haas, War of Necessity, War of Choice: A Memoir of Two Iraq
Wars. New York : Simon and Schuster, 2009 et Lawrence Freedman, « On War and
choice », The National Interest, n° 106 (mars/avril 2010).


XâÜbbbbÜÜÜÜ||||xxxxÇà n° 32 – 2011

J.-M. Ruiz : Les deux guerres d’Irak


États=Unis avec le monde extérieur et le rôle qu’isl devaient y jouer après
la Guerre froide. Le nouveau contexte changeait certes la donne et
donnait plus de liberté dans la formulation de la politique étrangère, mais
selon eux il ne permettait pas pour autant de se départir des maximes
fondamentales qui, quel que soit le contexte, devaient guider la
diplomatie américaine. Celle=ci devait être fondée sur l’intérêt national,
parce que dans un monde imparfait et « anarchique », il revient à chaque
Etat de protéger ses propres intérêts et de veiller en particulier à
préserver un équilibre des puissances toujours précaire et néanmoins
nécessaire à la stabilité internationale; les relations entre Etats doivent
donc être basés sur l’intérêt et non sur les sentiments, et les objectifs des
États=Unis être définis de façon rationnelle, sur al base d’une analyse
empirique de la réalité. Néanmoins, les grandes puissances ayant intérêt à
préserver l’ordre existant, leur coopération est souhaitable car souvent
nécessaire à la stabilité. Cette vision des choses suppose que les États=
Unis doivent s’abstenir d’intervenir dans les affaires intérieures des États
sous peine de fragiliser leur cohésion et par là même l’ordre westphalien
qui, encore aujourd’hui, structure le milieu international. Elle suppose
aussi que les États=Unis ne doivent pas être tenté s de remodeler le
monde à leur image, et doivent partir de la réalité du monde plutôt que
2d’essayer de la changer. 13
C’est d’ailleurs en partie ce que le président Bush lui=même

voulait dire lorsqu’il admettait que « la vision n’était pas son truc » (« the
vision thing »). Comme Nixon, et en tant que spécialiste rompu aux
pratiques diplomatiques et à l’orthodoxie réaliste de la Guerre froide, la
politique étrangère était son domaine et c’est surtout à elle qu’il consacra
ses mémoires, d’ailleurs intitulées A World Transformed. De façon
significative, les dernières lignes sont un plaidoyer en faveur d’un
leadership présidentiel en politique extérieure et d’un engagement
international durable des États=Unis dans un monde qui, en dépit et
peut=être même à cause de la fin de la Guerre froide, était plus que jamais
instable et susceptible de sombrer dans l’anarchie faute d’un leadership
éclairé de la part de la seule superpuissance restante :
Une de nos plus importantes contributions sera d’engendrer un ordre
international stable et prévisible, et nous sommes la seule puissance à détenir les

2 Pour plus de détails sur le réalisme politique américain, voir par exemple Michael Smith,
Realist Thought from Weber to Kissinger. Baton Rouge: Louisiana State UP, 1986; John
Herz. Political Realism and Political Idealism. Chicago: The University of Chicago Press,
1951 et Jean=Marie Ruiz, Une tradition transatlantique. L’impact du réalisme politique sur la
efondation des EtatsUnis et la pensée politique américaine du XIX siècle. Editions de
l’Université de Savoie, 2010. Si l’association de Scowcroft et Baker au réalisme n’était
par ailleurs notoire, on en trouvera d’innombrables exemples dans leurs mémoires,
celles de Scowcroft étant publiées conjointement à celle de George Bush : G. Bush, B.
Scowcroft, A world Transformed. New York : Alfred Knopf, 1998 ; James Baker. The
Politics of Diplomacy. New York: Putnam’s Sons, 1995.


ressources et la réputation nécessaires pour agir tout en étant très largement acceptés
dans ce rôle (…) C’est pour cela que l’importance du leadership présidentiel est
probablement plus grande que jamais. D’un point de vue de la politique intérieure, le
président doit prendre son rôle de chef de la politique étrangère au sérieux, en
concevant des objectifs, en fixant les priorités, et en faisant ce qui est bien pour tous
3même si cela est impopulaire, pour ensuite rallier le pays à sa politique.
Engagement durable des États=Unis sous la houlette d’un
président prenant au sérieux non seulement son rôle de commandant en
chef des armées mais celui de « diplomate en chef », sur fond d’un
certain primat des questions de sécurité et de politique étrangère : voilà
ce qui avait caractérisé la diplomatie américaine durant la Guerre froide
et que celui qui avait présidé à son dénouement souhaitait pérenniser
dans la nouvelle ère qui s’amorçait. Ces lignes auraient certainement pu
être écrites en début de mandat, tant elles semblent cohérentes avec le
choix de son équipe de sécurité nationale qui, contrairement à
4l’administration Reagan, est essentiellement composée de réalistes. « Je
suis fier de ce que nous avons accompli, et tout aussi reconnaissant à la
plus belle équipe dont je pouvais rêver au sein de mon administration
pour sa sagesse, son expérience et sa perspicacité », écrivait encore
George Bush dans ses Mémoires. « Jamais le travail d’équipe et la
camaraderie n’eurent un rôle plus important dans la conduite d’une 14
politique. J’ai toujours été persuadé que nous avions les bonnes

5personnes aux bons endroits et au bon moment ». Outre Scowcroft et

Baker, le président se réfère aussi sans nul doute à son chef d’État=
major, Colin Powell, qui était lui aussi tout à fait en phase avec le
pragmatisme prudent des autres membres de l’équipe de sécurité
nationale de Bush père, surtout si on compare sa situation avec celle qui
fut la sienne huit ans plus tard, lorsque en tant que Secrétaire d’État au
sein d’une Administration beaucoup moins homogène idéologiquement,
il fut l’un des rares à défendre la ligne réaliste après les attentats de 2001.
Certes, la rhétorique de George Bush prenait souvent des
accents idéalistes et son Nouvel ordre mondial n’était pas sans évoquer
celle de Woodrow Wilson = le principal épouvantaild es réalistes au début
de la Guerre froide = dans son accent sur l’égalité de tous les États, sur
l’impératif du respect de leur souveraineté dans un système de sécurité
collective dont les États=Unis seraient, en vertu de leur force morale, le
principal garant. Mais la comparaison s’arrête là : Wilson avait avant tout
combattu la vieille diplomatie et le statu quo qui lui était associé au nom
de l’autodétermination des peuples là où George Bush s’efforçait au

3 G. Bush, A world Transformed, ibid, p.566.
4 L’exception étant la présence au Pentagone de Paul Wolfowitz, sous la direction
bienveillante de Dick Cheney. Ce dernier n’est cependant pas encore l’allié objectif des
néoconservateurs qu’il sera une dizaine d’années plus tard en tant que Vice=président
des États=Unis.
5 Ibid, p.565.


XâÜbbbbÜÜÜÜ||||xxxxÇà n° 32 – 2011

J.-M. Ruiz : Les deux guerres d’Irak


contraire de maintenir le statu quo au nom de l’ordre international quitte
à sacrifier cette autodétermination et à utiliser la guerre (cet instrument si
caractéristique de l’ordre ancien honni par Wilson) plutôt que la pression
6économique. Alors que pour Wilson seule la justice et la satisfaction des
aspirations des peuples pacifieraient les relations inter=étatiques et que le
rôle des États=Unis étaient de les y aider en favoirsant l’émergence d’un
monde démocratique, pour Bush le maintien de l’équilibre des puissances
et de la stabilité internationale représentaient l’alpha et l’oméga de la
diplomatie américaine et les conditions préalables à la paix dans un
monde plus que jamais imprévisible. En privé, George Bush
reconnaissait d’ailleurs que sa rhétorique idéaliste avait notamment pour
but de mobiliser une opinion publique peu désireuse de partir en guerre
7pour le seul maintien d’un équilibre des puissances au Moyen Orient.
De fait, comme la bénédiction donnée par Henry Kissinger, le
pape de la Realpolitik américaine, le suggère, c’est bien le paradigme
réaliste et les réflexes acquis durant la Guerre froide qui furent à l’œuvre
8lors de la Guerre du golfe. Le but du président Bush était bien
d’endiguer l’Irak sans toutefois trop l’affaiblir pour ne pas compromettre
l’équilibre régional et permettre à l’Iran de prendre le dessus. D’où le
refus d’aider les Shiites et les Kurdes d’Irak et d’intervenir dans la guerre
civile irakienne, et l’inaction des États=Unis lorsque Saddam Hussein 15
utilisa le matériel militaire épargné par le cessez le feu pour mater leur

rébellion. Le plus important aux yeux de l’Administration américaine
était d’éviter une libanisation de l’Irak et l’ouverture de la boite de
Pandore de conflits ethniques et religieux susceptibles de s’étendre à
toute la région, au détriment des intérêts des États=Unis et de leurs alliés
arabes. D’où aussi le refus de « marcher sur Bagdad » et de renverser le
dictateur irakien. «Notre intention était de laisser à Bagdad suffisamment
de puissance pour faire face à la menace d’un Iran très hostile aux États=
9Unis » admit Colin Powell dans ses Mémoires. Powell n’eut d’ailleurs
pas à convaincre les membres du cabinet, car aucun ne recommandait
alors de renverser Saddam Hussein. Pas même Cheney, qui lorsque la
10question fut évoquée, fit valoir que « les Saoudiens n’aimeraient pas ».
Le seul néoconservateur patenté de l’administration Bush, Paul
Wolfowitz, n’y était alors pas plus favorable. Tous étaient en fait
persuadés que le dictateur irakien ne survivrait pas à sa défaite et qu’un

6 Je reprends ici l’analyse de Robert Tucker et David Hendrickson dans The Imperial
Temptation. New York : Council on Foreign relations Press, 1992 (pp.56=57).
7 Voir Pierre Mélandri et Justin Vaïsse. L’Empire du Milieu. Les EtatsUnis et le monde depuis
la fin de la guerre froide. Paris : Odile Jacob, 2001 (p.48).
8 Voir l’audition de Kissinger devant le Sénat : Testimony before the Senate Armed
Service Committee, November 28, 1990, qui est par ailleurs cite par Tucker et
Hendrickson, op. cit. p.83.
9 Colin Powell. My American Journey. New York: Ballantine Books, 1995. (p.412).
10 Voir James Mann. Rise of the Vulcans. London: Penguin Books, 2004. (p.192).


coup d’État militaire était inévitable – perspective par ailleurs tout à fait
acceptable du point de vue américain car compatible avec le maintien
11d’un Irak fort. Enfin, un autre motif de guerre emblématique de la
tradition réaliste d’un président encore pénétré de la logique de la Guerre
froide était le regain de crédibilité des États=Unsi et l’espoir qu’une
victoire décisive mettrait définitivement fin au syndrome du Vietnam.
« Je pense que lorsque nous disons quelque chose qui est objectivement
correct – tel que ‘n’envahissez pas le territoire de votre voisin sinon vous
en subirez les conséquences’ – les gens nous écouterons. Car je pense
que le résultat de tout cela sera le retour, le rétablissement peut=on dire,
de la crédibilité des États=Unis » affirma le présdi ent lors d’une
12conférence de presse à l’issue de la guerre.
Le fait que ni Cheney ni Wolfowitz n’aient été favorables au
renversement de Saddam Hussein lors de la première guerre du golfe
s’explique en partie par le sentiment général que le dictateur ne se
remettrait pas de sa défaite, et que le changement de régime ne serait que
plus légitime s’il ne résultait pas de l’intervention des États=Unis. Mais
cela reflète aussi les idées dominantes du moment, encore largement
tributaires du paradigme réaliste, non seulement au sein de
l’Administration Bush père, mais plus largement parmi les théoriciens
des relations internationales et les conseillers politiques des partis 16
démocrate et républicain. Durant la mandature de Reagan, l’hégémonie

réaliste fut temporairement défiée par les idées néoconservatrices, qui

pour la première fois eurent droit de cité à la Maison Blanche. Mais
l’arrivée de George Bush au pouvoir mit un terme prématuré à leur
ascension et la fin de la Guerre froide remit en question leur existence
même : un mouvement dont la raison d’être était la victoire des valeurs
américaines et la défaite du contre=modèle communiste pouvait=il
13subsister à l’effondrement de l’Union soviétique ? Plusieurs des figures

11 Ibid, p.189=190. James Mann réfute de façon crédible ce qui n’est pour lui qu’un
« mythe », à savoir l’idée fort répandue selon laquelle Colin Powell se serait opposé à
Dick Cheney et à Wolfowitz sur la question de la « marche sur Bagdad ». Il cite
notamment Dennis Ross, un haut fonctionnaire du département d’État qui travaillait
étroitement avec Wolfowitz, et un article de Wolfowitz lui=même, qui bien que publié
en 1997, laisse peu de doutes sur la convergence de son point de vue avec celui des
« réalistes » de l’équipe Bush en 1991 : « Une fois créé, les États=Unis auraient été
responsables d’un nouveau régime [en Irak]. Selon toute vraisemblance, cela aurait
conduit les États=Unis à occuper de façon plus ou moins permanente un pays qui ne
pouvait pas s’auto=gouverner, et qui n’aurait pas accepté d’être gouverné par un pays
étranger ».
12 “Excerpts from Bush’s News Conference on Postwar Moves”, The New York Times,
le 2 mars 1991. La citation est empruntée à Tucker et Hendrickson, op. cit., p.153, qui
rappellent aussi que le président avait déclaré, au lendemain de la victoire, que « le
spectre du Vietnam était enterré pour toujours dans les sables du désert de la péninsule
arabique » (p.152).
13 Sur l’histoire du néoconservatisme voir Justin Vaïsse. Histoire du néoconservatisme. Paris :
Odile Jacob, 2008, dont je reprends ci=après l’analyse (pp.235=42).


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J.-M. Ruiz : Les deux guerres d’Irak


historiques du néo=conservatisme, dont Irving Krisot l et Norman
Podhoretz, en doutaient alors fortement, et le premier préconisait même
de revenir à un réalisme plus approprié au nouveau contexte.
Mais le néo=conservatisme ne tardera pas à renaître de ses
cendres à la faveur de plusieurs facteurs. Le premier est que la nouvelle
génération néocon est, contrairement à ses aînés, résolument
conservatrice, ce qui rend beaucoup plus difficile la coopération avec
l’administration Clinton et en fait par contre des alliés de républicains
qui, avec les succès de la révolution conservatrice des années 90, a le vent
en poupe. Comme cette dernière, le nouveau visage néocon se radicalise,
et rejette catégoriquement toute alternative au maintien de l’hégémonie
américaine, et toute normalisation de la politique des États=Unis dans le
monde de l’après Guerre froide. Bien au contraire, les États=Unis
devaient selon eux mettre leur puissance à profit pour promouvoir
activement la démocratie, de façon unilatérale si nécessaire. Les
nouveaux adversaires sont les isolationnistes, les réalistes et les
multilatéralistes, et la nouvelle génération de néoconservateurs ne vont
pas ménager leurs efforts pour les combattre. A partir de 1995, date à
laquelle Bill Kristol crée la revue The Weekly Standard, et plus encore
avec la fondation du Project for a New American Century par Robert
Kagan, Gary Schmitt et toujours Bill Kristol, les néocons vont jouer un 17
rôle de premier plan dans le débat sur la politique étrangère américaine,

et diffuser leurs idées grâce à leurs revues, leurs think tanks et leurs
14appuis dans les média.
Ils vont pour cela bénéficier du relatif déclin du réalisme dans les
années qui suivirent la Guerre du golfe, dans un contexte international
qui lui est plus défavorable encore : tributaire d’un environnement
dominé par les questions de sécurité, le péril nucléaire et l’adversité
permanente, l’utilité du paradigme réaliste était bien moins évidente après
la disparition du Grand ennemi, l’avènement d’un monde unipolaire et la
perspective d’une fin de l’histoire. De façon significative, la première
Guerre du golfe avait temporairement permis aux préoccupations et
conceptions réalistes de se maintenir en montrant que la puissance était
encore nécessaire dans un monde anarchique où la loi du plus fort
menaçait une paix toujours précaire. Mais cette perspective n’était plus
vraiment appropriée au contexte global des années 90 qui, vu
d’Amérique, ne nécessitait plus le maintient du primat des questions de
sécurité et l’européanisation de la politique étrangère des États=Unis à
l’œuvre durant toute la Guerre froide. La période se prêtait bien

14 Ibid, p.235=42, 264. Les néoconservateurs vont inful encer et alimenter le débat sur la
politique étrangère non seulement par le biais de think tanks établis de longue date tel
que l’American Economic Enterprise (AEI), mais aussi par la création de multiples lieux de
débats ouverts sur le monde politique tels que le Committee on Present Danger, (CPD) le
Committee for the Liberation of Irak, ou le Committee for Peace and Security in the Gulf. Voir
Vaïsse, ibid, pp.262=64, et plus spécifiquement sur le CPD, pp.163=194.


davantage à l’affirmation d’une exception américaine et de l’abandon de
toute politique ressemblant peu ou prou à de la Realpolitik. Après tout, le
moment était à la célébration de la victoire du modèle américain, et au
rejet de tout ce qui apparaissait comme une compromission, une
contamination de ce modèle. Le temps était donc venu d’en découdre
avec ceux qui avaient fait la pluie et le beau temps durant la Guerre
froide: l’heure d’un grand débat avec des réalistes désorientés par
l’avènement d’un nouveau monde qu’ils n’avaient pas vu venir, avait
sonné. Si l’on en juge par la fertilité intellectuelle et l’abondante
littérature politique à laquelle elle a donné lieu depuis les années 90, la fin
de la Guerre froide galvanisa autant les néoconservateurs qu’elle avait
15déboussolé leurs adversaires.
Le renouveau néoconservateur va cependant mettre un certain
temps pour se traduire dans une influence politique. Les relations avec
Bill Clinton sont potentiellement meilleures qu’avec Bush père, dans la
mesure où ils peuvent se retrouver dans l’opposition à la Realpolitik de ce
dernier. Mais la plupart des néocons les plus influents étant clairement
conservateurs, et à ce titre opposé au programme de politique intérieure
des démocrates, c’est le candidat républicain Bob Dole qu’ils soutiennent
lors de l’élection de 1996. Il faudra attendre l’élection de George W.
Bush, pour qu’ils retrouvent une place dans le gouvernement, alors 18
même que ce n’est pas lui, mais John Mc Cain qui était leur candidat.

Etant désormais une des composantes du parti républicain avec laquelle

il faut compter, Bush fils leur ouvre d’autant plus les portes de son
administration qu’ils sont en bon terme avec Dick Cheney, le Vice=
président, et Donald Rumsfeld, le Secrétaire à la Défense, avec lesquels
ils partagent le désir d’une Amérique militairement forte. D’où la
nomination de deux figures importantes du néoconservatisme, Paul
Wolfowitz et de Douglas Feith au Pentagone, et celle de Scooter Libby,
un proche de Wolfowitz, en tant que secrétaire de cabinet de la Vice=
présidence. Un autre néocon de premier plan, Richard Perle sera nommé
président de la Commission de la politique de défense, également
rattachée au Pentagone (ce qui va permettre à Perle de jouer un rôle
majeur dans la guerre d’Irak de 2003) tandis que Elliott Abrams est
nommé au Conseil de sécurité nationale en 2001, puis Conseiller de
sécurité nationale adjoint en 2005. De façon significative, tous sans
exception ont exercé des responsabilités au sein de l’administration
Reagan, et reviennent avec l’espoir de jouer un rôle plus important
encore.
Jusqu’en septembre 2001, ces espoirs paraissaient infondés. A
l’instar de celle de Reagan, l’équipe de politique étrangère de

15 Parmi les plus prolixes et les plus lus des néoconservateurs de la nouvelle génération,
figurent par exemple Robert Kagan, Bill Kristol, David Brooks, Gary Schmitt, Max
Boot.


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J.-M. Ruiz : Les deux guerres d’Irak


l’administration de G. W. Bush, était composée de réalistes – le secrétaire
d’État Colin Powell et la Conseillère de sécurité nationale Condoleezza
Rice qui s’étaient tous deux opposés à la politique du democratic enlargement
de Clinton = et de ceux que Ivo Daalder et James Lni dsay ont appelé les
« nationalistes agressifs » (Cheney et Rumsfeld), les néo=conservateurs
16étant les alliés de ces derniers. A en croire la campagne de G. W. Bush
et de Rice, sa principale conseillère, son élection signifiait un retour à
l’orthodoxie réaliste incarnée par son père, une impression que les
premiers mois de pouvoir renforça considérablement, notamment
lorsque le budget de la défense fut rendu public. En effet, la faiblesse de
ce budget était décevant pour les partisans néocons du Projet pour un
nouveau siècle américain, alors même que Cheney et Rumsfeld en étaient
signataires. Ce sont les attentats de septembre 2001 qui vont renverser
l’équilibre du pouvoir au sein de l’administration, et contre toute attente,
permettre aux néoconservateurs de prévaloir de façon décisive. Car le
climat de psychose et le changement dans la perception des risques liés
au terrorisme et à la prolifération des armes de destruction massive
allaient donner du poids à quelques unes de leurs idées phare : la
nécessité de s’attaquer de front au terrorisme et aux États qui le
cautionnent, en utilisant sans complexe la puissance militaire des États=
Unis, afin d’éradiquer les racines du terrorisme que sont l’absence de 19
démocratie au Moyen Orient et la caution américaine apportée

jusqu’alors aux régimes autoritaires de la région.
Or, comme l’écrivent Ivo Daalder et James Lindsay, « si les
terroristes n’avaient pas attaqué les États=Unis le 11 septembre, il est
probable que l’Irak serait resté un dossier secondaire pour la politique
17étrangère américaine ». Avant les attentats, c’est bien la ligne de Powell,
celle d’un endiguement renforcé de l’Irak, qui prévalait. Cette fois,
Wolfowitz se démarqua bel et bien en insistant sur la nécessité d’une
18approche plus radicale, mais sa conception était alors minoritaire.
Depuis la première guerre du Golfe, l’Irak était devenu une fixation pour
les néoconservateurs, qui au fil des années en étaient venu à regretter de
ne pas avoir saisi l’occasion de renverser Saddam Hussein en 1991.
Confiants dans la capacité des États=Unis à change rle régime de Bagdad
sans trop de difficultés, ils avaient en vain essayé de convaincre le
19président Clinton en 1998. Il n’est donc pas étonnant qu’au lendemain

16 Ivo Daalder et James Lindsay. America Unbound : The Bush Revolution in Foreign Policy.
Washington: Brookings Institution Press, 2003. (p.15).
17 Ibid, p. 127.
18 Ibid. Daalder et Lindsay soulignent que lors de sa première tournée au Moyen Orient
en tant que Secrétaire d’Etat, Powell se montrait confiant sur la capacité de
l’endiguement à neutraliser l’Irak : « Nous l’avons endigué, il est resté dans sa boîte »
dit il en parlant de Saddam Hussein.
19 Voir la lettre sur le site du Projet pour un nouveau siècle américain :
www.newamericancentury.org/iraqclintonletter.htm


du 11 septembre ils se soient mobilisés pour convaincre le président et
l’opinion publique que l’Irak était lié aux attentats. Leur réussite
s’explique surtout par le contexte soudain très favorable engendré par
9/11, qui représente une opportunité historique de proposer une
politique étrangère radicalement nouvelle que les néoconservateurs sont
les seuls à pouvoir fournir pour ainsi « clé en main ». Un des facteurs
favorables à ce « moment néoconservateur » fut d’ailleurs la vulnérabilité
des réalistes, qui se retrouvent sur la défensive jusqu’à la fin du premier
mandat de G. W. Bush, et ce non seulement au sein de l’Administration,
mais plus généralement dans le monde académique. Dans un article au
vitriol publié dans la Harvard International Review, le politologue Louis
Klarevas rendait les réalistes responsables des attentats pour avoir
constamment sous=estimé le rôle des acteurs non étatiques dans
l’insécurité, et le président lui=même en vint, vesr la fin de son premier
mandat, à dénigrer publiquement l’approche qui avait présidé à la
stratégie de son père en 1991 et que son Secrétaire d’État incarnait
20encore dans sa propre administration. « Je pense quant à moi que,
après le 11 septembre, la doctrine de l’endiguement n’endigue plus grand
chose » déclara George W. Bush en 2003 lors d’une conférence de
21presse.
Après les attentats, les réalistes devinrent d’autant plus la cible 20
qu’ils s’opposèrent publiquement à la guerre en Irak, et réfutèrent

l’argumentaire mis au point par les néoconservateurs et leurs alliés

nationalistes au plus haut de leur popularité. En août 2002, tous les
principaux membres de l’équipe de politique étrangère de Bush père
montèrent au créneau dans les média en criant haut et fort leur
opposition à l’idée, notamment exprimée par Cheney, que les États=Unis
devaient s’engager unilatéralement dans la guerre sans passer par l’ONU.
Dans un article publié dans le New York Times dès l’été 2002, James
Baker réaffirma la nécessité d’avoir l’aval préalable des Nations Unies, et
Brent Scowcroft (relayé sur Fox News par Lawrence Eagleburger, l’ancien
sous=secrétaire d’État disciple de Kissinger) fut encore plus catégorique
dans un article du Wall Street Journal intitulé « Don’t Attack Saddam », en
déclarant que le projet unilatéral de changement de régime irakien

20 Voir Louis Klarevas, « Political Realism. A Culprit for the 9/11 Attacks”, Harvard
International Review, tome 26 (3). Automne 2004. En ce qui concerne le président
Bush, voir par exemple son discours du 2 juin 2004 à Colorado Springs (accessible par
internet à l’adresse suivante :
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=72640) dans lequel il déclare
notamment que « pendant des décennies, les nations libres ont toléré l’oppression au
Moyen Orient au nom de la stabilité. En pratique cette approche a apporté peu de
stabilité et beaucoup d’oppression. Donc j’ai changé cette politique ».
21 Voir Daalder et Lindsay, op. cit., p.124. On comparera cette opinion à celle qu’il avait
exprimée peu de temps après son élection, lorsque, commentant le refus de son père
de renverser Saddam Hussein il déclara qu’il avait « fait ce qu’il fallait à l’époque ». Voir
Bob Woodward. Bush at War. New York: Simon and Schuster, 2005. (pp.328=29)


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J.-M. Ruiz : Les deux guerres d’Irak


« compromettait notre campagne contre le terrorisme ainsi que la
22stabilité et la sécurité dans une région vitale ».
Cette polémique fut le premier grand débat public qui opposa
l’approche réaliste à celles des néoconservateurs, c’est=à=dire les deux
conceptions sous=jacentes à chacune des deux guerres d’Irak. Que le
paradigme néocon ait largement influencé la décision de déclencher la
deuxième est désormais une vérité bien établie, bien que les néocons
eux=mêmes l’aient souvent démenti. Richard Perle a en particulier
toujours dit que l’idéologie et « l’agenda de la liberté » n’avait rien à voir
avec la décision de déclencher la guerre, et que celle=ci était seulement
23motivée par l’impératif de sécurité. Il y a aussi eu débat sur le rôle exact
des faucons libéraux dans le déclenchement de cette guerre, et plus
généralement dans l’élaboration de la doctrine Bush. Tony Smith, leur
attribue une responsabilité indéniable dans la légitimation des idées
néocons, alors que Kenneth Pollack insistent au contraire sur la
24différence entre les deux approches. De fait, même si la nouvelle
génération de néoconservateurs est clairement ancrée à droite, la fin de la
Guerre froide était favorable à tous ceux qui partageaient l’idée que les
États=Unis représentaient ce que Madeleine Albrigh ta appelé la « nation
indispensable », et Robert Kagan « l’empire bienveillant ». Les uns et
l’autres étaient favorables à un rôle actif des États=Unis pour propager la 21
démocratie dans le monde, ou pour le moins à une diplomatie « morale »

et sans concession envers les régimes non démocratiques. Enfin, il
convient de rappeler qu’au moins deux intellectuels n’appartenant pas à
la nébuleuse néoconservatrice ont eu un rôle important dans la guerre de
2003 : Bernard Lewis, qui semble avoir eu une influence déterminante
sur Dick Cheney au lendemain des attentats, et Kenneth Pollack, dont le
livre The Threatening Storm est considéré comme la plus importante
contribution à la justification de la guerre Irak dans les mois qui l’ont
25précédée.
Pour autant, il n’est pas moins évident que la matrice de la
doctrine Bush et de la guerre de 2003 fut principalement
néoconservatrice, ne serait=ce que parce que ce paardigme était alors le
seul à proposer un plan d’action cohérent susceptible de se substituer à

22 James Baker, « The Right Way to Change a Regime », New York Times, le 9 août 2002 ;
Brent Scowcroft, “Don’t Attack Saddam”, Wall Street Journal, le 15 août 2002;
Interview with Lawrence Eagleburger, Fox’s News Sunday, le 18 août 2002 (accessible
sur http://www.foxnews.com/story/0,2933,60704,00.html.)
23 Voir par exemple son article : « Ambushed on the Potomac ». The National Interest.
Janvier/Février 2009. pp. 35=44.
24 Tony Smith. A Pact with the Devil : Washington’s Bid for World Supremacy and the Betrayal of
the American Promise. New York: Routlege, 2007; Kenneth Pollack et Ron Asmus. “The
Neoliberal Take on the Middle East”, Washington Post, le 22 juillet 2003. Sur ce débat,
voir Vaïsse, op. cit., pp.265=69.
25 Vaïsse, ibid, 267. Pour l’influence de Lewis sur Cheney, voir Daalder et Lindsay, op.
cit., 128.


une conception réaliste de la sécurité considérée comme obsolète dans le
nouvel environnement créé par 9/11. La rhétorique du président Bush
pour justifier la guerre de 2003 est empreinte de références aux principes
les plus emblématiques du néo=conservatisme, telleq ue la théorie de la
paix démocratique, le rôle spécial des États=Unis dans le monde et la
nécessité d’agir seuls s’il le faut – c’est=à=direc e que Pierre Hassner a
26joliment appelé le « wilsonnisme botté ». Mais sans doute le lien le plus
évident entre la doctrine Bush et les néoconservateurs est=il aussi celui
qui le rattache au premier document officiel faisant du maintien de
l’hégémonie, notamment militaire des États=Unis apèrs la Guerre froide
un objectif politique : le Defense Planning Guidance de 1992, rédigé par le
très néoconservateur bureau de Wolfowitz au Pentagone, alors dirigé par
Dick Cheney. Conçu dans un contexte de restriction du budget de la
défense, ce document apparaît comme un manifeste néoconservateur en
faveur d’une politique étrangère et de défense ambitieuse fondée sur une
27suprématie militaire durable. Ce texte d’abord destiné à un usage
interne mais très vite fuité dans la presse frappe par sa similitude avec la
National Security Strategy of the United States of America de Septembre 2002,
la nouvelle doctrine officielle rédigée après les attentats du 11 septembre.
Nous y retrouvons les mêmes fondements idéologiques enrichis de
nouveau éléments tels que la préemption, dans un contexte cette fois 22
beaucoup plus réceptif à ce qui s’apparentait à une révolution dans les

principes qui guidaient les États=Unis depuis le début de la Guerre

28froide.

Les faux-semblants de la rupture

La continuité entre les textes de 1992 et de 2002 est certes
trompeuse, dans la mesure où le premier n’illustre qu’un segment non
représentatif de la pensée dominante de l’époque, alors que la doctrine de
2002 semble au contraire tout à fait en phase avec les grandes tendances
idéologiques de son temps. Mais à l’inverse, l’opposition entre les deux
« moments » réaliste et néoconservateur, dont chacune des deux guerres
serait le reflet, doit être nuancée. Si les deux guerres d’Irak constituent
globalement un cas d’école sur le rôle des idées dominantes dans la
politique étrangère américaine, il convient aussi d’indiquer ce qui résiste à

26 Pour des exemples de rhétorique néoconservatrice chez Bush voir Vaïsse, op. cit., pp.
7=8. En ce qui concerne Pierre Hassner, voir "États=Un:i sl'empire de la force ou la
force de l'empire", Cahiers de Chaillot, Septembre 2002, n°54, p. 43.
27 Ce document exprime le point de vue de Wolfowitz, mais fut rédigé par deux employés
de son bureau, Scooter Libby et Zalmay Khalilzad, qui firent aussi partie de
l’administration de G. W. Bush. Il fut approuvé par deux autres néoconservateurs
notoires, Richard Perle et Albert Wohlstetter. Voir James Mann, op. cit., pp.209=10.
28 Pour plus de détails voir Stanley Hoffmann, « La nouvelle version de
ol’exceptionnalisme américain », Esprit, février 2003, n 292, pp. 6=20.


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J.-M. Ruiz : Les deux guerres d’Irak


une telle opposition en soulignant les éléments de continuité entre les
deux périodes. Les enseignements des deux guerres d’Irak vont bien au
delà de l’opposition idéologique : elles montrent l’importance de
l’environnement international global et de sa structure dans la
formulation de la politique étrangère d’une grande puissance, le lien
étroit qui relie les idées à la réalité non seulement dans l’espace dans
lequel ces idées naissent, mais au delà. Car c’est bien cet environnement
global qui délimite les champs du possible, l’espace dans lequel les idées
vont prendre corps et rivaliser pour influencer la politique étrangère
effective des États=Unis.
Or, l’environnement global est=il si différent lors de la première
guerre d’Irak que lors de la deuxième ? En 1991, la fin de la Guerre
froide est déjà effective, toute possibilité de retour à l’ordre ancien étant
déjà exclue. La période de la Guerre du golfe est celle d’une transition
d’ores et déjà en cours, dans laquelle les contours du nouveau monde
sont discernables et impriment déjà leurs marques sur les esprits de ceux
qui, en tant que théoriciens ou hommes politiques, réfléchissent au rôle
des États=Unis dans le monde. En ce sens, il n’estp as étonnant que la
théorie et la pratique de la politique étrangère américaine portent déjà en
germe les éléments d’une nouvelle stratégie que la deuxième guerre
d’Irak mettrait pleinement en évidence quelques années plus tard, et qui 23
marquerait la fin d’une période de transition caractérisée par l’ambiguïté

et les paradoxes, et l’entrée effective et pleinement assumée dans une
nouvelle ère désormais débarrassée des stigmates de l’ancienne.
Ce sont précisément ces paradoxes et ambiguïtés résultant de la
tension entre l’environnement déjà nouveau de 1991 et le paradigme
réaliste existant et toujours dominant, que Robert Tucker et David
Hendrickson ont mis en lumière dans un ouvrage paru en janvier 1992 et
dont l’analyse est, comme son titre = « The Imperial Temptation » = le
29suggère, bien souvent prophétique. Ce que cet ouvrage dit sur les
ambiguïtés de la guerre de 1991 rappelle en effet souvent ce qui, dix ans
plus tard, caractériserait celle de 2003. Derrière la rhétorique volontiers
idéaliste de Bush père se cachait en effet un motif moins avouable, celui
de détruire la machine de guerre irakienne et la capacité de production
d’armes de destruction massives avant qu’il ne soit trop tard, ce qui fait
de ce conflit la première guerre « préventive » et par là, constituait déjà
un tournant par rapport à la stratégie de l’endiguement et une première
30entorse au paradigme réaliste. D’autre part, en dépit d’une réelle
volonté de George Bush de privilégier le cadre multilatéral, cette guerre
peut néanmoins être considérée comme un signe avant coureur d’une
posture unilatéraliste des États=Unis dans la mesuer où la détermination

29 Voir Robert Tucker et David Hendrickson, The Imperial Temptation (op. cit.) dont les
réflexions qui suivent s’inspirent largement.
30 Ibid, pp.89 et 192.


du président ne laissait dès le départ aucun doute sur son intention d’agir
seul s’il l’avait fallu, comme le montre l’impuissance des autres nations à
infléchir un tant soit peu les décisions prises sans concertation par
31Washington. Enfin, l’objectif de la guerre, en apparence très différent
de celui de 2003 puisqu’il consistait à repousser l’Irak dans ses frontières
antérieures, est plus ambigu qu’il n’y paraît puisque le résultat espéré de
la guerre était bien un changement de régime, considéré comme acquis
en conséquence de l’humiliation volontairement infligée à Saddam
32Hussein. Il est donc possible de déceler dès 1991 les prémices d’une
politique étrangère débarrassée des contraintes imposées par la
coexistence avec l’Union Soviétique, présentant déjà les signes de
velléités unilatéralistes, et trahissant une posture moins accommodante et
plus hégémonique.
En d’autres termes, dès 1991 un contexte caractérisé à la fois par
l’absence de freins et contrepoids sur l’échiquier international et par une
supériorité militaire indiscutée donnait aux États=Unis de nouvelles
marges de manœuvre, une plus grande liberté de choix. En ce sens, celui
de la guerre est significatif et permet pour le moins de nuancer l’idée fort
répandue que la Guerre du golfe résulterait de la nécessité, par
opposition à celle de 2003, qui serait une « guerre choisie ». Comme
Tucker et Hendrickson le soulignent encore, les États=Unis n’avaient 24
aucun engagement envers le Koweït et le recours à la force s’imposait

d’autant moins que l’acte d’agression irakien étaient unanimement

condamné, ce qui permettait de penser que les pressions et mesures de
33rétorsions seraient efficaces. Étant en situation de force, les États=Unis
et la communauté internationale pouvaient d’autant plus choisir d’autres
moyens que la force. Une des conclusions que les deux historiens
américains tirent de la décision des États=Unis de privilégier par deux
fois la guerre en 1991 et en 2003 est qu’elle correspond à une tendance
profonde allant au delà du domaine politique : frustrés de ne pouvoir se
débarrasser de l’ennemi soviétique durant les cinq décennies
d’endiguement, les Américains auraient, par une sorte d’atavisme, donné
libre cours à leur impulsion une fois les contraintes de la Guerre froide
disparues :
Le peuple américain n’avait jamais été à l’aise avec la politique de
l’endiguement, même si elle s’appliquait à l’Union soviétique. Comme ses détracteurs
l’ont souvent souligné, cette politique convenait peu au caractère national. Si
l’endiguement a été accepté durant la Guerre froide, c’est en grande partie parce que les
alternatives (souvent décrites comme le suicide ou la reddition) paraissaient trop
dangereuses. Dans ce cas précis, il y avait cependant une alternative. L’impatience
profondément ancrée du peuple américain envers une stratégie d’endiguement à long

31 Ibid, p.193.
32 Ibid, p.157.
33 Ibid, p.98.


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J.-M. Ruiz : Les deux guerres d’Irak


terme explique la rapidité avec laquelle les ÉtatsUnis sont partis en guerre contre
l’Irak ; la peur de pertes humaines américaines explique la caractère
extraordinairement destructeur du conflit qui s’ensuivit. Ces deux peurs aussi ont eu
une importance capitale dans la décision de définir des buts de guerre de façon
restrictive et de refuser (en se prévalant abusivement de la doctrine de nonintervention)
le fardeau autrement plus ardu de la pacification. Elles en disent long sur le genre de
34politique étrangère que nous pouvons mener.
Ces réflexions précoces sur le lien entre le « style national » et la
politique étrangère des États=Unis, ont rencontré un large écho dans la
littérature politique ultérieure, notamment chez Walter Russell Mead et
Michael Lind, qui chacun à leur manière, ont confirmé l’existence de ce
que le premier appellent le « style jacksonien » et le deuxième « l’esprit
35texan ». De son côté, Anatol Lieven arrive à des conclusions similaires
en analysant le « nouveau nationalisme américain », qu’il tient lui aussi
responsable de la guerre de 2003 et du néo=impériailsme des États=Unis
après les attentats de 2001 :
Traumatisés par les attaques terroristes du 11 septembre 2001, les
Américains ont naturellement réagi en recourant à de vieux modèles de croyance et de
comportement. Le nationalisme en fait partie. Les convictions qu’il exprime et les
principes qu’il défend ont pour l’Amérique et pour le monde une valeur indéniable ; il
comporte néanmoins de très grands dangers. […] On pourrait dire que, si l’Amérique 25
veille à ce que sa maison soit toujours superbe et accueillante, elle n’en entretient pas

moins, à la cave, une famille de démons. Généralement bien gardés, ils ont été libérés
36par le 11 septembre.
En dernière analyse, ce serait donc le caractère national et les
ambivalences du nationalisme américain qui permettrait d’expliquer la
continuité paradoxale entre deux guerres menées sur la base de
fondements théoriques si différents, comme si les présidents américains
n’étaient que l’instrument de forces qui les dépassent, et dont la théorie
ne serait qu’un reflet.


34 Ibid, p.195
35 Michael Lind. Made in Texas. G. W. Bush and the Southern Takeover in American Politics.
New York: New America Books/Basic, 2003 ; Walter R. Mead. Special Providence,
American Policy and How it Changed the World. New York: Knopf, 2001.
36 Anatol Lieven. Le nouveau nationalisme américain. Paris : Gallimard, 2004, p.23/24.



La « Global War on Terror »
Le nouveau paradigme de la politique étrangère
des États=Unis et son application en Irak


Gildas Le Voguer
Université Rennes 2


Résumé
Après les attentats du 11 septembre, l’administration de George W. Bush a pris des
décisions majeures afin de mener à bien sa ‘Guerre globale contre la terreur’. Cette guerre a
rempli le vide conceptuel de la politique étrangère américaine qui avait prévalu depuis la fin de
la Guerre froide. L’objectif de cet article est d’effectuer la genèse de ce nouveau paradigme de la
politique étrangère des ÉtatsUnis, de montrer comment il a été adopté par l’administration
Bush, comment il a été vendu à l’opinion publique américaine et comment il a été mis en œuvre
en Irak. La guerre en Irak est évidemment l’illustration la plus flagrante de la Guerre globale
contre la terreur mais il ne s’agit que d’un aspect de l’héritage que George W. Bush a laissé à
son successeur en matière de sécurité nationale.

Motsclés : États=Unis, guerre, Irak, politique étrangère,t errorisme



Absract
In the wake of the 9/11 terrorist attacks, the George W. Bush administration made
major decisions in order to carry out its ‘Global War on Terror’. The GWOT filled the
conceptual vacuum of America’s foreign policy, which had prevailed since the end of the Cold
War. The purpose of this article is to trace the genesis of this new foreign policy paradigm, to
show how it was adopted by the Bush administration, how it was sold to the American public
and how it was implemented in Irak. The war in Irak is obviously the most blatant
illustration of the GWOT but it is only part of the national security inheritance George W.
Bush has left to his successor.

Key words : foreign policy, Irak, terrorism, United States, war




a politique étrangère des États=Unis ne constitua pas l’un L des enjeux principaux de la campagne présidentielle de
1999/2000. Le candidat Bush, toutefois, y consacra au moins deux
discours, prononcés dans des lieux dont la symbolique ne devait
échapper à personne. Il s’exprima donc la première fois le 23 septembre
11999 à la Citadel , une école militaire en Caroline du Sud, puis le 19
novembre de la même année en Californie, à la bibliothèque
2présidentielle Ronald Reagan . Lors de ce second discours, il abordait la
question de cette manière : « La politique étrangère américaine ne saurait
être fondée sur la peur. La peur que les ouvriers américains ne soient pas
assez compétitifs. La peur que l’Amérique corrompe le monde – ou soit
corrompue par lui. Cette peur n’a de place ni dans le parti de Reagan ni
3dans celui de Truman . » Le candidat Bush utilisait alors la thématique de
la peur pour bien signifier aux électeurs qu’il ferait preuve de fermeté et
de résolution face aux diverses menaces, indiquant dans les toutes
premières phrases de son discours : « Nous devons protéger notre patrie
4et nos alliés contre les missiles, la terreur et le chantage . » Si, en
l’absence de menace précise, le message de Bush demeurait quelque peu
vague, il n’en donnait pas moins une certaine orientation à la politique
étrangère qu’il entendait mener.
Cette orientation fut amplement confirmée après les attentats du 28
11 septembre. Ainsi, le 20 septembre 2001, alors que l’émotion provoquée

par cette tragédie était encore très vive, le président Bush prononça une

allocution devant le Congrès dans laquelle il exhortait ses compatriotes à
ne pas céder à la peur :
Après tout ce qui vient de se passer, les vies qui ont été prises et
tous les espoirs et opportunités qui ont été anéantis en même temps, il
est normal de se demander si la peur sera le futur de l’Amérique. Certains
qualifient notre époque d’ère de la terreur. Je sais qu’il nous faudra lutter
et affronter certains dangers mais c’est ce pays qui déterminera son
époque et non l’inverse. Tant que les États=Unis dA’ mérique
demeureront résolus et forts, il n’y aura pas d’ère de la terreur. Ce sera
5une époque de liberté ici et à travers le monde .

1 George W. Bush, “A Period of Consequences”, The Citadel, Caroline du Sud, 23
septembre 1999. Discours disponible à l’adresse électronique suivante:
http://www.citadel.edu/pro/addresses/pres_bush.html
2 George W. Bush, “A Distinctly American Internationalism”, Ronald Reagan Library, 19
novembre 1999. Disponible sur
http://mtholyoke.edu/acad/intrel/bush/wspeech.htm
3 Ibid. Sauf indications contraires, les traductions des citations sont celles de l’auteur.
4 Ibid.
5 George W. Bush, “Address to a Joint Session of Congress”, Washington D.C., 20
septembre 2001. Sauf indications contraires, les discours du président George W. Bush
cités dans cet article sont disponibles à l’adresse électronique suivante:
http://georgewbush=whitehouse.archives.gov/news/. Isl ont été consultés courant
juin 2009.


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Avant le 11 septembre, et à plus forte raison après, les
déclarations de George Bush avaient donc pour objectif de conjurer la
peur.
Cependant, en déclarant que désormais « la liberté et la peur
6étaient en guerre », il entretenait également cette peur et, afin de justifier
cette guerre, Bush allait devoir alimenter le discours de la peur. A l’instar
du conteur qui, pour apprendre aux enfants à maîtriser la peur, doit
raconter encore et encore des histoires qui font peur, Bush ne cessa
7d’étoffer ce que Gilles Kepel nomme le ‘Grand Récit du terrorisme ’.
Bientôt, cette « guerre globale contre la terreur » (‘global war on terror’)
allait occuper une large part de l’espace médiatique américain et, surtout,
celui de la politique étrangère des États=Unis. Avec cette guerre contre la
terreur, George Bush proposait en effet une stratégie d’ensemble
susceptible d’orienter durablement cette politique.
En remplaçant le mot « terrorisme » par « terreur »,
l’administration Bush se débarrassait d’un terme qui fait débat. En effet,
le phénomène terroriste est affaire de perception et semble échapper à
8toute définition consensuelle . La substitution de terreur à terrorisme
permettait également à l’équipe Bush de frapper les esprits avec un
vocable en apparence moins sujet à controverse. Surtout, le terme était
suffisamment large pour englober les menaces de tous types, depuis les 29
groupes terroristes jusqu’aux États voyous en passant par les armes de

destruction massive. Ce terme globalisant autorisait tous les amalgames.
En outre, l’ajout de l’adjectif « global » à la formule de l’administration
Bush avait, certes, un caractère redondant mais il permettait de lever
toute ambiguïté à propos de l’étendue du projet envisagé.
Le choc provoqué par les attentats du 11 septembre explique
très largement l’engagement total de l’administration Bush dans cette
« guerre globale contre la terreur. » Il convient, toutefois, de considérer
les origines de cette stratégie afin de mieux comprendre comment elle a
pu très rapidement se traduire par une opération armée d’envergure en
Irak. Cette guerre contre la terreur, dont il faut également examiner la
mise en œuvre, est venue opportunément remplir le vide conceptuel de

6 Ibid.
7 Gilles Kepel, Terreur et Martyre – Relever le défi de la civilisation, Paris: Flammarion, 2008,
32.
8 Consulter Vanessa Martin Vanasse et Marc=Olivier Benoît, « La définition du
terrorisme : un état des lieux », in : Charles=Philippe David & Benoît Gagnon, Repenser
le terrorisme – Concept, auteurs et réponses, Québec: Presses de l’Université Laval, 2007, 25=
47. Voir également M.L.R. Smith, “Review Article: William of Ockham, Where Are
You When We Need You? Reviewing Modern Terrorism Studies”, Journal of
Contemporary History, Vol.44, N°2, 2009. Smith considère que si l’on s’affranchit de
toute considération morale, il est possible de s’entendre sur une définition minimale du
phénomène terroriste, qu’il résume ainsi à la page 322: “Simply, terror is an abstract
noun that denotes fear, and thus terrorism can be defined as the deliberate creation of
fear for a purpose.”


l’après=Guerre froide en matière de politique étrangère et pourrait, de
façon plus ou moins durable, en constituer le nouveau paradigme.

Paradigme perdu

Avec la fin de la Guerre froide, la politique étrangère américaine
avait perdu l’ancrage idéologique qu’avait constitué l’endiguement depuis
1947, ainsi que l’écrivaient en 1998 George H. W. Bush et Brent
Scowcroft : « Soudain, nous nous retrouvions dans une position
exceptionnelle, sans expérience, sans précédent, et placés au faîte de la
9puissance . » Le monde bipolaire s’éteignait et, dans les années 1990, les
États=Unis allaient souffrir du « syndrome de la pirvation d’ennemi »
(‘enemy deprivation syndrome’), comme le rappelait récemment
10Samantha Power .
Contrairement à ce que d’aucuns avaient pu penser dans un
premier temps, la disparition de la menace soviétique ne signifiait pas,
tant s’en faut, que le monde était désormais devenu paisible. Mais, parce
que la menace était désormais protéiforme, il s’avéra particulièrement
difficile, au cours des années 1990, de définir une politique étrangère
cohérente pour répondre à ces défis. En outre, comme le note Henry
11Kissinger , trois générations, celle des vétérans de la Guerre froide, celle 30
des opposants à l’engagement américain au Viêt=name t celle de l’après=

Guerre froide, se disputaient la détermination de cette politique et

interdisaient le consensus qui avait prévalu pendant la Guerre froide.
Des tensions apparurent rapidement, notamment dans le camp
républicain, qui se trouvait alors aux commandes. Le 11 septembre 1990,
alors que l’intervention américaine dans le Golfe se précisait, George
Bush prononçait un discours devant les membres du Congrès dans
lequel il évoquait l’émergence d’un ‘nouvel ordre international’ :
Nous sommes aujourd’hui à un moment unique et
extraordinaire. La crise dans le golfe Persique, aussi grave soit=elle, est
également l’occasion de s’orienter vers une ère historique de coopération.
De cette période tourmentée … peut émerger un nouvel ordre
international ; une nouvelle ère – libérée de la menace de la terreur, plus
forte dans sa quête de justice et plus assurée dans sa recherche de la
12paix .

9 George H. W. Bush & Brent Scowcroft, cités par George C. Herring, From Colony to
Superpower – U.S. Foreign Relations Since 1776, New York: Oxford University Press, 2008,
916.
10 Samantha Power, “The Democrats & National Security”, The New York Review of Books,
14 août 2008, 68.
11 st Henry Kissinger, Does America Need a Foreign Policy? – Toward a Diplomacy for the 21
Century, Londres: The Free Press, [2001] 2002, 28.
12 George H. W. Bush, “Address to Congress on the Persian Gulf Crisis”, 11 septembre
1990, in: Thomas G. Paterson & Dennis Merrill, Major Problems in American Foreign


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George Bush souhaitait que l’intervention américaine s’inscrivît
13dans un cadre multilatéral et, en « prudent wilsonien », il renonçait à
renverser Saddam Hussein, optant ainsi pour un leadership américain
circonspect quand d’autres auraient souhaité une affirmation plus
franche de la puissance américaine.
En mars 1992, le New York Times publiait des extraits d’un
document établi par des membres du Pentagone, parmi lesquels
figuraient Paul Wolfowitz et Elliott Abrams, et qui s’intitulait Defense
14Planning Guidance . Ce texte proposait une politique étrangère
unilatéraliste et offensive visant à garantir la suprématie des États=Unis et
à libérer cette politique de toute entrave, ainsi que le résument deux
15analystes : « En deux mots, l’Amérique pouvait et devait s’émanciper . »
Bien que ce document fût remis dans les cartons afin de ne pas choquer
les alliés de l’Amérique, ses principaux arguments furent repris en janvier
1993, à l’initiative de Dick Cheney, alors ministre de la Défense, et
rendus publics sous la forme d’un document similaire, The Regional Defense
16Strategy . Il y était indiqué notamment qu’en dépit de la victoire
américaine, l’Irak, une fois revigoré, demeurerait une menace. Toutefois,
comme le précédent, ce nouveau document ne faisait pas l’unanimité
dans les rangs républicains et ne pouvait donc servir de socle à la
politique étrangère américaine de l’après=Guerre for ide. 31
Une fois aux affaires, l’administration Clinton essaya à son tour

de formuler un nouveau paradigme pour la politique étrangère des États=
Unis. C’est Anthony Lake, le National Security Adviser, qui, en 1993,
proposa de remplacer la politique d’endiguement de la Guerre froide par
une stratégie d’engagement sur la scène internationale et d’élargissement
de la zone de paix démocratique. Mais, cette même année, l’engagement
américain subissait un sérieux revers avec l’échec de l’opération
humanitaire menée en Somalie et la politique étrangère américaine
occupa désormais une place quelque peu subalterne, ainsi que le faisait
remarquer William Kristol en janvier 1995 lors de la campagne
présidentielle : « Tout simplement, la politique étrangère américaine

Relations – Vol. II: Since 1914, Lexington, Mass.: D.C. Heath and Company, [1989]
1995.
13 Richard Melanson, American Foreign Policy Since the Vietnam War – The Search for Consensus
thfrom Richard Nixon to George W. Bush, New York: Armonk, 2005, 4 edition, 222.
14 Des extraits de la Defense Planning Guidance sont disponibles sur
http://www.work.colum.edu
15 Ivo H. Daalder & James M. Lindsay, America Unbound – The Bush Revolution in Foreign
Policy, Hoboken, New York: Wiley [2003] 2005, 12.
16 The Regional Defense Strategy, janvier 2003, disponible sur
http:/www/informationclearinghouse.info


17n’apparaît pas sur les écrans de contrôle en ce moment . » L’arrivée au
pouvoir de George Bush en 2000 semblait confirmer cette évolution.
En effet, le nouveau président manquait d’expérience en la
matière, paraissait vouloir accorder la priorité aux affaires intérieures et
ne nourrissait pas d’ambitions immodérées en matière de politique
étrangère. D’ailleurs, lors de son intervention à la bibliothèque Reagan, il
concluait de cette manière : « Ne dominons pas les autres de notre
puissance – ne les trahissons pas par notre indifférence. Et que notre
politique étrangère reflète le tempérament américain, la modestie de la
18force véritable et l’humilité de la vraie grandeur . » En dépit de cet appel
à la modestie et à l’humilité, George Bush était néanmoins convaincu que
le modèle américain était exceptionnel, qu’il fallait veiller à préserver la
19puissance militaire, le leadership ainsi que les intérêts des États=Unis et
que l’unilatéralisme était préférable au multilatéralisme.
Au cours des premiers mois de la présidence Bush, l’agenda de la
politique étrangère fut dominé par la question du bouclier anti=missiles et
les tensions avec la Chine et la Russie. De toute évidence,
l’administration Bush tâtonnait et était toujours en quête d’un nouveau
paradigme définissant. Le 11 septembre lui donna enfin l’occasion de
formuler ce paradigme, car cette tragédie constituait pour George Bush
un rendez=vous incontournable avec l’Histoire. D’alileurs, il le dit très 32
explicitement dans son discours au Congrès le 20 septembre :

On nous a fait un grand tort. Nous avons subi une grande perte

et dans notre chagrin et notre colère nous avons découvert notre mission
et notre moment. La liberté et la peur sont en guerre. La promotion de la
liberté, le grand accomplissement de notre époque et le grand espoir de
chaque génération, dépend désormais de nous. Notre nation, cette
génération, détruira la sombre menace de violence qui pèse sur notre
20peuple et notre futur .

17 William Kristol cité par Derek Chollet & James Goldgeier, America Between the Wars –
From 11/9 to 9/11 – The Misunderstood Years Between the Fall of the Berlin Wall and the Start
of War on Terror, New York: Public Affairs, 2008, 87.
18 George W. Bush, 19 novembre 1999, op. cit. George Bush reprenait, en les reformulant,
les propos qu’il avait tenus lors de son allocution à la Citadel le 23 septembre de la
même année : “But my generation is fortunate. In the world of our fathers, we have
seen how America should conduct itself. We have seen leaders who fought a world
war and organized the peace. We have seen power exercised without swagger and
influence displayed without bluster. We have seen the modesty of true strength, the
humility of real greatness. We have seen American power tempered by American
character.” George W. Bush, op. cit.
19 Cette notion d’intérêt national fut développée par Condoleezza Rice, “Promoting the
National Interest”, Foreign Affairs, janvier/février 2000. Au terme de ces mandats, elle
revient sur cette notion dans “Rethinking the National Interest”, Foreign Affairs,
juillet/août 2008.
20 George W. Bush, “Address to a Joint Session of Congress”, Washington D.C., 20
septembre 2001.


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