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Irak le mensonge

De
289 pages
La guerre d'Irak de 2003 n'a été ni utile ni juste. Livrée au nom des valeurs occidentales et sous deux faux prétextes : détention par l'Irak de Saddam Hussein d'armes de destruction massive et complicité entre le régime de Bagdad et Al Qaida, cette guerre, méthodiquement préparée par les Etats-Unis, a entraîné des nations dans une coalition chargée de mener, par tous moyens, la guerre contre le terrorisme.
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Irak. Le mensonge.

Comprendre le Moyen-Orient Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

Nejatbakhshe Nasrollah, Devenir Ayatollah. Guide spirituel chiite, 2008. Mehdi DADSETAN et Dimitri JAGENEAU, Le Chant des Mollahs: la République islamique et la société iranienne, 2008. Chanfi AHMED, Les conversions à l'islam fondamentaliste en Afrique au sud du Sahara. Le cas de la Tanzanie et du Kenya, 2008. Refaat EL-SAID, La pensée des Lumières en Égypte, 2008. El Hassane MAGHFOUR, Hydropolitique et droit international au Proche-Orient, 2008. Sepideh FARKHONDEH, Société civile en Iran. Mythes et réalités, 2008. Sébastien BOUSSOIS, Israël confronté à son passé, 2007. Ariel FRANÇAIS, Islam radical et nouv€l ordre impérial, 2007. Khalil AL-JAMMAL, L'Administration de l'Enseignement Public au Liban, 2007. Dr. Moustapha AL FEQI, Les Coptes en politique égyptienne. Le rôle de Makram Ebeid dans le Mouvement National, 2007. Mohamed Anouar MOGHIRA, Moustapha KAMEL l'égyptien. L 'homme et l 'œuvre, 2007. Jean-Paul CHAGNOLLAUD, Palestine, la dépossession d'un territoire,2007. Benjamin MORIAMÉ, La Palestine dans l'étau israélien, 2006. Réseau Multidisciplinaire d'Études Stratégiques, Analyse politique, stratégique et économique de la troisième guerre du Golfe. Iraqi Freedom, 2006. Mohamed ABDEL AZIM, Israël et la bombe atomique, 2006. Hichem KAROUI, Où va l'Arabie Saoudite ?, 2006. J.-J. LUTHI, M. A. MOGHIRA, L'Égypte en république. La vie
quotidienne. 1952
-

2005,2006.

Anne-Lucie CHAIGNE-OUDIN, La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie-Liban 1918-1939, 2006.

Michel

CARLIER

Irak. Le mensonge.
Une guerre préventive contestée

L'I-!mattan

@

L'HARMATTAN. 2008 75005 Paris

5-7. rue de l'École-Polytechnique; http://www.librairieharmattan.com

diffusio n. harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07403-3 £AN: 9782296074033

Préface par Guy Spitaels, président d'honneur de l'Internationale

socialiste

En Irak peut-être plus qu'ailleurs le pire n'est jamais sûr. En ce début de 2008, des réfugiés irakiens ne rentrent-ils pas notamment de Jordanie dans leur capitale quelque peu pacifiée depuis les pires massacres de 2006? Washington n'a-t-elle pas réussi, à coup de millions de dollars offerts aux cheiks tribaux, à les retourner contre les membres d'Al Qaida Mésopotamie? N'assiste-t-on pas parallèlement à la réintégration des baasistes dans la fonction publique et dans l'armée? En cette fin d'année, les États-unis ne ramènent-ils pas au pays 5.000 boys et le général Petraeus ne s'engage-t-il pas au départ de 5 brigades pour juillet prochain? Décidément, l'Orient demeure aussi compliqué que toujours. Certes plein d'embûches demeurent, notamment à la frontière du Kurdistan et à Kirkuk, tandis que les militants islamistes n'ont sûrement pas dit leur dernier mot. Il n'empêche que la relative stabilisation des relations entre Chiites et Sunnites n'était pas prévisible jusqu'ici. Ces faits récents brouillent-ils l'analyse du conflit que nous livre l'ambassadeur Michel Carlier? En aucun cas, puisque opportunément son ouvrage traite de la guerre de 2003, présentée comme préventive par ceux qui la voulurent et la conduisirent et qualifiée par notre auteur de mensongère. Assurément, le sujet n'est pas nouveau. Si la littérature en langue anglaise est abondante, les lecteurs fTancophones se souviendront entre autres du livre de Scott Ritter, ancien inspecteur des Nations unies, Guerre à l'Irak, édité par le Serpent à plumes, et de celui d'Eric Laurent, La guerre des Bush, paru chez Plon. Le présent ouvrage, écrit par un diplomate chevronné, averti de la complexité du monde arabe, de par le déroulement de sa carrière, présente à mes yeux un double mérite. Le premier, étranger à l'auteur mais précieux pour le chroniqueur, est le recul qui permet une appréciation plus objective. Le second réside dans l'abondance et dans la multiplicité des sources dont je serais tenté de dire, si je n'avais crainte de nuire à une très large diffusion du livre, qu'elles lui confèrent une qualité universitaire. Que retenir en synthèse de ce travail extrêmement fouillé? Peut-être tout d'abord que, pour avoir été massif et répété de manière inlassable par ses protagonistes, le mensonge fut loin d'entraîner une adhésion unanime. Ainsi de la Chine qui déjà une décennie plus tôt n'avait pas voté la résolution 678 enjoignant à Saddam Hussein de retirer ses troupes du

Koweït. Pour autant, dans la guerre de 2003, Pékin, hiérarchisant ses objectifs, n'occupa à aucun moment le devant de la scène dans un rôle d'opposition. Il en alla différemment de la Russie. Ainsi l'auteur nous remetil en mémoire l'étonnante rencontre, le 6 mars à Paris, des trois ministres des Affaires étrangères, français, allemand et russe, de Villepin, Fisher et Ivanov, confirmant leur hostilité commune à la guerre. Et on rappellera que la Belgique avait adopté une position identique. En restant dans le champ européen, frappe également la rudesse de l'appréciation portée quelques mois plus tôt par Jacques Delors, le plus prestigieux des anciens Présidents de la Commission européenne, qualifiant George W. Bush «d'homme dangereux pratiquant une forme aiguë de cynisme ». Aux portes de l'Union européenne, le gouvernement turc de Abdullah Gül n'obtint pas du parlement d'Ankara l'autorisation de participer à l'opération militaire. Dans les sphères du multilatéralisme, la résistance à la duperie de l'administration américaine se manifesta chez Hans Blix, chef de la commission d'inspection (Cocovinu). Mohamed El Baradei, directeur général de l'AIEA, dénonçait aussi comme faux les documents américains relatifs à l'acquisition par Bagdad de l'uranium du Niger et affirmait que rien n'avait été trouvé en Irak en fait de matériaux nucléaires non autorisé. Même dans le monde anglo-saxon, l'approbation à l'aventure bushiste ne fut pas unanime. Le Britannique Robin Cook, ancien secrétaire au Foreign Office, ministre des relations avec le Parlement, démissionna en raison de son opposition à l'invasion de l'Irak et dans un livre publié la même année, il affirma que Tony Blair savait que l'Irak ne détenait pas d'armes de destruction massive, susceptibles d'être déployées rapidement. L'approbation ne fut pas non plus unanime aux États-unis. Edward Kennedy appartient à cette faible minorité qui, dès le début dénonça la guerre, l'affaire des armes de destruction massive étant à son estime un simple prétexte. Même attitude pour le sénateur Obama qui brigue ces moisci l'investiture démocrate à l'élection présidentielle. Michel Carlier nous rappelle encore que dès le 9 mars le New York Times prit durement position dans un éditorial sans équivoque intitulé « Dire non à la guerre ». Enfin, le 12 janvier 2004, dans une interview à la chaîne CBS, Paul O'Neil, ancien secrétaire au Trésor, démissionné en décembre 2002, n'hésita pas à affirmer que la décision d'envahir l'Irak était prise par George W. Bush et ses proches de longue date, dès le début du mandat du Président en janvier 2001. * * *

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Tout ceci qui méritait d'être rappelé n'empêcha toutefois pas la mise sur pieds, autour des anglo-saxons, d'une large coalition internationale rassemblant l'Espagne et le Portugal, plusieurs pays d'Europe centrale et orientale, le Japon, la Corée du Sud, l'Australie et quelques États d'Asie centrale. Il est vrai que « le mensonge », qualification portée dans le titre de cet ouvrage, avait été, nous rappelle l'auteur, asséné par toutes les autorités anglo-saxonnes. Très tôt, en février 2002, la CIA faisait enquêter sur un achat présumé d'uranium par Bagdad au Niger et cette tentative était évoquée par le Président dans son discours sur l'état de l'Union, prononcé le 28 janvier 2003. En octobre 2003, David Kay, à la tête depuis quatre mois d'une équipe de mille quatre cents experts, militaires, scientifiques, et espions anglosaxons, faisait état à la télévision d'une importante découverte de fioles contenant des substances chimiques présentées comme étant des toxines botuliques, Saddam Hussein s'activant à la fabrication de ce produit létal. Il affirmait aussi être sur la piste d'une cache où se trouveraient des traces d'anthrax. Pourtant en 2004, l'ex-chef de l'I.S.G. devait déclarer qu'il s'était trompé et que les stocks irakiens d'armes chimiques et bactériologiques avaient été détruits au milieu des années 1990. Dans la même filière, Karl Rove, secrétaire général adjoint à la Maison Blanche, n'eut-il pas la peau de Valérie Plame, en dévoilant qu'elle était un agent de la CIA, ceci parce que son époux, l'ambassadeur honoraire Wilson, avait contesté que Saddam Hussein avait cherché à obtenir des quantités significatives d'uranium en Afrique? Par la suite, le même Karl Rove, si proche du Président Bush, fut contrait à démissionner en août 2007, à peu près en même temps d'ailleurs que le ministre de la Justice, Alberto Gonzalez, le vide se faisant progressivement autour du patron de la Maison Blanche. Bien avant eux, le Secrétaire d'État Colin Powell avait quitté la barque, lui qui avait menacé la France, au cas où elle ferait usage de son droit de veto, d'en assumer les conséquences avec nombre de pays dans le monde; lui qui vint en février 2003 affirmer lamentablement devant le Conseil de sécurité, dans une intervention déterminante, que « les tubes en aluminium dépassaient les normes indiquées pour des roquettes et que celles-ci étaient un leurre destiné à masquer l'avancement du programme nucléaire ». Kay, Karl Rove, Colin Powell, Rumsfeld, Richard Perle, Wolfowitz, autant de supercheries, autant de départs marquants. Mais, à suivre l'ambassadeur Carlier, dans la mise en scène de l'affaire irakienne, un trio solide reste toujours en place aujourd'hui. Condoleezza Rice qui, en 2002, alors qu'elle conseillait le Président Bush en matière de sécurité nationale, déclarait elle aussi que les tubes en 7

aluminium prouvaient que l'Irak était engagé dans la fabrication d'une bombe et, multipliant les accusations, assénait l'année suivante que le général Franks n'aurait pas laissé le temps aux Irakiens d'utiliser leurs armes chimiques. Numéro deux de l'administration américaine, le vice-Président Cheney avait affirmé que l'Irak possédait une bombe atomique et dans le même souffle, ne lésinant sur rien, que l'Irak disposait de stocks d'agents bactériologiques susceptibles de propager la variole. Last but not least, le Président des États-unis, dès novembre 2001, avait demandé que l'on prépare un plan pour chasser Saddam Hussein et chargé la CIA d'être à pied d'œuvre dans le Kurdistan irakien en février 2002; enfin, pour mener ses folles équipées, il fit passer le budget fédéral d'un excédent de 127 milliards de dollars à son arrivée à la Maison Blanche en 2001, à un déficit de 455 milliards en 2003, selon notre auteur. Bush se substitua cette année-là aux autorités de l'ONU et aux gouvernements nationaux en intimant aux inspecteurs des Nations unies et aux journalistes l'ordre de quitter immédiatement l'Irak, ainsi qu'aux casques bleus chargés de contrôler la zone démilitarisée entre le Koweït et l'Irak, pour faire place nette à sa guerre. Ce que Dieu veut... Au moment où j'écris ces lignes, je poursuis la lecture du dernier livre l'Al Gore, The assault on reason. Stupéfiant est pour moi que l'ex-candidat à la Maison Blanche dénonce comme notre auteur et de façon impitoyable les mensonges du même trio, se faisant extrêmement précis sur l'intérêt porté par Cheney aux intérêts pétroliers. En Europe, Tony Blair se campa de bout en bout en prince de l'imposture. Le 10 avril 2002, il assénait aux Communes que le programme irakien d'armes de destruction massive n'était pas arrêté mais, tout au contraire, restait en pleine activité et qu'il n'y avait aucun doute (sic) sur le fait que la menace était grave et actuelle. Et début 2003, sans ciller, un rapport diffusé par le Premier ministre britannique assurait que le dictateur irakien pourrait utiliser les armes dans les 45 minutes. En Espagne, Aznar était à peine moins tranchant. Et en janvier 2003, huit très hauts responsables des pays membres de l'Union ou déjà invités à y entrer, signaient une lettre d'allégeance à la politique américaine. Il n'est pas inutile de rappeler que, outre le RoyaumeUni et l'Espagne déjà ici mentionnés, les autres vassaux, l'Italie, le Portugal, le Danemark, la Pologne, la Tchéquie et la Hongrie, ignoraient leurs collègues européens dans cette parade guerrière. Pire, en février 2003, le groupe dit de Vilnius comprenant dix États de l'est européen reprenant les mêmes idées atlantistes, affirmait que Powell a présenté au monde « des preuves convaincantes» ne laissant aucun doute sur le fait que Saddam Hussein dissimule des armes de destruction massive 8

et entretient des liens avec le terrorisme, en particulier le groupe Al Qaida de Ben Laden.

* * * Peut-être est-il temps de conclure ce propos par une triple réflexion. Tout d'abord, reconnaissons que le mensonge accompagne souvent les guerres que se livrent les États depuis, par exemple, la dépêche d'Ems en 1870, jusqu'aux circonstances de l'invasion de la Pologne par Hitler en 1939. Sans entretenir donc d'illusions excessives sur les travestissements de la vérité, il n'en reste pas moins que le livre de Michel Carlier coupe le souffle. Analyse froide et documentée, implacable machine à dévider les impostures, les mensonges, les tromperies dont nombre de protagonistes occupent toujours en pleine impunité le devant de la scène. Ensuite, au sujet de la lucidité politique de l'auteur, on se félicitera de son exacte perception du rôle accessoire que l'ONU jouerait dans l'aprèsguerre en Irak. Ainsi, depuis leur implantation sans réel partage, les Étatsunis escomptaient bien exercer une réelle emprise dans la zone moyenorientale riche de ses ressources pétrolières. En revanche, si l'on voulait le créditer d'un surcroît d'optimisme, rut-il hypothétique, on retiendrait qu'il se plaît à imaginer le sursaut francoallemand, «peut-être le point de départ d'une refondation, voire d'une révision des rapports établis depuis plus d'un demi-siècle entre le vieux et le nouveau monde ». Pensée pieuse puisque Angela Merkel n'est pas Schroder et surtout que Sarkozy tourne résolument le dos à l'engagement politique du duo Chirac - Villepin. Enfin, dernier mot, puisse Michel Carlier entendre mon vœu que, fidèle à son intention affichée dans son épilogue, il donne suite à ce livre d'une vision lucide, véritable entreprise de démystification. Guy Spitaels

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Prologue

Le 24 juillet 2003, la version finale et expurgée d'un volumineux rapport terminé en décembre 2002, par une commission spéciale de la Chambre des Représentants et du sénat des États-Unis, est rendue publique, à Washington. Huit mois ont été nécessaires pour négocier avec la Maison-Blanche ce qui pouvait être publié de ce pavé, résumant, en près de neuf cents pages, le résultat des enquêtes, recherches et auditions diverses réalisées par les membres de ladite commission, en vue de faire la lumière sur ce qui s'était passé, aux États-Unis et dans le reste du monde, avant les attentats du mardi Il septembre 2001. Les conclusions de ce document ne laissent place à aucun doute sur les lacunes, failles systémiques et autres dysfonctionnements des différents services américains chargés du renseignement et de la sécurité intérieure et extérieure des États-Unis, en particulier le F.B.I., principal accusé et la C.I.A., coupable de graves négligencesl. En vérité, durant des années, et alors qu'ils disposaient d'une énorme quantité d'informations, les services concernés seraient passés... à côté ou ... auraient manqué, à peu de choses près, toutes les occasions offertes de mettre la main au collet de personnes identifiées comme étant des membres du groupe terroriste AI-Qaida d'Oussama Ben Laden et susceptibles defrapper. De deux choses l'une. Ou bien, les fonctionnaires, experts et hauts responsables des services de renseignement ainsi que les dirigeants du Pentagone et du Conseil national de sécurité n'ont pas assez exploité les informations, nombreuses et précises, dont ils disposaient. Dans ce cas, il faudrait retenir la thèse des dysfonctionnements et des coupables négligences. Ou bien, les mêmes décideurs, auraient, après avoir pu mesurer et évaluer l'importance de la menace, préféré laisser faire, dans le but de justifier ce qui allait suivre! Dans cette hypothèse, on pourrait accorder quelque crédit à la thèse de la préméditation! Les vingt-huit pages top secret de la quatrième section du rapport de la commission spéciale, dont la Maison-Blanche a refusé la publication, concernent, pour l'essentiel, l'implication présumée du royaume d'Arabie Saoudite dans la tragédie du Il septembre 2001. On peut s'interroger sur ce point particulier.
I Ceci a été contesté par le chef de la CIA, George Tenet, lors de son audition, fin mars 2004, devant la commission d'enquête 9/11. Voir infra V, B. (révélations de Richard Clarke).

Quinze des dix-neuf kamikazes qui pilotaient les avions qui ont été précipités sur les flancs des tours de Manhattan et sur le Pentagone ainsi que l'aéronef qui était, semble-t-il, destiné à la Maison Blanche (et qui s'est écrasé en Pennsylvanie) étaient des ressortissants du royaume wahhabite. Des organisations de charité musulmanes saoudiennes opérant à l'extérieur servaient de paravent à des financements d'actions illicites, en relation directe avec le terrorisme. Enfin, des personnalités du royaume, l'une d'entre elles dûment identifiée, étaient fortement soupçonnées d'avoir partie liée avec AI-Qaida. Le gouvernement saoudien nie avec fermeté, qualifiant le contenu du rapport, du moins de ses pages connues et le concernant, de calomnies, d'affirmations d'une malveillance caractérisée et d'accusations sans fondements. Mais, ce qui est fait est fait et ce qui est écrit est écrit. Le déshabillage, en pleine place publique, des services supposés assurer la sécurité des Américains et des Autres ne peut pas demeurer au stade d'une simple opération de catharsis appelée à corriger le tir pour faire en sorte que les erreurs ne se reproduisent plus. L'heure des règlements de comptes ne tardera sans doute pas à sonner. En particulier pour ceux qui seront convaincus d'avoir tiré de mauvaises conclusions, parce que fondées sur de fausses prémisses. Le rapport américain en dit long sur les catastrophes pouvant dériver de rivalités mal placées, d'inerties bureaucratiques, d'arrogance technologique et de mauvaises décisions - qui guettent les populations innocentes, où qu'elles se trouvent et à tout moment. La guerre menée contre l'Irak de Saddam Hussein, quant à elle, fut le résultat de la combinaison de toutes ces dérives auxquelles on doit, malheureusement, ajouter la manipulation, voire le mensonge. Hélas, ce dernier - confirmé depuis les révélations notamment sur les armes de destruction massive - est venu de la bouche même des plus hauts responsables de deux grands États démocratiques de la planète, dont la plus grande puissance que l'histoire n'ait jamais connue. Les prolongements des attentats du Il septembre 2001 ne se font pas attendre. Le responsable est aussitôt identifié et désigné. Il s'agit d'Oussama Ben Laden, militant ultra du fondamentalisme musulman wahhabite, ancien agent de la C.LA. chargé par elle, en d'autres temps, d'organiser la lutte armée des Islamistes afghans contre les Soviétiques. Fondateur et chef du réseau terroriste AI-Qaida qui s'est juré - après qu'une base militaire américaine ait été installée en Arabie Saoudite (1991) - de livrer une guerre sans merci au colosse américain, depuis des repaires dissimulés dans les montagnes de l'Afghanistan des Talibans du mollah Omar. L'Amérique est sévèrement touchée. L'affront subi est pire que celui infligé par l'attaque japonaise lancée, le 7 décembre 1941, contre la flotte américaine mouillée 12

dans le port hawaïen de Pearl harbor! L'Amérique et son Président ne... comprennent pas ce qui leur arrive. Un mois après les attentats, George W. Bush exprime devant des journalistes à la Maison-Blanche, le fond de sa pensée: Je suis impressionné qu'il y ait une telle incompréhension de ce qu'est notre pays et que des gens puissent nous détester. Je suis comme la plupart des Américains. Je ne peux pas le croire, car je sais combien nous sommes bons. Face à l'épreuve, le Président devient chef de guerre. Il se sent pousser des ailes, d'ange exterminateur et croit à sa mission de leader incontesté du monde. Lui, le mal élu, le grand homme qui croit que Dieu l'a choisi, l'archange du patriotisme, se convertit en lutteur obstiné et dresse, face aux forces du mal, la puissance de toute une nation humiliée et résolue à livrer bataille, avec les gigantesques moyens dont elle dispose. La riposte vient, dès la fin d'octobre 2001. L'Afghanistan est aplati par des milliers de tonnes de bombes et les Talibans réduits en poussière. Le 29 janvier 2002, George W. Bush prononce au Capitole le discours annuel sur l'état de l'Union. Il lance alors sa formule, désormais célèbre, sur l'Axe du mal armé pour menacer la paix du monde2 qu'il déclare composé de trois pays, l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord. La machine est en marche. Rien ne pourra l'arrêter. Depuis la signature, en avril 1949, du traité de Washington instituant l'O.T.A.N., les États-Unis s'étaient accoutumés à la docilité, devenue naturelle, de leurs Alliés. La chose pouvait se comprendre. Elle était, en tout cas, acceptée par ceux qui, des deux côtés de l'Atlantique, trouvaient dans cette alliance librement consentie, la seule garantie contre des fléaux comparables à celui du nazisme. Il s'agissait également d'empêcher que l'empire de Staline, sorti renforcé de la deuxième guerre mondiale, n'étende son emprise sur l'Ouest de l'Europe. Chaque fois que Washington faisait appel à la solidarité atlantique, la réponse allait de soi! Elle était sincèrement et évidemment positive. Comment dire non à un appel venant de l'Amérique, sanctuaire, maître et protecteur absolu du monde libre? Contre toute attente, l'affaire irakienne, version 2002/2003, allait rompre ce charme automatique. Le 29 janvier 2003, soit un an après le discours de George W. Bush sur l'axe du mal, éclate l'incident de la lettre des huit. Survenant en pleine crise de pré-logique-de-guerre, cette intervention médiatisée et télécommandée de huit Chefs d'État et de gouvernement européens, sous la forme d'une profession de foi hyperatlantiste, prend fait et cause pour la thèse de Bush. Cette prise de position renforce l'idée du Secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld, sur la Vieille Europe et jette un doute sérieux sur les efforts consentis par les Européens pour parler d'une seule voix et se rassembler derrière une
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Ronald Reagan, avait utilisé la formule Empire du Mal à propos de l'URSS. 13

politique extérieure commune, cohérente et crédible. En somme, les Huit déclarent leur allégeance au Suzerain américain, sans consulter leurs partenaires européens. Cette initiative est suivie, de près, par la lettre du Groupe de Vilnius signée, cette fois, par dix dirigeants européens. Elle confirme le credo atlantiste déjà proclamé. Ce document est publié le 5 février 2003, le jour même où le Secrétaire d'État Colin Powell tente, en vain, de convaincre le Conseil de sécurité des Nations Unies que Washington dispose de preuves irréfutables sur la menace nucléaire, bactériologique et chimique que l'Irak de Saddam fait planer sur la planète. Avec cette succession d'initiatives, téléguidées depuis Londres et Washington et qui peuvent être perçues comme le refus de construire une Europe influente dans les affaires du monde, comment ne pas percevoir que l'Amérique s'oppose à ce que ce grand retour du vieux continent puisse se produire? Le constat est brutal. Mais, comment ne pas le dresser, alors que tout indique que les États-Unis devenus le premier empire planétaire de l'histoire humaine, peuvent, à leur guise, faire la part entre ce qui est bon et ce qui ne l'est pas, fixer de nouvelles frontières entre le bien et le mal et décréter que ceux qui refusent de les suivre sont des ennemis du bien ou des complices, par faiblesse, des forces du mal? Un empire, s'il est planétaire, ne peut pas avoir d'alliés. Il ne peut avoir que des vassaux et des ennemis... vamcus. Il y a ce que les Américains eux-mêmes appellent le destin manifeste (manifest destiny) de leur nation. Cette notion est simple: l'Amérique a pour mission de répandre le bien autour d'elle. Théodore Roosevelt (Président de 1901 à 1908 et lauréat du prix Nobel de la paix en 1906 pour sa médiation dans le conflit russo-japonais) aimait cette formule restée célèbre: une splendide petite guerre. Il était aussi l'homme de la méthode du gros bâton utilisée pour veiller à ce que les desseins impérialistes de l'Amérique ne soient pas contrariés. Cette méthode a servi souvent! Mentionnons, pour mémoire, l'affaire du cuirassé U.S. Maine qui explose, le Il février 1898, en rade de La Havane à Cuba. Pourquoi? En vue d'offrir le bon prétexte pour expulser les Espagnols de l'île avant de se l'approprier. L'amputation de la Colombie en novembre 1903 pour créer le Panama et y creuser le canal est un autre exemple. Ajoutons-y l'affaire du pseudo incident naval du golfe du Tonkin, le 4 août 1964, qui permit à Lyndon Johnson d'entrer en force au Vietnam. Voici, en 2003, celle des armes de destruction massive prétendument détenues par l'Irak de Saddam Hussein. Depuis T. Roosevelt, presque tous les Présidents américains ont usé du gros bâton3.
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À cette liste, on pourrait ajouter la tentative d'invasion de Cuba par les Américains en avril 1961. il s'agit de la fameuse opération ratée de débarquement de marines dans la baie des cochons. L'état-major américain avait, avant de lancer cette invasion, mis en route l'opération 14

L'Amérique, aujourd'hui dirigée par un Président conservateur entouré d'une équipe où dominent les faucons, croit qu'elle n'a plus rien à se refuser et que rien, ni personne, ne peut ni ne doit s'opposer à elle. L'Union européenne, qui prétendait pouvoir, un jour prochain, jouer le rôle de contrepoids à l'hyper puissance, ne porte aucun ombrage à cette conviction. Pour Washington, l'Europe - puissance ne doit pas être. Le vieux continent doit demeurer suffisamment divisé sur les sujets qui comptent dans les affaires du monde. L'élargissement de l' V.E. fournit aux États-Unis une occasion de faire en sorte que la culture des diversités prévale sur l'aspiration légitime à l'unité, dans l'Europe de l'après-guerre froide. Ils y parviennent par le biais du système de la cueillette sélective qui leur permet, au gré des circonstances, de s'appuyer, un jour sur certains partenaires alliés et le lendemain, sur d'autres. C'est tout cela que les néo conservateurs qui dominent aujourd'hui en Amérique croient nécessaire au maintien et à l'extension durable de son emprise sur le monde qu'ils entendent faire plier, en le modelant à leur façon. La nouvelle Rome ne redoute plus les anciens Grecs. Voilà, peut-être, une formule qui convient, en l'occurrence. L'Amérique n'a plus rien à apprendre ni à redouter de la vieille Europe. Lors d'une conférence de presse donnée à l'Élysée, le 21 février 1966, Charles De Gaulle, parlait, avec le verbe et la verve qui étaient les siens, de cette volonté de puissance hégémonique américaine. Les États-Unis étaient, alors, engagés dans l'aventure vietnamienne. Il disait: À moins de pouvoirce qui est une affaire de moyens - mais aussi de vouloir - ce qui est une
question de conscience - anéantir toute résistance jusqu'aux extrémités de la terre, il n y a pas d'autre voie pour mettre un terme à cette guerre que de

conclure la paix entre tous les intéressés. Trente-sept années plus tard, le monde se trouve à nouveau confronté à l'irrésistible volonté des États-Unis d'anéantir toute résistance jusqu'aux extrémités de la terre. Avec la disparition de l' V.R.S.S. le concept même d'Occident a perdu beaucoup de sa consistance. Sa cohésion de naguère bien que toujours célébrée - s'est, pour ainsi dire, volatilisée. L'Union soviétique unissait l'Occident. Le Moyen-Orient le divise. Le conflit israélopalestinien, la guerre en Irak ainsi que la question de la recherche du contrôle des ressources pétrolières confortent cette analyse. Ces trois

baptisée Northwood qui prévoyait des détournements d'avions et des attentats à la bombe à Miami et à Washington dans le but de terroriser la population. Les méfaits devaient être attribués aux Castristes et justifier une opération militaire sur l'île. Selon le journaliste américain James Bamford (The Puzzle Palace, publié en 1982), certains documents préparatoires de l'opération précisaient qu'il fallait donner au monde l'image d'un gouvernement cubain représentant une menace grave et imprévisible pour la paix dans l'hémisphère occidental. 15

problèmes sont étroitement liés4, notamment par l'évidence de la géographie, par le poids du passé et par l'attrait que le Proche-Orient et ses richesses fabuleuses suscitent auprès des Grandes puissances. La haine entre frères ennemis, les fanatismes religieux irréconciliables, l'appât des richesses, les abîmes qui séparent riches et pauvres, les violences ethniques, le terrorisme impitoyable et aveugle et les vengeances de toutes natures qui se transmettent de pères en fils sont les plaies ouvertes de cet orient compliqué. La guerre d'Irak a été une affaire conçue, planifiée et mise en oeuvre par les Anglo-Saxons, sous la direction d'un gouvernement américain sourd aux conseils de prudence et de modération ainsi qu'aux avertissements prodigués par plusieurs dirigeants européens attentifs aux messages donnés par les opinions publiques et instruits par les leçons de l'Histoire. Ses résultats sont ce qu'ils sont. Inquiétants! Le Onze septembre 2001, nous étions tous Américains. Cinq ans plus tard, à la compassion et à la stupeur ont succédé des sentiments différents. Les initiatives des États-Unis, en Afghanistan et en Irak, le mépris affiché par Washington vis-à-vis de l'ONU dérangent. L'ancien Secrétaire général de l'organisation mondiale, Kofi Annan, présentant, le 8 septembre 2003, son rapport annuel (exercice imposé depuis le Sommet du millénaire de septembre 2000) sur l'état de la Communauté internationale, tire la sonnette d'alarme. Pour lui, il y a des menaces dures, telles que les armes de destruction massive et le terrorisme. Il y a aussi, les menaces molles, telles que la pauvreté, les privations et le SIDA. Et Annan d'avouer: Je ne suis pas sûr que les armes de destruction massive ou le terrorisme soient en tête des préoccupations des gens. L'ONU, ajoute-t-il, se trouve à la croisée des chemins: si le Conseil de sécurité ne regagne pas la confiance des États et de l'opinion publique mondiale, les États se fieront de plus en plus exclusivement à leurs perceptions nationales des menaces émergentes et à leur jugement sur la meilleure façon de les écarter. C'est là effectivement que gît le nœud du problème. En effet, à quoi bon jouer au multilatéralisme pour veiller aux intérêts du monde civilisé, si l'on peut parvenir à ses fms, en ayant recours à ses propres forces incomparablement supérieures à la somme
Max Gallo déclarait, le 30 janvier 1991 (peu après la démission de Jean-Pierre Chevènement de son poste de ministre de la défense du gouvernement fiançais): est-ce que nous sommes toujours dans les mêmes buts de guerre, c'est-à-dire la libération du Koweït, ou est-ce que nous sommes dans la destruction de l'[rak? Est-ce que nous sommes dans la recomposition totale du Moyen-Orient avec un gendarme unique local? Michel Jobert, ancien ministre des affaires étrangères de G. Pompidou, abondait dans le même sens, devant un journaliste tunisien, il parlait de la fiction du droit international arborée par certains états occidentaux pour justifier la guerre dans le golfe, dont le but ultime est de détruire l'Irak, d'assurer le leadership militaire d'Israël dans la région et enfin de contrôler la route du pétrole. Deux hommes qui, douze ans avant l'invasion de l'Irak, avaient vu clair! 16
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de toutes les autres, avec l'appoint de quelques mercenaires volontaires recrutés chez des vassaux ? Il y a quarante ans, De Gaulle se souvenait, non seulement, des tourments que lui avait causés, durant la guerre 1940-1945, l'arrogance anglo-saxonne, mais aussi de l'humiliation subie, à Londres comme à Paris, à l'occasion de la malheureuse aventure de Suez, en octobre 1956. La France en avait tiré comme conclusion qu'il fallait se méfier de l'Amérique dont les intérêts impériaux ne coïncidaient pas avec ceux de l'Europe. Le RoyaumeUni avait fait le raisonnement inverse. Puisque les États-Unis sont les plus forts, il est de l'intérêt de Londres d'être, en toutes circonstances, à leurs côtés. La première pense aux vertus de la résistance tandis que le deuxième croit à la réalité d'une juste récompense, en retour d'une alliance inconditionnelle. Dans l'Union européenne d'aujourd'hui, l'absence d'une véritable politique de défense commune est le corollaire logique de l'inconsistance de la politique extérieure commune. Sans le Royaume-Uni, il n'y a pas de défense qui vaille! Mais, avec le Royaume-Uni, il ne peut y avoir de politique étrangère commune indépendante et qui pèse réellement! Pourquoi ce livre? D'abord, pour raconter ce qui s'est passé, au fil des mois, dans cette étonnante affaire de la guerre menée contre l'Irak par deux grands pays, au nom de beaux principes. Ensuite, pour inviter à la réflexion sur le sens que l'on peut encore donner, dans le monde contemporain, au concept moderne du libre arbitre. En décembre 2004, les sondeurs américains, découvrent plus d'un mois après la réélection confortable de George W. Bush, que 56 % de leurs compatriotes pensent qu'il ne valait pas la peine de porter la guerre en Irak. Voilà donc que la lumière jaillit aux États-Unis, subitement... après deux années de mensonges, de dizaines de milliers de vies détruites, de villes entières bombardées et de centaines de milliards de dollars gaspillés à répandre la haine, le mépris et la sauvagerie. Comme dit la sagesse populaire, mieux vaut tard que jamais! Certes. Et, on peut comprendre que ce ne soit que maintenant que les Américains ont fini, dans leur majorité, par ouvrir leurs yeux. Fin 2008, qui croit encore sérieusement à deux des fables de George W. Bush? Les armes de destruction massive de Saddam Hussein? Voyons! Un monde plus sûr depuis que l'ex-Raïs irakien a été éjecté? Allons donc!

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1. La course à la guerre

A. Dernier avertissement

à Saddam Hussein

La longue guerre (septembre 1980 - août 1988) menée - avec le consentement des États-Unis, peut-être même, sous leur instigation - par l'Irak de Saddam Hussein contre l'Iran de R. Khomeiny s'était achevée par une sorte de match nul. Ni vainqueur, ni vaincu! Rien que des ruines, des morts, et des haines inexpiables porteuses, de part et d'autre, de promesses de terribles vengeances! Le régime baasiste de Bagdad, à l'époque, n'était pas le... pestiféré qu'il allait devenir. L'invasion de l'Émirat du Koweït par l'armée de Saddam Hussein déclenchée le deux août 1990 et suivie de l'annexion de ce territoire, six jours plus tard, était une opération prévisible. Saddam Hussein, en tout cas, n'avait nullement été averti par Washington qu'il devait absolument s'abstenir de prendre une telle initiative, particulièrement malvenue dans cette région du Moyen-Orient, en proie aux plus grandes turbulences depuis des décennies et qui sortait, à peine, de l'épuisante confrontation armée entre les deux républiques voisines, l'irakienne, baasiste et laïque et l'iranienne, islamique et théocratique. Mieux encore! Le 25 juillet 1990, le Raïs irakien recevait, longuement et en présence de Tarek Aziz, l'Ambassadeur des États-Unis à Bagdad, Mme April Gaspie. Au cours de cet entretien, Saddam Hussein tient un long monologue. Il évoque l'histoire de son pays et, en particulier, le passé récent. Il rappelle qu'au lendemain même du cessez-le-feu avec l'Iran (8 août 1988) le Koweït avait décidé d'augmenter sa production de pétrole, en violation des accords conclus par les États-membres du cartel de l'O.P.E.P. La décision ne pouvait qu'être mal accueillie à Bagdad. Ceci, d'autant que le surplus de production koweïtienne était prélevé des puits de la zone neutre pétrolifère de Roumaylah située à la frontière entre l'Irak et le Koweït, dont la production était répartie, à parts égales, entre les deux États voisins. Une zone frontalière qui, au demeurant, était revendiquée par l'Irak5. Le Koweït ayant décidé de prélever plus que sa part, deux conséquences, dommageables à l'Irak, suivent: D'abord une baisse des prix
5 Jusqu'à la première guerre mondiale, l'Irak et le Koweït faisaient partie de l'empire ottoman. Le Koweït (18.000 kilomètres carrés), jusqu'en 1917, était un chef-lieu de la province de Bassora. En 1917, alors que les Ottomans, déjà défaits, étaient alliés des empires centraux, Londres décida de reconnaître l'émirat du Koweït comme une entité indépendante de l'empire ottoman.

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sur le marché par suite d'une hausse de l'offre koweïtienne et ensuite une diminution du volume de pétrole irakien offert sur ce même marché. En clair, la forte baisse des revenus pétroliers de l'Irak débouchait sur une sorte d'asphyxie de l'économie de ce pays. Ainsi qu'on peut le lire dans le livre intitulé "Guerre du Golfe. Le dossier secret" écrit par Pierre Salinger et Éric Laurent (éditions Olivier Orban; décembre 1990; pp 68 à 90), les propos tenus par l'Ambassadeur américain, Mme April Glaspie, en réponse aux récriminations du chef irakien, pouvaient donner à penser que Washington n'envisageait pas de s'opposer à une action éventuellement menée par Bagdad contre l'émirat. Mme Glaspie aurait ainsi dit, entre autres choses: Le Président Bush est un homme intelligent. Il ne va pas déclarer la guerre économique à l'Irak...!... Nous n'avons pas d'opinion sur les conflits interarabes, comme votre difJérendfrontalier avec le Koweït. Entendant de tels propos, Saddam Hussein se croit sans doute à l'abri. Peut-être même va-t-il jusqu'à imaginer qu'il serait soutenu par les ÉtatsUnis, au cas où il déciderait de s'en prendre au Koweït. La suite est connue. Un État membre des Nations Unies est envahi par un autre. Le droit international est bafoué. La Communauté internationale doit réagir. C'est ce qu'elle fait, en décrétant (résolution n° 661 du Conseil de Sécurité, adoptée le 6 août 1990) un embargo commercial, financier et militaire contre l'Irak. Une grande coalition est aussitôt mise sur pieds, sous direction américaine. Le Conseil de sécurité de l'O.N.U. vote, le 29 novembre 1990, la résolution n0678 à une très large majorité (I2 voix pour, 2 contre - le Yémen et Cuba - et une abstention, celle de la Chine6) par laquelle un ultimatum, enjoint à Saddam Hussein de retirer ses troupes du Koweït, sans condition et au plus tard le 15 janvier 1991. Faute de quoi, les... moyens nécessaires seront utilisés. La Communauté internationale n'ayant reçu aucune réponse satisfaisante, les hostilités, sous la forme de bombardements intensifs sur Bagdad, sont engagées, dans la nuit du 16 au 17 janvier 1991. C'est la fameuse opération tempête du désert conduite par le Général américain Norman Schwarzkopf qui commence. Les combats cessent, le 28 février 1991, à l'issue d'une brève campagne terrestre en Irak, suivant l'expulsion du
6 Vu cette abstention chinoise, on pouvait s'interroger sur le point de savoir si la résolution 678 avait été effectivement approuvée. En effet, l'article 27 de la charte des Nations Unies stipule, en son point 3, que les décisions du Conseil de sécurité sur toutes autres questions [à savoir celles qui ne portent pas sur des questions de procédure] sont prises par un vote affirmatif de neuf de ses membres dans lequel sont comprises les voix de tous les membres permanents. La Chine s'est abstenue. Elle n'a donc pas et de toute évidence approuvé de façon explicite le texte proposé au vote. Ce constat était, en tout cas, celui que faisaient, en janvier 1991, plusieurs juristes éminents réunis dans la capitale fiançaise. L'ancien Ministre fiançais des Relations extérieures, Claude CHEYSSON, ne disait pas autre chose, lorsqu'il déclarait au Quotidien de Paris, le Il février 1991, qu'à ses yeux, la guerre était évitable et que la France avaitfait une colossale erreur en suivant les États-Unis dans le conflit du Golfe. 19

Koweït des troupes d'occupation et, le 3 mars, un accord de cessez-le-feu provisoire est conclu. Il sera transformé en cessez-le-feu définitif, par la résolution n0687 adoptée par le Conseil de Sécurité, le 3 avril 1991. Le document impose à l'Irak l'élimination de toutes ses armes de destruction massive et crée la Commission spéciale des Nations Unies chargée du désarmement (l'UNSCOM) à laquelle succèdera, conformément à la résolution n° 1284 du 17 décembre 1999, la COCOVINU (commission de surveillance, de vérification et d'inspection des Nations Unies). En dépit de sa cuisante défaite de fin février 1991, Saddam Hussein reste en place. Non sans qu'on l'ait laissé, dans le sud et juste après la signature de l'armistice, mater tranquillement et, peut-être avec l'accord des États-Unis, une rébellion chiite7 et qu'on lui ait interdit, dans le nord, d'exercer le moindre contrôle effectif sur le Kurdistan devenu zone autonome, échappant, de fait, à la souveraineté de l'Irak. Des zones d'exclusion de l'espace aérien sont fixées, au nord (26ème parallèle) et au sud (23ème parallèle) du territoire, par les vainqueurs qui s'attribuent toute l'autorité sur le trafic dans les cieux d'une grande partie du pays. Enfin, l'embargo commercial, financier et militaire imposé par la résolution n0661 du 6 août 1991, est maintenu. Ce n'est que le 14 avril 1995 que la résolution n0986 met en place le programme pétrole contre nourriture géré par les Nations Unies et destiné à permettre l'importation par l'Irak de produits alimentaires, pharmaceutiques et autres réputés de première nécessité, en échange de certaines quantités d'hydrocarbures. Le 13 février 1998, une nouvelle résolution portant le numéro 1153, autorise Bagdad à exporter, au titre du programme pétrole contre nourriture, l'équivalent en pétrole de 5,2 milliards de dollars, par semestre. En somme, le pays est placé sous tutelle, quasi sous mandat, comme au bon vieux temps de la S.D.N. (Société des Nations). Au contrôle permanent du pays, depuis les airs, venait ainsi s'ajouter celui des inspecteurs des Nations Unies chargés de s'assurer, par le biais de missions sur le terrain, du
7 Rébellion chiite qui éclate à l'instigation des États-Unis, si l'on en croit ce qui est écrit dans le Monde Diplomatique de novembre 2003 (p.13), sous la plume de MM. Michel Despratx et Barry Lando. Ces derniers écrivent, en effet, "c'est M George Bush père qui appela les Irakiens à ce soulèvement, dès le 15 février 1991: cit L'armée irakienne et le peuple irakien doivent prendre leur destin en mains et pousser ce dictateur à se retirer fincit. ... afin d'éviter toute équivoque, il fait répéter son message à travers tout l'Irak via la radio La voix de l'Amérique par plusieurs stations clandestines de la CIA. Le message est relayé par des tracts largués par l'aviation américaine. Pensant que le régime était au bord de l'effondrement après sa défaite au Koweït, la population chiite s'insurgea. ... Le Secrétaire d'état James Baker, après que les Chiites aient appelé à l'aide, déclare: il n'est pas dans nos projets aujourd'hui de soutenir ou de donner des armes à ces groupuscules qui se sont soulevés contre le gouvernement en place". 20

désarmement effectif de l'Irak, conformément à ce qui était régulièrement prescrit par le Conseil de sécurité de l'O.N.U. En plus, les expéditions punitives aériennes (opération renard du désert de décembre 1998, bombardements anglo-américains hors zones d'exclusion du 16 février 2001 et bombardements postérieurs devenus presque quotidiens), décrétées unilatéralement par Londres et Washington, portaient des coups sévères aux infrastructures militaires encore debout, en Irak. En vérité, le programme pétrole contre nourriture (13 février 1998) apparaît, si l'on y réfléchit bien, comme une chose unique dans les annales de l'ONU.
Avec le système instauré

- théoriquement

par les Nations Unies, mais en

fait par les États-Unis - on met en place une aide humanitaire financée par le pays qui est censé être assisté. Et, les enjeux financiers sont loin d'être négligeables puisque, entre 1998 et 2003, ce sont soixante milliards de dollars qui seront destinés à régler les factures d'importations de produits de première nécessité, en échange d'exportations de pétrole. L'opération apparaît ainsi sous la forme d'une aide onusienne de très grande importance financée hors budget de l'organisation mondiale. Une première! Mais, il y a mieux (ou pire) encore. L'Irak, bien que privé de droit de vote, devenait un des principaux contributeurs des Nations Unies. Trois pour cent des recettes pétrolières du pays bénéficiaire de l'aide (pétrole contre nourriture) étaient utilisés pour financer la gestion sur place des activités et du personnel de l'organisation mondiale ! Avec de telles sommes, les gaspillages, voire la gabegie, pouvaient difficilement ne pas proliférer. En mars 2005, à la faveur du scandale de la COTECNA8, quelques exemples de dépenses stupides, faramineuses et indécentes seront rendus publics. Parmi eux, citons le cas de onze tonnes (!) de nourriture destinées à alimenter... vingt-huit... chiens renifleurs de mines. Un montant de 1.248 dollars par chien aurait ainsi été dépensé, chaque année. Soit l'équivalent de... dix rations alimentaires annuelles d'un citoyen irakien! Les hommes des Nations Unies, fermaient les yeux sur les camions qui, clandestinement, venaient de Jordanie, alors qu'ils contrôlaient soigneusement les bateaux qui partaient des ports du Sud de l'Irak. Il est vrai que les premiers alimentaient les caisses des Kurdes alliés de Londres et Washington et que les seconds risquaient de contribuer à l'enrichissement de Saddam Hussein et de ses fils !
8 Du nom de la société suisse qui avait employé Kojo Annan, fils du Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan. C'est à la COTECNA que l'ONU avait attribué, fin 1998, le marché de l'inspection des fournitures alimentaires à l'Irak, dans le cadre du programme pétrole contre nourriture. La commission indépendante conduite par l'ancien gouverneur de la Federal Reserve (Banque centrale des États-Unis) Paul Vo1cker, dans son rapport du 29 mars 2005, affirme qu'il n'existe aucune preuve que la société COTECNA (qui avait continué à payer Kojo Anan, bien au-delà de la durée officielle du contrat de ce dernier) avait bénéficié d'une quelconque irifluence du Secrétaire général dans l'appel d'offres ou le processus de sélection organisé par l'ONU dans le cadre du programme pétrole contre nourriture. 21

Depuis l'arrivée à la Maison-Blanche de George W. Bush et, surtout après le Il septembre 2001, le sort du régime de Saddam Hussein semble, chaque jour davantage, bel et bien scellé. Dès le 12 septembre 2001, au cours des réunions du Conseil national de sécurité qui se tiennent avec le Président, Donald Rumsfeld soulève le problème de l'Irak, de façon spécifique. Le lendemain 13 septembre, le Secrétaire adjoint à la défense, Pol Wolfowitz, explique que la politique qui sera dorénavant suivie ne visera pas uniquement la capture de prisonniers, mais l'éradication de leurs refuges, ce qui reviendra à mettre jin aux É tat s qui soutiennent le terrorisme. Wolfowitz précise: Cela ne sera pas une simple action, mais une véritable campagne. Nous continuerons à poursuivre ces gens et ceux qui les
aident jusqu'à ce que tout cela prenne jin9.

Un peu plus de quatre mois plus tard, c'est le célèbre discours sur l'état de l'Union du 29 janvier 2002, dans lequel le Président Bush dénonce l'Axe du mal armé pour menacer la paix du monde. Celui du 12 septembre de la même année prononcé à la tribune de l'Assemblée générale des Nations Unies par le même Bush est aussi limpide. Ce jour-là, le Président met Saddam Hussein en demeure de détruire ou de retirer, immédiatement et sans condition, toutes ses armes de destruction massive et invite l'O.N.U. à se prononcer en faveur d'une nouvelle résolution exigeant le désarmement de l'Irak, sous peine, pour ce dernier pays, de graves conséquences. La résolution en question sera fmalement adoptée, le 8 novembre 2002, sous le numéro 1441, après que le sénat des États-Unis eut approuvé, dès le Il octobre, une disposition autorisant le Président à recourir unilatéralement à la force contre l'Irak. Dans ce texte, le Conseil de sécurité décide que l'Irak a été et demeure en violation patente de ses obligations...!..., d'accorder à l'Irak une dernière possibilité de s'acquitter des obligations en matière de désarmement qui lui incombent en vertu des résolutions pertinentes du Conseil...!... d'instituer un régime d'inspection renforcé dans le but de parachever de façon complète et vérifiée le processus de désarmement établi par la résolution 687 (1991)...!... ordonne au gouvernement irakien de fournir à la CommissionlO et à l'AlEA, ainsi qu'au Conseil de sécurité, au plus tard 30 jours à compter de la date de la présente résolution, une déclaration à jour, exacte et complète sur tous les aspects de ses programmes de développement d'armes chimiques, biologiques et nucléaires, de missiles balistiques et d'autres vecteurs tels que véhicules aériens sans pilote. Décide de se réunir immédiatement dès réception d'un
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Voir, à ce sujet, le livre intitulé "Bush s'en va-t-en guerre" écrit par le célèbre journaliste du Washington Post, Bob Woodward qui fut, en 1973, l'homme qui lança l'affaire du Watergate. JO11s'agit de la "Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations Unies" instituée par la résolution n° 1284 du 17 décembre 1999. 22

rapport conformément aux paragraphes 4 ou Il ci-dessus, afin d'examiner la situation ainsi que la nécessité du respect intégral de toutes ses résolutions ... en vue de préserver la paix et la sécurité internationales. Le Conseil de sécurité rappelle, dans ce contexte, qu'il a averti à plusieurs reprises l'Irak des graves conséquences auxquelles il aurait àfaire face s'il continuait à manquer à ses obligations. Le texte adopté unanimement ne prévoit pas de recours à la force automatique contre Bagdad, en cas de non-respect des conditions fixées, notamment en matière de coopération active avec les Inspecteurs de l'ONU. Ceux-ci, conduits par le diplomate suédois Hans Blix, doivent remettre leur premier rapport au Conseil de sécurité, le 27 janvier 2003. La résolution n01441 est un texte qui tente de rapprocher des points de vue, très divergents au départ. D'un côté, les Américains (avec les Britanniques, alliés inconditionnels) qui voulaient une résolution ultime, définitive, destinée à donner à Saddam Hussein une dernière chance d'échapper à la foudre. De l'autre, trois membres permanents du Conseil de sécurité, peu enthousiastes à suivre aveuglément la manière forte résolue par Washington et Londres et soucieux de ne pas commettre l'irréparable avant d'avoir épuisé toutes les possibilités de solution pacifique offertes par la Charte. Le résultat est un compromis, à mi-chemin entre les ukases américains et les réticences françaises partagées par la Russie et la Chine. Le texte est supposé exclure tout recours automatique à la force. Ce qui équivaut à une acceptation de la proposition de Jacques Chirac, formulée, le 9 septembre 2002, à savoir celle portant sur la double résolution onusienne. La première fixerait un délai court à Saddam Hussein pour accepter de nouvelles inspections, sans restriction et la deuxième, qui serait votée en cas de non-respect des dispositions de la première, autoriserait un recours à la force, sous l'égide des Nations Unies. Mais, dans l'esprit de George W. Bush et de sa garde rapprochée ultraconservatrice (où figurent le vice-Président Dick Cheney, le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, l'Attorney General John Ashcroft, le sous-secrétaire à la défense Pol Wolfowitz, ainsi que Richard Perle et l'inoxydable Henry Kissinger, un habitué des conciliabules du bureau ovale), il ne fait guère de doute que les conditions imposées à Saddam Hussein sont telles qu'il lui sera évidemment impossible de les respecter. Une fois le fait constaté, il suffira de passer à l'étape suivante et de mettre en œuvre les plans militaires mis au point par les états-majors américains, depuis plusieurs mois, au moins depuis août 200211.
Il Le Il octobre 2002, la Chambre des représentants des États-Unis votait, peu de temps après le Sénat, une loi autorisant le Président à recourir à la force contre l'Irak, de façon unilatérale, si nécessaire. 23

Le 25 novembre 2002, les inspecteurs de l'ONU (Commission de contrôle, "COCOVINU" et l'A.LE.A. "Agence Internationale pour l'Énergie Atomique") arrivent à Bagdad. Le 7 décembre 2002, soit dans le délai de trente jours prescrit par la résolution 1441, l'Irak remet à l'ONU sa déclaration sur ses programmes d'armement. Le même jour, Saddam Hussein présente ses excuses au peuple koweïtien pour l'invasion et l'occupation de l'Émirat en 1990-1991. Ces excuses sont immédiatement rejetées par le gouvernement de l'émirat. Le 21 décembre 2002, le gouvernement des États-Unis fait savoir, qu'après un examen approfondi du dossier (volumineux: onze mille pages !)12 transmis, deux semaines plus tôt, par Bagdad, de nombreuses omissions ont été relevées. En conséquence, précise-t-on à Washington, les États-Unis accusent l'Irak de violation flagrante de ses obligations en matière de désarmement. Autant dire qu'à ce moment précis, les jeux étaient faits. Les dés sont jetés. George W. Bush, après un long effort, arrivait à ses fins, proclamées, dès le 29 janvier 2002, lors de son discours sur l'état de l'Union, avec sa formule sur l'Axe du mal armé pour menacer la paix du monde et confirmées à la tribune de l'assemblée générale des Nations Unies, le 12 septembre suivantl3. Entre-temps, les opérations d'encerclement militaire de l'Irak, entamées depuis plusieurs mois, se poursuivent. Les convois affluent, depuis les îles britanniques et les États-Unis. Le 2 septembre 2002, le Koweït, tournant le dos à sa politique proclamée d'opposition à toute intervention militaire contre l'Irak, se déclare, tout à-coup, prêt à accéder à toute requête d'assistance formulée par Washington. Le 16 du même mois, l'Arabie Saoudite suit et annonce qu'elle autorisera les Américains à utiliser les bases établies sur son territoire, au cas où l'invasion serait autorisée par l'ONU. Pour contourner la prévisible défection saoudienne, le gouvernement
Le 3 novembre ... 2006, le New York Times fait savoir que le gouvernement américain, sur plainte de l'AlEA (Agence Internationale de l'Énergie Atomique), a fermé un site Internet ouvert en mars 2006 et intitulé Operation Iraqi Freedom Document Portal. La Secrétaire d'État Condoleeza Rice confirme, dès le 4 novembre 2006, que le site en question contenait des documents en arabe sur les recherches entreprises par l'Irak, en matière nucléaire, avant ... 1991. Le motif de la plainte de l'AlEA est que le site contenait également des schémas et d'autres données pouvant aider à lafabrication de la bombe atomique. Mme Rice, qui déclare qu'on a trouvé beaucoup de documentation en Irak et qu'un effort a été fait pour qu'elle soit rendue publique, oublie, fin 2006, de préciser que ces données figuraient dans le dossier remis par Bagdad à l'O.N.U. en décembre 2002. 13Dans le discours qu'il prononce, ce jour-là, devant les représentants des 191 États-membres des Nations Unies, George W. Bush énumère les résolutions non respectées par Saddam Hussein et explique qu'un conflit sera inévitable, si l'Irak ne se plie pas à toutes les exigences des Nations Unies. En agissant de la sorte, le Président américain se démarque de l'unilatéralisme privilégié depuis le Onze septembre 2001. Il prend la Communauté internationale à témoin et la prépare... pour la suite. 24
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américain, dès le début d'août 2002, avait mis les bouchées doubles au Qatar. Le complexe d'AI-Udeid, dans ce pays, devient ainsi, en peu de temps et à coups de centaines de millions de dollars, une base et un centre névralgique majeur en logistique militaire. À la fin de décembre 2002, tout semble prêt pour l'opération chirurgicale décidée à Washington et à Londres et qui doit mettre un terme au régime de Saddam Hussein. Les plans d'invasion sont arrêtés, l'acheminement massif des troupes et du matériel est en cours et les rapports sur les preuves des activités illicites de l'Irak, en matières de programmes de production d'armes de destruction massive et de collusion avec le groupe terroriste AI-Qaida, sont rédigés, approuvés et diffusés. Il ne reste plus qu'à ficeler le tout, en obtenant le consentement de la Communauté internationale. À première vue, la chose devrait être facile et les réticences, à supposer qu'elles surgissent, devraient certainement être de pure forme. Qui pourrait, qui oserait, en effet, tenir la dragée haute à l'Amérique qui, depuis le Onze septembre 2001, mène, au nom des peuples civilisés, lejuste combat contre le terrorisme dans le monde?
B. La vieille Europe. La Lettre des Huit sème la zizanie au sein de l'Union européenne.

Le 22 janvier 1963, Charles De Gaulle et Konrad Adenauer apposaient leur signature, à Paris, au bas du traité de l'Élysée appelé, dans l'esprit de ces deux visionnaires, à sceller la réconciliation entre deux grands peuples et à construire une Europe nouvelle où les générations à venir pourraient, dans un esprit de coopération entre nations, renouer avec la grandeur et recouvrer son indépendance au milieu d'un monde dominé par deux superpuissances rivales. Quarante ans plus tard, et alors que la guerre froide et la division de l'Allemagne ont cessé d'être, l'occasion est bonne de célébrer l'événement historique de 1963. Français et Allemands veulent donner aux cérémonies le maximum d'éclat. Il faut, en effet, que, des deux côtés du Rhin et au-delà, on se rende compte qu'effectivement la flamme allumée par Adenauer et De Gaulle, n'est pas éteinte. Qu'au contraire, elle ne demande qu'à être entretenue pour que l'exemple d'une Europe unie, pacifiée et souveraine, puisse se répandre au-delà de ses frontières. Le 22 janvier 2003, au cours de leur réunion, à Versailles, le Président Jacques Chirac et le Chancelier Gerhard Schroeder, veillent à ce que la page d'Histoire que leurs deux pays écrivent soit bien perçue. Actualité oblige. L'affaire de l'Irak entre dans une phase brûlante. Faut-il, comme d'habitude et par commodité, s'en remettre, sans en débattre, aux décisions prises à Washington? Ou faudrait-il, plutôt, inviter à la réflexion, faire entendre la

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voix des autres et peser, avec mesure et souci de l'exigence de justice, sur le cours des choses? Les deux hommes ont fait leur choix. Ils optent pour la deuxième solution. Chirac déclare: seul le Conseil de sécurité des Nations Unies est habilité à... engager une opération militaire contre l'Irak & pour agir sur le plan militaire, il faut une nouvelle résolution [du Conseil de sécurité] qui décide. Schroder, pour sa part, annonce que l'Allemagne, membre non permanent du Conseil de sécurité depuis le premier janvier 2003, refuserait d'approuver un recours à laforce contre l'Irak.
La réaction de Washington ne tarde pas. Le jour même, le Secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld, lance sa formule, devenue célèbre: L'Allemagne et la France ne représentent plus qu/une vieille Europe en perte de vitesse. Il ajoute: Je ne vois pas L'Europe comme étant l'Allemagne et la France. Je pense que c/est la vieille Europe. Le centre de gravité de L'Europe entière passe à l'Est. L'Allemagne a été un problème, la France aussi. Mais, si vous considérez un grand nombre d'autres pays d'Europe, ils ne sont pas avec la France et l'Allemagne, mais avec les États-Unis. Il est difficile d'être plus direct. La référence aux sept pays d'Europe centrale et orientale qui viennent d'adhérer à l'OTAN est limpide. Le Secrétaire d'État Colin Powell, quant à lui, déclare: La question n/est pas de savoir combien de temps il faudra pour que les inspections marchent. Les inspections ne marcheront pas. Powell ajoute que l'Irak ne se conforme pas à ses obligations en matière de désarmement (résolution 1441) et certains pays [Sous-entendu l'Allemagne et la France] voudraient simplement se détourner de ce problème et prétendre qu'il n'existe pas.

Dans son discours du 29 janvier 2002 sur l'état de l'Union, George W. Bush exposait, sous les applaudissements, sa théorie sur le groupe de trois États présentés comme ennemis du bien. Il annonçait que l'Irak, la Corée du Nord et l'Iran faisaient partie d'un Axe du mal armé pour menacer la paix du monde. Ladite théorie succède à celle des États voyous ou terroristes concrétisée, notamment par la loi Helms - Burton du 12 mars 1996 (concernant Cuba) et la loi D'Amato du 5 août 1996 (concernant l'Iran et la Libye), par lesquelles Washington imposait des sanctions aux sociétés étrangères qui se livraient à des opérations commerciales ou financières avec les pays14incriminés par les lois en question. Avec une nouvelle
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L'Union européenne a réagi, en novembre 1996, en vue de neutraliser les dispositions

extraterritoriales des lois américaines. Un accord, prévoyant des dérogations permanentes pour les sociétés européennes, est intervenu, le 18 mai 1998. 26

classification, celle de L'Axe du mal, les choses deviennent claires, dans l'esprit des Américains engagés dans la guerre contre le terrorisme (déjà en cours, à partir d'octobre 2001, en Afghanistan), où qu'il soit et d'où qu'il vienne, dans le monde. Il est aussi entendu que les choses ne doivent pas être moins claires dans l'esprit des peuples et des gouvernements alliés. Dans ce contexte et en ce qui concerne l'Irak directement visé, que doit faire l'Europe? Emboîter le pas, s'aligner sur Washington? Ou demander que des preuves soient fournies amenant à conclure qu'il n'y a plus d'autre solution que le recours à la force pour mettre Saddam Hussein dans l'impossibilité d'utiliser toute arme prohibée, nucléaire, chimique et/ou bactériologique? La résolution n° 1441 (8 novembre 2002) du Conseil de sécurité impose à l'Irak de coopérer pleinement avec les inspecteurs de la COCOVINU, sous peine de graves conséquences. Il est évident qu'à Washington et à Londres, toutes les hypothèses, à l'exception de celle du recours à la force (y compris, sans autorisation de l'ONU), ont été écartées. Américains et Britanniques ont de la peine à dissimuler leur impatience d'en découdre. À Berlin et à Paris, on est d'un avis différent. Et la France ainsi que L'Allemagne sont suivis, en cela, par d'autres États membres de L'U.E. et de l'OTAN. C'est alors que survient l'épisode de la Lettre des Huit. Le 29 janvier 2003, une lettre signée par cinq chefs de gouvernements de pays membres de L'Union européenne (Italie [Silvio Berlusconi], Espagne [Jose Maria Aznar], Portugal [Jose Manuel Drao Barroso], Royaume-Uni [Tony Blair] et Danemark [Anders Fogh Rasmussen], par deux premiers Ministres d'Europe centrale, le polonais Leszek Miller et le hongrois Peter Medgyessy ainsi que par le Président tchèque Waclav Havel est publiée par le Wall street Journal ainsi que par d'autres quotidiens, en Amérique et en Europe. Dans ce texte, on peut lire: L'Europe et les États-Unis sont véritablement unis par les valeurs que nous partageons: démocratie, liberté individuelle, droits de l'homme et l'autorité de la loi. Ces valeurs ont traversé l'océan atlantique avec ceux qui voguèrent depuis l'Europe pour aider à lafondation des ÉtatsUnis. Aujourd'hui plus que jamais, elles sont menacées. Les attaques du 11 septembre 2001 ont montré jusqu'où les terroristes qui sont les ennemis de nos valeurs communes, sont prêts à aller pour nous détruire. Ces atrocités ont constitué une attaque contre nous tous. Aujourd'hui plus que jamais, le lien transatlantique est une garantie de notre liberté. Grâce au courage, à la générosité et la perspicacité américaine, l'Europe a été libérée des deux formes de tyrannie qui dévastèrent notre continent au vingtième siècle: Le nazisme et le communisme. Le lien transatlantique ne doit pas devenir la victime des tentatives du régime irakien de menacer la sécurité internationale. ... Il est vital que nous protégions cette unité et cette 27

cohésion. Le régime irakien et ses armes de destruction massive représentent une menace contre la sécurité du monde. Ce danger a été explicitement reconnu par les Nations Unies. Nous sommes tous liés par la résolution 1441 du Conseil de sécurité adoptée à l'unanimité. Nous devons rester unis dans notre insistance de voir ce régime désarmé. La solidarité, la cohésion et la détermination de la communauté internationale sont notre espoir d'y parvenir pacifiquement. Notre force réside dans notre unité. La conjonction des armes de destruction massive et du terrorisme constitue une menace aux conséquences incommensurables... La résolution 1441 est la dernière chance pour Saddam Hussein de désarmer par des moyens pacifiques. Hélas, les inspecteurs des Nations Unies viennent de confirmer la propension bien établie de Saddam Hussein à mentir, à nier et à ne pas se soumettre aux résolutions onusiennes. L'Europe n'a rien contre les Irakiens. ...Notre but est de préserver la paix et la sécurité du monde en nous assurant que ce régime renonce à ses armes de destruction massive. ...La charte des Nations Unies confie au Conseil de sécurité la mission de protéger la paix et la sécurité internationales. Pour y parvenir, il doit conserver sa crédibilité en assurant l'application totale de ses résolution/5. Nous ne pouvons laisser un dictateur violer systématiquement ces résolutions. Nous demeurons confiants; Le Conseil de sécurité assumera ses responsabilités.

La diffusion de ce document extraordinaire fait grand bruit. Il y a de quoi! Huit très hauts responsables de pays membres de l'Union européenne (ou déjà invités à y entrer, dès le premier mai 2004) et aussi de l'Alliance atlantique viennent de lancer un appel visiblement dicté par l'Amérique contenant des affirmations contestables (menaces irakiennes persistantes aux conséquences incommensurables contre la sécurité internationale et contre le lien transatlantique, propension, confirmée par les inspecteurs de I 'D.N u., de Saddam Hussein à ne pas se soumettre aux résolutions) et laissant entendre que la voie choisie par l'Amérique courageuse, généreuse et perspicace est la seule qui vaille. Cette initiative a été prise sans concertation préalable entre les membres de la Communauté internationale. Elle est une illustration de ce que des personnes, chargées de construire une politique étrangère commune, ne devraient précisément pas faire. Elle fournit aussi la preuve de la force qui pousse irrésistiblement une partie importante de l'Europe dans les bras de l'Amérique. Seuls ont été sollicités, pour qu'ils signent la lettre, les chefs de
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À noter qu'Israël n'a appliqué aucune des résolutions adoptées concernant le conflit qui

l'oppose aux Arabes, depuis 1948 !

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