Iran/Arabie saoudite : une guerre froide

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Ce numéro vise à décrypter l'évolution de la position de Riyad après l'accord de Vienne sur le nucléaire, les enjeux dans les relations bilatérales irano-saoudiennes et leurs conséquences pour la stabilité régionale. Ces enjeux sont multiples : politiques, économiques, sociaux, religieux, culturels. Les contributions réunissent des historiens, des sociologues, des géographes, des politistes mais aussi des journalistes et d'anciens diplomates.
Publié le : vendredi 1 juillet 2016
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EAN13 : 9782140013904
Nombre de pages : 212
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SOMMAIRESOMMAIRE
N° 76 - Hiver 2010-2011N° 97 - PRINTEMPS-ÉTÉ 2016
Iran/Arabie saoudite : Stratégies islamistes St rat égiesSt rat égiesDossier dirigé par Jean-Paul Chagnollaudune guerre froide Iran/Arabie saoudite : Dossier dirigé par Agnès Levallois et Clément Therme
Dossier islamist esislamist esune guerre froideJean-Paul Chagnollaud
IntroductionIntroduction
Entretien avec François BurgatE
Luz Gomez GarciaDossier
Vers un islamo-nationalismeAgnès Levallois et Clément Therme
Didier BillionIran, Arabie Saoudite : la guerre froide
Laïcité, islam politique et démocratie conservatrice en TurquieMohammad-Reza Djalili et Thierry Kellner
Roger heacockRoger heacockRivalité irano-saoudienne en Syrie après la conclusion de l’accord sur le nucléaire
Les relations inter-palestiniennes au temps mortLaurence Louër
Raed EshnaiwerEDe la révolution à la réforme : chiisme et politique en Arabie saoudite
23 ans après sa création… où va le Hamas??
Olivier Da Lage
valentina NapolitanovL’apparence du religieux
La montée en puissance du Hamas depuis la fin des années 1990
Fatiha Dazi-héni
Bernard hourcadeL’Arabie saoudite dans le contexte du retour en grâce de l’Iran
Iran - Liban : une relation stratégique??
Amin Moghadam
Aurélie DaherTensions diplomatiques irano-arabes et pérennité de la présence des Iraniens à Dubaï
Le Hezbollah libanais et la résistance islamique au Liban : des stratégies complémentaires
Anaïs-Trissa Khatchadourian
Entretien avec Abed Al-halim FadlallahEhLe Liban et l’Iran à l’ombre du conflit entre l’Iran et l’Arabie saoudite
Jamal Al ShalabiAurélie Daher
The Muslim Brothers in Jordan: From Alliance to DivergenceLa guerre saoudienne contre le Hezbollah libanais. Répercussions locales d’une rivalité
Séverine Labatrégionale
L’islamisme algérien, vingt ans aprèsSteven Ekovich 97 - PRINTEMPS-ÉTÉ 2016Michel MassonL’Arabie saoudite et les États-Unis : une alliance ambivalente et pérenne
Les groupes islamistes se réclamant d’Al-Qaïda au Maghreb et au Nord de l’AfriqueDenis Bauchard
Le jeu de la France dans le Golfe : entre continuité et ruptures 76 - hIvER 2010-201176 - hIvER 2010-2011ActuelActuel
Olivier Appert
hubert Colin de verdièrehubert Colin de Les relations pétrolières et gazières après l’accord sur le nucléaire iranienA propos du partenariat franco-algérien
Claudia Castiglioni A la mémoire d’André PrenantThe Relations between Iran and Saudi Arabia in the 1970s
Culture
variationsRobert SerravalleR
Retour sur une relation identitaire : l’Italien vu de NiceStéphane Malsagne
Les élections présidentielles au Liban : entre espoir et retour douloureux de l’HistoireRobert Bistolfi
Langues régionales : il y a deux siècles, une mort programmée…Karine Meunier
Christophe ChicletThe LAF - Hezbollah duopoly: a stake for the Lebanese safety and the regional security
Les défenseurs des langues régionales
À paraître (n° 98) :
Partis et partisans dans le monde arabe© L’Harmattan, 2010 - ISSN 1148-2664
ISBN 978-2-296-54239-6
© L’Harmattan, 2016 - ISSN : 1148-2664 21 eISBN : 978-2-343-09591-2
21,00 e
Stratégies islamistes
N° 76 - hIvER 2010-2011
Stratégies islamistes
Iran/Arabie saoudite : une guerre froide N° 76 - hIvER 2010-2011
Méditerranée N° 97 - PRINTEMPS-ÉTÉ- 2016
Méditerranée
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Méditerranée
MéditerranéeREVUE
TRIMESTRIELLE
97
PrintempsÉté 2016
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Rabeh Sebaa (Professeur de littérature, université d’Oran)
© L’Harmattan
ISSN : 1148-2664 / ISBN : 978-2-343-09591-297 Iran/Arabie saoudite :
une guerre froidePrintemps-Été
2016
Sommaire
Dossier
p. 9 Agnès Levallois et Clément Therme
Iran, Arabie Saoudite : la guerre froide
p. 15Mohammad-Reza Djalili et Thierry Kellner
Rivalité irano-saoudienne en Syrie après la conclusion
de l’accord sur le nucléaire
p. 31Laurence Louër
De la révolution à la réforme :
chiisme et politique en Arabie saoudite
p. 43Olivier Da Lage
L’apparence du religieux
p. 53Fatiha Dazi-Héni
L’Arabie saoudite dans le contexte
du retour en grâce de l’Iran
p. 63Amin Moghadam
Tensions diplomatiques irano-arabes
et pérennité de la présence des Iraniens à Dubaï
p. 79Anaïs-Trissa Khatchadourian
Le Liban et l’Iran à l’ombre du conflit
entre l’Iran et l’Arabie saoudite
p. 91Aurélie Daher
La guerre saoudienne contre le Hezbollah libanais.
Répercussions locales d’une rivalité régionaleIran/Arabie saoudite :
une guerre froide Dossier dirigé par
Agnès Levallois et Clément Therme
p. 101Steven Ekovich
L’Arabie saoudite et les États-Unis :
une alliance ambivalente et pérenne
p. 117Denis Bauchard
Le jeu de la France dans le Golfe :
entre continuité et ruptures
p. 131Olivier Appert
Les relations pétrolières et gazières
après l’accord sur le nucléaire iranien
Claudia Castiglioni p. 143
The Relations between Iran and Saudi Arabia in the 1970s
Variations
p. 157Stéphane Malsagne
Les élections présidentielles au Liban :
entre espoir et retour douloureux de l’Histoire
p. 175Karine Meunier
The LAF - Hezbollah duopoly: a stake for
the Lebanese safety and the regional security
p. 192Notes de lecture
En couverture :
© AFPDossier
Iran/Arabie saoudite :
une guerre froideDossier dirigé
par Agnès Levallois et Clément Therme Dossier Variations
Agnès Levallois et Clément Therme
Iran, Arabie Saoudite :
la guerre froide
e 3 janvier 2016, la rupture des relations diplomatiques entre
Téhéran et Riyad est le résultat d’une dégradation continue Ldes relations irano-saoudiennes à la suite des soulèvements
arabes de 2011. Si la dimension locale des conflits reste primordiale
pour comprendre les causes de l’affaiblissement des Etats dans le
monde arabe, force est de constater que l’implication de l’Iran et de
l’Arabie Saoudite dans les conflits au Yémen, en Irak, en Syrie et au
Liban est désormais un paramètre majeur. Il s’agit en premier lieu
d’une instrumentalisation des tensions sectaires par ces Etats qu’elle
soit voulue (comme dans le cas de Riyad) ou qu’elle soit subie (comme
le montre la politique étrangère iranienne). Cependant, si la variable
sectaire est désormais incontournable, elle n’est pas la seule grille de
lecture nécessaire pour comprendre les turbulences régionales.
Il faut d’ailleurs remarquer que, contrairement à une idée reçue, la
rivalité irano-saoudienne est antérieure à la Révolution islamique. En
effet, à l’époque pahlavie, l’Iran et l’Arabie Saoudite ont connu deux
périodes de tensions très fortes après l’établissement des relations
diplomatiques par un traité d’amitié en 1929. La première période
de tensions débute en 1943 autour de la question de la décapitation
d’un pèlerin iranien. Elle aboutit à l’absence des pèlerins iraniens à La
Mecque jusqu’en 1948. A partir de 1955, on assiste à des visites du roi
1Faysal en Iran et du Shah en Arabie Saoudite .
C’est ensuite la question de l’indépendance du Bahreïn qui va
conduire à une dégradation des relations entre l’Iran et l’Arabie
Saoudite. Ce n’est d’ailleurs qu’en mars 1970, après 26 mois de
négociations secrètes avec l’Angleterre, que le Shah abandonne les
2revendications historiques de l’Iran sur le territoire de Bahreïn . Ce
compromis apparaît indispensable au Shah pour poursuivre sa stratégie
9
lNuméro 97 Printemps-Été 2016Iran/Arabie saoudite : une guerre froide
visant à s’assurer de l’hégémonie iranienne dans le golfe Persique. On
retrouve donc déjà, en germes, cette tension avec l’Arabie saoudite
pour le leadership régional qui apparaît clairement à la suite du retrait
britannique à l’Est de Suez de 1968 à 1970. Cette tension se renforce
par exemple lorsque le Shah abandonne sa revendication territoriale
sur l’Etat du Bahreïn de manière « tactique » afn de prendre le contrôle
des îles d’Abu Moussa et de la Grande et de la Petite Tombe. Le Shah
réitère, en 1972, sa position de rejet de la présence militaire américaine
dans le golfe Persique et plus particulièrement au Bahreïn nouvellement
3indépendant . La monarchie de Bahreïn est dès cette période un proche
allié de l’Arabie saoudite.
Cependant, en raison du compromis sur la question de Bahreïn et
de leur alliance commune avec les Etats-Unis, c’est in fne la Révolution
islamique de 1978-1979 qui va conduire les deux puissances à une
concurrence accrue au Moyen-Orient et pour le leadership au sein
du monde musulman. De plus, en raison de l’utilisation par Riyad de
l’intermédiaire irakien pour lutter contrer la volonté iranienne d’exporter
l’islam politique khomeyniste, se met en place un affrontement par
« proxy » pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) qui continue encore
aujourd’hui à caractériser la guerre froide entre les deux pays au
MoyenOrient. En effet, qu’il s’agisse de la crise syrienne et libanaise, de l’Irak,
du Yémen ou de la région AfPak, Riyad et Téhéran ont des intérêts
divergents. Dans leur perspective réciproque de sécurité nationale, ils
sont devenus la principale menace existentielle qui pèse sur leurs intérêts
vitaux. Cette nouvelle confguration géopolitique explique pourquoi
au-delà de l’abcès de fxation israélo-palestinien, on assiste aujourd’hui
à une polarisation des rivalités géopolitiques moyen-orientales autour
de la crise syrienne. La rivalité entre Riyad et Téhéran est aujourd’hui
devenue au centre des dynamiques géopolitiques moyen-orientales et
l’un des principaux facteurs alimentant les tensions sectaires dans la
4région .
Par ailleurs, sur le plan bilatéral, la relation s’est brutalement dégradée
au début de l’année 2016. Ainsi, l’exécution du cheikh chiite saoudien
Nimr Al-Nimr, le 2 janvier 2016, et l’attaque contre l’ambassade d’Arabie
Saoudite à Téhéran par des manifestants radicaux anti-saoudiens qui
s’en est suivie ont conduit à la rupture des relations diplomatiques. Si
les deux parties n’ont plus de relations diplomatiques, elles participent
néanmoins à des forums multilatéraux comme celui de l’Organisation de
la Coopération Islamique (OCI) ou les négociations multilatérales autour
de la Syrie. En revanche les négociations bilatérales pour permettre aux
10
lNuméro 97 Printemps-Été 2016 Dossier Variations
Iran, Arabie Saoudite : la guerre froide
pèlerins musulmans iraniens d’effectuer le pèlerinage de La Mecque
dans des conditions de sécurité satisfaisantes ont échoué au mois de
mai 2016. En effet, à la suite de la mort de 2300 pèlerins dont plus de
450 Iraniens au mois de septembre 2015, Téhéran avait alors accusé
Riyad d’incompétence. Les négociations pour la reprise du pèlerinage
n’ont pu aboutir sur la question de la délivrance des visas, du transport
et de la sécurité des pèlerins. Par ailleurs, depuis les attentats de Paris et
Saint-Denis du 13 novembre 2015, l’Iran a en particulier redéfni son
engagement en Syrie et en Irak autour de la lutte contre Daech qui est
devenue un outil de rapprochement avec l’Occident. La rhétorique de la
diplomatie publique iranienne a été modifée en ce sens.
Avant ces attentats, la rhétorique de Téhéran était simple : l’Iran
présentait la guerre en Syrie comme un choix entre l’ordre et le chaos,
entre l’État, l’anarchie et la prolifération des groupes terroristes, en
parlant notamment de « talibanisation » de la Syrie. L’analogie était
toujours faite avec l’Afghanistan des années 1980, en montrant que
l’Occident s’était fourvoyé en soutenant les moudjahidines et en faisant
alliance avec le djihadisme sunnite, alors que l’Iran avait été clairvoyant
en s’y opposant. Aujourd’hui, l’Iran se présente aux Occidentaux
comme un rempart face au djihadisme sunnite. Les Iraniens peuvent
faire valoir que malgré leur engagement dans tous les confits de la
région, aucun attentat de Daech n’a eu lieu sur leur territoire jusqu’au
début du mois de juin 2016.
Cette rhétorique iranienne s’intègre dans la continuité d’une stratégie
militaire adoptée dès le début de la révolution syrienne. Depuis 2011,
l’émergence du triangle militaire Hezbollah-Iran-Russie a maintenu
le régime de Bachar en vie, alors que dans le même temps, l’Armée
syrienne libre se désagrégeait peu à peu. Ce processus de rapprochement
entre les trois parties a été renforcé par la « chiitisation » subie de la
politique étrangère iranienne : en excluant l’Iran du champ religieux
musulman, l’Arabie saoudite a poussé Téhéran à se rapprocher de
ses clients chiites dans la région, le Hezbollah en premier lieu ce qui
explique pourquoi l’Arabie saoudite a placé le Hezbollah libanais sur sa
liste des organisations terroristes au mois de mars 2016.
Russes et Iraniens utilisent donc une rhétorique fondée sur le rapport
de force militaire et les institutions syriennes existantes, vues par
Moscou et Téhéran comme un rempart face au chaos et aux djihadistes.
Les Russes comme les Iraniens ont désormais le sentiment que leurs
points de vue et leurs objectifs ont pris le pas sur ceux des Occidentaux
qui se sont rapprochés de leur position. Il est d’ailleurs intéressant de
11
lNuméro 97 Printemps-Été 2016Iran/Arabie saoudite : une guerre froide
noter que le récit russo-iranien a fni par devenir déterminant dans
l’agenda de la crise syrienne. Ce réalignement politique permettra-t-il un
règlement de la crise syrienne, et contraindra-t-il les pays occidentaux
à accepter la permanence du régime syrien honni par une partie de sa
population ? Aucune solution politique n’a encore émergé, mais tous
les acteurs impliqués dans les négociations reconnaissent cependant
qu’il n’y a pas de solution militaire à la crise syrienne. C’est ainsi que
les Saoudiens se sont impliqués en décembre dernier en organisant
une réunion de l’opposition syrienne à Riyad visant à élaborer une
plateforme commune et un cadre de négociations avec le régime. La
question clef est désormais celle du rapport aux institutions syriennes,
et leur préservation éventuelle, après le désastre engendré par la
destruction de l’État irakien. En soutenant l’État syrien, la Russie et
l’Iran soutiennent le régime. Mais l’Occident et la Russie sont d’accord
désormais sur la nécessité d’une transition politique dans le cadre d’une
continuité des institutions de l’État.
Face à ce rapprochement entre l’Occident, la Russie et l’Iran, l’Arabie
Saoudite a fait des pas vers la Turquie et Israël, ce qui ne lui permet pas
pour autant de disposer d’alliés locaux solides. L’objectif de Riyad est
clairement de s’imposer dans la région par une diplomatie beaucoup
plus interventionniste afn de contraindre Washington à être vigilant
vis-à-vis de Téhéran. De plus, du point de vue saoudien, le rééquilibrage
de la diplomatie américaine à la suite de l’Accord de Vienne sur le
nucléaire iranien du 14 juillet 2015 pose la question du renforcement
de la puissance régionale de l’Iran perçu comme « hégémonique ».
Cependant, les pressions économiques de Washington sur Téhéran
demeurent et ce en dépit du rapprochement géopolitique perceptible
dans la lutte contre Daech. Cela explique pourquoi Washington
s’oppose à l’infuence croissante de l’Iran dans la zone sans pour autant
nier, comme à l’époque des néoconservateurs américains, la réalité de
la puissance régionale iranienne. La normalisation des relations entre
l’Iran et la « communauté internationale » est néanmoins ralentie
par les divisions internes en Iran entre le président qui souhaite une
émergence pacifque de son pays par le développement économique et
le Guide suprême qui souhaite privilégier la dimension révolutionnaire
et le caractère islamique du système politique du pays. Si le changement
de perception en Iran est réel en Occident, Téhéran doit désormais
convaincre ses quinze voisins et plus particulièrement les pays de la
péninsule arabique de la réalité de ce changement de paradigme dans
la politique régionale. La rupture des relations diplomatiques
irano12
lNuméro 97 Printemps-Été 2016 Dossier Variations
Iran, Arabie Saoudite : la guerre froide
saoudiennes, en janvier 2016, montre que la confance n’est pas rétablie
entre l’Iran et les pétromonarchies du Golfe même si ces dernières sont
divisées. L’un des éléments pouvant faciliter la normalisation à long
terme est le développement des relations économiques. A contrario, à
court terme, le retour de l’Iran sur le marché international renforce la
rivalité avec les Etats producteurs du Moyen-Orient.
Ce numéro de Confuences Méditerranée vise à décrypter l’évolution de
la position de Riyad après l’accord de Vienne sur le nucléaire, les enjeux
dans les relations bilatérales irano-saoudiennes et leurs conséquences
pour la stabilité régionale. Ces enjeux sont multiples : politiques,
économiques, sociaux, religieux, culturels. Pour les traiter, nous avons
privilégié une approche pluridisciplinaire en réunissant des historiens,
des sociologues, des géographes, des politistes mais aussi des journalistes
et des anciens diplomates. Cette diversité des approches permet de
reféter la complexité d’un confit qui paraît inextricable en raison de
l’affrontement par « proxy » de ces deux grandes puissances régionales
qui n’existait pas dans les années 1990, période de réchauffement
réussi dans les relations bilatérales. Face à cette nouvelle situation de
tensions irano-saoudiennes, se pose in fne la question de la pérennité
du rééquilibrage des relations qu’entretiennent les Etats-Unis avec
ces deux pays avec la fn programmée de l’administration Obama et
l’arrivée d’un nouveau président américain en janvier 2017.
Notes
1. Florence Gaub, « War of words: Saudi Arabia v Iran », Brief Issue, European
Union Institute for Security Studies (EUISS) February 2016. Disponible :
http://www.iss.europa.eu/uploads/media/Brief_2_Saudi_Arabia___
Iran_01.pdf (consulté le 1er juin 2016).
2. Roham Alvandi, « Muhammad Reza Pahlavi and the Bahrain Question,
1968–1970 », British Journal of Middle Eastern Studies, 37:2, 2010, pp.
159-177.
3. Rouhollah K. Ramazani, Iran’s Foreign Policy 1941-1973. A Study of
Foreign Policy in Modernizing Nations, Charlottesville: University Press of
Virginia, 1975, p. 423 et p. 435.
4. Voir Emile Hokayem, « The Middle East: Transition, Disintegration, and
Regional Rivalry », The Lebanese Center for Policy Studies, Beyrouth, 26
mai 2016. Disponible :
https://www.youtube.com/watch?v=iQrVae_DrVs&feature=youtu.be
(consulté le 26 mai 2016).
13
lNuméro 97 Printemps-Été 2016 Dossier Variations
Mohammad-Reza Djalili et Thierry Kellner
Mohammad-Reza Djalili est professeur émérite à l’Institut de hautes
études internationales et du développement de Genève.
Thierry Kellner maître de conférences au Département de science
1politique de l’Université libre de Bruxelles (ULB) .
Rivalité irano-saoudienne
en Syrie après la conclusion
de l’accord sur le nucléaire
La rivalité qui oppose l’Iran et l’Arabie saoudite depuis
la fondation de la République islamique en 1979 – à
l’exception de quelques essais de rapprochement – a pris
une nouvelle dimension à la suite des « printemps arabes ».
Elle s’exprime à la fois dans la péninsule Arabique et au
Proche-Orient où la Syrie occupe une place particulière.
Riyad et Téhéran ont adopté des positions antagoniques
sur ce dossier et se sont considérablement impliqués sur
le théâtre syrien. Malgré quelques tentatives, ils ont été
jusqu’ici incapables de surmonter la polarisation actuelle
de leurs rapports, de nouer un dialogue et d’envisager
leurs relations autrement que comme un jeu à somme
nulle. Dans le contexte d’une situation qui reste, au
printemps 2016, extrêmement mouvante, cette rivalité
risque de renforcer les obstacles et de rendre les discussions
et la recherche d’un compromis de sortie de crise en Syrie
encore plus difficiles.
a rivalité qui oppose l’Iran et l’Arabie saoudite depuis la
fondation de la République islamique en 1979 –à l’exception Lde quelques essais de rapprochement – a pris une nouvelle
15
lNuméro 97 Printemps-Été 2016Iran/Arabie saoudite : une guerre froide
dimension à la suite des « printemps arabes ». Depuis 2011, les
antagonismes et la concurrence entre les deux pays se sont manifestés à la
fois dans la péninsule Arabique et au Proche-Orient. Dans la
péninsule Arabique où Riyad entend garder une prééminence par rapport
à tous ses voisins, les deux pays rivalisent au Yémen, à Bahreïn, ainsi
qu’à propos des minorités chiites vivant dans le royaume saoudien.
Au Proche-Orient, la rivalité irano-saoudienne a essentiellement pour
cadre trois pays : le Liban, l’Irak et la Syrie. Parmi ces trois pays, la Syrie
occupe une place particulière à cause de sa position géostratégique
– pays carrefour reliant tous les États de la région –, de sa population
majoritairement sunnite, de son rôle historique dans le monde arabe
et, enfn, de son importance pour la politique régionale de Téhéran.
Un positionnement antagonique
Après le déclenchement des manifestations populaires de 2011,
Téhéran et Riyad ont adopté en Syrie des positions antagoniques dans
une logique de jeu à somme nulle. L’Iran a soutenu Bachar al-Assad. Sur
le plan idéologique, le facteur clé n’est pas le fait que les Alaouites sont
associés au chiisme, mais plutôt que Téhéran perçoit le régime syrien
comme opposé à Israël et à un ordre mondial dominé par les États-Unis,
ce qui correspond aux orientations « révolutionnaires » de sa politique
étrangère. Sur le plan géopolitique, l’alliance pragmatique conclue entre
les deux régimes depuis 1980 est considérée par Téhéran comme l’une
des principales réussites de sa diplomatie au cours des trente cinq
dernières années et un instrument majeur pour assurer son infuence
régionale et gagner une profondeur stratégique au cœur du monde arabe.
Elle lui a en effet permis d’édifer progressivement toute sa politique au
Levant, de créer un axe Téhéran-Bagdad-Damas-Hezbollah-Hamas, de
s’impliquer dans le confit arabo-israélien et de mener ainsi sa lutte, selon
sa terminologie, contre « le sionisme et l’arrogance mondiale ». Pour l’Arabie
saoudite, l’intervention iranienne en Syrie signifait l’implication d’une
puissance non-arabe dans les affaires d’un pays arabe de confession
majoritairement sunnite. La défense de la Syrie, c’est en fn de compte la
défense de l’arabité et du sunnisme face à la menace « perse » et chiite.
Mais au-delà de ces considérations, l’antagonisme irano-saoudien en Syrie
s’explique fondamentalement par des intérêts géopolitiques : la victoire
de l’un ou l’autre des deux protagonistes changerait totalement le rapport
de force dans l’ensemble du Croissant fertile.
16
lNuméro 97 Printemps-Été 2016 Dossier Variations
Rivalité irano-saoudienne en Syrie après la conclusion de l’accord sur le nucléaire
L’accueil mitigé de l’accord du 14 juillet 2015
Même si la situation syrienne a peut-être été abordée discrètement
lors des négociations, l’accord du 14 juillet 2015, centré sur le nucléaire,
ne l’évoque pas. Bien entendu, nombreux sont ceux qui espèrent que
sa conclusion infuencera le climat au Moyen-Orient dans le sens d’une
« détente », ce qui pourrait avoir en retour des retombées positives,
notamment pour le dossier syrien. L’espoir est de voir l’Iran jouer un
rôle plus constructif sur ce dossier et faire partie de la solution plutôt
que du problème. Huit mois plus tard cependant, il faut convenir que
cet espoir ne s’est pas concrétisé.
En Syrie, l’accord a été perçu par le régime de Damas comme une
victoire, puisque son allié iranien, de retour en grâce sur la scène
internationale, pourra utiliser cette nouvelle carte pour mieux plaider sa
cause auprès des Occidentaux, et que la levée des sanctions lui permettra
d’intensifer son aide économique, vitale à sa survie. Au contraire, en
Arabie saoudite, il a reçu un accueil offciel prudent, Riyad craignant
que Téhéran n’en tire proft pour accroître sa marge de manoeuvres
au Moyen-Orient et regagner des moyens d’action. Le Royaume ne l’a
accepté du bout des lèvres qu’après avoir reçu des assurances sur sa
2sécurité de la part de Barack Obama en septembre 2015 . Mais rien
dans cette acceptation offcielle saoudienne ne peut être interprété
comme une détente dans les rapports bilatéraux saoudo-iraniens. Au
contraire, ils se sont dégradés à l’occasion de la tragédie de La Mecque
qui a coûté la vie à plusieurs milliers de pèlerins, dont plus de quatre
cents iraniens. Téhéran en a attribué la responsabilité à l’incompétence
de Riyad. Les dirigeants iraniens, très critiques, ont remis en question
sa capacité à organiser le pèlerinage annuel. De son côté, le Royaume
a dénoncé l’utilisation « politique » de cette tragédie par l’Iran. Pour
corser cette affaire, un ancien ambassadeur d’Iran au Liban –un poste
particulièrement sensible dans les relations saoudo-iraniennes – a
disparu lors de ces événements. Son corps n’a été identifé que fn
novembre 2015. Entre-temps, cette disparation a alimenté toutes les
spéculations, certains médias iraniens n’hésitant pas à accuser l’Arabie
3saoudite de l’avoir enlevé . Le ton entre les deux pays restait donc, à
l’automne 2015, davantage à l’imprécation et à la confrontation qu’à la
désescalade.
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lNuméro 97 Printemps-Été 2016Iran/Arabie saoudite : une guerre froide
Téhéran maintient son cap en Syrie
Sur le dossier syrien, l’accord du 14 juillet 2015 n’a pas inféchi
l’approche de Téhéran qui a poursuivi son assistance multiforme à
Damas. Sur le plan économique, les deux partenaires ont annoncé
fn juillet 2015 leur intention de renforcer leur coopération bilatérale
dans les principaux secteurs de l’économie. Des projets de plusieurs
milliards de dollars ont été évoqués. En matière politique, Téhéran a
régulièrement réitéré son soutien au régime de Damas. Les rapports
bilatéraux ont été qualifés de « pierre angulaire des relations de Téhéran
avec les États du Moyen-Orient » par Ali Akbar Velayati, conseiller du
4Guide pour la politique étrangère . L’Iran a rappelé que toute initiative
visant à mettre fn au confit en Syrie devait reconnaître « le rôle central
5d’Assad » . Téhéran et Damas se sont aussi conjointement opposés
6à toute création d’une zone tampon en Syrie . Enfn, proftant du
contexte favorable créé simultanément par la conclusion de l’accord
du 14 juillet, la crise humanitaire des réfugiés en Europe et l’évolution
concomitante de la position de certains pays européens désormais plus
ouverts à une discussion avec un Bachar al-Assad de retour en grâce,
Hassan Rohani a déclaré début septembre 2015 que l’Iran était prêt à
discuter de la paix en Syrie avec tous les pays concernés, y compris les
7États-Unis et l’Arabie saoudite . Mais fdèle à la politique de soutien
au régime syrien, il a par avance laissé entendre qu’il n’entrerait pas en
débat sur l’avenir du président al-Assad.
L’Iran a aussi aidé son protégé syrien en diffculté militaire
en coordonnant son action avec Moscou. Les deux pays se sont
discrètement accordés sur le principe d’une intervention militaire russe
8à l’occasion de diverses rencontres . Elle a été planifée conjointement
pendant plusieurs semaines à partir de la visite à Moscou fn juillet
2015 du général Soleimani, commandant de la force al-Qods. En
coordination avec la campagne de bombardements lancée par la Russie
fn septembre 2015, Téhéran a renforcé son dispositif sur le terrain
syrien avec l’envoi de Gardiens –une présence évaluée à plus de 2000
hommes – afn d’appuyer les opérations militaires terrestres simultanées
9lancées contre divers mouvements d’opposition à Bachar al-Assad . En
accord avec les préférences de Téhéran, les opérations aériennes russes
se sont concentrées sur les mouvements anti-Assad les plus menaçants
pour le régime syrien. Les rebelles visés étaient en majeure partie ceux
soutenus par les pétromonarchies dont l’Arabie saoudite ainsi que la
10Turquie et les pays occidentaux . Ce n’est qu’à partir de l’admission
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lNuméro 97 Printemps-Été 2016 Dossier Variations
Rivalité irano-saoudienne en Syrie après la conclusion de l’accord sur le nucléaire
par Moscou que le crash d’un avion de tourisme russe à Charm
elCheikh était bien le résultat d’un attentat perpétré par Daech, que la
Russie a mené des opérations militaires contre ce mouvement, tout
en continuant à frapper en priorité les groupes anti-Assad. L’objectif
de ces opérations vu de Téhéran était d’affaiblir l’opposition sunnite
à Bachar al-Assad et de renforcer l’assise territoritale et les positions
du régime de Damas sur le terrain militaire afn qu’il survive et puisse
se présenter à la table des négociations en position de force. Dans
ce calcul, Daech n’est qu’une cible secondaire dans la mesure où son
existence même, renforce la position du président syrien comme seul
choix possible pour la Syrie, d’autant que l’oppositon sunnite, déjà
divisée, est affaiblie par les opérations militaires en cours.
Maintien de la rivalité irano-saoudienne
sur le terrain syrien
Confrontée à ces développements, l’Arabie saoudite a réagi en
déployant d’importants efforts pour accroître les capacités de survie
de l’opposition à Bachar al-Assad. Elle a augmenté ses livraisons
d’équipements militaires modernes à certains groupes rebelles
11syriens, notamment des missiles antitanks d’origine américaine . Cet
armement est destiné à contrer l’avantage aérien dont dispose Damas
grâce à l’intervention de Moscou, en rendant plus ardues les opérations
terrestres du régime syrien appuyé par Téhéran et ses alliés. Dans le
contexte de ces opérations, les « conseillers » iraniens et leurs divers
alliés chiites sont particulièrement exposés. Le coût en vie humaine de
l’implication iranienne en Syrie s’est singulièrement accru à l’automne
2015, entraînant un débat sur les réseaux sociaux en Iran sur l’intérêt
du soutien au régime syrien. La cause de Bachar al-Assad n’est guère
populaire dans l’opinion publique iranienne, c’est pourquoi Téhéran
médiatise ses pertes en Syrie en les présentant comme résultant de la
lutte contre Daech dont le discours très anti-chiite inquiète l’opinion
iranienne, alors que ces décès sont en grande partie dus à la lutte contre
les mouvements de l’opposition anti-Assad.
Téhéran a de son côté enregistré un succès diplomatique en siégeant
pour la première fois aux négociations de Vienne du 30 octobre 2015
aux côtés de diplomates de 17 pays dont l’Arabie saoudite. Au cours
de cette réunion, les ministres des Affaires étrangères des deux pays se
12sont affrontés à plusieurs reprises . Au lendemain de cette rencontre,
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lNuméro 97 Printemps-Été 2016Iran/Arabie saoudite : une guerre froide
le ministre des Affaires étrangères saoudien a dénoncé avec force la
présence iranienne en Syrie – qu’il avait qualifée plusieurs semaines
auparavant d’« occupation » – et a défni du point de vue de Riyad
deux lignes rouges pour un accord: la fxation d’une date précise et des
moyens pour le départ du président syrien et le fait que toutes les forces
étrangères, en particulier les forces iraniennes, devront quitter la Syrie
dès le début du processus politique. De son côté, l’Iran a laissé entendre
qu’il pourrait se retirer de nouveaux pourparlers sur la Syrie en raison
13du rôle « peu constructif » de Riyad . L’antipathie entre Téhéran et
Riyad a été considérée à l’issue de cette réunion par le Secrétaire d’État
John Kerry et d’autres comme l’un des plus grands défs à une solution
diplomatique de la crise syrienne. Toutefois, les représentants de Riyad
et de Téhéran ont participé à la deuxième rencontre de Vienne le
14 novembre 2015. Le dialogue a été qualifé de « constructif » même
si les positions des deux pays ont continué de diverger, notamment sur
14la question du sort de Bachar al-Assad .
Le ministre des Affaires étrangères saoudien a déclaré fn novembre
2015 que l’option militaire en Syrie était toujours viable et que le
soutien de son pays à l’opposition pour renverser Bachar al-Assad
allait se poursuivre. Après plusieurs mois de campagne, la situation
restait incertaine sur le terrain militaire en dépit de l’intensifcation
des bombardements russes et des opérations terrestres combinées.
Moscou semblait frustré par les performances de ses alliés syriens
15mais aussi iraniens sur le terrain . En plus des diffcultés militaires,
des rumeurs ont circulé sur des divergences apparues entre russes et
16iraniens , notamment sur le rôle du Hezbollah et des milices proches
de Téhéran dans certaines zones frontalières d’Israël où sous couvert
du confit syrien, l’Iran cherche à renforcer ses positions et à prendre
des gages – Moscou tient compte de ses relations avec Tel Aviv sur
ce point – et sur le sort personnel de Bachar al-Assad qui semble
moins essentiel pour Moscou que pour Téhéran. Quoi qu’il en soit,
17les autorités iraniennes ont minimisé ces divergences et cherché à
lier Moscou à leurs intérêts en multipliant les contrats économiques
18et en accélérant la coopération . Pour couronner le tout, le général
Soleimani a été légèrement blessé dans le nord de la Syrie fn novembre
192015 . Des informations contradictoires sur un éventuel retrait de
20forces iraniennes circulaient mi-décembre . Téhéran aurait en effet
réduit ses forces envoyées en septembre en raison du grand nombre de
21pertes sur le terrain .
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lNuméro 97 Printemps-Été 2016

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