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Iran : une nouvelle donne ?

De
204 pages
Ce numéro met en lumière la vitalité de la recherche et de l'analyse consacrées à l'Iran. Au sommaire notamment : L'Iran en 2014 : une Révolution normalisée ? ; Politique étrangère de la République islamique : le rôle du président ; L'économie iranienne après l'élection de Hassan Rohani ; Etats-Unis-Iran : du Grand Satan au Grand Bargain ; (Re)formulations des hétéronationalismes en Iran...
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SOMMAIREIRESOMMAIREN° 76 - Hiver 2010-2011N° 88 - HIVER 2013-2014Stratégies islamistesIran : StSt ratrat égieségiesSt rat égiesSt rat égiesDossier dirigé par Jean-Paul Chagnollaud St rat égiesSt rat égiesune nouvelle donne ? ?Iran :Iran : ? Iran :
Dossier dirigé par Clément ThermeDossierDossier islamistislamist esesislamist esislamist esDossierDossier islamist esune noune no uvelleuvelle islamist esJean-Paul Chagnollaud une nouvelle IntroductionEntretien avec François BurgatEEDossierE donnedonne ? ? François NicoullaudEE donne ? Luz Gomez GarciaPréfacePréfaceVers un islamo-nationalismeClément ThermeDidier BillionL’Iran en 2014 : une Révolution normalisée ? ? Laïcité, islam politique et démocratie conservatrice en Turquie ? Mohammad-Reza Djalili Roger HeacockRoger Heacock Politique étrangère de la République islamique : le rôle du président
RHLes relations inter-palestiniennes au temps mortoger Farhad KhosrokhavarRaed EshnaiwerRaed EEELa Révolution islamique de 1979 : mutation de l’opposition politique
Raed E23 ans après sa création… où va le HamasE ?? ??Marie Ladier-Fouladi??Valentina NapolitanoVVVLa présidentielle iranienne de juin 2013 : enjeux et décryptages
VLa montée en puissance du Hamas depuis la fin des années 1990VThierry CovilleBernard HourcadeHL’économie iranienne après l’élection de Hassan Rohani HourcadeIran - Liban : une relation stratégique? ???Thomas Fourquet??Aurélie DaherL’ayatollah Mesbah Yazdi et le Front de la persistance, Le Hezbollah libanais et la résistance islamique au Liban : des stratégies complémentairesou le radicalisme en République islamique Entretien avec Abed Al-Halim FadlallahEHEEDenis Bauchard HHalim Fadlallah
EHalim FadlallahEHalim FadlallahEtats-Unis-Iran : du Grand Satan au Grand Bargain Jamal Al ShalabiThe Muslim Brothers in Jordan: From Alliance to DivergenceClément ThermeLa nouvelle « guerre froide » entre l’Iran et Séverine Labatl’Arabie saoudite au Moyen-Orient L’islamisme algérien, vingt ans aprèsLucia DirenbergerMichel Masson(Re)formulations des hétéronationalismes en Iran Les groupes islamistes se réclamant d’Al-Qaïda au Maghreb et au Nord de l’AfriqueEntretien avec Ahmad Salamatian 76 - 76 - HIVERHIVER 2010-2011 2010-201176 - HIVER 2010-2011 76 - HIVER 2010-2011ActuelLa République islamique, sur la voie du compromis ? ? 76 - HIVER 2010-201176 - HIVER 2010-2011 ? Hubert Colin de VerdièreHVerdière
HVA propos du partenariat franco-algérienVariationsA la mémoire d’André Prenant 88 - HIVER 2013-2014 88 - HIVER 2013-2014 88 - HIVER 2013-2014Caroline Barbary et Maria Adib DossTamarrod (« rébellion »)Culture : une autre lecture de l’action politique dans le processus révolutionnaire égyptien Robert SerravalleRRJean-François DaguzanRetour sur une relation identitaire : l’Italien vu de NiceMémoire de la guerre civile espagnole : Robert BistolfiRreconquête d’une mémoire amputée par la moitié RLangues régionales : il y a deux siècles, une mort programmée…Robert BistolfiChristophe ChicletRobert BistolfiLaïcité et Islam : un terrain miné ? Les défenseurs des langues régionales
Prochain numéro (n° 89) : Le conflit syrien
© L’Harmattan, 2013 - ISSN : 1148-2664© L’Harmattan, 2010 - ISSN 1148-2664ISBN 978-2-343-02962-7ISBN 978-2-296-54239-6 18,50 e18,50 e21 e21 e21 e21 e18,50 e21 e21 e
Stratégies islamistes
N° 76 - HIVER 2010-2011
Stratégies islamistes
Méditerranée Iran : une nouvelle donne ? N° 76 - HIVER 2010-2011
N° 88 - HIVER 2013-2014
Méditerranée
Stratégies islamistesStratégies islamistes N° 76 - N° 76 - HIVERHIVER 2010-2011 2010-2011
Stratégies islamistesStratégies islamistes
MMédéditerriterr ananéeée Iran : une nouvelle donneIran : une nouvelle donne ? ? N° 76 - N° 76 - N° 88 - HIVER 2013-2014N° 88 - HIVER 2013-2014HIVERHIVER 2010-2011 2010-2011
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www.confluences-mediterranee.com
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Méditerranée
Méditerranée
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MéditerranéeMéditerranée
MéditerranéeMéditerranéeREVUE TRIMESTRIELLE
88
Hiver
2013-2014
EDITIONS L’HARMATTAN est une revue trimestrielle dont l’ambition est d’aborder
les grandes questions politiques et culturelles qui concernent les peuples et les sociétés du bassin
méditerranéen. Sans aucun parti pris idéologique, elle privilégie avant tout le débat entre les acteurs,
les témoins et les décideurs, aussi différents soient-ils.
Les membres du comité de rédaction ont choisi cette orientation parce qu’ils sont convaincus que le
dialogue est une philosophie de l’action politique. Ni l’ampleur des divergences, ni la gravité des
oppositions ne doivent empêcher que soient patiemment recherchées les possibilités de confl uences.
Cet attachement au dialogue et à la confrontation des idées vient de la conviction que seul le dialogue
peut permettre de construire durablement de nouvelles formes de confi gurations politiques, à la fois
équilibrées et fécondes.
La création de cette revue à vocation internationale apparaît comme une contribution à l’ouverture d’un
indispensable espace de confrontations des analyses et des opinions sur les problèmes qui façonneront
l’avenir de cette région.
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Site internet : www.confluences-mediterranee.com
Fondateur
Hamadi Essid (1939-1991)
Directeur de la revue
Jean-Paul Chagnollaud
Rédacteur en chef
Pierre Blanc
Comité de rédaction
Sébastien Abis Paul Balta Robert Bistolfi
Christophe Chiclet Jean-François Coustillière
Salam Kawakibi Agnès Levallois Barah Mikail
Bernard Ravenel Sylviane de Wangen
Webmaster : Patrick Habis
Comité scientifique
Lahouari Addi Elie Barnevi Karine Bennafla
Sarah Ben Nefissa Pierre Blanc Jean-Paul Chagnollaud
Monique Chemillier-Gendreau Burhan Ghalioune
Nilufer Göle Alain Gresh Bassma Kodmani
Elisabeth Longuenesse Farouk Mardam-Bey Gilbert Meynier
Correspondants étrangers
Ghassan El Ezzi (Beyrouth, université Libanaise)
Jamal Al Shalabi (Amman, université Zarqa)
Jamila Houfaidi Settar (Casablanca, université Mohammedia)
Roger Heacock (Ramallah, Université Birzeit)
Ivan Martin (Madrid, Université Complutense, économiste)
Rabeh Sebaa (Professeur de littérature, université d’Oran)
© L’Harmattan
ISSN : 1148-2664 / ISBN : 978-2-343-02962-788
Iran : une nouvelle donne ?
Hiver
2013-2014
Sommaire
Dossier
p. 9François Nicoullaud
Préface
p. 11Clément Therme
L’Iran en 2014 : une Révolution normalisée ?
p. 19Mohammad-Reza Djalili
Politique étrangère de la République islamique :
le rôle du président
p. 35Farhad Khosrokhavar
La Révolution islamique de 1979 :
mutation de l’opposition politique
p. 47Marie Ladier-Fouladi
La présidentielle iranienne de juin 2013 :
enjeux et décryptages
p. 63Thierry Coville
L’économie iranienne après l’élection
de Hassan Rohani
p. 75Thomas Fourquet
L’ayatollah Mesbah Yazdi et le Front
de la persistance, ou le radicalisme
en République islamique
p. 91Denis Bauchard
Etats-Unis-Iran : du Grand Satan au Grand Bargain
p. 113Clément Therme
La nouvelle « guerre froide »
entre l’Iran et l’Arabie saoudite au Moyen-Orient Dossier dirigé par
Clément Therme
p. 127Lucia Direnberger
(Re)formulations des hétéronationalismes en Iran
p. 141Entretien avec Ahmad Salamatian
La République islamique, sur la voie du compromis ?
Variations
p. 155Caroline Barbary et Maria Adib Doss
Tamarrod (« rébellion ») : une autre lecture de l’action
politique dans le processus révolutionnaire égyptien
Jean-François Daguzan p. 171
Mémoire de la guerre civile espagnole :
reconquête d’une mémoire amputée par la moitié
p. 185Robert Bistolfi
Laïcité et Islam : un terrain miné ?
p. 198Notes de lecture
En couverture :
© AFPDossier
Iran :
une nouvelle donne ? Dossier dirigé par
Clément Therme Dossier Variations
François Nicoullaud
Ancien ambassadeur de France à Téhéran
Préface
Ce remarquable numéro spécial de Confluences Méditerranée met en
lumière la vitalité de la recherche et de l’analyse consacrées à l’Iran.
Ceci apparaît dans la variété des thématiques abordées, et dans la
variété des parcours de leurs auteurs : si beaucoup appartiennent,
comme il est naturel, au monde universitaire, d’autres viennent de la
diplomatie, du journalisme, ou encore de la vie politique. Chacun, à sa
façon, apporte à cet ouvrage sa connaissance intime du monde iranien
et de son environnement. Les études présentées offrent donc la qualité
unique de travaux irrigués d’expériences vécues.
Ces regards croisés mettent à leur tour en relief la vitalité de la
société iranienne. On percevait déjà depuis un certain temps sa montée
irrésistible vers la modernité. Au fil des articles, on la voit déployer
à nouveau, notamment autour de la dernière élection du président
de la république, une étonnante énergie collective pour aller dans le
sens de ses aspirations. Certes, cette société n’est pas univoque. Les
tensions qui la parcourent sont très fortes, et témoignent donc de sa
dynamique. Mais étant maîtrisées, du moins à ce jour, elles témoignent
aussi de sa maturité.
L’ouvrage fait enfin apparaître, que cela plaise ou non, la vitalité
de la République islamique. Dieu sait si l’on a souvent fait miroiter la
chute prochaine de ce régime. Il a démontré sa capacité à surmonter
tous les périls, mobilisant les énergies quand il s’agissait de résister à
un envahisseur, rendant coup pour coup dans les guerres de l’ombre,
réprimant avec férocité tout ce qui pourrait le déstabiliser, soit au sein
de ses minorités périphériques, soit au cœur de sa société civile. Il est
toujours là, et a su tirer les leçons de ses erreurs, par exemple en gérant
avec habileté la dernière élection présidentielle, au rebours de l’élection
ratée de 2009.
9
Numéro 88 Hiver 2013-2014Iran : une nouvelle donne ?
À la lecture de ce numéro spécial, l’on entrevoit les secrets de
cette résilience. Elle tient, pour l’essentiel, à deux aspects. D’abord au
caractère collectif du fonctionnement du système, où, sauf exceptions
plutôt rares, d’amples discussions entre les nombreuses factions et les
centres de pouvoir qui le composent précèdent et accompagnent les
choix importants. En tout cela, quoi qu’on en dise, le guide suprême
suit plus qu’il ne devance ses troupes, veillant à la survie du régime et
à la préservation de ses grands équilibres.
La deuxième explication tient sans doute au fait que la République
islamique, quelles qu’en soient les nombreuses tares, a donné aux
Iraniens le sentiment d’avoir enfin accédé à la pleine indépendance.
Elle a clos et renvoyé au passé le long chapitre de l’histoire où l’Iran
apparaissait comme le jouet humilié des puissances extérieures.
Cette donnée est en particulier illustrée par la gestion du dossier
nucléaire. Il est intéressant de noter, à la suite d’un récent sondage,
qu’à peine 6 % des Iraniens considèrent comme une priorité la pour-
suite de leur programme d’enrichissement d’uranium. Mais, en un
étonnant réflexe de cohésion nationale, 96 % d’entre eux se déclarent
prêts à payer le prix des sanctions pour garantir la continuité de leur
programme nucléaire. Au fond, comme le confiait il y a quelque temps
le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif : « Les
Américains considèrent qu’ils sont une nation exceptionnelle… Mais
nous aussi, nous nous voyons comme une nation exceptionnelle ». ■
10
Numéro 88 Hiver 2013-2014 Dossier Variations
Clément Therme
Chercheur post-doctorant à l’Université de Genève.
L’Iran en 2014 : une
Révolution normalisée ?
« Qui dirige l’Iran ? » Cette question est posée de
manière récurrente par les chercheurs en science
1politique qui analysent la République islamique d’Iran .
Selon la réponse apportée à la question, on évaluera les
conséquences stratégiques de l’élection d’un président de
la République islamique « modéré » de manière opposée.
our les néoconservateurs américains, l’Iran est un régime
théocratique à classer aussi bien dans la catégorie des « Etats Pvoyous » (Administration Clinton) que dans celle de « l’axe
du mal » (Administration Bush junior) ou des « Etats préoccupants »
(Administration Obama). Selon cette grille de lecture idéologique,
l’élection d’un Président centriste en Iran n’est rien d’autre qu’un
subterfuge des institutions non-élues de la République islamique pour
assurer la pérennité d’un régime à la légitimité fragilisée par les élec-
tions présidentielles contestées de juin 2009. En suivant cette même
grille de lecture, le résultat des élections aurait été avant tout déterminé
par le renforcement des différents régimes de sanctions qui sont impo-
sées à l’Iran en raison de ses activités nucléaires, mais aussi, s’agissant
des sanctions unilatérales de Washington et de Bruxelles, en lien avec
des violations des droits de l’homme. Ces sanctions ont bien sûr joué
un rôle dans l’évolution de la stratégie internationale de l’Iran mais
réduire le résultat des élections présidentielles de juin 2013 aux seuls
effets des sanctions est une erreur d’analyse pour deux raisons.
11
Numéro 88 Hiver 2013-2014Iran : une nouvelle donne ?
D’abord, cette vision des évolutions politiques internes en Iran est
une négation de la vitalité et du dynamisme de la société iranienne. En
effet, la majorité de l’opinion publique apparaît favorable au dialogue
et à une relative ouverture vis-à-vis de l’Occident du moins sur le plan
culturel et économique.
Ensuite, il existe des factions au sein du système (nezam) de la
République islamique proposant des options de politique internatio-
nale différentes. Ainsi l’élection d’un président « modéré » ou plutôt
centriste traduit essentiellement la victoire idéologique de la faction
de l’ayatollah Rafsandjani dite des reconstructeurs (Kargozaran). Dans
cette perspective, il s’agit de favoriser le développement économique
en faisant accepter à la population la glaciation politique. La victoire
de Rohani a démontré la capacité de Rafsandjani et de ses alliés à
contrôler la présidence de la République islamique en faisant prévaloir
une ligne plus ouverte dans les relations avec les pays occidentaux. Les
tenants de cette ligne « développementaliste » défendent une approche
plus réaliste des relations internationales et ils sont contre le déni des
problèmes économiques rencontrés par l’Iran, notamment à partir de
l’année 2010 avec le renforcement des sanctions internationales.
A l’opposé de cette approche de la République islamique comme
un Etat « différent », voire « maléfique », et avec lequel il n’est pas
possible de dialoguer, et cela, quelle que soit la faction en charge
de la présidence, se trouve le récit des dirigeants de la République
islamique. Selon eux, les élections présidentielles en Iran sont autant
d’épopées politiques et la participation « massive » de la population
au processus électoral est perçue comme le signe d’une adhésion
sans cesse renouvelée, depuis 35 ans, aux valeurs de la Révolution
islamique. Ainsi, la République islamique est présentée comme un
idéal-type de démocratie religieuse. Pour répondre aux critiques occi-
dentaux en général et français en particulier, les dirigeants iraniens
dénoncent l’incapacité, pour une pensée fondée sur le concept de
laïcité, de comprendre un système basé sur la fusion du religieux et
du politique. Ce récit a prévalu lors des élections de 2009 même si
les manifestations populaires post-électorales avaient quelque peu
entaché l’image du régime. Pour justifier la contestation interne, les
dirigeants iraniens avaient eu recours à des théories complotistes
mettant en avant le rôle des Etats-Unis et de l’Angleterre dans la
manipulation d’une partie de la population iranienne et des candidats
éliminés au premier tour, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi,
alors qualifiés de « séditionistes ».
12
Numéro 88 Hiver 2013-2014 Dossier Variations
L’Iran en 2014 : une Révolution normalisée ?
Au-delà de ces deux visions extrêmes, il semble nécessaire d’envi-
sager l’architecture institutionnelle de la République islamique dans sa
complexité tout en mettant en évidence les dissensions de fond qui
2existent au sein même du système . Le Président n’est qu’un acteur
parmi d’autres dans le système complexe de prise de décision. Pour
que son agenda d’ouverture vers l’étranger réussisse, Rohani a besoin
du soutien du pouvoir judiciaire et des plus hautes autorités religieuses
qui commandent les gardiens de la révolution. Ces derniers sont en
effet placés sous l’autorité du Guide et l’ouverture économique vis-
à-vis de l’Occident voulue par Rohani comporte le risque de voir le
système de redistribution de la rente évoluer en leur défaveur.
L’élection de Rohani, en juin 2013, représente donc une inflexion
limitée mais réelle de la part des plus hautes autorités de la République
islamique ; autrement dit, le bureau du Guide suprême. En effet, sans
l’accord du Guide l’élection de Rohani n’aurait pas été possible. En
ce sens, les sanctions ont joué un rôle dans l’élection d’un président
centriste puisque c’est pour assurer le bien-être de la population que
le Guide a décidé de renouer avec la « communauté internationale ».
Cependant, il n’en reste pas moins que la population s’est saisie de
l’élection de Rohani pour envoyer un message à ses dirigeants mais
aussi à ceux qui imposent des sanctions contre l’Iran conduisant par-là
même à la dégradation des conditions de vie de la population.
En République islamique, les questions de politique étrangère sont
des enjeux de politique interne. En effet, pour résoudre les problèmes
économiques du pays, il est indispensable pour le nouveau gouver-
nement iranien de trouver une solution au contentieux nucléaire qui
oppose Téhéran à la « communauté internationale » depuis plus de dix
ans. Ainsi, l’agenda « développementaliste » du nouveau président a
trouvé une première traduction politique avec la signature de l’accord
3intérimaire de Genève le 24 novembre 2013 . La première priorité du
président a été de montrer son engagement à résoudre le problème
nucléaire pour aboutir à une levée des sanctions unilatérales améri-
caines et européennes qui grèvent le développement économique du
pays. La volonté du Président Rohani de transformer l’Iran en véritable
pays émergent reste liée à sa capacité à transformer la mise en œuvre
de l’accord intérimaire de Genève, à partir du 20 janvier 2014, en
règlement définitif. En effet, la levée partielle et limitée des sanctions
concerne l’automobile, les pièces détachées des avions, la suspension
de l’adoption de nouvelles sanctions en particulier concernant les
exportations de pétrole iranien, l’or et la pétrochimie. Cependant, les
13
Numéro 88 Hiver 2013-2014Iran : une nouvelle donne ?
sanctions financières restent en place malgré un dégel graduel d’avoirs
iraniens pour un montant de 7 milliards de dollars.
Cet agenda « développementaliste » suscite l’opposition d’une
partie des élites politiques iraniennes et du corps des gardiens de la
Révolution pour des raisons financières et idéologiques. Le rétablis-
sement des relations commerciales avec l’Union européenne peut
conduire à la montée en puissance de groupes politiques modérés et
à l’affaiblissement de réseaux politico-économiques dont l’essentiel
des affaires est tourné vers l’Asie. Sur le plan idéologique, cet agenda
requiert une normalisation des relations avec les Etats-Unis ou, du
moins, une baisse des tensions. C’est en effet une condition nécessaire
mais non suffisante à l’allègement des pressions économiques externes
qui freinent le développement économique du pays. Cette question des
relations avec les Etats-Unis reste néanmoins au cœur de l’idéologie de
la « résistance » promue par la Révolution islamique. Il est donc pro-
bable que l’amélioration des relations entre Téhéran et Washington se
limite à des coopérations ciblées qu’il s’agisse de la gestion de la crise
afghane après le retrait des troupes étrangères à la fin de l’année 2014
ou de la stabilisation de l’Irak.
Le président Rohani a comme priorité, le règlement de la question
nucléaire, principal obstacle au développement du pays. Cependant,
en tant que puissance régionale incontournable, l’Iran a un rôle à jouer
dans la gestion de la crise syrienne. Dans quelle mesure le président
peut-il infléchir la position de Téhéran dans les crises du Moyen-
Orient ?
A propos de la stratégie régionale de l’Iran, la crise syrienne consti-
tue l’un des domaines réservés du Guide, en raison du caractère straté-
gique de cette alliance : la Syrie était, avant l’invasion militaire de l’Irak
par les Etats-Unis en mars 2003, le seul allié arabe de la République
islamique. De plus, le président négocie déjà avec les courants poli-
tiques les plus radicaux de la République islamique sur la question
nucléaire. Il lui est donc difficile de modifier, de manière substantielle,
la position diplomatique de Téhéran dans la crise syrienne alors que sa
diplomatie interne sur le nucléaire lui demande une activité politique
permanente pour faire accepter un compromis sur cette question
essentielle pour la pérennité de la République islamique.
Ces relations avec Damas sont donc décisives pour Téhéran, car
elles permettent à l’Iran de maintenir une sorte de parité stratégique
avec Israël face aux menaces de bombardements des installations
nucléaires iraniennes. L’Iran n’est pas en mesure de riposter par voie
14
Numéro 88 Hiver 2013-2014 Dossier Variations
L’Iran en 2014 : une Révolution normalisée ?
aérienne à une attaque potentielle israélienne, il s’agit plutôt de pro-
téger la route pour poursuivre les livraisons d’armes au Hamas et au
Hezbollah libanais. C’est l’une des raisons du soutien inconditionnel
de Téhéran à Damas. Sans remettre en cause la prééminence du Guide
sur ce dossier, l’arrivée d’un président centriste a abouti à un rééquili-
brage de la stratégie régionale de l’Iran vers un dialogue renforcé avec
les Etats du Golfe, notamment Oman et Dubaï et à la recherche d’un
marchandage avec l’Occident : contribution de l’Iran à la stabilisation
de la Syrie, de l’Afghanistan et de l’Irak en échange de plus de sou-
plesse dans la limitation que souhaitent imposer les Occidentaux au
programme nucléaire.
Cette nouvelle flexibilité iranienne ne signifie pas pour autant un
renversement complet de la stratégie régionale de l’Iran. Cependant, le
nouveau président iranien peut compter sur la nouvelle politique régio-
nale d’Obama marquée par une gestion réaliste des crises régionales
et une prudence quant au recours à la force pour régler des questions
politiques. Ce rapprochement irano-américain se construit sur des
intérêts géopolitiques convergents en Irak, en Syrie et en Afghanistan
en particulier face à la menace des groupes jihadistes sunnites. S’agit-il
pour autant d’un retour à la stratégie des deux piliers (twin pillars policy)
de l’administration Nixon (1969-1974) s’appuyant à la fois sur Téhéran
et Ryad ? Il est plus probable que les coopérations irano-américaines se
limiteront, dans un premier temps, à des coopérations ponctuelles en
Afghanistan, en Irak ou en Syrie suivant l’exemple du réchauffement
entre Téhéran et Washington porté par le président Khatami (1997-
2005). Il ne faut pas néanmoins sous-estimer la portée historique de
l’ouverture d’un dialogue diplomatique direct entre les représentants
américains et iraniens. Il s’agit d’une rupture historique réelle que l’on
peut mesurer à l’aune des réactions négatives des principaux alliés
américains dans la zone : Israël et l’Arabie saoudite.
Cette question des relations irano-américaines résume à elle seule
la problématique de la normalisation de la Révolution islamique.
L’abandon de ce pilier idéologique qu’est l’anti-américanisme signerait
la fin des idéaux révolutionnaires de l’ayatollah Khomeyni. En effet,
l’opposition culturelle à la « civilisation occidentale » et l’anti-sionisme
constituent les fondements idéologiques de la Révolution islamique.
Toute normalisation de la Révolution impliquerait un abandon des
slogans scandés lors de la prière du vendredi, haut lieu de la politique
iranienne. La tentative d’abandonner ces slogans révolutionnaires par
la faction de Rafsandjani n’est néanmoins pas le résultat d’une volonté
15
Numéro 88 Hiver 2013-2014Iran : une nouvelle donne ?
de sortir de la révolution mais, plutôt, de mettre les intérêts de l’Etat
au cœur du système de prise de décision de la République islamique.
Le premier chapitre de ce numéro est consacré au rôle du président
au sein de l’architecture institutionnelle du régime issu de la Révolution
de 1979. Mohammad-Reza Djalili met en exergue le rôle limité du pré-
sident puisque l’essentiel des prérogatives concernant le domaine de la
politique étrangère tout comme les questions de sécurité relèvent de la
compétence du Guide suprême. L’auteur retrace l’action des différents
présidents ayant précédés Rohani dans la période postérieure à la mort
de l’ayatollah Khomeyni. C’est à cette aune qu’il faut évaluer le change-
ment représenté par le choix de la modération en la personne d’Hassan
Rohani. Le second article de Farhad Khosrokhavar retrace l’histoire
des mouvements d’opposition politique à l’intérieur et à l’extérieur
du pays. Il montre comment l’opposition interne a été apprivoisée
jusqu’à accepter la répression et les restrictions imposées par le régime
contre ses propres partisans. Par ailleurs, Khosrokhavar montre aussi
la division et l’éloignement des réalités du pays de l’opposition en exil
alors qu’on observe un « divorce à l’iranienne » entre la société civile
et le pouvoir. Marie Ladier-Fouladi s’interroge ensuite sur la valeur
des résultats de l’élection présidentielle de juin 2013 compte tenu de la
contradiction apparente entre la victoire d’un président « modéré » et la
majorité obtenue par les factions fondamentalistes aux élections muni-
cipales. Elle relève les indices d’une manipulation des votes tout en
constatant que le Guide suprême sort renforcé du processus électoral.
Thierry Coville décrypte ensuite les défis économiques que doit
relever le nouveau gouvernement iranien, en particulier l’incertitude
qui pèse sur la levée effective des sanctions. Parmi les principaux dos-
siers économiques figurent la question du taux de change, la réduction
des subventions, la dégradation des finances publiques. Pour ce faire,
Coville estime que le gouvernement de Rohani a fait le choix d’une
libéralisation de l’économie et de la mise en œuvre de stratégies visant
à améliorer la compétitivité des entreprises. Thomas Fourquet estime
ensuite que la tendance radicale de l’ayatollah Mesbah Yazdi est margi-
nalisée par l’élection d’un président modéré. Fourquet retrace l’histoire
de la pensée « extrémiste et élitiste » de Yazdi et il remarque que l’échec
de son candidat à l’élection de juin 2013, Saïd Jalili est la traduction de
l’échec, plus global, de l’ensemble de ses entreprises politiques.
Par ailleurs, l’article de Denis Bauchard évoque la question centrale
pour l’avenir de l’Iran : les relations avec les Etats-Unis. A contre-
courant du récit médiatique qui dépeint les relations irano-américaines
16
Numéro 88 Hiver 2013-2014 Dossier Variations
L’Iran en 2014 : une Révolution normalisée ?
allant dans le sens d’une réconciliation, Bauchard montre qu’il existe
de nombreux obstacles sur le chemin du rapprochement entre Téhéran
et Washington. En effet, des oppositions à la normalisation sont très
fortes en Iran et aux Etats-Unis mais aussi des puissances régionales
comme Israël et l’Arabie saoudite sont déterminées à empêcher l’émer-
gence d’une nouvelle donne dans les relations irano-américaines. Sans
nier l’espoir suscité par la nouvelle dynamique, l’ancien diplomate
incite à la prudence quant à une annonce prématurée d’un boulever-
sement géostratégique au Moyen-Orient. Notre article traite ensuite
de la question de la nouvelle guerre froide entre Téhéran et Ryad au
Moyen-Orient. Cette rivalité est certes la conséquence d’un affronte-
ment entre deux Etats mais elle a aussi des ramifications régionales qui
se manifestent à travers l’instrumentalisation de groupes non-étatiques.
L’enjeu d’une normalisation entre Ryad et Téhéran apparaît indispen-
sable à la stabilisation du Moyen-Orient par l’apaisement des tensions
sectaires en Syrie, au Liban, en Irak, au Bahreïn mais aussi au Pakistan
et en Afghanistan.
Lucia Direnberger s’intéresse à une question déterminante pour
un régime théocratique tel que celui de la République islamique : le
lien entre ordre sexuel et idéologie nationale. A partir d’une analyse
historique de l’émergence de normes sexuelles en Iran, Direnberger
décrypte l’émergence de la question LGBT dans la diaspora iranienne
et les discours des ultra-conservateurs islamistes sur les questions
relatives à l’orientation sexuelle des individus. Dans un entretien qu’il
nous a accordé – avec Thomas Fourquet – l’opposant en exil, Ahmad
Salamatian analyse l’évolution du régime politique de la République
islamique en s’interrogeant sur l’aptitude de ses élites politiques à trou-
ver des solutions de compromis face aux défis diplomatiques auxquels
elles sont confrontées. Il remarque à juste titre que contrairement
à certaines anticipations, la République islamique est toujours à la
recherche de son Thermidor.
Ce dossier vise donc à faire le point sur les évolutions politiques de
la République islamique plus de trente-quatre ans après la Révolution
islamique. L’arrivée d’un président « normal » à la présidence de la
République islamique est une condition nécessaire mais probablement
pas suffisante à la normalisation complète des relations entre l’Iran
et la « communauté internationale ». Il n’en reste pas moins que le
nouveau discours de Rohani sur la scène internationale permet de
présenter un nouveau visage de l’Iran dont l’image a trop souvent été
caricaturée dans les médias occidentaux. Le principal objectif de ce
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Numéro 88 Hiver 2013-2014Iran : une nouvelle donne ?
dossier est donc de présenter la situation de l’Iran dans toute sa com-
plexité loin des grilles de lecture idéologiques et immuables quels que
soient les changements dans la réalité sociale, politique ou économique
du pays. ■
Notes :
1. Voir l’ouvrage de référence de Wilfried Buchta, Who Rules Iran ? The
Structure of Power in the Islamic Republic, The Washington Institute for Near
East Policy and the Konrad Adenauer Stiftung, Washington, 2000, 239 p.
2. Sur ce sujet, voir notre article « De la nature du régime iranien », Relations
internationales, n° 154, 2013/2, p. 143-159.
3. Pour le texte de l’accord en anglais, voir « Joint plan for action », Genève,
24 novembre 2013. Disponible : http://media.farsnews.com/media/Uploaded/
Files/Documents/1392/09/03/13920903000147.pdf (consulté le 24 janvier
2014.
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Numéro 88 Hiver 2013-2014 Dossier Variations
Mohammad-Reza Djalili
Professeur émérite de l’Institut de hautes études internationales et
du développement de Genève. Il a notamment publié, avec Thierry
Kellner, un ouvrage intitulé Iran, (La Boétie, 2013).
Politique étrangère
de la République
islamique : le rôle
du président
En République islamique, le président de la république
est plus chef de gouvernement que chef d’Etat. Toutes
les structures de l’Etat fonctionnent sous la direction
du Guide suprême dont le pouvoir a une prééminence
sur tous les autres pouvoirs. En ce qui concerne la
sécurité du régime ainsi que la politique étrangère, le
Guide établit les lignes directrices de la politique. Cela
étant, depuis la disparition de l’ayatollah Khomeyni,
les présidents qui se sont succédés ont essayé de profiter
de la marge de manœuvre limitée dont ils disposaient
en matière de questions internationales afin de gérer la
politique extérieure du pays selon leur tempérament et
conformément aux circonstances du moment.
n République islamique, la politique étrangère, comme tout
ce qui concerne la sécurité du régime, relève des attributs du EGuide suprême qui en général énonce les lignes conductrices
1de cette politique . Pour cette formulation, le Guide s’appuie sur deux
institutions qu’il a à sa disposition: le Bureau du Guide suprême (beit-e
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Numéro 88 Hiver 2013-2014