Islamisme et jeunesse palestinienne

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Au sein de l'université de Bir Zeit, la contestation estudiantine se traduit aujourd'hui par de régulières victoires du Bloc islamique (la représentation estudiantine du Hamas) aux élections étudiantes. Cet ouvrage pose donc la question de la portée réelle, en termes de modifications politiques et sociales, de l'investissement croissant des mouvements islamistes palestiniens dans les différents processus électoraux, et des conséquences qu'il pourrait avoir sur les grands défis qui attendent la population palestinienne dans les années à venir.
Publié le : mercredi 1 avril 2009
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EAN13 : 9782296219465
Nombre de pages : 193
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Islamisme et Jeunesse palestinienne

Comprendre le Moyen-Orient Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

Christine MILLIMONO, La Secte des Assassins, xr XIIr siècles, 2009. Jérémy SEBBANE, Pierre Mendès France et la question du Proche-Orient (1940-1982), 2009. Rita CHEMAL Y, Le Printemps 2005 au Liban, 2009. Anne-Lucie CHAIGNE-OUDIN, La France dans les jeux d'influence en Syrie et au Liban, (1940-1946), 2009. May MAALOUF MONNEAU, Les Palestiniens de Jérusalem. L'action de Fayçal Husseini, 2009. Mohamed ABDEL AZIM, Israël et ses deux murs. Les guerres ratées de Tsahal, 2008. Michel CARLIER, Irak. Le mensonge, 2008. Nejatbakhshe Nasrollah, Devenir Ayatollah. Guide spirituel chUte, 2008. Mehdi DADSETAN et Dimitri JAGENEAU, Le Chant des Mollahs: la République islamique et la société iranienne, 2008.
Chanfi AHMED, Les conversions à l'islam fondamentaliste en Afrique au sud du Sahara. Le cas de la Tanzanie et du Kenya, 2008. Refaat EL-SAID, La pensée des Lumières en Égypte, 2008. El Hassane MAGHFOUR, Hydropolitique et droit international au Proche-Orient, 2008. Sepideh FARKHONDEH, Société civile en Iran. Mythes et réalités,2008. Sébastien BOUSSOIS, Israël confronté à son passé, 2007. Ariel FRANÇAIS, Islam radical et nouvel ordre impérial, 2007. Khalil AL-JAMMAL, L'Administration de l'Enseignement Public au Liban, 2007. Dr. Moustapha AL FEQI, Les Coptes en politique égyptienne. Le rôle de Makram Ebeid dans le Mouvement National, 2007. Mohamed Anouar MOGHIRA, Moustapha KAMEL l'égyptien. L 'homme et l'œuvre, 2007.

Aurélien Turc

Islamisme

et Jeunesse palestinienne
La « tentation islamiste» au miroir des élections universitaires palestiniennes

L'Harmattan

f) L'HARMATTAN, 2009 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffus ion .harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07764-5 EAN : 9782296077645

Je souhaite avant tout remercier les étudiants et l'administration de Bir Zeit, qui m'ont accueilli avec générosité et permis d'ancrer cette recherche au plus près de la réalité. Je tiens également à remercier le Professeur Gilles Kepel, qui a guidé les différentes étapes de cette recherche. Merci à Jean-François Legrain, qui m'a inspiré cette recherche, ainsi qu'à Aude Signoles et Vincent Romani pour leurs nombreux conseils. Je sais gré, en outre, à Jean-Paul Chagnollaud de m'avoir accordé la confiance et le temps nécessaires à la publication de cet ouvrage. Merci enfin à Marie Martinez, ma grand-mère, ainsi qu'à mes parents pour leurs encouragements et leurs relectures.

À Marion.

SOMMAIRE

INTRODUCTION

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PREMIERE PARTIE: LES ETUDIANTS PALESTINIENS SUITE A L'INTIFADA AL-AQSA, UNE INSCRIPTION PARADOXALE DANS L'ESPACE POLITIQUE NATIONAL 31 Chapitre I: La place des universités et des étudiants dans la société palestinienne 33 I. Les universités, un espace historique de la vie politique palestinienne 34 II. Le désinvestissement politique des étudiants dans la société palestinienne 43 Chapitre II : L'expression politique à Bir Zeit: une mise en scène ambitieuse pour une portée, sinon réduite, du moins paradoxale 59 I. Les élections étudiantes à l'université de Bir Zeit, beaucoup de bruit pour... des résultats politiques limités. 59 II. L'engagement politique des étudiants, entre émancipation politique et inscription de facto dans l'infrastructure politique palestinienne 73 DEUXIEME PARTIE: LES SYNDICATS ETUDIANTS, A LA RECHERCHE D'UNE SYNTHESE ENTRE MOBILISATION DES JEUNES ET INSCRIPTION DANS LE CHAMP POLITIQUE PALESTINIEN 87 Chapitre I: Le Bloc islamique: L'adaptation à un champ politique spécifique comme révélateur des forces et faiblesses du mouvement islamiste palestinien 93 I. Historique du mouvement islamiste en Palestine... 93

II. La parenté entre le Hamas et sa représentation estudiantine: un vote protestataire qui a su capter l'héritage du nationalisme palestinien 99 III. Moralité ou modernité islamique? 114 IV. L'institutionnalisation du Hamas: une question révélatrice de la tension entre la poésie de l'idéologie et la prose de la réalité politique 126 Chapitre II: Les syndicats nationalistes et de gauche: L'impossibilité du mouvement étudiant à s'extraire d'une influence politique extérieure 137 I. La Chabiba, un mouvement en quête forcée de réorganisation 138 II. La gauche, « victime collatérale» de la bipolarisation 154 CONCLUSION: LE MOUVEMENT ISLAMISTE CHEZ LES JEUNES PALESTINIENS: UNE VICTOIRE A LA PYRRHUS ? 159 BIBLIOGRAPHIE ANNEXES 167 175

« Il Yaura politique en cela qu'il y aura polémique autour de la conception du bien collectif ».
PAUL VEYNE, Le pain et le cirque, 1976.

Introduction

Ce livre est issu d'un mémoire de Master réalisé en 2006 au sein de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, sous la direction de Gilles Kepel. Etudiant en sciences politiques, nous souhaitions alors travailler sur la Palestine et plus précisément sur la montée en puissance ces dernières années du «Mouvement de la Résistance Islamique », le Hamasl. Du fait des difficiles conditions d'enquête sur place et après avoir consulté plusieurs chercheurs familiers de ce terrain, nous avons décidé de partir enquêter sur les élections étudiantes à l'université de Bir Zeit. Nous expliquerons dans la suite de cette introduction l'intérêt d'un tel choix, qui réside en grande partie dans le lien que l'on peut faire entre ces élections universitaires et l'évolution actuelle de la scène politique palestinienne. Cet ouvrage est donc basé sur une enquête de terrain effectuée au printemps 2006, principalement à Bir Zeit et à Ramallah. Compte tenu des tensions qu'engendre la présence israélienne dans les Territoires occupés, notamment auprès des jeunes (risques d'emprisonnement administratif (sans procès), check points innombrables, crainte de l'espionnage à l'université, etc.), il n'était pas évident de réaliser une enquête approfondie au sein d'une

I Acronyme de harakat al-muqawama al-islamiyya, «le Mouvement de la Résistance Islamique », qui signifie également en arabe zèle, ferveur. Mouvement fondé au début de la première Intifada (fin 1987) par un groupe issu des Frères musulmans palestiniens et dirigé par le sheikh Ahmed Yassinjusqu'à sa mort en 2004. 15

université palestinienne2. Par exemple, tous les entretiens

avec les membres du Bloc islamique - le mouvement de jeunesse du Hamas - ont été réalisés debout, à l'extérieur,
en faisant des allers-retours au sein du campus à deux ou en groupe restreint! Il est vrai que les risques sont bien réels, l'année israélienne pouvant intervenir à tout moment sur le campus. Au cours de notre séjour, une unité de l'année israélienne a ainsi tenté de perturber la tenue des élections à Bir Zeit. Lors de cette opération année, des soldats se sont massés au pied du campus, quelques dizaines d'étudiants ont alors jeté des pierres dans leur direction, ce à quoi les militaires ont riposté par des tirs à balles réelles. Bien que distante de Ramallah de seulement une dizaine de kilomètres, Bir Zeit est la seule université palestinienne à ne pas se situer en zone A, en zone d'autonomie palestinienne3, ce qui explique que l'année

2 Romani V., «Enquêter dans les Territoires palestiniens. Comprendre un quotidien au-delà de la violence immédiate », Revue française de science politique 2007/1, Volume 57, p. 27-45. Les conditions d'enquête sont rapidement exposées en fin d'ouvrage, ainsi que la présentation des personnes interviewées. 3 Les accords d'Oslo puis l'accord intérimaire de 1995 ont défini trois zones distinctes: la zone A comprend Gaza et Jéricho ainsi que les sept grandes cités palestiniennes (lénine, Qalqilya, Tulkarem, Naplouse, Ramallah, Bethléem et Hébron), soit environ 4% de la superficie de la Cisjordanie et 20% de sa population, où l'Autorité palestinienne est chargée de l'ensemble des pouvoirs civils et de police; la zone B couvre la quasi totalité des 450 villages palestiniens de Cisjordanie, soit environ 23% de sa superficie. L'Autorité palestinienne n'y est dotée que des pouvoirs civils et d'une partie des pouvoirs de police, l'armée israélienne y conservant la responsabilité de la sécurité et un droit permanent et unilatéral d'intervention. La zone C, 73% de la superficie de la Cisjordanie, comprend les zones non peuplées, les zones dites "stratégiques" et les colonies, et demeure 16

israélienne y intervienne régulièrement. Finalement, l'année n'a pas investi le campus et aucun étudiant n'a été arrêté cette fois-ci. Cette intervention avait sans doute valeur d'avertissement, pour rappeler à la jeunesse estudiantine que la population palestinienne est - et reste sous le contrôle de l'année israélienne... Si cette enquête de terrain date d'environ deux ans, l'étude des mécanismes de socialisation et de représentation politiques qu'elle met en lumière garde tout son intérêt. Plus encore, l'actualité récente au sein des universités palestiniennes montre que cette problématique reste une porte d'entrée particulièrement féconde pour comprendre la situation actuelle en Palestine. En effet, depuis notre séjour, la situation politique en Cisjordanie s'est fortement détériorée suite à la scission avec la bande de Gaza en juin 2007. Cela s'est notamment traduit par de nombreux épisodes de violence au sein des universités: en juillet 2007, des heurts entre Bloc islamique et Chabiba mouvement de jeunesse du Fatah4 - à l'université al-

Najah de Naplouse ont causé la mort d'un étudiant membre du premier de ces syndicats; à la même période, l'université de Bir Zeit a fenné ses portes pendant trois jours du fait d'affTontements du même type, dont l'événement déclencheur a été l'arrestation par les forces

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sous le contrôle exclusif israélien. L'université de Bir Zeit se situe en zone B (une carte a été reproduite en annexe).

Le Fatah est un mouvement nationaliste palestinien fondé à la fin

des années 1950 au Koweït par Yasser Arafat, Salah Khalaf et Khalil al-Wazir (abu jihad). Principale force politique au sein de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), le Fatah a dirigé l'Autorité palestinienne de 1993 à 2006, date à laquelle il a perdu la majorité au Conseil législatif palestinien (passant de 56% à 34%). 17

de sécurité palestiniennes d'Ahmed, le chef du Bloc islamique à Bir Zeit et l'un de nos principaux interlocuteurs lors de notre séjour en Palestine. Son syndicat a organisé un sit-in de protestation au sein du campus qui a dégénéré suite à l'intervention de la Chabiba. .. Contrairement aux très nombreuses fermetures imposées par les Israéliens lors des deux intifada-s, la décision a été prise cette fois-ci en interne, pour permettre un retour au calme: la direction de Bir Zeit a ainsi appelé à une dépolitisation des mouvements étudiants au sein de l'université. Or, nous allons voir tout au long de cet ouvrage que cet appel ne pouvait être qu'improductif car les universités palestiniennes ont toujours été - depuis leur

création - un lieu de mobilisation et une caisse de
résonance des tensions politiques intra-palestiniennes !

Ahmed a été relâché quelques semaines après son arrestation... pour être de nouveau arrêté avec son adjoint en novembre 2007, mais cette fois-ci par l'armée israélienne. Il a été condamné en décembre à un an d'emprisonnement pour appartenance au Bloc islamique, qui est selon la loi militaire israélienne une organisation illégale comme tout groupe estudiantin affilié à un parti politiques. Il s'agit là d'un motif pour le moins équivoque car si cette législation était réellement appliquée, les Israéliens devraient arrêter, ne serait-ce qu'à Bir Zeit, plusieurs centaines d'étudiants affiliés à l'un des huit syndicats présents sur le campus! Mais seul le Bloc islamique est inquiété par une action, si ce n'est conjointe, du moins concordante de l'armée israélienne et des forces

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Right to Education, « Wave of arrests at Birzeit University », R2E, 3 March 2008 (http://right2edu.birzeit.edulnews/article512). 18

de sécurité palestiniennes. Suite à la SClSSlOn entre la bande de Gaza contrôlée par le Hamas et la Cisjordanie restée sous l'autorité du Fatah, les différentes représentations du parti islamiste se retrouvent dans une situation particulièrement difficile en Cisjordanie. D'un autre côté, le Hamas, dont la liberté d'action est fortement entravée, ne peut dès lors qu'encore plus s'appuyer sur ses

représentations annexes - telles les syndicats étudiants

-

dont l'existence est tolérée. Toutefois, la tâche de ces derniers n'est pas aisée car, outre les pressions exercées par les forces de sécurité palestiniennes et l'armée israélienne, le syndicat islamiste doit également composer avec un lieu, l'université de Bir Zeit, qui fut pendant longtemps un bastion de la gauche palestinienne et que de nombreux protagonistes définissent comme « libéral ».

Et pourtant - tout l'intérêt de cette enquête tient dans ce paradoxe - le succès a souvent été au rendez-vous
pour la représentation estudiantine du Hamas. Lors des élections de 2006 auxquelles nous avons assisté, le Bloc islamique s'est largement imposé devant la Chabiba. Il l'a de nouveau emporté en 2007, avec un écart de voix plus réduit, avant de s'incliner assez lourdement en avril 2008, défaite qu'il est toutefois nécessaire de replacer dans le contexte troublé de ces derniers mois (le Fatah ayant renforcé son emprise sur la Cisjordanie). Cette dialectique entre la tension que subit le syndicat et les bons résultats qu'il obtient malgré tout illustre la position toujours difficile du Bloc islamique, essayant d'imposer ses vues politiques et sociales tout en étant attentif à ne pas se couper du soutien populaire. Benjamin Barthes, à propos d'al-Aqsa TV (la chaîne de télévision montée par le Hamas à Gaza), analyse cette position comme un grand écart permanent fondé sur le triptyque « modernisme,

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