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Israël-Palestine : après le 11 septembre

160 pages
Pendant que l’actualité est largement occupée par l’éventualité d’une guerre contre l’Irak, le conflit israélo-palestinien paraît relégué au second plan alors que pourtant la situation sur le terrain devient chaque jour plus insupportable. Aucune ouverture politique n’est en vue, bien que le Conseil de sécurité des Nations Unies a réaffirmé la nécessité de deux états « Israël et Palestine » pour vraiment sortir de ce conflit. Ce numéro de Confluences cherche donc à faire le point.
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CONFLUENCES
Méditerranée

Revue tri11lestrielle N° 43 Autom.ne 2002

la Revue CONFLUENCES

est publiée avec le concours et la lutte contre (FAS/LD)

du Fonds d'action et de soutien pour l'intégration les discriminations

et du Centre national du Livre (CNL)

Éditions L'Hannattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

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Cou verture : Mur de séparation construit par l'Etat israélien en Cisjordanie et s'élevant sur plus de 8m de haut Photo de Sylvie Fouet

CONFLUENCES
Revue trimestrielle
N° 43 Automne 2002 22 rue de la Fidélité 75010 Paris Site internet: www.ifrance.com/Confluences

Méditerranée

Fondateur Hamadi Essid (1939-1991) Directeur de la rédaction Jean-Paul Chagnollaud
Comité de rédaction Robert Bistolfi, Christophe Chiclet, Catherine Dana, Régine Dhoquois-Cohen, Burhan Ghalioun, Nilüfer Gôle, Abderrahim Lamchichi, Glfa Lamloum, Farouk Mardam-Bey, Bénédicte Muller, JeanChristophe Ploquin, Bernard Ravenel, Faouzia Zouari
Secrétaire de rédaction Anne Volery
Comité de réflexion

Lahouari Addi, Adonis, Paul Balta, Elie Barnavi, Jean-Michel Belorgey, Christian Bruschi, Monique Chemillier-Gendreau, Mahmoud Darwish, Shlomo Elbaz, Alain Gresh, Paul Kessler, Théo Klein, Bassma Kodmani, Madeleine Rebérioux, Claudine Rulleau, Edward Saïd, Mohamed Sid Ahmed, Baccar Touzani Correspondants Anna Bozzo (Rome), Carole Dagher (Beyrouth), Ghassan El Ezzi (Beyrouth), Sarnia el Machat (Tunis), Kolë Gjeloshaj (Bruxelles), Roger Heacock (Jérusalem), Gema Martin Munoz (Madrid), Podromos Podromou (Nicosie), Rabeh Sebaa (Alger), Jarnila Settar-Houfaïdi (Rabat)
Directeur de la Publication

Denis Pryen @ L'Harmattan, 2002 - ISSN : 1148-2664 ISBN: 2-7475-3277-1

SOMMAIRE
N°43 Automne 2002

Israël-Palestine
après le Il septembre
Dossier préparé par Jean-Paul Chagnollaud

Dossier
Palestine: un pays tout entier empêché de vivre
Jean-Paul Chagnollaud

p.9

Vers une nouvelle épistémologie de l'histoire palestinienne
Roger Heacock

p. 13 p. 23
p.33 p.39 p.49

L'étouffement des Palestiniens confinés dans des cantons
Sylvie Fouet

A propos de Marwan Barghouti ChristianeGillmann Des justes en Israël
Paul Kessler

L'honneur d'Israël ou le camp de la paix israélien Sylviane de Wangen Le plan de paix arabe: genèse, réactions et perspectives GhassanEl-Ezzi L'ambition hégémonique de G.W. Bush sur le Moyen-Orient Ann Lesch Le concept américain de guerre asymétrique Alain foxe Pour une critique politique du terrorisme
Bernard Ravenel

p. 59 p.73
p.8S p.93

Internationaux contre la spirale de haine au Proche-Orient
Gérard Fay

p. 107

Iran: «Laissetranquille la Palestine et solS-nousde cette ruine !» p. 117
Sepideh Farkhondeh

Actuel
La paix passe par l'acceptation d'un Etat palestinien
Entretien avec Théo Klein

p. 125 p. 133

L'Allemagne divisée par son immigration Entretien avecRitas Siissmuth

Confluences culturelles
Le camion sur le toit Mikaël Hirsch p. 141

LU
Les mains de Fatma, Simon Nizard Jet' ai à l' œil, Maati Kabbal Jean Arnrouche, l'éternel exilé, choix de textes (1939-1950) Libérez la Torah! Moïse, l'homme et la loi: une relecture, Théo Klein Le manifeste d'un juif libre, Théo Klein La déchirure chypriote. Géopolitique d'une île divisée, Pierre Blanc Dictionnaire amoureux de la Grèce, Jacques Lacarrière

p. 153

La Revue CONFLUENCESest publiée avec le concours du Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations (FAS/LD) et du Centre national du Livre (CNL)

Dossier

Palestine: un pays tout entier empêché de vivre
Jean-Paul Chagnollaud Il Y a plus d'un an Confluences avait décrit le scénario qui allait se dérouler en Palestine dans les mois qui suivraient: une agression militaire multiforme pour
effacer les accords d'Oslo, détruire le leadership palesti

-

nien et contraindre les Palestiniens à accepter la domina

-

tion israélienne.Cette analyse n'était pas très difficile à
faire tant cette agression était «annoncée».

ous disions que Sharon n'avait rien appris et qu'il continuerait donc à agir selon ses méthodes qui ne prennent en compte que la violence et les rapports de force. Utilisant, à la fois, le contexte intemationallié au Il septembre et l'indignation -légitime - provoquée par les attentats-suicides qui sont, à juste titre, unanimement condamnés, il a lancé cette agression qu'il avait depuis longtemps planifiée: désormais la Cisjordanie est réoccupée et toute la population y est soumise àun co'uvre-feu, 24 heures sur 24 ; Gaza est devenu, plus encore que dans le passé, une immense prison; Arafat est encerclé en permanence par des chars; des responsables politiques ont été assassinés tandis que diautres sont en prison comme un des plus éminents d'entre eux, Marwan Barghouti, qui, accusé de terrorisme, devrait être bientôt jugé par un tribunal israélien. Un pays tout entier, avec ses trois millions d'habitants, est ainsi littéralement empêché de vivre puisque pour un Palestinien aujourd'hui, plus rien n'est possible: il ne peut plus travailler, ni se déplacer, ni étudier, ni se soigner, ni voir sa famille ou ses amis, ni même se ravitailler normalement. Toute la vie quotidienne dat1Sles villes et les villages est ainsi figée, bloquée, pétrifiée par l'arbitraire d'une armée d'occupation; cette vie ne peut reprendre que de manière furtiv'e, précaîre et désarticulée dans les courts moments où le couvre-feu est levé pour une période toujours indéterminée afin que chacun soit pris

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par }'angoisse d'être encore dehors lorsqu'il est brutalement réinstauré. Et il ne faut pas croire que cette situation d'enfermement, terrible et insupportable, soit provisoire. Tout indique au contraire qu'elle va durer et qu'elle peut même s'institutionnaliser puisqu'elle correspond à ce que veulent depuis longtemps Sharon, le Likoud et l'extrême droite qui exercent actuellement en Israël un pouvoir sans partage, avec la caution de quelques ministres travaillistes qui participent ainsi lâchement à la démolition de ce qu'ils avaient courageusement construit. Derrière cette politique, et bien au-delà de la lutte contre le terrorisme, il y a la volonté de ne rien céder aux Palestiniens et de les contraindre à abandonner leurs revendications les plus fondamentales pour réaliser defacto un Grand Israël. C'est pourquoi à côté de cette politique de répression, l'actuel gouvernement renforce systématiquement la colonisation dans les territoires palestiniens: ainsi, depuis le début de cette année 2002, ce sont près de mille nouveaux logements qui ont été mis en chantier en Cisjordanie... On estime désormais à près de 42% la surface du territoire de Cisjordanie qui est confisquée par le processus de colonisation, et à près de 400 000 le nombre de colons israéliens vivant en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est. Face à cette politique qui viole de multiples règles de droit international et toutes les résolutions des Nations Unies, la communauté internationale laisse faire en toute impunité. Les Etats-Unis, malgré quelques déclarations vite oubliées sur la nécessité d'un Etat palestinien, soutiennent sans réserve Ariel Sharon, cet «homme de paix» comme l'a appelé George Bush, et vont même peut-être lui offrir une occasion d'écraser davantage encore les Palestiniens si eux-mêmes décident d'attaquer l'Irak. Les Européens quant à eux se sont retranchés dans une pauvre réserve qui n'est troublée que par quelques fortes déclarations de tel ou tel responsable, comme Chris Patten ou Dominique de Villepin, venant rappeler ce qu'occupation veut dire. Tout ceci signifie que pour le peuple palestinien d'autres souffrances, peut-être encore plus dures, sont à venir. il suffit de bien lire les déclarations de certains dirigeants israéliens pOlITcomprendre que l'actuel gouvernement est prêt à tout pour imposer sa domination. Prenons seulement deux exemples parmi beaucoup d'autres; l'un date du mois de décembre 2001, l'autre de septembre 2002.
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Introduction

Le premier est une interview de Ouzi Landau, ministre de la Sécurité (Le Monde, 14 décembre 2001), dans laquelle il disait notamment ceci: «Les accordsd'Oslo ne sont pas la solution au problèrfle Ils ici. sont le problème. Les Palestiniens ont lancé cette Intifada parce qu'après Oslo, ils se sont sentis plus forts. Il faut donc, comme en Afghanistan,
détruire les infrastructures de la terreur. Je ne parle pas seulement du Hamas et du Djihad mais des talibans locaux qui les protègent, le Tanzim, bras armé du Fatah, la Force 17, la garde rapprochée d'Arafat, toute l'Autorité à travers ses ministères et ses activités. Il faut mettre toutes ces organisations hors la loi et hors d'état de nuire.(u.) Nous devons prendre des mesures drastiques pour lutter contre l'Autorité: tuer ses soldats, détruire ses bâtiments, l'étrangler financièrement. (..) Le terrorisme est comme une tumeur qui prolifère si on ne le détruit pas, comme le sida ou le cancer. (.) Quant aux responsables politiques, qu'ils retournent à Tunis». Quelques semaines plus tard, une bonne partie de ce «programme» était réalisée. Même l'expulsion d'Arafat a été tentée à un moment mais n'a pas abouti parce que la communauté internationale a, pour une fois, réagi. Le second est une interview du général Moché «Bougui» Yaalon au journal Ha'aretz,le 30 août 2002 (www.haaretzdaily.com). au cours de laquelle le nouveau chef d'état-major israélien est allé jusqu'à
comparer les Palestiniens à un cancer: «La menace palestinienne est invi -

sible comme un cancer. (..) Si vous vous trompez de diagnostic et que les
gens disent ce n'est pas un cancer mais un mal de tête, le traitement est inef ficace. Moi, je maintiens que c'est un cancer. (...) Il Y a toutes sortes de solu -

tions aux manifestations cancéreuses. Certains diront qu'il est nécessaire d'amputer les organes atteints. Pour le moment, j'applique la chimiothé raple».

Une telle comparaison est en soi totalement inadmissible et il faut la dénoncer. Ce qui n'a guère été fait, alors qu'on imagine facilement le tollé international que déclencherait cette formule si elle était utilisée par un dirigeant palestinien à propos d'Israël... Mais ce qui est encore beaucoup plus préoccupant, c'est que cette façon de déshumaniser l'adversaire, d'ailleurs assez répandue dans la droite et l'extrême droite israéliennes, permet ensuite de «légitimer» tous les moyens utilisés: on peut étouffer, détruire et tuer en toute quiétude puisque l'Autre n'est qu'une maladie mortelle (Landau procédait de la même façon en utilisant aussi la métaphore du sida !). La répression systématique dont sont victimes les Palestiniens, c'est donc de la chimiothérapie! Dans de telles représentaQ-ons, l'idée même de dialogue
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politique et de négociations est ignorée, évacuée, dissoute puisqu'il n'est question, en réalité, que d'imposer un rapport de forces par la violence. Sharon vient d'ailleurs de le confirmer en déclarant à la presse israélienne à l'occasion de Nouvel an juif: «Oslo n'existe plus;
Calnp David et Taban'existent plus. Nous ne retournerons plus jamais dans

cesendroits» (Le Monde, 8 septembre 2002). fi faut donc prendre très au sérieux les mots utilisés par ce général : que veut-il dire lorsque qu'il évoque «la nécessité d'amputer» ? Nul doute qu'une des options ouvertes aujourd'hui dans la stratégie du gouvernement israélien est le transfert des Palestiniens, c'est-à-dire leur expulsion par milliers ou dizaines de milliers, comme en 1948 et en 1967. Une telle opération n'est possible que dans le cadre d'un contexte international d'affrontement violent comme celui que pourrait provoquer une attaque américaine contre l'Irak. Autant dire que les prochains mois risquent encore d'apporter d'autres tragédies sur une terre qui en a déjà tant connu. Ces constats montrent bien que les Nations Unies et l'Union européenne doivent tout tenter pour empêcher que ce conflit ne s'enfonce encore davantage dans le drame. Il faut donc que, tout en poursuivant leurs pressions sur Washington, elles réaffirment l'urgence de l'envoi d'une force internationale, l'illégitimité absolue du recours à la force et la nécessité d'un Etat palestinien viable.

Jean-Paul Chagnollaud

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Vers une nouvelle épistémologie de l'histoire palestinienne
Roger Heacock

Deux ans après l'éclatement de l'Intifada dite d'AI-Aqsa toute personne, qu'elle soit neutre ou engagée, sympathi sante ou hostile, politologue ou poète, qui observe la situa -

tion en saillant utilisés peut-on

Palestine ne peut qu'être interloquée par un fait et difficilement explicable: tous les moyens à ce jour pour la mater ont échoué. Comment ['expliquer?

uand trois millions de Palestiniens se trouvent, soit sous un couvre-feu quasiment constant pendant des mois (Cisjordanie), soit sous un contrôle minutieux et rapproché (Jérus ), soit enfermés dans une gigantesque prison (Gaza), et dans tous les cas, réduits à un niveau économique et social des plus précaires avec un taux de chômage touchant les deux tiers de la population, soumis à un découpage en plusieurs centaines de petits cantonnements et une douzaine de cantons un peu plus grands, quand plusieurs Palestiniens des deux sexes et de tous âges tombent, en moyenne, chaque jour sous les balles de l'occupant, quand des milliers d'entre eux languissent dans des prisons israéliennes, il serait normal de s'attendre à ce qu'un calme, même résigné, descende de nouveau sur les Territoires palestiniens occupés. il n'est nullement exclu qu'une sorte de calme précaire et amer se rétablisse un jour. Mais cela ne change rien à la constatation étonnante qu'en termes de souffrance humaine les Palestiniens sont soumis à des conditions extrêmes, depuis pratiquement le début du soulèvement en cours. Les intéressés eux-mêmes sont d'ailleurs les premiers à dire à qui veut les écouter qu'ils n'en peuvent plus, à tenir des propos plus qu'injurieux à l'égard de leurs dirigeants, le président

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Arafat en tête, pour l'impasse dans laquelle ils les ont conduits. Mais qu'on leur demande si la lutte doit cesser, au moins un moment, ou même s'il faut la limiter aux moyens de la désobéissance civile pacifique, on vous répondra que c'est impossible avec les Palestiniens, que cela ne marchera pas avec les Israéliens, et que de toute façon, il n'y a pas le choix. Pourquoi ne peut-on apparemment pas mater cette insurrection par les moyens de la guerre militaire, économique et psychologique utilisés jusqu'à présent (question qui porte certains à évoquer les dangers d'une possible expulsion massive ou «transfert» des Palestiniens) ? Comment y voir un peu plus clair? En suivant le cours du raisonnement imposé par l'éclatement, puis la continuation de l'Intifada, nous sommes parvenus à la conclusion qu'il faudrait sans doute opérer une modification de perspective sur toute l'histoire moderne et contemporaine de la Palestine et du problème palestinien, une sorte de révolution épistémologique. Traçons d'abord la ligne qui relie les deux soulèvements de 1987 et 2000, afin de pouvoir nous mettre dans une continuité historique permettant d'opérer un retour en arrière qui remet en cause bon nombre de vérités acquises, remontant jusqu'en 1948, à commencer par la nature ou du moins la signification de ce qu'il est convenu d'appeler la nakba,la catastrophe palestinienne. D'une Intifada à l'autre Il n'est absolument pas vrai qu'on ne puisse comprendre la deuxième Intifada qu'en fonction de la première, mais il est utile dans le présent contexte de voir quel a été l'enchaînement le plus plausible conduisant de l'une à l'autre. Après la signature des Accords d'Oslo et leur traduction politique sur le terrain par l'établissement de l'Autorité palestinienne, Arafat et l'oLP furent progressivement pris comme cible au sein de la société palestinienne par une critique grandissante pour avoir fait trop de concessions, et ceci derrière le dos même de leurs propres négociateurs à Washington. Hanan Ashrawi par exemple, dans son récit publié en 1995, exprime déjà ce point de vue, d'une façon encore circonspecte il est vrai. C'est entre 1995 et 2000 que les choses ont progressivement empiré avec llne baisse sensible du niveau de vie (comme le montrent les rapports successifs de la Banque mondiale) et l'augmentation de la tension politique, alors même que, comme on le sait, elles allaient de mieux en mieux
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Epistémologie

de l'histoire

palestinienne

pour les Israéliens sur les plans tant économique que sécuritaire. Et c'est à la suite de l'échec des négociations de Camp David, en juillet 2000, qu'Arafat aurait décidé de réparer les torts accumulés en misant sur une nouvelle Intifada qui déboucherait sur la création de l'Etat palestinien tant rêvé. Ce récit est convaincant, mais seulement en partie. Il est vrai que beaucoup se sont trompés sur la volonté d'Israël d'encourager la création d'un Etat palestinien viable durant la période «intérimaire» de 1994 à 1999. il paraissait, pour les dirigeants israéliens, être conforme à la raison d'Etat de limiter au maximum une telle évolution et de maximiser les avantages régionaux et internationaux offerts par l' «ouverture» dont ils avaient fait preuve, tout en créant des faits accomplis sur le terrain avec l'accélération de la construction de colonies, puisqu'il n'était pas interdit de le faire. Ce qui est bien plus difficile à comprendre, c'est la tournure finalement incontrôlable qu'ont pris les événements à partir de septembre 2000, alors même que les issues politiques, tout le monde en convient, restaient ouvertes. Si la deuxième Intifada est le prolongement de la première, elles sont certainement de nature différente. Le passage de la première à la deuxième est celui du droit naturel au droit positif. Toutes les actions du soulèvement de 1987 furent placées sous le signe du droit naturel à lutter contre l'occupant en faveur de l'autodétermination, droit fondé sur deux cents ans d'histoire contemporaine depuis les révolutions américaine et française. Mais ce droit naturel ne coïncidait pas avec la stricte légalité. Cette dernière fut apportée par les Accords d'Oslo qui pouvaient légitimer les mesures prises par les Palestiniens pour contrer l'injustifiable refus israélien. Du moment qu'Itzhak Rabin avait déclaré que «les dates ne sont pas sacrées»,la reprise de l'Intifada devenait possible au regard du droit positif. Car la dynamique d'Oslo reposait uniquement sur la nature transitoire des accords, qui devaient être remplacés au bout de cinq ans, à partir de 1994, par un accord définitif, et mutuellement satisfaisant. Les Accords de 1993-1994 avaient été basés sur une dialectique dans le cadre de laquelle ils furent promulgués, signés et finalement bénis par la puissance hégémonique, les Etats-Unis, ainsi que par le reste de la communauté internationale; au terme de ces cinq années, on passerait à quelque chose de fondamentalement «autre», et qui revêtirait une forme de souveraineté permettant à la Palestine de choisir son rôle historique à venir, que ce soit comme «Singapour du MoyenOrient», comme nouvelle avant-garde dans la marche vers l'unité
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arabe ou encore comme agent régional de telle ou telle puissance. Le retour à la lutte fut donc d'abord une chose possible, avant de devenir probable après le massacre d'Hébron en février 1994. Cet acte, par lequel un colon juif américain mitrailla 27 personnes prosternées durant la prière dans la mosquée du Caveau des Patriarches, revêtait une valeur symbolique aiguë, du fait de la position respective du meurtrier et de ses victimes: lui, debout et elles, à genoux. Ce fut un acte qui invitait littéralement les croyants (et, par extension, tous les Palestiniens) à se lever pour empêcher qu'un tel acte puisse jamais se répéter. C'est encore une fois Rabin qui rendit probable la reprise de la résistance, en ne tenant pas la promesse qu'il fit à la suite du massacre, de retirer les quelque 120 colons du centre de la ville d'Hébron. Son incapacité, finalement, à passer aux actes eut deux conséquences capitales sur le double plan politique et, encore une fois, symbolique. Rabin avait choisi les colons d'Hébron, les gens les plus réfractaires à l'autodétermination palestinienne, plutôt que le peuple palestinien et son Autorité. Et les premières attaques-suicides dans l'histoire palestinienne eurent lieu dans les semaines et les mois qui suivirent, perpétrées par les mouvements du Hamas et du Jihad, faisant de nombreuses victimes israéliennes, civiles et militaires. Les cinq ans qui suivirent furent marqués par une série d'événements qui rendirent plus ou moins inévitable la reprise de la résistance palestinienne active (notamment la victoire en 1996 de l'extrême droite israélienne sous Benjamin Netanyahu,qui avait lui-même contribué par ses actes et par ses propos à l'incitation à l'assassinat de Rabin). Et la nature de cette résistance ne pouvait cette fois-ci qu'être différente de celle ayant préevalu lors de l'Intifada de 1987. Les parties avaient en effet été séparées sur le terrain par la mise en application des accords israélo-palestiniens et la création de zones: les zones A, d'où seraient entièrement absents les Israéliens, militaires et civils confondus. Ces derniers contrôlaient et peuplaient partiellement les autres zones (B et C). Désormais les simples pierres ne pouvaient plus les toucher. La révolution des pierres avait vécu. C'était désormais un soulèvement armé qui se préparait, puisque seules les armes à feu pouvaient combler la distance entre les zones A, B et C. La dialectique sociale palestinienne La cause palestinienne et l'histoire de la Palestine ont été depuis longtemps analysées selon des critères'essentiellement nationaux ou
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