Joseph Kabila & la reconstruction réinventrice du Congo

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L'œuvre de reconstruction initiée en RDC, sous le concept des 5 Chantiers, n'est pas simplement une entreprise de réhabilitation des routes et des infrastructures de base d'un pays saccagé par des décennies de dictature et de gabegie. L'auteur démontre que les 5 Chantiers portent une ambition beaucoup plus large, puisque animée par "une fonction réinventrice" qui replacerait la RDC sur "la trajectoire historique de sa transformation républicaine", selon les prédictions de Patrice Lumumba.
Publié le : vendredi 1 octobre 2010
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EAN13 : 9782296266780
Nombre de pages : 295
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Joseph Kabila
et la reconstruction réinventrice du Congo

Défis et prospective





































Couverture : Joseph Kabila, photo AFP.


© L'HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13054-8
EAN : 9782296130548
Kabasu Babu Katulondi






Joseph Kabila
et la reconstruction réinventrice du Congo

Défis et prospective
















Collection Comptes rendus L’Harmattan






Du même auteur :

- Crise et Renaissance politique au Congo (Zaïre) : Exploration à
la lumière de l’Expérience Sud-africaine (co-auteur) ;
- Une Polyarchie pour la Réussite de la Transition au Congo ;
- Bâtir une Nouvelle Cité au Congo : l’Impératif de la RAAM ;
- Kinshasa, La Dernière Explosion n’aura pas Lieu.






























A Emery Patrice Lumumba, père du républicanisme congolais,
dont la vision du Congo «Etoile Brillante au Cœur de l’Afrique » est la
sève fondatrice et vivifiante de mon inspiration.






Préface
1de Evariste Boshab

’ai découvert Hubert Kabasu Babu Katulondi en 2000, en
Belgique, précisément au Centre d’Etudes des Pays de Grands J Lacs, à l’Université d’Anvers. Il était venu présenter un
ouvrage intitulé « Crise et Renaissance Politique au Congo (Zaïre) :
Exploration à la Lumière de l’Expérience Sud-africaine ». J’étais le
contradicteur de cet ouvrage. Sans se réclamer d’une perfection
immarcescible, cet essai proposait la résolution de la crise du Congo par
le partage du pouvoir selon le modèle consociationnel. La transition de
2003-2006 a presque suivi ce prisme polyarchique.

La trajectoire du penseur Kabasu Babu a été observée par
beaucoup d’acteurs tant politiques que scientifiques. Ceux qui ont lu
ses écris ou qui ont suivi ses prestations dans les médias audiovisuels se
sont rendus compte que même lorsqu’il opérait comme politicien, ce
compatriote se distinguait par une rhétorique abondamment enrichie
par des prismes scientifiques. Son côté romanesque et son élan de
politicien penseur de la nouvelle génération ont attiré sur lui la
sympathie de beaucoup de Congolais, au pays comme à l’étranger, qui
comme lui mobilisent leurs énergies intellectuelles en permanence pour
la transformation du Congo. C’est dans cette optique d’une agora
intellectuelle trans-partisane pour la recherche des paradigmes de la
renaissance du Congo, que j’ai accepté de préfacer cet ouvrage.

La politique modernisatrice, ainsi que l’expérience des nations
avancées le démontre, est celle qui est axée sur les idées, les
programmes politiques, les politiques publiques. Tous ces instruments
de gouvernance moderne sont inconcevables sans la réflexion. Le

1 Évariste Boshab Mabudj-ma-Bilenge, juriste, professeur des universités, est
président de l’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo.
7 développement intégral du Congo passe inéluctablement par son
élévation à ce niveau là. Dans cette optique, et comme le chef de
l’Etat, Joseph Kabila Kabange, n’a cessé de le souligner, la dynamique
de la reconstruction du Congo nécessite la contribution de tous les
citoyens congolais responsables, patriotes et républicains.
Cet essai est une réponse prompte, profonde et luxuriante, qui vient
amplifier l’espoir de la renaissance du Congo.

Dans un contexte post-conflit, où les pesanteurs du négativisme
couplé à une pratique politicienne émotive, empêchent la perception
limpide des horizons de la mutation du Congo, cette réflexion est d’une
remarquable luminescence. Elle ouvre nos esprits sur les possibilités
énormes de l’émergence du Congo comme véritable puissance socio-
économique au cœur de l’Afrique par l’exploitation de ses avantages
comparés. Sous cet angle, puisant dans son double éclectisme
d’écrivain et dans sa perspicacité de politologue, l’auteur nous fait
découvrir ou redécouvrir le Congo en recourant aux projections
géostratégiques mondiales, notamment celles de la CIA et des experts
britanniques dans le Stern Report.

L’émergence de ce que l’auteur appelle le New Congo ou le Congo-
splendide, procède d’une reconstruction réinventrice basée sur la vision
d’un « Etat développemental » ayant des fonctions et des
performances nouvelles « inscrites dans sa destinée républicaine »,
répondant aux besoins tangibles du peuple et de sa société. Le défi
quintessentiel de la reconstruction n’est pas seulement de construire
de nouvelles routes et de bâtisses, mais de procéder à une
recomposition sociétale partant de la superstructure (la strate spirito-
intellectuelle selon l’auteur) qui, une fois transsubstantiée, produira la
démocratie et le développement « auto-soutenable dans la durée ». Le
Congo doit opérer une révolution mentale pour déboucher sur le
bannissement du nivellement vers le bas et les cabales continuelles.

S’écartant du graphisme à finalité annulative qui refuse de
reconnaitre les réalisations objectives sur le terrain, cette réflexion part
de l’affirmation des percées post-transitionnelles. Elle capte les
réalisations et les frontières de la reconstruction actuelle, cerne leurs
8 contraintes et formule des suggestions pertinentes pour une
reconstruction non seulement modernisatrice mais aussi réconciliatrice.

La singularité de cet essai est certainement l’exploration des 5
Chantiers dans une perspective dialectique, en l’intégrant dans une
totalité socio-historique qui éclaire des dimensions jusque là non
épluchées. Sous cet angle, cet essai possède un triple mérite.

D’abord, il propose un regard novateur sur les 5 Chantiers en
saisissant leurs origines, à la fois dans la tangibilité existentielle du
peuple, mais aussi dans un prisme technique avec la communauté
financière internationale. Cette approche illumine le caractère
totalisant du programme en démontrant comment les 5 Chantiers
s’appuient sur les besoins vitaux du peuple tout en gardant une
armature systémique construite avec ce que l’auteur identifie comme
la « rationalité socioéconomique », « les plaques sémiotiques et le
symbolisme discursif ».

Cette démarche permet de recadrer et de requalifier le projet de la
reconstruction du Congo dans l’intelligibilité d’une véritable politique
publique, loin des analyses à ras de sol, et des perceptions
réductionnistes politiciennes. Mais, loin d’être encenseur, l’auteur
exerce sa rigueur de penseur républicain dans un mélange exquis
d’élégance et de construction scientifique basée sur une abondante
recherche. Il éclaire les limites et contraintes des 5 Chantiers dans une
critique structurée qui pointe du doigt les efforts idéologiques,
politiques, sociaux et managériaux à déployer en vue d’innover le
schéma de la reconstruction actuelle.

La réflexion souligne l’impérieuse nécessité de rupture avec la
« reconstruction entreprise sous Mobutu après le sinistre épisode de
1960 à 1965 ». A ce sujet, il épingle les défis spirituels et intellectuels
qu’il faut relever en vue d’assurer une reconstruction à la fois
substantielle et symétrique dans toutes les collectivités, et réconciliant
par conciliation des besoins et aspirations de tous les segments sociaux
du Congo.

9 Deuxièmement, cet essai se distingue des autres ouvrages qui nous
ont été proposés sur cette thématique de la reconstruction, par sa
transcendance du débat spéculatif sur la reconstruction. Il épingle les
dangers de l’approche étatiste et de la techno-oligarchie qui bloquent
la fécondité de 5 Chantiers dans la perspective de la décentralisation. A
cet effet, il propose la décentralisation de 5 Chantiers. Concrètement, il
suggère la création des forums 5 Chantiers-RAAM dans chaque
province afin de permettre une reconstruction accélérée conduite par
les Congolais dans leurs communautés. C’est d’ailleurs la proposition
du chef de l’Etat à la conférence des gouverneurs tenue à Kisangani.

Troisièmement, cet essai est d’un apport fondamental dans le cadre
général de la cogitation stratégique sur la reconstruction à long terme.
Il vient enrichir la réflexion sur la conversion du Congo en puissance
économique dans le contexte de la mondialisation. La réflexion nous
révèle que la reconstruction du Congo comme puissance économique au
cœur de l’Afrique porte un enjeu mondial dont nous devons nous
rendre compte. Au lieu d’être attentistes, espérant que les investisseurs
viendront en écoutant nos lamentations et notre diabolisation
mutuelle, nous devons plutôt chercher un consensus sur des ambitions
économiques vitales, enclencher une dynamique diplomatique
agressive pour présenter les réalisations actuelles et les possibilités de
production qu’offre le Congo, aller vers les producteurs internationaux,
maitriser les technologies et produire de richesses additives. La
mondialisation ne présente pas que des périls : elle présente aussi
d’énormes possibilités sur lesquelles nous devons anticiper afin de créer
des richesses additives.

Tablant sur les projections de la CIA pour l’horizon 2025 et les
conclusions du Stern Report on Climate Change, l’essai nous fait
découvrir le Congo comme le seul pays du continent qui, dès à présent,
offre la combinaison économique espace-eau-électricité dont dépendra
la croissance mondiale dans deux décennies. Le recours au modèle de
développement socioéconomique par l’action Etat-Marché-
Communauté, pour créer une synergie entre le gouvernement, les
capitalistes congolais, les églises, les stars congolaises, les amis du
Congo en vue de lancer un Plan Marchal proportionnel à la
10 dévastation du pays et surtout à la hauteur de notre potentiel, est une
donne remarquable. L’ambition d’atteindre $50 milliards de PIB à
l’horizon 2020 est basée sur le projet Grand Inga et ses effets
d’industrialisation induite en aval. Encore faudrait-il que les Congolais
renoncent au pessimisme et à l’auto-flagellation.

Certes, l’auteur demeure un penseur politique (ou un politicien
penseur, selon l’angle à partir duquel on le perçoit), mais il apparait
comme le principal animateur de la pensée prospective dans l’arène
politique congolaise. Dans un contexte où les débats et les discours
s’amarrent dans le négativisme, la critique personnalisée, la rhétorique
furibonde assortie d’invectives, la réflexion que propose Kabasu Babu
est une production intellectuelle qui ramène les esprits sur la piste du
lucide, de l’intelligible, de l’espoir. Certes son écriture est influencée par
le futurisme romanesque. Mais, on sait que les grandes puissances sont
aujourd’hui ce que leurs penseurs, voire leurs utopistes, ont projeté il y
a des décennies. Le Congo a besoin de penseurs prospectifs, capables
d’analyser de manière cartésienne son présent, par rapport à sa
trajectoire historique et à la marche du monde, en vue de proposer les
stratégies de la conquête d’un futur prospère pour cette nation.

Comment ne pas encourager les chercheurs, les responsables
politiques, et les intellectuels, à exploiter ce nouvel outil d’analyse qui
permet de mieux appréhender les subtilités de l’histoire immédiate !


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Avant-propos

ntense est ma passion pour le Congo, épaisse est son étreinte
sur mon esprit. Foi et raison en moi s’épousent, m’entrelacent, I me pressant, me compressant, pour libérer toute étincelle de
l’esprit, pouvant contribuer à la renaissance du pays de Lumumba. Je
crois que cet essai est l’une de ces étincelles productrices utiles à notre
marche vers la reconstruction réinventrice du Congo.

J’exprime ma sincère reconnaissance au professeur Evariste
Boshab, honorable président de l’Assemblée nationale de la
République Démocratique du Congo, qui a accepté de préfacer cet
essai. Ma gratitude est aussi étalée en son endroit pour la prise en
charge de la production et du lancement de ce livre. Par ces actes, il a
indubitablement démontré sa sensibilité à la production intellectuelle,
mais surtout sa sagacité comme archi-leader politique ayant souscrit à
la transformation républicaine du Congo par la puissance des idées.

Mes remerciements vont également au professeur Eddie Tambwe,
pour sa disponibilité et son immense talent dans la promotion des
écrivains et chercheurs congolais.

Au Professeur Mbangala Mapapa de l’Université de Liège, mon bien
aimé frère, j’exprime ma reconnaissance pour ses conseils édifiants et
ses points de vue sur la relation entre les entreprises privées et les
œuvres communautaires. Mon ami (et adversaire idéologique) Freddy
Mulumba et mon jeune Frère Alain Ngulungu, tous deux du Journal
Le Potentiel, méritent aussi mes remerciements pour leur exubérance
intellectuelle et surtout leur ferveur à échanger avec moi pendant de
longues heures. Ils m’ont apporté quelques éléments qui m’ont permis
de réorienter mon exploration.


13 A toute ma famille, mon épouse Philo, mes enfants (Harmony,
Kabis, Rosy), à mes frères et sœurs (famille Kalombo wa Kena de
Dilembwe), et particulièrement à ma sœur Véro Muende Kalombo,
merci d’avoir accepté d’être privés de mon temps qui a été consacré à
la rédaction de cet essai.

Merci à Jeanne Odia qui m’a encouragé pendant la rédaction de cet
essai (I appreciate your support). Merci aussi à Louis d’Or Balekelayi
qui partage l’espoir de la Renaissance du Congo par l’émergence d’une
élite développementale. On ne le dit pas toujours, mais nos journalistes
politiques contribuent souvent à l’exploration de certains aspects
pertinents de notre réalité politique. En me donnant la possibilité de
m’exprimer dans leurs différentes émissions, beaucoup de ce
journalistes m’ont aidé non seulement à étaler mes idées, mais surtout
à réaliser la nécessité d’une reconstruction productrice des dividendes
socio-économiques en faveur du peuple. Que ces journalistes (Alain
Kyuka, John Ngombwa et Marie-Ange Mushobekwa de ANTENNE
A, Kitenge Kinkumba de DIGITAL CONGO, Louis d’Or Balekelayi,
Nancy Odia et Luc Kabongatre de CONGO WEB, Kabeya Pindi Pasi,
Mamina Masengo, Diego M’Fisa, de TROPICANA TV, Patrick
Muyaya et Eric Tshikuma de CEBS, Paty Ambroise Tshibamba de
RTGA, John Tshitende de MIRADOR TV, Freddy Mulumba de
TELE 7, Paulin Mukendi, Zacharie Babababswe, et bien d’autres) et
leurs collègues de la presse écrite (Freddy Mulumba du Potentiel,
Marcel Ngoy de La Prospérité, Moise du Nouvel Elan, Jossard Tambwe
de Grands Lacs Info) trouvent ici l’expression de ma gratitude.

A tous les amis debaters, et tous les Congolais qui apprécient mes
interventions dans les medias et m’encouragent, même lorsqu’ils me
rencontrent dans les rue de Kinshasa, je dédie aussi cet essai.
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Introduction

Le rêve du Grand Congo, «étoile brillante au cœur de l’Afrique »,
dont Lumumba était le porteur, s’est-il évaporé avec la mort du père
du républicanisme congolais ? Non. Lumumba est mort mais son rêve
(au sens du dream de Martin Luther King) est un héritage historique.
Il constitue une matrice de refondation (ou une sorte de mythe
fondateur) à partir de laquelle un avenir brillant pour le Congo peut
être conceptualisé et matérialisé, pour la création d’un Etat moderne,
d’une puissance économique africaine et mondiale. Après les décennies
de dictature et de guerres dévastatrices (et traumatisantes), la
transition de 2003 à 2006 a débouché sur des élections qui ont produit
des institutions légitimes.

C’est un vrai miracle que nous avons l’obligation de rentabiliser
pour la transformation intégrale de ce pays. Indubitablement,
l’intellectualisme d’automutilation continue à scander et à alimenter le
Congo-pessimisme. Mais, si l’on considère l’hécatombe causée par la
dictature et l’incapacité des politiciens mobutistes de concrétiser la
démocratisation dès 1990, imposant de ce fait au pays un retard
paralysant, si l’on tient compte des divisions abyssales entre les
belligérants (de 1997 à 2002) ; la complication de cette équation par
leurs alliés étrangers respectifs, l’élasticité des négociations et les crises
de la transition sous le régime 1+4, on ne peut que laisser l’esprit
capter un miracle. Nous venons de loin.

Cette réalité implique, de manière péremptoire, que la
reconstruction de ce pays porte une fonction réinventrice, capable de
replacer cette nation sur la trajectoire historique de sa transformation
républicaine. En quoi consiste une telle reconstruction réinventrice du
Congo ? Quels sont ses défis essentiels ? Comment le Congo peut-il être
projeté dans le temps, sur base de ses avantages comparés et des trends
15 de la mondialisation ? Comment la reconstruction initiée dans la
Troisième République s’intègre-t-elle dans ce paradigme de la
reconstruction réinventrice du Congo ? Cet essai propose quelques
lignes des réflexions sur cette brochette interrogative.

Dans cette optique, le programme de « 5 Chantiers » lancé par
Joseph Kabila Kabange, premier président élu par le souverain
primaire au Congo, a l’ambition de contribuer à un début de
matérialisation du rêve lumumbiste. Cependant, bien que posant des
actions palpables sur le terrain, les 5 Chantiers sont quotidiennement
au cœur des polémiques et empoignades politiques brumeuses entre la
majorité et l’opposition. Pourtant, cette complexe et délicate
entreprise de la reconstruction devrait nous réconcilier. Bien au
contraire, la classe politique nous livre une rhétorique inintelligible sur
cette question. Son discours oscille entre la démagogie encenseuse et le
négationnisme plat. Ce qui ne permet pas de déceler les horizons d’une
incontestable renaissance du Congo. D’où l’impératif d’une exploration
paradigmatique de la reconstruction par le programme de 5 Chantiers.

Le but essentiel de cet essai est de proposer une exploration
paradigmatique, analysant le schéma de 5 Chantiers dans un périmètre
conceptuel plus systématisé. Pour deux raisons principales. La
première raison, d’un ordre quintessentiel, est que le schéma de 5
Chantiers, qui est au cœur de la reconstruction du Congo, a attiré un
torrent de critiques plus nébuleuses qu’éclairantes. Il a aussi inspiré
une prose élogieuse. A cet égard, cet essai propose une analyse à la fois
politologique et pragmatique sur le programme de la reconstruction
initié par Joseph Kabila. Cela par l’exigence du triple impératif d’une
reconstruction :
- réconciliatrice et consolidatrice de la démocratie ;
- modernisatrice de l’économie ;
- protectrice de la nation congolaise.

Une telle reconstruction intégrale s’impose au Congo par rapport à
sa destruction multidimensionnelle, à notre traumatisme psycho-
identitaire, au délabrement avilissant de nos espaces existentiels et aux
affres des guerres. Deuxièmement, au plan opérationnel, divers points
16 de vue convergent sur les limites budgétaires immenses auxquelles
cette reconstruction est butée. Joseph Kabila lui-même, dans son
discours sur l’Etat de la nation en décembre 2009, a reconnu la
nécessité d’annuler et de retarder certains projets réducteurs de la
pauvreté. Cela signifie que nos populations risquent de demeurer dans
la misère pendant longtemps encore. Une telle option est absolument
inhumaine et inadmissible. Conséquemment, nous devons mobiliser
nos énergies intellectuelles pour imaginer des alternatives, afin de tirer
notre peuple de la misère intense (et dense) dans laquelle il est pris en
étau.

Dans cette optique, mon hypothèse analytique est que les 5
Chantiers constituent une matrice stratégique et opérationnelle
perfectible. Cette hypothèse de la perfectibilité du schéma de 5
Chantiers exige une démarche normative proposant les modalités de
cette amélioration. Mais, bien au-delà d’un normativisme inspiré par
le rêve d’un Congo brillant (aussi passionnant soit-il) je suggère une
réflexion prospective pour la modernisation expansive et intensive.
Celle-ci doit être en phase avec notre immense potentialité et en
harmonie avec les projections géostratégiques mondiales.

Le cadrage analytique que je viens de tisser indique que cet essai se
veut essentiellement une démarche d’exploration de nouvelles
possibilités, susceptibles d’être captées à partir du prisme de 5
Chantiers. Il en résulte que cet essai n’est donc pas une analyse
événementielle ou sensationnaliste livrant des secrets inédits, comme
nous ont habitué certains «écrivains sensationnalistes». Elle n’est pas
non plus une œuvre abstraite à prétention philosophico-politique. C’est
pourquoi elle enchaine l’exploration conceptuelle avec les propositions
concrètes de la reconstruction sur le plan socio-économique.

Le piège de la célébration de l’âge d’or du Congo sur une toile
manichéenne
Le 30 juin 2010, le Congo a célébré ses 50 ans d’Independence.
Vagues de célébrations exubérantes et torrents de récriminations
accablantes s’entrelaceront. Les uns exalteront les sauveurs et les
autres pointeront du doigt les sorciers. Inexorables coulées, dans une
17 logique manichéenne. Inéluctablement, dans cet élan, les explorations
intellectuelles multidisciplinaires, de la théologie à l’économie, en
passant par la politologie, secréteront des conclusions antithétiques.
Cette antinomie est inévitable. Elle est inhérente à toute société post-
conflit, traversée par une myriade de sensibilités sociopolitiques, sur
fond de haine larvée.
Cependant, un paramètre est indubitable dans l’exploration de
notre trajectoire historique : le tournant crucial et décisif de cet
itinéraire, à cette phase de 50 ans d’Independence, est celui de la
dispensation politique gérée par Joseph Kabila. C’est une dispensation
charnière, à mi-chemin du centenaire du Congo. Dores et déjà, et sans
le disculper, l’histoire, à cette phase, établit péremptoirement qu’on
attend de lui non pas le redressement ou une réhabilitation, mais une
reconstruction réinventrice, repensant absolument et intégralement
cette nation dont la décadence actuelle est le produit d’un demi-siècle
de sédimentation fermentative.

Dans ce climat délétère, où les critiques acerbes ont tendance à nous
noyer dans le fatalisme, cet essai se veut une proposition des solutions,
sans se targuer d’une quelconque vertu prescriptrice parfaite. Elle
s’écarte de toute entreprise de thuriféraire ou de contestataire. Son
titre découle de la question : quel est la vocation historique de Joseph
Kabila, dans la gigantesque entreprise de la reconstruction de cette
nation sinistrée pendant plus de quatre décennies, dont il n’a trouvé
que les décombres ? A cet égard, il convient de relever que selon les
époques où ils émergent, les chefs d’Etat, dans toutes les nations, ont
une vocation historique. Quelle est celle de Joseph Kabila, à la lumière
de notre cheminement historique?
Les réponses aux questions posées ci-haut passent, mais alors
nécessairement, par une réflexion sur la stratégie de la reconstruction
mise en œuvre par le Président de la République, à travers les 5
Chantiers. Toutefois, contrairement à l’approche négationniste ou
dithyrambique, je propose une démarche additive. Elle suggère la
mobilisation des intelligences collectives et de ressources extra-
étatiques en vue d’accélérer le processus de reconstruction. Cette
démarche est tirée du paradigme de la RAAM (Reconstruction
Accélérée par Action Multipartite). En fait, cette réflexion est une
18 version reconceptualisée et enrichie de mon essai intitulé « Bâtir une
Nouvelle Cité au Congo : l’Impératif de la RAAM », publié en 2005.

Notre passé est un amas de catastrophes : focalisons-nous sur les
horions du possible
Indubitablement, le 30 Juin 2010, proses coulées en critiques
acerbes et eulogies exaltantes s’étaient entremêlées, sur fond des
festivités grandioses, à Kinshasa et à Bruxelles. Dans tous les cas de
figures, si on écarte les exagérations (et exaspérations) des
contestataires passionnés et les délires des flagorneurs (la psalmodie de
façade), il reste quand même que le Congo indépendant, est une réalité
– ayant mis en échec les diverses conspirations de la balkanisation.
Mais, faut-il célébrer l’existence collective elle-même, au delà de ses
vicissitudes? L’existence collective elle-même a-t-elle un sens si elle est
pour les uns richesse de Crésus, et pour les autres misères
deshumanisantes de Gavroche ? La vie en société peut-elle être célébrée
si elle est une perpétuelle coulée de larmes et de sang, dans une
république déséquilibrée, aux citoyens constamment avilis par les
conditions de vie écœurantes? Autant de questions auxquelles,
surement, une foisonnante littérature, reflétant des perceptions
sociopolitiques variées, et porteuse d’une diversité de prophéties sur la
destinée du Congo, va répondre à l’occasion de la célébration de nos 50
ans d’indépendance.
Cependant, face à cet immense devoir de réflexion sur la trajectoire
historique du Congo, après 50 ans d’indépendance, et ses perspectives
d’avenir, il m’a semblé d’une importance cardinale de partager ma
pensée sur la reconstruction du Congo. Ce Congo dont Crawford Young
avait confirmé le potentiel de développement, en 1960, au même
niveau que les pays asiatiques, tels que la Corée, l’Indonésie, la
Thaïlande, etc. Ce Congo qui, tel que précisé dans «The Oxford History
of Africa », en 1957 déjà, était au sommet de la puissance industrielle
de l’Afrique coloniale, avec un patrimoine de production colossal plus
élevé que celui de l’Afrique du Sud et des deux Rhodésies (Zambie et
Zimbabwe) conjuguées ; ce Congo premier producteur mondial de
diamant industriel et de cobalt, dont les pères du nationalisme africain,
Kwameh Nkrumah, Gamal Nasser, Ben Bella et Julius Nyerere,
attentaient le décollage de l’Afrique !
19 Plus grand pays habitable et arable de l’Afrique, étendu divinement
2 sur 2.345.000 Km (chiffre porteur d’une gradation parfaite, reflet
mystique de l’inéluctable prospérité) prodigieux don du majestueux
fleuve Congo (aux poissons délicieux), qui l’alète profusément avec
grâce, l’irrigue prodigieusement avec générosité. Ce Congo au potentiel
agricole et hydroélectrique capable de servir toute l’Afrique, le Sud de
l’Europe et le Moyen Orient. Ce Congo, aux racines d’un rêve impérial,
bercé par des rivières ondoyantes, ses lacs éclatants, ses forets
luxuriantes, ses volcans étincelants, voire son Ruwenzori à «la neige
éternelle», qu’en avons-nous fait ? Qu’est-ce que le Créateur ne nous a
pas donné ? Indubitables certes, les percées post-transitionnelles, dans
cette fragile Troisième République, ne couvrent pas nos ratées. Mais,
nous ne devons pas tisser un nid de lamentations sur la cendre encore
brulante de nos catastrophes.

Trame de la réflexion
Cet essai est tissé en forme d’un bouquet. Ses huit chapitres peuvent
être lus séparément ou en chaine. Une telle brochette pouvait être
segmentée en deux parties. Cependant, la cohérence et la luminosité
propre à chaque chapitre ont exigé plutôt l’articulation en une sorte de
coulée ascendante. Un flux allant du quintessentiel à l’existentiel, une
trame coulant du spirito-intellectuel au socio-économique.
Le premier chapitre propose un regard synoptique des 5 Chantiers.
Il présente sa matrice rationnelle, son enveloppe discursive, ses
réalisations. Il éclaire aussi les principaux axes des critiques formulées
à l’égard de ce programme. Le deuxième chapitre est une exploration
dialectique de la reconstruction. Il retrace brièvement la trajectoire
socio-historique dans laquelle la reconstruction actuelle mérite d’être
intégrée pour une interprétation plus lumineuse.
Le troisième chapitre réfléchit sur la destruction du Congo de
l’indépendance à nos jours. Il propose une réflexion objective sur la
première reconstruction entreprise par Mobutu et les causes
métapolitiques de sa destruction. A ce niveau un parallélisme est établi
entre la reconstruction entreprise par Mobutu, à sa prise du pouvoir
après l’hécatombe démolisseur de 1960 à 1965, et la reconstruction
initiée par Kabila en 2007, en vue d’établir la nécessité de l’innovation
sous la Troisième République. Ce chapitre définit aussi les défis
20 métapolitiques de la reconstruction sous Joseph Kabila. Axé sur la
transition, le quatrième chapitre retrace les origines de l’écart de la
reconstruction actuelle sous le régime 1+4. L’argument développé à ce
niveau est que les vices et déficits stratégiques de la transition ont des
répercussions dans la dispensation postélectorale, singulièrement dans
l’œuvre de la reconstruction.

Le cinquième chapitre argumente que la reconstruction actuelle
étale un paternalisme dédoublé d’un étatisme inefficient et périlleux
pour la démocratie. A ce niveau, la réflexion suggère une approche de
la reconstruction multipartite dans le triptyque Etat-Marché-
Communautés. Le sixième chapitre cerne les périls d’une
reconstruction monopolisée par une techno-oligarchie avec des projets
souffrant d’une carence de transparence. Il propose la décentralisation
des 5 Chantiers dans les provinces afin de donner à ce programme une
fécondité démocratique. Le septième chapitre examine le paradoxe
d’une gouvernance ayant de multiples outils de planification, mais qui
souffre d’immobilisme. J’éclaire la possibilité d’une planification
synergique et fertile axée sur une chaine de projets producteurs de
richesses nouvelles à court terme. Le huitième chapitre explore
quelques modalités d’un véritable Plan Marchal à la hauteur de la
destruction du Congo et de ses potentialités, capable de propulser notre
système économique à la hauteur de $50milliards de PIB à l’horizon
2020.

La conclusion réaffirme que la renaissance du Congo comme étoile
brillante et puissance économique au cœur de l’Afrique est possible.

De toute évidence, le reflexe des pessimistes, je m’imagine,
répudiera mon normativisme qui «trahirait un idéalisme onirique »,
pourrait-on éventuellement dire. Les hyperréalistes me taxeront
d’utopiste. Mais, même dans l’hypothèse (admissible pour le besoin de
l’argumentaire) où cette réflexion serait onirique ou utopique, elle
garde tout de même toute sa valeur et sa légitimité.
Dans une société traumatisée comme la notre le rêve est un exutoire
indispensable et immédiat, mais aussi un «regard du possible » dans le
futur. Il est producteur des équilibres psychiques permettant de
21 restaurer un minimum de lucidité. Une société qui ne rêve pas est
morte. Comme le suggère Regis Debray, avec une admirable
clairvoyance « la production utopique est aussi nécessaire à la santé
politique du groupe que l’activité onirique à la santé psychique ».
Cependant, loin d’un onirisme infécond, anesthésiant l’être collectif
dans les étreintes de la misère, Je soutiens que le Congo a justement
besoin d’un idéal et d’un rêve mobilisateurs. Nous devons visualiser, ici
et maintenant, le New Congo, prospère et splendide. Ne faut-il pas nous
exorciser du fatalisme ; extirper de nos esprits cette démentielle idée
selon laquelle «celui qui rebâtira le Congo n’est pas encore né». Je
propose que nous nous déracinions de cette lignée négationniste.
Armons-nous d’optimisme, et du pouvoir de la visualisation du Congo
Etoile brillante au cœur de l’Afrique. Nous pouvons et nous devons le
réaliser. «C’est encore possible de rebâtir ce beau pays», comme le
prophétise le prodigieux artiste musicien chrétien congolais Alain
Moloto.
22



CHAPITRE 1.
REGARD SYNOPTIQUE SUR LES 5 CHANTIERS


ne reconstruction réinventrice est une œuvre collective
produite par le génie d’un peuple. Elle consiste à rebâtir U intégralement toutes les composantes sociétales sur base
d’une nouvelle vision lucide, assortie
des ambitions d’une envergure
En observant la conception proportionnelle à notre prodigieuse
et l’exécution des projets potentialité. Cette vision assigne à la
d’un programme de bâtisse à ériger des fins et des
reconstruction, on peut
capacités additives par exigence de
tisser une idée exacte de
performances optimales. l’échelle normative et du
Il s’agit des performances niveau de conscience qu’ont
systémiques répondant aux besoins les gouvernants et les
gouvernés de leur avenir, de réels d’un peuple traumatisé par la
ce qu’ils veulent devenir. dictature, les guerres et la misère, et
aux nécessités de la dévastation
On ne doit pas multidimensionnelle. Une telle vision
nécessairement attendre la
est articulée en tenant compte de la
fin de l’ouvrage pour en
trajectoire historique de la nation et à repérer l’éclat et apprécier le
l’évolution du monde. génie des bâtisseur s.
La reconstruction réinventrice est
le produit de la dynamique collective
d’une société ayant élucidé sa destinée
historique qu’elle veut conquérir. Une conception fascinante de la
reconstruction réinventrice est articulée par Mulyumba wa Mamba.
Avec un admirable esprit d’une sorte d’ingénieur sociétal, il écrit :

« Par reconstruction, nous n’entendons donc plus rebâtir une
société à tous points semblable à celle qui a été détruite par la
guerre, car elle était, peut-être, porteuse de germes de sa
23 destruction, i.e. de la guerre. Une reconstruction tant soit peut
améliorée doit envisager une cité splendide, ou il fait beau vivre :
une cité dotée de mécanismes appropriés de prévention de conflits
insurmontables, ou des modes efficaces de résolutions rapides des
conflits ; une société gérée selon des normes qui, comme chez les
anciens, visent à atteindre la finalité ; le développement, le
1progrès, le bonheur de tous» .

Mulyumba offre une image captivante : «une cité splendide». Au
regard des trois impératifs épinglés ci-haut, la reconstruction visant à
bâtir une «cité splendide» porte deux implications normatives vitales.
La première est que l’on doit rebâtir avec un profil rayonnant et une
armature architecturale plus solide, en lieu et place de toutes ces
collectivités délabrées et vulnérables aux offensives des voisins
belliqueux et envieux. Ces espaces sociaux hideux que beaucoup de
Congolais cherchent à fuir à la première occasion, parce que les
conditions de floraison de l’être n’y sont pas. L’être y suffoque. Il
flétrit.
La deuxième implication normative est que cette reconstruction
doit s’opérer à l’aide d’une autre substance et des matériaux répondant
aux conditions de l’environnement national et international, et
conformes aux normes mondiales. Il s’agit donc d’une double
entreprise transformationnelle et trans-substantielle. Elle doit produire
la cité splendide en phase avec les éléments substantiels de l’évolution
de notre société et ses nouveaux besoins tangibles, et les percées
techno-économiques du monde. Donc, les actions à entreprendre dans
une telle démarche de reconstruction devraient porter les indices d’un
certain génie, d’une intelligence gouvernementale lumineuse, capable
de produire cette cité éclatante.
Sur le plan de la conception, le schéma d’une œuvre révèle la
compréhension du problème fondamental ayant causé la destruction de
la première bâtisse. Sinon, la reconstruction sera fugace. Les germes de
la destruction n’ayant pas été extirpés, la nouvelle bâtisse s’écroulera.

1 Mulyumba wa Mamba.B. «Le Capital Humain : Gage ou Entrave pour la
Reconstruction du Congo après la Guerre ». In Colloque sur la Société Civile et la
Reconstruction, Bukavu, 2003, p.4
24 Le schéma conceptuel d’une entreprise de reconstruction indique aussi
les nouvelles fonctions de la structure que l’on reconstruit. Au niveau
opérationnel, la structure et les premiers éléments de l’armature,
étalent l’envergure du nouveau système en reconstruction. En plus, il
faut un monitoring constant pour se rassurer que l’édifice ou le
système que l’on reconstruit est rebâtit selon les normes qui assurent sa
résistance et sa viabilité dans la durée.

Dans cet ordre d’idées, le concept de chantier impose la vigilance
permanente afin de garantir un
édifice sociétal qui répondra Autant les 5 Chantiers ne
effectivement aux besoins ayant peuvent être auréolés de
justifié sa mise en œuvre. Cela signifie perfection, autant il est
intellectuellement que le programme de la
malhonnête d’en nier la reconstruction a besoin d’une
pertinence historique .réflexion constante. Une réflexion
incisive, sans complaisance. Celle-ci
est une modalité de contrôle et
d’évaluation car, comme je l’indiqué dans mon hypothèse de base, ce
programme est perfectible. C’est pourquoi nous avons le devoir de
réfléchir minutieusement, et en profondeur, sur la reconstruction du
Congo afin de nous assurer de sa conformité avec certains standards
modernes, et surtout sa capacité à produire, en ultime instance, la cité
splendide. Ce pays plus beau qu’avant comme nous scandons avec
ferveur dans notre hymne national.
Avant de m’atteler à cette phase de la réflexion, je rappelle mon
hypothèse initiale : les 5 Chantiers constitueraient une matrice, un
schéma référentiel, que nous pouvons améliorer afin d’avoir une
stratégie de reconstruction intégrale, modernisatrice et réconciliatrice.
Je soutiens donc que cette entreprise est un acquit ; elle est déjà lancée.
Il est donc, à mon sens, irrationnel d’argumenter que cette initiative
«n’est rien », dans un élan négationniste, sans alternative, alors que
sur le terrain il y a quelques réalisations, même si elles ne sont pas
irréprochables.
L’école de la nullification des 5 Chantiers baigne indubitablement
dans l’absurde. Pour une raison claire : l’esprit ne peut pas percevoir
des objets matériels dans le réel, par la vue physique, et nier leur
25 existence. A moins que, par exemple, le sujet niant ce qu’il voit ne soit
frappé de scotome. Il s’agit de cette pathologie de la vue caractérisée
par la présence d’un trou noir dans le champ visuel. Il donne une vue
partielle de la réalité, en cachant certains objets. Nier les actions posées
sur le terrain dans le cadre de 5 Chantiers est aussi un raccourci car, il
est plus facile de les répudier que de proposer des alternatives
cohérentes. A mon sens, le vrai défi est celui de proposer une critique
analytique dont la puissance d’élucidation offre à l’esprit une vue
limpide des déficits et ne lui laisse, au bout du processus, aucun autre
choix si ce n’est celui de broder des alternatives structurées.


1.1 LES ORIGINES ET LA RATIONALITE DES 5 CHANTIERS

Beaucoup de critiques politiciennes formulées contre les 5 Chantiers
ne prennent pas en compte ses vraies origines. Une meilleure
compréhension des racines de ce programme permet de réaliser
certaines implications qui éclairent la validité et la solidité de mon
argument en faveur de la réorientation de ce schéma, plutôt que sa
nullification ou sa répudiation. Il convient, toutefois, de souligner que
ceux qui répudient les 5 Chantiers ne sont pas nécessairement frappés
de démence. Dans un contexte démocratique, leur réaction est
légitime, car dans tous les systèmes politiques, la mise en œuvre des
politiques publiques produit parfois des attitudes négatives, voire
1radicales .

Les origines des 5 Chantiers

Tout en tablant sur les besoins tangibles et quotidiens des
Congolais, le programme de 5 Chantiers ne se réduit pas à une
tentative de réalisation des promesses de campagne électorale. Il a des
ramifications plus fondamentales. Le Département d’Etat des Etats
Unis d’Amérique affirme que les 5 Chantiers sont basés sur le DSRP
2qui avait été approuvé par le FMI et la Banque Mondiale en 2006 .

1 Boduin, J., Introduction à la Sociologie Politique, Paris, Seuil, 1998, .p285.
2 http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/2823.htm. Accès: 02.03.2010.
26 Mais, il s’agit là d’un long processus qui peut être retracé à 2001, dès
l’arrivée de Joseph Kabila au pouvoir, dans le cadre d’un vaste
programme du gouvernement visant à stabiliser le cadre macro-
économique du Congo.
De 2001 à 2008, le cadre général de ce programme a relativement
réussi, si on considère les statistiques. L’inflation, par exemple, est
passée de 511% en 2000, à 18% en 2006, pour remonter à 27,6% en
12008 . Subséquemment à la crise financière internationale, et à ses
effets sur les exportations du cuivre, l’inflation est remontée à 53,44%
en 2009. La croissance a connu aussi une remarquable évolution. Elle
a enregistré un taux de 5,1 % en 2005, 6,32% en 2007 et 6,15% en
22008 . Le PIB qui était à $4.3 milliards en 2000 a été estimé à $11,59
3milliards en 2009 – ce qui, je l’admets, est très loin en deçà de notre
potentiel.
Certes, il s’agit des statistiques. Elles n’ont pas de sens pour les
mères de familles nombreuses à Buta, Tshilenge ou à Tshela. Mais dans
les analyses des hommes d’Etat et des institutions internationales sur
l’économie politique, il s’agit là des repères incontournables. La
coopération avec les institutions de Bretton-Wood et tous les autres
partenaires financiers ainsi que les investisseurs, n’a pas pour
paramètre d’appréciation et de décision notre zèle nationaliste ou notre
enthousiasme patriotique. Le monde est réglé par un paradigme
économique néolibéral dont il faut maitriser les logiques et les repères.

La rationalité socio-économique des Chantiers

Force est de souligner que depuis 2001, les axes essentiels du
développement du Congo sont déjà définis, du moins en terme de
prisme général, dans le cadre du PEG et du DSRP. Ce dernier, en
particulier, a été introduit dès les années 1990 par les institutions de

1http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/COUNTRIES/AFRICAEXT
/CONGODEMOCRATICEXTN/0,,menuPK:349476~pagePK:141132~piPK:141
107~theSitePK:349466,00.html. Accès : 27.03.12010.
2 Idem.
3 http://www, imf.org/external/pu/ft/wed/2009/02/weodata/weorpt.aspx? Accès:
14.03.2010.
27 Bretton-Wood comme nouvel instrument de coopération entre les pays
pauvres et les partenaires économiques, dans le cadre de l’annulation
1de la dette . Etant un socio-démocrate, je ne partage pas certaines
prescriptions de la droite qui sous-tendent le DSRP qui, en réalité, est
une version plus ou moins humanisée de l’ajustement structurel. Mais,
je ne peux pas ignorer la validité scientifique des repères macro-
économiques au point d’adhérer à cette sorte d’excès de ferveur de
gauche (à la congolaise) qui voit dans ces statistiques des non-valeurs.

C’est dans la vie quotidienne des Congolais et dans l’élan de
résolution des problèmes essentiels (eau, électricité, éducation, emplois)
de nos populations que les 5 Chantiers tirent leurs racines. Mais sur le
plan technique (comme politique publique), ce programme a des
ramifications dans le cadre général de la coopération avec la
communauté financière internationale. Dans ses axes techniques, les 5
Chantiers sont en réalité une présentation imagée du DSRP.
Cependant, il convient de souligner que les 5 Chantiers ont été intégrés
dans le plan du gouvernement qui a été approuvé par le Parlement en
Février 2007. Ce qui mérite d’être relevé, à ce niveau, c’est que ce soit
sous la forme des 5 Chantiers ou une autre appellation, et quelque
soient les résultats des élections de 2011, il est extrêmement difficile
d’envisager une rupture avec les axes fondamentaux qui sont proposés
dans les 5 Chantiers à savoir : les infrastructures, l’emploi, l’éducation,
l’eau et l’électricité ainsi que la santé. L’obligation de la continuité de
l’Etat, combiné au paradigme de développent dominant dans les
rapports avec la communauté financière internationale, conduira
toujours, par le droit et par la logique macro-économique, à n’importe
quel gouvernement de continuer avec cette stratégie dans ses grandes
lignes extraites du DSRP.


1 Ngadande, M.D, La Stratégie Nationale de la Réduction de la Pauvreté : pour
quelle Résultats ? N’Djamena, CEFOD, 2006, p.3
28

Figure 1 : Chaine de la logique socio-économique des 5 Chantiers

La chaine des chantiers est porteuse d’une implacable logique socio-
économique. Elle propose un faisceau d’actions répondant aux
problèmes clefs de nos populations dans chaque secteur micro et
macro-économique : Les foyers qui ont besoin d’eau et d‘électricité ; les
congolais qui doivent avoir des emplois pour gagner un salaire et
prendre soin de leurs familles ; l’éducation en vue d’avoir une main
d’œuvre qualifiée, maitriser les technologies et donc préparer la nation
au développement. La santé sans laquelle une population malade,
assiégée par des pathologies infectieuses à large échelle, est un obstacle
au développement. Les infrastructures sont indispensables à la relance
économique. Comme on peut le remarquer, l’impulsion socio-
écono est censée partir de la reconstruction des infrastructures
pour créer des emplois, permettant l’acquisition d’un pouvoir d’achat
qui rendra les congolais capables de payer les biens et services vitaux :
eau, électricité, santé, éducation, qui seront améliorées et offertes à des
prix raisonnables. Donc, la combinaison des chantiers est un faisceau
d’actions qui par leur nature et leur importance, au regard de la
destruction du Congo, articule des priorités qui s’imposeraient à
n’importe quel autre régime parce qu’ils répondent aux besoins socio-
économiques fondamentaux des Congolais. D’ailleurs, il s’agit là des
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