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Joseph Kabila la vérité étouffée

De
264 pages
Joseph Kabila ne serait pas le fils biologique de Laurent-Désiré Kabila. Toute la région des Grands Lacs est au courant de cette rumeur - et de celle qui prétend qu'il n'est pas non plus congolais. L'hypothèse la plus catastrophique serait qu'on arrive sans détours et sans manipulations à un verdict de culpabilité. Que l'on en arrive à découvrir que derrière l'homme taciturne en public, sage et timide, se cachait en réalité un falsificateur, un fraudeur. La fin de l'histoire rocambolesque de Kabila II occulterait d'un trait les mérites qu'il aurait eus en qualité d'homme d'Etat.
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Joseph Kabila, la vérité étouffée

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus
G. MAZENOT, Sur le passé de l'Afrique Noire, 2005. Adolphe BLÉ KESSÉ, La Côte d'Ivoire en guerre. Le sens de l'imposture française, 2005. Albert Roger MASSEMA, Crimes de sang et pouvoir au Congo Brazzaville, 2005. F. HOUTART (Sous la direction de), La société ...civile socialement engagée en République démocratique du Congo, 2005. Octave JOKUNG NGUENA, Initiative PPTE: quels enjeux pour l'Afrique?, 2005. Pasteur José BINOUA, Centrafrique, l'instabilité permanente, 2005. Albert M'P AKA, Démocratie et administration au CongoBrazzaville, 2005. Jean-Pierre PATAT, Afrique, un nouveau partenariat NordSud,2005. Robert Edmond ZIA VOULA, Le Congo, enjeu territorial et développement local, 2005. Mwayila TSHIYEMBE (sous la direction de), La transition en République Démocratique du Congo: bilan, enjeux et perspectives, 2005. Paul SONI-BENGA, Les non-dits des violences politiques du Congo-Brazzaville,2005. domi Jean Marie DORÉ, Résistance contre l'occupation en Région Forestière. Guinée 1800-1930, 2005. Mamadou Dian CherifDIALLO, Répression et enfermement en Guinée. Le pénitencier de Fotoba et la prison de Conakry de 1900 à 1958,2005. N'do CISSÉ, Les rites initiatiques chez les Sénoufo, 2005. François DURP AIRE, Les Etats- Unis ont-il décolonisé l'Afrique noire francophone?, 2005. Eugénie MOUAYINI OPOU, Le Royaume Téké, 2005. Dominique QUENUM, Ouidah au coeur de son destin, 2005 Pierre ERNY, L'éducation au Rwanda au temps des rois, 2005.

Mwamba Tshibangu

Joseph Kabila, la vérité étouffée

L'Harmattan 5-7" rue de l'École-Polytecbnique ; 75005 Paris FRANCE
L'Bannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia Via DegIi Artisti, 15 10124 Torino ITALIE
L'Harmattan Burkina Faso

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Fac..des Sc. Social~ Pol. et Adm. BP243. KIN XI Université de Kinshasa - RDC

1200 logements

villa 96 12

12B226O Ouagadougou BURKINA FASO

www.librairieharmattan.com e-mail: harmattanl@wanadoo.fr (QL'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9310-X EAN : 9782747593106

Dédicace
À mon défunt père, Tshibangu Mutoka-Munda, ce héros anonyme qui ne s'est jamais plié aux dictateurs qui ont subjugué la population congolaise. Il était maître chez lui et a toujours vécu en homme libre. Il ignorait volontiers les ordres des différents relais du mobutisme impénitent au point que ces derniers ont fini par s'en accommoder, par respecter son autonomie et son intégrité. C'est grâce à son courage, dont nous avons en partie hérité, que nous avons pu réaliser cet essai en le considérant comme une œuvre d'ordinaire ordonnance.

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Remerciements
Elle était là, omniprésente, collée à ma peau comme une ombre au moment de la rédaction de cet essai. En s'enquérant au quotidien de l'évolution de ce travail, elle m'a été d'un réconfort moral inimaginable. À ma fille Karine Misengabu Mwamba Muya-Lumu (9 ans) j'exprime tout mon amour paternel et mes vifs remerciements pour son attachement à ma personne. Je me sens débiteur vis-à-vis des amis qui ont accepté de lire mon manuscrit et qui m'ont opportunément fait de bonnes suggestions sans lesquelles ce travail ne pourrait avoir cette forme. Je pense particulièrement à Alexis Kabamb~ au Docteur Pierre Biduaya, à Robert Tshimanga et à Kashimoto Ngoy. Que tous trouvent ici l'expression de ma profonde gratitude. J'ai bénéficié aussi de conseils pratiques d'une amie, Catherine Bel, qui a partagé avec moi, en relisant le manuscrit, cette aventure qui l'a projetée très loin de ses propres réalités. Elle a avec patience mis à contribution son savoir-faire en ajustant toute la mise en page. Qu'elle sache que, du profond de mon cœur, j'ai fortement apprécié son apport. Je suis également redevable à quelques personnes avec qui j'ai engagé des discussions sur le sujet et qui m'ont certainement aidé à mieux cerner et repenser toute la problématique. À toute ma famille qui a consenti d'énormes sacrifices en me laissant vaquer à mes occupations, j'exprime mon affection et mon amour. Une pensée particulière va à mon épouse, Mwa Tshibangu Monique Ntshila qui a su partager, comme à l'accoutumée, les responsabilités familiales avec mol.

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Avant-propos
Le présent essai est basé sur le recoupement de plusieurs sources. Pour parvenir à la reconstruction des faits à partir d'une analyse comparative de l'information journalistique et des déclarations faites par diverses personnes, nous avons adopté une démarche rigoureuse. En explorant des pistes ouvertes émaillées de beaucoup d'écume, l'essai cherche à pénétrer les profondeurs d'une quête dont les contours sont offusqués. De ce fait, il rentre dans la taxinomie d'une investigation sociale. Dans son articulation, il se livre à une remise en question de certaines « vérités)} cousues de fil blanc que l'on essaie d'imposer à la conscience du peuple congolais. Appréhendé sous la perspective sociologique et journalistique, l'essai décrypte divers articles de presse, analyse différentes opinions et tente, à la lumière de toute cette batterie de données plus virtuelles que livresques, d'arriver à une interprétation et à un éclaircissement du mystère Kabila-fils. Le thème dominant qui émerge de cet essai est la recherche de la vérité. D'une vérité qui aurait pu être, théoriquement, limpide et facile à cerner. En réalité, elle a été des plus hardies à excaver non pour la complexité de parvenir au but énoncé, c'est-à-dire, à la vérité occultée, mais à cause des multiples balises érigées autour du sujet. Plus que l'appréhension de la matière ou plus exactement des faits, c'est la position du principal concerné, Joseph Kabila, président de la République Démocratique du Congo, qui accapare toutes les préoccupations. Par l'intrication et la compénétration de plusieurs enjeu~ la question soulevée a été par la force des choses politisée, au lieu de demeurer dans sa dimension sociale ou juridique. Etant ainsi corsée sur la voie politique, la haute portée de la fonction présidentielle a enclenché hermétiquement le mécanisme de défense circonscrivant cette affaire dans un secret d'État. Une seule quête a aiguillé l'investigation: Joseph Kabila est-il, oui ou no~ le fils de Laurent-Désiré Kabila ? Pour répondre à ce qui apparaît de toute évidence comme une énigme, nous avons exploré diverses voies possibles avec une primauté pour la grande toile qui est, comme on le sait, un vecteur par excellence du foisonnement d'idées et de la liberté

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d'expression. Devant la mare d'opinions contrastantes, les informations ont été tamisées pour ne retenir que celles ayant, d'une façon ou d'une autre, une certaine pertinence et un certain impact sur le thème sous investigation. Au-delà de la complexité entourant la question des origines de Joseph Kabila, nous nous sommes heurtés au problème de la fiabilité des informations. En procédant au recoupement de nos sources, nous avons constaté ou relevé de nombreuses contradictions et des erreurs, des déformations de la vérité et des omissions malignement entretenues. Sans aller à l'encontre de la liberté d'expression, plus manifeste à l'ère de l'Internet, où chaque personne peut suner avec ses opinions comme bon lui semble, nous estimons que des faits vérifiables ne devraient pas faire l'objet de spéculations abusives. L'interprétation d'une situation donnée, qu'elle soit sociologique, historique ou d'une autre nature, s'appuie généralement sur des faits réels, authentiques. Agir dans le sens contraire relève plus du marchandage, de la spéculation, que de la saine information ou de l'information désintéressée. En dépit des entorses aux règles déontologiques ou de la campagne de manipulation de l'opinion publique, nous demeurons persuadés que la vérité qui se noie dans la mer d'une vaste complicité finira par poindre à l'}lorizon. Et l'on connaîtra, ce jour-là, le vrai du faux sur la question controversée des origines douteuses de Joseph Kabila.

Il

Prologue
Un événement hors cadre
L'avènement de Kabila-fils au pouvoir restera marqué dans l'histoire du Congo par sa nature hors cadre. L'ascension de ce jeune homme à la

présidence de la République s~estfaite d~unemanière mystérieuse et - il
faut bien l'admettre -, contre l'attente de la population congolaise. Soumise à la longue dictature de Mobutu et connaissant l'influence néfaste des armées africaines dans le processus de déstabilisation des forces démocratiques, la population congolaise ne pouvait, à l'annonce de l'assassinat de M'zee Kabila, s'imaginer que l'armée allait de nouveau jouer un rôle prédominant dans la vie politique congolaise. LaurentDésiré Kabila, quoique maquisard de longue date et chef de la fraction armée de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL), qui prit le pouvoir par la force au mois de mai 1997, n'était pour autant perçu comme le chef d'une bande armée. il s'est bien camouflé en n'arborant pas ses titres militaires, ce qui l'a fait passer, dans l'imaginaire populaire des Congolais, pour un président civil. Son règne, très controversé, était caractérisé par de nombreux abus de pouvoir. Au lieu de bâtir une société démocratique, il a préféré, dans le pur style dictatorial, le culte effréné de personnalité. Pour y parvenir, il n'a pas hésité à recourir aux services d'un chantre notoire du mobutisme, en l'occurrence, Sakombi Inongo. Comme son prédécesseur, L.-D. Kabila s'est entouré, dans son pré carré présidentiel, de personnes issues de son clan. Sur base de ce recadrage ethnique, quelques figures de proue a\laient un réel poids politique. Il s'agissait de Gaëtan Kakudji au poste de ministre d'État chargé de l'Intérieur, de Mwenze Kongolo à la Justice et d'Augustin Katumba Mwanke, ministre à la Présidence. Dans cette logique tribale du pouvoir, ces personnes pouvaient prétendre à sa succession, sans compter naturellement sur les autres gradés de l'armée,

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qui étaient ses proches ou lointains parents. Officieusement, Kakudji était le numéro deux du régime.l Cependant, les événements se sont précipités, empêchant ce dessein de se réaliser. Au moment fatidique de l'assassinat de Kabila, l'absence d'un cadre normatif établissant l'ordre des préséances des éventuels successeurs à la présidence de la République en cas de vacance temporaire ou définitive s'est fait sentir. Il en est résulté une confusion totale. Pendant les longues heures d'incertitude sur le sort de Kabila, le Congo a connu un vide de pouvoir. Or, l'automatisme institutionnel aurait pu, dans une situation pareille, garantir sans discontinuité le fonctionnement de la régence de l'État.

La régence et le dilemme du choix porté sur le régent
La désignation de Joseph Kabila pour assumer la régence durant la période transitoire et l'officialisation qui s'en est suivie ont causé un effet de surprise auprès du peuple congolais. Il est vrai qu'au moment d'occuper les fonctions auxquelles il était désigné par les caciques du pouvoir, Joseph Kabila était le chef d'état-major de l'armée terrestre. Estee à ce titre seulement qu'il a été porté au pouvoir sans tenir compte d'autres critères pourtant essentiels ?2 Cette question illustre à suffisance le dilemme Kabila. Ce dilemme a plongé le Congo dans une succession
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L'association afiicaine de défense des droits de I'homme (Asadho) indique dans son

rapport annuel 1998, le mois exact où Kakudji a commencé à se prévaloir de l' étiquette de numéro delL"\{. «Le mois de janvier a été caractérisé par / 'expression des tendances du népotisme. Kakudji, neveu du président Kabila et ,ninistre de /1ntérieur, devenait numéro deux du régime, présidant, même en / 'absence du chef de l'État, le Conseil des lllÏnistres }}.Cf République Démocratique du Congo. Le pouvoir à tout prix. Répression systématique et impunité. Publié sur le Web in : http://129.194.252.80/catfilesl1320.pdf. 2 Il Y a une tradition constitutionnelle qui s'impose même en l'absence d'une constitution ad hoc. Cette tradition voudrait que, pour assumer les fonctions présidentielles, la personne candidate soit de nationalité congolaise (père et mère) et qu'elle ait au moins 40 ans d'âge révolus (cf art. 55, al. 3, Constitution du 1er août 1964 et art. 21, a1.2, Constitution du 24 juin 1967). La section relative à la mystification de la presse (page 32), renseigne davantage sur quelques voies qui ont été indiquées comme scénario possible de la séquence des événements au Inoment de la crise. TIest à noter les contradictions qui émanent de ces récits qui ne sont pas de nature à apporter plus de lumière sur le choix opéré sur Kabilafils.

13 de type dynastique jusque là inimaginable, en dépit de la nondémocratisation de ce pays. À l'époque de Mobutu, pour tracer un parallélisme, ses fils ont occupé des postes importants au sein du gouvernement. Nywa fut tour à tour ambassadeur itinérant, secrétaire d'État aux affaires étrangères et ministre de la Coopération internationale. Les autres fils, Kongolo et Manda, étaient des officiers de l'armée. Aucun d'eux ne fut promu général, en dépit du fait qu'ils aient ftéquenté l'École de formation des officiers de Kananga «EFO». La nomination à ces fonctions importantes présageait-elle une préparation en douceur à ce que l'un d'eux, le moment venu, occupe le fauteuil présidentiel? Difficile en tout cas de l'affirmer. Sur papier, du moins, le pays était régi par une constitution qui prévoyait les modalités de succession et de passation de pouvoir en cas de vacance à la tête de la magistrature suprême.3 L'ascension rocambolesque de Kabila-fils a suscité des inquiétudes et des interrogations auprès de la population et dans les milieux politiques. Plusieurs personnes se sont interrogées sur son passé et sur ses capacités réelles à sortir le pays du gouffre de la guerre et du danger de la partition. Les gens, apitoyés par la mort de son « père », ont analysé chacun de ses gestes pour comprendre son état d'âme. L'opération Kabila-fils au
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Pour prendre le cas de la dernière constitutionsous Mobutu, l'Acte Constitutionnelde

la transition, signé à Gbado-Lite le 9 avril 1994, on y spécifie, dans les articles 53 et 54 que nous reproduisons in extenso, les conditions dans lesquelles on peut constater la vacance à la tête de l'État et la personne habilitée à lui succéder dans ce cas. Article 53 : Les fonctions de président de la République prennent fin par démission, décès, enlpêchement définitif, déchéance prononcée par la Cour Suprême de Justice dans les conditions déterminées par le présent Acte ou la fm de la transition. La vacance est constatée par la Cour Suprême de Justice saisie par le Haut Conseil de la République - Parlement de transitio~ qui en infonne la Nation par un message. Article 54 : En cas de vacance, les fonctions de président de la République sont exercées par le président du Haut Conseil de la République - Parlement de transitio~ jusqu'à l'investiture du président élu. L'exercice des fonctions de président de la République dans ce cas, est incompatible avec l'exercice, dans le même temps, des fonctions de président du Haut Conseil de la République - Parlement de transition.

14 pouvoir a davantage ressemblé au parachutage d'un intrus qui n'avait qu'une connaissance approximative du milieu dans lequel il était lâché. Les tenants et les aboutissants de ce choix demeurent enveloppés jusqu'ici dans les secrets d'État. S'il faut en croire les nombreux indices, il est plus probable que ledit choix soit imputable à l'ingérence d'autres nations dans les affaires intérieures du Congo. C'est donc dans ce climat d'interrogations et d'inquiétudes multiples qu'est née l'intrigue à laquelle nous consacrons ce livre.

L'identité de Joseph Kabila remise en question
Au regard de ce qui précède, il est légitime de se demander si la vérité a été dite sur la personne qui trône au plus haut siège de la République du Congo! De quelle vérité parlons-tlouS ici? Il s'agit principalement de l'identité de Kabila junior. Et au-delà de cette identité, il est question de son passé qui n'a pas été élucidé ou qui a été, pour le besoin de la cause, déformé, édulcoré. La question relative à ses origines douteuses a été longuement débattue sans pouvoir trouver d'issue, ce qui est déjà une entorse et non des moindres sur le chemin tortueux de la recherche de la vérité. Cette question de Kabila-fils, si pertinente dans le fond, risque, si on n'y prend pas garde, de tomber dans le panier d'une banale généralisation ou d'une outrancière instrumentalisation au regard des allusions faites aux origines de Mobutu et pour étendre ce champ à d'autres nations, aux origines douteuses et Inythiques d'autres hommes d'État afficains.4

4 Référons tout simplement sans autre conunentaire que, honnis le cas d'Alassane Ouattara qui a engendré un perfide conflit social en Côte d'Ivoire dont les écbos ont dépassé largement l'horizon propre à l'ivoirité, des doutes avaient été émis sur les origines notamment de Kaunda en Zambie, d'Eduardo de Santos en Angola, de Mobutu au Zaïre, etc~ Quant à la controverse qui perdure sur l'identité de Joseph Kabila, Erik Kennes affinne que: « Selon l'air du temps, il convient de contester les origines des présidents africains. En l'absence d'un état civil bien ten~ ajoute-t-il, ces insinuations

seront sans fin})"Lire à ce propos: Essai biographique sur Laurent-Désiré Kabila.
L~Ha~ Paris, p. 298, 2003. Pour s'en tenir au Congo, aucun de ses anciens présidents n'a échappé à cette spéculation. Momat, voulant en arriver au cas de Kabilafils, quatrième président en ordre de successio~ se questionne dans 1'00 des paragrapbes en ces termes: «Du pareil au même?» Il écrit en effet: «Qui sont ces seigneurs qui ont eu à diriger la RDC ? Qu'est-ce qu'ils ont de commun ou de différent?

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En avalisant sa candidature à la magistrature suprême du pays lors de la prestation de son premier serment présidentiel, la Cour de Justice n'a rien trouvé à redire sur cette question sensible. Faut-il pOUf autant en conclure que c'est un dossier clos? Ou encore, faut-il croire que, face au doute subsistant sur sa filiation, tant du côté paternel que maternel, tout a été fait pour que la vérité, qui devrait constituer le fondement de la légalité dans un pareil cas, puisse émerger? Les éléments de notre investigation nous amènent à rouvrir le dossier, à dire non à l'occultation. Voilà pourquoi nous jugeons utile pour la postérité de réunir les différents discours que les uns et les autres ont tenus à ce sujet. L'enjeu en question est certes de taille. C'est justement la dimension de cet enjeu qui confère à ce travail un caractère particulier. Une connotation au-dessus de la mêlée. La délicatesse de la tâche nous force à restreindre le champ d'action à l'analyse de l'aspect qui est mis en cause, c'est-à-dire les origines douteuses de Kabila-fils. Nous n'allons pas entrer dans l'évaluation de son œuvre politique. En d'autres tennes, ses mérites et ses démérites sont hors du contexte de ce travail, axé principalement sur l'énigmatique controverse qui entoure sa personne. Au regard des différents points de vue, nous nous employons à une revisitation parcellaire de la thématique. Essentiellement, nous nous posons la question de savoir pourquoi il y a eu ou il y a encore des doutes sur sa personne. Pourquoi avons-nous deux versions littéralement opposées sur son cas? Confrontée à la complexité de la situation inquiétante du Congo et à d'autres priorités non satisfaites, la recherche visant à établir l'identité
Selon certaines sources, chaque président aurait, en dehors de la nationalité congolaise, une origine étrangère. Joseph Kasa- Vub~ qui est un Kongo, aurait des origines dans l'autre C.ongo, Congo Brazzaville. Joseph Mobutu serait centrafricain. Désiré Kabila aurait changé de nationalité pendant son long exil en Tanzanie. Enfin, Joseph KabiIa serait nvandais par l'un de ses parents. Un doute plane sur la filiation maternelle, pour l'un, et paternelle, pour l'autre Josep14 entendez Joseph Mobutu et Joseph Kabila. il est impensable que Marna Yemo ait mis au monde à l'âge de 8 ans le futur marécbal du Zaïre, Joseph Mobutu. En effet, Mama Yelno est née en 1922 alors que son fils Mobutu est né en 1930. Pour ce qui est de Joseph Kabila, le doute continue à planer sur l'identité réelle de son père ». Lire: Pompon Mornat Kabulo, Les seigneurs du Congo démocratique, publié sur le Web in : http://www.fraternet.com/magazine/in_0707.l1tn\ lundi 7 juillet 2003.

16 douteuse d'un individu peut être prise à la légère. Nous estimons toutefois que la connaissance des faits qui entourent la vie des autorités politiques est à la fois significative et instructive aujourd'hui et le sera autant demain. Car, dit-on, (en cas d'irrégularité) on peut tromper un individu, mais on ne peut pas tromper tout un peuple. Comment le peuple congolais peut-il accepter qu'on lui présente des tomates à la place des patates et inversement, sans pouvoir s'exprimer ouvertement là-dessus f

Ce peuple dont l'hymne national recommande la vaillance, - débout Congolais - qui est synonyme de la vigilance, devra-t-il se contenter de
la décision de la Cour Suprême de la Justice qui est largement contestée par plusieurs témoins oculaires? Dans ce contexte de présomption d'innocence et de doutes légitimes, il apparaît invraisemblable de balayer du revers de la main les thèses du camp «adverse» soutenant la non-filiation directe de Joseph Kabila à son père« adoptif» Laurent-Désiré Kabila. Voici un dilemme qui plonge le pays dans une situation intrigante et embarrassante. Combien ne seraitil pas embarrassant pour un groupe d'individus de vivre à côté d'une vérité de façade ou de son ombre, le mensonge et continuer imperturbablement à feindre l'innocence, l'angélisme f Compte tenu des enjeu~ ce type de comportement est moralement insupportable et inacceptable pour toute conscience individuelle et pour la conscience nationale. Les personnes qui sont, directement ou indirectement, impliquées dans ce «grand secretS de Kanambe-Kabila» doivent bien s'en garder f En tout état de cause, il est préférable et même plus responsable, de percer le mur du silence, de heurter de front les frondes cabalistiques de certaines cours pour faire valoir les intérêts de la nation au lieu de privilégier les intérêts purement partisans.

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Plus qu'être un « grand secret }),en opposition par exemple avec le cas du président

français, François Mitterrand, qui fut dénoncé par son médecin personnel dans un liwe controversé, publié seulement huit jours après son décès, il s'agit ici d'une vérité largement connue par beaucoup de personnes. Sauf qu'on s'efforce de ne pas la livrer au grand public. Pour le livre sur F. Mitterran<L qui avait été frappé d'interdiction de vente en France, lire : Docteur Claude Gubler & Michel Gonot, in: Le grand secret, Éditions Plo~ Paris, 1996.

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Le chemin de la vérité
L'essai tente d'éclairer l'opinion publique en la mettant sur le chemin de la vérité. En la mettant dans des conditions de pouvoir discerner, à la lumière de plusieurs recoupements, le vrai du faux. D'autant plus que la conspiration du silence qui règne souveraine selon des règles tacites, est doublée de nombreuses tentatives déployées au Congo comme ailleurs, pour étouffer non seulement l'avènement d'un État de droit mais aussi, pour occulter au fin fond du marécage certaines vérités gênantes. Dans les sociétés en développement où l'émergence de la démocratie est souvent entravée par la gloutonnerie de quelques prédateurs politiques au détriment du bien-être collectif: mettre le cap sur la recherche de la vérité est une démarche fondamentale. En bout de ligne, il faudra espérer que la flamme de la vérité puisse insuffler dans les mœurs politiques et citoyennes la dynamique de la transparence qui est le fondement et la base d'une société saine. La volonté tenace d'arriver au bout d'une énigme, d'en dévoiler les facettes obscures, constitue une menace majeure pour ceux qui manœuvrent pour des intérêts de bas étage ou des agendas cachés. La conspiratio~ quelle qu'elle soit, ne peut tenir le coup et survivre que grâce au silence des gens acquis à sa cause. Est-ce le cas pour le Congo? Peut-on dire que beaucoup de gens connaissent les tenants et les aboutissants de l'histoire de Joseph Kabila? Une histoire serpentée, cahotée et étouffée au plus profond des abîmes. Nous pensons que non. Beaucoup de personnes ont appris les méandres de cette énigme à travers la rumeur. Elles n'y ont peut-être pas accordé une grande importance. Pourquoi s'attarder à résoudre un noeud gordien dans un pays où les gens ont du mal à satisfaire leurs besoins quotidiens? Pourquoi s'accrocher aux épiphénomènes dans un pays où les préoccupations pour la satisfaction des besoins primaires tourmentent les paisibles citoyens qui ne savent plus où donner de la tête? Dans ces conditions, on comprend combien il est malaisé de philosopher, de chercher à résoudre des énigmes dont l'importance vitale n'est pas apparente. C'est pourquoi il faut y aller en profondeur en étalant les faits et les actes probants qui peuvent confondre les gens, éveiller en eux le goût de la suspicio~

18 aiguiser leur sens du doute raisonnable. En bret: les amener à un sérieux questionnement qui les aidera à jeter un autre regard sur toute la problématique. C'est en cela que consiste la contribution du présent essaI. Nous n'avons pas d'a priori ni ne tenons pour acquises la version officielle ou d'autres versions qui ont été étalées sur la place publique. Nous nous demandons seulement, à partir d'expériences connues, si une fois de plus, le peuple congolais n'est pas en train de se faire rouler dans la farine. La problématique, de par sa dimension et l'implication des hautes sphères de l'État, mérite une enquête approfondie. Fondamentalement, il est à convenir que parvenir à une seule vérité, à une seule version sur le fait que Joseph Kabila est ou non, le fils biologique de Laurent-Désiré Kabila est nécessaire et souhaitable. En se logeant au plus haut sommet de l'État, l'affaire Joseph Kabila relève avant tout du domaine politique. Naturellement, il n'y a que les autorités politiques qui puissent permettre l'ouverture d'une enquête ou d'un dossier judiciaire d'une telle portée. n n'y a pas à se faire d'illusions. Ce n'est pas le régime Kabila qui instituera une enquête à ce sujet. Pour les ex dirigeants de l'AFDL au pouvoir, ce problème a été liquidé sommairement en recourant à quelques subterfuges. Pour eux, l'affaire est définitivement close. Mais c'est sans tenir compte de l'opinion de ceux qui croient, dur comme fer, que le dossier n'est pas du tout clos. Qu'on devrait aller jusqu'au fond des choses. C'est sans tenir compte non plus que I'histoire a ses revirements spectaculaires qui réservent des surprises aux humains. Pour cela, il faut s'outiller et préparer le terrain. Un terrain dangereusement glissant. Un terrain qui peut révéler des mystères si on utilise les moyens appropriés et tous les instruments judiciaires. L'excavation en profondeur, partant des éléments de base, pourra, nous en sommes sûrs, aider à trancher et à résoudre le dilemme sous-jacent. Compte tenu de l'exiguïté de nos moyens, nous nous limitons à l'exploration et à l'analyse du matériel disponible afin d'éclairer l'opinion congolaise et tout lecteur qui nous lira. Le matériel examiné comporte plus d'opinions que de faits. Il permet de découvrir ce qui a été dit ou écrit par diverses personnes dont les journalistes et les acteurs politiques. En fait, nous rassemblons l'essentiel de tout ce qui a été dit et

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écrit sur le sujet. Certaines déclarations sont des témoignages de première tnain. D'autres ont une valeur relativement moindre dans la mesure où elles sont des avis personnels. La juxtaposition de toutes ces déclarations est déjà une richesse. Elle démontre l'ampleur du débat que cette problématique a suscité. Notre analyse et nos critiques ponctuelles aiguilleront le lecteur et la lectrice dans ce voyage dont les horizons, en s'approchant, semblent s'éloigner davantage comme dans un jeu de prestidigitation. Le délice de ce mirage ne peut se goûter qu'en franchissant, étape par étape, tous les obstacles disséminés le long du parcours. À la fin, chacun pourra se faire son opinion. Le dilemme sur la vraie identité de Kabila junior n'est pas le genre d'affaire qui doit demeurer sans réponse. Le temps pourra s'en charger. L'avènement d'un État de droit ainsi que la magnificence d'une assemblée législative digne de ce nom pourraient précipiter les choses et nous rapprocher de l'étape décisive qui sera l'ouverture de cette boîte de Pandore. Dans tous les cas, nous avons déjà vu, à distance de mille ans~ des procès rouverts, dans l'intention noble de jeter la lumière sur un passé nébuleux et trompeur. Ce qui est sûr, c'est qu'un jour, se servant de l'avancée technologique, l'histoire pourra trancher, au-delà des passions intellectuelles et des intérêts sectaires compromettants, en disant son dernier mot. Sans prétendre trancher définitivement, notre rôle consiste surtout à livrer le matériel et les témoignages des uns et des autres. TIappartiendra dès lors à l'opinion publique et aux dirigeants politiques ou judiciaires qui auront un jour à charge ce dossier, de s'en inspirer et de l'enrichir dans ses lacunes éventuelles, pour trancher équitablement.

Première partie

L'irruption de l'étoile mystérieuse

sur la scène politique

congolaise

23

Chapitre
L'ascension rocambolesque de Kabila
1.1. L'émergence de la contre figure

1

Kabila II est la contre figure de Kabila I. On ne peut en effet parler de l'émergence de Kabila II, de son ascension rocambolesque au pouvoir sans évoquer les conditions mystérieuses de la mort du président Kabila J. Cette mort subite était pourtant dans l~air. Elle a précipité les choses et balisé le chemin pour la prise du pouvoir par Kabila II. Selon certaines insinuations, l'ascension au pouvoir de son fils, réel ou adoptif: ferait partie d'un plan6 réalisé de main de maitre pour se débarrasser du « lion d'Ankoro)}. Ce dernier gênait certainement beaucoup de lobbies par ses
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Lire à ce propos les prises de position suivantesqui parlent de l' in1plicationdirecteou

indirecte de Kabila-fils dans l'assassinant de son père: - Jacques Matanda dans son Appel Pressant du 17 avril 2002, de J'Opposition Externe nODMobutiste, adressé notamn1ent à Thabo Mbeki, président de la République Sudafricaine, à M. Ketumile Masire, Facilitateur au Dialogue, aux compatriotes congolais parties prenantes au Dialogue inter-congolais de Sun City, parle expliciten1ent d'un « plan d'action conçu et mené à sa réussite par les services de sécurité du président Robert Mugabe opérant à Kinshasa » - Dans le même ordre d'idées, il y a lieu de citer les déclarations d'Eddy Musonda~ ancien directeur adjoint du protocole du président Laurent-Désiré Kabila. Son témoignage apporte des éléments intéressants permettant de comprendre, dans une certaine mesure~ les dessous des enjeux entourant la mort de L.-D. Kabila. Pour plus de détails~ lire : Qui a tué Kabila..1? Publié sur la page Web in: http://www.lesoftonline.net. Lire également l'article de la Libre Belgique. MFC~ CONGO-KINSHASA. L'assassinat de Kabila: un quasi-témoin parle. Le 24/12/2001. Publié sur Ie Web in : http://W\\w.lalibre.be/article. phtml ?id= 1O&subid=838aut _id=47280

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prises de position et ses revirements soudains. La précipitation avec laquelle l'Occident a accueilli le jeune recordman président de la République a suscité de nombreuses interrogations de la part des analystes. Alors que les portes étaient hermétiquement fermées à Kabila et que les pièges étaient subtilement tendus pour qu'il puisse, sinon céder son pouvoir, du moins, le partager, le tapis rouge était déroulé avec faste et sans ménagement dans les grandes métropoles pour son fils. Il fallait, disent les plus malins, donner tout de suite des orientations claires et précises au jeune néophyte pour qu'il sache, dès l'entrée de jeu, à quoi s'en tenir. Ces parrains devaient lui assurer les garanties du pouvoir en échange de la préservation de l'exploitation des richesses de son pays. Nul n'ignore qu'à cause de ses fabuleuses richesses, le grand Congo a souvent été l'objet de convoitises de la part des pays tiers et de certains groupes d'intérêt. Kabila-fils était-il dans le complot? La vérité ne pourra être connue tant et aussi longtemps qu'il est le maître de la situation. De toutes façons, suivant l'option déjà indiquée dans notre démarche méthodologique, le problème susmentionné est sans objet pour notre essai. Vivant jusque-là effacé dans l'ombre de son père et absorbé par son métier de soldat, Kabila II s'est vu subitement prendre la place de numéro un dans un environnement politique très échaudé par des conflits sociaux et par la guerre de rébellion en cours dans le pays. 1.2. La succession au pouvoir: un exercice de loterie En esquissant dans notre prologue les mobiles de l'accession de Kabila II au pouvoir, nous avons vu qu'ils étaient rendus possibles principalement par l'absence d'un texte constitutionnel à la hauteur d'une nation «moderne». Au lieu de se baser sur les dispositions d'un texte législatif: la désignation du remplaçant de l'homme du 17 mai fut véritablement un exercice de loterie. Parmi les quelques noms qui étaient tirés du lot, notamment Gaetan Kakudji et Mwenze Kongolo, le choix est tombé sur celui qui avait une position de force sur le plan interne et qui jouissait à la fois de connexions externes favorables.7 Le contexte d'un
7 Diriger le Zaïre, disait Mobutu, n'est pas une moindre affaire. Dans sa pensée, il ne se référait pas tant aux difficultés inhérentes à la tâche - Dieu seul sait si dans sa pensée et dans ses actions, il se préoccupait réellement de la population - mais plutôt aux

25 pays ravagé par une guerre inutile est certainement pour beaucoup dans ce choix. Seulement, devant le drame énorme de l'assassinat d'un président de la République en fonction, fait inédit dans l'histoire de ce pays, on aurait dû imaginer d'autres scénarios pour endiguer la guerre qui était en cours et redonner la chance à la paix. Cet effort n'a pas été fait. La crise institutionnelle a été gérée à la manière d'une crise de régime. La mort de Kabila représentait en quelque sorte l'écroulement du régime de l' AFDL. Il est reconnu que ce régime n'a pas voulu associer d'autres partis politiques à l'exercice du pouvoir. À fortiori, même dans la circonstance mortelle, alors que cette condition exceptionnelle aurait pu ouvrir une brèche pour changer de cap, cette hypothèse d'ouvrir l'espace de gestion politique à d'autres partis et forces vives du pays a été rigoureusement écartée. Les autorités de l'AFDL n'ont pas saisi cette opportunité pour tenter de rassembler le pays par un geste de haute portée historique. La mise en place d'un comité de régence composé de quatre ou cinq personnes sages triées parmi les personnalités politiques de gros calibre que ce pays compte aurait été souhaitable. On a plutôt joué la carte de la continuation du régime. Le choix a été vite fait: remplacer le père par le fils. Cette option inédite est apparue aux yeux de beaucoup de Congolais comme un mélange flou et bizarre des préceptes d'une République démocratique et de ceux propres à une dynastie monarchique. Nonobstant ce cafouillage institutionnel, la recette Kabila II est passée sans problème et la continuité de l'État a été, bon gré mal gré, préservée. Pour être accepté si facilement et jouir d'une reconnaissance internationale, Joseph Kabila devait avoir un profil satisfaisant les intérêts des bailleurs de fonds et des autres groupes de pression. Vue sous cet angle, sa position politique semble être confortée; à tout moment, il peut compter sur l'aide de ses alliés et peut-être, dans cette perspective, se construire un avenir qui va au-delà de la période transitoire. Seulement, voilà que l'histoire de Kabila TI n'est pas limpide. Elle comporte d'énormes zones d'otnbre. C'est une histoire qui pourrait réserver des surprises éclatantes et éclaboussantes. En fait, le bouchon
pressions que l'on subit quand on assume de telles responsabilités de la part des super puissances qui régentent ce monde.

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qui contient encore certaines vérités pourrait, un jour ou l'autre et de manière totalement imprévisible, sauter. Alors, ce jour-là, une autre page de l'histoire du Congo sera ouverte. On comprendra dès lors le mécanisme du fonctionnement de la loterie et on connaîtra probablement le nom des personnes qui en tiraient les ficelles.

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Chapitre 2
La presse face à l'énigme Kabila II
2.1. La presse prise à défaut dans )' énigmatique situation Dans le feuilleton autour de la controverse qui a impliqué Joseph Kabila à l'aube de son pouvoir et qui perdure par ailleurs dans le temps, la presse écrite, tant nationale qu'étrangère, a joué un rôle de premier plan. Les médias, en tant que moteur et vecteur de l'information, ont véhiculé et diffusé des nouvelles contrastantes concernant Joseph Kabila. Par la nature des contradictions répétées, empêtrés dans les incertitudes fréquentes de leurs écrits, les journalistes, au lieu de dissiper le doute concernant ses origines ethniques/familiales, l'ont plutôt alimenté. Dans le tohu-bohu qui a caractérisé le déferlement autour du cas atypique des origines de Kabila-fils, la presse étrangère a été plus active que la presse nationale. La confusion étant le maître mot, certains journalistes se sont permis d'affirmer une chose un jour et son contraire le lendemain ou quelques jours, quelques semaines, quelques mois après. La question lancinante est sans doute celle-ci: pourquoi, au-delà des démentis formels de la Cour Suprême de Justice, la presse ou mieux une certaine presse a-t-elle continué à marteler l'hypothèse d'une filiation aux contours obscurs? Avant toute chose, il convient de préciser que bien avant l'avènement de Kabila-fils au pouvoir, des rumeurs couraient déjà lui déniant la filiation biologique à son père « adoptif », Laurent-Désiré Kabila. En un certain sens, la presse n'a fait qu'amplifier les murmures qui existaient déjà à l'état latent. Il est à noter que, malgré sa position dans l'armée, Kabila junior était un grand inconnu du public. Les gens connaissaient

28 peu de choses sur son passé; certainement, une large couche de la population ignorait tout sur son parcours politico-militaire. Plus grave encore, les chevaliers de la plume étaient confus et désemparés devant l'absence de nouvelles fiables. À la lumière de la séquence des événements et du chaos perceptible dont la scène politique congolaise a été le théâtre au lendemain de sa nomination à la présidence de la République, les sources sûres qui auraient dû alimenter la task-force des médias étaient inaptes et inefficientes. L'amateurisme dont on accusait souvent les acteurs politiques issus du courant ({afdélien-cépépien»8 a fait montre de défaillances macroscopiques. Le protocole d'État n'était pas en mesure de livrer à l'opinion publique l'information adéquate dont elle avait pourtant grandement besoin. Le ministère de la communication qui aurait dû s'activer dans ce sens a gardé un profil très bas.9 Le portrait de celui qui prenait la destinée du pays n'a pas été donné de manière claire. Devant ce fiasco, du reste incompréhensible dans un système administratif qui fonctionne normalement, il vient à l'esprit de se demander s'il y avait une fiche signalétique de Kabila-fils au sein du ministère de la défense où il avait le grade de général des forces teITestres. La carence d'informations sur son compte induit à penser que les services liés au protocole d'État ne savaient où aller puiser les informations sur l'homme qui était devenu le nouveau maître du pays. Démunie d'informations pertinentes au moment topique où celles-ci auraient dû être livrées avec célérité au public, la presse étrangère a été
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L'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) fut TIne s'agit pas seulementdu ministère de la communicationqui a gardé le profil bas,

dissoute le 21 janvier 1999 par Laurent-Désiré Kabila lors d'un discours où il annonça la création des Comités de pouvoir populaire (CPP).
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mais de l'ensemble du gouvernement de SaIut public. En effet, le gouvernement était pris à tna! dans la gestion de l'information relative à la mort du M'zee et à la succession de Joseph Kabila au pouvoir. C'est le constat qui ressort du rapport spécifique de Journaliste En Danger (JED), rendu public à Kinshasa, le 3 mai 2001 à l'occasion de la lOème journée mondiale de la liberté de la presse. Pour plus de précisions, lire le point na III : Le gouvernement et la gestion de l'information sur la mort du président Kabila. Qui a tué L.-D. Kabila? Quand et cOIllinent? Le Droit du public à rinformatio~ publié sur Ie Web in : http://www.jed-congo.orglRapports/2001IRapport-Deces-LDK-03052001_06.htm