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Journal de Joseph Goebbels 1923-1933

De
800 pages
Son nom est synonyme de mensonge et de manipulation. Joseph Goebbels (1897-1945), propagandiste en chef du Parti et de l’État nazis, artisan de la guerre totale et ultime dauphin de Hitler, passe pour le Diable en personne. Ce « monstre » a tenu son journal de 1923 à 1945 : un document unique en son genre, témoignage exceptionnel de l’intérieur du nazisme. Ce livre présente huit cent soixante journées des années 1923-1933. Ces passages sont presque tous inédits, car issus de l’édition allemande des plaques de verre conservées à Moscou et éditées depuis 1992 par l’Institut d’histoire contemporaine de Munich. Le Journal témoigne d’abord de l’ascension d’un criminel, emblématique de la montée du nazisme. À vingt-six ans, Goebbels est un auteur raté, qui vit aux crochets de son père. À trente-cinq ans, il est le plus jeune ministre de l’histoire de l’Allemagne. C’est un homme extrême, complexe, mais aussi d’une effrayante banalité. Il célèbre la vie et aspire à la mort. Il s’apitoie sur son sort et rêve d’extermination. Le Journal souligne les contradictions du nazisme, amalgame invraisemblable de racisme, de nationalisme et de conscience sociale. Goebbels en est le porteur. Le Journal, enfin, dépeint la mort d’une démocratie. L’acharnement politique en est tout autant responsable que le contexte économique ou politique. Goebbels parcourt sans trêve l’Allemagne entière, il quadrille la société allemande, des princes déchus aux chômeurs. Il allie les campagnes de presse agressives, les meetings soigneusement orchestrés, les violences contre les Rouges, les Roses, les Juifs. Il fait d’Hitler, « Chef » (en français dans le texte) d’un petit mouvement, le Führer d’une nation. Ce livre est une leçon d’histoire pour le présent. Ou comment un peuple hautement civilisé, vivant en démocratie, s’est jeté volontairement dans les bras d’hommes déterminés mais ordinaires, porteurs d’une idéologie meurtrière mais non sans faille.
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JOSEPH GOEBBELS
JOURNAL 1923-1933
Traduit de l’allemand par Denis-Armand Canal, Hélène Thiérard et Dominique Viollet Texte présenté par Elke Fröhlich et Horst Möller, établi et commenté par Pierre Ayçoberry Conseiller éditorial : Denis Peschanski
TALLANDIER
Éditions Tallandier – 2, rue Rotrou 75006 Paris
www.tallandier.com
© Éditions Tallandier, 2015 pour la présente édition numérique
www.centrenationaldulivre.fr
Réalisation numérique :www.igs-cp.fr
EAN : 9-791-021-015-036
AVERTISSEMENT
La Fondation pour la Mémoire de la Shoah considère que la publication en français d’extraits duJournalde Goebbels par les Éditions Tallandier est de nature à mieux faire comprendre les mécanismes de l’idéologie nazie qui ont abouti à la Shoah. Mené au jour le jour, sur plus de deux décennies, ceJournalpermet, en effet, d’observer le développement des raisonnements de Goebbels, « compagnon d’armes » de Hitler depuis ses débuts, et jusqu’au bout propagandiste et propagateur de la haine raciale nazie. Les Éditions Tallandier ont souhaité que les éventuels bénéfices de la vente de l’ouvrage soient reversés à la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, qui œuvre pour l’élargissement et la diffusion des connaissances sur la Shoah. De façon symbolique, la Fondation les attribuera à sa collection de récits personnels intitulée « Témoignages de la Shoah », réalisée en hommage aux victimes de la barbarie nazie.
Fondation pour la Mémoire de la Shoah 52, boulevard Malesherbes – 75008 Paris www.fondationshoah.org
NOTE DE L’ÉDITEUR
Ce livre présente au public français la traduction et l’édition critique de 776 journées duJournal de Joseph Goebbels, entre le 17 octobre 1923 – date à laquelle commence le texte manuscrit – et le 31 janvier 1933 – lendemain de la nomination d’Adolf Hitler comme chancelier du Reich. Le choix des textes a été opéré conjointement par une équipe de l’Institut d’histoire contemporaine me (Institut für ZeitgeschichteElke Fröhlich et de, IfZ) de Munich et Berlin, sous la direction de M M. Horst Möller, et par l’historien français Pierre Ayçoberry, chargé de coordonner le travail de traduction en français et de rédiger l’appareil critique. L’éditeur tient particulièrement à remercier M. Stefan Martens, directeur adjoint de l’Institut historique allemand de Paris, et M. Hartmut Mehringer, responsable des Archives de l’IfZ, pour leur contribution à l’aboutissement de ce projet.
Histoire du texte
La présente traduction s’appuie sur l’édition intégrale publiée en vingt-neuf volumes par l’IfZ (1) entre 1993 et 2005 . LeJournalde Goebbels – ou plutôt ce qui nous en est parvenu – se compose de deux parties, l’une manuscrite et l’autre dictée : – leJournal manuscritouNotes (Aufzeichnungen), du 17 octobre 1923 au 8 juillet 1941, soit 6 783 pages consignées sur 23 brouillons en toile cirée. Ce texte a été publié pour la première fois dans son intégralité sous la direction d’Elke Fröhlich pour l’IfZ, entre 1993 et 2005. Il ne faut pas le confondre avec les feuillets de souvenirs(Erinnerungsblätter), qui livrent des informations intéressantes sur la jeunesse du personnage, mais qui ne peuvent se comparer, en termes d’ampleur, avec leJournalproprement dit ; – lesTextes dictés (Diktate), du 9 juillet 1941 au 10 avril 1945, soit 36 000 pages dactylographiées que Goebbels a dictées quotidiennement à son sténographe, Richard Otte. Ils ont été publiés de façon quasiment intégrale par les mêmes acteurs entre 1993 et 1996. Les éditions duJournalpubliées avant 1993 ne représentent, au total, qu’un cinquième du matériau disponible à l’IfZ. On ne peut donc les comparer, ni en ampleur ni en minutie éditoriale, à celle de 1993-2005. Comment expliquer qu’un délai aussi long (quarante-huit ans) se soit e écoulé entre la chute du III Reich et le début de la publication intégrale d’un tel document ? La réponse réside dans l’histoire, complexe et passionnante, de la transmission du texte. Goebbels avait demandé que fût réalisée une copie de sûreté de son journal, sous la forme de microfiches sur plaques de verre. Comme il ordonna en outre, à la fin de la guerre mondiale, que les originaux fussent détruits – ordre qui ne fut d’ailleurs exécuté que partiellement –, ces plaques de verre constituent aujourd’hui la seule rédaction à peu près complète – intégrale pour la partie manuscrite – duJournal. En 1945, les troupes soviétiques confisquèrent et emportèrent à Moscou la plus grande partie des plaques de verre. Une partie fut livrée aux Archives centrales spéciales d’État de l’URSS, un dépôt spécifique placé sous l’autorité du NKVD puis du KGB, et qui réunissait un butin de
documents d’origine européenne ; une autre, notamment les brouillons manuscrits, fut versée aux archives du ministère soviétique des Affaires étrangères ou aux archives du KGB. Résultat : après la guerre, des éléments en provenance du fonds complet sont constamment parvenus à l’Ouest, empruntant des chemins parfois tortueux, souvent sans que l’on puisse tirer au clair leur origine et certifier leur authenticité au-delà de tout doute. De toute évidence, le KGB a livré des copies à la RDA en plusieurs occasions. Certaines ont été vendues en RFA. C’est seulement à l’été 1992 qu’un terme a été mis à ce commerce aussi intermittent que florissant, motivé par la recherche de devises et, dans certains cas, par l’intérêt politique. Les plaques de verre, nous l’avons dit, sont la seule source qui puisse être prise en considération dans la perspective d’une édition scientifique. On peut utiliser, pour reconstituer (2) certains passages difficiles à lire, les autres filières de transmission , collationnées par ailleurs pour l’édition complète. Mais le principal problème résidait, avant 1992, à l’établissement d’une base de textes qui fût au-dessus de tout soupçon, afin d’aboutir à une compilation quasi intégrale du matériau. Le seul fait qu’on ait tablé au départ sur un ensemble de huit à dix volumes, quand l’édition définitive en compte vingt-neuf, montre bien que de nombreux textes étaient alors inconnus ou faisaient défaut. C’est la découverte par Elke Fröhlich, au printemps 1992, des plaques de verre de Moscou qui constitua le préalable indispensable à la constitution d’une base de textes, soit originaux et irrécusables, soit équivalents des originaux et complets. Au début de l’été 1992, le président des anciennes Archives Roskom de Moscou – actuellement, les Archives Ros – et le directeur de l’IfZ parvinrent à accord qui rendit possible à la fois le microfichage de l’ensemble du matériau et sa publication. Une copie de celui-ci se trouve désormais à l’IfZ de Munich : la reproduction en est intervenue en juillet 1992 à Moscou, en présence des Dr Elke Fröhlich et Hartmut Mehringer.
Intérêt et choix des textes
LeJournalde Goebbels constitue un témoignage sans équivalent sous la plume d’un membre du groupe dirigeant national-socialiste. Il ne s’agit pas, dans son ensemble, d’un journal intime à proprement parler. En effet, le 21 octobre 1936, Goebbels en vendit les droits à la maison centrale d’édition du Parti, l’Eher-Verlag de Max Amman – vente dont il retira une avance de 250 000 RM, plus une redevance annuelle de 100 000 RM. LeJournalconstitue, surtout après l’arrivée au pouvoir, une tentative, témoignant de l’hybrisde son auteur, de faire et d’écrire e l’histoire du XX siècle à destination des générations futures. Le choix des textes traduits cherche à présenter Goebbels sous ses facettes multiples et successives : le jeune écrivain exalté, sans emploi et désargenté ; le militant nazi, qui s’impose rapidement comme journaliste et orateur ; leGauleiterBerlin à partir de 1926, orateur et de agitateur parti à la conquête de la capitale du Reich ; le responsable national de la propagande à partir de 1930, acteur essentiel des campagnes électorales victorieuses du NSDAP et des luttes d’influence au sein du Parti. Le texte de Goebbels offre une chronique politique des années 1923-1945 vues sous l’angle national-socialiste. Il livre, de ce fait, un tableau particulièrement instructif des crises qui ont (3) secoué la République de Weimar, jusqu’à son effondrement final . Il constitue, en soi, une leçon sur la fragilité d’un régime démocratique attaqué de l’extérieur et miné de l’intérieur, dans un contexte de catastrophe économique. Entré au NSDAP après le putsch de novembre 1923, Goebbels n’était pas un vétéran du Parti. Il a cependant connu toutes ses crises à partir de 1924. Il a assisté, avec un scepticisme croissant, à l’alliance avec lesVölkischedu DVFP, jusqu’à laLudendorff au sein  de (4) « refondation » du Parti par Hitler en février 1925 . Il s’est associé à la formation d’une « Communauté de travail desGauleiterdu Nord et du Nord-Ouest » en septembre 1925, autour (5) de Gregor Strasser, avant sa dissolution par le Chef en juillet 1926 . Il a œuvré, sans l’approuver, à la campagne unitaire de la droite nationaliste et de l’extrême droite pour un
(6) référendum contre le plan Young . Il s’est opposé, pour lancer à Berlin un journal quotidien, à la concurrence des Strasser, une rivalité qui s’est envenimée au point d’aboutir au départ d’Otto, (7) le frère de Gregor . Il a affronté deux révoltes des SA berlinois, en août-septembre 1930 et en (8) avril 1931 . Enfin, il a assisté à la « trahison » de Gregor Strasser en décembre 1932, alors que Hitler et le NSDAP étaient engagés dans une épreuve de force avec le président Hindenburg (9) afin d’accéder au pouvoir . Les passages de Goebbels consacrés aux autres personnalités du NSDAP – pratiquement l’ensemble de l’équipe dirigeante – sont d’une grande richesse. Aucune autre source ne donne un aperçu à ce point détaillé de la vie intime des dirigeants nazis. Son témoignage est particulièrement précieux quand il juge les individus, quand il décrit la mentalité des chefs du Mouvement. Bien sûr, il force souvent le trait dans ses appréciations, de même qu’il exprime clairement ses sympathies et ses antipathies. Ses portraits politiques différenciés ne sont pas toujours exempts d’attirances ou de répulsions personnelles. Souvent aussi, les différences entre stratégie politique et tactique y éclatent. Il en va ainsi de Gregor Strasser, son mentor devenu (10) son ennemi ; de Hermann Göring, héros prestigieux ravalé au rang de « gros cul » (11) morphinomane, puis allié de circonstance ; du chef d’état-major de la SA, Ernst Röhm, (12) accusé de fragiliser la position du Parti par son homosexualité revendiquée . LeJournalest irremplaçable quand il témoigne des rapports de Goebbels avec Hitler et de ses idées sur le Führer du NSDAP puis du peuple allemand. L’auteur est devenu, au milieu des années 1920, un intime de la pensée de Hitler. Leurs conversations, qui occupent souvent des heures puis des soirées entières, abordent les sujets les plus divers : la jeunesse de Hitler, ses projets architecturaux, ses idées sur la future élite dirigeante, sa conception du rôle de la femme (13) allemande, ou la comparaison entre théâtre viennois et théâtre berlinois . Mais elles témoignent surtout du mode de fonctionnement d’un parti, et bientôt d’un régime, gouverné par la parole du Führer. Elles nous renseignent sur la mentalité de Goebbels lui-même. Hitler, d’emblée, l’a séduit, bien qu’il ait connu des moments de doute, comme en témoignent certains (14) passages lucides sur les défauts du Führer ou sur sa tactique de tergiversation . Mais la rupture n’intervient jamais : les malentendus sont mis sur le compte de la camarilla munichoise, et il suffit d’un entretien pour que la présence et la parole du Chef galvanisent un Goebbels (15) plongé dans le doute . Goebbels s’est imposé, dès le début de sa carrière, comme un orateur et un propagandiste (16) hors pair, un maître de la « simplification » populiste . LeJournalle montre sous les traits d’un patron de journal et d’administration débordé par une fastidieuse activité quotidienne. À partir de 1930 s’ajoute la figure du responsable national de la propagande, organisateur (17) minutieux et parfois inventif des campagnes électorales . Le texte abonde en récits de meeting, devenus sous la plume de Goebbels un genre littéraire en soi, parfois trompeur lorsque (18) l’auteur dissimule une faible assistance ou une fin peu glorieuse . La tactique goebbelsienne se fonde sur l’emploi simultané de l’outrance verbale – qui lui vaut (19) de nombreuses interdictions de parole et une litanie de procès – et de la violence physique. Cette dernière est mise en œuvre dès l’arrivée de Goebbels à la tête duG a ude Berlin, en octobre 1926. Alors commence la « conquête de Berlin »(Kampf um Berlin)– une des expressions favorites de Goebbels, et le titre d’un de ses livres –, faite de rassemblements, de démonstrations de force et de bagarres de rue et de salle, le tout soutenu par un quadrillage systématique de la société. Goebbels provoque d’emblée ses adversaires communistes dans leurs bastions de Neukölln et de Wedding, déclenchant une confrontation qui se prolonge dans d’innombrables affrontements, dans lesquels le jeuneGauleiterest parfois pris lui-même à (20) partie . Les embrasements périodiques prennent le caractère d’une « guerre civile (21) latente ». Cette lutte a ses ennemis désignés, au premier rang desquels les autorités (22) prussiennes qu’incarne le sous-préfet de police Bernhard Weiss,aliasIsidor . Il a ses « traîtres », militants coupables d’avoir déserté et livré des informations compromettantes, ou
(23) j. Il a enfin ses « martyrs », lesquelsournalistes accusés de calomnie, qui seront « rossés » (24) sont célébrés au cours de cérémonies impressionnantes . Il culmine en 1932 lors de scènes d’agression et de bataille rangée dans l’enceinte du Reichstag et du Landtag de Prusse, qui en (25) disent long sur l’état de dégradation de la démocratie weimarienne . Enfin, leJournalconstitue une source fondamentale sur l’histoire de l’antisémitisme nazi et de la Shoah. Il montre à l’œuvre un acteur majeur de ce drame – non seulement par son rôle de propagandiste, mais aussi par sa participation directe aux agressions contre la communauté juive. Goebbels – et c’est l’un des apports des textes récemment édités – s’y livre sous les traits d’un antisémite radical, très éloigné de l’opportuniste qu’on a souvent décrit. C’est le cas, notamment, du cas de conscience que lui pose sa rupture avec sa fiancée Else Janke, une (26) « demi-Juive » selon la terminologie de l’époque . La haine antisémite, enracinée dans un (27) (28) terreau antijudaïque , s’y affirme d’emblée, sous un jour obsessif . La controverse avec les partisans du « matérialisme raciste », tel son collaborateur Konopath, n’enlève rien à sa (29) virulence fondamentale . (30) Goebbels associe les Juifs à ceux qu’il juge ses ennemis : le milieu journalistique , le (31) (32) monde des affaires , les partisans des plans successifs de réparations aux Alliés , le « marxisme » – c’est-à-dire, sous sa plume, la social-démocratie allemande et son avatar communiste, soit le dévoiement intéressé et internationaliste du « socialisme du Christ » dont il (33) se revendique . Il en va de même de l’objet premier de son mépris, la démocratie parlementaire : dès son entrée au Reichstag, en juin 1929, il qualifie la séance plénière d’« école (34) de Juifs enragés ». L eJournaloffre de nombreux exemples d’une action précoce, qui annonce le rôle de Goebbels dans le boycott des commerçants juifs en 1933 ou la « Nuit de cristal » en 1938. Les Juifs ou supposés tels et leurs « laquais » sont, on s’y attend, l’une des cibles favorites des attaques verbales de Goebbels, exprimée dans les discours, les livres et les articles de (35) Goebbels . Mais leGauleiterde Berlin s’implique également directement dans la préparation et le déroulement d’épisodes violents, comme le premier pogrome berlinois en mars 1927, la manifestation de décembre 1930 contre le filmÀ l’Ouest, rien de nouveaules incidents du et (36) 12 décembre 1931 sur le Kurfürstendamm .
Appareil critique
Les textes choisis sont intégralement traduits d’après l’édition de l’IfZ. Les points de suspension entre crochets […] marquent non pas une coupure, mais un mot ou un passage indéchiffrable. On attirera l’attention du lecteur sur le fait suivant : Goebbels rédige son journal le matin, il fait donc généralement aux événements de la veille (voire des jours précédents), comme il l’indique souvent lui-même. Le récit du 30 janvier 1933 se trouve ainsi, par exemple, dans la journée du 31 janvier. Les mots ou titres cités en allemand d’après le texte original sont placés entre crochets et en caractères italiques. Les titres des œuvres littéraires et cinématographiques sont traduits (avec, si nécessaire, le titre allemand en italiques et entre crochets). Les termes en langue étrangère employés par Goebbels lui-même sont en italiques et suivis d’un astérisque (*). Les principales journées sont précédées d’une mise en situation historique en caractères italiques. Les grades de la SS et de la SA ne sont pas traduits, notammentObergruppenführer(officier général, l’équivalent d’un général de corps d’armée), Standartenführer(commandant régimentaire, en fait avant 1933 plutôt un chef de bataillon, du fait de la taille des unités), Sturmbannführer(chef de bataillon, quoiqu’il soit plus pertinent d’employer le terme de compagnie avant 1933). Il en va de même que certains grades du Parti :Sektionsführer(chef de
secteur),Kreisleitero uKreisführer(chef de district),Bezirksführer(chef d’arrondissement), GauleiterouGauführer(responsable au niveau duGau),Reichsleiter(responsable national). Les principaux commentaires sont donnés dans les notes de fin de volume. Un titre courant en bas de page aide le lecteur à retrouver leur emplacement. Afin de ne pas alourdir l’appareil critique, le lecteur trouvera en début de volume une liste des sigles et abréviations, et en fin de volume, dans l’index des noms de personnes, de courtes notices biographiques des individus apparaissant dans le texte.
Notes
(1)Die Tägebucher von Joseph Goebbels, édité par Elke FRÖHLICH pour l’Institut d’histoire contemporaine (Institut für Zeitgeschichte), et avec le soutien des Archives d’État de Russie, Munich, K. G. Saur, 1993-2005, 29 vol. Pour plus de précisions à ce sujet, voir Horst MÖLLER, « L eJournalde Goebbels, histoire d’un texte », inJournal de Goebbels 1943-1945, Paris, Tallandier, 2005, p. XV-XXVI. (2)Notamment, pour la transmission primaire, les « Originaux IfZ » (500 feuillets remis à l’IfZ en 1961), les « Originaux HI » (7 000 feuillets conservés par la Hoover Institution, université de Stanford), les « Originaux NA » (591 pages déposés aux National Archives de Washington), les « Originaux BA » (fragments des Archives fédérales de Berlin) ; pour la transmission secondaire, les « Microfilms BA » (Archives fédérales, Berlin) et le master film de la transmission Hoffmann und Campe (20 000 feuillets parvenus en RFA en 1972, conservé aux Archives fédérales de Berlin). (3) VoirinfraLa République de Weimar, de ses crises à sonMÖLLER, « l’article de Horst effondrement », p. LXXIII-XCI. (4)Journal, 19 janvier 1925,infra, p. 107 ;id., 8 mars 1925,infra, p. 112. (5)Journal, 7 septembre 1925,infra, p. 132 ;id., 6 juillet 1926,infra, p. 176. (6)Voirinfrala note 5 du 19 septembre 1929, p. 793. (7)Voirinfrala note 3 du 2 mai 1929, p. 784, et la note 3 du 3 juillet 1930, p. 811. er (8)Journalet 3 septembre 1930,, 1 infra, p. 494-496 ;id., 2 et 4 avril 1931, p. 543. (9)Journal, 9 et 10 décembre 1932,infra, p. 702-704. (10) Strasser est d’abord élevé au rang de nazi modèle : « Le Munichois. Le cœur plein de l’esprit de Hitler. Le national-socialiste. / C’est un homme comme lui qu’il nous faut dans notre région » (Journal, 15 septembre 1924,infra, p. 88). Le « bon Gregor », l’« honnête Gregor » er devient en décembre 1926 un « petit-bourgeois bavarois » (id., 1 décembre 1926,infra, p. 195). Malgré son affrontement direct avec les deux frères à partir de 1929, Goebbels se montre encore indulgent à l’occasion : Gregor est soit un « hypocrite », soit une victime d’Otto (id., 20 janvier 1929,infra, p. 311 ; 31 janvier 1930,infra, p. 430). Le couperet tombe le 9 décembre 1932, après la démission de Gregor : « C’est un homme à vous poignarder dans le dos » (id.,infra, p. 702). (11)jouit d’emblée de son prestige d’as de l’aviation ( Göring Journal, 29 mai 1927 et 4 mai 1929,infra, p. 217 et 345). Les deux hommes se lient d’une amitié que renforce l’admiration de Goebbels pour Carin Göring, à la fois son hôtesse et l’une de ses initiatrices à la vie mondaine. Les accusations de dilettantisme, de compromission politique et de mégalomanie se font jour dès octobre 1930. S’y ajoute, au début de 1931, celle de toxicomanie (id., 18 janvier 1931,infra, p. 529 ; 21 février 1931,infra, p 534-535). Ces critiques dissimulent mal l’inquiétude qu’inspire à Goebbels l’omniprésence de son ancien allié dans les affaires berlinoises. Furieux, il ne retient plus sa plume : « grosse paire de fesses » (id., 21 février 1931,infra, p. 535), « tas de merde en gelée (id., 4 avril 1931,infra, p. 543), « gros cul » (id., 11 mai 1932,infra, p. 652). Jusqu’au jugement final, le 6 juin 1932 : « Göring est mon pire ennemi. Pour quelle raison ? La jalousie. Mais ce n’est pas aussi grave qu’avec Strasser, parce qu’il est bête et que l’autre est intelligent » (infra, p. 659). Les deux hommes vident leur querelle lors d’un tête-à-tête quelques jours plus
tard (id., 15 juin 1932,infra, p. 662). Les critiques persistent, mais se font moins virulentes. (12)Voirinfrala note 1 du 27 février 1931, p. 820, la note 3 du 24 juin 1931, p. 825, et la note 2 du 10 mars 1932, p. 839. (13)Journal, 20 janvier 1932,infra, p. 621-622 (jeunesse de H.) ;id., 9 octobre 1930,infra, p. 504 (architecture) ;id., 6 juillet 1929,infra, p. 357-358 (classe dirigeante) ;id., 30 mars 1932, infra, p. 642 (les femmes) ;id., 21 novembre 1931,infra, p. 602 (théâtre). (14)exemple, Par Journal, 2 mars 1930,infra, p. 441 (absence de Hitler aux funérailles de Wessel) ;id., 5 mars 1930,infra, p. 442 (fausses promesses dans la crise Strasser) ;id., er er 1 juillet 1930,infra, p. 425 (paresse de Hitler) ;id., 1 septembre 1930,infra, p. 494 (négligence vis-à-vis des SA). (15) L’exemple le plus frappant se situe après le discours de Hitler à Bamberg, le 14 février 1926, contre la tendance Strasser : « Quel Hitler est-ce là ? Un réactionnaire ? Extraordinairement maladroit et imprécis. […] / Sans doute une des plus grandes déceptions de ma vie. / Je ne crois plus totalement en Hitler » (Journal, 15 février 1926,infra, p. 152-153). Un mois plus tard, Goebbels est reconquis : « C’est un sacré gaillard… le Chef ! / Il a de nouveau anéanti plus d’un doute qui me tenaillait ! » (id., 13 mars 1926, p. 156). (16) Voirinfral’article d’Elke FRÖHLICH, « Joseph Goebbels, portrait d’un populiste », p. LV-LVI. (17)Voir notamment, sur la campagne présidentielle de 1932, où sont utilisés l’avion, le disque er et le film, la journée du 1 mars 1932,infra, p. 634-635. (18)Exemples de récits de rassemblement :Journal, 14 juillet 1925,infra, p. 129 (réunion de Weimar) ;id., 8 juin 1931,infra, p. 557 (congrès duGaude Saxe). Chiffres exagérés : 15 000 SA au congrès de Weimar en juillet 1926 selon Goebbels, 3 600 selon d’autres sources (infra, p. 177) ; un million de manifestants le soir du 30 janvier 1933 selon Goebbels, 15 000 à 50 000 selon d’autres sources (infra, p. 724). (19)Voir, par exemple, la série de procès d’août 1930,infra, p. 487 et suiv. (20)Journal, 15 novembre 1926,infra, p. 193, et 12 février 1927,infra, p. 209. Voir deux récits de bagarres le 6 juin 1924,infra, p. 49, et le 23 septembre 1929,infra, p. 379. (21)Journal, 28 juin 1932,infra, p. 663. (22)Journal, 6 janvier 1928, p. 352 (leLivre d’Isidor) ;id., 5 mai 1927, p. 218-219 (intervention de la police dans un meeting) ;id., 13 mai 1932, p. 653 (intervention de la police au Reichstag). (23)Journal, 13 janvier 1931,infra, p. 528 (journaliste terrorisé dans les bureaux duGau) ;id., 26 août 1931, p. 577 (journaliste de laBerliner Tribüne; traqué) id., 13 mai 1932,infra, p. 653 (« traître » passé à tabac au Reichstag) ;id., 11 octobre 1932,infra, p. 686 (journaliste fouetté pour avoir « offensé » Magda). (24)exemple, la commémoration du SA Thielsch ( Par Journal, 19 septembre 1931,infra, p. 583). (25)Journal, 13 et 28 mai 1932,infra, p. 653 et 655. (26)Voirinfral’article cité d’Elke FRÖHLICH, p. LIII-LV. (27)Journal, 21 juillet 1930 : « Les scènes devant Pilate sont carrément des leçons exemplaires sur les Juifs. / C’est comme cela qu’ils se sont toujours comportés, c’est comme cela qu’ils se comportent aujourd’hui encore. Les noms changent, mais pas l’esprit et la nature humaine du Juif. Il reste éternellement le vieil Adam » (voirinfra, p. 484). (28)Journal, 16 avril 1924 : « La juiverie est le poison qui conduit à la mort la population européenne. […] Les Juifs ont de l’esprit, mais pervers, malfaisant. C’est l’expression typique de l’élément de démolition et de décomposition inhérent à la juiverie » (infra, p. 16-17). Par exemple, le rêve du 17 décembre 1929 (infra, p. 413), ou encore la visite au zoo de Berlin le 15 février 1931 : « Quels singes hideux ! Quel chemin parcouru depuis ces animaux originels jusqu’à l’homme nordique ! Un singe ressemble exactement à un journaliste hébreu » (infra,