Jours de colère

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20 mars 2003... Les centurions d'Amérique fondent sur l'Irak. L'Empire envoie ses légions, ses chars et tout le feu du ciel contre ceux qui osent s'opposer à la Loi du marché, à son ordre du Nouveau monde. Jours de guerre, jours de colère. Cette chronique exprime, au quotidien, et à chaud, les réactions d'un citoyen isolé, soumis au déferlement des informations que lui procurent son journal habituel, Le Monde, sa radio, France Inter, et les journaux télévisés du soir, de France 2 et d'ARTE.
Publié le : mardi 1 juillet 2003
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EAN13 : 9782296329720
Nombre de pages : 84
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Jean Lévy

JOURS DE COLERE

lA GUERRE

AMERICAINE

contre
l'IRAK
19 mars-1er mai 2003

CHRONIQUE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Déjà paru, chez le même éditeur

Jean Lévy, Le dossier Georges Albertini, 1992. Jean Lévy et Simon Pietri, De la République à l'Etat français, 1996. Jean Lévy, La CGT au Crédit du Nord, 2002.

(Ç) L'HARMATTAN, 2003 ISBN: 2-7475-4830-9

Je l'ai lu dans l 'Histoire Les Américains Se couvrirent de gloire Contre les Indiens Ils les massacrèrent Le cœur bien en paix La conscience claire Et Dieu à leurs côtés. Bob Dylan.. .il y a trente-cinq ans.

PRECISIONS

EN GUISE DE PREFACE

La guerre contre l'Irak est programmée pour les jours qui viennent. Depuis des mois, les Etats-Unis ont préparé l'agression sur le plan militaire, diplomatique et politique. Elle répond aux objectifs que se sont assignés, dès 1997, les hommes d'influence de la Maison Blanche, les 'néoconservateurs', aujourd'hui aux postes de commande, près de George W.Bush, et au ministère de la Défense autour de Donald Rumsfeld, tels Paul Wolfowitz, Richard Perle ou encore Elliott Abrams. Ils veulent les USA, seuls, 'maîtres du monde'. Réduire à néant tout état, où qu'il se trouve, qui pourrait leur disputer la puissance, telle est la stratégie élaborée par les nouveaux totalitaires Américains. La plus grande armée du globe est mobilisée avec ses engins de mort les plus sophistiqués pour mettre à genoux un pays de 24 millions d'habitants, bombardé depuis douze ans, épuisé par un embargo qui a massacré des centaines de milliers d'enfants. Les prétextes les plus cyniques sont mis en avant par Washington pour justifier la guerre: l'Irak possèderait des 'armes de destruction massive' que les inspecteurs de l'ONU n'ont jamais trouvées, son

'régime' est dictatorial et Saddam Hussein, un tyran.. .que les USA ont mis sur orbite dès 1968, puis surarmé et lancé contre l'Iran, dans les années 80. Face au déferlement de fureur, de sang et de mort, la colère monte et s'exprime. Certes, en participant aux manifestations contre la guerre, mais aussi par des actes divers qui tiennent à la personnalité de chacun. En tenant un ',journal', par exemple, où, chaque jour, selon les événements, la rage de l'impuissance explosera en mots, en phrases, en réflexions et en commentaires. Pour suivre l'actualité telle qu'elle nous est présentée et servie par les médias, les supports seront rigoureusement les mêmes qu'en 'temps normal'. Un seul quotidien, Le Monde, comme unique radio, France Inter, plus, chaque soir, les journaux télévisés de France 2 et d'Arte. A chacun, la version de sa 'vérité'...

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JOURNAL (ENCORE) D' AVANT-GUERRE Mercredi 19 mars 2003
La guerre débutera-t-elle demain, après-demain? Les journaux publient le 'programme' des futures opérations militaires, illustré par les cartes en couleurs qui situent les forces en présence... Le café du Commerce international est en place. Le spectacle peut commencer. Les Etats-Unis ont fixé la limite du temps de paix à 48 heures. L'ultimatum est précis. Que Saddam s'en aille ou pas, les troupes US entreront en campagne. On sent les médias contraints de soutenir la position de Jacques Chirac, alors que, curieusement, leurs commentaires privilégient les arguments de l'agresseur américain. 'Le Monde' daté du 19 mars, publie sur deux pages entières un portait au vitriol de Saddam Hussein. Dans les circonstances actuelles, ce quotidien désigne ainsi 'l'Ennemi'. L'éditorial estime que le Président irakien peut encore' sauver le pays en se sauvant le premier'. La menace qui pèse sur l'Irak ne serait donc pas le fait du gouvernement américain. Tout l'article concourt à justifier la guerre US. Sur France Inter, au matin du 17 mars, Dominique Bromberger, s'élève contre les propos d'un auditeur qui a eu l'audace de désigner les intérêts pétroliers américains comme source du conflit. 'C'est comme si on faisait de la place occupée par Total en Irak, la raison de l'opposition française à la stratégie des USA'. Il est vrai que chercher des causes économiques aux guerres conduit à mettre en lumière la véritable nature des sociétés dites 'démocratiques'. Il vaut mieux disserter sur le caractère de George W. Bush, sur ses antécédents alcooliques et sur sa guérison par la religion. Une telle explication permet de sauvegarder l'imagerie d'EpinaI des' liens historiques d'amitié entre les Etats-Unis et la France', de 'leurs valeurs communes' et de 'ce que nous devons à l'Amérique qui, en juin 1944, a libéré notre pays'. Si nous avons des différends, - 7-

ils ne seraient que d'ordre conjoncturel qui, une fois le conflit terminé, s'apaiseraient sur l'autel de la reconstruction de , l'Irak libéré' , à entreprendre en commun. D'ailleurs 'la Bourse qui n'aime pas l'incertitude', qui avait plongé quand la négociation reportait sans cesse I'heure de la guerre, 'a retrouvé ses couleurs " bondissant de plus de 20% en quatre jours une fois l'offensive US enfin programmée. Le CAC 40 lance son cocorico: qu'on se le dise, la situation n'est pas désespérée. Avec la guerre toute proche, c'est l'euphorie au Palais Brongniart! Les marchands d'armes ont encore de beaux jours devant eux. Dommage que Jean-Luc Lagardère n'ait pas eu la chance d'assister au spectacle. L 'Humanité est toute bouleversée par sa mort. Le 17 mars, son directeur, Patrick Le Hyaric, sous le titre' Un homme qui tenait parole' écrit, 'avec beaucoup de tristesse', dans un message adressé à Arnaud, le fils de Jean-Luc et nouveau patron du groupe Matra: 'La France perd un entrepreneur attaché à son développement et à l'intérêt national... La France perd beaucoup'. Le journal, qui ne s'appelle plus 'communiste', consacre une page entière à l'événement (et Le Monde, cinq pages... I). S'il ne fait aucune mention de l'entrée dans son capital, L 'Humanité écrit que Jean-Luc Lagardère évitera en 1981 'une nationalisation complète et un démantèlement de son empire'. Et d'ajouter: 'Au milieu des années quatre-vingt, Matra ne devra son salut qu'aux juteuses commandes d'armes, notamment de l'Irak'. L 'Humanité ne mentionne pas qu'à cette période, justement l'Irak de Saddam Hussein poursuit sa guerre d'agression contre l'Iran... Bel hommage, dans le journal créé par Jean Jaurès, rendu' au camarade marchand de canons!' Depuis des mois, les Etats-Unis préparent une guerre d'agression contre l'Irak. L'objectif annoncé serait de priver ce pays des 'armes de destruction massive', nucléaires, chimiques et bactériologiques qu'il dissimulerait. Les USA, soutenus par le gouvernement britannique, considèrent que, - 8-

pour atteindre ce but, seul le recours aux armes est efficace. Et de déployer dans cette perspective une armada considérable aux frontières, capable de réduire à néant le territoire irakien. Face à cette stratégie, la France qui fait sienne la volonté américaine de désarmer le régime de Saddam Hussein, estime que pour y parvenir la bonne tactique consiste à passer par l'ONU et son Conseil de Sécurité. C'est, selon le Président français, aux organisations internationales d'exercer les pressions nécessaires. Pour lui, le 'recours à la force ne se justifie pas aujourd 'hui' et 'la guerre est l'ultime solution'. Aussi brandit-il le droit de veto contre une résolution américaine au Conseil de Sécurité permettant aux forces US de passer immédiatement à l'offensive. Jacques Chirac considère cependant que les moyens militaires mis en place par Washington ont conduit le régime de Bagdad à consentir à la destruction d'armes commencée depuis des semaines. Le différend francoaméricain ne porte donc que sur la manière de désarmer l'Irak. Cela suffit-il à faire du Président de la République française l'Homme de la Paix, celui qui ose s'opposer aux Etats-Unis tel que les médias et l'ensemble des forces politiques le présentent? Les objectifs de domination mondiale des Etats-Unis, les dessous économiques des enjeux, la place actuelle des entreprises françaises en Irak, permettent d'éclairer les véritables raisons des attitudes de George W. Bush d'une part et de Jacques Chirac, d'autre part. Mais ces problèmes relèvent d'une autre analyse, celle de la face cachée de l'iceberg. Restons-en donc simplement au motif invoqué de ce conflit: imposer le désarmement de Bagdad. Tout le monde semble d'accord. Personne ne se pose la moindre question. Et pourtant, sur quelle légalité internationale s'appuie un état qui possède lui-même toutes les armes de destruction massive, et qui plus est, s'en est servi à de nombreuses reprises, tels les

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USA, pour interdire à d'autres états de posséder les mêmes armes? Rappelons-nous août 1945: les bombes atomiques américaines lancées sur la population civile d'Hiroshima et de Nagasaki, puis, vingt ans plus tard, l'utilisation massive d'armes chimiques sur le Vietnam, l'emploi d'explosifs à l'uranium enrichi en Irak en 1991, puis en Serbie par les forces de l'OTAN (auxquelles la France participait), et, encore, en Afghanistan. Au nom de quoi, dans ces conditions, décréter que l'Irak, aujourd'hui, doit détruire des armes de même nature, si jamais elle en possède? Et demain, quelle sera la nouvelle cible US ? Pourquoi pas la France dans la mesure où sa puissance nucléaire gênerait nos' amis américains' ? Il est donc permis à certains pays, dont certains siègent au Conseil de Sécurité, de posséder des armes de destruction massive et d'interdire ce droit à d'autres nations. Aucun des partis siégeant à l'Assemblée Nationale ne semble choqué par cette stratégie cynique qui vise à désarmer préalablement les nations que l'on cherche à réduire. Cette politique-là n'est pas nouvelle. Elle a été employée par Hitler vis-à-vis de la Tchécoslovaquie en 1938. L'Allemagne nazie avait alors imposé, par l'annexion du territoire des Sudètes où se trouvait concentrée toute la défense tchèque, y compris ses fortifications, le désarmement préalable de l'état qu'elle comptait envahir. Il est vrai qu'à l'époque déjà la France et la Grande-Bretagne avaient donné leur aval à l'opération. Cela consacrait le droit du plus fort à violer en toute impunité la loi internationale. Reste l'objectif américain de chasser du pouvoir Saddam Hussein en tant que dictateur sanglant. Le monde regorge de régimes totalitaires et tout aussi sanglants, souvent mis en place par les Etats-Unis pour mettre à la raison des nations rebelles ou s'offrir des clients obligeants. La France a fait de même en Afrique. Rien à voir avec des sentiments 'démocratiques' ! D'ailleurs, jamais, dans le passé ancien ou proche, les peuples victimes du fascisme ou du racisme n'ont - 10-

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