Koursk - Staline défie Hitler

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Le 5 juillet 1943, les 780 000 soldats et 2 800 chars de la Wehrmacht attaquent les 2 millions d’hommes et 5 000 chars de l’Armée rouge retranchés dans le saillant de Koursk. Durant douze jours, une bataille de tous les superlatifs fait rage. Depuis lors, le mythe de l’invincibilité allemande est bel et bien mort. Après la bataille de Moscou qui marque l’arrêt de l’offensive allemande en 1941, et le siège de Stalingrad en 1942, première défaite de la Wehrmacht, la bataille de Koursk est le troisième tournant de la guerre germano-soviétique. Hitler, pressé de toutes parts, doit emporter une victoire afin de montrer au monde, et surtout à ses alliés, que la Wehrmacht n’est pas vaincue. Les Allemands ont pour eux l’expérience, l’entraînement, des officiers compétents ainsi qu’une organisation flexible et adaptée à la guerre moderne. Staline veut prouver que l’Armée rouge peut inverser la marche des événements et, lors de cette troisième campagne d’été, arracher l’initiative aux Allemands. Sa stratégie consiste à attendre l’attaque allemande, puis à la contenir, la disloquer, avant de passer à une contre-offensive générale. Si les Soviétiques subissent les plus grandes pertes durant la bataille, ils font preuve d’une habileté stratégique et opérationnelle qui signera la fin de l’initiative des armées allemandes sur le front de l’Est. Après Koursk, qui deviendra dans l’imaginaire collectif la plus grande bataille de chars de l’histoire, la question n’est plus de savoir si la Wehrmacht pourra être vaincue, mais quand elle le sera.
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À mon épouse, Hiên,
pour sa patience et son soutien indéfectibles.

CHAPITRE III

LA PINCE NORD DE L’OFFENSIVE


Joukov, représentant de la Stavka pour la partie nord du saillant, raconte :

 

Le 5 juillet, à 2 heures passées du matin, le général Poukhov, commandant de la 13armée, informait Rokossovski qu’un prisonnier, sapeur-mineur de la 6division d’infanterie, avait affirmé que les troupes allemandes étaient prêtes à passer à l’offensive vers les 3 heures du matin.

Rokossovski s’adressa à moi :

– Qu’allons-nous faire ? Informer la Stavka ou donner l’ordre de commencer la contre-préparation ?

– Ne perdons pas de temps, dis-je à Rokossovski, donnez l’ordre comme prévu par le plan du Front et de la Stavka, tandis que je téléphonerai à Staline et lui ferai part des renseignements recueillis.

[…]

À 2 h 20 commença la « symphonie fantastique » de la plus grande bataille du saillant de Koursk. On distinguait particulièrement le tir des pièces lourdes et l’explosion des roquettes M-31. Staline me téléphona alors que la contre-préparation était en cours :

– Avez-vous commencé ?

– Oui, c’est fait.

– Quelle est l’attitude de l’adversaire ?

Je lui fis savoir que l’adversaire avait tenté de réagir à notre contre-préparation par le feu de quelques batteries, mais qu’il s’était tu rapidement.

Staline : – Bon. Je retéléphonerai.

 

La bataille de Koursk vient de débuter.

PRÉLIMINAIRES

Quelques jours avant, les deux aviations effectuent des raids de plus en plus ciblés, visant les nœuds de communication, les zones de rassemblement des troupes et les dépôts de ravitaillement. À partir du 2 juillet, les bataillons soviétiques en première ligne tout au long du saillant procèdent à des sorties pour « tâter le terrain », afin de récolter des informations permettant au haut commandement de deviner le jour et l’heure exacte de l’offensive.

C’est ainsi que le 4 juillet, un certain nombre de faits révélateurs sont observés. La chronologie des événements est difficile à établir, mais au moins trois sources différentes sont décelables. Dès le matin, un rapport envoyé à Joukov et Vassilevski les informe qu’un soldat de la 168Infanteriedivision, capturé un peu plus tôt par la 6armée de la garde, a avoué que l’offensive est prévue pour le 5 juillet, aux premières lueurs de l’aube. À 22 heures (certaines sources donnent l’horaire de 2 heures du matin), c’est au tour d’un pionnier de la 6Infanteriedivision, dont on connaît le nom, Bruno Fermella, de parler aux hommes du renseignement militaire. Capturé lors d’un accrochage avec une patrouille de la 13armée alors que lui et ses dix-sept compagnons essayaient d’ouvrir un passage dans un champ de mines, il les informe que l’attaque est prévue à 3 h 30 du matin (heure allemande). Enfin, un homme d’origine slovène déserte les rangs de la Wehrmacht et déclare que son unité a reçu l’ordre de relever les champs de mines et les barbelés face à elle. Il dit aussi que les troupes ont reçu cinq jours de ration et que l’offensive est prévue pour le 5 juillet, à 3 heures, ce que confirme une note de Vassili Grossman, alors correspondant de guerre, arrivé peu après le début de la bataille : « Dans la nuit précédant le 5 juillet a été attrapé et fait prisonnier un sapeur qui a confirmé que l’attaque commençait et que l’ordre avait été donné de procéder dans la nuit même au déminage. Grâce à cela, à l’aube du 5 juillet, nous avons été en mesure de procéder à un bombardement d’artillerie de contre-préparation de deux heures. »

Une ultime source permet à Joukov et Vassilevski de sentir souffler le vent de la bataille qui approche : dans la nuit du 3 au 4 juillet, les sapeurs allemands commencent à procéder à l’ouverture de voies d’insertion dans les champs de mines. À 16 heures, le 4 juillet, sous des pluies torrentielles, les Allemands effectuent des reconnaissances en force, sur une partie du front du XXXXVIIIe Panzerkorps, afin d’éliminer les sonnettes soviétiques (petits points d’appui disséminés dans le no man’s land afin de prévenir une éventuelle attaque), les premiers points d’appuis des bataillons et les postes d’observation avancés. Une centaine de Stukas apporte son soutien à ces actions. À 21 heures, la plupart des objectifs sont atteints. C’est au tour du IIe SS-Panzerkorps de lancer une attaque sur les hauteurs situées juste devant ses lignes, à 1 h 15 du matin, le 5 juillet. Cette attaque vise à s’emparer d’un point d’observation idéal pour l’offensive principale et ainsi découvrir les défenses soviétiques en aval de ces dénivelés. À 3 heures, les combats pour les hauteurs cessent. On peut se demander pourquoi ces actions n’ont pas été menées plus tôt, ce qui aurait permis à von Manstein d’apprécier le système défensif que l’Armée rouge avait édifié devant lui et ainsi prendre les mesures nécessaires. Nous pouvons légitimement avancer l’hypothèse qu’une attaque lancée trop tôt sur ces hauteurs, importantes du point de vue tactique pour les deux camps, aurait déclenché une réaction immédiate des Soviétiques. Cela aurait entraîné une bataille d’attrition avant l’heure, engendrant des pertes jugées inutiles par le commandement allemand. Mieux valait, peut-être, emporter les hauteurs d’un seul mouvement et lancer l’attaque principale quelques heures après.

Joukov sait maintenant à quoi s’en tenir. Enfin ! Il ordonne à Rokossovski de faire tirer son artillerie juste avant l’heure théorique de l’offensive. Ainsi, à 2 h 20, le 5 juillet, 970 pièces ouvrent le feu sur les premières lignes de la 9Armee. Durant une heure et demie, une véritable canonnade tient éveillés les Landser. Ce n’est qu’à 4 h 40 que l’artillerie allemande entame sa propre préparation, soit une heure et demie après le début théorique de l’opération Zitadelle. Est-ce que les tirs soviétiques ont eu un effet retardateur ? Les prisonniers allemands étaient-ils mal informés ? Ont-ils joué la carte de la désinformation ? Toujours est-il qu’au feu roulant allemand les Soviétiques répondent rapidement par un tir de contre-batterie de 1 000 canons et obusiers lourds qui dure trente minutes. À 5 h 30, le barrage d’artillerie allemand se déplace vers les profondeurs du dispositif ennemi.

À 22 h 30 le 4 juillet, Vatoutine déclenche aussi un tir préventif de 600 canons, au sud, avec l’espoir de créer un moment d’hésitation chez le commandement allemand. À 2 h 20, il réitère ses tirs, de façon plus intense, afin de gêner les préparatifs de la Wehrmacht. Les Allemands répliquent à partir de 3 h 30.

Ce n’est qu’après avoir ordonné les préparations d’artillerie que Joukov appelle Staline pour le prévenir : c’est le début de la bataille.

Quels ont été les effets de ces échanges d’artillerie ? À vrai dire, il est difficile d’en juger. Les artilleurs des deux camps ont des plans de tir préétablis : ainsi, les cibles du premier barrage d’artillerie soviétique sont composées à 80 % des positions d’artillerie et des postes d’observation adverses. Mais pour le second barrage, qui intervient après le début de la préparation allemande, les Soviétiques ne savent pas vraiment sur quoi ils tirent. Une zone de concentration de troupes ? Un nœud routier ? Une batterie adverse ? Les feux se font sur zone lors de cette seconde frappe, ce qui les rend moins dangereux pour les Landser qui, à ce moment-là, sont encore pour la plupart dans leurs tranchées un peu en retrait des premières lignes. Les Panzer ne semblent pas avoir beaucoup souffert. Seules les communications entre les différents postes de commandement de la 9Armee ont été mises à mal. C’est d’ailleurs peut-être une des raisons du report de l’attaque de 3 heures à 5 h 30.

L’aviation entame elle aussi les opérations. Au sud du saillant, la 2armée aérienne soviétique tente de détruire la Luftwaffe sur ses bases. Plus de 160 appareils prennent l’air au petit matin : les chasseurs doivent empêcher l’aviation ennemie de décoller tandis que les Sturmovik finiront le travail à coups de bombes et de roquettes. Mais, comble de malchance et coïncidence, tous les chasseurs allemands ont décollé en même temps que les appareils soviétiques. Une quarantaine d’avions soviétiques sont interceptés et détruits durant les premières heures de la bataille, pour une dizaine de Me 109 et FW 190. La 2armée aérienne perd la maîtrise de l’air pour vingt-quatre heures au-dessus de la pince sud de l’attaque allemande.

Au nord du saillant, Model lance ses troupes en deux phases successives : les XXXXIe Panzerkorps et XXIIIe Korps quittent leurs positions à 5 h 30 ; ce sont ensuite les XXXXVIIe et XXXXVIe Panzerkorps qui passent à l’attaque à 7 h 30.

L’ASSAUT DU 5 JUILLET

Il est 5 h 30 du matin ce 5 juillet 1943. Le soleil a commencé à darder de ses rayons le futur champ de bataille une heure plus tôt. Les Landser sortent de leurs retranchements et se regroupent par sections, par compagnies. Ils ont reçu leurs rations de combat pour cinq jours, ont fait leur paquetage et ont vérifié leurs armes, avec gravité, mais aussi confiance. Les échanges d’artillerie préliminaires ont eu peu de conséquences matérielles et les pertes sont négligeables, mais elles ont maintenu les hommes éveillés une partie de la nuit. De toute façon, le stress d’avant le combat ne leur aurait pas permis de prendre le repos dont ils avaient besoin.

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