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L'action collective : terrains d'analyse

198 pages
Le paradoxe de la rébellion : analyse des relations inter-raciales aux Etats-Unis, par Dipak Gupta ; Les mouvements sociaux en suisse : diversité des trajectoires en fonction de la sélectivite étatique, par Dominique Wisler ; Contras et recontras nicaraguayens (1982-1993) : réflexions sur l'action armée et la constitution d'acteurs politico-militaires, par Gilles Bataillon ; Les transitions démocratiques : mobilisations collectives et fluidité politique, par Richard Banegas ; Barrer, filtrer, encombrer : les routiers et l'art de retenir ses semblables, par Guillaume Courty ; Le communautarisme et la question de la reconnaissance, par Ayse Ceyhan.
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L'ACTION COLLECTIVE:

TERRAINS D'ANALYSE

SOMMAIRE

Editorial
Le paradoxe de la rébellion: Etats-Unis par Dipak Gupta

p.3 analyse des relations inter-raciales aux p.9 La diversité des trajectoires p.45

Les mouvements sociaux en Suisse. fonction de la sélectivité étatique par Dominique Wisler

Contras et recontras nicaraguayens (1982-1993) : réflexions sur l'action armée et la constitution d'acteurs politico-militaires p.63 par Gilles Bataillon Les transitions démocratiques. politique par Richard Banegas mobilisations collectives et fluidité p. 105

Barrer, filtrer, encombrer: les routiers et l'art de retenir ses semblables par Guillaume Courty p. 143 Le communautarisme et la question de la reconnaissance par Ayse Ceyhan

p. 169

Résumés Liste des collaborateurs

p. 185 p. 191

COMITÉ Directeur

DE RÉDACTION de publication

Daniel Hennant, directeur des recherches au CHEANf (Fondationnationale des
sciences politiques). Rédacteur en chef

Didier Bigo, maître de conférence des universités à l'Institut d'études politiques de Paris.
Membres du comité

Bertrand Badie,projèsseur de science politique à l'Institut d'études politiques de Paris. Philippe Braud, projèsseur de science politique à l'Université Paris L Michel Dobry, professeur de science politique à l'université Parix X Jean-Luc Domenach, directeur du Centre d'études internationales (Fondation nationale des sciences politiques). et de recherches

Louis-Jean Duclos, chercheur associé au Centre d'études et de recherches internationales. Christophe Jaffrelot, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (Centre d'études et de recherches internationales). Zaki Laïdi, chercheur au Centre national de la recherche scientifique, (Centre d'études et de recherches internationales). Rémy Leveau, projèsseur de science politique à l'Institut d'études politiques de Paris. Michel Wieviorka, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Equipe éditoriale: Richard Brousse (secrétaire de rédaction), Robert Graumann (traduction), Jacques Perrin (relation avec la presse) ADMINISTRATION - VENTES

Editions L'Hannattan: 7 rue de l'Ecole-Polytechnique -75005 Paris Tél. 43 54 79 10 - Fax 43 25 82 03

- étranger 340 F/60 $ Abonnnement de soutien: 1500 F/275 $ / 90 F le numéro Les abonnements partent du 1er numéro de l'année en cours. @ L'Hannattan, 1994. ISBN: 2-7384 - 2458 - 9.
Abonnement: France 300 F Ce numéro a été réalisé sous la direction de Didier Bigo et Richard Brousse. Il a bénéficié du soutien du Centre National du Livre.

Identité et action collective
Ce numéro de Cultures & Conflits, tout comme celui sur les conflits après la bipolarité, a été constitué à partir d'articles reçus par la rédaction indépendamment les uns des autresl. On n'y cherchera donc pas une problématique construite comme dans les numéros à thèmes précédents. Néanmoins certaines grandes lignes se dégagent autour de la manière de penser l'action collective et traduisent une sensibilité accrue à "l'art de se regrouper" pour reprendre la formule de Guillaume Courty. Sans prétendre être autre chose que des pistes de recherche, ce numéro se propose, à partir de cas d'espèces, de renouveler la question des relations entre identité et action collective. Dipak Gupta à propos des Etats-Unis, Dominique Wisler de la Suisse, Gilles Bataillon du Nicaragua, Richard Banegas des transitions à l'Est, Guillaume Courty des barrages routiers, et dans une perspective plus philosophique Ayse Ceyhan à propos du communautarisme, se confrontent à cette question de l'identité et de l'action collective en proposant de nouvelles façons d'articuler cette relation. L'une des principales interrogations auxquelles l'analyse de l'action collective est communément appelée à répondre est celle relative aux causes qui peuvent expliquer l'apparition, à tel ou tel moment, d'une mobilisation de la part de tel ou tel groupe d'individus. L'une des approches les plus classiques, celle vers laquelle on se dirige spontanément, consiste à partir des instants qui ont vu naître, vivre, et le cas échéant "mourir" une action commune, et à remonter en amont vers ce qui pourrait être susceptible de constituer une des raisons de l'action collective. On est ainsi amené à construire des chaînes de causalités plus ou moins longues, ou complexes. On cherche à établir une liste de conditions préexistantes sans lesquelles l'action collective
1. Le nombre nos possibilités d'articles que nous avons reçus spontanément Nous remercions a dépassé de loin nos prévisions et

de publication.

tous ceux qui les ont envoyés en particulier

et qui lisent la

revue. Afin de préciser nos attentes envers nos auteurs potentiels signalons par le comité de rédaction ont privilégié de l'analyse "descriptions" de cas d'espèces l'aspect théorique,

que les articles choisis

lorsque celui-ci ressortait les purs "récits" ou

précis, et que nous avons écarté en revanche et "généraux".

ainsi que les articles trop "formalistes"

3

ne saurait avoir lieu. Dès lors on a tendance aussi à hypostasier l'identité du groupe en amont, à le considérer comme donné dès le début de l'analyse. Il en résulte deux apories majeures: d'une part le repérage des conditions préalables est souvent inopérant, car celles-ci n'expliquent en rien les processus du passage à l'action collective puisque, dans de très nombreux cas, alors même que ces conditions semblent réunies, il ne se passe rien, d'autre part on pose un "gap" entre ces conditions préalables et le résultat, qui empêche de comprendre que les identités fluctuent au cours de la dynamique, qu'elles se font et se défont au cours de la relation. Michel Dobry a parfaitement montré les deux faiblesses de cette illusion étiologique2. Mais sortir des raisonnements causalistes ou finalistes n'est pas si simple qu'il y parait. Ceux-ci viennent souvent hanter l'analyse qui disait les exclure. Charles Tilly dans "réclamer viva voce" expliquait à quel point il est difficile de se départir de cette vue fixiste et causaliste pour passer à une approche relationnelle et dynamique3. Un premier changement de perspective, qui n'est certes pas nouveau, mais qui souligne la faiblesse explicative des thèses sur les frustrations relatives, réside dans le renversement de la question de Ted Gurr dans plusieurs de ses ouvrages: pourquoi les hommes ou les minorités (ne) se révoltent-ils (pas plus souvent)4 ? C'est sous cet angle que Dipak Gupta s'interroge sur l'absence d'action collective des communautés noires américaines. Il montre incontestablement que la situation économique, sociale et politique de la majorité des membres des "communautés noires" n'entraîne pas de passage à l'acte, malgré les prédictions apocalyptiques de la commission Kerner - mise en place peu de temps après les émeutes urbaines de l'été 1967 afin d'en étudier les causes - prédictions qui auraient dû d'autant plus se réaliser que les conditions se sont depuis objectivement dégradées (comme le souligne la Commission Webster mise en place après les émeutes de Los Angeles de 1992). Sans considérer ces émeutes comme un épiphénomène, elles ne constituent donc pas pour Dipak Gupta la suite logique de la dégradation des conditions socio-politiques des
2. Cf. Sociologie 3. Charles politique", des crises politiques, 1992. Press, 1970 ; Minorities at Presses de la FNSP, 1986, p. 48 et suiv. Cultures & Conflits, "Emeutes urbaines: le retour du

Tilly, "réclamer n05, printemps

viva voce",

4. Gurr (T. R.), Why men rebel ?, Princeton, N. 1., Princeton university risk, USIP, Washington D.C., 1993.

4

communautés noires américaines et une vérification des thèses de Gurr, mais au contraire leur réfutation. Dipak Gupta s'engage alors dans une discussion sur les relations qui unissent l'action collective et l'identité des acteurs. Il propose une solution fonnaliste, tirée des modèles économétriques et de l'idée du partage du temps entre les moments consacrés à l'action individuelle et les moments consacrés à l'action collective. L'identité est alors fonnée pour lui de l'identité individuelle et de l'identité collective, identités qui peuvent être distinguées. Seulement en mettant en concurrence l'identité collective et l'identité individuelle, il maintient une différence qui écartèle sa problématique et on peut se demander s'il ne retombe pas dans le piège du "free rider". Par ailleurs il montre que l'identité du nous ne se structure pas indépendamment de celle du "eux" et qu'aucune identité collective ne peut être étudiée si l'on n'intègre pas la manière dont l'Etat, la police jouent sur la formation de cette identité. L'identité collective est alors toujours relationnelle, jamais donnée. Dominique Wisler, en s'inspirant de manière critique des thèses de Hanspieter Kriesi sur les structures d'opportunité politique, n'est pas très éloigné de ce schéma d'analyse. Pour lui aussi les identités des mouvements se créent dans leur relation à l'Etat, et c'est en fonction de la réaction de celui-ci qu'ils pourront jouer des ressources habituelles de la mobilisation participation, ou qu'ils en seront exclus, et ce indépendamment du risque "objectif' qu'encourt l'Etat. Une optique par trop institutionnaliste et figée des structures d'opportunité politique, en tenne d'ouverture ou de fenneture du système politique doit donc être remplacée par une approche en tenne de sélectivité et de relation. Gilles Bataillon dans son article sur les contras et les recontras nicaraguayens, va encore plus loin que les auteurs précédents dans la relativisation de la pennanence des structures, en mettant l'accent sur la contextualisation. Pour lui, le "contexte" structure les identités collectives et individuelles surtout lorsque, dans l'exemple nicaraguayen, la polarisation ami/ennemi pousse chaque acteur à se définir autant contre l'autre que pour soi. Dès lors, la lecture des événements ne sauraient s'effectuer à la lumière d'actions extérieures, d'une culture ou d'un passé propre, sensés structurer en pennanence

5

les pratiques des acteurs engagés dans la crise nicaraguayenne. Les actions armées des contras, puis des recontras, et les fonnes qu'elles prennent, ne peuvent se comprendre qu'à la lumière de ce qui se passe, de ce qui se joue dans l'interaction. La structuration ami/ennemi n'est donc pas permanente, elle est contextuelle. Elle dépend des opportunités politiques des acteurs. Le rôle du Tiers, des tiers, un monlent mis en parenthèse, redevient central pour comprendre tant les logiques de démocratisation que d'instrumentalisation d'une violence désenchantée, celle des recontras. Richard Banegas en s'appuyant fortement sur la thèse de Michel Dobry5, reprend lui aussi cette approche en temle de contextualisation. Pour lui, il convient de s'intéresser à l'état conjoncturel des structures, aux propriétés contextuelles des configurations sociales, et à la manière dont celles-ci jouent sur la structuration des identités. Il rappelle l'aspect multidimensionnel de l'identité personnelle, et le fait que durant les périodes de "transitions démocratiques" , périodes de crises, les mobilisations collectives sont caractérisées par une tendance à la simplification de cette identité, à une régression vers l'habitus, régression souvent utilisée par les entrepreneurs identitaires dans leurs stratégies de mobilisations antagonistes. Guillaume Courty est sans doute, de tous les auteurs, le plus sensible à cette question de l'identité. Pour lui, toutes les approches précédentes présupposent, quelque part, malgré tout une identité afin de pouvoir penser l'action collective et font donc l'économie d'une réflexion sur "l'art de se regrouper", sur l'art d'être ensemble avant même ou pendant que l'on passe à l'action. Le biais objectiviste tendant à supposer des structures, des identités déjà là est alors dénoncé avec force. Le recours à l'histoire vise à casser cette image des structures structurantes. Ce qui importe ici, c'est de comprendre comment les identités collectives jouent de "modèles dramaturgiques" pour se constituer. On doit sans doute à l'approche goffinanienne qui court comme un fil conducteur dans les différents travaux la forte critique des réifications objectivistes des identités et des structures. C'est la mise 5.op.cil.
6

en oeuvre de ce paradigme qui a renouvelé l'approche en tenne de mobilisation en mettant l'accent sur les stratégies et les dynamiques d'interaction. On a ajouté l'opportunité aux structures. Et c'est là un apport considérable. Mais jusqu'où peut-on aller dans cette voie? Dérouler un récit, comprendre les enjeux au niveau des interactions, les "mises en scènes de la vie quotidienne" suffit-il à rendre compte des processus de socialisation incorporés par les acteurs, des mécanismes relationnels qui s'imposent aux calculs des acteurs et des structures à long tenue qui, con1me la nature des trajectoires historiques de fonnation de l'Etat, influencent malgré tout l'ensemble de ces modalités de comportement? La tendance à croire que rien n'est stable, que tout se joue dans l'instant, que tout est fluide peut conduire à un biais subjectiviste qui oublie que les interactions (dont l'étude satisfait les empiristes, car on peut les observer, les filmer, les enregistrer, bref les toucher du doigt6) cachent les structures qui s'y réalisent. Il faut sans doute rappeler que la vérité de. l'interaction n'est jamais toute entière dans l'interaction telle qu'elle se livre à l'observation7. Le risque de l'objectivisme est grand, celui de l'éclatement du sujet ne l'est pas moins, sauf à renouer avec des croyances behaviouristes sur l'accumulation des connaissances à partir de micro-objets. Ne trouve-t-on pas alors chez Pierre Bourdieu, Norbert Elias, Charles Tilly, Doug Mac Adam, ou Sydney Tarrow un antidote à l'ethnométhodologie du courant goffmanien qui semble dominer actuellement nombre de travaux sur l'action collective en France? Des voies sont sans doute ouvertes pour penser l'incorporation des structures, pour analyser de manière dynamique leur émergence et les conditions de leur reproduction mais elles ressemblent au passage du Nord Ouest: Passage certes resserré, rare mais infiniment précieux car fractal8. A quand alors une approche fractale des identités et de l'action collective?
La Rédaction.
6. Tout un courant de la sociologie prétexte structure, immédiate. 7. Pierre Bourdieu, "Espace social et pouvoir symbolique" du Nord Ouest, Minuit, 1980. in Choses dites, Minuit, 1987, p. 152. d'éviter une généralisation appréhende les actions des organisations abusive inhérente dans demeure attaché à cette posture qui, sous de

à ses yeux aux analyses leur instantanéité, dans

en tennes

des individus

leur visibilité

8. Michel Serres, Le passage

7

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Économie
Deniz
AKAGÜL

T
ORIENTALE
TURCO-IRANIEN

CAHIERS D1ÉTUDES SUR LA MÉDITERRANÉE
~ ET LE MONDE

No 1 6

1 993

PUBLICATION

SEMESTRIELLE

Istanbul-OulanBator
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et démographie

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Les expressions du nationalisme identitaire
Étienne COPEAUX Le mouvement «Prométhéen ».
FUsun ÜSTEL Les «Foyers turcs» et les «Turcs de l'extérieur».

L'insertion des républiques turcophones dans l'économie mondiale et le rôle de la Turquie. Cem BEHAR
.

Nadir DEVLET
A struggle for independence in the Russian Federation: the case of the Tatars. Stéphane A. DUDOIGNON Changements politiques et historiographie en Asie cen traIe (Tadjikistan et Uzbekistan, 1987-1993). Françoise AUBIN Renouveau genghiskhanide dans la Mongolie post-communiste.

Tendances récentes de la population de .

la Turquie.

Marie LADIER La fécondité des ethnies principales d'Iran. Alain BLUM L'Asie centrale ex -soviétique, espace culturel et espace démographique.

Conclusion par Françoise AUBIN, Jean COUSSY et Semih VANER.

Émergence

du politique

P..UBL I (AT I O.N DE. L.' A F E M 0 TI
Associatfon Orfentale Fransafse pour l'Etude de la Méditerranée et du Monde T uno-Iranfen

Selim DERINGIL L'empire ottoman et le pan-islamisme dans la Russie turcophone. Semih VAN ER La question démocratique dans l'aire turque: les cas de la Turquie, de l'Azerbaïdjan et du Turkménistan.
.

AVEC LE .CONCOURS DU Centre d'Etudes

et de Recherches

Fondation Nationale des Sciences Politiques et du Centre National du Livre

.
Internatfonales

A ION N E MEN T Individuels Institutionnels Soutien, à partir de

France 170 FF 240 FF 400 FF

Étranger 220 FF 310 FF 500 FF

Mohammad-Reza

DJALILI

L'iran face aux développetnents en Transcaucasie et en Asie centrale. Michel JAN La politique de Pékin à l'égard de ses populations turcophones.

2 numéros par an Chèques à l'ordre de AFEMOTI.

CEMOTI 4, rue de Chevreuse 7 5006 PARIS Tél. (33-1) 44 10 84 59 Fax (33-1) 44 10 84 50

4 0 4

P AGE.S.

I

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O. f RAN

C.S

lE PARADOXE DE lA REBElliON lES RELATIONS INTER-RACIALES AUX ETATSUNIS

DIPAK

GUPTA

Les images télévisées des émeutes de Los Angeles ont ouvert, pour le reste du monde, une fenêtre sur l'état des relations inter-raciales aux Etats-Unis. Ajoutées aux diffusions répétées de reportages sur la montée du néo-nazisme et des mouvements de la Suprématie Blanche, les scènes d'anomie de Los Angeles peuvent apparaître, pour de nombreux téléspectateurs (et surtout ceux des pays étrangers) comme la manifestation d'une violente lutte ethnique. Au regard du monde, où les hostilités ouvertes entre groupes ethniques semblent plus être la règle que l'exception, il est légitime de se poser la question de l'avenir des relations inter-raciales aux Etats-Unis. Sont-elles destinées à emprunter les chemins du conflit politique violent comme celui d'Irlande du nord, de l'ex-Yougoslavie, des anciennes Républiques de l'ex-Union Soviétique ou encore comme ceux existant dans de nombreux autres pays d'Afrique ou d'Asie? Bien qu'il soit difficile de répondre à cette vaste question, l'objet de cet article est de resituer les émeutes de Los Angeles dans une perspective particulière et de tenter de comprendre pourquoi la communauté afro-américaine n'a pas réussi à traduire sa frustration et sa colère dans une forme de lutte politique cohérente alors même qu'elle est confrontée à un accroissement de son niveau de "frustration" économique et à une dépossession répétée de ses droits politiques. Les émeutes de 1992 remettent en mémoire l'été 1967, période particulièrement sombre pour la nation américaine. Les émeutes du début des années soixante avaient brutalement remis en cause le mythe du melting-pot. La perception insidieuse d'une marmite dont le couvercle s'ouvre brusquement sous l'action de l'accumulation de la

9

DIPAK GUPTA

vapeur sous pression remplaçait l'image de ce melting-pot. Le Président Johnson soulignait, aux vues des circonstances, l'urgence de la situation en prévenant qu'il s'agissait là d'un signal d'alanne et que la nation devait prendre des mesures pour apaiser la situation avant qu'il ne soit trop tard. La Commission Kerner, mise en place en 1967 afin d'étudier les causes de la révolte urbaine rendait son rapport un an plus tard1. Dans ce rapport la Commission parvenait, ce n'est pas une surprise, aux même conclusions. La Commission Kerner attribuait la responsabilité des grandes émeutes urbaines et des mécontentements qui régnaient parmi les citoyens noirs du pays à la quasi ségrégation économique présente dans la société. Citant pour exemples la disparité des réalisations dans le domaine des salaires, de la santé, du logement et de l'éducation, la Commission évoquait, à moins bien sûr que la nation ne prenne en considération la nécessité de combler l'inégalité raciale, la probabilité de l'imminence d'un vaste affrontement. Ainsi, la Commission estimait: Notre Nation se dirige vers l'établissement de deux sociétés, une noire, une blanche - séparées et inégales. [...] La réaction aux désordres de l'été dernier a accéléré le mouvement et accentué la division. La discrimination et la ségrégation ont trop longtemps infiltré la Vie Américaine. Elles menacent maintenant le futur de chaque Américain. Si elle veut se poursuivre, notre évolution présente devra enrayer la polarisation continue de la communauté américaine et en définitive la destruction des valeurs démocratiques fondamentales2. A l'époque dans son analyse des causes des émeutes raciales la Commission a isolé deux grandes catégories de facteurs. Le premier groupe lie les causes qe ces é:t;neutesà la misère économique, alors que l'autre groupe établit un lien avec le changement d'attitude de la communauté noire à l'égard dé l'injustice socio-économique. Dans le premier groupe la Commission intègre les trois conditions suivantes, résultats d'une longue situation du préjudice blanc à l'égard des Noirs:

1. Kerner O., Report of the National Advisory D. C., U.S. Government Printing Office.

Commission

on Civil Disorders,

1968, Washington,

2. Kerner O., op. cit., p. 1.

10

LE PARADOXE

DE LA REBElliON

Généralisation de la discrimination et de la ségrégation: dans le domaine de l'emploi, l'éducation, le logement, qui résultent de la continuelle exclusion d'un grand nombre de Noirs des bénéfices du progrès économique. La migration noire et l'exode blanc: lesquels ont conduit à de massives et croissantes concentrations de Noirs pauvres dans nos grandes villes, provoquant une crise croissante liée à la détérioration des aménagements, des installations et des services..... Les ghettos noirs: où la ségrégation et la misère qui touchent les jeunes détruisent toute opportunité et poussent à l'échec. Crime, toxicomanie, dépendance à l'égard des services sociaux, amertume ressentiment envers la société en générale et des Blancs en particulier, en sont les résultats3. La Commission Kerner faisait remarquer que le sentiment de frustration présent au sein de la communauté noire était la conséquence de ces conditions physiques de vie accentuées par la télévision et les média : Les espoirs déçus sont le résidu des attentes inassouvies réveillées par les grandes victoires juridiques et législatives du mouvement pour les droits civiques et la lutte épique pour l'égalité des droits au Sud. Un climat, qui pousse à l'approbation et à l'encouragement de la violence comme une forme de protestation, a été créé: par le terrorisme dirigé contre la protestation non-violente,. par une défiance ouverte à la loi et aux autorités fédérales des fonctionnaires étatiques et locaux opposant une résistance à la déségrégation,. et par quelques groupes protestataires engagés dans la désobéissance civile qui ont, tourné le dos à la non violence, outrepassé les droits constitutionnellement protégés de pétition et de libre réunion, et ont eu recours à la violence pour tenter d'obtenir par la force une modification des lois et des politiques avec lesquelles ils n'étaient pas d'accord. La frustration liée à l'impuissance a conduit nombre de Noirs à être convaincus qu'il n'existait pas d'autre alternative efficace que la violence comme moyen de réparation de leurs griefs et pour faire "bouger le système". Ces frustrations sont reflétées dans la désaffection et l'hostilité à l'égàrd des institutions de la loi et du

3. Kerner O., op. cit., p. 5.

Il

DIPAK

GUPTA

gouvernement et de la société blanche qui les contrôle, et l'ampleur de la conscience de race et de solidarité se reflète dans le slogan 'Pouvoir Noir". Un nouveau sentiment a surgi parmi les Noirs notamment les jeunes, au sein duquel l'amour propre et l'affirmation de l'orgueil racial remplacent l'apathie et la soumission "au système". Les polices ne sont pas simplement le facteur "déclencheur". Pour nombre de Noirs les polices symbolisent le pouvoir blanc, le racisme blanc, la répression blanche. En outre, beaucoup de polices reflètent et expriment les attitudes des Blancs. L'atmosphère d'hostilité et de cynisme est renforcée par la croyance répandue chez les Noirs en l'existence d'une brutalité policière et "de deux niveaux" de justice et de protection, un pour les Noirs et un pour les Blancs. Comme la sagesse populaire et les hypothèses les plus classiques reliaient la violence collective à la privation causée par la "frustration" économique, il n'y eut pas de raison apparente de questionner la validité de cette lugubre prédiction. Il est intéressant pourtant de remarquer qu'un quart de siècle plus tard, la Commission Webster constituée à la suite des émeutes de Los Angeles de 1992 est parvenue aux mêmes conclusions sur l'imminence de la révolte généralisée. Mais qu'en est-il? Se dirige-t-on vers une révolte de tous les Noirs Américains? Si nous regardons le monde d'aujourd'hui, Les exemples de violence ethnique demeurent encore trop fréquents. Certains de ces conflits sont d'origine relativement récente (les Sikhs en Inde, les Tibétains en Chine) mais ceux qui s'inscrivent dans une histoire longue et tounnentée sont encore bien plus nombreux (l'IRA en Irlande du nord, les Basques en. France et en Espagne, les Arméniens dans l'ex-Union Soviétique, en Iran et en Turquie, les Arabes en Israël, les Tamouls et les Cinghalais au Sri Lanka, etc.). Quoiqu'il en soit, contrastant avec les jours tumultueux des années soixante, les relations inter-raciales aux Etats-Unis, sont apparues avant les émeutes de Los Angeles comme ayant atteint un état de "d'équilibre" maîtrisé. Ce n'est certes pas l'unique exemple d'aboutissement et d'apaisement dans l'histoire. Il existe d'autres cas, comme au Nigéria (avec le conflit entre les Ibos et les Houbas) ou dans certaines parties de l'Inde (le conflit entre les Hindous et les Musulmans, notamment le Bengale Ouest) où après une période de confrontation ouverte

12

LE PARADOXE

DE LA REBELLION

extrême, les groupes rivaux ont pu parvenir à un certain degré d'hannonie sociale. Depuis les récentes émeutes on s'interroge. Bien qu'elles aient démontré la profondeur de la frustration au sein de l'Amérique urbaine, elles constituent plus une indication du degré de colère liée à la frustration qu'une manifestation destinée à marquer d'une certaine manière l'anniversaire de l'existence d'un mouvement politique organisé comme l'IRA en Irlande du Nord ou le mouvement nationaliste basque en Espagne. Par conséquent, l'objet de cet article est de rechercher quelques réponses au paradoxe de la situation américaine à savoir pourquoi, contrairement à beaucoup d'autres pays dans le monde, les Etats-Unis ont pu négliger à ce point le problème posé par l'hostilité raciale ouverte même lorsqu'ils étaient confrontés à la détérioration des conditions économiques du membre moyen de la communauté Afroaméricaine? Nous démontrerons dans une première partie que la situation économique de la communauté afro-américaine ne s'est pas améliorée et s'est peut-être même détériorée depuis les grandes émeutes des années soixante. ..Si l'on reprend donc les hypothèses de la frustration-agression dans les théories de la révolte collective, les forces de la révolte auraient du s'intensifier avec cette détérioration. Nous tenterons de répondre dans une deuxième partie à ce paradoxe avec l'aide du modèle modifié du choix rationnel de participation. Contrairement au courant néoclassique des sciences économiques basé sur les modèles du choix rationnel, ce modèle élargit l'hypothèse fondamentale de la maximisation de l'utilité et prend en compte les facteur d'utilité du groupe. Ce modèle conclut que l'existence de frustration n'est seulement qu'une condition nécessaire pour qu'il y ait révolte collective. La condition suffisante nécessite obligatoirement l'existence d'une forte identité politique ou de groupe. Nous discuterons, dans une troisième partie, de la question de l'identité politique des Afro-américains, identité qui s'est affaiblie depuis les journées de violence du milieu des années soixante. En conclusion nous intégrerons ce problème dans une perspective comparative, et nous poserons, pour la fonne, la question de savoir si les Etats-Unis ont quelque chose à enseigner au reste du monde, ou s'ils ne doivent être effrayés par leur expérience malheureuse.

13

DIPAKGUPTA

L'ETAT ACTUEL PARADOXE

DE L'AFRO-AMERIQUE

: LA FORME

DU

Si l'estimation de la situation économique des Afro-américains était en baisse dans les années soixante, le changement intervenu durant les

années soixante dix et quatre-vingt a été tout simplement
catastrophique. Ainsi, le National Research Council, dans un rapport publié en 1989, conclut sans équivoque que <<Les plus grands profits économiques pour les Noirs ont été obtenus entre 1940 et 1960. Depuis le début des années soixante dix, le statut économique des Noirs par rapport aux Blancs a, en moyenne, stagné ou s'est détérioré»4. Les statistiques. suggèrent que même si nombre de noirs, en bénéficiant de l'amélioration de leur environnement social et politique, ont grandement profité des périodes de lente, mais soutenue, expansion économique, la condition économique d'une grande partie de la population afro-américaine s'est détériorée et souvent de façon considérable.

.

Le revenu personnel Pour comprendre dans un premier temps la situation économique ge la communauté afro-américaine, nous pouvons considérer le rapport existant entre le salaire potentiel des Noirs et celui des Blancs. Selon une étude de Current Population datant de 1985 (figure l, page 42 ), en 1969 un homme noir moyen gagnait 68,1 cents pour chaque dollar gagné par un blanc moyen. Ce chiffre est passé modestement à 72.5 cents en 1985, soit une augmentation de 6,5 % en 15 ans. Ce salaire, plutôt modeste, était basé sur le fait qu'un individu était rémunéré et donc qu'il travaillait. Cependant si l'on prenait la population entière pour calculer le revenu escompté possible sur une vie entière, les Noirs ne pouvaient espérer gagner, en 1967, que l'équivalent de 56.7 % des revenus gagnés par un blanc à situation égale au cours de sa vie. En 1984, ce chiffre est tombé à 56.1 %,
4. National C., National Research Council, A Common Destiny: Blacks and American Society, Washington D.

Academy Press. 1989, p. 6.

14

LE PARADOXE

DE LA REBELLION

enregistrant une perte de 1,1 %. Ces chiffres indiquent que si un noir a occupé UII emploi entre 1969 et 1985 il se retrouverait, dans une relative mesure, dans des conditions légèrement meilleures, rattrapant ainsi son homologue blanc. Quoiqu'il en soit la position d'un enfant noir né entre ces deux années resterait, théoriquement la même. Un enfant né en 1985, enregistrera une réduction plus légère des inégalités qui le sépare des Blancs que s'il était né en 1969.

La pauvreté Les situations de pauvreté et de non scolarisation des Noirs se sont accentuées encore plus nettement au cours de ces vingt années. Ainsi un noir sans diplôme de fin d'études secondaires pouvait espérer gagner 213 dollars la semaine en 1984 (en dollars constant de 1984) alors qu'il pouvait espérer en gagner 312 en 1969, soit une perte vertigineuse de 21 % de promesses de gains. La situation est encore pire pour les femmes noires sans diplôme d'études secondaires. Elles pouvaient espérer gagner 201 dollars en 1969 et 152 dollars en 1984, une chute de 24% (figure 2 page 42). La situation ne s'est pas améliorée de façon notable pour ceux qui ont eu un accès un peu plus ouvert au système d'éducation. Pour les hommes noirs ayant le niveau du collège mais pas le diplôme (degree), le salaire en dollars constant de 1984 est tombé à 315 dollars la semaine en 1984, alors qu'il était de 394 dollars en 1969, une chute de 20 %. Sur la même période la perte de revenu correspondante pour les femmes à 32 % (de 308 dollars en 1969 à 242 dollars en 1984)5. Toutefois selon une étude6, durant la même période les revenus des hommes noirs ayant eu une scolarité correcte ont augmenté dans des proportions équivalentes à celles des Blancs. En 1984,un noir ayant suivi une «bonne» scolarité pouvait espérer gagner à situation égale l'équivalent de 74 % de ce gagnait un blanc.

5. Cette chute des revenus perdants, en terme considérablement

n'était pas uniquement réel, durant cette

limitée aux noirs. Les blancs période, même si leurs

étaient aussi pertes étaient

de revenu

moins importantes

que celles des noirs. Closing the Gap, Forty 1986. Years of Economic Progress for

6. Smith James P., Finis R. Welch,

Blacks, Santa Monica CA, Rand Corporation,

15

DIPAK

GUPTA

D'autres statistiques effrayantes ont été établies par Current Populatiol1 Surveyen 1985 (Voir tableau page 44.). Ce tableau montre indubitablement une augmentation de la concentration du chômage au sein des Afro-américains.

L'éducation L'écart entre les deux races en matière de réussite scolaire est également persistant, et dans certaines zones le fossé s'est élargi. Bien que de récents articles de journaux suggèrent que les Noirs restent plus longtemps au lycée, ces derniers sont désabusés sur leurs réussites dans le secteur de l'éducation secondaire. Alors que l'inscription dans les collèges pour les diplômés d'études secondaires noirs augmentaient de façon aiguë depuis la fin des années soixante, elle a décliné dans le milieu des années soixante dix. Alors que les taux d'inscription des Blancs a recommencé à augmenter celui des Noirs demeure dans les années quatre-vingt bien en deçà de celui des années soixante-dix. La proportion des diplômes délivrés aux Noirs a aussi diminué.

La santé L'augmentation du taux de pauvreté au sein de la population noire a fait beaucoup de victimes, ce n'est pas une surprise, panni les plus faibles de la communauté, à savoir les enfants, les malades et les personnes âgées. En 1986, 43 % des enfants de moins de 18 ans demeuraient dans des familles vivant au dessous du seuil de pauvreté. Nombre des difficultés rencontrées par les enfants proviennent de la structure mono-parentale, prédominante, panni les foyers noirs composés de mères célibataires. Le National Research Council conclut à ce propos que "au cours de leur enfance 86 % des enfants noirs...passent vraisemblablement un certain temps dans un foyer mono-parental"7. Une évaluation comparative des mesures de santé et d'alimentation témoigne d'une histoire similaire.

7. National C., National

Research Council, A Common Destiny: Blacks and American Academy Press. 1989, p. 25.

Society, Washington

D.

16

LE PARADOXE

DE LA REBELLION

Le logement La ségrégation à laquelle est confrontée la communauté afroaméricaine dans le domaine de l'habitat a pris une tournure différente durant les vingt dernières années. L'adoption de lois relatives aux droits civiques et l'assouplissement général des opinions ont atténué le problème de la ségrégation relative à l'habitat pour les couches défavorisées. Cependant, bien que les rapports du recensement décennal constate l'abandon de la ségrégation dans les grandes villes métropolitaines, ce changement n'a affecté que les familles des classes moyennes et des classes moyennes supérieures noires. Dans une. étude récente, Massey et Denton8 apportent la preuve de ce qu'ils appellent "l'hyper ségrégation" basée sur la classe économique. On peut donc semble-t-il conclure sans se tromper qu'une partie relativement importante de noirs a pu quitter ses quartiers pauvres et isolés et s'intégrer avec succès à l'Amérique moyenne. Toutefois pour une grande majorité de noirs la pauvreté et l'isolement se sont accentués. Les statistiques froides donnent rarement une image complète et parfaite. Mais ce que ces chiffres montrent déjà à eux seuls, est suffisamment effrayant. De récents rapports prétendent que l'espérance de vie d'un homme noir à Harlem est plus courte que celle d'un homme vivant au Bangladesh, l'une des nations les plus pauvres sur la terre. Il y a également plus de jeunes noirs sous la protection du système de la justice criminelle qu'inscrits dans les collèges. Ces statistiques honteuses posent cependant un problème paradoxal: Où est la révolution? Qu'en est-il des prédictions apocalyptiques de la Commission Kerner et de beaucoup d'autres sociologues. Certains pourraient dire que les récentes émeutes de Los Angeles et Miami sont les signes avant-coureurs d'un futur inquiétant annonçant une violente guerre des races, suivant les lignes de l'Irlande du Nord ou de la Yougoslavie. Toutefois je voudrais discuter dans cet article le fait que même si dans l'Amérique urbaine actuelle toutes les conditions nécessaires sont réunies pour qu'existe un tel mouvement collectif violent, les conditions suffisantes sont, elles, absentes.
8. Massey Douglas S., Nancy A. Denton, "Hypersegregation and Hispanic Segregation Along Five Dimensions", in U.S. Metropolitan Areas: Black

Demography,

n° 26, p. 373 - 391, 1989.

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DIPAKGUPTA

LA REBELLION THEORIQUE

COLLECTIVE

UNE

PERSPECTIVE

Si l'on remonte dans l'Histoire, on trouve depuis les temps les plus reculés de l'érudition dont les traces demeurent encore à notre disposition, des philosophes et des pe.nseurs du monde social qui tentent de déterminer les raisons pour lesquelles, à certains moments, les gens commettent des actes de violence contre l'ordre politique et social établi, au nom de la race, de la religion, de la langue, ou de l'allégeance politique. Si l'on examine cette longue et complexe histoire des tentatives visant à expliquer la participation à des actes de violence politique, nous nous trouvons en face de deux grandes familles: La première voit dans le déséquilibre et l'inégalité de la structure sociale les facteurs qui donnent naissance à la violence politique. Le second groupe de théories, quant à lui, postule que la motivation pour la participation à un mouvement s'inscrit dans la logique de la poursuite d'un intérêt propre.

Les approches classiques Cependant les deux lignes de raisonnement se heurtent àun problème conceptuel. Les théories qui composent le premier groupe expliquent pourquoi les gens participent à des actions collectives mais n'offrent aucune explication de l'inactivité des gens, même confrontés à l'extrême "frustration". Par contraste, le second groupe de théorie s'embourbe dans le marécage conceptuel de ce que l'on appelle le ticket gratuit. Mancur OIson dans son très célèbre livre "la logique de l'action collective"9 a soulevé la question de savoir: que si les actions collectives sont entreprises par les participants pour obtenir un bien public - le bénéfice devra être redistribué parmi tous les membres du groupe sans se soucier de la participation, tout en sachant que le coût de l'effort pour obtenir le bien public sera supporter par les

participants - être participant ne fait donc plus sens économiquement.
9. Olson (M.), The Logic of Collective Action, Cambridge, Harvard University Press, 1971.

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Le PARADOXE

DE LA REBELLION

Par conséquent, un individu rationnel devrait plutôt se comporter comme un free-rider et attendre que les autres se portent volontaires pour obtenir le bien public. Amartya SenIOa, de façon similaire, posé le "problème de l'assurance". Même .si dans une communauté tout le monde peut sembler désirer l'existence d'une quelconque action collective, suivant les préceptes de la maximisation du profit individuel, personne ne prendrait l'initiative de l'action. S'inspirant des problèmes du free-ridership, Tullock 11 pose le paradoxe de la révolution en affinnant que ceux qui proclament prendre part à un mouvement révolutionnaire pour des considérations purement altruistes, sont également irrationnels (ils participent juste pour le plaisir de participer), ou ont un motif caché de profit personnel. Par conséquent, les théories sur la participation basées sur la théorie économique peuvent à elles seules certes, nous donner les raisons pour lesquelles les gens ne prendront pas part à l'action collective et devenant donc des free-riders, mais elles sont singulièrement incapables d'expliquer pourquoi en réalité les gens choisissent actuellement de participer ou de s'engager rationnellement dans des actions altruistes. Pour surmonter les difficultés conceptuelles liées aux deux paradigmes théoriques, nous offrons une explication en modifiant les arguments relatifs au clloix rationnel sur un point qui concilie les théories sur les hypothèses structurelles de l'action collectiveI2. Pour expliquer la participation à l'action collective, nous 'présupposons que contrairement à l'hypothèse du modèle économique un individu n'est pas exclusivement porter à la maximisation de son utilité propre 13.En

10. Sen Amartya K., On Ethics and Economics, Il. Tullock (G.), "TheParadox of Revolution",

,Oxford, Basil Blackwell,

1987.

Public Choice, n° Il, p. 89-99, 1971. ofPolitical Violence: The Effect ofPolitical Singh, 1990. Gupta Dipak K. and Harinder Approach of Behavioral

12. Cf. par exemple Gupta Dipak K., The Economics Instability "Collective on Economic Rebellious Growth, New York, Praeger, Behavior: October 1992. ce point dewe, le professeur An Expected

Utility

Motivations",

Political Psychology, 13. Pour renforcer "Pourquoi uniquement maximisation prétendre

Amartya k. Sen remarque

de façon poignante:

le fait de poursuivre rationnel

son intérêt propre à l'exclusion

de tout autre chose devrait-il être absurde de déclarer que la mais

?". Bien sûr, il n'est peut être pas complètement n'est pas irrationnel,

de l'intérêt personnel

du moins pas nécessairement,

que tout ce qui ne relève pas de la maximalisation

de l'intérêt doit être irrationnel

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