L'Adhésion de la Turquie à l'Union européenne

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Particulièrement originale et didactique, cette approche de la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne permet au lecteur d'appréhender chacun des arguments du débat en termes d'enjeux, de risques et d'opportunités. Classés en trois grands thèmes (géopolitique, identité européenne, projet communautaire), les différents aspects de cette candidature sont replacés dans un double contexte, historique et politique.
Publié le : mercredi 1 novembre 2006
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EAN13 : 9782296155602
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L'adhésion de la Turquie à l'Union européenne

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01350-3 EAN: 9782296013506

Morgan

Baillon

L'adhésion de la Turquie
à l'Union européenne

Le débat (1963-2004)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac .des Sc. Sociales, Pol. et Adm. BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

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1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

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Bibliographie

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9

Préface

La question de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne a suscité des débats vifs et passionnés dans les milieux politiques, les medias et même l'opinion en France au début du XXIesiècle et en 2004 en particulier.Certes, ce n'était pas la première fois que l'élargissement de l'Europe provoquait des discussions et des divisions en France. Tel avait été déjà le cas pour la Grande-Bretagne dans les années 1960 et pour l'Espagne et le Portugal à la fin des années 1970. Mais jamais la candidature d'un Etat n'avait alimenté des polémiques aussi vives que celle de la Turquie. La masse d'articles de presse et d'ouvrages consacrés totalement ou partiellement à cette question est impressionnante entre 2002 et 2004 ! Le grand mérite de Morgan Baillon est d'avoir pris du recul par rapport à cette effervescence médiatique et du temps pour comprendre en profondeur les origines du débat français sur la candidature de la Turquie. En bon historien, il part du commencement - oublié par beaucoup de polémistes en ce début de siècle... - c'est-à-dire de la signature d'un accord d'association entre la Turquie et la Communauté économique européenne en 1963 et du dépôt officiel de la candidature en 1987. Pendant de longues années, la Turquie est apparue cependant comme très éloignée à tous points de vue de l'Europe et le sujet n'a pas suscité d'intérêt. Tout change au début du XXIe siècle quand approche l'heure où l'Union européenne doit donner une réponse, ouvrir ou pas les négociations avec la Turquie. C'est à ce moment là que la question passionne les Français au point de devenir un des thèmes majeurs des élections du Parlement européen en 2004. Et c'est effectivement le 17 décembre 2004 que le Conseil européen décide d'entamer les négociations en vue de l'adhésion. Une fois la décision prise, le débat s'est calmé, surtout quand le calendrier a été connu, évaluant la date éventuelle d'entrée à 2015 ou 2017 voire 2020 et quand le président de la République a évoqué un référendum préalable, à l'extrême fin des négociations. Morgan Baillon a choisi de comprendre les positions des uns - les partisans - et des autres - les opposants - à l'entrée de la Turquie dans la CEE. Pour expliquer les arguments de Il

chacun, il examine tous les éléments du débat sur la Turquie depuis 1963. Pour cela, il a effectué un gros travail de dépouillement des sources disponibles, la presse nationale - le
Monde et le Figaro principalement

-, les

débats parlementaires,

à l'Assemblée nationale et au Sénat ainsi que des publications des institutions européennes. Cela lui a permis d'apprécier les argumentaires et leur évolution, soit tout particulièrement les questions stratégiques - la Turquie allié occidental dans le cadre
de la guerre froide

-, religieuses

- un grand pays musulman très

tôt laïcisé, dans l'entre-deux-guerres, avec Mustapha Kemal -, géographiques - à cheval sur deux continents: la Turquie est elle européenne stricto sensu alors que son territoire s'étend principalement en Asie -, politiques - la Turquie est-elle une démocratie? - et économiques. L'ouvrage de M.Baillon présente de très grandes qualités. Il est solide, réfléchi, clair, bien construit et bien écrit. Morgan Baillon a su démêler les fils d'une histoire complexe et intégrer le sujet dans son contexte. Il le fait avec sérieux et honnêteté, refusant de prendre parti. C'est un vrai travail d'historien qui éclairera beaucoup les lecteurs dans une période - 2007 au moins... - où le débat va renaître, n'en doutons pas à l'occasion des prochaines échéances électorales. Morgan Baillon que je suis heureux d'avoir eu comme étudiant, offre un livre d'historien, ouvert par sa formation et ses expériences professionnelles au monde de l'économie et du journalisme, qui rendra de grands services à tous ceux qui veulent comprendre et se faire une opinion personnelle, en toute connaissance de cause, loin des tumultes de l'actualité.

Bernard Lachaise Professeur d'histoire contemporaine. Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3

12

à Natali

Introduction

L'adhésion de la Turquie à l'Union européenne fait partie de ces rares sujets qui ont été au tout premier plan de l'actualité pendant de nombreux mois, voire pendant plusieurs années. Il n'est probablement pas un seul Français qui n'ait au moins entendu parler de cette question ou ne se soit fait une ébauche d'opinion, que ce soit par l'intermédiaire des journaux télévisés, des reportages ou des documentaires, de la presse quotidienne, y compris régionale; il n'est pas un seul journal, pas un seul magazine un tant soit peu généraliste qui n'y ait consacré un dossier entier. A la télévision ou à la radio les débats sont animés, les esprits s'échauffent rapidement -bref, le sujet passionne. D'où vient cet émoi collectif? C'est probablement qu'on appréhende plus ou moins clairement que cette adhésion a une dimension tout à fait particulière et que les interrogations ne portent pas uniquement sur la Turquie elle-même, si méconnue et mystérieuse soit-elle, mais sur l'avenir de l'Europe tout entière. Certains observateurs éclairés vont même jusqu'à parler "d'enjeu du siècle"l. Un débat de grande ampleur s'est donc engagé et s'est emparé de l'opinion publique mais aussi des partis politiques. Pour certains, la question a fait l'objet d'un débat interne et d'un vote afin de tenter de parler d'une seule voix sur le sujet: ainsi par exemple, l'UMP s'est prononcé contre l'adhésion de la Turquie le 7 avril 2004. Pour les autres partis en revanche, les déclarations sont plus dispersées. .. Or, le processus d'adhésion de la Turquie à l'Europe n'est pas qu'une question d'actualité: il a une histoire; une histoire récente, certes, mais une histoire quand même. Le processus a débuté en 1963, le 12 septembre très exactement, avec la signature du traité d'Ankara, qui scelle l'accord d'association entre la Turquie et la Communauté économique européenne (CEE). On pourrait même remonter au 31 juillet 1959, c'est-àdire deux ans à peine après la signature du traité de Rome, date à laquelle la Turquie demande officiellement à la CEE d'étudier
l Le Figaro, 23 décembre 2002 15

la possibilité d'un tel accord. Mais le véritable point de départ, après quatre ans de négociation, c'est bien cette signature d'un traité qui, dès la première étape, ouvre à la Turquie de grandes opportunités européennes. Ce traité affirme la "vocation européenne" de la Turquie et envisage, à terme, l'éventualité d'une adhésion. Cette date constitue donc tout naturellement le début chronologique de ce livre. Aujourd'hui, le processus est toujours en cours. La CEE est devenue Union européenne (DE), et de six membres fondateurs s'est élargie à vingt-cinq. La Turquie, qui a officiellement déposé sa candidature le 14 avril 1987, n'a toujours pas adhéré à l'VE. Mais une étape fondamentale a été franchie: le 17 décembre 2004, après avis favorable de la Commission et avec l'aval du Parlement européen (PE), le Conseil européen de Bruxelles a décidé d'ouvrir les négociations d'adhésion avec la Turquie. Ces négociations d'adhésion, ouvertes (avec réticence de la part de certains pays membres) le 3 octobre 2005, constituent la dernière étape avant la ratification du traité d'adhésion. Cette date du 17 décembre 2004, d'une portée considérable autant d'un point de vue symbolique que juridique, fixe tout aussi naturellement l'autre extrémité chronologique de l'ouvrage. Entre les deux, que s'est-il passé? L'un des objectifs de ce travail est bien évidemment de répondre à cette question, car les étapes ont été nombreuses et jalonnées de difficultés. L'étude des différents contextes permet de les comprendre: en premier lieu le contexte international, qui a vu le passage d'un monde bipolarisé à l'avènement d'une unique "hyper puissance" mais aussi, entre autres, la résurgence de conflits aux portes de l'Europe et la montée du terrorisme islamiste international; ensuite le contexte interne spécifique de la Turquie, également très mouvementé; enfm le contexte de la construction européenne marqué par ses problématiques économique, politique et géographique. Mais c'est bien la France qui nous intéresse ici au premier plan, et plus précisément la façon dont le débat sur l'adhésion turque s'y est tenu, parallèlement aux évolutions du processus d'adhésion. Au-delà du terme de "débat", qui sous-entend un échange de vue polémique, l'étude cherche à réunir les 16

déclarations, les opinions et les positions de personnalités politiques et d'intellectuels qui s'inscrivent dans une argumentation d'un rejet ou d'une acceptation de l'adhésion turque. L'étude focalise cependant volontairement toute son attention sur les aspects les plus polémiques des thèmes choisis; ainsi, à titre d'illustration, le chapitre qui traite de la politique étrangère de la Turquie, à défaut d'étude globale, s'attache à ne traiter que les aspects les plus intéressants de cette politique du point de vue du débat, mais aussi les plus pénalisants pour l'adhésion turque, à savoir Chypre et le génocide arménien. Cette mise en garde est peut-être nécessaire afm de ne pas se rendre suspect d'un quelconque parti pris. Si l'approche contextuelle est particulièrement importante pour bien cerner les enjeux du processus d'adhésion, elle ne l'est pas moins pour comprendre la nature du débat français: celuici, par exemple, a été d'une rare intensité au cours de l'année 2004 en relation avec des échéances européennes qui en ont fait une question particulièrement d'actualité: les élections européennes de juin 2004, l'avis de la Commission européenne sur l'ouverture des négociations d'adhésion publié en octobre 2004 et surtout le Conseil européen de Bruxelles en décembre 2004. Mais quelle a été l'intensité du débat avant ces échéances? L'étude s'attache à reconstituer le déroulement des discussions en France tout au long de la période. Les politiciens ne sont pas les seuls à intervenir pour enrichir le débat, loin s'en faut: de nombreux intellectuels (diplomates, hauts fonctionnaires, enseignants, chercheurs, écrivains, philosophes, journalistes) ont activement contribué à la qualité du débat. C'est pourquoi leurs idées tiennent une place significative dans cet ouvrage. Mais leurs opinions, généralement bien argumentées, traduisent ou prolongent fréquemment celles des hommes politiques. Ainsi, certains hommes politiques (ou partis) se posent en défenseurs de l'adhésion turque, mais en vertu de quel(s) argument(s) le fontils? D'autres s'opposent plus ou moins vigoureusement à cette adhésion: comment justifient-ils leur position? L'un des objectifs majeurs de cette étude est d'exposer, de manière la plus exhaustive possible, l'ensemble des arguments qui se sont exprimés de 1963 à nos jours. 17

Par conséquent, la démarche a été d'identifier l'ensemble des arguments et de les regrouper par thèmes. Ce livre se présente donc sous la forme d'une étude thématique des débats qu'a suscités la perspective d'une adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Le travail a consisté à caractériser chacun des thèmes du débat, c'est-à-dire d'établir pour chacun une sorte de carte d'identité: historique, puissance d'impact (certains thèmes peuvent-ils être considérés comme majeurs et d'autres mineurs ?), temporalité (certains ont-ils perdu de leur poids au cours de la période ou au contraire gagné en pertinence ?), dimension fédératrice ou au contraire pouvoir de division (certains font-ils l'unanimité des forces politiques, d'autres divisent-ils au sein même des partis ?). Il était donc légitime de vouloir recomposer le paysage politique à partir des clivages constatés. En tant que travail de recherche d'histoire politique, il était tout à fait fondamental de placer l'analyse au niveau des forces politiques françaises. Les questions européennes, on le sait, divisent souvent et créent parfois de véritables séismes politiques. Les tensions qu'elles provoquent au sein des partis sont telles qu'elles vont jusqu'à créer des lignes de fracture très profondes, parfois irréversibles, comme cela a été le cas par exemple du traité de Maastricht. Qu'en est-il cette fois-ci avec la question de l'adhésion turque? Dès le début des recherches, il est apparu clairement que les sources susceptibles de fournir des éléments de réponse à toutes ces questions étaient nombreuses et variées. Parmi celles-ci, l'une d'entre elles s'est rapidement imposée comme principale: la presse écrite. Au-delà du vif intérêt personnel porté à ce média, les quotidiens nationaux représentent une source très dense qui couvre l'ensemble des aspects du sujet: ils se font l'écho des différentes étapes qui jalonnent le processus d'adhésion et les commentent, ils relatent les principales déclarations des personnes en charge du dossier ainsi que les commentaires des hommes politiques qui s'y rapportent. Enfm, et ce n'est pas le moindre intérêt, ils font souvent office de tribune aux opinions des différents observateurs qui souhaitent contribuer, par leurs analyses, au débat public. De plus, par la fréquence des articles consacrés au 18

sujet, ils reflètent l'intensité du débat à un instant donné. Les recherches se sont avérées très fructueuses, plusieurs dizaines d'articles (voire plusieurs centaines) traitant de près ou de loin le sujet. La richesse de cette source a cependant nécessité une sélection rigoureuse des articles les plus significatifs en termes d'analyse. D'autre part, du fait de la quantité très importante d'articles intéressants et compte tenu de la redondance de certaines informations, il a fallu se résoudre à limiter le nombre de titres exploités: à de rares exceptions près, ce sont les deux principaux quotidiens nationaux, le Figaro et le Monde (soit, en simplifiant, un titre de droite et un de gauche), qui ont fourni l'essentiel des informations. D'autres quotidiens ou magazines ont été occasionnellement exploités à titre complémentaire (Libération, La Croix, l'Express, Courrier international). Ce fut aussi le cas des débats télévisés, qui, permettant de passer en revue l'essentiel des arguments, n'apportaient toutefois qu'une vision assez superficielle du débat. Toutefois, l'allocution télévisée du Président Chirac le 15 décembre 2004 a été utilisée à plusieurs reprises. Les quotidiens régionaux, par manque de "valeur ajoutée", furent en revanche rapidement exclus du champ d'investigation. Parallèlement à la consultation des articles de presse, une seconde source est apparue essentielle pour renforcer la dimension politique de l'ouvrage: les sources parlementaires. La recherche sur ces sources a conduit à retenir deux types de documents: les rapports d'information parlementaire (issus de l'Assemblée nationale comme du Sénat) ainsi que les questions parlementaires, principalement celles émanant de l'Assemblée nationale. Mais les archives électroniques ne couvrent la période qu'à partir de la ge législature (soit depuis 1988) et les recherches sur microfilms se sont révélées beaucoup plus ardues. Afm de maîtriser convenablement les étapes du processus d'adhésion d'un point de vue ''juridique'', il semblait nécessaire de recueillir l'ensemble des décisions communautaires depuis 1963 concernant la Turquie, ne serait-ce que pour être en mesure de reconstituer une chronologie sérieuse et d'appréhender la répartition des tâches et des pouvoirs en matière d'élargissement au sein des institutions européennes. 19

Considérées comme un préalable au début des recherches à proprement parler, la sélection et la lecture de ces textes a représenté l'essentiel du travail initial pour un résultat décevant: des décisions émises par la Commission, par le Conseil et les différents Conseils européens, par le Parlement et par les Conseils d'association, seule une infime partie n'avait en défmitive une portée significative digne d'intérêt (une majorité ne traitant pour l'essentiel que de détails techniques). Les décisions majeures étaient par ailleurs largement couvertes par l'étude des autres sources. Hormis les principaux rapports de la Commission européenne, en particulier les "rapports réguliers sur les progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l'adhésion" ainsi que quelques textes officiels, cette source a donc peu contribué à l'élaboration de ce livre. Malgré la quantité et la qualité des informations fournies par la presse écrite, la revue La politique étrangère de la France n'en a pas moins constitué une excellente source complémentaire. Cette revue a l'avantage de consigner l'ensemble des déclarations des hommes politiques en charge des affaires étrangères: qu'il s'agisse du président de la République, du Premier ministre, du ministre des affaires étrangères ou du ministre délégué aux affaires européennes, l'ensembles des discours, allocutions, interviews, conférences de presse et toasts officiels y sont retranscrits en intégralité. L'étude de ces textes bruts permet de prendre toute la mesure des interventions de l'exécutif, et, contrairement aux articles de presse qui ne rapportent généralement que de très brefs extraits voire seulement des mots isolés, ils sont moins soumis à interprétation que ces derniers. Elle permet précisément une lecture critique des choix d'extraits et des commentaires journalistiques. Sans être trop préjudiciable à l'étude, il faut cependant signaler que la revue n'a paru qu'à partir de 1966. Afm d'être en mesure de bien enraciner certains thèmes dans leur contexte, notamment international et européen, il paraissait important d'utiliser des documents traitant des problématiques de relations internationales. La revue annuelle publiée depuis 1981 par l'Ifri (Institut français de relations internationales), intitulée RAMSES (rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies) répondait parfaitement 20

à cette exigence. C'est donc en tant que source qu'a été utilisée cette revue. Enfm, des sources plus éparses ont été utilisées ponctuellement, notamment les tracts des partis politiques pour les élections européennes de juin 2004, divers documents synthétiques émanant des sites internet de l'Union européenne ou des comptes rendus de colloques, des rapports de commissions indépendantes, etc. L'utilisation de sources orales (interviews) aurait certainement permis d'enrichir encore l'étude mais devant l'abondance de matière à traiter cette solution initialement envisagée fut finalement abandonnée. Les sources utilisées, malgré leur complémentarité, souffrent malheureusement du même déséquilibre chronologique. En effet, il se trouve que les relations entre la CEE et la Turquie ne se sont que progressivement intensifiées, mais de façon quasi-exponentielle. Ainsi, en termes de volume de sources disponibles, les deux premières décennies (19631987) sont relativement pauvres. La période qui suit (19871999) est déjà beaucoup plus riche mais c'est surtout à partir de 1999 que les sources deviennent particulièrement abondantes pour atteindre en 2004 un véritable paroxysme. La principale explication vient naturellement du fait que plus l'échéance apparaît inéluctable, plus la question de l'adhésion se fait concrète et plus l'actualité commande d'intervenir. .. Les sources présentent un autre déséquilibre, beaucoup moins marqué que le précédent, à savoir un déséquilibre thématique: certains aspects de la question sont plus systématiquement évoqués que d'autres. Mais ce déséquilibre n'est pas particulièrement gênant dans la mesure où d'une part tous les thèmes ont pu être traités et d'autre part ce déséquilibre permet de percevoir les différences d'impact entre les thèmes. L'étude fait délibérément une large place à des extraits de documents, sans pour autant s'affranchir de nécessaires commentaires: les citations sont certes nombreuses, mais l'objectif était de ne pas dénaturer les déclarations par une paraphrase amoindrissant la portée des textes.

21

De l'étude de ces sources ont émergé trois grandes catégories d'arguments mis en avant au cours de ce débat sur la question de l'adhésion turque à l'UE. La première catégorie regroupe l'ensemble des arguments qui se sont intéressés aux aspects stratégiques de l'adhésion turque. Elle fait l'objet de la première partie de l'ouvrage. Plus précisément, l'objectif était ici de recomposer le débat autour des opinions qui ont exprimé l'idée que, d'un point de vue géopolitique, le développement et l'issue donnée au processus d'adhésion de la Turquie pouvaient avoir un impact sur les relations internationales. Cet impact pouvant s'exercer tant dans la zone géographique avec laquelle ce pays entretient des interactions immédiates que modifier les rapports de force au niveau mondial. En d'autres termes, l'adhésion turque peut-elle renverser les rapports de force stratégiques et diplomatiques au profit de l'Union et au détriment des Etats-Unis, garantit-elle la stabilité géopolitique au Proche-Orient et permet-elle de régler des conflits latents? En revanche, une issue négative au processus d'adhésion n'engendrerait-elle pas une dangereuse instabilité régionale ainsi qu'un raidissement de la diplomatie turque à l'égard de ses voisins européens? On le voit, cette thématique fait rentrer en ligne de compte deux dimensions: tout d'abord la dimension sécuritaire qui conditionne la paix et la stabilité régionale. Cette dimension est traitée dans le premier chapitre. Ensuite l'autre dimension concerne plus spécifiquement des aspects de politique étrangère permettant d'illustrer certaines particularités de la diplomatie turque qui sont traités dans un deuxième chapitre. La deuxième grande catégorie d'arguments fait intervenir des considérations qui concernent les questions identitaires de l'Europe. La seconde partie de l'ouvrage lui est consacrée. Effectivement, la question turque pose très directement, peutêtre pour la première fois avec autant de pertinence, la question de la définition même de l'Europe. Il ne s'agit pas ici d'une défmition de l'Europe en tant que projet politique, mais en tant "qu'entité différenciée", c'est-à-dire que l'Europe se distinguerait, par certains critères, d'autres régions du monde; 22

la question étant de savoir si la Turquie appartient (ou pourrait appartenir) à cette" entité" . Le premier chapitre expose l'ensemble des arguments qui examinent le sens d'une telle définition de l'Europe ou qui proposent d'y répondre, à partir de valeurs, de critères culturels et historiques ou de critères géographiques. L'Union européenne a elle-même fixé des critères, dits "politiques", à remplir par les candidats à l'intégration: le second chapitre propose d'exposer les différents avis concernant la capacité de la Turquie à répondre aux principales exigences, en particulier celles ayant trait aux valeurs fondamentales de l'Union. Enfin, la troisième partie de cette étude se concentre sur un ultime thème de la question de l'adhésion turque à l'Europe: ses conséquences sur le projet européen. Un élargissement de l'édifice communautaire est toujours un évènement en soi, une étape supplémentaire de franchie, au même titre que les traités à caractère économique (par exemple la PAC, le SME ou l'euro), que les tentatives de construction politique (comme à Maastricht la mise en place de la PESC2). Ces étapes sont franchies au gré d'affrontements entre courants d'idées qui défendent différentes visions du projet européen. Un élargissement n'est donc pas sans répercussions sur les politiques de la Communauté européenne: les mécanismes de décision s'en trouvent plus ou moins affectés et, en fonction du niveau de développement économique du nouveau membre, l'adhésion peut modifier les équilibres budgétaires et les programmes d'aide qui en découlent. Le premier chapitre commence par une critique des caractéristiques du processus d'adhésion avec la Turquie et se poursuit par l'analyse de ses implications sur le projet européen. Le second chapitre est consacré aux conséquences commerciales, financières et démographiques de l'adhésion. Là encore, l'Union européenne fIXe toute une série d'exigences en termes de développement économique. L'appréciation du respect de ces critères par la Turquie passe par l'analyse de sa structure économique.
2

PEse:

Politique étrangère et de sécurité commune
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On le voit, la candidature de la Turquie à l'Union européenne pose de nombreuses questions. Ce livre n'a pas l'ambition de les traiter toutes de façon très approfondie, ni de donner la parole à tous ceux qui en France se sont exprimés sur le sujet car ils sont trop nombreux. Mais il s'attache à aborder les problématiques fondamentales afin que le lecteur puisse au moins prendre conscience de la richesse d'un débat qui ne s'est pas encore refermé et de l'inciter à considérer l'adhésion en termes d'enjeux, d'opportunités et de risques.

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Il La Turauie

: un acteur réflional incontournable.

Chaque pays possède une importance géopolitique ainsi qu'une sphère d'influence variables. Plusieurs facteurs conditionnent son importance: taille du pays, population, puissance militaire, développement économique, situation géographique plus ou moins stratégique, contrôle de voies de communication ou de routes commerciales, ouverture sur le monde ou autarcie, héritage historique... En ce qui concerne la Turquie, il s'agit d'un pays au passé prestigieux, toujours étendu malgré le déclin tenitorial des 1ge et 20e siècles: d'une superficie de presque 800.000 Km2 (soit 1,4 fois la France), elle compte une population de 70 millions d'habitants environ, urbaine à 66% dont la moitié a moins de 25 ans. Elle dispose d'une armée puissante, bien équipée. Sa situation géographique exceptionnelle la place au contact de quatre grands ensembles: le Caucase, les Balkans, le ProcheOrient, la Méditerranée. Pays touristique, considéré en outre comme le "château d'eau" du Moyen-Orient, elle contrôle un vaste réseau de gazoducs et d'oléoducs. Plus de 50% de son commerce extérieur est réalisé avec l'Union européenne. En quoi cette dimension géopolitique a-t-elle des conséquences sur sa candidature? Sa politique étrangère et sa lecture de l'Histoire sont-elles compatibles avec l'Union européenne?

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AI Un enieu e:éoDolitioue considérable.

1/ Préserver la Daix : une nécessaire alliance straté2ioue? Après avoir tardivement déclaré la gueITe à l'Axe (la Turquie est restée neutre pendant presque toute la durée du second conflit mondial), la Turquie s'est insérée dès le début de la Guerre froide dans différentes organisations internationales occidentales: adhésion à l'OECE en 1948, adhésion au Conseil de l'Europe en 1949 et surtout, adhésion à l'OTAN en 1952. Quelle valeur stratégique la Turquie a-t-elle aux yeux des européens? Quelles relations diplomatiques la France a-t-elle entretenu avec ce pays et comment ont-elles évolué au gré des mutations des rapports de force internationaux? En d'autres termes on peut se demander quelles sont, vues de France, les interrelations entre la valeur stratégique de la Turquie (c'est-àdire l'influence qu'elle a eu et le rôle qu'elle a été amenée à jouer dans les paysages géopolitiques méditerranéen, balkanique, proche oriental et d'Asie centrale) et sa candidature d'adhésion à l'Union. L'argument d'une nécessaire alliance stratégique permet-il à lui seul de justifier une adhésion à l'Europe? Les questions d'ordre stratégique concernant la Turquie sont, dès le début, au cœur des réflexions communautaires.. En témoigne, dès la signature du Traité d'Ankara instituant l'accord d'association entre la CEE et la Turquie le 12 septembre 1963, le communiqué des Six: "située à l'un des carrefours les plus importants pour l'Europe, la Turquie est d'une importance capitale pour la défense continue de l'Europe.,,1 Si l'accord d'association est de nature plutôt commerciale, l'objectif est
1Le Figaro, 13 septembre 1963 27

bien de garantir les capacités de défense turques. La dimension incontournable de la Turquie dans les préoccupations de défense des Six est clairement affirmée. Pour le Monde, "[l'accord d'association est] la reconnaissance [pour la CEE] de l'importance politique de la Turquie pour le monde libre. ,il. Côté français, le général de Gaulle évoque surtout, lors de son voyage à Ankara et Istanbul du 26 au 30 octobre 1968, la notion d'indépendance nationale qui lui est chère. Il n'en déclare pas moins: "voici la Turquie, maîtresse des détroits entre l'Europe et l'Asie antérieure (..) au contact de trois continents, gardienne de plusieurs portes par où (..) passe la paix ou peut passer la guerre, par conséquent détentrice de larges et fécondes possibilités, mais en même temps exposée aux plus graves éventualités". Et encore: "travailler ensemble au progrès et à la paix, c'est à cela que tout concourt à nous pousser désormais.,,3 La valeur stratégique de la Turquie est évidente: celle-ci se positionne comme un pays charnière dont les décisions peuvent entraîner derrière elle de graves conséquences pour la paix. Son attachement au bloc occidental apparaît primordial. Ainsi, la France fait sienne la volonté des Six exprimée plus haut d'accorder toute la place qu'elles méritent aux relations diplomatiques avec la Turquie. Cette vision ne change pas au cours de la décennie suivante. En 1972, lors de la visite à Paris du Premier ministre Nihat Erim dans le cadre de relations bilatérales, le communiqué franco-turc indique que fIlesdeux pays entendent
s'employer à maintenir la paix et la sécurité en Méditerranée.
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En février 1980, six mois avant un coup d'Etat en Turquie, lors d'une communication sur les affaires franco-turques, le ministre des affaires étrangères souligne "l'importance que la France attache à ses rapports avec un allié dont la stabilité est
essentielle à l'équilibre de la région. ,,s.

Le renouveau des relations diplomatiques franco-turques, amorcées très progressivement à partir de 1983 avec
2 Le Monde, 13 septembre 1963 3 Le Monde, 26 octobre 1968 4 La politique étrangère de la France, janvier 1972, p62 5 La politique étrangère de la France, 1er trimestre 1980, p229 28

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