L'Afghanistan 2014 : retrait ou retraite ?

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Cet état des lieux rassemble en première partie des articles consacrés aux problématiques géopolitiques portant sur la question épineuse des frontières et du jeu pour le moins trouble des différents acteurs en présence (Pakistan, Iran, voire Arabie saoudite et Inde, au niveau régional, Etats-Unis, Russie pour les grandes puissances) ; une seconde partie aborde les problématiques sociétales, à la fois civiles et culturelles (les questions de gouvernance, le statut des femmes)...
Publié le : vendredi 1 mars 2013
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EAN13 : 9782296531673
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L’AFGHANISTAN 2014ƒ:
retrait ou retraite ? Euroo rient
N° 40 - Année 2013L’objet de ce numéro est de tenter de faire un état des lieux et des enjeux de la question :
une première partie du recueil rassemble des articles plus spéci quement consacrés aux
problématiques géopolitiques portant entre autres sur la question épineuse des frontières et du
jeu pour le moins trouble des di érents acteurs en présence (Pakistan, Iran, voire Arabie Saoudite L’AFGHANISTAN 2014ƒ:
et Inde au niveau régional, États-Unis, Russie pour les grandes puissances); une seconde partie
du recueil entend accorder une place parfois négligée aux problématiques sociétales, à la fois retrait ou retraite ? civiles et culturelles (les questions de gouvernance, celle du statut des femmes notamment).
Présentation Michel Makinsky
Iran-Afghanistan, les dimensions économiques Pierre Lafrance
d’une interdépendanceAfghanistan et Pakistan
Clèment ­ ermeDavid Rigoulet-Roze
Les relations entre la Russie, l’Afghanistan et le L’AfPak, ou le fantôme du Pachtounistan-
PakistanPathanistan sur la frontière afghano-
pakistanaise Fakhera Moussavi
La crise de la pensée politique et le mouvement Assem Akram
des femmes en AfghanistanAfghanistan«peshawarisation» et les quatre
sphères Myriam Laaroussi et Senop Tschakarjan
La santé mentale en AfghanistanJean-Paul Burdy
Voisinage historique, politiques d’in“ uence et Selma Benkhelifa
perspectives pour l’après 2014 Afghanistan, guerre et droits des femmes
Laurent Amelot Zalmaï Haquani
Les dossiers de la question afghane dans les Les relations franco-afghanes
relations entre l’Arabie Saoudite et le Pakistan
Ata Ayati
Didier Chaudet L’Afghanistan: du coup d’État de 1979 à
Talibans, djihadistes étrangers et horizon post- l’intervention soviétique selon les archives
2014 diplomatiques
Hors thème Michel Koutouzis
Setâre Enayatzadeh Les guerres perdues en Afghanistan
Les dessous du pouvoir iranien Sous la direction de René Cagnat
«Ces pouilleux de Talibans» Revue des livres et périodiques David Rigoulet-Roze et Ata Ayati
ISSN 128-4519
ISBN : 978-2-343-00382-5
E O
37,50 €
Euro o rient
N° 40 2013 L’AFGHANISTAN 2014 : retrait ou retraite ?
Euroo rientRevue périodique paraissant trois fois par an
Numéro d’enregistrement 25020302
Directeur de publication
Wafk Raouf
wafk_raouf@hotmail.com
Coordinateur
Ata Ayati
ataayati@yahoo.fr
Lectures et corrections
Michel Guillon
Monique Joufroy
Alexandre Lengagne
Comité de lecture
• Djamshid Assadi, Groupe E.S.C. Dijon-Bourgogne • Fabrice Balanche,
Université de Lyon II • Lotf Bennour, Université de Technologie de Belfort-
Montbéliard • Jacques Fontaine, CNRS et Université de Franche-Comté
• Gérald Gaillard, Université de Lille • Philippe Haeringer, Université de
Paris Ouest Nanterre-La Défense • Emel Parlar Dal, Université de Marmara
de Turquie • Salah Oueslati, Université de Poitiers • David Rigoulet-Roze,
Institut d’Analyse Stratégique (IFAS)
EurOrient : 89, avenue du Roule
92200 Neuilly (France)
Tél : 01.47.22.90.12
eurorient@free.fr
www.eurorient.net
Revue publiée avec le concours
du Centre national du livre
La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une
utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou
partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur
ou ses ayants droits, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par
les articles 425 et suivants du Code pénal.
Crédit photographique de la couverture  : éditions Nazar de Téhéran et la
carte : d’après Le Monde Diplomatique de novembre 2011.
© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École Polytechnique ; 75005 Paris
http:/www.librairieharmattan.com
difusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan@wandoo.fr
ISBN : 978-2-343-00382-5
EAN : 9782343003825 POURQUOI LA REVUE EURORIENT ?
Un pont entre deux mondes
En un temps où l’Orient et l’Occident semblent revivre un
épisode d’incompréhension réciproque, à la fois culturelle, politique
et économique, il est bon de jeter des ponts. Une longue histoire
d’interdépendance entre ces deux berceaux de civilisation invite à ce
rapprochement.
Cette revue proposée par des intellectuels des deux versants de la
Méditerranée souhaite apporter sa contribution, ne craignant pas
d’élargir l’échange à l’ouest jusqu’en Amérique, à l’est et au sud jusqu’au
plus profond de l’Asie et de l’Afrique. Les sujets publiés sont souvent de
l’ordre des sciences politiques, mais concernent également les questions
de société, le monde urbain, les défs économiques et les migrations.
En fligrane apparaissent des visions du monde et de l’homme qui
parfois convergent, parfois s’éloignent. Mais l’échange des savoirs est
la meilleure façon d’additionner les expériences et d’en valoriser la
diversité.
Les auteurs de ce numéro
Akram Assem, natif d’Afghanistan, participa activement à la Résistance contre
l’occupation soviétique et occupa diverses fonctions pendant cette période. Il
est l’auteur de plusieurs livres dont Histoire de la guerre d’Afghanistan (Balland,
1996) et A Study On Daoud (Negahe ba Shakhsiat, Nazariat wa Siassat ha-
ye Sardar Mohammad Daoud), 2001. A. Akram assure un cours à l’École de
Service International (SIS) de l’American University à Washington DC, intitulé
« Afghanistan-Confict and So ciety ».
Amelot Laurent, est directeur de séminaire à l’Institut d’Étude des Relations
Internationales (ILERI), ainsi que collaborateur du Tink-tank Asie21 (www.
asie21.com). Il a notamment publié : « L’Afrique au centre de la « stratégie Sud »
de l’Iran », (en collaboration avec Ourtane Icho), in « L’Iran et les grands acteurs
régionaux et globaux – Perceptions et postures stratégiques réciproques », Michel
Makinsky (dir.), 2011. « La péninsule Arabique dans la « stratégie Sud » de l’Iran :
l’enjeu yéménite », (en collaboration avec Caroline Gardet), in Outre-Terre, n° 28,
avril 2011, « La rébellion houthiste, point de fxation dans l’arrière cour de l’Arabie
Saoudite », Défense et sécurité internationale, n° 56, février 2010.
Benkhelifa Selma est avocate au Barreau de Bruxelles. Elle est spécialisée en droit
des réfugiés depuis dix ans. Son intérêt pour l’Afghanistan a été initié dans le cadre
de la défense de réfugiés afghans et s’est prolongé par la création d’un Solidarity
Shop, une sorte de banque alimentaire destinée à fournir des denrées de première
nécessité aux plus démunis à Kaboul.
Burdy Jean-Paul est Maître de conférences d’histoire contemporaine à l’Institut
d’Études politiques de Grenoble, où il dirige un séminaire « Turquie-Iran-
Moyen-Orient », et co-anime avec Jean Marcou le séminaire général du master
« Méditerranée-Moyen-Orient ». Il est l’auteur de nombreuses publications, la
dernière en date étant : « Les chiites ja’faris de Turquie : une composante d’une
«politique régionale chiite de l’AKP », in Emel Parlar Dal (dir.), La politique turque
en questions : entre imperfections et adaptations (L’Harmattan, 2012). Il dispose
également d’un blog sur ces problématiques : www.questionsdorient.fr
Cagnat René est colonel à la retraite depuis 1999 et a une longue carrière militaire
derrière lui. Il a par ailleurs été professeur de relations internationales à St-Cyr-
Coëtquidan de 1983 à 1985. Il a publié, entre autres, les essais suivants sur l’Asie
centrale : Le milieu des empires : entre Chine, URSS et islam le destin de l’Asie centrale
(Robert Lafont, 1981, en collaboration avec M. Jan), La rumeur des steppes : Aral, Asie
centrale, Russie (Payot-Rivage, 1999) et L’Asie centrale après la guerre contre la terreur
(L’Harmattan 2004, ouvrage collectif), Il vient de publier Du djihad aux larmes
d’Allah, Afghanistan, les sept piliers de la bêtise (voir la rubrique : revue des livres).Chaudet Didier est Research Fellow (chercheur) à l’Université Nationale de
Singapour (NUS), pour le compte de l’ISAS (Institute for South Asian Studies). Il y
est en charge principalement des questions relatives à l’aire afghano-pakistanaise. Il
travaille notamment sur la problématique de l’AFPak au sein de son environnement
régional. Précédemment, il a été en charge d’un enseignement à Sciences Po Paris
(sur les questions politiques et diplomatiques liées à l’Asie Centrale, à l’Afghanistan,
et au Pakistan), et chercheur rattaché à l’IFRI sur l’Asie Centrale et l’Afghanistan.
Il est auteur de nombreuses publications, la dernière en date étant « Les errements
de la lutte anti-terroriste. La répression comme facteur de radicalisation dans les
États centrasiatiques », in Aurélie Campana et Gérard Hervouet (dir.), Terrorisme
et insurrection. Dynamiques confictuelles et réponses des États, Presses Universitaires
du Québec (janvier 2013).
Enayatzadeh Setâre, spécialiste du monde kurdo-iranien et du chiisme politique,
achève actuellement une thèse sur la Sécularisation du chiisme et la République
islamique d’Iran, et enseigne notamment dans des écoles de commerce. Ses
publications engagées sur les minorités en Iran, la question kurde ou encore la
problématique du chiisme politique, dans plusieurs revues (Cité, Cahiers du CERIJ,
Cahiers Bernard Lazare) et sur le site (mondeiranien.blogspot.com), font d’elle une
analyste avertie de ces questions.
Haquani Zalmaï, né à Kaboul en 1946, a fait ses études secondaires au Lycée Estellal
à Kaboul et poursuivi ses études supérieures en France où il a obtenu son doctorat
d’État en droit en juin 1977, avant de devenir professeur de droit économique
international à l’université de Caen. II devint Ambassadeur d’Afghanistan
en France entre 2002 et 2006. L’auteur d’ouvrages et d’articles dont certains
concernent l’Afganistan : Une vie d’Afghanistan fait la synthèse de son parcours et
de son expérience (L’Harmattan, 2006).
Laaroussi Myriam, diplômée d’un Master en développement de programmes
humanitaires à l’IRIS, elle s’investit depuis lors sur le terrain humanitaire. Ses
diverses missions l’ont amenée à travailler au Mali, à Gaza, en Indonésie, et en
Afghanistan où elle se spécialise sur les questions sociales dans les pays en guerre.
Elle collabore régulièrement avec l’association humanitaire AFRANE qui publie la
revue Les Nouvelles d’Afghanistan .
Lafrance Pierre, né en Tunise, est entré au Quai d’Orsay 1963. Diplômé de
Langues-O, arabophone et persanophone, il a consacré toute sa carrière au monde
ermusulman en étant d’abord 1 secrétaire à Kaboul (1973-1975) avant de devenir
ambassadeur de France (1993-1997) au Pakistan. Membre de la Société Asiatique,
il est aussi président de l’Association Madera, dont la vocation est d’aider au
développement local en Afghanistan. Il a publié de nombreux articles, notamment
dans les revues Pouvoirs, Critique Internationale, La pensée, Géopolitique, les
Nouvelles d’Afghanistan. Il est encore l’auteur d’O Civilisation, roman historique
(L’Harmattan, 2012), et traduit avec Brigitte Simon du persan en français : Femmes
iraniennes dans la pension de Montmartre (L’Harmattan, 2011). Koutouzis Michel, chercheur spécialisé sur tous les aspects de l’économie
informelle/criminelle : blanchiment d’argent, trafcs en tous genres, terrorisme,
corruption, piraterie, espaces de non-droit, criminalité à col blanc, délits fnanciers,
économie de guerre. Il est consultant indépendant travaillant notamment pour l’UE
et l’ONU. Il est l’auteur de nombreux documentaires et ouvrages sur ces questions.
Pendant dix ans, il a été le co-fondateur de l’Observatoire de Géopolitique des
Drogues (OGD). Il est notamment l’auteur de L’argent du djihad (Mille et une
nuits) et Crime trafcs et réseaux Géopolitique de l’économie parallèle (Ellipses).
Makinsky Michel, Chargé d’enseignement à l’École Supérieure de Commerce et
de Management de Poitiers, Collaborateur scientifque à l’université de Liège. A
publié de nombreux articles sur l’Iran dans les revues CEMOTI, EurOrient, Outre-
Terre, Maghreb-Machrek, Outre-Terre, Cahiers de l’Orient, Géoéconomie, Politique
Étrangère, Défense Nationale A. dirigé l’ouvrage collectif :L ’Iran et les grands acteurs
régionaux et globaux (L’Harmattan, 2012) et publié : « La rente pétrolière peut-
elle garantir la pérennité de la République islamique d’Iran ? » in Djamshid Assadi
(dir.), La rente en République Islamique d’Iran (L’Harmattan, 2012).
Moussavi Fakhera, doctorante en sciences politiques à l’Université Lyon II. Sa
thèse porte sur le sujet de Mouvement des femmes en Iran et en Afghanistan (1996-
2005). Elle est l’auteur de deux ouvrages (en persan) sur le commerce, l’histoire et
la sociologie et de nombreux articles en persan, en anglais et en français (sociologie
et politique) dont Partage du pouvoir entre les femmes dans la famille élargie en
Afghanistan , Fondation de Simorg à Londres.
Rigoulet-Roze David, enseignant et chercheur, consultant en relations
internationales, spécialisé sur la région du Moyen-Orient. Auteur de nombreux
articles, il est rattaché à l’Institut d’Analyse Stratégique (IFAS) où il est en charge
depuis 2006 d’une veille stratégique entre l’Iran et les pays arabes particulièrement
préoccupés de l’éventuelle accession de l’Iran au statut de puissance nucléaire. Il a
publié Géopolitique de l’Arabie saoudite : des Ikhwans à Al-Qaïda (Armand Colin,
2005) et L’Iran pluriel : regards géopolitiques (L’Harmattan, 2011). Il intervient
régulièrement sur les médias de la presse écrite et audio-visuelle et enseigne dans
plusieurs Écoles Supérieures de Commerce.
Terme Clément, Chercheur à l’Institut des hautes études internationales et
du développement (IHEID, Genève) et Membre associé du Centre d’Analyse
et d’Intervention Sociologiques (CADIS) de l’EHESS (Paris). Il est l’auteur de
l’ouvrage Les relations entre Téhéran et Moscou depuis 1979, Paris, PUF, 2012 et de
nombreux articles pour les revues Politique étrangère, Politique américaine, Maghreb-
Machrek. Il a notamment travaillé pour le programme Moyen-Orient de l’Institut
français des relations internationales (IFRI) de 2005 à 2009 et il a été chercheur à
l’Institut français de recherche en Iran (IFRI de Téhéran) de 2006 à 2009.Tschakarjan Senop (Dr. med.) est né en 1975, cadet d’une famille arménienne
ayant émigré en Bulgarie puis en Allemagne. Il entreprend des études de médecine
à l’université de Wurtzbourg, et travaille pour l’OMS à Genève comme volontaire.
Spécialisé dans la santé mentale, il se spécialise ensuite dans le domaine de
la psychiatrie médico-légale avec des enfants et adolescents à la polyclinique
ambulatoire de Zurich. Son engagement s’étend au domaine humanitaire ce qui
l’amène à travailler au Darfour en tant que médecin, puis en Afghanistan comme
coordinateur médical d’un programme de réduction des risques lié à l’usage de
drogues et enfn au Caire, dans le cadre d’un programme de santé mentale.EurOrient n° 40 – 2013
L’Afghanistan 2014
retrait ou retraite ?
Dossier dirigé par David Rigoulet-Roze et Ata Ayati
Sommaire
* Présentation ........................................................................................................ 1111
* Pierre Lafrance
Afghanistan et Pakistan : deux pays que l’histoire entremêle
sans les unir longtemps .......................................................................................... 15
* David Rigoulet-Roze
L’ AfPak( Afghanistan-Pakistan), ou le fantôme du
Pachtounistan-Pathanistan sur la frontière afghano-pakistanaise ............... 35
*Assem Akram
Afghanistan : « peshawarisation » et les quatre sphères .............................. 83
* Jean-Paul Burdy
Voisinage historique, politiques d’inf uence et perspectives pour
l'après 2014 : l’Iran, le conf it AfPak et le Pakistan ...................................... 97
* Laurent Amelot
Les dossiers de la question afghane dans les relations entre
l’Arabie Saoudite et le Pakistan ......................................................................... 117
* Didier Chaudet
Taliban, djihadistes étrangers et horizon post-2014 :
risques sécuritaires pour le Pakistan ................................................................. 141
* Michel Koutouzis
Les guerres perdues en Afghanistan : pavot, terrorisme,
État de droit ...........................................................................................................167
* Michel Makinsky
Iran-Afghanistan, les dimensions économiques d’une interdépendance
ou : commerce et investissements comme outils d’inf uence ...................... 191
* René Cagnat
« Ces pouilleux de Talibans» … ......................................................................221
* Clément T erme
Les relations entre la Russie, l’Afghanistan et le Pakistan :
opportunités et déf s .............................................................................................233* Fakhera Moussavi
La crise de la pensée politique et le mouvement des femmes
en Afghanistan ......................................................................................................245
* Myriam Laaroussi et Senop Tschakarjan
La santé mentale en Afghanistan : base d’une approche transversale .......226161
* Selma Benkhelifa
Afghanistan, guerre et droits des femmes .......................................................277
* Zalmaï Haquani
Les relations franco - afghanes ........................................................................... 291
* Ata Ayati
L’Afghanistan : d u coup d’État de 1979 à l’intervention soviétique
selon les archives diplomatiques .........................................................................307
* Hors thème ........................................................................................................329
* Setâre Enayatzadeh
Les dessous du pouvoir iranien : l’inf uence néo -hojjatieh .......................... 333131
* Revue des livres .............................................................................................341
• Clément T erme, L Lees rs reellaattiionons es ennttrre Te Tééhhéérraan en et Mt Mooscscoou du deepupuiis 1s 1997799
(T omas Fourquet ) • Emel Parlar Dal (dir.), LLa a ppololiittiiqquue e ttuurrqquue ee en n
question. Entre imperfections et adaptations (Michel Makinsky) • Alain
Chaoulli : L’avènement des jeunes bassidji de la République islamiqquue
d’Iran (Ata Ayati) • Pierre Micheletti (dir.), Afghanistan, gagner les cœurs
et les esprits (Ata Ayati) • René Cagnat, Du djihad aux larmes d’Allah,
Afghanistan, les sept piliers de la bêtise (Ata Ayati) • Philippe Conte, ,
Afghanistan, guerre lointaine ? (Ata Ayati) • Abdul Naim Asas, Analyse
de la représentation afghane (Ata Ayati)
* Revue des périodiques ................................................................................361
• Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, Enseignement
supérieur pouvoir et mondialisation dans le Monde arabe, n°  131,
2012 - 1 (Ata Ayati) • Questions internationales, Le Sahel en crise, n° 58
novembre-décembre 2012, La Documentation française (Ata Ayati)Présentation
« Il ne se trouve pas une pierre qui n’ait été teintée de sang ».
Lieutenant-général George Molesworth, vétéran de
la troisième guerre anglo-afghane durant laquelle il
ndservait alors comme adjudant du 2 Somerset Rifes
(mai-août 1819), Asia Publishing House, 1962.
Afghanistan 2014 : retrait ou retraite ? 
ans l’imaginaire occidental, l’Afghanistan se retrouva stigmatisé comme Dle « cimetière des empires » après l’une des rares débâcles de l’armée
britannique en janvier 1842, lorsque les Anglais furent contraints d’évacuer
Kaboul, imprudemment occupée en 1839 lors de la première guerre anglo-
eafghane : la colonne du 44 régiment de l’armée des Indes (Raj ) composée
de 4500 hommes auxquels s’ajoutaient des auxiliaires, ainsi que leurs familles
respectives - l’ensemble formant un total de quelque 16 500 personnes - fut
exterminée aux environs de Gandamak (province de Nangarhar) par les
Afghans, à l’exception d’un seul survivant qui parvint à s’enfuir, le docteur
William Brydon.
Tous ceux qui les avaient précédé dans l’Histoire en avaient déjà payé le
prix, qu’il s’agisse des Mèdes, des Gréco-Macédoniens d’Alexandre le Grand,
ainsi que des Perses Sassanides dans l’Antiquité ; des Arabes, des Mongols,
et des Perses Séfévides au Moyen-âge et à l’époque moderne ; enfn des
Britanniques et des Soviétiques dans la période contemporaine. L’invasion
soviétique de décembre 1979, au motif ofciel d’assister un « régime frère »
alors en difculté, constitue sans aucun doute une césure majeure dans
l’histoire déjà tumultueuse de l’Afghanistan contemporain devenu un théâtre
central de la Guerre froide, en ce qu’elle ouvrait la lampe du « mauvais génie »
d’un islamisme radical aux efets ravageurs aujourd’hui avérés. En efet, au
soutien occidental aux moudjahhidines du djihad anti-soviétique, qualifés
alors de « combattants de la liberté », devait succéder, après le retrait sans
gloire de l’Armée rouge achevé en février 1989, la montée en puissance d’une
dynamique « islamiste » fnalement concrétisée par la prise du pouvoir des Talibans en 1996 à Kaboul, au grand désarroi des Occidentaux qui n’en
pouvaient mais. C’est là qu’allait se sanctuariser Al-Qaïda fondé par Oussama
Ben Laden qui fut en son temps un « animateur » du djihad, mais doté de
son propre agenda. Cela plongerait l’Afghanistan dans les afres d’enjeux qui
le dépassaient très largement, ce qui n’empêche pas ce pays de faire preuve,
malgré tout, d’une résilience historique assez remarquable.
Qualifé plus récemment de « royaume de l’insolence » par Michael
Barry, l’Afghanistan apparaît comme une sorte de pays « imprenable » pour
ceux qui font fgure d’« envahisseurs », lesquels fnissent toujours par se
retrouver peu ou prou au cœur d’un Bouzkachi (« jeu de l’attrape-chèvre »),
cette joute équestre traditionnelle qui fait fgure de sport national afghan
et qui a d’ailleurs servi de trame au roman Les Cavaliers de Joseph Kessel :
l’enjeu en est une carcasse décapitée, généralement celle d’une chèvre, mais
dans le passé le cadavre d’un ennemi tué au combat pouvait également faire
l’afaire. Il consiste pour les cavaliers à se ruer vers la carcasse de l’animal et à
tenter de la ramasser ; l’objectif ultime étant pour le cavalier muni de ladite
carcasse, de galoper vers le but adverse au travers des autres cavaliers armés de
fouets, puis de la rapporter au point de départ(voir la photo, p. 34)
Alors serait-ce le destin réservé à la dernière ingérence signifcative, celle
12 de la coalition occidentale déployée fn 2001 sur les contreforts de l’Hindou
Kouch, à l’occasion de laquelle l’organisation militaire de OTAN allait, pour
la première fois de son histoire, se projeter au-delà de l’horizon géographique
qui lui avait été initialement assigné au cours de la Guerre froide, à savoir le
théâtre européen ?
Le président Barack Obama a annoncé dès juillet 2011 - soit deux mois
seulement après l’élimination opportune d’Oussama Ben Laden au Pakistan
- le retrait progressif programmé des quelque 100 000 soldats américains, outre
les 47 000 soldats de l’OTAN, du théâtre afghan après plus d’une décennie
sur place. Avec cette annonce de retrait, le moment est peut-être venu de tenter
de dresser un premier bilan d’une opération militaire incertaine - Enduring
feedom (« Liberté immuable ») - entamée fn 2001 dans le prolongement des
attentats du 11 septembre pour renverser le régime taliban parce qu’il avait
ofert un sanctuaire à l’organisation islamo-terroriste d’Al-Qaïda. Ce bilan
est nécessairement ambivalent au regard des mobiles qui avaient conduit à
l’opération occidentale en Afghanistan. D’aucuns verront dans l’annonce de
ce « retrait » le simple habillage d’une « retraite », destiné à ménager une
opinion publique, particulièrement américaine, lassée par une décennie de
guerres jugées de plus en plus lointaines, voire « inutiles ».
Le bilan est pour le moins mitigé si on le jauge à l’aune de l’ explosion du trafc
de drogue nonobstant la présence des Occidentaux sur place - l’Afghanistan
est quasiment devenu un narco-é tat, premier producteur mondial, produisant
EurOo rient n° 40-2013D. Rigoulet-Roze et A. Ayati : Présentation
à lui-seul plus de 80 % de l’opium mondial, soit quelque 6 000 tonnes, opium
ensuite transformé en héroïne -, d’une corruption endémiqueT- ransparency
International, classe pour l’année 2012 l’Afghanistan en dernière place avec la
Corée du Nord et la Somalie comme l’un des trois pays les plus corrompus de
la planète sur les 176 de la liste établie -, enfn du statut dégradé de la femme -
ainsi qu’en témoigne le dernier rapport de la MINUA (Mission d’assistance
des Nations Unies en Afghanistan) publié le 6 décembre 2012 - après avoir
connu une éphémère amélioration suite au renversement du régime taliban
fn 2001. Alors doit-on parler d’échec ?
La réalité est sans doute plus complexe. D’abord, parce que la « guerre
des drones » initiée par l’Administration républicaine de George W. Bush
et poursuivie - dans une remarquable continuité -, sinon développée par
l’Administration démocrate de Barack Obama s’est révélée d’une efcacité
redoutable pour décapiter les têtes d’Al-Qaïda et de ses afdés talibans, ce qui
a sans doute conduit ces derniers à envisager le principe de négociations avec
les Américains de manière moins restrictive. Ensuite, parce que les résultats
de l’intervention, pour incertains qu’ils demeurent, ne sont pas aussi
négatifs qu’on pourrait le supposer : c’est ce que montre l’enquête de lA’ sia
Foundation intitulée Afghanistan in 2012 : A Survey of the Afghan People
13publiée le 14 novembre 2012. Cette enquête constitue le huitième sondage
d’opinion depuis 2007, mais sans doute la plus vaste et la plus complète
évaluation réalisée dans le pays à ce jour et elle révèle - contre toute attente -
que les Afghans sont à 52 % plus optimistes en ce qui concerne la direction
de l’Afghanistan qu’ils ne l’étaient les années précédentes (46 % en 2011 et
44 % en 2010). L’insurrection néo-talibane, toujours selon les résultats de ce
rapport, bénéfcie de moins en moins du soutien de la population : alors qu’en
2009, 22 % des personnes interrogées disaient éprouver de la sympathie pour
les insurgés, ils ne seraient plus que 10 % en 2012.
À l’heure où se profle la date butoir de 2014 qui devrait voir le retrait
complet des forces occidentales et la remise des rênes de la sécurité du pays aux
Afghans, cela peut donc apparaître relativement encourageant. Encore faut-
il préciser, comme le soulignent eux-mêmes les auteurs dans l’introduction
dudit rapport, que certaines zones du pays n’ont pas pu être visitées pour des
raisons de sécurité, ce qui signife que la population vivant dans ces zones à
risque est largement sous-représentée.
Le bilan d’une décennie de présence occidentale en Afghanistan se
présente donc comme contrasté et cette vaste zone convulsive de l’Asie
centrale en général, et des confns afghans (Afghanistan-Pakistan) en
particulier, continue et continuera d’occuper dans les enjeux mondiaux -
notamment sécuritaires et/ou énergétiques -, une dimension stratégique au
cœur d’un « nouveau Grand Jeu » qui, quoiqu’en disent certains, ne se clôt pas avec l’annonce par le président américain Barack Obama de ce retrait
programmé. C’est précisément l’objet de ce numéro que de tenter faire un
état des lieux et des enjeux de la question : une première partie du recueil
rassemble des articles plus spécifquement consacrés aux problématiques
géopolitiques portant entre autres sur la question épineuse des frontières et du
jeu pour le moins trouble des diférents acteurs en présence (Pakistan, Iran,
voire Arabie saoudite et Inde au niveau régional, é tats-Unis, Russie pour les
grandes puissances) ; une seconde partie du recueil entend accorder une place
parfois négligéé aux problématiques sociétales, à la fois civiles et culturelles
(les questions de gouvernance, cel le du statut des femmes notamment).
Outre, le dossier spécialement consacré à l’AfPak a été joint un article
portant sur la question d’Association Hojjatieh et à son rôle dans la dymanique
politique actuelle en Iran.
David Rigoulet-Roze et Ata Ayati
Paris, février 2013
EurOo rient
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EurOo rient n° 40-2013Afghanistan et Pakistan:
deux pays que lhistoire entremêle
sans les unir longtemps
Pierre Lafrance
Ambassadeur de France
ayant servi en Afganistan, en Iran et au Pakistan
Résumé
LAfghanistan et le Pakistan ont, entre eux, tant dhistoire commune et tant de similitude
dans leur peuplement respectif quils ont parfois des vues lun sur lautre, et cela dautant
plus que la géographie les rend mutuellement indispensables. Ces tentations de domination
réciproque sont irréalistes comme le montre leur histoire. Ils sont faits pour vivre proches
mais séparés. Aussi doivent-ils pour éviter de nouvelles ambées guerrières par milices
interposées, gérer dun commun accord tout ce qui les unit et tout ce qui les distingue. En
labsence de compréhension mutuelle et de coopération honnête, ils risquent de partager
la responsabilité dun chaos régional aux implications géopolitiques désastreuses. Pour se
persuader dune telle réalité, il est utile de remonter haut dans le temps et de comprendre
ainsi de quel processus historique leurs rapports actuels participent.
Abstract
Afghanistan and Pakistan have so much common history and similarity in their
respective people settlements that they sometimes have views on one another, and this all
more than geography makes mutually indispensable. ese temptations of domination
are unrealistic as shown by their history. ey are made to live nearby but separate. So
they must to prevent further war outbreaks by proxy militias and manage to agree upon
what unites them and what distinguishes them. In the absence of mutual understanding
and honest cooperation, they may share the responsibility of a regional chaos with
disastrous geopolitical implications. To persuade such a reality, it is useful to trace back in
time and understand which historical process invovle their current relationships.e bassin de l’Indus, vaste plage migratoire où se sont échouées des vagues Lhumaines venues du Nord Ouest n’est guère accessible par le plein nord
himalayen par trop abrupt. Il l’est par l’ouest puisque certains des hauts
plateaux qu’ils l’entourent prolongent ceux de l’Iran et par l’est, du fait
même de sa proximité avec le bassin du Gange. Or, curieusement, la plaine
Indo-gangétique est une réalité plus géographique qu’historique. En efet,
pour des raisons relevant des sciences humaines, la ligne de partage des eaux
entre l’Indus et le Gange n’a été franchie par des migrants ou des conquérants
que de façon sporadique. Il semble, au contraire, que les nombreux cols et
cours d’eaux permettant le passage de populations entre les grands espaces de
l’Asie centrale, le plateau iranien et le monde de l’Indus aient servi de voies de
conquête depuis des temps très anciens.
On ne peut guère comprendre les événements actuels si on ne garde
pas en mémoire les symbioses récurrentes entre ce qu’on nomme à présent
Afghanistan et Pakistan tout en sachant que cette symbiose put prendre un
tour extrêmement fécond mais aussi parfois invasif, conquérant, confictuel.
En examinant d’un peu plus près l’histoire régionale on découvre des faits
saillants riches de conséquences.
eDès le III millénaire avant notre ère, la civilisation de l’Indus, celle des
16 sites de Harappa et de Mohenjo Daro essaime vers le nord ouest pour atteindre
l’Asie centrale et vers l’ouest jusqu’au Makran. Elle ne s’étend pas vers l’est
où se construisent sans doute des formes de civilisation autres ; elle ne passe
donc pas de l’Indus au Gange. Lorsque se confrmera le déclin de cette forme
de civilisation, peu avant le premier millénaire, on verra arriver par vagues,
des Indo Européens pratiquant des langues très anciennes et dont certains
s’établiront dans de hautes vallées appelées à être, pour eux, des refuges et
cela, dans les parties les plus septentrionales du bassin. Ils furent suivis de
près par les Arya ou Indo Européens de l’Est parlant des langues relevant
d’un groupe caractérisé portant leur nom. Ceux-ci prirent possession peu à
peu de toutes les montagnes actuellement afghanes et des régions planes du
bassin de l’Indus pour aller jusqu’au Gange et au-delà. On sait quel fut leur
rôle dans l’édifcation de formes de civilisation d’une importance mondiale.
Or, il s’établit peu après l’an mille avant JC une distinction entre deux aires
linguistiques aryennes : l’iranienne au nord, l’indienne au sud. Ces deux
groupes eurent pour grands textes de référence l’Avesta pour le premier,
les Vedas pour le second, se récitant respectivement en vieux perse et en
sanscrit. Initialement, les deux langues étaient très proches l’une de l’autre
au point que, de nos jours, tout spécialiste de l’Avesta et du Mazdéisme est
aussi un sanscritiste. La diférenciation des parlers s’accentua sans doute sous
l’infuence de ceux déjà en usage dans les territoires conquis. Ainsi, qualife-
t-on d’iraniennes ou iraniques les langues d’un espace, d’indiennes celles de
l’autre. Or, la frontière entre les deux groupes linguistiques se situe dans les
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montagnes de l’Afghanistan méridional et même plus au sud dans les monts
Soleiman (tandis que, vers l’ouest, le Baloutche de formation bien plus tardive
relève sans conteste du groupe iranien). De part et d’autre de la démarcation
linguistique ainsi esquissée, les sociétés s’organisèrent selon un système tribal
du côté iranien et selon un système de caste du coté indien. On peut donc
considérer qu’une frontière indéniable bien que mouvante sépare l’espace à
présent afghan de celui pakistanais où se pratiquent principalement l’ourdou,
le Penjabi et le Sindhi, autant de langues du groupe indien.
Le Pakistan est donc situé entre deux frontières plus historiques que
géographiques, l’une le séparant du monde gangétique, l’autre du monde
iranique ou iranien (selon les terminologies).
Si l’on sait que ce pays compte des populations de langues du premier
groupe (Baloutches et Pashtounes appelé aussi Pathans) occupant la moitié
de son territoire mais ne représentant que 15 % du nombre de ses habitants,
on mesure la complexité de son identité. Il est en tout cas compréhensible que
ce pays puisse avoir du mal à établir sa frontière, tant avec son voisin de l’est,
l’Inde, qu’avec celui du nord ouest, l’Afghanistan. Or, entre les trois espaces
considérés, les mouvements d’allée et venue marquèrent l’histoire.
Tandis que la parole d’un prophète surnommé l’homme au vieux chameau -
17Zarathoustra en ancien perse - donnait sa forme cosmogonique et normative
à la religion mazdéenne, des empires iraniens animés par elle se constituaient.
Ce furent ceux des Mèdes puis des Perses. Ces derniers, sous la dynastie
Achéménide parvinrent à conquérir une partie de l’Asie centrale ainsi que les
actuels Afghanistan et Pakistan sans s’aventurer plus à l’est. Dès lors nos deux
pays furent inclus pour près de deux siècles dans un grand empire allant du Nil
eà l’Indus. Au IV siècle, cette domination dut s’efacer devant une autre, celle
de la civilisation grecque portée par une langue indo- européenne occidentale.
L’empire d’Alexandre engloba en efet Afghanistan et Pakistan sans s’étendre
jusqu’à ce qu’on nomme à présent Inde.
Cependant, le temps d’une revanche conquérante indienne s’amorça sous
la dynastie des Maurya qui engloba le bassin de l’Indus et les montagnes le
bordant au nord ouest et à l’ouest. Son rôle fut considérable en matière de
civilisation. Le plus célèbre empereur de cette dynastie adopta le bouddhisme.
Du nom d’Açoka, il laissa des édits gravés dans le roc en grec et prakrit, textes
préfgurant les grands principes du droit contemporain reconnaissant la
liberté et l’inviolabilité des personnes. Le rôle majeur de cet empereur fut
d’introduire la pensée bouddhiste dans les zones partiellement hellénisées
correspondant à l’Afghanistan et au Pakistan actuels.
Peu après, la prépondérance d’une autre dynastie venue d’Inde et révérant
l’hindouisme, celle des Gupta, ne devait pas remettre en cause l’adhésion des
populations de la zone comprise entre Oxus et mer d’Oman au bouddhisme.
Quant au futur empire qu’allaient établir dans cette même région des nomades aryens venus de la steppe, il devait donner à cette forme de spiritualité un
éclat sans précédent et une importance décisive.
De fait, les derniers cavaliers aryens encore maitres de la steppe envahirent
un vaste espace de civilisation sédentaire. Ce furent, d’ouest en est, les
Parthes, les Saces et les Yue Tché ou Kouchan. Ce sont ces derniers qui
établirent aux premiers siècles de notre ère un État et une forme de civilisation
inspirés par le bouddhisme et comportant un art, notamment une peinture
et une sculpture restées célèbres sous le nom de la province où elles furent
particulièrement forissantes, le Gandhara. Au sein d’un même empire, furent
réunis pendant trois siècles une partie de l’Oxiane et les actuels Afghanistan
et Pakistan sans extension ni vers l’est ni vers l’ouest. L’art du Gandhara se
signala par ses emprunts aux traditions perses, grecques et locales tout en
se distinguant très nettement de l’art, rafné lui aussi, de l’inde d’alors. Au
demeurant, le bouddhisme connut dans cette dernière contrée une régression
au proft de l’indouisme tandis que, dans l’espace considéré à présent comme
pakistano-afghan, il acquit un rayonnement prodigieux dont témoignèrent
les statues géantes du Bouddha à Bamyan, les monastères comme ceux de
Hada (Afghanistan) et de Takht-i-Bahi (Pakistan), sans oublier les stupa ou
reliquaires monumentaux comme celui dont on peut voir le reste imposant
18 près des ruines de Mohenjo Daro dans le Sind.
À cette époque, survint un changement lourd de conséquences. La grande
steppe eurasiatique, longtemps apanage d’Indo européens, surtout Aryens,
fut occupée par d’autres cavaliers venus de ses franges orientales. Ils parlaient
des langues asiatiques comme le turc ou le mongol et leur aspect physique
les apparentait aux peuples d’Extrême-Orient. Aux espaces iranien et indien,
vint donc s’en ajouter un autre, le turc initialement limité à la grande steppe.
Après quelques incursions victorieuses de l’empire perse sassanide, la
erégion connut au V siècle, l’arrivée des premiers proto-turcs, les Huns blancs
ou Hephtalites. Leurs conquêtes furent, à leur début, destructrices. Après
avoir adopté pour eux-mêmes l’indouisme, ils laissèrent dépérir l’ensemble des
institutions bouddhistes qui parvinrent cependant à survivre près de Bactres
ou Balkh au nord de l’Afghanistan actuel. Cependant, les Huns fnirent
par développer une forme de civilisation d’une vitalité certaine dans des
royaumes répartis entre le Kahsmir, le Potohar (plateau proche d’Islamabad)
et Kaboul en Afghanistan. En ce dernier lieu, s’établit une dynastie, celle des
Indoushahi ou Turkishahi qui devaient résister pendant près d’un siècle à
la conquête musulmane pourtant victorieuses presque partout notamment
en Asie centrale à proximité de la Chine et dans la basse vallée de l’indus. À
nouveau les futurs Afghanistan et Pakistan se trouvaient en grande partie
inclus dans un même ensemble.
eDès la fn du VII siècle, les armées arabes investirent la région par le
nord et par le sud. Sous l’autorité des califes Omeyades puis Abbassides, des
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émirats se formèrent, notamment à Multan sur l’Indus, en Asie centrale et en
Iran. De grandes dynasties comme celles des Samanides ayant fait de Bokhara
l’une de leurs capitales contribuèrent à l’immense éclat d’une nouvelle forme
de civilisation, celle de l’Islam.
Si l’arabe devint alors pour tous les pays musulmans de langues aryennes
le véhicule de la révélation religieuse, de la pensée abstraite et des sciences
diverses, un persan dérivé du moyen perse et empruntant de multiples
vocables à l’arabe devint langue de communication courante. Ce fut l’ancêtre
direct du persan moderne qui se répandit dans toutes les populations de
plaines ou de vallées fertiles tandis que celles montagnardes ou nomades de
l’Iran ou de l’actuel Afghanistan conservaient leurs idiomes propres tels le
lori, le kurde (sans doute dérivé du mède), le guilaki et peut être un proto-
baloutche à l’ouest et, plus à l’est le pashtoune très important par le nombre
de ses locuteurs l’ormouri et le pashai sans parler des langues dardes pré-
aryennes du Nouristan et du Chitral.
Au sud est, les langues du groupe indien apparentées au sanskrit
manifestèrent une très grande vitalité. Tel fut le cas du panjabi, du sindhi et
du goujerati.
Tandis que la langue des tadjiks s’unifait sous sa forme écrite, elle restait
19dialectalisée selon les régions.
eLa fn du X siècle de notre ère se signala par deux évolutions majeures :
ce fut, d’abord l’émergence d’un nouveau persan régulier et grammatical
nommé Dari à l’est et Farsi plus à l’ouest comme langue littéraire avec
les œuvres poétiques de Rudaki et de Ferdowsi et aussi comme langue
d’administration fort commode dans un environnement majoritairement
tadjike. Ce fut, d’autre part, l’arrivée massive de tribus turques converties
à l’Islam et relevant des groupes Tiou kié et Oghouz qui devaient être les
vecteurs d’une nouvelle expansion de l’Islam comme religion et aussi comme
modalité de civilisation. Cette seconde expansion devait être plus brutale
et nettement moins respectueuse des cultures locales que ne l’avait été la
première, celle conduite par les Arabes. Toutefois, les Turcs surent apprécier
le persan en pleine renaissance et se révélant d’un usage commode pour
administrer les populations.
Les tribus turques attachées avant tout au pouvoir militaire et à l’ordre
social se divisèrent en deux grands ensembles vite dominants : les seldjoukides
à l’ouest dont une branche devait donner naissance quelques siècles plus
tard à la dynastie ottomane et, à l’est, les ghaznévides ainsi nommés parce
qu’installés à Ghazni dans l’actuel Afghanistan. Cette capitale vite brillante
et largement persanophone, leur servit de base de conquête en direction du
sud est.
À partir de cette époque, les califes de Bagdad n’eurent plus comme
auxiliaires provinciaux des émirs toujours tentés par l’autonomie sans la revendiquer ouvertement mais leur pouvoir temporel fut accaparé par de
grands notables tribaux et guerriers prenant le titre de sultans.
En même temps, la pensée islamique qui avait évolué auparavant en
incluant toutes les modalités de l’activité intellectuelle tendit à se fger dans
des formes d’orthodoxie s’accordant à l’ordre public. Elle connut toutefois
un essor considérable dans l’approche gnostique et mystique de la piété.
Ce mouvement fut illustré par de nombreux penseurs, notamment Abdul
Qader el Guilani à Bagdad et Abdullah Ansari à Hérat. Cela fut riche de
conséquences tant dans le Khorassan englobant l’est de l’Iran et le futur
Afghanistan que dans la vallée de l’Indus où bien des familles se réclamèrent
de l’ascendance de grandes fgures mystiques tels les Guilani aussi présents et
infuents de nos jours en Afghanistan qu’au Pakistan et capable d’afermir les
liens entre les deux pays.
Cependant, les sultans turcs établis à Ghazni ou (Ghazna selon la
prononciation) se dotaient comme on l’a vu des instruments d’un pouvoir
réel et commençaient la conquête de territoires relevant du bassin de l’Indus
et même de tout le sous continent indien. Ils imposèrent dans ces espaces une
administration efcace et un Islam rigoureux, n’hésitant pas à convertir par
la menace. Dans leur mouvement conquérant, ils entrainaient à leurs côtés
20 non seulement des tribus turques mais des tadjiks dont ils appréciaient et
pratiquaient la langue et aussi des pashtounes tels que les Ghiljiaï appelés de
nos jours Ghilzaïs dont les tribus se seraient formées selon certains historiens
par fusion avec des éléments turcs. Atteignant sans doute un apogée sous
le sultan Mahmoud, les Ghaznévides installèrent leur capitale principale à
Delhi.
Leurs dissensions internes, leurs défciences dans le gouvernement d’un
immense empire entrainèrent leur déclin. Ils seront remplacés au début du
eXI siècle par les Ghorides d’ascendance à la fois turque, tadjike et même
lointainement kouchane aidés par des tribus pashtounes. Ceux-ci unifèrent
l’ensemble des provinces de l’ancien empire Ghaznévide et laissèrent deux
monuments impressionnants : le minaret de Jam dans la province de Ghor
dont ils étaient issus et le Qutb minar de Delhi dont on date la construction
aux environs de l’an 1200.
Sur ces entrefaites, une autre vague turque migratoire et conquérante
celle des Kara Khitaï devait établir à partir de la Transoxiane ou Khwarezm
un nouvel empire d’un éclat culturel et économique incontestable qui fnit
par englober les actuels Iran, Afghanistan, Pakistan et même une partie de
l’Inde. À nouveau la langue de cour fût le persan ou dari.
Survinrent alors les terribles années 1221 et 1222, celles de l’invasion
résolument destructrice des mongols, ethniquement et linguistiquement
proches des turcs. Pendant ces périodes mouvementées s’amorça la migration
d’un certain nombre de tribus pashtounes en direction des plaines irriguées
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de l’Indus. Or ces déplacements de populations seront appelés à s’accentuer et
à jouer un rôle déterminant dans la problématique politique de notre époque.
Les baloutches se constituèrent en peuple dans la région de Kerman. Des
Turcs de diverses appartenances tribales et dialectales commencèrent à se
rassembler dans le centre de l’Afghanistan actuels. Ils y adoptèrent la langue
des Tadjiks qui s’y trouvaient déjà et formèrent sans doute le premier noyau
de la population Hazara. Le fait le plus important peut être fut le progressif
investissement des plaines et hauts plateaux de l’actuel Pakistan ainsi que
des monts Soleïman par des tribus pashtounes utilisant les voies que leur
ouvraient certaines vallées comme celles de la Kaboul, de la Gomal, du feuve
Zhob et des cols comme ceux de Khaybar et Paywar Kandaw. Ce furent
essentiellement les Prangui et les Sour, les premiers s’établissant à Tank Rori
et les seconds à Diaban Chaudhwan.
Le contre coup de la tourmente mongole eut pour efet de réduire à
l’errance bien des tribus menacées de famine et d’accélérer leurs mouvements.
C’est sans doute au temps des souverains gengiskhanides que les Baloutches
concentrés en Iran central, au sud des déserts du Kavir et du Lout entreprirent
leur vaste conquête des montagnes arides et des oasis plus orientales qui à
présent constituent le pays baloutche comprenant toute la partie occidentale
21du Pakistan mais aussi d’importants territoires en Iran et en Afghanistan.
Cette migration dura environ deux siècles et les Baloutches issus de tribus
turbulentes rivales entres elles et fortement hiérarchisées se constituèrent en
aristocratie guerrière appelée à acquérir des terres et à s’entourer de milices en
pays Sindi et Panjabi. D’importants hommes politiques pakistanais tels que
les Présidents Leghari et Zardari sont ainsi d’origine baloutche tout comme
certains notables afghans.
Par ailleurs, la population Hazara rassemblant divers éléments turcs
s’enrichit de nouveaux venus au point de former au cœur même de
l’Afghanistan, dans des régions de montagnes et de hauts plateaux, un peuple
industrieux et combatif. Convertie dans sa grande majorité au chiisme
duodécimain cette population de phénotype nettement asiatique devait être
assimilée dans l’imaginaire populaire aux hordes de Genghiz Khan. Massée
au nord des zones pashtounes, elles contraignaient leurs habitants en quête de
nouvelles terres ou de nouveaux fefs à émigrer toujours davantage vers le sud
e eest. De fait du XIV au XVI siècle les invasions afghanes au nord de l’Indus
allaient se succéder. Ce fut le cas des Niazi qui imposèrent leur suprématie
jusqu’à Lahore, puis des Lodi qui fnirent par fonder une dynastie à Dehli et
enfn des Suri.
Une autre tourmente marquée de violences et de destructions mais aussi,
au fl des ans par une véritable renaissance intellectuelle et artistique celle
des Timourides descendants du redoutable Timour é Lang ou Tamerlan se
voulant émule et successeur de Ghenghiz Khan devait marquer toute la partie occidentale du Khorassan d’alors, cet à dire l’est de l’Iran et l’Afghanistan.
Une des capitales de cet empire fut Herat qui devint un des hauts lieux des
sciences, de l’architecture et surtout de la miniature, art qui fut porté à un
edegré de rafnement sans précédent au XVI siècle. La littérature ne fut pas
en reste avec les grands poètes de langue persane Djami et Nezami.
Sur ces entrefaites, naissait une nouvelle dynastie turque se réclamant
elle aussi de l’héritage de Ghenghiz Khan et désignée d’ailleurs du nom
générique de grand Moghols. Elle fut fondée par un chef de guerre Babour
ou Babar selon l’orthographe. Chassé d’Asie centrale par les nouveaux et
derniers envahisseurs turcs, les Ouzbeks, ce prince établit son autorité sur
l’Afghanistan actuel et choisit Kaboul comme capitale. De là, il parvint à
conquérir presque toute l’Inde. À nouveau, les espaces afghans et pakistanais
se trouvaient fondus en un ensemble commun. Naturellement, le nouvel
empereur s’entoura de Pashtounes pour mener à bien sa conquête. La langue
qu’il adopta à sa cour et dans son administration fut d’abord le persan auquel
devait se substituer plus tard l’ourdou, lingua franca de l’armée et des bazars.
Proche du Panjabi et riche d’emprunts lexicaux au persan, ce fut assez vite
une langue littéraire de haut niveau.
C’est à cette époque que les chroniqueurs commencèrent à parler
22 d’Afghanistan pour désigner les régions peuplées de Pashtounes. Eux-
mêmes, en efet, étaient souvent désignés comme Afghans par référence
à un ancêtre mythique dont l’identité est mal établie. Il devint courant de
répartir les tribus afghanes entre trois grands groupes : les Abdali se disant
les plus authentiquement « afghans » et installés dans l’ouest du pays près
de Kandahar, les Karlanri évoluant plus au centre et les Ghilzaï vers l’est.
Toutes ces tribus comportaient alors certains éléments nomades et d’autres
sédentaires alliés à des métayers tadjiks et avides de terres arables, si possible
irrigables. Leur expansion en direction du feuve Indus et de ses afuents
occidentaux se poursuivit.
Les tribus dont la migration marqua les mémoires furent les Waziri, les
Shinwari, les Mohmand et les Khattak qui apparurent comme les fdèles de
l’empereur Akbar, en assurant la stabilité et la sécurité entre Peshawar et
le confuent de la Kaboul et de l’Indus. S’y ajoutèrent les Babar et enfn les
Youssoufzaï qui au nord est de la Kaboul investirent peu à peu une bonne
partie de la vallée de Swat. Une mention particulière mérite d’être réservée
aux Suri qui proftant d’une vacance du pouvoir impérial fondèrent une
dynastie éphémère à Delhi. 
Outre ces migrations collectives se multiplièrent les aventures individuelles
de Pashtounes entreprenants entourés d’escortes armées qui se taillèrent des
domaines voir des fefs dans l’ensemble de l’Inde septentrionale où certains
acquirent le titre de Nawwab équivalent à celui de Raja réservé aux hindous.
De là le nombre des noms de famille qui au Pakistan, se réduisent au titre
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de Khan et suggèrent la présence d’un hobereau afghan parmi les ancêtres
connus. Cette sorte de gentry afghane se trouva grossie des diférents
conseillers d’origine pashtoune ou «  pathane  » selon la prononciation
indienne se pressant à la cour du grand Moghol de Delhi.
Dès lors, de nombreux afghans devenus infuents se sentirent parfaitement
« chez eux » ou « comme chez eux » dans certaines provinces fertiles de
l’empire tout en restant attachés aux vallées irriguées et aux montagnes semi-
arides ayant été l’apanage de leurs ancêtres depuis des temps immémoriaux.
La cohabitation entre futurs afghans et pakistanais fut de plus en plus
complexe et étroite sans qu’il y fût eu fusion.
eAu XVIII siècle, les Afghans ou Pashtounes formaient un ensemble
unifé et conscient de son identité tout en restant agité par des querelles de
tribus et de chefs. Toutefois ce monde restait vassalisé et réparti entre deux
grands empires : le Perse safavide dominant les tribus entourant Herat et
Kandahar et celui des grands moghols de Delhi. Ne pouvant tourner leurs
forces vers un centre solidement tenu par les Hazaras ni vers l’est soumis à une
autorité impériale puissante, les tribus afghanes voulurent s’afranchir de la
tutelle d’un pouvoir iranien alors chancelant.
Regroupées autour de chefs Ghilzaï et de certains Abdali elles proclamèrent
23l’indépendance des zones occidentales vis-à-vis du pouvoir safavide. L’artisan
de cette émancipation, Mir Waïs Hotaki eut pour successeur Mahmoud qui,
par delà l’autonomie acquise, se lança dans l’expansion territoriale. En 1722,
les tribus afghanes investirent l’Iran central et fnirent par prendre Ispahan
tentant ainsi de substituer leur propre autorité à celle des empereurs safavides.
Les Iraniens supportèrent très mal ce pouvoir exercé par des sunnites
résolument rigoristes et un empereur de plus en plus sujet à des fureurs
incohérentes. Ce premier empire afghan ne dura donc pas longtemps.
Une grande tribu turque partiellement chiite et iranisée, celle des Afchar
se constitua en puissance de reconquête. Sous la conduite d’un stratège
remarquable, Nader, elle ft renaitre une nouvelle forme d’empire perse.
Des unités chiites reconnaissables à leurs bonnets rouges les Qizilbach se
révélèrent d’une grande efcacité militaire. Nader eut par ailleurs l’habileté
de rallier à lui certaines fractions de tribus afghanes rivales des Ghilzaï et cela,
notamment, parmi les Abdali. La « grande armée » réunissant des Turcs, des
Iraniens et des Afghans se révéla d’une force peu résistible. Nader, qui prit
assez vite le titre de Shah parvint à conquérir non seulement les provinces
iraniennes perdues mais aussi la plus grande partie de l’Afghanistan d’alors.
Voyant grossir ses efectifs au fur et à mesure de son avancée, il s’engagea
dans la vallée de l’Indus et poussa encore plus loin. Nader, fnit par conquérir
Delhi où il prit possession du diamant impérial le Koh-i-nour en 1739.
Après la mort de celui que certains historiens nommèrent le « Napoléon
Iranien », son immense empire se divisa rapidement.Un de ses anciens généraux afghans, Ahmad Abdali rassembla autour
de lui, au prix d’une action militaire et diplomatique très habile, les tribus
pashtounes de toutes appartenances et même certaines unités de Qizilbash
pour constituer à son tour une armée redoutable que les pouvoirs iraniens
encore provisoires se gardèrent de défer sans pour autant se soumettre à elle.
Fort, de l’approbation d’une loya jirgah ou grande assemblée de tous les
chefs de tribus pashtounes à Kandahar, il dirigea ses forces vers le sud est
en 1756 et fut à la tête d’un empire englobant l’Afghanistan et le Pakistan
actuels, réunis une fois de plus. Désigné du nom de Durr Durrani ou perle des
perles par la Loya Jirgha, il transférera ce titre à toute sa tribu qui cessa d’être
celle des Abdali pour devenir celle des Durrani dans le langage courant. Ainsi
naissait un pouvoir monarchique afghan aux mains de Durranis et qui se
maintint sous des formes diverses jusqu’au coup d’État communiste de 1978.
Une puissance nouvelle était donc appelée à jouer un rôle majeur dans la
géostratégie régionale, celle des monarques afghans régnant notamment sur
l’actuel Pakistan.
Le Bassin de l’Indus déjà partiellement dominé par des aristocraties
pachtounes et baloutches relevait dès lors d’un empire défendu par des
princes et des guerriers redoutables se proclamant afghans mais d’un nombre
24 ne pouvant justifer leur suprématie politique. La population était composée
dans sa grande masse en zone de plaines, et près de l’océan de sindis et surtout
de panjabis musulmans ou hindouistes organisés en castes et portés à secouer
le joug afghan. Les artisans de cette réaction prévisible furent d’abord les
mharattes, qu’Ahmad parvint à vaincre à la bataille de Panipat. Ce furent
aussi les Sikh adeptes d’une religion nouvelle s’inspirant des spiritualités
indoues et musulmanes et astreignant ses membres à une discipline toute
militaire. Les dirigeants de cette confession ne se recrutaient pas dans la
caste prestigieuse des guerriers Rajpouts mais principalement dans celle
immédiatement inférieure et de vocation plutôt agraire des Djats. Soucieux
sans doute d’égaler voire de dépasser en prestige les Rajpouts, les Sikh surent
s’organiser en unités combattantes sous la conduite d’éminents stratèges
dont le plus célèbre fut Ranjit Singh et avec l’aide d’ofciers français issus de
notre « grande armée » chargés, tel le Général Allard, de soutenir toute force
militaire capable d’endiguer la colonisation britannique qui prenait alors son
essor dans la péninsule indienne.
Les succès des Sikh surprirent après la mort d’Ahmad shah. Ayant établi
leur centre spirituel et intellectuel à Amritsar et leur capitale à Lahore, ils
s’avancèrent en pays Pashtoune. Les contre attaques afghanes parvinrent à les
contenir sans les mettre en déroute. Non sans peine, ils fnirent par s’emparer
de Peshawar dont ils reconstruisirent le fort en suivant les indications
d’ofciers français du génie.
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Ce nouvel Empire, qui bousculait les croyances admises tant chez les
musulmans que chez les hindous, notamment celles consacrant la pérennité
des castes, eut assez vite des opposants. Il parvint cependant à se maintenir
face à tous ces adversaires, en particulier les Britanniques déterminés à
étendre leur infuence. Ces derniers, après divers combats et même une guerre
en règle, parvinrent à assujettir le royaume Sikh puis à en intégrer les éléments
à leur Empire nommé couramment Raj.
Ce qui restait des possessions d’Ahmed Shah Durrani constituait un
ensemble solidement retranché en zone montagneuse. La capitale afghane
avait été d’abord Kandahar et secondairement Peshawar pour être transférée
eà Kaboul à la fn du XVIII siècle.
Pour autant, le nord de l’espace actuellement afghan était menacé par les
khans de Bokharas, et dans une plus faible mesure, par les Turcomans ou
Turkmènes, autre ethnie restée partiellement nomade et dirigeant ses raids
vers l’ensemble du Khorassan surtout dans sa partie perse. Le contrôle de
la ville de Hérat devenait dès lors pour les Shahs Qadjars, comme pour les
Emirs Durrani, un enjeu majeur. Les seconds devaient fnir par confrmer
leur souveraineté sur cette ancienne capitale non sans l’aide des Britanniques.
La stabilisation des frontières était, pour les monarques afghans, d’autant
25plus urgente que la chrétienté européenne se faisait très agressive. Sous son
aspect continental et russe, elle commençait à investir l’immense domaine
des steppes où Turcs et Mongols avaient régné en maitres pendant plus d’un
millénaire. Or, la progression des armées slaves, soutenue par leur redoutable
cavalerie auxiliaire mi-turc mi-slave, celle des Cosaques, semblait irrésistible
bien que lente. L’autre face de la chrétienté conquérante était maritime,
commerçante et subrepticement colonisatrice. Elle était encore plus
redoutable car elle parvenait à parachever pour son propre compte l’œuvre des
empires musulmans tout en vassalisant les principautés locales. Bénéfciant
des ressources techniques les plus récentes, elle levait des armées dirigées
par ses propres ofciers mais constituées dans leur masse par des indigènes
de tradition guerrière. Ces troupes étaient remarquablement entrainées et
disciplinées.
Après l’éviction laborieuse des Français, les Britanniques assurèrent leur
domination sur le monde à majorité hindou de l’Inde péninsulaire qu’ils
nommaient d’ailleurs Hindoustan pour ensuite établir leur suprématie à
l’ouest, c’est-à-dire sur une terre d’empire que se disputaient Sikh et Afghans
dans la vallée de l’Indus. Ils reconnaissaient dans leurs écrits ofciels
l’ambigüité de cette situation : il y avait ainsi le pays de « Sikh » bien au-
delà de Lahore et « l’Afghanistan » occupant la rive de droite de l’Indus
et notamment le Cachemire, la province de Multan et le Sind. Après avoir
neutralisé les Sikh en faisant d’eux leurs alliés, les Anglais devaient occuper
Peshawar à leur tour.Condamné à devenir essentiellement défensif, l’Emirat afghan se trouva
confné aux régions qu’il avait pu soustraire à ses puissants voisins. Il cessa
peu à peu de jouer son rôle traditionnel de trait d’union commercial et
culturel entre les divers pays de la région. Son activité déclina fortement selon
le témoignage de divers voyageurs. Ses villes se dépeuplèrent progressivement.
C’était la rançon du rôle de tampon qu’il lui était laissé. Au sein de sa société,
la culture de la rapine propre au Yaghestan ou « royaume de l’insolence »
exerçait un efet, au total, néfaste même si la persistance de traditions
guerrières lui permettait de résister aux conquêtes. La société se ft de plus
en plus hiérarchisée dans toutes les ethnies. Les successions au titre d’Emir
furent presque toujours le fruit de combats entre princes factieux. Réduit au
« chacun pour soi » dans l’espace qui était le sien, le monde afghan devenait
une mosaïque de communautés rivales et armées.
Observant le caractère problématique et mouvementé des successions
au trône de Kaboul, les Anglais furent tentés par l’immixtion dans l’espoir
de placer à la tête du pays un prince à leur dévotion et de faire entrer dans
leur orbite une importante marche de leur Empire. Cette entreprise se révéla
etrès couteuse tout au long du XIX siècle sans être totalement infructueuse.
L’armée des Indes subit en Afghanistan deux revers militaires majeurs qu’elle
26 crut devoir efacer par des expéditions de représailles victorieuses mais
ravageuses. Au terme de chaque combat important, les Anglais parvenaient
à obtenir des Afghans un abandon progressif de leur autonomie en matière
de politique extérieure même si le royaume de Kaboul restait hors de l’orbite
du Raj. Tels furent le cas des traités de 1854 et de son supplément de 1857
mais surtout du traité de Gandamak signé en 1879 et limitant la souveraineté
afghane tout en jetant les bases d’un accord frontalier favorable au Raj.
Pendant ce temps l’Empire des Tsars prenait possession d’un grande partie
de l’Asie centrale et tentait de faire entrer l’Afghanistan, voie d’invasion
très ancienne vers l’Inde et les mers chaudes, dans sa sphère d’infuence.
Les misères de la géopolitique des grandes puissances s’abattaient donc sur
l’Afghanistan sous la forme du « grand jeu » décrit par Rudyard Kipling.
Il restait à la monarchie afghane de batailler pour être inféodée ni à l’un ni à
l’autre de ses grands voisins impériaux et d’assurer dans une fère pauvreté sa
propre unité.
Sa cohésion était menacée par la multiplicité de ses ethnies et aussi par
la proliférations des chefs de guerre, laquelle sanctionnait la paucité des
ressources du pays et le besoin des communautés de s’afronter pour s’assurer
d’une part de la richesse dès lors que celle-ci ne pouvait être assurée pour tous
et partagée. Il n’est pas étonnant que la culture populaire afghane se ft de
plus en plus frustre et combattive. Les jeux les plus prisés dans le pays furent
et sont encore les combats d’animaux et les paris. Un monarque parvint à
limiter les dommages subis par son pays en jouant de l’ouverture vis-à-vis de
EurOo rient n° 40-2013P. Lafrance : Afghanistan et Pakistan
ses trois grands empires voisins tout en exerçant un rôle d’arbitre entre les
hobereaux et autres chefs de guerres du pays. Ce fut le prudent, l’obstiné, le
frugal et le très rusé Dost Mohammad dont le règne de 1843 à 1863 après
quelques éclipses laissa le souvenir d’un temps relativement béni. Il fonda une
nouvelle branche dynastique, celle des Mohammadzaï.
Cependant les pressions externes et les tensions internes s’accentuant,
il fallut un autre mode d’unifcation du pays, celui de la manière forte
indissociable du développement marqué de l’armée royale. Tel fut donc le
rôle de l’Emir Abdul Rahman qui assagit avec une énergie féroce les tribus
pashtounes et en déplaça plusieurs vers le nord du pays. Il convertit et assujettit
les Pashaï et surtout les Kalash montagnards parlant une langue darde et
pratiquant un culte polythéiste original. On leur imposa de transformer
leur montagne nommée Kafristan, pays des infdèles en Nouristan, pays
de la lumière. Cela n’alla pas sans massacre. L’action la plus dramatique
fut la mise au pas des principautés hazaras dont les sujets, cavaliers rapides
et chiites fervents, étendaient leur infuence sur tout le centre du royaume.
Trois guerres éclatèrent entre eux-mêmes et le pouvoir central, et, par trois
fois, ils faillirent enlever Kaboul. Après l’ultime victoire de l’armée royale, les
Hazaras durent abandonner leur ferté traditionnelle. Ils furent réduits à une
27condition subalterne dans le meilleur des cas mais, le plus souvent, servile.
Beaucoup émigrèrent dans l’Empire des Indes, formèrent des communautés
assez prospères près de Quetta et s’engagèrent en grand nombre dan s’armée
impériale britannique où l’un d’entre eux devint général. Actuellement, les
Hazaras du Pakistan bien introduits dans l’administration et l’armée sont
souvent jalousés et parfois suspectés de double appartenance car ils restent
fdèles au chiisme, n’ont pas désappris le persan et sont en contact avec leurs
semblables restés en Afghanistan.
eEn cette fn du XIX siècle, Russes et Britanniques après de multiples
négociations sans suite décisive fnirent par s’entendre sur les limites de leur
zone d’infuence respective. La géopolitique européenne les conduisait à
s’allier et non plus comme naguère à se faire concurrence. Il fut entendu par le
traité de Moscou que l’Afghanistan serait un état tampon entre trois empires
russe, chinois et soviétique. Aussi une importante langue de terre, c’est-à-dire
une vallée relevant du haut bassin du Pamir, fut concédée au pays : c’est le
corridor du Wakhan, peuplé de Tadjiks Wakhis et de Kirghizes. À l’ouest,
l’Afghanistan restait le maitre reconnu de Hérat.
Le plus difcile, le plus litigieux, ce qui reste à l’origine de la plupart
des troubles actuels fut le tracé au sud du pays d’une ligne qui, sans être
formellement reconnue come frontière, délimitait les domaines tribaux
relevant respectivement des autorités afghanes et britanniques. La
négociation fut très rude, elle aboutit à un tracé auquel le secrétaire aux
afaires indiennes, Sir Mortimer Durand, donna son nom. Cette ligne dont le tracé fut ofciellement esquissé en 1893 lors de la visite de ce dernier à
Kaboul fut ensuite dessinée sur les cartes par une commission mixte
d’experts afghans et britanniques. Elle séparait les tribus pashtounes en deux
masses d’importance à peu près égale dont l’une la plus peuplée dépendait
de la couronne britannique et l’autre de l’Afghanistan. Abdul Rahman
aurait pu refuser cet accord mais il comprit qu’il n’avait pas la capacité de
faire face à ses redoutables voisins. Il se garda toutefois de reconnaitre à la
ligne Durand le caractère d’une frontière pérenne. Unifé par la force et de
plus en plus militarisé, l’Afghanistan ne bénéfciait ni des quelques avantages
accordés à des colonisés (travaux d’infrastructure, réseau scolaire, amorce
d’industrialisation) ni de ceux acquis par les pays conquérants.
Les Britanniques, quant à eux, peu soucieux d’en découdre avec les tribus
pasthounes turbulentes ofciellement incluses dans le Raj, accordèrent à
beaucoup d’entre elles, les plus montagnardes et les plus farouches, un statut
de semi autonomie sous le simple contrôles d’agences politiques respectant
leurs institutions traditionnelles et surtout soucieuses d’arbitrer leurs
querelles éventuelles. Ainsi furent créées les zones tribales, tandis que toute la
partie du bassin de l’Indus où les Pashtounes étaient dominants par le nombre
furent inclus dans une entité spécifque, la Province frontière du Nord Ouest.
28 Malgré les rigueurs de sa condition d’État enfermé, l’Afghanistan eut, à
e ela fn du XIX siècle et au début du XX , le surprenant mérite de se donner,
peu à peu, les moyens d’entrer dans la modernité de son propre mouvement.
Jamal Uddin, théoricien d’un renouveau de la pensée islamique, familier des
cercles intellectuels parisiens, était-il vraiment afghan d’Assadabad comme
il l’afrmait ? Toujours est-il que c’est bien à lui que se référèrent plusieurs
grandes familles pashtounes soucieuses de faire participer leur pays à la vie
intellectuelle du monde. Ainsi se constitua à Kaboul, Jalalabad et Kandahar,
une élite proprement afghane dont la pensée était proche de celle de Mohammed
Eqbal, poète et essayiste, concepteur de l’idée pakistanaise et chantre d’un
renouveau de l’Islam. Elle fut parfois capable d’une audace remarquée. Le
penseur moderniste le plus infuent et réputé fut le fondateur et éditorialiste
d’un journal paraissant à Kandahar sous le nom de Siraj Ul Akbar (lumière de
l’information) dont le lectorat s’étendit hors du pays, notamment dans le nord
de l’Inde britannique. Il s’agissait de Mahmoud Beg Tarzi qui fut le conseiller
souvent très écouté mais parfois injustement négligé des souverains Habibullah
et Amanullah. C’est notamment sur ses conseils que l’Afghanistan parvint à
préserver sa neutralité lors de la première guerre mondiale. À l’issue de cette
dernière, en 1919, l’émir Amanullah parvenu au pouvoir épousa la flle de
Mahmoud Tarzi, et ft de ce dernier son principal conseiller.
Son premier souci fut de libérer l’Afghanistan de la tutelle britannique.
Ayant lancé ses troupe au-delà de la ligne Durand il remporta quelque succès
face à une armée des Indes éprouvée par la grande guerre. Seule l’intervention
EurOo rient n° 40-2013P. Lafrance : Afghanistan et Pakistan
de la Royal Air Force parvint à limiter l’ampleur de son ofensive. Des deux
cotés on fut prêt à négocier. Au terme de longs pourparlers dans lesquels
Mahmoud Tarzi, chef de la délégation afghane, joua un rôle éminent, les
premiers accords furent signés à Rawalpindi : l’Afghanistan était reconnu
comme totalement maître de sa politique étrangère. Les acclamations
populaires ayant accueilli alors la délégation afghane dans les territoires
appelés à former le Pakistan occidental quelques décennies plus tard
donnèrent la mesure de l’infuence potentielle de l’émirat devenu entretemps
royaume au terme d’une proclamation du roi Amanullah. Les négociations se
poursuivirent mais ne permirent pas d’aboutir à un accord frontalier en bonne
et due forme, l’Afghanistan refusant d’admettre la pérennité et encore moins
l’intangibilité de la ligne Durand. Il restait à efacer les traces laissées dans la
société afghane par un siècle de repli identitaire farouche et à constituer une
armée réellement moderne, capable de relayer l’autorité royale. Mettant peut
être trop de hâte à moderniser son pays, le roi Amanullah fnit par perdre
beaucoup de sa popularité. Il fut renversé par une série de complots inspirés
par le conservatisme populiste tant en pays pashtoune que dans des régions
tadjikes. C’est en ces dernières qu’un prédicateur enfammé, Habibullah
Qazi nommé par dérision Batcha Saqao (le commis porteur d’eau) parvint à
29soulever les foules et s’emparer du trône de Kaboul. Le roi Amanullah, forcé
d’abdiquer en 1929, fnit par se réfugier en Italie tandis que ses oncles et
autres membres de sa famille parvinrent à restaurer en neuf mois, avec l’appui
de tribus fdèles, la dynastie des Mohammadzaï.
En cette période où l’islam était instrumentalisé comme force anticoloniale
mais aussi antimoderne avec sans doute la bénédiction d’empires coloniaux
malmenés par les cercles intellectuels nationalistes, un élément stabilisateur
exerçait son infuence sur la piété populaire dans les montagnes comme dans
les plaines. Il s’agissait de la quête spirituelle pratiquée dans deux grandes
confréries, la Qadirya et la Naqchbandya. Tant en Afghanistan que dans ce
qui allait devenir de nos jours le Pakistan, les pouvoirs politiques auraient
sans doute été sages de s’appuyer sur elles plutôt que de céder à la tentation
de la puissance.
Les deux décennies qui suivirent furent celles de l’ambiguïté délétère dans
les rapports entre le royaume et le Raj. Le premier jugeait certes irréaliste de
reconstituer l’empire d’Ahmad Shah Durrani mais souhaitait garder dans sa
clientèle les tribus pashtounes incluses dans le Raj avec l’idée de les faire entrer
quelque jour dans l’orbite du royaume. Du côté britannique, on s’appuyait sur
ces mêmes tribus pour fournir des cadres et des soldats à l’armée des Indes.
Elles pouvaient faire contrepoids aux éventuelles turbulences de certaines
ethnies ou castes guerrières come les Baloutches ou les Rajpouts.
Après la très sanglante et douloureuse partition de l’Inde, en 1947,
lorsque le Pakistan nouvellement constitué en État sollicita son admission parmi les membres de Nations-Unies, la délégation afghane fut la seule à
émettre un vote négatif. Les Afghans ne pouvaient en efet admettre que la
ligne Durand, démarcation provisoire entre l’Empire britannique et l’Émirat
d’Afghanistan pût devenir une frontière entre deux Etats constitués comme
tels. Ainsi s’amplifa une querelle dont les efets se font sentir de nos jours.
Piqués au vif, les stratèges pakistanais émirent volontiers l’idée que leur pays
qui compte un plus grand nombre de Pashtouns que l’Afghanistan a toute
vocation à s’agrandir au-dépens de son voisin du nord ouest, sinon à l’englober.
Ces polémiques de caractère essentiellement rhétorique n’ont pas eu d’efet
durable dans les relations bilatérales gouvernées par le réalisme. Karachi reste
pour l’Afghanistan le principal port, et pour un pays soufrant d’arriération
économique, cette ouverture est vitale. De son côté, l’Afghanistan était déjà
pour le Pakistan un utile lieu de transit avant même la levée du rideau de fer.
Par ailleurs les imbrications de familles et plus généralement de populations
que l’histoire a créées entre les deux pays font qu’un nombre non négligeable
de Pakistanais entretiennent des liens personnels avec l’Afghanistan qu’ils
considèrent comme une lointaine patrie d’origine. Certes, dans les années
cinquante et soixante, les relations entre les deux pays furent tendues dans
la mesure où l’Afghanistan apportait un soutien constant au mouvement
30 autonomiste pashtoune du Pakistan. Cependant, ce dernier pays reconnaissait
à son voisin du nord ouest le grand mérite de rester une sorte de bouclier
protecteur face au développement de l’infuence soviétique.
On peut dire que l’Afghanistan et le Pakistan avaient longtemps été les
protagonistes d’une longue histoire dont les plus glorieux moments leur
avaient été communs. Dans les deux pays, les populations ne pouvaient qu’en
avoir une certaine conscience, assez claire chez les érudits mais difuse dans
les masses populaires. En tout cas, le sentiment de partager de multiples
intérêts quels que fussent les contentieux bilatéraux existait.
À cela s’ajoutaient les hantises partagées, celles notamment, de se trouver
inféodés à de grandes puissances quand sévissait encore la Guerre froide. Entré
dans le système d’alliance, du CENTO, le Pakistan redoutait de devenir un
satellite des États-Unis. Tourné plutôt vers l’URSS pour la formation et le
renforcement de son armée selon une politique périlleuse engagé par le Sardar
Daoud longtemps premier ministre du roi Zaher, l’Afghanistan devait résister
aux empressements très intéressés de son grand voisin du nord dont il espérait
pouvoir cultiver l’amitié sans entrer pour autant dans son sphère d’infuence.
C’est dans ce souci de prévenir tout alignement irréversible qu’on peut
trouver l’une des motivations ayant conduit Zulfqar Ali Bhutto à se faire
l’artisan d’une conférence islamique dont la principale vertu devait être, à ses
yeux, de faire surgir une sorte de troisième force dans un monde mettant la
plupart des nations en demeure de se choisir un camp. L’autre motif était sans
doute aussi de trouver les voies d’un dépassement des contradictions agitant
EurOo rient n° 40-2013P. Lafrance : Afghanistan et Pakistan
le monde musulman, lequel cédait à des tentations nationalitaires dans des
litiges, des tensions, des crises liées aux exigences identitaires et au droit des
peuples. De fait, Zulfqar Ali Bhutto se trouvait engagé avec virulence dans la
défense du droit des Kashmiris à l’autodétermination, exigence exprimée par
le Pakistan depuis sa naissance comme État. Pour autant, il eut la peine que
l’on sait à admettre le droit du Pakistan oriental à s’ériger en État séparé pour
devenir le Bengladesh, tout comme il répugnait à tout compromis avec le
particularisme pashtoune de sa propre Province du Nord Ouest, mouvement
auquel le prince Daoud, d’abord comme premier ministre puis comme
président de la Première République afghane, apporta son soutien.
Après les accords de Simla de 1974 entre l’Inde et le Pakistan, on vit se
dessiner une volonté de rapprochement entre ce dernier pays et l’Afghanistan.
Ce mouvement avait déjà été esquissé lors des dix années les plus heureuses
du règne du roi Zaher, années de stabilité politique dans l’alternance
gouvernementale et d’un meilleur équilibre des pouvoirs garanti par la toute
nouvelle constitution de 1964, années aussi d’une diplomatie prudente,
équilibrée, mais penchant plutôt en faveur du monde occidental.
Toutefois, en Afghanistan comme au Pakistan, l’impatience couvait
devant la lenteur des changements économiques et sociaux. L’accélération
31attendue fut amorcée par les deux hommes d’État naguère adversaires,
Mohammed Daoud et Ali Buttho, désormais unis dans la même recherche
d’investissements productifs et d’un non alignement se justifant par une
commune fdélité à l’Islam. Cela les amenait à devenir clients des monarchies
pétrolières, ce qui entraina dans leurs pays respectifs par contrecoup, le
développement d’un certain «  salafsme  » difusé dans la plupart des
lieux d’enseignement à caractère religieux, subventionnés dès lors par
les pétrodollars. Cela se faisait à la satisfaction des États-Unis et au grand
mécontentement de l’URSS.
Il ne faut donc pas s’étonner qu’après l’instauration précipitée et brutale
d’un régime communiste en Afghanistan, puis de l’intervention des troupes
soviétiques pour le soutenir, le Pakistan ait accordé une aide sans réserve aux
résistants afghans et que Peshawar soit devenu un lieu de rassemblement
pour tous les partisans d’un Islam piétiste et traditionnel s’opposant aux
injonctions d’une sorte de dirigisme de la pensée et de la croyance imposé par
le nouveau régime de Kaboul. Dès lors, des volontaires musulmans venus du
monde entier se rassemblaient à Peshawar où l’aide venant d’Arabie Saoudite
et d’autres monarchies leur était distribuée. Il fut alors naturel de voir un
héros de légende en la personne d’un jeune saoudien d’origine yéménite apte
à galvaniser et orienter les fraîches énergies musulmanes. Il se nommait,
comme on sait, Oussama Ben Laden.
Au moment où naissait en Iran une forme inusitée d’Islam révolutionnaire,
peu dissociable du chiisme professé dans ce pays, et comme ce mouvement rejetait la suprématie des grandes puissances et en particulier celle des États
unis, ces derniers crurent bons de favoriser à Peshawar tous les groupes se
réclamant d’un sunnisme fondamentaliste, conservateur et rigoriste. Derrière
le Moudjahid se proflait donc déjà le combattant capable de remettre en
cause les forces mondiales prépondérantes, c’est-à-dire le Taleb.
Les Pakistanais, conscients du rôle politique potentiellement dévolu à
leur population pashtoune s’en remirent tout naturellement à des militants
pashtounes religieux pour concevoir, organiser et développer la résistance
afghane. Les écoles coraniques au sein desquelles se recrutaient tant au
Pakistan qu’en Afghanistan les combattants les plus déterminés face aux
implacables actions répressives de l’armée soviétique étaient en majorité
installées en pays pashtoune. Il ne faut donc pas s’étonner si les Pakistanais
ont été portés à soutenir des mouvements nettement fondamentalistes
comme le Hezb-e-islami de Gulbuddin Hekmatyar, puis les Talibans lorsque
la guerre civile entre factions afghanes résistantes succeda à celle menée
contre l’occupant soviétique, lequel avait quitté le pays dès la fn des années
quatre-vingt.
Un autre élément vint alors resserrer les liens entre le Pakistan et les
combattants salafstes. Après la dissolution de l’Union Soviétique et, pouvait-
32 on espérer la fn du soutien indéfectible au sein du conseil de sécurité des
représentants de Moscou aux positions indiennes dans l’afaire du Kahsmir, les
populations de la partie contrôlée par l’Inde relancèrent leurs revendications
d’autodétermination et furent durement réprimées par l’armée indienne. Le
Pakistan se trouvait dès lors conduit à soutenir dans ce territoire agité, lieu
de violence voire d’atrocités, des Moudjahiddin déterminés proches de ceux
dont ils s’étaient fait une clientèle en Afghanistan.
À l’heure présente, le Pakistan se trouve ligoté par ses multiples
engagements parfaitement contradictoires. Toujours allié des États-Unis
malgré l’exaspération de sa population face aux brutales maladresses et autres
dégâts collatéraux dont l’armée américaine porte la responsabilité tant au
Pakistan qu’en Afghanistan, dans les zones pashtounes des deux pays, il ne
peut tourner entièrement ses forces contre les mouvements fondamentalistes
dont il a été longtemps un soutien fdèle. Ces derniers restent pour lui une
arme de dissuasion dans un contexte où, par l’efet de la nucléarisation des
armées en présence, les batailles revêtent rarement l’aspect d’engagements
frontaux et s’en tiennent à des actions de guérilla ou de contre-guérilla. Il
peut d’autant moins renoncer aux alliances discrètes voire secrètes qu’il
entretient avec des groupes fondamentalistes pashtounes, soit afghans soit
pakistanais, que ceux-ci l’assurent de leur hostilité foncière à l’égard de l’Inde
toujours aussi intraitable dans l’afaire du Kashmir. Percevant tout l’intérêt
que présenterait pour lui un Afghanistan stable jouant à nouveau, après la fn
des Empires, son rôle de trait d’union aux multiples fonctions entre l’Iran,
EurOo rient n° 40-2013P. Lafrance : Afghanistan et Pakistan
l’Asie centrale et le sous continent indien, il redoute cependant l’émergence
d’un régime afghan solide mais entretenant une coopération privilégiée avec
l’Inde. Le Pakistan pourrait alors craindre de se voir pris en tenaille entre
deux pays hostiles.
De son côté l’Inde ne peut se résigner à une quelconque détente avec le
Pakistan si ce pays lui apparait comme le principal animateur d’un « arc
islamique » pouvant s’étendre du Balouchistan jusqu’aux confns des mondes
chinois et turc dans le Xinjiang. L’Afghanistan, quant à lui, peut d’autant
moins supporter les ingérences pakistanaise dans ses afaires intérieures que
l’histoire comme la géographie humaine les rendent aisées. Il a toute raison
de redouter d’être l’otage des clientèles que le Pakistan essaierait de conserver
au sein de sa population en s’appuyant à la fois sur le djihadisme et le trafc de
drogue sans parler de divers réseaux de corruption.
Entre deux pays que l’histoire a rendus familiers l’un à l’autre sans
pour autant les faire participer d’un même ensemble, les relations restent
empoisonnées par les arrière pensées. La seule voie pouvant leur permettre de
vivre en bonne intelligence est celle consistant à ne rien cacher des attentes
et aspirations respectives et à tenter de les concilier dès lors qu’elles sont
contradictoires, et cela dans une délibération excluant les ruses et les non
33dits. Un tel programme semble prométhéen et pourtant un certain nombre
d’exigences posent déjà être prises en compte.
- Le Pakistan ne peut supporter d’être tenu à l’écart de tout processus
tendant à rétablir en Afghanistan un minimum d’entente nationale, de saine
administration et de renoncement aux violences.
- Il ne saurait pour autant se prévaloir d’une entente retrouvée avec les
Afghans pour faire pression sur l’Inde qui redoute les efets d’une union trop
étroite entre les deux pays et réagirait très vivement.
- Les Afghans ne peuvent, quant à eux, ignorer l’ampleur du contentieux
indo-pakistanais et devraient se garder de toute démonstration d’amitié avec
l’Inde au point de réveiller à Islamabad la « hantise de l’étau ».
Au prix de telles précautions, les deux pays pourraient trouver un avantage
commun dans une expansion rapide de l’économie légale en Afghanistan,
économie fondée à la fois sur la création de richesses et sur les transits
commerciaux. Enfn une accalmie durable ne pourrait apparaitre dans
leurs relations que s’ils s’entendaient à gérer conjointement les dynamiques
dont certaines restent hautement dangereuses comme celle propre à l’Islam
politique que, de part et d’autre, on a contribué à vivifer au point de le rendre
intraitable.
Paris, le 21 janvier 2013Photo : Christophe Legris.
Le coordinateur de la Revue tiendrait à remercier Christope Legris
particulièrement et Myr iam Laaroussi de nous accorder à reproduire
quelques ses photos.
www.christophe-legris.comL’ AfPak (Afghanistan-Pakistan),
ou le fantôme du Pachtounistan-Pathanistan
sur la frontière afghano-pakistanaise
David Rigoulet-Roze
Enseignant et chercheur à l’Institut d’Analyse Stratégique (IFAS)
Résumé
Alors que se planif e à l’horizon de 2014 un retrait progressif des troupes de la coalition
occidentale, ressurgit un tropisme afghan, celui de la division « ethno-confessionnelle »
atavique du pays. Or, l’essentiel des Talibans relèvent de l’ethnie pachtoune statistiquement
prépondérante en Afghanistan par rapport aux autres ethnies. Derrière le syndrome
taliban, se pose plus fondamentalement une question pachtoune, ce qui implique une mise
en perspective à la fois historique et politique de la problématique. Depuis l’établissement
de la « ligne Durand » par le colonisateur britannique naquit la séparation indue entre
les populations pachtounes. Cette délimitation f ontalière devait avoir des conséquences
insoupçonnées dans le prolongement des attentats du 11 septembre 2001 qui entraînèrent
l’intervention occidentale à l’origine du renversement du régime taliban parce qu’il servait
de sanctuaire à Al-Qaïda. Les reliquats du régime taliban allaient trouver refuge dans les
zones tribales pakistanaises, de l’autre côté de la f ontière internationale qui n’en est pas
une au regard de la solidarité ethnique transnationale des populations pachtounes, avec la
complicité tacite de l’establishment militaire pakistanais.
Abstract
While plans of the horizon of 2014 a phased withdrawl of troops of the western coalition,
re-appears an afghan tropism that of the atavistic « ethno-confessionnal » division of the
country. It so happens that the main part of teh Taliban raise f om the Pashtun ethnic group
statistically dominating in Afghanistan with regard to the other ethnic groups. Behind the
Taliban syndrome, does not settle more fundamentally a Pashtun question, what implies
one put in perspective at the same time historic and political of the problem. Since the
establishment of the « Line Durand » by the British colonizer was born the separation
between the Pashtun populations, at f rst divided between Afghanistan and British Raj,
then af er between Afghanistan and independent Pakistan. T is border demarcation had
to have unsuspected consequences in the continuation of the 2001 September 11 attacks
which pulled the western intervention at the origin of the reversal of the Taliban regime
because it was of use as sanctuary to Al-Qaeda. T e remainders of the Taliban regime were
going to f nd refuge in the Pakistan tribal zones, on the orther side of the international
border which is not one with regard to the transnational ethnic solidarity of the Pahstun
populations with the tact complicity of the Paksitan military establishment.« Il faut des moyens militaires pour que la sécurisation de l’Afghanistan se
poursuive. […] Mais il faut aussi avoir une vision régionale, et en particulier
vis-à-vis du voisin pakistanais ». […] Régler en particulier le problème de la
ligne Durand, ce serait très beau, j’en ai parlé […] avec le président (afghan)
Hamid Karzai »
Bernard Kouchner, ministre des Afaires étrangères françaises, lors d’une
visite sur la base aérienne de l’OTAN près de Kandahar, 13 avril 2008.
« Il y a un théâtre de guerre, que j’appellerais Afpak, avec deux fonts - un font
oriental et un font occidental. […] Dans dix ans, lorsque nous regarderons en
arrière, je crois que nous dirons que l’AfPak  était encore plus important pour
notre sécurité que l’Irak »
1Richard Holbrooke
Introduction 
lors que se planife à l’horizon de 2014 un retrait graduel des troupes Ade la coalition occidentale de l’OTAN en général, et des troupes
américaines en particulier, le tout sur fond de négociations ofcieuses avec
le mouvement islamo-sunnite des Talibans - stricto sensu « étudiants en
religion » formés dans les innombrables madrassas (« écoles coraniques »)
2pakistanaises de l’autre côté de la frontière afghane -, ressurgit un tropisme
36 afghan. C’est celui de la division atavique du pays entre « ethnies » et
« confessions » diférentes ainsi que le problème majeur de l’équilibre de
la représentation « ethno-confessionnelle » au niveau politique. Par-delà les
réalités géopolitiques immédiates, il convient de souligner que l’essentiel des
Talibans relèvent de l’ethnie pachtoune prépondérante (42 %) en Afghanistan
par rapport aux autres ethnies (celles des Tadjiks avec 27 %, des Ouzbekhs
avec 9 %, des Hazaras avec 9 %, des Aïnaks avec 4 %, des Turkmènes avec
3 %, des Baloutches avec 2 % et autres comme les Pashayis, les Wakhis, les
Kirghizes et les Nouristanis (en fait les Kafris) représentant quelque 4 %).
Sans vouloir caricaturer on pourrait presque dire que si tous les Pachtounes
ne sont pas Talibans, quasiment tous les Talibans sont des Pachtounes. On
peut donc, dans une certaine mesure, se demander si derrière le syndrome
1- Ancien sous-secrétaire d’État de Bill Clinton et architecte des Accords de Dayton sur la
Bosnie, conseiller d’Hillary Clinton, qui devait être nommé en janvier 2009 représentant
spécial du Président Obama pour l’Afghanistan et le Pakistan jusqu’à sa mort en décembre
2010, Déclaration du 24 février 2008.
2- Entre 1960 et 1983, on est passé de 7.500 Taleban sà 78.500. Le mouvement s’est par la suite
amplifé du fait de la politique d’islamisation menée par Zia Ul-Haq (1977-1988). Il a encouragé
leur ouverture dans la NWFP pour le djihad afghan ce qui explique que leur progression dans
cette province a été supérieure à la moyenne nationale. La participation au djihad afghan a été
intégrée au cursus des « étudiants en religion ». Cf. Gilles Dorronsoro, « La grande illusion :
bilan de la politique afghane du Pakistan », in Les études du CERI, n° 84, mars 2002, p. 10-11.
Dans le seconde moitié des années 2000, on estime à environ un million le nombre de Talibans
dans les madrassas (« écoles coraniques »). Cf. Sharmeen Obaid-Chinoy, « Pakistan, l’étau
des Talibans », on Arte, 5 août 2009 (http://www.tagtele.com/videos/voir/44960/1/).
EurOo rient n° 40-2013

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