L'Afrique 50 ans après les indépendances

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Ce livre fait revivre les expériences vécues par le continent, cinquante après l'indépendance des pays africains. Nombre d'objectifs ne sont pas réalisés. Par exemple, l'industrialisation de l'agriculture n'a jamais été effectuée. Ce livre en trois parties dresse le tableau actuel du continent, aux niveaux politique, économique et social.
Publié le : mardi 1 décembre 2009
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EAN13 : 9782336252759
Nombre de pages : 275
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L'AFRIQUE 50 ans après les indépendances

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions Solène LARDOUX, Le mariage au Mali. Témoignages,2009. Gisèle FOTSO, L'enseignement de l'arabe au Cameroun, 2009. Jean-Emet NODEM, Vente de médicaments à la sauvette à l'Ouest-Cameroun,2009. Alexei JONES, L'institutionnalisation de la participation de la société civile dans les politiques de développement, 2009. Elie SADIGH, Afrique, le continent pillé. Atouts, handicaps, perspectives et propositions, 2009. Dr GUIBLEHON Bony, Neveux et ese/aves dans les rites

funéraires chez les Wè et les Anyi-bona de Côte d'Ivoire, 2009.
Stéphane SCRIVE, La crise de la démocratie en Afrique, 2009. Henriette MANGA NDJIE BINOZI MBALLA, Les Pygmées face à l'école et à l'État, 2009. Serge Armel ATTENOUKON, L'Afrique: poubelle de l'Occident? La gestion des déchets dangereux, 2009. Cédric ONDA YE, Comprendre les enjeux bancaires en Afrique Centrale,2009. Laurier Yvon NGOMBE, Le Droit d'auteur en Afrique, 2009. Roger KAFFO FOKOU, Cameroun: liquider le passé pour. bâtir l'avenir,2009. André Y ABA, Proverbes et idiotismes de sagesse des Bandzèbi. Gabon - Congo-Brazzaville, 2009. Ferdinand BAKOUP, L'Afrique peut-elle gagner sa place dans la mondialisation?, 2009. Bernard TCHIMBAMBELELA, Le commerce mondial de la faim. Stratégie de rupture positive au Congo-Brazzaville, 2009. Essè AMOUZOU, Pauvreté, chômage et émigration des jeunes Africains. Quelles alternatives?, 2009. Damien MEKPO, Pour une économie centrée sur l 'Homme en Afrique,2009. Momar CISSÉ, Parole chantée et communication sociale chez les Wolof du Sénégal, 2009. Mamadou Aliou BARRY, L'armée guinéenne. Comment et pour quoi faire?, 2009. Papa Ibrahima DIALLO, Les Guinéens de Dakar: migration et intégration en Afrique de l'Ouest, 2009.

Essè Amouzou

L'AFRIQUE 50 ans après les indépendances

L'HARMATTAN

!i:)L'HARU.\lTAN, 2009 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 750051)aris http://www.librairicharmauan.com diftùsion.harmauan@wanadoo.fr harmauan l@wanadoo.fr ISRN : 978-2-296-11041-0 EAN : 97822961104]0

Avant

propos

En ce début du XXIèrncsiècle,il semble nécessaire de revisiter le passé pour savoir s'orienter vers des objectifs plus nobles et plus profitables aux populations africaines. En d'autres termes, une vision rétrospective de cinquante (50) années d'expériences du continent africain se révèle indispensable pour rappeler ou donner l'opportunité aux uns et aux autres de se rendre compte des évènements qui ont jalonné le cours de l'histoire. Ce coup d'oil sur le passé permet de voir concrètement ce qui a contribué au progrès ou au retard dudit continent. En effet, au début des années 60 où la plupart des pays avaient accédé à l'indépendance politique, nombreux sont les gouvernements qui ont mis sur pied des programmes enviables. Parmi les projets ambitieux, on peut noter ceux relatifs à la modernisation de l'agriculture, à la création des industries de transformation des produits agricoles et des matières premières. Contre toute attente, jusqu'à ce jour, ces projets nobles qui pourraient jeter les bases d'un véritable développement, ont de la peine à se réaliser. Il en est de même pour d'autres initiatives inscrites aux programmes agricoles depuis un demi-siècle qui n'ont jamais été effectives alors que pour qu'il y ait un réel développement ou décollage, c'est l'agriculture qui se trouve être le principal secteur à maîtriser. En conséquence, le développement rural est resté une expression vaine à la mode dans les pays du tiers -monde alors que pratiquement tous les gouvernements en Afrique l'ont placé très haut dans leurs priorités. Malheureusement, dans bon nombre de pays sousdéveloppés, le constat que l'on peut faire sur le terrain, c'est que les hommes et les femmes vivent dans la même pauvreté avec une agriculture de subsistance essentiellement basée sur 7

les méthodes rudimentaires de travail. La conséquence en est que la production agricole s'est souvent soldée par des rendements de misère avec un revenu qui ne permet pas d'améliorer les conditions de la vie quotidienne. Devant cette situation alarmante, les forces vives, les jeunes surtout émigrent vers les villes ou vers les pays développés pour tenter d'échapper à ce sort misérable. Cette répulsion ou refus du mode de vie traditionnel est surtout lié à cette agriculture peu performante, d'un niveau technique archaïque et donc peu digne d'intérêt. Les échecs répétés des projets de développement n'ont pas permis aux habitants des milieux ruraux de se soustraire de la misère sociale et notamment de la faim. Dans certains pays, l'autosuffisance alimentaire est loin d'être atteinte. La question est d'un réel intérêt d'autant plus qu'elle concerne la grande majorité des populations africaines qui sont concentrées dans les zones rurales, et qui ont l'impérieuse tâche de nourrir le monde urbain. Par ailleurs, il a été donné de constater à la période post coloniale que la corruption s'est installée dans les administrations des pays africains comme un monstre qui retarde le développement et l'épanouissement des communautés humaines en ce qu'elle gangrène et étouffe les économies du continent noir. Il faut aussi faire remarquer que sur le plan économique, la révision des termes de l'échange qui favorisent les pays du Nord jusqu'à ce jour a du mal à se réaliser. Mais, aussi longtemps que le rapport de force entre le Nord et le Sud ne sera pas remis en cause pour sortir les peuples du système de dépendance, les populations continueront à subir la vie sous toutes ses formes comme c'est le cas dans la plupart des pays sous-développés où la vie matérielle est rendue plus difficile par une crise dont les causes relèvent en

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grande partie de la main mise des pays nantis sur les pays en développement. En outre, on a pu constater que les anciens colonisateurs ont adopté une autre voie de récupération des colonies juste après les indépendances. Car, la politique d'avant-période des indépendances n'a pas changé. Au contraire, elle s'est empirée. On avait donné l'impression aux africains qu'ils sont désormais responsables de leur destin, de leur propre situation, des affaires de leur pays, mais, c'est le néocolonialisme qui se déploie jusqu'à ce jour et se trouve être la pire forme de la domination impérialiste, pour reprendre une expression chère à Kwame N'krumah. Dans ce contexte, les dignes fils du continent qui ont voulu engager leur pays sur la voie d'un réel développement sont écartés de bonne heure; alors comment voudriez-vous que les africains sortent de l'ornière si ceux qui n'ont que ce seul souci d'aider leur pays à se soustraire de la domination impérialiste sont anéantis? Enfin, durant les 50 dernières années, l'Afrique a connu des guerres fratricides et des conflits d'intérêt ainsi que des famines qui ont beaucoup milité en faveur de la misère existentielle sans compter les épidémies qui ont lamentablement causé du tort aux populations.

L'auteur

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INTRODUCTION
Après environ un demi-siècle d'indépendance, les divers indicateurs sociaux et économiques semblent peu confirmer les intentions manifestées par les dirigeants africains. L'idéal de développement prôné dans les discours résiste peu à la réalité quotidienne des populations du continent. En effet, malgré des acquis dont l'ampleur demeure limitée, le spectacle qu'offre actuellement l'Afrique prend des allures dramatiques puisque des avancées déjà réalisées dans certains domaines sont remises en cause, du fait de politiques sociales et économiques désastreuses. Les équilibres politiques acquis au prix de lourds efforts des décennies durant sont rompus par des processus d'implosion des Etats, pendant que le contexte géopolitique international achève de compromettre les efforts des Etats africains. Par ailleurs, la célérité croissante du processus de globalisation accroît la dépendance des économies africaines très instables par rapport aux géants économiques mondiaux comme la Chine, les Etats-Unis, l'Union Européenne et les économies émergentes de l'Extrême Orient ou de l'Amérique latine. Un tel contexte difficile se trouve accentué par des velléités néocolonialistes nouvelles qui défendent d'anciennes zones d'influence économique ou cherchent à créer de nouveaux pôles d'influence économique sur le continent. Dans ces conditions, comment se présente le bilan économique, politique, social de l'Afrique après près d'un demi-siècle d'indépendance. Existe-t-il des acquis? Sous quelle forme se présentent les difficultés? " Les gardes côtes italiennes ont intercepté la nuit dernière un bateau chargé de migrants clandestins sur les côtes de l'île de la Sicile. Les occupants sont pour la plupart originaires de l'Afrique subsaharienne" "Un navire de fortune transportant une vingtaine de migrants a été secouru par les gardes côtes espagnoles de la tempête. Les occupants Il

affirment qu'au départ des côtes marocaines, leur embarcation comptait plus d'une centaine de passagers. Au cours de la navigation, plusieurs voyageurs dont des femmes et des enfants sont morts de faiblesse et d'inanition. Les rescapés sont actuellement pris en charge par la croix-rouge espagnole dans des camps installés pour les immigrants clandestins."... "Les garde-côtes maltais opèrent des rotations à la recherche de corps ou de survivants d'une embarcation chargée de migrants qui a tàit naufrage. Sur les deux cents personnes embarquées au départ des côtes lybiennes, seule une quarantaine de clandestins a été secourue par la marine maltaise. En plus des rescapés très affaiblis, on comptait une dizaine de cadavres". Ces genres d'information sont devenus si courants pour les médias internationaux que le drame qui s'achève dans les eaux troubles de la Méditerranée pour une certaine tranche de la jeunesse africaine passe aujourd'hui pour banal. Dans la réalité, le décompte macabre des destinées sombrant dans les eaux frontalières du continent européen est l'expression tangible d'un malaise profond qui est caractéristique de la situation globale du continent africain. Ce qui peut motiver cette aventure suicidaire à travers le Sahara et sur les eaux de la Méditerranée avec des moyens archaïques, c' est que le désespoir et la misère ont atteint sur le continent africain, des limites où la vie même des populations perd sa valeur au point d'être mise en jeu pour la quête de meilleures conditions d'existence. Ce tableau très pessimiste qui laisse transparaître l'ampleur de la désillusion des populations africaines au lendemain des indépendances, amène à s'interroger sur la situation véritable des divers pays du continent noir. En effet, l'euphorie des indépendances avait entretenu des espoirs fous des nations africaines, qui voyaient dans la libération politique, des moyens rêvés pour amener le continent à un niveau économique, technologique comparable à celui des différents peuples de l'univers. Dans cette optique, des jalons socio-économiques et politiques ont 12

été posés pour donner aux nouveaux Etats africains les moyens de réaliser leurs ambitions. Les programmes des dirigeants enthousiasmés par la fièvre des indépendances se

focalisaient au plan politique sur la construction de nations Etats sur des bases patriotiques solides. Ainsi, les dirigeants prévoyaient la refonte des divergences ethniques exacerbées par les manoeuvres coloniales du divide impera et la construction d'un édifice national constituant un creuset où devaient converger les particularités de chaque groupe tribal. Par ailleurs, l'installation des infrastructures techniques et technologiques faisait partie des actions destinées à assurer aux pays africains un passage efficace du statut de producteur de matières premières agricoles et minières pour les industries occidentales à celui de nations industrielles. Bien plus, il s'agissait de doter ces pays de structures de soutien à une industrialisation véritable profitable pour les populations africaines. Au plan social, il était prévu de garantir un mieux-être aux diverses couches des populations pour les mettre en mesure de soutenir valablement le développement de leur pays. L'éducation et la santé devaient être la priorité des dépenses budgétaires pour faire bénéficier les populations des retombées des performances économiques. Tous ces discours constituaient les intentions affichées par les leaders des premiers régimes postcoloniaux dont l'action, du moins théoriquement, devait converger vers la réalisation des programmes sus mentionnés.

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Connaissance

de l'Afrique

L'Afrique est le deuxième continent le plus peuplé au monde et le troisième de par sa superficie, après l'Asie et l'Amérique. Avec une superficie de 30 22] 532 km2 y compris les îles, le continent noir occupe 6,0 % de la surface terrestre, et 20,3 % de la surface des terres émergées. La population de l'Afrique qui s'élève à 944000000 habitants (mi 2007)\ fait 14 % de la population mondiale. Le continent noir a ses contours qui baignent dans la mer Mediterranée au nord, le canal de Suez et la mer Rouge au nord-est, l'océan Indien au sud-est et l'océan Atlantique à l'ouest. Le continent se compose de 53 pays, si l'on tient aussi compte des archipels. L'Afrique, étant traversée par l'Equateur, connaît une multitude de climats. Cette palette de climats varie des zones tempérées du nord aux zones tempérées du sud en passant par des climats sahélien, équatorial, subéquatorial, soudanais, sahélien, tropical et guinéen. En l'absence de précipitations constantes et de mécanismes d'irrigation naturels, comme les glaciers européens ou de systèmes montagneux aquifères, on ne trouve pas de régulation naturelle du climat en dehors des côtes. Ces dernières très peu accidentées ont une longueur de 26 000 km. L'absence de côtes largement escarpées explique cette étendue assez peu large de littoral dont dispose le continent. Le Soudan dispose du plus vaste territoire en Afrique alors que l'archipel des Seychelles, au large de la côte Est de l'Afrique, en est le plus petit. L'Afrique dispose d'une large gamme de zones climatiques, allant du type équatorial au centre au type tempéré chaud en Afrique du Nord et en Afrique australe. Les plaines de la partie septentrionale sont désertiques et très chaudes en raison de leur éloignement de la côte. Les écarts de température entre l'été et l'hiver, puis entre le jour et la nuit, y sont les plus importants. Au sud par contre, la chaleur se ]5

dissipe sous l'effet de l'humidité provenant de l'océan ainsi que de l'altitude, notamment sur les hauts plateaux d'Afrique de l'Est. La végétation y est également plus luxuriante. Les zones des parties septentrionale et méridionale connaissent un climat tempéré plus au sud. Du point de vue de l'évolution historique, l'Afrique de l'Ouest a connu dès le YI è siècle et au début du deuxième millénaire un dynamisme commercial et les terres fertiles ont alimenté une économie qui va servir de support à l'émergence de royaumes et d'empires puissants tels que la civilisation Nok, l'empire du Mali, Yoruba du Benin, le royaume du Kanem-Bornou, l'empire Fulani, le Dahomey, le royaume d' Oyo, l'empire Ashanti, l'empire du Ghana, l'empire Songhai et l'empire djolof. A l'est, le royaume éthiopien donne suite au royaume d'Axoum qui étend les activités commerciales entre l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Inde. Dans la région australe de l'Afrique, occupée initialement par les peuples Khoïsan puis Bantous, le Grand Zimbabwe, centre de l'Empire Monomotapa, apparaît dès le IY. siècle avo J.c.. Des fédérations peu soudées sous la forme de cités-États à l'instar des Yoruba et des Haoussa se constituent également, mais la puissance rayonnante des ports européens dans le golfe de Guinée en bordure de l'Atlantique va accélérer plus tard le déclin de ces Etats précoloniaux qui subirent à partir du YII è siècle, surtout dans la région septentrionale de l'Afrique, l'invasion des armées Arabes. Les nombreuses routes commerciales, les caravansérails qui sillonnaient le continent et l'expansion islamique donnèrent de nouvelles impulsions aux liens entretenus par les différentes régions de l'Afrique entre elles et avec le monde extérieur. Partant de l'Afrique du Nord, la civilisation arabe va descendre à l'intérieur du continent noir et les premiers 16

contacts entre le monde arabe et l'Afrique noire vont commencer par se nouer au VIlè siècle. Après la pénétration arabe suit celle européenne dans les terres internes au XVCsiècle. Ces nouveaux arrivants installèrent des comptoirs concurrentiels du commerce pratiqué par les Arabes avant de s'impliquer systématiquement aussi dans la traite des Noirs qui sera la cause de la dispersion des Noirs africains à travers tout l'univers. Dans son évolution politique, l'Afrique du Nord subira d'abord la domination arabe avant de connaître le joug ottoman, en dehors du territoire du Maroc dont les autochtones étaient parvenus à stopper l'expansion ottomane à Fez la capitale du Maroc antique. Au XIX siècle, après l'abolition de l'esclavage et sous prétexte de faire respecter cette abolition, les États européens se sont installés en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne en s'appuyant sur leur supériorité technique pour subjuguer la résistance des puissances miHtaires et politiques de l'Afrique précoloniale. Les puissances coloniales se partagent l'Afrique lors de la conférence de Berlin en 1884-1885. La conquête du continent noir sera le point de départ de l'exploitation des ressources naturelles et humaines par les administrations coloniales européennes jusqu'au XXCsiècle. Deux pays échapperont néanmoins au partage de l'Afrique: le Libéria indépendant depuis 1847 et l'Éthiopie qui a pu conserver sa souveraineté en infligeant une défaite aux Italiens à la bataille d'Adoua en 1896, faisant de cette victoire, la première d'un pays africain sur les colonialistes. La situation actuelle du continent noir découle donc des divers bouleversements historiques qui ont même modelé la géographie du continent, même au plan humain. Les frontières des États de ce continent procèdent non d'une dynamique interne au continent, mais plutôt de la colonisation. En conséquence, ces frontières font peu de cas 17

des réalités des populations. De même, les groupements sousrégionaux obéissent non à des exigences historiques, mais plutôt à des raisons politico-économiques. Les catégories régionales qui forment le continent noir se répartissent de la façon suivante: l'Afrique du Nord, l'Atrique noire (appelée aussi l'Afrique sub-saharienne) et l'Afrique Australe.

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L'Afrique du Nord, dont la frontière sud est constituée par le Sahara, est habitée par des populations à majorité arabe et berbère; L'Afrique Sub-saharienne est elle-même subdivisée en trois sous régions: l'Afrique de l'Ouest, l'Afrique de l'Est, l'Afrique centrale; L'Afrique Australe jouit d'un climat tempéré et a le plus fort niveau de développement économique en raison de la réussite du modèle économique sudafricain.

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Ces différentes catégories sous-régionales ont en leur sein des divergences très multiples qui témoignent de la difficulté de constituer de véritables Etats selon la vision de l'Occident moderne. 11s'agit en réalité des langues, des cultures et des religions qui impriment leur particularité sur les pratiques politiques et économiques des groupes et des individus. D'après la linguistique moderne, on peut distinguer sur le continent africain, 2 000 langues vivantes qui sont réparties en quatre grandes familles, si l'on ne tient pas compte des langues de souche non africaine. La famille afro-asiatique (353 langues vivantes dont 299 parlées en Afrique, et pratiquées par 340 millions de locuteurs) ne se limite pas au continent noir, mais elle exerce aussi son empire sur la péninsule arabique et couvre la partie septentrionale de l'Afrique de l'Ouest. De cette lignée linguistique, se trouve l'arabe qui vient en tête dans l'ordre d'importance des langues sur le continent, si l'on s'en tient au nombre de locuteurs. 18

La famille nilo-saharienne (197 langues vivantes et 35 millions de locuteurs) domine une partie du Sahara, le haut bassin du Nil et certains hauts plateaux de l'Afrique orientale. La famille nilo-saharienne se subdivise en douze groupes de langues dont deux sont pratiquées en Afrique de l'Ouest: le songhai ( au Mali, au Niger, au Burkina, au Bénin) et le Kanouri ( au Niger, au Nigeria, au Cameroun et au Tchad avec le lac Tchad). La famille khoisan (22 langues vivantes et utilisée par 360 000 personnes) est la plus petite famille linguistique africaine. Cette famillle a pour cadre géographique la Namibie, l'Angola, le Botswana et l'Afrique du Sud. Cette famille a longtemps dominé dans les parties orientale et australe du continent avant de céder à l'expansion des langues bantou et européennes par la suite. La tàmille Niger Congo a en son sein près de 1 500 langues vivantes, et passe pour la plus grande famille linguistique du monde (22 % des langues de la planète et 7] % des langues africaines). Elle se pratique dans la plus grande partie de l'espace ouest-africain et englobe l'immense majorité de la population de la région. A cette famille, appartient le groupe bantou dont l'empire linguistique s'étend à la quasi-totalité de l'Afrique sub-équatoriale hormis l'espace khoisan. Beaucoup de spécialistes localisent le foyer originel des Bantou au sud de la Bénoué (sur la frontière entre le Cameroun et le Nigeria). 4 000 ans plus tôt, les Bantou amorcèrent de longs déplacements en direction de la région centrale du continent noir. Ces déplacements font certainement suite à l' aridification du ciimat et au développement de l'agriculture et de l'élevage qui ne correspondaient pas à leur activité de prédilection. L'occupation de l'Afrique centrale par les Bantou dura près de trois millénaires. Aux XVIe et xvne siècles, les Bantou atteignent la zone australe du continent, fuyant les Massaï venus de la haute vallée du Nil. Les multiples similitudes ]9

entre les langues bantou de même que leur grande expansion spatiale en font un espace linguistique spécifique très en marge de la tàmille nigéro-congolaise. Familles linguistiques présentes sur le continent:

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Langues afro-asiatiques; avec notamment l'arabe Langues nigéro-congolaises; avec notamment swahili (qui fait partie de la branche bantou) Langues nilo-sahariennes; Langues khoïsan ; Langues austronésiennes dont le malgache Langues indo-européennes avec français, le portugais et l'anglais. notamment le le

Le continent noir a été considérablement affecté par l'avènement de l'Islam qui a commencé par s'introduire sur le continent par l'Afrique du Nord, avant de se répandre à l'intérieur de l'Afrique de l'Ouest et sur la côte de l'Afrique orientale. Originellement, les religions liées à la nature étaient très répandues dans les différents peuples répartis dans les régions d'Afrique orientale, australe, et sur les bords de la façade atlantique ouest du continent. Actuellement, la vague du catholicisme a fini par submerger le continent, répandant ainsi le christianisme. Partant du catholicisme, le christianisme a pris des formes variées en Afrique, faisant cohabiter désormais l'église catholique avec la nuée ecclésiastique protestante. L'origine de ces églises remonte à l'action missionnaire européenne de l'époque coloniale. Cependant, une autre variante du christianisme, l'église orthodoxe s'était imposée en Éthiopie et en Érythrée depuis l'antiquité tardive. L'animisme dut reculer devant la poussée insistante de la colonisation qui s'était accompagnée d'une offensive christianisante sur le continent. Toutefois, les 20

religions liées à la nature sont encore pratiquées dans les pays du Golfe de Guinée à l'instar du Bénin et du Togo. Par ailleurs, le syncrétisme religieux amène plusieurs adeptes des religions importées à associer le culte originel du continent aux nouvelles pratiques religieuses héritées des contacts avec les autres civilisations. Ce tableau physique et ethnographique du continent permet de cerner les contours des différentes dynamiques qui interagissent dans son espace avec les influences externes. Aujourd'hui, les différentes particularités mentionnées ont un déterminisme incontestable sur les évènements politiques observés à travers le continent.

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CHAPITRE I TABLEAU POLITIQUE DE L'AFRIQUE CONTEMPORAINE APRES UN DEMISIECLE D'INDEPENDANCE

Un des faits marquants de l'histoire de l'Afrique est sa soumission séculaire au joug politique des puissances impérialistes désireuses au dix-neuvième siècle de générer des espaces plus élargis pour l'écoulement de leurs matières premières industrielles et le ravitaillement de leurs unités industrielles en matières premières. A ces nécessités essentiellement économiques, s'ajoutent des mobiles stratégiques et politiques, tous savamment déguisés sous le discours d'une bienveillante paternité occidentale, soucieuse d'apporter les lumières de la civilisation à des peuples taxés de "sauvages". Cette expérience politique, administrative et militaire qui conféra un tournant dramatique à la rencontre des civilisations, va laisser des stigmates incurables sur la conscience politique du continent. Aujourd'hui, plus d'un siècle après la valse des conquêtes coloniales en Afrique, la mémoire du continent noir voit son actualité modelée par la violence du choc colonial. Cet héritage négatif a fait infléchir considérablement les progrès politiques réalisés par les leaders du continent après les indépendances. Ainsi, le bilan politique de l'Afrique actuelle est révélateur des multiples problèmes qui minent le continent. 1- L'héritage colonial Les nouveaux Etats constitués au sortir de la lutte contre la colonisation vont voir à leurs têtes des leaders nationalistes qui vont s'employer à traduire dans les faits les idéaux de développement et de solidarité qui servaient de support aux revendications indépendantistes. Mais, avant même de concéder les indépendances aux nations africaines, les anciennes puissances coloniales ont installé des viviers potentiels d'instabilité politique, afin de leur permettre de perpétuer la pratique de division des peuples africains qui a servi de moteur à leur entreprise coloniale. Ainsi, sur un plan interne, le colonisateur français s'est employé à faire prévaloir la vision minimaliste du panafricanisme, noyautant 25

même par anticipation, les velléités de constitution des Etats Unis d'Afrique. C'est ainsi que dans le processus de décolonisation de l'Afrique occidentale, les ensembles territoriaux à l'instar de la fédération du Soudan français seront démantelés. Par ailleurs, ce processus va être conduit de façon fragmentaire avec diverses vagues d'indépendance, une indépendance globale étant plus apte à favoriser l'Unité des nouveaux Etats indépendants. En désespoir de cause, les Etats africains vont initier la création de l'Organisation de l'Unité Africaine à Addis-Abéba en 1963. Cette organisation réalise dans la plus petite des mesures une tentative de rassemblement des nations africaines, mais se heurtera à des difficultés comme le retrait du Maroc dans les années 70 en protestation contre la position de l'OUA sur le dossier du Sahara Occidental. Aujourd'hui encore, le processus de la fusion de cette organisation en Union Africaine (UA) est toujours miné par des réticences, des jeux d'intérêts et des particularismes de certains Etats du continent. Comme au lendemain des indépendances, des pays dotés de ressources naturelles se refusent à composer une Union avec leurs voisins peu fortunés. En outre, l'obstination des hommes d'Etat africains à se perpétuer à la tête des Etats et du pouvoir, les empêche de se défaire d'une partie de leurs prérogatives au profit d'un éventuel Président de l'Union Africaine. Aussi, arrive-t-il souvent que le Secrétariat Général de l'Union Africaine soit confronté, dans l'exercice de ses prérogatives, aux attitudes réfractaires des Chefs d'Etat africains, soucieux de préserver leur soif de l'honneur et du pouvoir. On se rappellera les tiraillements entre l'ancien Secrétaire Général de l'Union Africaine, le malien Alpha Omar Konaré et l'ancien Président en exercice de l'organisation, l'ex chef d'Etat nigérian, Olosegun Obasanjo à propos de la succession du Général Eyadema au Togo. L'échec de cette unité du continent pose dans son essence même un des problèmes encore récurrents en Afrique: les contentieux territoriaux comme celui opposant le Nigéria au

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Cameroun sur la presqu'île de Bakassi ou encore celui ayant opposé la Lybie au Tchad dans les années 80. Ces différends d'ordre territorial débouchent sur des conflits interétatiques qui fragiliseront les équilibres sous-régionaux. Or, ces Etats sont aussi confrontés à des problèmes internes résultant de leur passé colonial. En effet, le phénomène caractéristique des nations africaines contemporaines est la constitution d'un Etat avant celle de la nation. En d'autres termes les instruments administratifs et politiques se sont mis en place avant que les différents peuples se retrouvent dans l'obligation de vivre ensemble. Ceci est la conséquence de la désintégration des ensembles politico-administratifs postcoloniaux. Car l'intervention coloniale en Afrique au dix-neuvième siècle a interrompu une dynamique de réorganisation et de restructuration de la configuration géopolitique au sein des divers groupes ethniques, des royaumes et des Etats du continent. L'interruption de ce processus a généré en conséquence une grande instabilité aux plans démographique et administratit~ une instabilité qui sera accrue par le tracé arbitraire des frontières coloniales. Des peuples dépendant des mêmes structures du pouvoir se retrouvent déchirés entre des frontières gérées par une administration qui les force à vivre dans une cohésion fallacieuse; le manque de solidarité franche contribuant dans une large mesure à accroître le pouvoir des administrations coloniales. La conséquence de toutes ces manoeuvres est que des peuples opposés des siècles durant par des différends presque insurmontables sont obligés, après les indépendances, de défendre des idéaux qui devaient leur être communs, en somme un defi qui se révèle impossible à relever en raison de la persistance des liens traditionnels dans les diverses sociétés africaines. Par ailleurs, après les indépendances, le contexte de la guerre froide et de la polarisation du monde en deux blocs va 27

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