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L'Afrique en attente ?

De
123 pages
Le continent africain serait en "faillite". Cependant, les conditions matérielles difficiles ne doivent pas exempter les Africains de réfléchir sur leur devenir. Ils ne changeront pas le monde mais devront y trouver leur place. C'est parce qu'elle a besoin d'être considérée plutôt qu'assistée que l'Afrique forte économiquement et politiquement pourra rompre avec l'humanitarisme ambiant qui sape l'avènement d'une autre possible Afrique.
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L'AFRIQUE EN ATTENTE?

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Déjà parus
Mubuma G.-K. SHERI, Partis et familles de partis au CongoBrazzaville, 2006. Armand TENESSO, La nouvelle destinée de l'Afrique, 2006 Djibril Kassomba CAMARA, Pour un tourisme guinéen de développement, 2006 Pierre FANDIO, La littérature camerounaise dans le champ social, 2006. Dominique BANGOURA, Emile FIDIECK A BIDIAS, L'Union Africaine et les acteurs sociaux dans la gestion des crises et des conflits armés, 2006. Maya LEROY, Gestion stratégique des écosystèmes du fleuve Sénégal, 2006 Orner MASSOUMOU (dir.), La marginalité en République du Congo, 2006. Gilchrist Anicet NZENGUET IGUEMBA, Le Gabon: approche pluridisciplinaire, 2006. Innocent BIRUKA, La protection de la femme et de l'enfant dans les conflits armés en Afrique, 2006. Alain BINDJOULI BINDJOULI, L'Afrique noire face aux pièges de la mondialisation, 2006. Benedicta Tariere PERETU, Les Africaines dans le développement, le rôle des femmes au Nigeria, 2006. Armand GOULOU, Infrastructures de transport et de communication au Congo-Brazaville, 2006. Abraham Constant NDINGA MBO, Savorgnan de Brazza, les frères Tréchot et les Ngala du Congo-Brazzaville (1878- 1960), 2006. Alfred Yambangba SA W ADOGO, La polygamie en question, 2006. Mounir M. TOURÉ, Introduction à la méthodologie de la recherche, 2006. Charles GUEBOGUO, La question homosexuelle en Afrique, 2006. Pierre ALI NAPO, Le chemin de fer pour le Nord- Togo, 2006.

Cheikh Tidiane DIOP

L'AFRIQUE EN ATTENTE?

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris
Italia L'Hannattan Burkina Faso

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace Fac..des L'Hannattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

L'Hannattan

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ITALIE

http://w\vw.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo.fr
@ L'Harmattan,

2006 ISBN: 2-296-01793-2 EAN : 9782296017931

« Nous n'allons pas refaire le monde, nous devons y trouver notre place. » Cheikh T Diop

Avant Propos

Ce livre a pour objectif de favoriser la réflexion sur certains aspects obscurs de ce que l'on peut désormais qualifier de «question» ou «d'équation africaine ». Il se base sur un certain nombre de points de vue érigés par les uns comme des vérités établies et par les autres comme des raccourcis de la pensée. Au comble de la résignation partagée par la plupart des dirigeants africains, l'actuel président du Sénégal déclarait dans les années 80 que: «L'Afrique a perdu la bataille du développement et sa jeunesse sombre dans le désespoirl. » Aux décennies perdues serait-il vain pour la nouvelle génération d'opposer une vision plus courageuse ou d'imaginer une autre Afrique possible? Les peuples afticains peinent à sortir de la morne routine des désastres naturels et humains. Les guerres et d'autres catastrophes semblent résister à tout espoir de voir s'installer sur le continent afticain une paix durable et des lendemains meilleurs. Clichés ou réalité, certains phénomènes interpellent tous ceux qui s'intéressent à l'histoire du continent africain mais la compréhension de l'objet « Afrique» est rendue difficile par de nombreuses réductions. Des spécialistes de tous bords se penchent sur les causes du mal de l'Afrique et tentent d'apporter des explications sur les raisons de la longue agonie de cette partie du monde. Si dans la pensée de certains, la maladie paraît incurable, dans celle
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WADE A., Un destin pour l'Afrique, Karthala, Paris, 1989.

d'autres tout n'est pas perdu et l'espoir est pem1is. Je conviens volontiers que ce sont ces deux ordres de pensée tantôt optimiste, tantôt pessimiste qui ont servi de points de départ à mes interrogations. La réalité historique, économique, sociale et politique du continent est passée en revue que l'on se situe dans l'une ou l'autre conception. À contre-courant de ces deux modes d'interprétation, se développe une troisième approche qui se veut plus réaliste et plus nuancée. Nous sommes victimes mais aussi acteurs de notre Histoire. Personnellement, je ne me situe dans aucune des conceptions dont les querelles souvent stériles n'améliorent que très modestement notre connaissance. Sur le plan historique, les découvertes de plus en plus nombreuses, effectuées sur le sol afficain, fournissent des données intéressantes pour mettre d'accord tout le monde sur l'existence d'événements attestant la contribution africaine aux progrès de l'Humanité tout entière. Comme toutes les contrées du monde, le continent noir fut marqué par des événements majeurs et n'a jamais été en marge de l'évolution de l'humanité. Ces événements ont successivement bouleversé des traditions millénaires, et d'une façon plus récente, marquent les premiers pas du continent noir dans le monde moderne. Mon objectif n'est pas de retracer chronologiquement les différentes étapes de cette évolution. Il existe de nombreux écrits qui relatent les faits malgré les généralisations ou les simplifications de certains auteurs panafficanistes ou non. L'historien britannique, John Iliffe, a mis l'accent sur la spécificité de la souffrance africaine qui semble l'emporter sur celle des autres continents. Mais pouvons-nous éternellement nous prévaloir des excuses que l'histoire présente? Les Africains souffrent-ils d'eux-mêmes, de leurs dirigeants ou des autres? L'esclavage et la colonisation ont été des conséquences désastreuses des contacts que le continent africain a pu avoir 8

avec les autres peuples. C'est un fait indéniable. Tour à tour, venues d'Orient et d'Occident, d'autres populations ont pu asservir et exploiter systématiquement l'Afiique. Mais l'histoire nous enseigne que ce continent n'est pas le seul à subir des sorts tragiques. La cruauté et la barbarie sont, semble-t-il, inséparables du règlement des affaires humaines et aucun peuple n'est à l'abri de désastres orchestrés par la folie destructrice de l'Homme. L'histoire de l'humanité est jalonnée par la détresse de différentes sociétés. Nous ne pouvons pas continuellement nous baITicader dans la coquille vide du Noir Victime de 1'Histoire. Les guerres, les violations, les pillages et les génocides perpétrés par l'homme en direction de ses semblables remplissent notre mémoire collective. La question qui se pose alors est de savoir pourquoi le continent afiicain souffre encore là où sous d'autres cieux le poids du passé n'a pas entravé le développement. Les sociétés africaines ont vécu des épreuves plus que les autres sociétés du monde, mais l'attachement à la vie des Afiicains témoigne de la capacité qu'ils ont à réinventer constamment leur devenir et cela malgré les difficultés. Parlant de l'esclavage, ILiffe note que:
«Paradoxalement, cette période honteuse montra également la résistance humaine sous ces aspects les plus courageux. La splendeur de l'Afrique était aussi dans sa sol!!france2. »

A cet égard, il est temps pour l'Afrique de se débarrasser de ces fantômes de son histoire et d'aller à la conquête de sa véritable liberté: la maîtrise de sa destinée. L'historiographie a permis objectivement à d'illustres savants africanistes de démontrer sans polémiquer les ressorts de la civilisation africaine. S'attarder sur le bien-fondé de leurs théories est un travail que nous préférons laisser aux historiens
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ILIFFE 1., Les Africains, Aubier, 1997.

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pour mieux aborder d'autres questions aussi essentielles, mais qui restent en suspens. Comment l'Afrique peut-elle s'ouvrir au monde sans s'enfermer dans de nouveaux schémas de dépendance? Quelle place pour l'Afiique dans le monde actuel? Comment éviter les pièges de la mondialisation et parvenir à la définition d'un autre modèle de développement pour nos sociétés? Allons-nous inscrire nos combats dans le moule virtuel et sans consistance du « choc des civilisations »3 ? Dans le présent ouvrage, nous soulignerons brièvement les théories négatives des siècles passés qui témoignaient plus de l'infériorité d'esprit de leurs auteurs que de celle des africains. Nous parlerons des civilisations africaines sans verser dans l'affabulation qui ne sert qu'à nous enfermer dans des illusions trompeuses. La crispation identitaire n'a jamais fait évoluer le monde, elle a fabriqué l'ethnocentrisme, le mythe de la supériorité, la haine et le rejet de l'autre. Il est très utile de se rappeler de son passé et de réaffirmer son identité mais aussi de regarder les problèmes du présent pour pouvoir penser l'avenir. L'Afiique qu'il faut construire aujourd'hui n'est pas celle d'hier. La référence au passé doit fonder une démarche résolument tournée vers le futur en s'appuyant sur une compréhension solide des obstacles du présent. Sans vouloir prétendre apporter toutes les réponses à de nombreuses questions que ma curiosité a soulevées au fil de l'écriture, il me semble normal en tant qu'Africain d'apporter une contribution à la réflexion. Ce livre est un essai qui présente des défauts que je ne me dissimule pas. Quelques-unes de ces lacunes sont celles qu'il est impossible d'éviter quand on aborde un problème pour la première fois.

3

HUNTINGTON S. P., Le choc des civilisations, Odile Jacob, 1997.

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Toutefois, le problème complexe de l'Afrique ne doit pas nous exempter de la réflexion et de l'analyse. Aussi, il n'est nullement question de s'inscrire dans une tradition de pensée, ni dans une quelconque école. Ma pensée est libre des luttes partisanes, académiques ou idéologiques, c'est celle d'un A:&icain préoccupé par le destin de son continent et qui tente de formuler sa vision des choses. La liberté de ton que la démocratie accorde est un bien précieux legs que l'on doit manier avec intelligence dans le sens de la paix, de la réconciliation et de la construction, surtout dans un monde tiraillé entre des extrémismes de diverses obédiences. Ce livre se propose de créer un lien entre tous les penseurs qui se sentent préoccupés ou s'intéressent encore à l'Afrique quelque soit le point de vue défendu. Il ne prétend pas donner aux uns ou aux autres ce qui leur manque, ni ne cherche à privilégier une pensée plutôt qu'une autre quelles que soient les positions de ceux qui les produisent. Je me contente d'éveiller l'attention des uns et des autres et je me satisfais plus particulièrement de réveiller les jeunes intellectuels du continent ou tous ceux qui sont en quête de la solution de «l'équation africaine ». Si ma tentative peut avoir pour effet de rapprocher tout ce monde autour de l'essentiel, à savoir une réflexion féconde et utile pour le continent, j'aurais tout le plaisir à croire qu'un grand pas sera :&anchiet que l'espoir reste permis.

Il