//img.uscri.be/pth/5bb002128c2393d9451e5c90f7b539321d0ef58f
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 10,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'aliénation corse

De
152 pages
Ce livre témoignage aborde sans complaisance et sans détours les grands thèmes de l'actualité corse d'aujourd'hui, immigration, accusations de racisme, choix de société, loi, justice, alternatives sociales, laïcité, communautarisme, qui secouent une société qui a perdu ses repères. Pour une île à l'image ternie qui cherche désespérément sa voie entre Europe et Méditerranée, le mouvement de revendication nationale corse a peine à répondre aux espoirs qu'il avait suscités.
Voir plus Voir moins

L'ALIÉNATION CORSE

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Gérard PLUMIER, Chômage senior, abécédaire de l'indifférence,2005. Max FERRERO, Nicole CLERC, L'école et les nouvelles technologies en question, 2005. Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET, En marche vers un idéal social. Homme, Individu, Citoyen,2005. Richard GAUDET, Etre patron aujourd'hui en France, 2005. Christian SIMEON, Faire face à la pauvreté et à l'uniformisation mondialiste, 2005. Gérard NAMER, D'un socialisme de redistribution à un socialisme de création, 2005. Pierre GRaU, Impératif technologique vou déclin économique, 2005. Philippe POITOU, Souffrances, le coût du travail humain, 2005. Dominique PELBOIS, Pour un communisme libéral. Projet de démocratie économique, 2005. Louis LEGRAND, Réflexions sur quelques problèmes de l'Education nationale, parmi tant d'autres, 2005. Noël JOUENNE, La vie collective des habitants du Corbusier, 2005. site: www.librairieharmattan.com e.mail: harmattan1@wanadoo.fr
2005 ISBN: 2-7475-9155-7 EAN: 9782747591553 @ L'Harmattan,

Iviu BOURDIEC

L'ALIÉNATION CORSE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa

75005 Paris

L'Harmattan

Italia

L'Harmattan

Burkina Faso

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI
Université de Kinshasa

Via Degli Artist~ 15 10124 Torino
ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

- RDC

Du même auteur Sanctuaires de l'Artois Éditions Axial, 1976 Nationalisme corse, les points sur les i Éditions U Ribombu, 1996

Maquette Une de couverture: Alain Squadrelli Mise en page: Gérard Bandini

L'ennemi mortel de la lutte de libération nationale corse n'est pas la police spéciale qui la poursuit de ses harcèlements incessants. Ce n'est pas non plus la juridiction d'exception qui condamne lourdement ses militants à la prison et à la déportation. Son ennemi le plus dangereux n'est pas l'ennemi intérieur qui collabore avec le colonisateur dans le dessein avoué de la détruire. L'ennemi implacable de la lutte de libération nationale corse est un cancer qu'elle porte au plus profond d'ellemême et qui ruine tous ses efforts de renaissance et de reconnaIssance. Et cela porte un nom: c'est l'aliénation. Le pire ennemi de tous les colonisés de la terre, c'est cette lente transformation mentale qui leur fait adopter sans même qu'ils s'en rendent compte les schémas de pensée, les références, les repères, les modes de vie, les indignations mêmes, de leurs colonisateurs. Dans sa lutte pour son indépendance, le mouvement national corse, non seulement n'échappe pas à la règle, mais il semble vouloir la porter à son paroxysme. Nous sommes aliénés à un point tel que nous sommes en train de perdre nos derniers repères, remisés au magasin des accessoires anachroniques d'une mémoire collective confisquée. Nous avons assimilé un certain nombre de concepts partie intégrante de la panoplie du Français tel qu'on le pense et tel qu'on le vit. Nous avons intégré les schémas de pensée français au point qu'ils sont devenus nos références: l'État, la loi écrite, la constitution, la république, les institutions, les «valeurs» républicaines, les devoirs de mémoire, la séparation des pouvoirs, la laïcité, entre autres vérités immuables dans lesquelles nous nous sommes fondus comme dans un moule qui ne demandait qu'à nous emprisonner. Et les barreaux de cette prison sont bien plus solides que ceux d'une geôle. Nos échecs répétés, nonobstant les atouts de notre lutte

pour l'indépendance, viennent de là, essentiellement. Nous combattons sur le terrain de nos adversaires à armes nécessairement inégales. Nous n'offrons pas à nos frères corses qui nous écoutent une réelle alternative mais quelques changements mineurs qui ne remettent pas en cause les grands principes de la république française une et indivisible et, déjà, de l'Europe du capital et du profit, l'Europe supranationale à laquelle nous nous livrons corps et âme et dont nous attendons le salut. Mieux, le mouvement national corse tel qu'il est aujourd'hui s'apprête à utiliser dans la Corse indépendante de demain les mêmes schémas français qu'il prétend combattre. Le mouvement national corse a intégré les mêmes réflexes que la classe politique française. A commencer par la langue de bois. Et la vision centralisée du pouvoir. La seule attitude mentale attribut caractéristique de l'esprit français que les nationalistes corses n'ont pas adoptée est celle dont ils pourraient tirer le plus grand bénéfice. C'est l'esprit cartésien, la démarche cartésienne. Mais il faut dire que les Français eux-mêmes en ont perdu l'usage depuis bien des lustres.

8

L'IMP ASSE

I

Échecs et langue de bois

C'est cyclique. Le mouvement national corse ne peut pas s'empêcher de faire sa petite crise existentielle à intervalles réguliers. Et cela nous vaut systématiquement son pesant d'interrogations, de palabres, d'unions, de scissions et autres restructurations, bienheureux lorsque cela ne s'accompagne pas d'assassinats plus ou moins politiques, comme ce fut tragiquement le cas à une certaine période de notre histoire, déjà mouvementée, et dont nous aimerions effacer la mémoire. Et cela nous ramène à la case départ, sans contrepartie. En fait nous nous délectons dans l'autodestruction avec une complaisance rare. Et dans le genre persiste et signe dans l'erreur nous ne devons pas être loin de la palme d'or, les péripéties de l'année 2004 en sont une flamboyante illustration. Je dis nous parce que j'assume totalement les vicissitudes de ce mouvement national auquel j'appartiens depuis une trentaine d'années et qui demeure, malgré tout, mon credo. Je crois à la Corse indépendante, à ce magistral coup de balai que nous pouvons donner à la face du monde, comme l'avait fait, en son temps, Pasquale Paoli, notre ancêtre spirituel, en établissant contre le politiquement correct de l'époque, la première démocratie occidentale. C'était une formidable révolution. Il s'agissait bien d'une Il

première, dans une Europe soumise au pouvoir absolu, décliné entre droit divin et républiques oligarchiques. Alors voilà, nous nous retrouvons une nouvelle fois à la croisée des chemins avec les craintes, les prudences, les questions et les espoirs que suscitent une situation qui n'est pas favorable à notre combat, c'est le moins que l'on puisse en dire. Les journées internationales de Corti sont le moment annuel fort de la revendication nationale corse depuis leur création. Le demi-échec de ces journées en 2004, la désaffection de nombre de militants convaincus et sincères, qui ont préféré bouder ce grand rendez-vous par crainte de ne pas y retrouver leurs repères, est déjà inquiétant. Je ne m'étendrais pas sur la présence « internationale». À l'exception de représentants de la Catalogne et de l'Écosse, aucune représentation de nation indépendante ou même autonome n'y participe. Mais venons-en à l'essentiel, le message de ces journées 2004 : au lieu d'admettre l'échec de choix politiques qui ont été désavoués par le résultat des urnes, le 28 mars 2004, de tenter d'en tirer les conséquences, de se remettre en question, d'apporter des solutions ou au moins des interrogations, on persiste à appliquer la méthode Coué. On proclame le renforcement de l'union, l'exhortation sur le mode incantatoire, à une union encore plus large, encore plus étroite, entre toutes les composantes, publiques ou clandestines, du mouvement national corse, assortie, tout de même, d'un projet de société qui reste à élaborer. Comme si l'union était la panacée, la potion magique. L'union comme fm en soi. Une union qu'aujourd'hui encore nous nous obstinons à proclamer, que nous voulons renforcer alors même qu'elle a commencé d'éclater, certaines organisations l'ayant déjà dénoncée. On rêve. Nous sommes sur une autre planète. L'union n'est peut-être pas la cause unique de notre échec 12

électoral, mais elle n'a pas donné les résultats mirobolants espérés. Cette union, entre les tendances autonomistes, modérées, radicales, indépendantistes, fumeuses, n'a manifestement pas convaincu les électeurs corses. Ce fut un échec. Surtout lorsque l'on se remémore les espoirs insensés que cette union avait suscités dans l'esprit de ses protagonistes. Offerte à une panoplie hétéroclite d'anciens responsables qui avaient largement fait leur temps - respectable, sans aucun doute - que l'on est aller ressortir du chapeau de polichinelle et qui se sont saisi de l'importance inespérée qu'on leur donnait pour avoir les exigences de la situation qu'on leur servait, cette union n'a pas dupé l'électeur corse lambda. On ne fait pas du neuf avec du vieux. Et nous avions vraiment besoin de neuf. La litanie des 25000 électeurs, hurlée à longueur d'antenne et de colonnes par les élus et les responsables depuis les résultats pour le moins alarmants des élections territoriales de mars 2004 et le pitoyable corollaire de la main tendue vers les élus traditionnels du clan - supposé de droite ou supposé de gauche, peu importe - n'a trompé personne. Pas même ceux qui l'ont chanté sur tous les toits de Corse, lauzes ou tuiles, du Nord au Sud. Nous avons été battus. Le mouvement national corse venait de subir un nouvel échec cuisant. Au lieu de l'admettre et de tenter de changer de méthode sinon d'orientation, il pratique, à court d'arguments, la langue de bois. Aucun des problèmes de fond n'est abordé. Aucun des avenirs possibles ou souhaitables n'est proposé. On se cantonne dans les effets d'annonce - l'union mythique - et les lieux communs d'un programme insipide et passe partout, qui, surtout, se cantonne dans les généralités qui ne mangent pas de pain. Résultat des courses? Huit élus pour une coalition qui regroupait à peu près toutes les forces nationalistes de Corse alors qu'une seule des composantes du mouvement 13

national corse - en l'occurrence les indépendantistes « radicaux» de Corsica Nazione, soutenant la
clandestinité

- avait

obtenu à elle seule le même résultat en

1998. Un grand bravo aux artistes de l'Union. En cette année 2005, nous n'avons jamais eu autant de nos frères de lutte, indépendantistes corses convaincus et sincères, embastillés dans des conditions inhumaines dans les geôles françaises. L'image de la Corse et des Corses n'a jamais été autant dénaturée et vilipendée auprès de l'opinion publique européenne. Le mouvement national corse retrouve ses vieux démons de suspicion et d'anathèmes internes savamment provoqués et entretenus par une police et une justice française omniprésentes. Nous sommes au bord de l'implosion. La langue corse devient lentement mais sûrement une langue morte, objet de toutes les sollicitudes érudites comme le grec ancien ou
le latin. Nos militants et nos sympathisants - et ils sont nombreux - se découragent. La Corse est à la dérive, sur

fond de conflits larvés et de chamailleries autour d' « investissements exceptionnels », le fameux PEI (Programme d'Investissements Exceptionnels), dont tout le monde parle mais que personne ne voit venir. Et nous abreuvons la presse de communiqués indignés et de discours bravaches.

14

II

Le piège du dialogue

Pour essayer de comprendre la situation actuelle, un petit retour en arrière s'impose. Revenir sur l'échec du processus de Matignon, et, quelque trois ans plus tard, au lamentable gâchis du référendum raté de juillet 2003. Deux épisodes qui ont pesé lourd dans la perte de crédibilité du mouvement national corse. Et il est vrai que ces deux périodes de 1'histoire récente de la Corse ont déstabilisé le nationalisme corse autant qu'ils ont renforcé la politique répressive de Paris. Simple principe des vases communicants, la nature a horreur du vide, c'est bien connu. L'union finalement n'a jamais été que la (mauvaise) réponse que l'on a trouvée pour essayer d'effacer ces deux échecs cuisants. Lionel Jospin avait publiquement reconnu le caractère politique de la question corse. Il avait voulu établir un dialogue. Il était prêt à mettre en place une procédure d'échange et d'écoute entre le gouvernement de la France et le mouvement national corse. On pouvait raisonnablement y croire, ce 13 décembre 1999, lorsque le Premier ministre recevait pour la première fois les élus de l'Assemblée de Corse à l'Hôtel Matignon, pour amorcer un dialogue, entamer une démarche qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait effectué: reconnaître enfin, et tout simplement, l'existence de la Corse. 15