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L'Allemagne et la France

150 pages
A l'occasion du quarantième anniversaire de la signature du traité de coopération franco-allemand, dit traité de l'Elysée., les auteurs - universitaires, chercheurs et hauts fonctionnaires - procèdent à un tour d'horizon complet de l'histoire et de l'actualité des relations franco-allemandes. Les réflexions mettent en relief les difficultés comme les succès d'un partenariat franco-allemand, qui, depuis 1963, s'est progressivement transformé en une réelle entente privilégiée au bénéfice de la construction de l'Europe.
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L'Allemagne et la France Une entente unique pour l'Europe

Allemagne d'hier et d'aujourd'hui Collection dirigée par Thierry FeraI
L'Histoire de l'Allemagne, bien qu'indissociable de celle de la France et de l'Europe, possède des facettes encore relativement méconnues. Le propos de cette collection est d'en rendre compte. Constituée de volumes généralement réduits et facilement abordables pour un large public, elle est le fruit de travaux de chercheurs d 'horizons très variés, tant par leur discipline, que leur culture ou leur âge. Derrière ces pages, centrées sur le passé comme sur le présent, le lecteur soucieux de l'avenir trouvera motivation à une salutaire réflexion.

Dernières parutions
Jean DELINIERE, Weimar à l'époque de Goethe, 2004. A. W A TTIN, La coopération franco-allemande en matière de Défense et de Sécurité, 2004. Walter KOLBENHOFF, Morceaux choisis, Choix et adaptation française de Thierry FeraI, 2004. Rachid L'AOUFIR, Ludwig Borne (1786-1837), 2004. Hans STARK, Helmut Kohl, l'Allemagne et l'Europe. La politique d'intégration européenne de la République fédérale. 1982-1998,2004. Doris BENSIMON, Juifs en Allemagne aujourd'hui, 2003. Marie-Amélie zu SALM-SALM, Échanges artistiques francoallemands et renaissance de la peinture abstraite dans les pays germaniques après 1945, 2003. Bettina MROSOWSKI, Savoir vivre avec les Allemands. Petit guide interculturel, 2003. Christa VON PETERSDORFF, « Dans ma France, c'était bien autrement». Réflexions sur la mésentente franco-allemande, 2003. Michel DUPUY, Histoire de la pollution atmosphérique en RDA" 2003. Martin IMBLEAU, La négation du génocide nazi, 2003. Thierry FERAL, La mémoireféconde. Cinq conférences, 2003. Andréas RITT AU, Interactions Allemagne-France, Les habitudes culturelles d'aujourd'hui en questions, 2003.

Sous la direction de Stephan Martens

L'Allemagne et la France Une entente unique pour l'Europe

Préfacede
Alain Juppé

L'Harmattan 5-7 ~ rue de I~ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti~ 15 10124 Torino ITALIE

Mise en page, Service Pré-Presse IUT Michel de Montaigne Bordeaux 3

cg L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-6426-6 EAN : 9782747564267

AVANT-PROPOS
Les textes présents sont issus du colloque organisé par l'association Les Amis du Goethe au centre culturel allemand Goethe Institut Inter Nationes de Bordeaux, le 31 janvier 2003, à l'occasion du quarantième anniversaire de la signature du traité de coopération franco-allemand, dit traité de l'Élysée. L'association, créée en 2001, a pour objectif d'informer un large public des réalités politiques, économiques et culturelles de l'Allemagne en apportant un soutien moral à l'action que poursuit le Goethe Institut de Bordeaux à travers les échanges franco-allemands dans le cadre européen. C'est tout naturellement que l'association a décidé d'organiser une manifestation à l'occasion de cet anniversaire, en réunissant des universitaires, des chercheurs et des hauts fonctionnaires, tous spécialistes des questions franco-allemandes et européennes. Les Actes du colloque visent à proposer les éléments d'un bilan et à esquisser des perspectives d'avenir du partenariat franco-allemand en Europe. Les auteurs proposent des regards croisés sur les enjeux passés et à venir et approfondissent le débat sur cette entente franco-allemande durable, mais aussi difficile, et néanmoins fondamentale, qui n'a cessé depuis la « réconciliation» historique en 1963 de se développer qualitativement, au bénéfice de l'Europe. La France et l'Allemagne forment ainsi l'aiguillon destiné à propulser des enchaînements plus vastes et, de ce point de vue, leur entente est unique. L'ouvrage se clôt par une réflexion audacieuse, propre à nourrir le débat. Le germaniste Michel Korinman retrace, en effet, un projet géopolitique inédit, qu'il avait avancé dès 1995, celui d'une Union franco-allemande. Je tiens à remercier vivement Alain Juppé, député-Maire de Bordeaux. En effet, sans le soutien de la ville de Bordeaux - je pense en particulier à Hugues Martin, premier adjoint au Maire et député européen, à Jacques Valade, sénateur et conseiller spécial aux relations internationales, et à Jean-Yves Lavoir, directeur des relations internationales -, ces Actes n'auraient pas pu voir le jour. À ce

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titre, je remercie également la ville de Munich, en particulier Reinhard Wieczorek, adjoint au Maire de Munich pour les Affaires économiques, le Travail et la Coopération économique régionale et internationale. Que Jochen Neuberger, directeur du Goethe Institut de Bordeaux, et les membres du bureau de l'association - Robert Dévignes, Elisabeth Fournier, Doris Ladiges, Françoise Macabéo, Sylvie Marque, Camille Trémousa et Jean-Michel Verlot - trouvent ici l'expression de ma gratitude, car tous, par leur engagement, ont montré que le lien franco-allemand, loin d'être dépassé, reste bien solide.
Stephan Martens Président de l'association Les Amis du Goethe Maître de conférences à l'université Michel de Montaigne Bordeaux 3 (novembre 2003)

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PRÉFACE
« Une entente unique pour l'Europe» ? Le titre de l'ouvrage joue avec l'acception du terme « unique. » L'Allemagne et la France n'ont jamais été en mesure d'imposer leurs vues à l'Europe, mais les deux partenaires sont un peu les gardiens privilégiés de la cohérence européenne. Si la relation franco-allemande n'a jamais été exempte de mésententes ou de tensions, les initiatives communes au service de l'Europe, voire les moments d'enthousiasme, l'emportent toujours. En ce sens, l'entente franco-allemande est unique, c'est-à-dire incomparable. Ce constat est parfaitement illustré par le succès qu'à rencontré le colloque organisé par l'association Les Amis du Goethe, le 31 janvier 2003, au Goethe Institut de Bordeaux, à l'occasion du quarantième anniversaire de la signature du traité de l'Élysée, par le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer. L'intérêt suscité à Bordeaux par cette manifestation démontre une fois de plus que la force du lien qui unit aujourd'hui l'Allemagne et la France n'est pas seulement le résultat du poids politique de la coopération franco-allemande dans la construction européenne, mais aussi d'une amitié construite et entretenue avec soin depuis 1963. Au cours de cette journée, les intervenants allemands et français, germanistes, historiens, politologues et hauts fonctionnaires - venus de Berlin, de Paris, de Lille ou encore de Bruxelles -, ont axé leurs réflexions autour de trois grandes thématiques: la genèse et la portée du traité de l'Élysée, les enjeux et les défis de la coopération franco-allemande et l'avenir de l'entente franco-allemande dans l'Europe élargie. Les auteurs situent résolument les relations entre l'Allemagne et la France dans une perspective européenne. Il n'est pas question pour eux de verser dans un nombrilisme binational, mais bien au contraire de réfléchir sur la portée de la coopération franco-allemande pour l'Europe et d'expliciter le rôle des deux pays dans le processus d'intégration européenne. Audelà des problèmes de perception ou de compréhension réciproques, les deux pays ont toujours su transcender leurs divergences pour être ce

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« moteur» de la construction européenne, mais le grand défi pour l'Allemagne et la France est bien de rester une force de proposition dans une Europe en voie d'élargissement. Les auteurs s'accordent ainsi pour considérer que le quarantième anniversaire de la signature du traité de l'Élysée doit devenir une date historique de revitalisation de l'esprit européen à la base de ce traité. Les relations franco-allemandes, dans le cadre aussi du jumelage entre Bordeaux et Munich, sont marquées par une coopération croissante et des échanges intenses. Le colloque a prouvé que l'intérêt pour le voisin, ses institutions, sa culture, est toujours aussi vivant. C'est avec une grande satisfaction que je constate que la confiance et la sympathie réciproques sont ancrées dans nos deux peuples comme jamais auparavant. C'est pourquoi je remercie l'association Les Amis du Goethe, et son président Stephan Martens, d'avoir pris l'initiative d'organiser ce colloque et d'en publier les Actes, afin de les rendre accessibles à un plus large public.
Alain Juppé Ancien Premier ministre Député-Maire de Bordeaux

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Genèse et portée du traité
" " de l'Elysee

Edouard

Husson*

40 ans de coopération politique dans le cadre du traité de l'Élysée: un bilan historique
Il est difficile de prétendre faire en quelques lignes, même en se limitant à la question des affaires étrangères des deux pays, un bilan historique de quarante ans de relations franco-allemandes. C'est pourquoi il s'agit de répondre à une question qui sert de fil directeur: si le traité de l'Élysée n'avait pas été signé le 22 janvier 1963, cela aurait-il changé quelque chose à la bonne entente francoallemande et à la construction de l'Europe? 1re thèse: la réponse est « non », car le traité de l'Élysée n'est que le
sceau apposé sur un processus de réconciliation amorcé antérieurement Une première manière de répondre à la question posée consiste à souligner, à rappeler aussi, que le traité de l'Élysée ne marqua en aucun cas le premier pas de la réconciliation entre la France et l'Allemagne.

Le geste décisif, à cet égard, avait été l'initiative de Jean Monnet, Robert Schuman et Konrad Adenauer, le 9 mai 1950, en vue de créer une Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA). Avant le retour de Charles de Gaulle à la tête de l'État, la coopération franco-allemande avait débouché sur une Communauté Économique Européenne (CEE) incluant le Benelux et l'Italie. On peut imaginer que la coopération franco-allemande et la construction européenne, bien lancées, auraient continué de progresser sans le traité de l'Élysée.

*Maître de conférences

en histoire à l'université

Paris N/Sorbonne.

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L'Allemagne et la France une entente unique pour l'Europe
Et même, en allant plus loin, on peut poser la question de savoir si le traité de l'Élysée ne fut pas le résultat d'une personnalisation excessive de la relation franco-allemande, produit d'une dramatisation typiquement gaullienne et du besoin qu'avait Adenauer de renforcer, par un succès de politique étrangère, une autorité politique ébranlée à l'intérieur.

2e thèse: la thèse n° 1 n'est défendable que si l'on fait abstraction des peurs qui habitaient, encore à cette époque, les populations française et ouest-allemande Il ne faut pas oublier le rejet qu'avait provoqué le projet d'une armée européenne intégrée, la Communauté Européenne de Défense (CED), dans une partie de l'opinion française vers 1953. La peur de l'Allemagne, et qui s'en étonnera vu que l'Occupation était encore si proche?, était encore très présente au cœur de la société française, même en 1963, dix-huit ans après l'effondrement du Ille Reich.
Que le chef de la Résistance française voulût « sceller la réconciliation » entre les Français et les Allemands, c'était d'une valeur irremplaçable pour les habitants de la République fédérale d' Allemagne (RFA). À l'inverse, pour les Français, non seulement de Gaulle couvrait de son autorité ce qui avait été fait depuis 1950, mais aussi Adenauer, ce Rhénan, c'était, suivant le stéréotype français de l'époque, l'incarnation du «bon Allemand », quelqu'un en Allemagne avec qui on pouvait s'entendre, non comme ces « Prussiens» qui avaient causé trois guerres franco-allemandes.

3e thèse: la réponse est en fait «oui », pour une deuxième raison. De Gaulle a imposé à la relation franco-allemande une franchise sans laquelle cette dernière n'est pas viable Si de Gaulle donna une impulsion définitive à l'esprit de réconciliation, il balisa la route à suivre avec une franchise qui fut d'abord mal acceptée par le partenaire ouest-allemand mais qui s'avéra bénéfique à long terme. Si le traité prévoyait une concertation étroite en matière de défense, de Gaulle indiqua cependant, à la grande déception de Franz-J osef Strauss, à l'époque ministre fédéral de la Défense, qu'il était hors de question que la RFA acquît un armement nucléaire. Sur ce point fondamental, puisque l'acquisition ou la fabrication de l'arme atomique par l'Allemagne de l'Ouest représentait un casus belli

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Genèse et portée du traité de l' ÉIysée

pour les Soviétiques, les derniers gouvernements de la IVe République avaient au contraire amorcé une coopération imprudente avec la RFA. On n'ose imaginer ce dans quoi la France et la RFA se seraient embarquées sans ce veto gaullien inséparable, aux yeux du général, d'une coopération renforcée entre les deux pays.

De Gaulle indiqua aussi, on ne peut plus clairement, que la France ne soutiendrait une éventuelle réunification allemande que si la RFA reconnaissait la ligne Oder-Neisse et s'intégrait dans un système européen de sécurité collective incluant la Russie soviétique. Ces points de vue sans ambiguïté suscitèrent d'abord de vives réactions à Bonn. La brutalité avec laquelle Strauss, comme ministre des Finances de la Grande Coalition, repoussa, à l'automne 1968, une demande française de soutien au franc ébranlé par la crise de mai 1968 était certainement à la mesure de la déception essuyée dix ans plus tôt comme ministre de la Défense du gouvernement Adenauer. On oublie aussi trop souvent que dans le préambule ajouté par le Bundestag au traité, il fut question non seulement de l'alliance américaine et de l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun mais aussi de préserver les chances d'une réunification telle qu'on la concevait à l'époque en RFA, c'est-à-dire laissant ouverte la question des frontières du« Reich. »
À plus long terme, cependant, les clarifications gaulliennes se révélèrent avoir été très utiles.

Willy Brandt affirme dans ses Mémoires que la nouvelle Ostpolitik (politique àl 'Est) dont il devint le héraut, avait une de ses références dans le triptyque gaullien: « détente-entente-coopération. »11ne s'agit nullement d'une reconstruction de l'histoire. La convergence entre le cadre dressé par de Gaulle en mars 1959 ou en février 1966 concernant la « question allemande» et l'Ostpolitik saute aux yeux: la politique de Brandt tient dans quelques mots-clés qui sont renonciation à l'acquisition de l'arme nucléaire; acceptation du fait que la réunification ne serait réalisée qu'après avoir parlé avec Moscou et non au terme d'une « démonstration de force occidentale» ; reconnaissance des frontières issues de la Seconde guerre mondiale. Mikhaï1 Gorbatchev l'a dit: il n'aurait jamais pu mettre en œuvre sa nouvelle politique étrangère sans les Accords d' Helsinki, exten-

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