L'Amérique Latine en rébellion

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Quelle est aujourd'hui la situation de l'Amérique latine harcelée par le maccarthysme des Etats-Unis, en contexte de crise économique, sociale, politique et culturelle que traverse le monde entier ? Quel rôle jouent les nouveaux mouvements : néozapatistes mexicains, Sans Terre du Brésil, piqueteros argentins, communautés indigènes de Bolivie et d'Equateur ?
Publié le : samedi 1 novembre 2008
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EAN13 : 9782336261478
Nombre de pages : 156
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L'AMÉRIQUE

LATINE EN RÉBELLION

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

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Carlos Antonio AGUIRRE ROJAS

L'AMÉRIQUE

LATINE EN RÉBELLION

Mo uvements antisystémiq ues et mort de la politique moderne

Traduit de l'espagnol par Nils Solari (à l'exception de l'annexe nO!, traduite par Viviane Lorcery)

L'Harmattan

Du même auteur:
À L' Harmattan: Fernand Braudel et les sciences humaines, Paris, 2004. L 'histoire conquérante. Un regard sur I 'historiographie française, 2000.

Chez d'autres éditeurs: Mandar Obedeciendo. Las lecciones politicas del neozapatismo mexicano, Ed. Oesde Abajo, Bogota, 2008. Antimanual do n1au Historiador, Ed. Universidade de Londrina, Londrina (Brésil), 2007. Chiapas, Planeta Tierra, Ed. El Perro y la Rana, Caracas, 2007.
América Latina en la encrucijada, Ed. Contrahistorias, Mexico, 2007.

Kriticheskii Podjod k Istorii Frantzuskij « Annalov », Ed. Krugh, Moscou, 2006. Retratos para la Historia, Ed. Contrahistorias, Mexico, 2006. L'Amérique Latine: Crise globale et culture plurielle (en langue chinoise), Ed. Shangdong University, Shangdong, 2005. Para comprender el Siglo XXI, Ed. El Viejo Topo, Barcelone, 2005. La obra de Immanuel Wallerstein y la critca del Sistema-Mundo Capitalista, La Havane, 2005. Las 'luminosas' Edades Obscuras, Ed. Universidad de San Carlos, Guatemala,2005. Die Annales 'Schule'. Gestem, Heute, Morgen, Ed. Leipziger Universitaet, Leipzig, 2004. América Latina: Historia e Presente, Ed. Papirus, Sao Paulo, 2004. La historiografia en el Siglo X¥, Ed. Montesinos, Barcelone, 2004. Mitos y olvidos en la historia oficial de México, Ed. Quinto Sol, Mexico, 2004. Historia de la Microhistoria Italiana, Ed. Prohistoria, Rosario (Argentine),2003.

"Dans la lutte pour cette Amérique latine libérée, face aux voix obéissantes dont ils usurpent la représentation officielle, surgit aujourd'hui, avec une puissance invincible, la véritable voix des peuples, voix qui fait son chemin depuis les entrailles des mines de charbon et d'étain, depuis les usines et centrales sucrières, depuis les terres inféodées, où les brisés, les cholos, les gauchos, les jibaros, les héritiers de Zapata et de Sandino
saisissent les armes de leur liberté
.o."

Ernesto 'Che' Guevara,
En appui à la Déclaration de la Havane, 1960

L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

@

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06818-6 EAN : 9782296068186

INTRODUCTION
SUR LE RÔLE DE LA CIVILISATION LATINoAMÉRICAINE AU SEIN DU MONDE ACTUEL

"Plus que toute autre région au monde, l'Amérique latine ne cesse de changer et vite: les images d'hier risquent, demain, de ne plus rien valoir ou de sonner faux"
Fernand Braudel, Le nl0nde actuel, 1963.

Dans les quinze dernières années, l'Amérique Latine est devenue l'un des nouveaux centres les plus importants vers lesquels l'opinion publique mondiale a tourné son attention, et ce avec toujours plus d'intensité. Ceci s'est produit, non seulement du fait des changements politiques radicaux et parfois spectaculaires que cette région a connus ces dernières années, mais aussi et de manière plus profonde, parce qu'au sein de cette Amérique latine se trouvent et se développent aujourd'hui plusieurs des mouvements sociaux antisystémiques les plus importants au niveau mondial, qui depuis la chute du Mur de Berlin et l'effondrement définitif des différents projets du « socialisme réel », ont repris les bannières de la lutte anticapitaliste et anti-systémique, pour se convertir en référents importants et obligés du réseau planétaire chaque fois plus vaste des mouvements appelés aujourd'hui altermondialistes. Dans le même temps, et sous l'effet de cette attention croissante envers les réalités politiques et les mouvements antisystémiques du semi-continent latino-américain, il existe aussi un processus de plus grande diffusion et d'irradiation de la culture latino-américaine dans le monde entier, qui va des faits les plus quotidiens et triviaux comme ceux de la diffusion planétaire du rhum ou de quelque bière mexicaine, de la musique salsa en 7

particulier et de la musique caribéenne latino-américaine en général, jusqu'aux expressions plus sérieuses comme celles de la récente acceptation de l'espagnol en qualité de langue officielle au sein des travaux quotidiens de l'ONU, la croissante traduction d'auteurs latino-américains dans différentes langues de la littérature mondiale, jusqu'à la prolifération de "Départements d'Etudes Latino-américaines" au sein de différentes universités importantes de la planète, ou encore la multiplication d'accords d'échange académique et culturel entre les pays d'Amérique latine et les nations du monde. En effet, il est clair qu'en ce début de troisième millénaire, l'Amérique latine a commencé à être le théâtre d'événements politiques qui, au-delà de leur fort impact local-national et même régional - continental, ont attiré l'attention et le commentaire, tant de la part des grands journaux mondiaux, des nouvelles radiophoniques et télévisées des grandes chaînes mondiales d'information, que de la part d'analystes et d'étudiants, dédiés à l'examen et à la recherche des phénomènes sociaux et politiques les plus contemporains. Ainsi, et à titre d'exemple, la rébellion indigène équatorienne à l'origine du renversement du président Jamil Mahuad en janvier 2000, après que ce dernier ait appliqué des politiques ouvertement néolibérales et proposé la "dollarisation" officielle de l'économie équatorienne - en suivant les traces de ce que Carlos Menem avait fait plusieurs années auparavant en Argentine, provoquant comme nous le savons maintenant, la terrible catastrophe de ce pays en décembre 2001 a eu sans aucun doute un impact mondial. Effectivement, lorsque les peuples indigènes équatoriens ont encerclé le bâtiment du Congrès de leur pays, et qu'ils ont fait acte de leur présence massive dans toute la ville de Quito provoquant la chute du gouvernement, nous avons alors assisté à un événement fondamental ayant d'énormes conséquences non seulement pour l'Equateur et pour l'Amérique latine, car pour la première fois dans l'histoire, et au sein d'une nation où les indigènes représentent près 8

d'un tiers de la population totale du pays, une rébellion populaire indienne était capable de renverser un gouvernement national néolibéraI. Dès lors, en suivant le sillage du jYa basta! aujourd'hui

mondialement connu, clamé le 1er Janvier 1994 depuis les terres du
Sud Est mexicain par les néozapatistes, les indigènes équatoriens, qui eux aussi avaient été exclus du pouvoir politique et social durant des siècles et des siècles, ont fait entendre leurs voix et manifesté clairement leur volonté, en faisant tomber un gouvernement néolibéral sourd face à leurs revendications antérieures et en exigeant de manière ouverte la reconnaissance de leur existence et de leur point de vue quant à la gestion future des affaires politiques de leur propre pays!. Voilà pourquoi, dans le mois de janvier de l'année 2000, les regards de la planète se sont dirigés durant quelques jours en direction de cette petite nation de l'Amérique du Sud. Par là même a commencé un cycle qui demeure ouvert jusqu'à maintenant et qui a repositionné clairement le continent latinoaméricain au sein du monde, pour le convertir en un protagoniste actif et chaque fois plus important des événements mondiaux quotidiens, de même qu'au sein d'un espace civilisateur dont l'importance mondiale est chaque jour plus reconnue par les autres nations de la planète. Un cycle qui, naturellement, n'a pas surgi de nulle part, mais a mûri lentement depuis les quarante dernières années du XXe siècle, pour s'épaissir et faire irruption de manière plus permanente dans la dernière décennie passée.

Sur cet impact planétaire de la rébellion indigène équatorienne du début de l'année 2000, qui aurait le statut d'un véritable 'symptôme' d'un changement de longue durée dans I'histoire des mouvements antisystémiqueset anticapitalistes, voir d'Immanuel Wallerstein, "Pueblos indigenas, Coroneles populistas y globalizaci6n", dans la revue Contrahistorias, num. 4, México, mars 2005. 9

I

Depuis les impacts en Europe et aux Etats-Unis du "boom littéraire latino-américain"}, et en passant par des phénomènes comme celui de la conversion de l'image du Che Guevara en icône mondiale des mouvements de rébellion et d'insurrection populaire de la planète, jusqu'à l'énorme curiosité et l'espoir qu'a suscités l'originale révolution socialiste de Cuba, et l'ample récupération de certaines thèses des théories de la dépendance latino-américaine au sein de l'ensemble des sciences sociales contemporaines, il est clair que les phénomènes et les réalités latino-américaines, dans la vie sociale et culturelle de la planète, ont acquis un rôle plus central. Voilà pourquoi, au début des années quatre vingt dix, un vaste débat fut lancé autour de la célébration des cinq cents ans de l'arrivée des Espagnols en terres américaines, et lorsqu'en janvier 1994, les titres des journaux mondialement connus répétèrent durant plusieurs semaines les nouvelles du soulèvement indigène néozapatiste de l'état du Chiapas au Mexique, cela ne faisait qu'anticiper et commencer ce cycle auquel nous nous référons, et qui paraît s'être consolidé à partir de l'année 2000, faisant du continent latino-américain l'un des centres principaux de l'actuelle attention de l'opinion publique mondiale. Il n'est pas étonnant qu'après la rébellion indigène équatorienne de l'année 2000, se soit déroulé à Porto Alegre (Brésil) au début de l'année 2001, le premier Forum Social
Sur la richesse et sur les caractéristiques particulières de cette littérature complexe de l'Amérique latine, voir par exemple l'essai d'Alejo Carpentier, De 10 real maravilloso americano, Ed. UNAM, México, 2004 et aussi le livre de Carlos Monsivâis, Aires de familia. Cultura y sociedad en América Latina, Ed. Anagrama, Barcelona, 2000. Cette riche littérature latino-américaine, dont la force était déjà présente durant la première moitié du XXème siècle, avait attiré l'attention de Fernand Braudel, qui la caractérise comme une "littérature nouvelle, combative, violente, directe" et comme une "littérature révolutionnaire" montrant pour celle-ci une grande admiration. Sur ce point, cf. Fernand Braudel, Grammaire des civilisations,Ed. Arthaud - Flammarion,Paris, 1987,p. 463. 10
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Mondial. Un forum explicitement antagoniste et alternatif au Forum Economique Mondial de Davos, qui a attiré l'attention publique en direction de l'Amérique latine, en se constituant en réunion mondiale des mouvements, organisations et individus qui s'opposent au néolibéralisme et au capitalisme sur notre planète terre, toujours plus petite et exiguël. De même, grand fut l'impact de la "Marche de la Couleur de la Terre" organisée par le mouvement des indigènes néozapatistes mexicains; une marche qui a parcouru quatorze Etats du Mexique, et qui est parvenue à mobiliser près de treize millions de personnes, pour appuyer les demandes de ce mouvement rebelle tout à fait digne et en particulier l'observation et le respect des Accords de San Andrés Larrainzar, signés par le gouvernement mexicain il y a douze ans déjà, et qui aujourd'hui, en 2008, continuent de ne pas être honorés par ce même gouvernement en fonction2.
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Pour une radiographie descriptive du réseau mondial qui regroupe ces

mouvements concentrés au sein du Forum Social Mondial, appelés aujourd'hui mouvements altermondialistes, voir l'essai d'Anne - Marie Mergier, "Globalif6bicos. Las redes de la resistencia" in Proceso, num. 1277, 22 avril 2001. De même, un bilan de ce qu'a été le second Forum Social Mondial, également célébré à Porto Alegre, voir le premier numéro de la revue Alternativas Sur. Edici6n Colombia, vol. l, num. l, Bogota, 2002. Enfin, et pour une vision plus récente, et surtout plus analytique de ce que représente aujourd'hui ce Forum Social Mondial, cf. les essais d'Immanuel Wallerstein, "La fuerza creciente del Foro Social Mundial" et "Los dilemas de un espacio abierto: el futuro del Foro Social Mundial", tous deux dans son livre La crisis estructural del capitalismo, Coedici6n Centro Immanuel Wallerstein - Contrahistorias, México, 2005. 2 Sur la légitimité morale et sur la valeur universelle de ce mouvement néozapatiste mexicain qui se sont projetées de manière très claire dans cette Marche de la Couleur de la Terre, voir les quatre articles d' Immanuel Wallerstein, "Cuatro acercamientos al neozapatismo mexicano", dans le livre Historia y dilemas de los movimientos antisistémicos, Ed. Contrahistorias, México, 2008, et aussi Carlos Antonio Aguirre Rojas, Chiapas, Planeta Tierra, 4ème édition, Ed. Prohistoria, Il

La crise argentine de décembre 2001 a bénéficié tout autant d'un écho et d'un suivi très important. Une crise durant laquelle le peuple argentin a renversé le président Fernando de la Rua, une nouvelle fois lorsque celui-ci a tenté de maintenir les schémas néolibéraux hérités des deux gouvernements de Carlos Menem, en parvenant presque à dépouiller la population argentine des épargnes de toute leur vie, par le tristement célèbre mécanisme du "corralito" . Crise argentine qui fut suivie une fois de plus dans le monde entier, et dont l'impact s'est accru aussi parce qu'elle a montré, d'une manière dramatique, ce que produisent les politiques néolibérales et les directives du Fond Monétaire International lorsqu'elles sont exécutées et appliquées jusqu'à leurs ultimes conséquences: c'est-à-dire, la faillite, non d'une entreprise ou d'un groupe d'entreprises, pas même d'une branche ou de tout un secteur de l'économie, mais la faillite complète et totale de l'économie de toute une nation 1.

Rosario, 2007, Mandar Obedeciendo. Las lecciones politicas del neozapatismo mexicano, 3ème edition, Ed. Desde Abajo, Bogota, 2008, et "Planeta Tierra: los movimientos antisistémicos hoy" in Contrahistorias, num. 10, México, 2008. 1 Pour des tentatives d'analyses des antécédents et du caractère de la crise argentine de la fm de l'année 2001, voir, par exemple, le numéro spécial de la revue Theomai, "Argentina: crisis, qué crisis" numéro spécial de novembre 2002, Quilmes, 2002; Guillermo Almeyra, La protesta social en la Argentina (1990 2004), Ed. Continente, Buenos Aires, 2004, Colectivo Situaciones, 19 y 20. Apuntes para el nuevo protagonismo social, Ediciones De Mano en Mano, Buenos Aires, 2002, François Chesnais et Jean-Philippe Divès, jQue se vayan todos I, Ed. Nautilus, Paris, 2002, Daniel Pereyra, Argentina Rebelde, Ed. El Viejo Topo, Barcelone, 2003, Raul Zibechi, Genealogia de la revuelta. Argentina: la sociedad en movimiento, Ed. FZLN, México, 2004 et Daniel Hérard et Cécile Raimbeau, Argentine Rebelle, Ed. Alternatives, Paris, 2006. 12

Ainsi, d'une façon continue et persistante, l'Amérique latine a acquis une place plus importante au sein des mass médias, qui n'est rien de plus que le reflet d'un nouveau rôle social, beaucoup plus central et significatif qu'occupe la civilisation latino-américaine au sein de la dynamique globale de l'ensemble des civilisations. C'est pourquoi, en 2002, ont été diffusées et suivies les péripéties du coup d'Etat développé au Venezuela, de même que quelques mois plus tard, la victoire de Lula à l'élection présidentielle au Brésil. En effet, on a pu observer comment un coup d'Etat monté par la droite vénézuélienne, avec l'assentiment complaisant du gouvernement nord-américain, était déjoué en quelques jours par les masses populaires vénézuéliennes qui, lorsqu'elles se sont rendues compte de la tentative de renversement d'Hugo Chavez, sortirent dans les rues et envahirent les places, entourèrent le palais présidentiel de Miraflores, exerçant une énorme pression politique qui s'est terminée par la réinstallation de Chavez à son poste de président. Tout le monde a également pu observer la campagne complexe puis la victoire de Luiz Inazio da Silva (Lui a) au Brésil, dans laquelle un ex-ouvrier métallurgiste, né des secteurs les plus pauvres du Brésil, et formé comme syndicaliste et lutteur social durant des décennies, parvenait à la présidence du Brésil, lors de sa quatrième tentative électorale, bénéficiant d'une sympathie et d'un appui populaire écrasant, non seulement au sein du pays, mais dans toute l'Amérique latine. Durant cette même année 2002, tout le monde a regardé en direction de la Bolivie, où un leader indigène du mouvement des producteurs de coca, Evo Morales, du Mouvement vers le Socialisme, a également été sur le point d'emporter l'élection présidentielle bolivienne. En octobre 2003, en mai et juin 2005, la Bolivie fut de nouveau le centre de l'attention publique mondiale. Premièrement en 2003, lorsque s'est produit le renversement du président Gonzalo Sanchez de Losada, surnommé populairement "le gringo", 13

parvenu au pouvoir avec une très petite marge de différence face à Evo Morales et donc dans une situation de légitimité assez faible, et qui s'était pourtant dédié durant les brefs mois de son gouvernement à mettre en place, lui aussi, des politiques férocement néolibérales, lesquelles livraient le gaz bolivien aux Etats-Unis à un prix extrêmement bas, en même temps qu'elles faisaient chuter les salaires des gens et détérioraient chaque fois plus leurs conditions de vie déjà précaires 1. Ou encore en mai et juin 2005, lorsque les masses populaires boliviennes prirent la ville de la Paz et encerclèrent celle de Sucre, en forçant à la démission le président Carlos Mesa, timide et hésitant, et en évitant ensuite le risque d'un coup d'État militaire, pour obtenir l'organisation d'élections générales anticipées, mais surtout pour mettre au centre du débat national bolivien le thème de la nationalisation intégrale, urgente, définitive et irrévocable des hydrocarbures de ce même pays2. Ce qui, quelques mois après, a
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Sur les deux plus importantes rébellions vécues en Bolivie durant ce

gouvernement de Gonzalo Sanchez de Losada, voir Hugo José Suarez, 2007, Pablo Mamani Ramirez, El rugir de las multitudes, Ed. Aruwiyiri, La Paz, 2004, Raul Prada, Largo octubre, Plural Editores, La Paz, 2004, Josue Montoya et Rosa Rojas, El despertar de un pueblo oprimido, Ed. Musux Wayra, El Alto, 2004, et les essais de Pablo Solon, "Radiografia de un febrero" et Marcos Domich, "Bolivia: el ensayo general", in Bolivia, de la série Latinoamérica. Espejo de rebeldias, livre numéro 1, Ed. Tierra del Sur, Buenos Aires, Argentina, 2003. 2 Sur ce conflit vécu en Bolivie en 2005, qui montre le haut niveau de conscience, d'organisation et de politisation auquel sont parvenus les masses populaires boliviennes, il paraît important de voir, en premier lieu, la très juste couverture du quotidien La Jornada sur les événements boliviens de mars 2005, spécialement dans ses notes publiées entre le 8 et le 18 mars. Pour les faits de mai et juin 2005 cf. par exemple la revue El Juguete Rabioso, num. 130, La Paz, Il juin 2005, et notre essai, Carlos Antonio Aguirre Rojas, "Bolivia Rebelde. Las lecciones de los sucesos de 14

Bolivia. Pais rebelde 2000 - 2006, Ed. Colegio de Michoacan, Zamora,

débouché sur l'élection d'Evo Morales comme Président de la Bolivie, un fait qui une fois de plus, a attiré l'attention vers le futur de cette nation majoritairement indigène. Des faits et des processus complexes qui, en se répercutant par des voies distinctes et de manière globale dans la géopolitique mondiale, se sont déroulés au sein des diverses nations d'Amérique Latine, afin d'installer cette dernière au sein des préoccupations quotidiennes et de l'attention récurrente de l'opinion mondiale. Ce qui ensuite s'est renouvelé et actualisé une fois de plus avec l'appui et l'ample victoire populaire emportée par Tabaré Vazquez en Uruguay à la fin de l'année 2004, et avec la célébration du Cinquième Forum Social Mondial début 2005, tenu à nouveau dans la ville de Porto Alegre au Brésil, dans des conditions bien différentes de celles des trois premiers Forums Sociaux Mondiaux. De cette manière, si nous observons tous ces événements et processus qui se sont déroulés en Amérique Latine durant les huit dernières années, nous pourrions alors nous demander légitimement: à quelles raisons spécifiques et profondes obéit cette attention croissante, et surtout ce nouveau rôle, beaucoup plus central de la civilisation latino-américaine? Quels sont les motifs, particuliers et généraux, qui expliquent qu'un tel protagonisme se soit affirmé et développé de manière progressive et incessante, durant les trente ou trente cinq dernières années, pour devenir évident et s'installer de manière définitive lors des dix dernières années? Comment cette nouvelle centralité de l'Amérique latine s'inscrit elle dans le scénario géopolitique social et mondial, avec les processus plus globaux du capitalisme mondial durant ces mêmes quatre décennies commencées avec la révolution culturelle mondiale de 19681, et
mayo y junio de 2005 en perspectiva hist6rica" in Contrahistorias nUm. 5, México, septembre 2005. 1 Sur cette révolution culturelle mondiale de 1968, et sur ses importantes conséquences, toujours vives dans toutes les cultures nationales du monde, voir, à titre d'exemple, les essais d'!mmanuel Wallerstein, "1968: 15

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