L'armée brésilienne

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Le brésil, même à l'époque de la dictature des généraux, avait un des budgets militaires les plus faibles du monde. L'armée brésilienne compte moins de 300 000 hommes. Autant les généraux joueront un rôle majeur dans la politique réactionnaire menée après le coup d'Etat de 1964, autant il apparaît qu'auparavant l'armée a exercé une influence progressiste dans l'évolution du pays. Une analyse approfondie de l'institution militaire qui apporte une meilleure connaissance du pays.
Publié le : mercredi 1 octobre 2003
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EAN13 : 9782296336186
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ORGANISATION ET RÔLE GÉOPOLITIQUE De 1500 à nos jours

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5192-X

Catherine Prost

L'ARMEE BRESILIENNE
ORGANISATION ET RÔLE GÉOPOLITIQUE De 1500 à nos jours

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L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Collection Recherches-Amériques latines dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin
La collection Recherches Amériques latines publie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace extrêmement divers qui s'étend du Mexique et des Caraïbes à l'Argentine et au Chili. Dernières parutions

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A la mémoire de mon père

PRÉFACE

Ce n'est pas sans scrupules, ni réticences que Catherine Prost s'est engagée dans cette étude sur l'armée brésilienne. Fille de démocrates qui avaient dû quitter le Brésil du fait de la dictature des généraux, ses sentiments et ses convictions la détournaient plutôt de consacrer une réflexion approfondie à ces militaires. Leurs chefs ne venaient-ils pas pendant vingt ans d'exercer leur pouvoir sur cet immense pays, auquel Catherine Prost est profondément attachée. Elle est née à Joao Pessoa et elle y a passé les premiers mois de sa vie. Sa géographie sentimentale, pourrait-on dire, résulte des péripéties de la Géopolitique: son père, l'un de mes plus vieux amis - hélas soudainement décédé en 1999 -, sa mère qui est Brésilienne et elle aussi géographe, ont enseigné plusieurs années à Joao Pessoa,. leurs amis étaient nombreux parmi les intellectuels et dans les milieux populaires, ce qui, en 1969, a contraint au départ Gérard et Tesy Prost à la suite de mesures policières. Si cela explique que leur fille soit devenue géographe comme ses parents et que, sous leur influence, elle se sente très Brésilienne (elle a d'ailleurs vécu en Guyane, près du Brésil, et elle s'exprime avec grand talent dans cette tradition éminemment brésilienne qu'est la danse), au contraire, il semble encore plus paradoxal qu'elle ait pris l'armée brésilienne comme sujet de thèse. En tant que géographe, elle aurait pu consacrer ce genre de recherches longues et minutieuses à bien d'autres problèmes brésiliens que ceux de l'armée et des idées des généraux. Et d'ailleurs, on peut se demander si un tel thème ne relevait pas davantage de la sociologie ou de la science politique. Mais dans ces deux disciplines, on n'a guère étudié jusqu'à présent les institutions militaires en tant que telles et surtout pas leur rôle dans le contrôle et l'organisation des territoires. Or le grand intérêt du livre de Catherine Prost tient pour une grande part au fait qu'elle démontre l'articulation qu'il y a entre les

structures de cette institution très particulière qu'est une armée et l'immensité de ce territoire brésilien où, depuis la fin du XIXe siècle et encore aujourd'hui, elle joue un rôle organisateur considérable, en Amazonie notamment. Mais le livre de Catherine Prost est aussi une importante contribution à l'analyse de l'évolution des idées géopolitiques, car avec la Geopolitica, l'armée brésilienne a joué dans ce domaine un rôle très particulier et presque d'avant-garde. En effet, la Geopolitica est apparue au Brésil dès les années 1920 (avec les travaux du professeur Backheuser), c'est-à-dire immédiatement après l'apparition du courant d'idée géopolitique en Allemagne. Alors qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le mot même de géopolitique Jut proscrit dans la plupart des pays, sous prétexte de ses relations avec le nazisme, la Geopolitica au Brésil continua de jouer un grand rôle dans l'appareil d'État et d'être l'objet de sérieuses recherches dans le haut commandement militaire. Or, ces officiers n'étaient pas suspects de sympathie hitlérienne, car bon nombre d'entre eux avaient fait partie de ce corps expéditionnaire brésilien (le seul détachement latino-américain) qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, avait été envoyé en Europe où il avait courageusement combattu la Wehrmacht et les SS, notamment sur le front d'Italie. La Geopolitica brésilienne, outre l'ancienneté et la permanence de son développement présente un autre intérêt, celui d'être surtout soucieuse des problèmes géographiques et politiques internes de cet immense État. A ce titre, elle a été, dès ses débuts, fort différente de la géopolitique allemande qui était surtout préoccupée de rivalités territoriales entre les États. Au début du XXe siècle, le Brésil avait stabilisé ses frontières et n'avait plus vraiment à craindre les empiétements d'États voisins. Il n'en était pas de même au Chili et en Argentine, dont les visées territoriales s'accompagnèrent d'écoles géopolitiques expansionnistes de type allemand. En revanche, l'immense Brésil, au-delà des régions côtières, restait encore une sorte d'archipel que l'expansion économique de Slio Paulo, malgré son dynamisme, ne parvenait pas à structurer. Avec la Geopolitica, les officiers

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de l'École supérieure de guerre (qu'ils dénommèrent «la Sorbonne») cherchèrent à organiser géographiquement et stratégiquement le territoire de l'État en vue d'une meilleure cohésion de la nation Brésil. Le développement de la Geopolitica est étroitement lié aux idées qui prévalurent avec l'Estado novo de Getrilio Vargas et on pourrait dire qu'elle culmine dans les années 1950 avec le choix du site de la future Brasilia, comme capitale fédérale du Brésil. Mais à partir des années soixante, le souci des problèmes politiques internes qui avaient jusqu'alors caractérisé la Geopolitica brésilienne, se combina à la prépondérance des

problèmes géopolitiques d'envergure mondiale: la « guerre
froide» que se livraient depuis 1947 les deux superpuissances n'avait pas été directement menée en Amérique du Sud jusqu'à la fin des années 1950 (elle avait déjà affecté l'Amérique Centrale), mais elle se développa à partir de 1962-1963 et la diffusion des idées castristes après le virage de la révolution cubaine vers le communisme. Le coup d'État militaire de 1964 au Brésil en est la conséquence directe. A droite et à gauche, on se souvenait de la «longue marche» au Mato Grosso des soldats révolutionnaires de la «colonne Prestes» (1922-1924). Avec l'extension de la guerre froide, la Geopolitica devint, pour les généraux brésiliens qui s'en targuaient jusqu'alors, un discours soi-disant scientifique tenant lieu de théorie pragmatique aux stratégies contre tout ce qui pouvait ressembler à du communisme. Dans l'évolution des idées géopolitiques, le cas de la Geopolitica brésilienne est, à mon avis, tout à fait singulier et particulièrement intéressant. C'est pour dénoncer ce qui lui paraissait n'être qu'une sorte de perversion réactionnaire de la géographie, que Catherine Prost aborda d'abord la Geopolitica brésilienne. Jeune géographe, elle se préoccupait de géopolitique, comme beaucoup dans le début des années 1990,. admise à la formation doctorale de Géopolitique (Université Paris-VIII), c'est évidemment sur le Brésil qu'elle voulut faire son mémoire de recherches, sur le cas de l'Amazonie et du rôle géopolitique des militaires. Mais cela avait déjà fait l'objet de nombreuses publications et je lui ai plutôt conseillé d'examiner le cas de la Geopolitica,

Il

qui n'avait guère fait l'objet d'une approche historique sérieuse. Après avoir soutenu sur cette question un intéressant mémoire de DEA, s'est posé pour Catherine Prost le problème du choix d'un sujet de thèse. Lorsque je lui ai suggéré d'élargir ce qu'elle avait déjà fait à une étude d'ensemble de l'armée brésilienne et à son rôle géopolitique, je dois dire qu'elle ad' abord fait montre, pour le moins, de fort peu d'enthousiasme: elle était plutôt antimilitariste de façon générale et pour des raisons personnelles tout à fait compréhensibles, elle avait fort peu de sympathie à l'égard de cette armée qui, dix ans auparavant, tenait encore le Brésil sous sa coupe. Je lui ai exposé qu'hormis des publications à usage interne, les armées n'avaient fait l'objet que de très rares études en sciences sociales et qu'aucune n'avait été menée avec la préoccupation des territoires où se déploient en temps de paix ces appareils militaires. Bref, une armée pouvait faire l'objet d'une très intéressante thèse de géographie géopolitique. Je confesse que j'ai un peu forcé la main de Catherine Prost pour le choix de son sujet de thèse. Je ne pense pas qu'elle le regrette aujourd'hui et j'estime que les résultats de son travail sont d'un très grand intérêt. Je me bornerai à en souligner quelques enseignements majeurs. L'étude de l'organisation territoriale de l'armée brésilienne montre que celle-ci est encore aujourd'hui curieusement localisée pour une grande part dans l' extrêmesud du pays, principalement dans le Rio Grande do Sul. C'est aussi de cet État que sont originaires encore aujourd'hui bon nombre d'officiers. Ceci est la conséquence de la guerre contre le Paraguay (1865-1870). Ce conflit qui fut beaucoup plus dur qu'on ne l'imagine habituellement marque l'origine véritable de l'armée brésilienne. Celle-ci n'existe guère auparavant: l'armée coloniale portugaise tient surtout les côtes et la formidable expansion du Brésil vers l'intérieur est essentiellement le fait de groupes armés privés, les bande iras. Cette référence à l'histoire pour mieux comprendre le présent a conduit à examiner le rôle qu'avait eu l'armée brésilienne dans l'évolution politique du pays, depuis la fin du X/Xe siècle. Et ceci n'a pas été sans surprise pour

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Catherine Prost. En effet, autant les généraux brésiliens joueront un rôle majeur dans la politique réactionnaire menée après le coup d'État de 1964, autant il apparaît qu'auparavant l'armée a exercé une influence plutôt progressiste dans l'évolution politique du Brésil. Cette armée, dès son retour de la guerre avec le Paraguay, apparaît comme l'adversaire de l'oligarchie terrienne forte des bandes armées qu'elle contrôle et des milices locales qui forment la Garde nationale. L'armée joue un rôle progressiste lors de l'abolition de l'esclavage en 1888 (le Brésil échappe à une guerre de sécession comme celle qui s'est déroulée aux ÉtatsUnis) et en 1889 lors de la proclamation de la République. C'est pour une grande part dans les cadres de cette armée que se développent les sentiments républicains et les idées de progrès inspirées par le positivisme d'Auguste Comte. C'est aussi une grande partie de cette armée qui soutient la politique de modernisation de l'État, menée par Vargas qui est lui-même un ancien militaire. C'est dire à quel point le coup d'État de 1964 largement inspiré par les États-Unis, marque un changement radical dans le rôle de l'armée brésilienne. On aurait pu s'attendre à ce que cette armée, une fois au pouvoir, devienne, comme dans d'autres pays, une force numériquement considérable et qu'elle s'adjuge une part substantielle du produit national et du budget de l'État. Catherine Prost montre que cela n'a pas été le cas. L'armée brésilienne compte moins de 300 000 hommes (moins de 200 000 pour l'armée de terre dont seulement 125 000 sont conscrits). Il s'agit d'un effectif comparable à celui de l'armée française, avant la suspension du service national, alors que la France est un pays trois fois moins peuplé et que son territoire est seize fois moins vaste. Le Brésil, même à l'époque de la dictature des généraux, avait un des budgets militaires les plus faibles du monde (en 1991 0,4 % du PIB, soit le 156e rang mondial). Cela montre que l'importance du rôle de l'armée au sein. d'une nation n'est pas simplement fonction de l'importance des effectifs ou du budget militaire. Ces points, parmi bien d'autres, qui ont suscité mon étonnement et mon attention, montrent l'intérêt du livre de Catherine Prost, tant par la méthode qu'elle propose pour

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l'analyse d'une institution militaire, que par la meilleure connaissance du Brésil qu'il permet.
Professeur Yves LACOSTE émérite de l'Université Paris VIII

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INTRODUCTION

Le choix de l'armée comme sujet d'étude géopolitique s'explique par sa nature: elle est l'institution mobilisée en cas de conflits pour le contrôle du territoire national. La géopolitique étudiant les rivalités de pouvoir sur un même territoire, l'armée apparaît donc comme un sujet d'étude géopolitique par excellence. Pourtant, ce type d'analyse est

rare, non seulement au Brésil mais en général. La
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connotation longtemps négative de la géopolitique, du fait de son appropriation par Hitler pour justifier sa politique, a pu expliquer cette lacune. Par ailleurs, au Brésil, les universitaires, dont les géographes, ont rejeté la géopolitique en se référant à l'attitude de leurs homologues français. La France dispose jusqu'à aujourd'hui d'un fort rayonnement culturel au Brésil, et notamment en géographie. De manière générale, les intellectuels brésiliens actuels, et en particulier les universitaires, partagent une opinion de gauche. Le raisonnement marxiste a souvent été utilisé dans les analyses politiques, mais aussi économiques, sociologiques ou géographiques. Ainsi, les diverses interventions de l'armée dans la vie politique (1889, 1930, 1945, 1954, 1961, 19641), n'ont pas été toutes perçues de façon positive. Au XXe siècle, les coups d'État, ratés ou réussis, ne reçoivent pas l'approbation des intellectuels (même si plusieurs d'entre
l

1889: proclamation de la République; 1930: révolution dirigée par

Getulio Vargas qui renforce son pouvoir présidentiel par un coup d'État en 1937; 1945: déposition de Vargas; 1954: coup d'État contre la prise de pouvoir du président élu Kubitschek vaincu par le maréchal Lott ; 1961: le président Quadros démissionne alors que le vice-président, Goulart, est en Chine. Il ne rentrera succéder à Quadros qu'après l' adopti on du parlementarisme par le Parlement.

eux - les réussis - sont déclenchés après appels de civils2). La mise en place de la dictature militaire en 1964 a renforcé sensiblement le sentiment de méfiance des universitaires de gauche à l'égard des militaires. Je dois moi-même avouer que, si ce n'était la proposition de mon directeur de thèse, Yves Lacoste, je n'aurais pas pensé à étudier un tel sujet, non pas du fait d'une position antimilitariste, mais plutôt pour la distance qui sépare le monde civil du monde militaire. Étant d'origine brésilienne, j'acceptais cette proposition avec curiosité. En effet, cette étude est spécialement intéressante pour connaître la part de l'armée dans les décisions géostratégiques nationales, mais aussi dans les questions de géopolitique nationale, en particulier pendant le régime militaire entre 1964 et 1985. L'armée brésilienne se distingue par son rôle géopolitique conséquent à travers I'histoire. L'institution n'a pas seulement joué son rôle de gardienne du territoire national par la défense des frontières et des institutions publiques, se cantonnant aux études géostratégiques. Elle a outrepassé les missions considérées comme traditionnelles d'un point de vue occidental en intervenant plusieurs fois directement ou indirectement dans la politique nationale. Le régime militaire entre 1964 et 1985 illustre bien la prétention militaire à diriger le pays. Cette situation était certes commune à la plupart des pays d'Amérique latine dans les années 1960-1970, mais le Brésil se différencie des autres États hispaniques par l'importance de son programme géopolitique, la geopolftica, élaboré précédemment au coup d'État de 1964. Depuis les années 1920, des analyses géopolitiques sur le territoire sont menées dans les cercles militaires brésiliens, soit à la même époque que les travaux entrepris par l'Institut de Munich sous la direction de Haushofer. Mais alors qu'en Allemagne Hitler réduisait considérablement la liberté d'analyse des membres de l'institut, ne gardant que les théories légitimant sa politique expansionniste, au Brésil les recherches furent poursuivies, rejetant tout lien avec la géopolitique nazie. De fait, et au fil des décennies, les auteurs
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In. STEPAN, 1973.

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brésiliens adaptèrent les théories européennes au contexte sud-américain et brésilien. Leurs ouvrages forment une véritable école géopolitique nationale qui influença ou convergea avec les politiques de gouvernements civils entre 1930 et 1964. En 1964, les généraux brésiliens prirent le pouvoir au nom d'un projet géopolitique global pour le pays. Pourtant, à la vue de la taille de l'armée brésilienne, une interrogation s'impose: comment expliquer la si grande importance géopolitique d'une armée relativement petite en termes d'effectifs et de budget? L'armée brésilienne ne figure pas comme une grande armée avec ses 300 000 hommes pour une superficie nationale de 8,5 millions de km2. La faiblesse des effectifs est une donnée historique qui s'explique en partie par l'existence d'autres organisations de défense. La police militaire, avec son statut de force auxiliaire et de réserve de l'armée, compense la taille modeste de l'armée. Le budget militaire paraît également faible pour une institution qui gouverna le pays pendant plus de vingt ans. Comment expliquer ces paradoxes? Au Brésil, l'armée est apparue comme un facteur de poids, bien plus dans la cohésion territoriale du pays que dans son expansion. Le travail de conquête considérable fut effectué principalement par les colons durant la période coloniale entre le XVIe et le XVIIIe siècles. L'armée, marginalisée dans ce climat de violence généralisée, consolida les fronts pionniers mais ne combattit significativement pour étendre et asseoir la souveraineté portugaise puis brésilienne que dans la région du Rio de la Plata3. En 1822, à l'indépendance du Brésil, elle est chargée de la défense d'un territoire immense. Les menaces externes sont faibles, en revanche, le Nord et le Centre-Ouest du pays sont quasiment vides de population et les différentes régions du pays sont très mal articulées entre elles. L'armée, qui a acquis une force politique centrale depuis l'instauration de la République en 1889, se tourne alors vers les problèmes internes. Au début du XXe siècle, les militaires brésiliens
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Rio da la Plata en espagnol,
cette région.

d'où l'utilisation

du terme « platin.»

pour

qualifier

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commencèrent à réfléchir sur le territoire national, non pas en termes d'expansion territoriale, comme cela était le cas en Europe, mais en termes d'aménagement du territoire. Avec la professionnalisation militaire et la «science» géopolitique, les officiers se sentent compétents pour diriger les affaires nationales. Les officiers brésiliens vont donc orienter leurs recherches sur l'unité et l'intégration du territoire, soit mieux articuler les régions entre elles pour unifier le marché national. Le développement économique est vu comme un fondement crucial de la puissance d'un État et le moyen d'intégrer les États voisins dans la sphère d'influence brésilienne. Cette vision stratégique et la faiblesse des menaces externes aident à expliquer la taille modérée de l'armée brésilienne. La formulation de programmes géopolitiques ne demande pas non plus de forts effectifs militaires, mais plutôt la convergence de visions de la société et de la politique avec les élites civiles en vue de leur application. Le principal rival pour I'hégémonie en Amérique du Sud est l'Argentine, deuxième grand pays du cône sud. Ce rapport de force hérité de la période coloniale se poursuit donc au XXe siècle et explique le flagrant déséquilibre géographique de l'armée brésilienne: la grande concentration des troupes dans le sud contraste avec la faiblesse des effectifs dans la région Nord. Mais la bataille pour I'hégémonie sur le continent a entraîné les officiers à réfléchir également sur l'occupation et la mise en valeur du Centre-Ouest et de l'Amazonie. Dans cette dernière région, l'action géopolitique des militaires fut la plus marquante; elle reste jusqu'à aujourd'hui le dernier pré carré des généraux. Depuis les années 1990, la situation géopolitique régionale a changé. Les théories de la guerre froide étant dépassées et la rivalité avec l'Argentine faisant place à une coopération soutenue dans le cadre du Mercosud, l'armée brésilienne n'a plus ses ennemis traditionnels. Elle traverse une crise d'identité, aggravée par des finances médiocres. Un débat se déroule sur une réforme de l'organisation et des

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missions de l'armée, tant à l'échelle nationale qu'internationale4. De nouvelles hypothèses de menaces sont alors formulées par les états-majors. L'Amazonie est présentée comme la région vulnérable du Brésil du fait de la faiblesse de son occupation, des problèmes qui se passent sur ses frontières et des convoitises que ses richesses attiseraient de la part d'États étrangers. La question de la défense de l'Amazonie répond également aux critiques adressées sur le mode de développement dans cette région. Les généraux rénovent leurs discours et tentent de garder une marge de manœuvre sur la dernière «frontière »5 du pays. N'étant plus aux commandes du pouvoir, les officiers doivent justifier la nécessité de leur implication dans la défense de l'Amazonie; ils cherchent ainsi à accroître leur crédit, politique et financier. L'adoption en 1996 du système de surveillance et de protection de l'Amazonie (SIVAM/SIPAM) grâce à une couverture aérienne et spatiale en est une illustration. Il appartient maintenant à la classe politique de s'engager plus vivement dans les questions militaires. L'actualité des décisions du président Cardoso concernant les missions et les formes de l'armée6 rend d'autant plus intéressante l'étude de son organisation. Les débats actuels sur la redéfinition des missions et de l'organisation de l'armée permettent de voir quel projet géopolitique est défendu par les forces armées, de quelle façon celles-ci cherchent à atteindre leurs objectifs, quelles sont les représentations qui animent militaires et civils. Le débat est donc ouvert sur les questions suivantes: quelle doit être la forme de l'armée (de conscription ou de métier, sophistication de l'armement...)? Quels sont ses
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Les autorités américaines ont suggéré des réformes des armées latinoOn distingueen anglais le terme boundary (frontière entre deux États) de

américaines (cf. Chap 8).

celui de frontière. Je parle ici de frontière au sens américain. du terme, soi t un espace à conquérir, à occuper, à mettre en valeur effectivement et sur laquelle l'État expansionniste peut imposer son contrôle officiel grâce à l'occupation effective d'un front pionnier et la présence de forces armées. On parle encore de nos jours d'une «frontière» en Amazonie. 6 cf. la nouvelle politique militaire a déjà été présentée et le ministère de la défense créé.

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objectifs (entraînement pour la défense et les interventions à l'étranger sous l'égide de l'ONU ou orientation privilégiant les activités sociales et/ou policières) ? Quelle est la place de l'armée dans la société (stricte soumission au pouvoir politique et limitation à la défense du territoire ou maintien d'une marge de manœuvre politique) ?

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CHAPITRE 1 L'ARMÉE, SECONDAIRE DANS LES PROCESSUS COLONIAUX, MAIS GARANTE DE L'UNITÉ DU TERRITOIRE

Le territoire initial de la colonie a été considérablement accru. La majeure partie de l'expansion s'est produite pendant l'ère monarchique, puis dans une moindre mesure sous l'Empire mais avec une faible participation de l'armée. Cette dernière fut surtout mobilisée dans le Sud du fait des contacts avec les Espagnols d'Argentine et de la longue rivalité entre les deux pays voisins. Afin. de mieux saisir les particularités de l'armée au Brésil, je prendrai des éléments de comparaison avec d'autres grands mouvements de conquête, tels la conquête de l'ouest des États-Unis, de la Sibérie et de l'Amérique latine. Les deux premiers exemples se justifient par certaines similitudes avec le cas brésilien: il s'agit de territoires immenses conquis par un État expansionniste et qui se trouvent encore de nos jours sous la souveraineté de l'État en question. L'exemple américain. est d'autant plus parlant qu'il a donné naissance à un nouveau concept, celui de «frontière », espace à occuper et à mettre en valeur. Dans le cas américain, il s'agit de la conquête de «l'Ouest », au-delà du Mississipi. Quant à la comparaison avec l'Amérique hispanique, elle se justifie par la concomitance des colonisations espagnole et portugaise et par les conflits (ou leur rareté) engendrés entre les deux colonies.

UN SIÈCLE DE LÉTHARGIE TORDESILLAS

AVANT LA CONQUÊTE

OUTRE-

En 1494, les couronnes portugaise et espagnole signent le traité de Tordesillas qui partage leurs aires d'influence sur le continent sud-américain par le méridien de 50° ouest. La première question qui se pose tient à l'origine du processus de conquête territoriale. En 1500, la « découverte» du Brésil par les Portugais n'a pas grand intérêt comparée au mouvement de colonisation des Espagnols. Ceux-ci trouvèrent rapidement des métaux précieux et tirèrent parti de l'existence de civilisations indigènes évoluées, organisées et connaissant bien leurs régions. Les premiers Portugais en revanche entreprirent seulement d'exporter du bois de paubrasil, qui allait donner son nom au territoire. Mais cette activité n'allait en aucune manière impulser le développement et le peuplement de la nouvelle colonie. Celle-ci ne représentait pour la couronne de Bragance qu'une sécurité supplémentaire de la route maritime vers les Indes avec lesquelles le Portugal avait tissé des liens commerciaux. L'extension territoriale n'allait vraiment commencer qu'au XVIIe siècle. Treize capitaineries créées en 1530 furent confiées à des donataires généralement nobles. Cette disposition commune à la colonie hispanique diffère de l'occupation de Sibérie où le début de la colonisation en 1550 fut confié par le tsar Ivan IV à une famille d'entrepreneurs, les Stroganov. L'exploitation économique de la région provoqua d'importants flux de migration, encouragés par l'empereur. Cela entraîna des avancées de plus en plus profondes en Sibérie. Les résistances des populations natives ont conduit la puissante famille Stroganov à engager des mousquetaires et des artilleurs, forces professionnelles et fixes chargées de protéger les établissements russes. Au Brésil en revanche, les capitaineries ne se peuplèrent pas. Aussi, une vingtaine d'années plus tard, un gouvernement général est nommé à Salvador de Bahia pour donner un essor et une cohésion à la série d'unités littorales portugaises dont les trois pôles étaient Salvador de Bahia, Rio

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de Janeiro et Santos. Avec le déclin du monopole portugais dans le commerce des épices, le gouvernement de Bragance se tournait vers ses acquis territoriaux en Amérique du Sud. En outre, à l'époque des grands mouvements de colonisation européenne, les autorités portugaises devaient consolider avec précision le domaine portugais et le défendre des expéditions françaises et hollandaises. Les Hollandais ont en effet réussi à s'imposer sur la côte nordestine à partir de 1624. En 1625, 1 500 soldats portugais étaient envoyés, constituant une force permanente chargée principalement de la défense de la frontière maritime. Les soldats ne parvinrent à expulser les Hollandais qu'en 1654, démontrant la difficulté portugaise à contrôler son territoire colonial1. Celte disposition diffère du schéma sibérien où les forces régulières permanentes furent déployées, non pas pour lutter contre une puissance étrangère qui voulait envahir le même territoire, mais contre les populations qui habitaient déjà la région concernée. L'armée eut donc pour première mission la défense de la colonie contre les invasions étrangères, mais cette mesure fut jugée insuffisante par les autorités portugaises. Afin. de pérenniser la présence portugaise en Amérique et face au manque de richesses naturelles de grande valeur, un choix productif devait être encouragé. Fort de l'expérience acquise dans d'autres colonies africaines, le gouvernement portugais décida d'exporter au Brésil la culture de canne à sucre. Les excellents sols (massapé) de la zone littorale, entre Salvador de Bahia et Recife, se prêtaient très bien à la plantation de canne à sucre. Cette culture devint rentable surtout à partir des années 1620-1630, avec la mise au point du moulin. à sucre vers les années 1610 qui avait permis l'augmentation considérable de la production. Elle supposait la disponibilité d'une main-d'œuvre considérable, tant dans le secteur agricole qu'industriel. La main-d'œuvre amérindienne fit rapidement défaut du fait de la mortalité qui l'affectait2, de la protection officielle dont elle bénéficiait et de sa fuite vers «l'intérieur ». Il s'ensuivit l'importation
Le Brésil aurait été peuplé de 25 000 Européens en 1600 et de 50 000 lors de la reconquête de Recife en 1654.
2 1

Bien plus par le manque d'immunité

à certaines

maladies

des Blancs

comme la grippe, que par mort violente.

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massive d'esclaves africains (4 millions sur 250 ans, soit 40 % de la traite3). Le premier «cycle économique» du Brésil assit l'implantation portugaise dans la colonie. Des cycles secondaires, tel l'élevage et la production d'autres produits agricoles telle cacao, allaient entraîner l'occupation de l'intérieur de la colonie. Malgré l'occupation effective de la colonie, la concurrence croissante des productions de canne à sucre dans les îles caraïbéennes incita le gouvernement portugais à encourager les expéditions au-delà de la ligne de Tordesillas. Le gouvernement cherchait à consolider sa souveraineté en Amérique du Sud par l'extension sur le territoire juridiquement attribué à l'Espagne. Le territoire revenant au Portugal était immense eu égard à la métropole et pourtant il ne représentait que 40 % du territoire actuel. Pendant des siècles, les deux grandes directions de conquête territoriale encouragées par la couronne portugaise ont été le fleuve Amazone et le Rio de la Plata, les deux grandes voies fluviales permettant la pénétration dans le continent. Les principaux acteurs de la conquête du Brésil outreTordesillas furent les colons et non pas l'armée dont la priorité était la défense du littoral et de la sécurité du commerce maritime. L'association d'une grande superficie et la taille modeste de la population portugaise (1,4 million d'habitants) et de l'armée expliquent en partie le rôle secondaire des militaires dans le processus d'expansion territoriale. L'absence de peuplement espagnol sur une majeure partie de l'avancée portugaise a permis d'éviter une mobilisation militaire importante, à l'exception de la région du Rio de la Plata. Les autorités portugaises se fondèrent alors sur les expéditions des colons qui partaient à la
3

cf. VLACH,thèse de géopolitiquesoutenueau CRAG (Université de Partis

VIII), 1997. ln. Foiha de Silo Paulo du 14.3.98. Le Portugal transporta et négocia 4,65 millions d'esclaves, contre 2,6 millions pour l'Angleterre, 1,6 pour l'Espagne et 1,25 pour la France. Les colonies, puis les États qui reçurent le plus d'esclaves sont le Brésil (4 millions), les colonies espagnoles (2,5 millions), les Antilles anglaises (2 millions), les Antilles françaises (1,6 million) et les colonies anglaises et les États-Unis (0,5 million).

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recherche de richesses. Les colons furent donc les véritables constructeurs du territoire national. La colonie et la métropole contribuaient toutes deux aux besoins en hommes pour la défense du territoire. La métropole fournit des troupes mais surtout les officiers supérieurs. Les colons constituèrent la majorité des soldats et des officiers des troupes auxiliaires (ou milices) jusqu'au début du XVIIIe siècle. Sans les nombreuses milices, l'armée n'aurai t pu exercer la défense de l'immense terri toire portugais, puis brésilien. La recherche de richesses par les colons fut rapidement mise à profit par les autorités. Dès la création du gouvernement général en 1549, toute occupation du territoire par des Portugais devait recevoir l'assentiment du représentant royal, marquant alors la souveraineté portugaise. Le nombre considérable d'hommes armés dans cette terre de conquête relativisait l'importance de l'armée. Dans l'organisation de la sécurité de la colonie, les hommes furent mobilisés dans les milices, qui devinrent corps auxiliaires de l'armée. Le climat de violence dans un territoire d'une superlicie immense au regard de la population incitait la population à participer à la défense du territoire et à son expansion. Le partage des tâches entre l'armée professionnelle portugaise et les troupes de 2e ligne a laissé un espace libre aux conquérants de territoires et a autorisé les colons, armés, à développer un pouvoir personnel. Ce fut particulièrement le cas dans le Rio Grande do Sul. La fréquence des guerres avec les Espagnols de Buenos Aires exigeait des hommes armés et déterminés. La faible autorité de l'armée s'est aussi illustrée par la poursuite des chasses aux Indiens, malgré l'interdiction de les réduire à l'esclavage, décrétée par le pape et acceptée par le souverain portugais. Cette caractéristique montre l'autorité relative de l'armée officielle, sans réels moyens coercitifs et une volonté politique de l'État pour imposer son contrôle. Mais l'existence des milices devait combler le manque d'effectifs de l'armée dans la colonie, ainsi qu'atteindre l'objectif géopolitique de conquête territoriale au-delà de la ligne de Tordesillas.

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Sans être au premier plan, l'armée fut présente sur les fronts pionniers dès que ces derniers dépassèrent les limites de la ligne de Tordesillas, en direction de régions stratégiques, celles des deux grands fleuves. Le contrôle militaire de ces deux régions facilitait l'expansion dans l'intérieur, soit le plateau central. Les incitations à l'occupation des deux bassins-versants - de l'Amazone et du Plata - permirent d'encercler le cœur du Brésil actuel et de ne pas disperser les rares effectifs de l'armée portugaise. Celle-ci suivit les fronts pionniers et les consolida par la construction de forts, marquant avec évidence le contrôle des espaces conquis par les autorités portugaises. Cette démarche fut similaire en Sibérie, aux Etats-Unis et en Amérique hispanique où les principales conquêtes furent de l'initiative des colons. Cependant en fonction des cas cités, les colons, généralement originaires de la puissance expansionniste, diffèrent par leurs motivations, ainsi que par leurs liens avec les armées régulières. Dans les premiers temps des conquêtes du Brésil et de l'Amérique hispanique, les colons voulaient surtout faire fortune avant de rentrer en métropole. Aussi, les expéditions pionnières partirent-elles à la recherche de richesses, alimentées par les mythes d'Eldorado au centre du continent. Le Brésil était représenté comme une île délimitée par les deux grandes directions d'exploration, le Rio de la Plata et l'Amazone. Aux États-Unis en revanche, les premiers colons fuyaient les persécutions religieuses ou la misère économique. Ils migraient pour s'installer définitivement et construire une nouvelle société de l'autre côté de l'Atlantique fondée sur la notion de liberté. Quant à la Sibérie, la présence des pionniers sollicités à partir de 1550 par les Stroganov avec l'aval du tsar Ivan IV, les Cosaques, répondait à un tout autre facteur. A la différence des colons de toute l'Amérique, ils se composaient d 'habitants de Russie qui avaient fui le servage en vigueur à l'ouest de l'Oural. Leur liberté était acquise au prix de leur exil. Dans tous les cas prévus, les colons ont servi les objectifs des puissances expansionnistes d'agrandir leur domaine géopolitique. La vision géopolitique de l'ensemble du continent a poussé le gouvernement portugais à enrôler des

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militaires dans l' œuvre d'expansion territoriale. Mais, ces forces «militaires» appartenaient aux milices. L'armée de terre a principalement garanti la souveraineté des terres occupées, à la suite de leur conquête par les colons et les religieux. En Amérique du Sud, des sociétés coloniales vont développer leur propre identité. Un des signes au Brésil est l'identification des colons aux milices en opposition à l'armée dirigée par des officiers portugais. Toutefois, pendant la période coloniale, ces deux organisations devaient avoir des tâches complémentaires, qui de défense territoriale, qui de conquête. Les autorités portugaises encouragèrent donc les expéditions pionnières en direction des deux grands fleuves. Les deux principaux centres de départ furent Piratininga (future Sao Paulo) et Belém. L'expédition de Raposo Tavares de 1648 à 1651 entre ces deux villes marqua la silhouette d'une «frontière intérieure» de la colonie brésilienne. En Amazonie, l'avancée portugaise fut relativement aisée et sans grands conflits armés. Par la suite, les colons hispaniques, conscients de la dynamique portugaise, freinèrent les avancées portugaises en direction du sud. Aussi, le succès rencontré en Amazonie ne préfigurait-il pas un tel résultat dans le bassin platine

UNE CONQUÊTE

AISÉE DE L'AMAZONIE

Les premières expéditions luso-brésiliennes à la fin du XVIe siècle étaient de l'initiative de colons à la recherche d'Indiens afin. de les utiliser comme main-d'œuvre. Ce motif fut officiellement interdit après l'acceptation par la Couronne d'appuyer la christianisation assignée par le pape. Cela ne signifie pas la fin des captures d'Indiens mais des conflits entre colons et religieux pour le contrôle des populations indigènes (jusqu'en 1714). Quels qu'en soient les acteurs, ces expéditions représentaient pour les autorités une progression du domaine sous influence portugaise.

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Un événement politique accéléra la conquête portugaise en Amazonie. Pendant la réunification des royaumes ibériques4 (1580-1640), les colons et soldats portugais furent appelés par les autorités espagnoles à défendre la côte des Guyanes (sans succès) et l'embouchure de l'Amazone. Les grandes conquêtes territoriales espagnoles s'étaient achevées vers 1550-60, laissant le vaste intérieur sud-américain inoccupé. La ville de Belém, fondée en 1616 autour de son fort sur la ligne de Tordesillas, devint le point de départ des expéditions fluviales des missions religieuses et des colons. En 1621, la création de l'État du Maranhao traduit la nécessité de défendre le domaine colonial sud-américain et la recherche par les autorités portugaises d'un équilibre avec l'État du Brésil. Mais la couronne espagnole ne se résignait pas à abandonner l'Amazonie aux Portugais. Le gouverneur général de l'État du Maranhao et Grao Para précipita alors les plans de conquête en envoyant une expédition sous la direction de Pedro Teixeira qui remonta jusqu'à Quito (1637-39). Cet événement sonna le glas de l'union des deux couronnes et donna l'élan nécessaire à la conquête de terres nouvelles. Cet essor fut facilité par un accord avec la GrandeBretagne, évitant une mobilisation militaire d'envergure comme ce fut le cas des militaires espagnols face à la puissante marine anglaise. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les missions religieuses devinrent indispensables à l'occupation portugaise dans la région par leur rôle de pacification des tribus indigènes. Les Indiens s'avéraient en outre des alliés précieux pour les déplacements et donc pour le contrôle de la région. Des régiments de l'armée suivirent les avancées religieuses et les consolidèrent par la construction de fortifications face aux quelques implantations étrangères déjà en place. La construction de forts à des points stratégiques du réseau fluvial permit le contrôle de la région sans déployer de nombreux effectifs et favorisa la formation ultérieure de concentrations urbaines. L'armée de terre consolida concrètement les avancées territoriales effectuées par les
4

Le souverain. portugais était mort sur le front, laissant un héritier de 5

ans.

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colons et les religieux jusqu'au haut Rio Negro et sur le Rio Branco. Mais les conquêtes de territoire au-delà de la ligne de Tordesillas ont surtout été définitives grâce à une diplomatie active. Selon le traité de Limites signé à Madrid en 1750, la colonie portugaise qui s'étendait initialement sur 3 millions de km2 s'amplifiait autour de 7 à 8 millions de km2, soit presque la totalité de la superficie actuelle du Brésil (8,5 millions de km2). Alexandre de Gusmao fut l'artisan perspicace de la politique territoriale portugaise. Il ébaucha tout d'abord l'autonomie politique des colonies d'Amérique par la distinction de leurs destins avec celui de leur métropole en cas de conflit armé. Par ailleurs, il se fonda sur un argument juridique tiré du droit romain pour légitimer l'extension du territoire sous contrôle portugais. Il s'agit du principe de l'utis possidetis de facto (et non de jure) selon lequel la terre devient propriété légale de celui qui l'occupe. L'acceptation de ce principe actualisait donc les frontières entre les deux domaines coloniaux en fonction des réalités du terrain. A la suite de ce traité, le Premier ministre, le marquis de Pombal, envoya son frère Francisco Xavier de Mendonça Furtado dans l'État amazonien en vue de moderniser l'Amazonie par l'agriculture. Une expédition incluant des scientifiques eut pour but d'approfondir les connaissances sur la région - travail jusqu'alors unique en Amérique - et de matérialiser la frontière définie par le traité des Limites. L'accord de la cour espagnole sur la considérable expansion portugaise s'explique par la combinaison de plusieurs facteurs géographiques: des richesses minérales importantes avaient déjà été localisées sur le versant pacifique; de plus la traversée de la Cordillère des Andes ne pouvait être envisagée sans de solides motifs qui n'étaient pas visibles à première vue en Amazonie. Dans les années 1820, le démembrement de l'empire hispanique laissa place à des guerres civiles entre futurs États. Les représentants civils et militaires de l'Empire brésilien n'eurent bientôt qu'à maintenir une position neutre face à ces conflits et à surveiller les frontières.

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Le recours au principe de l' utis possidetis fut encore activé pour justifier quelques altérations territoriales. Ce fut le cas au début du XXe siècle du territoire de l'Acre. Parmi les Nordestins attirés en Amazonie à cause d'une grande sécheresse dans les années 1877-1880, certains se dirigèrent dans le territoire bolivien de l'Acre du fait d'une concentration plus importante d'hévéas, les arbres à caoutchouc. Le gouvernement bolivien, déjà privé de son accès à l'océan, tenta de sauver son territoire amazonien. Le gouvernement fédéral brésilien envoya des troupes afin. d'évacuer les seringueiros. Mais, devant les résistances de ces derniers, le gouvernement décida de revendiquer le territoire de l'Acre. Cet épisode rappelle l'extension de la souveraineté américaine sur le Texas. Devant l'insistance des colons, l'État américain finit par les défendre en attaquant le Mexique. Le baron du Rio Branco se référa de nouveau à l' utis possidetis pour justifier la permanence brésilienne dans l'Acre.

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cartel:

les traités de limites du Brésil pendant la période coloniale

OCEAN

ATLANTIQUE

OCEAN

PACIFIQUE

Sept peuples de Missions orientales de l'Uruguay

o
P'p

500

,

1000

km

Limites du Brésil frontières actuelles

~
--------.

selon le traité de Tordesillas de 1494 selon le traité de Madrid de 1750 selon le traité de San Idelfonso de 1777 selon le traité de Badajoz de 1801

E:Zj

En 1903, un arbitrage international donna raison au fameux diplomate de l'Empire et de la République dans le traité de Teres6polis5. Une fois encore, le corps diplomatique, et non l'armée, légitimait une avancée effective des Brésiliens sur le continent à travers le principe de ['utis possidetis.
*

L'expansion luso-brésilienne en Amazonie a rapidement laissé voir les limites du futur État brésilien. La région plate et basse et l'utilisation des voies fluviales par les colons avaient permis l'expansion jusqu'aux confins des frontières actuelles. Grâce aux accords de limites fondés sur le principe de ['utis possidetis, l'État brésilien confirmait la dynamique d'expansion contenue dans la défense de ce principe. Le Rio de la Plata devint alors un deuxième front pionnier d'envergure. Cependant, cette région abritait un peuplement effectif et les colons espagnols d'Argentine la défendirent d'autant plus énergiquement qu'ils connaissaient le peu de respect des autorités portugaises pour le traité de Tordesillas.

UNE CONQUÊTE

DU SUD PLUS DIFFICILE

La découverte, au dernier quart du XVIIe siècle, de métaux précieux dans les Minas Gerais6, puis au Mato Grosso, a déclenché des flux de personnes du Nordeste, puis d'Amazonie et de Sao Paulo. Pour cette raison, le Rio Sao Francisco était aussi appelé de « fleuve de l'union nationale ». Les expéditions les plus nombreuses et fameuses sont parties de Sao Paulo. Située sur le plateau à une cinquantaine
5

La Bolivie dut céder 189 000 km2 en échange d'une compensation

financière de 2 milliards de dollars (et de 110 millions pour l'entreprise Bolivian Syndicate), ainsi que de la construction de la voie ferrée MadeiraMamoré. 6 Le nom de cet État vient justement de ses richesses minérales. Il signifie «mines générales ».

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de kilomètres de la côte et à 800 mètres d'altitude, Sâo Paulo fut l'une des rares villes coloniales a être orientée vers le continent et non vers le littoral. Le septième gouverneur du Brésil, Dom Francisco de Sousa (1591-1602) déplaça l'appareil bureaucratique de Salvador de Bahia à Rio de Janeiro et aida concrètement au départ d'expéditions, appelées bandeiras en référence au drapeau porté par les pionniers. Jusqu'au XVIIe siècle, le phénomène des bandeiras, ou bandeirisme, se caractérisait par la défense par rapport aux tribus indigènes. A la fin du XVIe siècle, il devient offensif. La vente d'Indiens devint la principale activité commerciale des paulistes? Cette situation diffère de l'expansion russe ou de la conquête hispanique où les troupes colonisatrices se servaient des indigènes pour prélever des richesses naturelles: le yassak, l'impôt en fourrure en Sibérie; la découverte et l'exploitation de mines d'argent, d'or et de pierres précieuses en Amérique hispanique. Cela diffère aussi de la conquête américaine, où les conflits avec les Indiens avaient pour l'objet le contrôle de territoires. Devant la supériorité technique et numérique de l'armée fédérale, les chefs indiens signèrent des traités de paix et furent concentrés dans d'étroites réserves. Au Brésil, en l'absence de découverte d'importantes richesses, les bandeirantes brésiliens prenaient à partie les Indiens eux-mêmes pour les soumettre au travail esclave. En regroupant les Indiens dans les aldeias8, les missions religieuses devenaient une cible privilégiée pour les colons (tant portugais qu'espagnols). Mais dans le territoire des Missions sous contrôle espagnol, les religieux s'organisèrent en armant les Indiens; les bandeirantes connurent leurs premiers échecs et furent alors conduits à rechercher d'autres routes de pénétration: Mato Grosso et Rio Grande do Sul. La deuxième forme du bandeirisme, à la recherche de richesses minérales, a eu pour véritable moteur la ruée vers l'or. A la fin du XVIIe siècle, de l'or et des pierres précieuses sont découverts, dans la région de Minas Gerais
7
8

Originaires de Silo Paulo.
Villages.

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principalement, puis dans le sud. Une manne naturelle abondante9 et de grande valeur était enfin découverte au Brésil. Des serviteurs d'État, assistés de forces armées, sont envoyés pour contrôler (et taxer grâce au monopole royal) l'extraction minérale. La politique gouvernementale visa alors le contrôle de la région du Rio de la Plata, par laquelle passaient d'importants flux de marchandises venant du Pérou. Par la suite, avec le déclin de l'exploitation de l'or, les bandeirantes poursuivirent la recherche de mines dans le Mato Grosso et le Goias ou se dirigèrent vers les pâturages du sud. Le contrôle de la région du Rio de la Plata devait renforcer l'importance territoriale du Brésil. Colônia do Sacramento fut édifiée sur le littoral du Rio de la Plata en 1680. Le principal allié européen du Portugal, la Grande-Bretagne, appuya l'expansion portugaise dans le Rio de la Plata. Elle signifiait pour les Anglais un accès plus aisé aux marchés des territoires les plus enclavés du souscontinent, le Paraguay et le haut-Pérou. L'avancée dans le Sud avait été encouragée vu les succès rencontrés en Amazonie, mais il n'y était plus question de défendre le territoire contre des puissances étrangères; la région était colonisée par les Espagnols. Pendant les deux siècles suivants, des conflits éclatèrent fréquemment sur la rive nord du Rio de la Plata, révélant l'importance stratégique, politique et économique de l'embouchure du Rio de la Plata. Cette situation donna à la population du Rio Grande do Sul une expérience unique au Brésil d'un état continu de violence et de mobilisation militaire. L'ouvrage de SchwartzmanlO se réfère à deux éléments pour mieux caractériser la société gaucha. Tout d'abord, le climat de pression psychologique et l'état de violence constante a influencé tous les aspects de la société, tant psychologique, qu'économique ou social. D'un point de vue
9

Le « cycle»

économique de l'or a duréjusqu'au milieu du XVIIrsiècle.

L'originalité de la ruée vers l'or au Brésil par rapport aux États-Unis réside dans l'utilisation d'esclaves pour le travail de recherche. De cette façon, le prix des esclaves augmenta au Brésil, les prospecteurs concurrençant les propriétaires de moulins à sucre dans l'achat d'esclaves.
la

Bases do autoritarismo brasileiro, Universidade de Brasflia, 1982,

p. 66.

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économique, l'influence s'est manifestée par le nombre d'activités fondées sur les actions préjudiciables aux Espagnolsll. Ce climat a fait naître la nécessité de dirigeants forts et charismatiques. La militarisation de la vie gaucha a aussi induit la privatisation des diverses formes d'autorité, civile ou militaire. Les caudillos pouvaient utiliser leurs propres troupes dans un but individuel et lucratif. Leurs privilèges - fonciers, financiers et judiciaires - étaient distribués selon leur influence personnelle, liant pouvoir économique et social et statut militaire. Cette analyse rejoint bien la figure du caudillo hispano-américain, membre de l'oligarchie créole. L'État brésilien évita le développement du caudillisme grâce à une restructuration administrative: Rio de Janeiro devint le siège du royaume du Brésil à partir de 1763. Ainsi, l'administration portugaise centralisa le gouvernement général et s'approcha des régions économiquement dynamiques. Jusqu'alors, la majorité des troupes était concentrée à Bahia en raison de son titre de capitale (près de 5 000 hommes). Quelques années après le transfert de la capitale, presque toutes les troupes se concentraient sur les frontières méridionales12. Dès lors au contact des soldats professionnels, les caudillos gauchos perdirent de leur prestige et de leurs pouvoirs personnels. Les milices se professionnalisèrent et passèrent sous la tutelle des officiers de l'armée de terre. Alors que dans le reste du pays, l'armée constitua pour la classe moyenne un moyen d'ascension sociale limitée aux échelons moyens, dans le Rio Grande do Sul, les colons pouvaient envisager une ascension sociale supérieure. L'importance de la cavalerie explique aussi ces opportunités plus nombreuses. En effet, ce corps d'armée trouve dans cette région des hommes prédisposés du fait de l'importance des activités liées aux chevaux. Ce facteur fut déterminant

Il

Op. cit. p 66. capture de bétail,

attaques aux missions

jésuites,

contrebande.
12

ln. HOLANDA, Historia geral da civilizaçiio brasileira, tome II, volume 1, Difel, Sao Paulo, 1960.

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pour le choix de Brésiliens jusqu'aux postes d'officiers13, au détriment des Portugais non formés à cette spécialité. La deuxième académie militaire du Brésil fut d'ailleurs établie dans le Rio Grande do Sul, accroissant l'intégration des gauchos à l'armée brésilienne sous l'Empire. Au XVIIIe siècle, les conflits concernant l'actuel Uruguay s'éternisaient malgré la signature de traités de limites (Methuem en 1703, Utrecht en 1715, Madrid en 1750) qui traduisaient l'évolution des rapports de force entre les deux rives du Rio de la Plata. Le gouvernement du marquis de Pombal (1750-77) encouragea encore le peuplement des frontières ouest et sud par des militaires et des colons. Le maréchal Bohm fut envoyé au Brésil afin de diriger la restructuration de l'armée. Il suivit les indications de son exsupérieur, le comte de Lippe, admirateur de l'armée prussienne et considéré comme la plus haute autorité dans l'organisation militaire. Les unités militaires furent regroupées en grandes formations et des règlements prussiens, dont celui du comte de Lippe. Le comte proposa le service obligatoire dans les milices afin. de forger une « nation en armes ». Elles devenaient officiellement intégrées à l'armée. Ces réformes ne seraient pas suffisantes pour faire face aux revendications des dirigeants de Buenos Aires sur l'actuel Uruguay, province Cisplatina pour les Portugais, Bande orientale pour les Espagnols. Près de 30 ans après le traité de Madrid, l'instauration du vice-royaume de la Plata exprimait la victoire des autorités de Buenos Aires sur celles du Paraguay et rendait la domination portugaise sur l'embouchure du Plata encore moins plausible. Le gouvernement du vice-royaume opta pour une pénétration progressive sur la rive droite du Rio de la Plata plutôt que de s'attaquer militairement à la colonie portugaise. A 1'heure des indépendances, le gouvernement impérial brésilien profita de la division de l'ex-vice-royaume de la Plata entre l'Argentine et le Paraguay pour conquérir de nouveau la province cisplatine. Mais les républiques voisines
13

d'abord dans les milices à l'époque coloniale et impériale, puis dans

l'armée lors de son essor à la fin. du siècle dernier et au début de notre siècle.

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n'acceptèrent pas la souveraineté brésilienne sur un territoire peuplé surtout d'hispaniques. En 1828, le Brésil propose de créer l'Uruguay, qui jouerait le rôle d'État-tampon. Cette création territoriale apaisa les relations entre les deux rivaux, mais n'éteignit pas la méfiance mutuelle.
*

De manière générale, l'armée brésilienne n'intervint qu'en l'absence de solution négociée. La diplomatie fut l'instrument privilégié de la solution des conflits. Le principe de l' utis possidetis a constitué la base juridique justifiant la dynamique de l'expansion territoriale brésilienne jusqu'au début du XIXOsiècle. L'arbitrage de chefs d'État étrangers accroissait la reconnaissance internationale des frontières du Brésil. En 1822, le Brésil devint indépendant et sa silhouette était pratiquement conforme à sa taille actuelle. L'intérêt des autorités pour l'occupation du territoire s'était plus fortement traduit par des politiques de migrations induites et par la voie diplomatique que par la voie militaire. Cette habilité géopolitique n'a pas donné aux militaires l'occasion de prouver leur capacité opérationnelle. En revanche, l'armée joua un rôle capital dans le maintien de l'unité territoriale par la répression depuis l'époque coloniale de révoltes régionales et par son rôle pendant l'indépendance. L'émancipation politique du Brésil s'est distinguée en Amérique latine par le maintien de l'unité territoriale de la colonie, à l'inverse de la fragmentation du domaine colonial espagnol. Mais la transition pacifique du statut de colonie à celle d'Empire indépendant n'a pas laissé de rôle majeur à l'armée. Il est révélateur qu'elle ne joue un rôle politique d'envergure qu'après s'être distinguée dans la défense contre un ennemi externe, le Paraguay. A partir de l'Empire, le souci gouvernemental de maintenir l'intégrité territoriale s'est confondu avec le maintien de l'unité du Brésil, aux régions peu articulées entre elles. Al' armée échoua le renforcement des frontières par l'implantation de garnisons à des points-clé et la garantie de l'unité du pays par la répression des révoltes régionales. Cette dernière

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